Le devoir, 8 décembre 1997, Cahier C
I.I X I) I I) K V 0 I H l> K ( K M B K K I il !l M é d a i J j fPlf HMH «¦BH - > 'N'I stfsSPP M é d a i / / l 7 C 3 -PRIX DU QUEBEC- Prix Léon-Gérin Un éclairage différent sur l’être humain La vie, la santé, la mort, tels sont les grands thèmes qui fascinent Margaret Lock Léon Gérin (1863-1951), que l’on considère comme le premier sociologue québécois, a donné son nom au prix réservé aux sciences humaines — entre autres, les sciences sociales, les sciences de l’administration, l’urbanisme, l’histoire et les sciences de l’éducation.CLAIRE HARVEY COLLABORATION SPÉCIALE Refusant de s’en tenir au discours médical standard, la lauréate du prix Léon-Gérin fait de brillantes analyses, dont l’impact est à la fois moral et politique.Professeur d’anthropologie au département d’études sociales de la faculté de médecine de l’Université McGill, Margaret Lock s’est d’abord intéressée à la biochimie.En 1961, elle obtient un baccalauréat en biochimie à l’Université de Leeds, en Angleterre, ce qui lui procure un emploi dans des laboratoires de recherche biomédicale à Toronto, puis à Berkeley, en Californie.De son propre aveu, elle se lasse rapidement de ce travail, davantage intriguée par «l’existence humaine et les questions culturelles et sociales».Dirs d’un séjour de deux ans au Japon, Mme Lock choisit de rompre avec l’univers froid et aseptisé des laboratoires.Au cours de cette première incursion en Asie, elle apprend les rudiments du japonais et surmonte le choc culturel, «en s’efforçant de changer sa façon de voir les choses.» Cette remise en question marque un tournant radical dans la carrière de la biochimiste.De retour en Amérique du Nord, elle entreprend une formation supérieure en études asiatiques, puis obtient un doctorat en anthropologie à l’Université de Californie à Berkeley.Elle gagne ensuite sa vie comme chercheur post-doctoral au sein du programme d’anthropologie médicale que vient de créer l’Université de Californie à San Francisco.Les analyses de Margaret Lock ont un impact moral et politique En 1967, elle obtient un poste à l’Université McGill, où elle dirige tour à tour le département d’études est-asiatiques et celui d’études sociales de la médecine.En plus de dispenser le cours d’introduction — Medical Anthropology — qui attire quelque 300 auditeurs chaque année, elle dirige des étudiants à la maîtrise et au doctorat.Professeur émérite, Margaret Lock jouit aussi d’une renommée internationale et ses travaux de recherche sont très appréciés dans le monde.Elle s’est penchée notamment sur l’intégration de la médecine asiatique traditionnelle à la médecine moderne au Japon.Son livre intitulé Est Asian Medicine in Urban Japan: Varieties of Medical Experience, publié en 1980, est une étude détaillée sur la médecine traditionnelle, soit l’acupuncture, telle qu’elle est exercée aujourd’hui au Japon.L’auteur pousse aujourd’hui l’analyse plus loin en expliquant que la médecine pluraliste est peut-être «plus appropriée pour soulager les maladies chroniques, par exemple, l’asthme et l’eczéma.Une pratique à laquelle devraient s’intéresser davantage les praticiem occidentaux.» L’une des principales forces de l’œuvre de Margaret Lock réside dans sa connaissance approfondie de la culture asiatique, en particulier de la culture japonaise, car elle a vécu plus de huit ans dans ce pays.Un volet important de ses recherches porte d’ailleurs sur la comparaison de cohortes de citoyens en Amérique du Nord et au Japon.Ses études compa- M ARC-ANDRE GRENIER Margaret Lock, une sommité en anthropologie médicale, s’est penchée notamment sur l’intégration de la médecine asiatique traditionnelle à la médecine moderne.rées apportent un éclairage nouveau sur les étapes critiques de la vie, c’est-à-dire l’adolescence, la maturité et le vieillissement, tout en mettant en relief l’influence du prisme culturel.Son livre Encounters with Aging: Mythology of Menopause In Japan and North America, publié en 1993, est d'ailleurs l'un de ses ouvrages les plus notoires.Ce livre a reçu plusieurs prix prestigieux en Angleterre, au Japon et aux Etats-Unis, dont celui de l’American Anthropological Association, qui témoigne de l’accueil chaleureux que lui a réservé la communauté scientifique internationale.Cette recherche, qui avait pour but d'examiner les symptômes chez les femmes d’âge mûr au Japon, au Manitoba et au Massachusetts, remet en question l’universalité de la ménopause.Les données statistiques et qualitatives de cette étude indiquent que les bouffées de chaleur dont souffrent la majorité des femmes en Amérique du Nord sont un malaise très rare au Japon.«Dans ce pays, la Kônenki — terme japonais servant à décrire la ménopause — se caractérise surtout par des raideurs dans les épaules et dans les articulations», signale-t-elle.Mme Lock attribue ces différences «à la perception culturelle du vieillissement et à la biologie locale, c'est-à-dire aux facteurs comme l'alimentation, qui ont une influence sur la santé d’une population».Elle rappelle aussi qu’en Amérique du Nord, la ménopause est perçue comme une maladie due à une déficience.«Ce point de vue fait de la femme d'âge mûr un sujet thérapeutique, puisqu'on lui propose souvent un traitement hormonal dont on connaît mal les risques.Au Japon, la Kônenki est encore un phénomène banal sur le plan épidémiologique et la femme n’est pas la cible d'un traitement médical.» Les plus récents travaux de Margaret Lock concernent la délicate question des technologies biomédicales.Elle a mené une étude comparative en Amérique du Nord et au Japon sur la technologie des greffes d’organes et le débat entre la vie et la mort.Cette étude tient compte du concept de «mort cérébrale» à partir duquel des organes peuvent être prélevés et greffés en respectant la déontologie, c’est-à-dire lorsqu’une personne ne peut plus respirer sans l’aide d’un appareil.Ce concept soulève un débat important au Japon où la mort englobe le corps et l’esprit.En abordant ce thème, Margaret Lock ne peut s’empêcher de soulever un problème d'éthique.«Je ne suis pas contre les greffes d'organes, tient-elle à préciser.Je crois d’ailleurs qu’elles ont contribué à sauver de nombreuses vies.Mais j’estime aussi qu ’il faut sensibiliser la population occidentale au fait que tant et aussi longtemps que quelqu'un respire grâce à un poumon artificiel, il est toujours vivant.On provoque sa mort en le déconnectant.Cette question morale doit être abordée sur la place publique.» Au cours de sa carrière, Margaret Lock a fait partie de nombreux comités spécialisés provinciaux, nationaux et internationaux.Notons, parmi tant d’autres, le comité des questions médicales, éthiques, juridiques et sociales du projet canadien sur le génome humain (MELSI-CGAT), le comité chargé de rédiger un rapport sur la santé mentale des réfugiés et immigrants au Québec et le comité formé pour établir des directives concernant la recherche sur les embryons.Elle est membre, notamment, du Culture Health and Human Development Committe du Spcial Science Research Council des Etats-Unis et du Forum international sur l’éthique des greffes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).A cette feuille de route impressionnante s’ajoutent une dizaine de livres, une centaine d’articles scientifiques et l’animation d’un bon nombre de conférences et de séminaires partout au monde à titre de critique, de chercheur et de professeur invité.Ses études apportent un éclairage sur les grandes étapes de la vie ébec 1997 PARTAGEONS ENSEMBLE LA PASSION DE LA CREATION ET DE LA DECOUVERTE.HOMMAGE ET RECONNAISSANCE AUX LAURÉATS ET LAURÉATES DES PRIX DU QUÉBEC 1997 Roger A.Blais, prix Armand-Frappier, pour le développement de la recherche et la promotion de la science et de la technologie Pierre Bourgault, prix Georges-Émile-Lapalme, pour la qualité de la langue française France Gagnon Pratte, prix Gérard-Morisset, pour le patrimoine Kresimir Kernjevic, prix Wilder-Penfield, pour les sciences biomédicales Louis Legendre, prix Marie-Victorin, pour les sciences pures et appliquées Raymond Lévesque, prix Denise-Pelletier, pour les arts d’interprétation Margaret Lock, prix Léon-Gérin, pour les sciences humaines Colin LOW, prix Albert-Tessier, pour le cinéma Gilles Marcotte, prix Athanase-David, pour la littérature Irene F.Whittome, prix Paul-Émile-Borduas, pour les arts visuels ^ÏXiAJL ^0^1^ Louise Beaudoin Ministre de la Culture et des Communications Roger Bertrand Ministre délégué à l’Industrie et au Commerce I.K I) K V O I li .I.K I.U N DI K I) K < K M I! I( K I !M» 7 C ! -PRIX DU QUEBEC* Prix Denise-Pelletier Un pionnier de la culture populaire Raymond Lévesque, un géant de la chanson québécoise à qui l’on rend enfin justice Dans le secteur des arts d’interprétation, le prix Denise-Pelletier (1929-1976) honore la mémoire de cette femme de théâtre réputée.11 est réservé aux domaines de la chanson, de la musique, de l’art lyrique, du théâtre et de la danse.PIERRE CAYOUETTE LE DEVOIR Depuis plus de cinquante ans, Raymond Lévesque fait partie du paysage culturel québécois.Rares sont ceux qui ignorent qu’il est l'auteur d’une des chansons les plus célèbres du siècle.Quand les hommes vivront d'amour.Tout le monde croit connaître Raymond Lévesque.Son personnage s’est installé progressivement dans le folklore québécois.Ses allures pataudes, son regard à la fois tendre et naïf et, surtout, cette façon qu’il a de parler avec une patate chaude dans la bouche lui ont valu d’être imité des centaines de fois, même par les plus médiocres imitateurs.Mais qui est-il vraiment?Au-delà de la légende et de la caricature, peu de gens le savent.Raymond Lévesque est un géant, un pionnier de la culture populaire québécoise.Né à Montréal le 7 octobre 1928, fils du réputé éditeur et homme de lettres Albert Lévesque, Raymond Lévesque est d’abord un musicien accompli.11 a appris le piano avec nul autre que l'illustre Rodolphe Mathieu, d’où son habileté à inventer et interpréter des mélodies originales.Dès la fin des années quarante, il commence à écrire et à interpréter ses chansons.Au début des années 50, il entreprend parallèlement une brillante carrière de comédien.En 1953, il joue le rôle de Moineau dans Zone de Marcel Dubé.Quelques années plus tard, Dubé lui écrira Mé-dée.«Médée, l’innocent au grand cœur, se profilait sur les murs de tôle, dont les pas perdus au fil des trottoirs hostiles, oscillaient comme des écliasses fragiles et maladroites.Son cœur était juché haut, et ceux qui s’étaient moqué de lui finirent un jour par avoir la mine basse», écrivait le dramaturge.A n’en point douter, Médée, c’était Raymond Lévesque.En 1954, Raymond Lévesque s’envole vers la France où il séjournera pendant cinq ans.Il chante dans les cabarets parisiens et devient l’ami des Jacques Brel, Barbara, Jean Ferrât et Guy Béart.«Je suis arrivé à Paris le 1" mai 1954, se souvenait-il récemment au cours d’un entretien avec Le Devoir.J'étais accompagné de Serge Dey-glun.J’ai commencé à chanter sur la Rive gauche, à l'Échelle de Jacob, chez Patachon et à l’Écluse.J'ai connu Brel en juillet.Il arrivait de Bruxelles avec sa guitare.Il était fauché.On était tous fauchés, mais il y avait beaucoup d’entraide.On chantait dans les boites mais on n’était pas payés beaucoup.On faisait quatre ou cinq chansons puis on courait vers une autre boite.Je croisais parfois Brel en chemin.On se refilait des contrats.Vers trois heures du matin, on se rencontrait tous à l’échaudée et on buvait un pot.C’était la fin de l’époque de la bohème.» En 1956, un grand garçon très timide et un peu maladroit se rend dans la loge d’Eddie Constantine à l’Olympia.Debout, son papier à la main, sans piano, Raymond Lévesque lui chante Quand les hommes vivront d'amour.Bouleversé, Constantine lui demande sur-le-champ la permission Raymond Lévesque a écrit plus de 400 chansons en cinquante ans de carrière MARC-ANDRE Ci RENIER Rares sont ceux qui ignorent que Raymond Lévesque est l’auteur d’une des chansons les plus célèbres du siècle, Quand les hommes vivront d'amour.de l’enregistrer.Un classique de la Quarante ans plus tard, l'auteur chanson, traduit dans des dizaines de doit encore corriger une fausse im-langues, venait de naître.pression.«Les gens s’imaginent que je suis millionnaire parce que j'ai écrit cette chanson.C’est faux.J’ai toujours vécu dans la pauvreté et dans la misère, confiait-il la semaine dernière.Ma carrière, ça n ’a pas très bien marché.Faut pas mélanger mes chansons et ma carrière.Je n ’étais pas un fonceur.J'étais un timide.» De retour au Québec en 1958, Raymond Lévesque joint Hervé Brousseau, Clémence Desrochers, Jean-Pierre Ferland, André Gagnon et Claude Léveillée dans l’aventure des Bozos.C’était l’époque héroïque des boîtes à chansons, l’époque des filets de pêche, des bougies, des Gitanes et des frissons.Raymond Lévesque a largement contribué à lancer cette mode.Il a aussi monté des dizaines de revues satiriques.Cela dit, le théâtre a toujours occupé une large place dans le parcours artistique de Raymond Lévesque.Dès 1953, son rôle dans Zone de Marcel Dubé lui a valu le prix du meilleur rôle de soutien au Festival d’art dramatique du Canada.En 1958, il a créé Médée à la télévision de Radio-Canada.A titre de comédien toujours, il fut aussi de la distribution de «De 9 à 5», également de Marcel Dubé.Depuis 1970, Raymond Lévesque se consacre presque exclusivement à l’écriture poétique, théâtrale et humoristique.Farouche militant indépendantiste — il n’a jamais caché son amertume envers les modérés et les étapistes —, il écrit régulièrement des lettres ouvertes aux grands quotidiens montréalais, lettres dans lesquelles il pourfend les riches et les puissants de ce monde.Atteint de surdité totale, Raymond Lévesque continue quand même de chanter dans des petites boites, accompagné de sa fidèle complice Céline Arsenault.Il pousse le courage jusqu’à s’accompagner au piano, A Paris il devient l'ami des Jacques Brel, Barbara, Jean Ferrât et Guy Béart même s’il ne s’entend pas jouer.Pouii suivre la cadence, il lit sur les lèvres de sa Céline.Bien qu’il ait écrit de nombreuses pièces de théâtre (Allez et ne vous reproduisez plus , On est deux faut se parler, Bigaouette, C’est à ton tour René mon cher), Raymond Lévesque ne s’est jamais imposé comme une figure dominante de la dramaturgie québécoise.Depuis une vingtaine d’années, Raymond Lévesque vit donc dans le' silence et, dans une certaine mesure, dans l’oubli.En 1996, toutefois, on a enfin entrepris de lui rendre justice.Les FrancoFolies ont célébré ses 50 ans de carrière en lui organisant une fête réunissant Jean-Pierre Ferland, Luce Dufault, Paul Piché, Dan Bigras et d’autres artistes venus reprendre A Rose» mont sous la pluie, Bozo-les-culottes.Les Trottoirs et autres chansons de son immense répertoire.Lévesque a écrit plus de 400 chansons.«Je calcule que j’en ai à peu près 60 de bonnes», avoue-t-il.Quand il a appris qu’on lui décernait le prix Denise-Pelletier, Raymond Lévesque a été à la fois touché et sur-pris.«À chaque année, depuis 1974, j’envoyais ma candidature, admet-il.J’étais parfois frustré de voir que d’autres, qui avaient beaucoup moins fait que moi, passaient avant.Je suis donc très honoré de le recevoir cette année.J’y vois une grande marque de reconnaissance.La bourse qui accompagne le prix m’aidera à mieux finir mes jours.Car je vis très modestement.» Mais par-dessus tout, ce qui réjouit Raymond Lévesque, c’est de voir qu’il échappe à la fatalité de l’oubli.Tant d’affection et de reconnaissance le comble.Il arrive parfois que les hommes vivent d’amour.Peut-être que les beaux jours sont commencés.Les lauréats des Prix du Québec 1997 Qui sont-ils ?Découvrez-les en 10 portraits tous les lundis à 21 h 30 dès le 12 janvier à Télé-Québec Une présentation du Ministère de la Culture et des Communications et du Ministère de l’Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie Gilles Marcotte Irène F.Whittome Raymond Lévesque Colin Low Prix Athanase-David Prix Paul-Émile- Prix Denise-Pelletier Prix Albert-Tessier Pratte France Gagnon Pierre Bourgault Louis Legendre Margaret Lock Kresmir Krnjevic Roger A.Blais Littérature Borduas Arts visuels Arts d'interprétation Cinéma Prix Georges- Prix Marie-Victorin Prix Léon-Gérin Prix Wilder-Penlield Prix Armand-Frappier Prix Gérard-Morisset Émile-Lapalme Sciences pures et Sciences humaines Recherche Patrimoine Langue française appliquées biomédicale a mi /uni LES GRANDS PARTENAIRES DES PRIX DU QUÉBEC Développement d’institutions de recherche ou promotion de la science et de la technologie ALCAN K m ASSOCIA DON CANADIENS! 1)1 L'INDUSTRIE DU MÉDICAMENT HITACHI SYSTÈMES INFORMATIQUES Hydro Québec n Société des alcools du Québec Québec a a a ta J i I.K I) K V II 1 11 .I.K I.I! X I) I S II K ( K M I! Il K I !l II 7 -PRIX DU QUEBEC- Prix Marie-Victorin Le jardinier des mers L’océanographe Louis Legendre étudie la flore aquatique avec la ferveur d’un horticulteur qui cultive son potager Conrad Kirouac, mieux connu sous le nom de frère Marie-Victorin (1885-1944), a été un célèbre botaniste.Son nom a été donné au prix qui souligne une contribution marquante aux sciences de la nature et du génie.REGINALD HARVEY COLLAR O RATIO N SPÉCIALE Depuis près de 25 ans, Louis Legendre poursuit une carrière en enseignement et en recherche à la faculté des sciences et du génie de l’Université Laval de Québec.Appuyé par des équipes de recherche multidisciplinaires et à l’aide de moyens scientifiques sophistiqués, cet océanographe étudie la flore aquatique avec la même ferveur que l’horticulteur qui cultive son potager.Devenu rapidement une sorte de jardinier explorateur des mers, ce professeur titulaire au département de biologie de Laval a d’abord complété des études de premier cycle en biologie à l’Université de Montréal où il a obtenu un baccalauréat, spécialité zoologie, en 1967.De là, il est passé à l'Université Dal-housie d’Halifax qui lui a décerné un doctorat en océanographie en 1971.Sitôt après, il entreprit un stage post-doctoral de deux ans à la station zoologique de Villefranche-sur-Mer, en France, qui servit de porte d’entrée à une carrière scientifique internationale qui dure depuis près d’un quart de siècle.«Pour les animaux terrestres que nous sommes, il n’est pas à prime abord toujours facile de comprendre des milieux océaniques, qui sont tridimensionnels», fait observer Louis Legendre.Sur terre, afin d'améliorer le rendement de certaines cultures, l’homme procède à des interventions mécaniques et à des manipulations du sol, qui activent le processus de la photosynthèse et favorisent la croissance des végétaux.Le fait d'ajouter de l’énergie mécanique permet aux plantes d’être plus efficaces dans l’utilisation de l’énergie solaire.» En transposant ce phénomène en milieu marin, il est posssible de comparer différentes régions de l’océan où il y a sensiblement la même quantité d’énergie solaire, sans que le niveau de production des végétaux soit le même d’un endroit à l’autre.«A certains endroits, il existe des conditions hydrodynamiques plus avantageuses pour le milieu; le comportement ou le mouvement des masses d’eau est propice à générer une production biologique plus grande.» Cette production biologique plus ou moins abondante donne à son tour naissance au carbone, auquel — comme l’a découvert Louis Legendre au fil de sa carrière — il peut arriver «trois grandes choses importantes pour notre environnement».Selon le va-et-vient des océans, ce carbone s’achemine à trois endroits différents: ou bien il est respiré immédiatement et il est en quelque sorte perdu pour l’aspect biologique; ou bien il est transmis à l’intérieur de l’écosystème et il se rend jusqu’aux poissons, contribuant ainsi à rendre des régions plus intéressantes pour la pêche; ou encore, ce carbone est dirigé vers le fond et il est ainsi soustrait à l’atmosphère où, plutôt que d’ajouter à l’effet de serre, il participe au ralentissement du réchauffement de la planète.Il n'est pas toujours facile de comprendre les milieux océaniques qui sont tridimensionnels MARC-ANDRE GRKNIKR 4s* *\jr Pour élaborer la théorie de l’océanographie biologique qu’il soutient depuis 1994, le professeur Legendre a interrogé les mers de plusieurs continents.«Sous l’influence des énergies mêca- tèmes fixent-ils du carbone sous forme niques naturelles, comment les sys- biologique et, par la suite, où ce carbo- ne se dirige-t-il?» Telle est la question fondamentale posée par le professeur Legendre, et sur laquelle repose la théorie de l’océanographie biologique qu’il soutient depuis 1994.Pour y répondre, il interroge les mers de plusieurs continents.En début de carrière, Louis Legendre, en collaboration avec ses collègues de l’Université McGill, a étudié durant dix ans le comportement des masses d'eau de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent.L'équipe de chercheurs a exploré là une zone marine particulèrement dynamique et agitée, à partir de laquelle il lui a été possible d’élaborer des modèles de recherche théoriques.Selon le professeur, le modèle théorique constitue un élément de base indispensable au chercheur, qui sert à orienter les explorations sur le terrain même, ou encore les recherches effectuées par bouées et par satellites.Après ces premières expériences, l’équipe de chercheurs s’est transportée vers les eaux nordiques de la région de la Baie James, où les modèles développés précédemment se sont révélés fort utiles.A tel point que le Groupe interuniversitaire de recherches océanographiques du Québec allait devenir rapidement, sur le plan nordique, l’un des principaux regroupements de chercheurs au Canada, et atteindre à une réputation internationale.En fait, sur la scène mondiale, le GIROQ — dont fait toujours partie Louis Legendre — est aujourd’hui en charge de projets majeurs de recherche en milieu polaire.Simultanément, les travaux du professeur se sont orientés dans le secteur tropical, là où les conditions rencontrées sont elles aussi particulièrement difficiles.11 élabore en ces termes: «Nous nous sommes toujours intéressés à cet angle de comparaison entre les différents milieux où, au départ, nous nous plaçons dans les conditions les plus défavorables, dans des conditions où ça ne devrait pas marcher.À ce moment, nous sommes contraints d’améliorer le modèle et de comprendre de nouveaux aspects dans la relation entre hydrodynamique et production biologique.» Les activités du professeur Legendre le conduisent fréquemment à différents endroits du globe.Il avoue ses préférences pour l’Asie et l’Europe, plus particulièrement pour le Japon, la France et l’Allemagne.Ces nombreux voyages l’éloignent cependant de l’enseignement auquel il ne demeure pas moins profondément attaché.11 reconnaît volontiers que si la tâche d’enseignant ne l’intéressait pas, il ne serait tout simplement pas à l'université, mais ailleurs.Il dit apprécier grandement le contact avec les jeunes auprès desquels il lui est possible de faire circuler ses idées.Pour l’instant, il fait partie du groupe sélect d’une douzaine de professeurs qui, au Canada, profitent d’une prestigieuse bourse Killam, et sont dégagés pour deux ans de toute tâche d’enseignement.Durant ces deux années, Louis Legendre tentera d’élaborer un cadre théorique à l’intérieur duquel viendra se mouler l'océanographie biologique.«Un tel cadre existe déjà pour l’océanographie physique, constate-t-il, mais, dans le secteur biologique, quoique beaucoup de travaux aient été publiés par les uns et les autres, le tout reste relativement disjoint.» Voilà pourquoi il se lance encore une fois dans l'inédit en s’attaquant à la réalisation de ce fondement théorique sur l’océanographie biologique, tout en manifestant l’intention de poursuivre ses autres travaux de recherche en cours.Pourquoi retrouve-t-on davantage de plancton dans un site de la mer plutôt que dans l'autre?UNIVERSITE LAVAL LE SAVOIR DU MONDE PASSE PAR ICI I* P t a U* L’Université Laval rend hommage aux lauréats des Prix du Québec.E lie témoigne plus particulièrement sa reconnaissance à l’un (le ses professeurs, monsieur Louis Legendre, pour l’obtention du prix Marie-Victorin qui couronne sa carrière au service du développement et de la diffusion des connaissances en océanographie biologique au sein de l’Université Laval.Prix Athanase-David Gilles Marcotte I.'AMATEUR DE Ml Slot K IW.nl 240 pages • 22,50 $ Une mission difficile « Le nouveau Marcotte est un Marcotte nouveau, tout entier œuvre jubilatoire, il s’est bien amusé, nous aussi, merci.» Reginald Martel, La Presse 104 pages • 16,95$ L’Amateur de musique essai « Cher Gilles Marcotte, vous remercierais-je assez de m’avoir procuré ce plaisir, que dis-je?cet enchantement à la lecture de L’Amateur de musique.Courez vite l’acheter.Vous le dévorerez.» Odile Tremblay, Le Devoir (.illr.Murmur ÉCRIRE À MONTRÉAL Honni 186 pages • 22,50$ Écrire à Montréal essai Écrire à Montréal, qu’est-ce à dire ?Qu’est-ce que l’écriture montréalaise?Qu’est-ce que Montréal ?À ces questions, les écrits rassemblés dans Écrire à Montréal tentent d’apporter des réponses.DU MEME AUTEUR La Vie réelle NOUVELLES 238 pages • 19,95$ La Prose de Rimba i:ss,u 196 pages • 15,95$ |j Oui in 1 I.K I) K V 0 I It .I.K I.I' X I) I S I) K ( K M It It K I !l î» 7 C 6 ?PRIX DU QUEBEC- Prix Athanase-David L’amant des lettres Comment définir Gilles Marcotte autrement que par cette flamme pour les lettres qu’il démontra toute sa vie En 1922, Athanase David (1882-1953) créait les concours littéraires et scientifiques qui sont à l’origine des actuels Prix du Québec.Au prix qui porte son nom sont aujourd’hui admissibles les auteurs de la plupart des genres littéraires.MARIE-ANDRÉE CHOUINARD LE DEVOIR MARC-ANDRÉ GRENIER Ces nombreux livres qui lui passent entre les doigts, Gilles Marcotte les ouvre tous mais n’en achève pas toujours la lecture.Un peu partout dans le bureau, sur les murs, les petites tables, c’est la matière première qui trône: le livre.Matière première qui, combinée à un esprit fin, une plume agile, à la passion de la littérature, donne pour résultat un écrivain reconnu, un lecteur assidu, celui que l’on récompense pour tous ces mots lus et écrits en lui décernant le prix Athanase-David: Gilles Marcotte.Comment le définir autrement que par cette flamme pour les lettres, qu’il démontra toute sa vie comme journaliste, professeur, écrivain bien sûr, comme critique aussi.Des piles de livres à feuilleter et à lire, des projets d’écriture plein la tête, Gilles Marcotte baigne toujours dans la littérature.Et il en est fort aise.«Mes lectures me suggèrent des choses, c'est certain, que je mijote et qui donnent lieu à des livres, raconte-t-il à propos de sa propre écriture, très liée à celle des autres pour les idées soudainement générées.On écrit à partir de la vie, des événements qui nous touchent, mais on écrit aussi beaucoup à partir de ce qu’on lit.C’est Malraux qui disait que la peinture ne s’apprend pas seulement dans la nature, mais à partir des tableaux que l’on voit.C’est la même chose pour les livres!» D’abord initié au plaisir de la littérature par le biais des études, où il découvre notamment les Sermons de Bossuet, une rencontre qui le hante aujourd’hui encore, Gilles Marcotte poursuit sa découverte de la littérature en goûtant au journalisme.C’est d’abord à Im Tribune de Sherbrooke qu’il fait un bref passage, «des plus formateurs», et touche à plusieurs des cordes du journalisme.Puis c’est au Devoir qu'il prête sa plume, entre 1948 et 1955, d’abord aux pages générales, jusqu'à ce qu’on lui propose, contre toute attente, le secteur de la littérature.«J’ai été très étonné mais le plus ravi des hommes! La littérature, c’était une passion pour moi.Mais ça m’a demandé à l’époque énormément de travail de rattrapage, parce que je n'avais pas lu les grands classiques que tous mes collègues issus de Brébeuf connaissaient déjà.» Le «rattrapage» a porté fruit.Après Le Devoir, c’est La Presse qui lui ouvre sa salle de rédaction, et même son comité de rédaction.L’univers du magazine bénéficie aussi des jugements éclairés de Gilles Marcotte, qui collabore aux Ecrits du Canada français, à Cité libre, Lettres nouvelles, Vice Versa en plus de tenir une chronique régulière dans L’actualité.Auteur (ou coauteur) de dix-sept livres,— le plus récent d’entre eux étant Ecrire à Montréal, 1997 — Gilles Marcotte a goûté à divers genres littéraires, de l’anthologie (Anthologie de la littérature québécoise, 1978-1980) à l’essai (Le Temps des poètes, 1969), en passant par le roman (Le Poids de Dieu, 1962) et le recueil (Une littérature qui se fait, 1962).«Mais je n’ai jamais fait de poésie, jamais.D’ailleurs, j’en serais tout à fait incapable», affirme ce grand lecteur de poésie, qui est passé à La Tribune sous la direction du poète Alfred Desrochers, aussi fervent admirateur de Rimbaud, et qui se nourrit encore souvent, pour son plus pur plaisir mais aussi pour fins de critique, des poèmes d’autres auteurs.À la faveur d’une épopée récente en Grèce, le lecteur en lui s’est lancé un défi de taille: après avoir réussi à lire en entier L'Odyssée d’Homère, il voulait cette fois entamer et terminer L'Iliade, «chose que je n’avais pas encore réussi à faire, dit-il, malgré quelques tentatives».Cette fois, «peut-être à cause du voyage en Grèce, du contexte favorable à ce genre de lecture», il a réussi.Et aimé.Dans ce livre, comme dans tous les autres qui passent sous sa main et son ceil averti, de petites notes.«C’est d’ailleurs pourquoi je déteste les livres empruntés et que les gens trouvent étranges de m’emprunter un des miens: j’y écris ce qui me passe par la tête en cours de lecture.» L’une de ses multiples vies, et non la moindre, l’a fait longtemps rôder dans les couloirs de l'Université de Montréal, où il a enseigné au département d'étqdes françaises dès 1966.A la retraite depuis quelques années déjà, Gilles Marcotte regrette parfois — «sans en faire un drame, tout de même» — cette tribune et les échanges que cette position entraînait.«Lorsqu'on enseigne, et que le cœur de notre enseignement est la littérature, on apprend tellement.Finalement, si on enseigne aux étudiants, c’est par inadvertance», affirme en souriant celui qui jure «n'avoir rien lu, même si j'ai l’air comme ça d’avoir beaucoup lu».Autant les échanges avec les étudiants, sous la forme de séminaires par exemple, que ceux avec les collègues, ont nourri ses connaissances et même alimenté les idées de livres, tel Le Roman à l'imparfait.Après avoir été souventes fois récompensé par les prix et honneurs, l’écrivain reçoit le Prix Athanase-David avec un immense bonheur.«Il est sans doute un peu différent des autres parce qu'il récompense l’ensemble de l’œuvre et non pas un élément.» Cela donne-t-il pour autant le goût d’aller' 1 fouiner dans ces nombreuses pages qu’il a lui-même écrites, histoire dé ' contempler cet ensemble?«Non! Surtout pas! La conscience d’écrire des chefs-d’œuvre ne m’habite vraiment pas.Le doute est toujours présent même si de temps à autres, il vous arrive de regarder certains de vos textes et de vous dire que c’est intéressant.» L’écriture, qui commence dans là '.tête longtemps avant d’être couchée I sur le papier, coule une fois que la, • première phrase est trouvée.«Mais cette première phrase peut me donner beaucoup de fil à retordre cependant.» Ces nombreux livres qui lui passent entre les doigts, Gilles Marcotte les ouvre tous mais n’en achève pas toujours la lecture.«Le plaisir de la lecture est des plus importants pour moi, sinon essentiel.» Mot deste, chamboulé lorsque, des lecteurs qu’il estime ¦ l ont adoré ce qu’il a détesté, il retourne au livre qu’il avait négligé, en reprend la lecture pour vérifier si son jugement n’aurait pas connu une faille.«J’y retourne, j’en lis 50 pages, et puis j’en suis convaincu: c’est • mauvais.Mon premier jugement était le bon.Mais je reste troublé, parce que si cette personne, dont j’estime le jugement, a aimé et moi pas, c’est signe que j’ai peut-être des exigences de lecture qui sont un peu différentes de celles du milieu», explique Gilles Marcotte, qui trouve qu’on publie ! peut-être un peu trop au Québec, la , quantité empiétant soudainement sur i la qualité.111 A travers ses activités de critique, i qu’il poursuit assidûment, et ses lec*.i tures variées — «il faut lire de tout!» \ • —¦, l’écrivain a plusieurs projets d’écriture à gauche et à droite.Par sa coL , lection d’ouvrages, que l’on souhaite de plus en plus volumineuse, il transmettra donc encore longtemps cet -amour de la littérature.; • 1 Gilles Marcotte — journaliste, professeur, écrivain, critique — baigne toujours dans la littérature Lorsque des lecteurs qu'il estime ont adoré ce qu'il a détesté, il reprend souvent la lecture du livre cllnio e/ssifé cl& fÆoriti+éul i+enclhonmiacje à i+écifeieficliiii+e/ du ^y/dimiies e -Çôtioitl ^^rofesseur émérite du Département d'études françaises, Gilles Marcotte a marqué la vie culturelle du Québec par ses nombreuses publications et critiques littéraires.Université de Montréal À Irene F.Wjhittome RÉCIPIENDAIRE DU PRIX PaUL-EmILE-BORDUAS 1997! Le Musée du Québec est fier d’avoir proposé la candidature de cette grande artiste dont la production riche et variée est profondément inscrite dans l’héritage culturel contemporain du Québec.MUSEE DU QUÉBEC Parc des Champs-de-Bataille, Québec, G1R 5H3 • 418 643-2150 • http://www.mdq.org l.e Musée (lu Québec est subventionné par le minislète de la Culture el des Communications du Québec. I.K I) K V Oil!.I.K I.T X I) I S I) K ( K M I! li K I !» !) 7 c PRIX DU QUÉBEC Prix Paul-Émile-Borduas Une artiste multidisciplinaire La production d’Irene F.Whittome est passée par la gravure, le dessin et la peinture, qu’elle a laissés de côté pour se livrer à l’assemblage Paul-Émile Borduas (1905-1960) a été l’une des principales figures de la peinture de l’après-guerre.Le prix qui porte son nom souligne le travail de création dans les secteurs des arts visuels, des métiers d’art, de l’architecture et du design.BERNARD LAMARCHE COLLABORATION SPÉCIALE Après l’architecte Melvin Char-ney, récipiendaire l’an dernier, l’artiste multidisciplinaire Charles Gagnon (1995), les sculpteurs Henry Saxe (1994) et Armand Vaillancourt (1993), ainsi que l’architecte Dan S.Hangçtnu (1992), le gagnant du prix Paul-Émile-Borduas de cette année est une gagnante, une première depuis dix ans, moment où Françoise Sullivan l’emportait.Depuis que le prix est attribué, la production de quatre femmes a été reconnue en incluant la lauréate de cette année, les autres étant, outre Sullivan, Betty Goodwin (1986) et Marcelle Ferron (1983).Cette année, le prix a été remis à Irene F.Whittome, une artiste dont la carrière s’allonge sur près de trente ans et dont la production, depuis le début des années quatre-vingt-dix, a connu — paradoxalement, serait-on tenté d’ajouter — la reconnaissance la plus complète de la part de certaines instances institutionnelles importantes.On a pu voir son visage à la façade du Musée d’art contemporain jusqu’à tout récemment, une idée qui la fait réfléchir sur la place donnée à l’image des artistes et des personnalités publiques en général dans notre société [«Présentement, on impose ces images, plus proches des idées qu’on se fait de l’art et des artistes»).Elle est aussi l’une des artistes, avec Robert Racine, qu’on a interviewés pour L'alchimiste et l'enlumineur, le documentaire de Diane Poitras sur l’art contemporain.Irene Whittome a créé une catégorie pour les étudiants qui n'entraient dans aucune catégorie existante La production de Whittome est passée tantôt par la gravure, tantôt par le dessin ou la peinture, pratiques qu’elle a laissées de côté pour se livrer à l’art de l’assemblage, qui aborde, à travers l’accumulation d’objets, l’idée même de connexion, celle du musée personnel et de la fiction qu’elle permet de produire.«Je suis en quelque sorte une outsider.Je ne suis pas née ici.Venant de Vancouver, J’ai adopté Montréal il y a trente ans maintenant.Mes rencontres avec des Québécois à Paris, pendant mon séjour de six ans là-bas, a beaucoup déterminé mon choix de m’établir ici.Ce prix vient confirmer le choix que j’ai fait.Le contact que j'ai avec le Québec est très dense.L'honneur est d’autant plus apprécié en fonction de ce contexte, comme si la société qui m’a accueillie confirmait cette réception.Je crois fermement qu’il faille aller là où il y a une réception pour nous.Pour ma part, la curiosité reste toujours, la communication entre moi et la culture qui m'entoure va continuer.» Comme plusieurs des lauréats du prix Borduas auparavant — Charney, Goulet, Sullivan, Molinari, Comtois — la carrière de Whittome est marquée d’un long engagement envers l’enseignement.«J’ai commencé à enseigner à l’Université Concordia presque à ma descente de l’avion, lors de mon arrivée en 1968.» Contrairement à ce qu’on entend souvent, elle n’est pas de ceux qui pensent que l’enseignement nuit à la poursuite d’une carrière et d’une pratique en arts visuels: «On se renseigne parl'en- *9 & MARC-ANDRE GRENIER À travers l’accumulation d’objets, Irene Whittome aborde l’idée de connexion, celle du musée personnel et de la fiction qu’elle permet de produire.seignement.Après avoir commencé en 1974 à enseigner à la maîtrise, j'ai ouvert une catégorie, Open media, qui n’est ni technique mixte ni multimédia, pour encadrer les gens qui n’entraient pas dans les catégories connues.L’enseignement donne un tremplin énorme pour rester sensible à ce qui se passe ailleurs.Du moins, c'est ce que je crois que l'enseignement devrait être.C'est une question d'engagement.Mon travail et l’enseignement, c’est ma manière d'être très présente à la société.Je n’ai pas voulu mettre l'accent sur le côté administratif de l'enseignement, bien qu’il fasse partie de cet engagement.L'expérience nous centre sur nos pratiques et nos engagements.Il faut intégrer l'enseignement à la pratique artistique.» Et Whittome d’enchaîner: «Avec les images d’artistes, la ligne est mince entre l'art et le showbiz.L’enseignement de Joseph Beuys passai( par la figure mythique du chaman.A la figure de l’alchimiste, comme projection de moi-même, je préfère celle moins mythique du transformateur.La transformation est essentielle à une société, aux individus aussi.L’éducation transforme la nature des choses.L’exigence de performance et de ponctualité mine un peu la réceptivité des gens, la recherche est essentielle.Dans mon enseignement, j'essaie de montrer aux étudiants que la réception des œuvres doit être intégrée à ce processus de recherche.» En effet, l’artiste reçoit une attention toute spéciale depuis quelque temps.En commençant par le Musée d’art contemporain de Montréal, qui a consacré récemment les salles de sa collection permanente aux (ouvres de Whittome, dans une sorte de mini-rétrospective de sa production, L’archéologie de l’imaginaire, agrémentée de deux nouvelles pièces.L’an passé, c’était au tour du Musée des beaux-arts du Canada; deux œuvres, Curio et Clavier faisaient l’objet d’une présentation particulière.Auparavant, en 1995, avec l’exposition Consonance, le Centre international d’art contemporain ouvrait ses salles au travail de Whittome, un travail largement centré sur l’idée de la collection, des cabinets de curiosités.Là ne s'arrête pas le passage des œuvres de Whittome dans les musées.Ia* Centre canadien d’architecture lui a ouvert les portes de sa propre collection, que l’artiste pourra fouiller en prévision de l’exposition L’embarquement pour Katsura qui aura lieu de novembre 1998 à février 1999, avec comme conservateur invité Laurier Lacroix, alors que le Musée de Québec et son directeur John Porter, qui cette année soutenait la candidature de Whittome, préparent une rétrospective de ses œuvres «à l’occasion du prochain millénaire.» lœs résidents de la région de Québec peuvent actuellement voir les œuvres de Whittome appartenant à la collection du MACM à la maison Hamel-Bru neau, à Sainte-Foy, jusqu’au 11 janvier, une exposition réalisée par Josée Bélisle, conservatrice de la collection permanente de l’établissement montréalais.On pourra rencontrer l’artiste sur place le 11 janvier en après-midi.Difficile de ne pas sourire face à l'accession d’Irene Whittome à la reconnaissance muséale.En effet, l’artiste, en 1987, dans une entrevue avec Lome Falk, déclarait que selon elle, les musées soutenaient mal la vitalité des œuvres.Devant cette situation, Whittome, sans se rétracter, répond: «la vie est pleine de contradictions.Les structures changent.Les œuvres exigent d’être dans le présent, las musées sont réellement des archétypes du passé, mais on va vivre avec eux.Par exemple, la maison Hamel-Bruneau est un musée-maison, l’intimité qui s’y dévoile anime le travail.Les gens n'habitent pas suffisamment les œuvres.D’autres structures, je le crois, vont éventuellement accueillir ces dernières.C’est une question de temps.» Elle considère que la réception des œuvres doit être intégrée au processus de la recherche mmmm Irene F.Whittome « L’itinéraire d’Irene F.Whittome est à l’image de la réalité contemporaine québécoise par ses contrastes, par son oscillation entre la conscience et la spontanéité, par son ouverture sur le monde, par sa polyvalence ainsi que par sa capacité de se renouveler sans cesse.De fait, nous voici face à l’évolution permanente d’une artiste qui explore l’univers et nous en révèle par abstraction les dimensions fondamentales, chacun d’entre nous étant appelé à décoder l’image ou l’installation suivant sa sensibilité propre.U y a également chez Whittome un singulier processus d’appropriation de l’univers à travers une lecture des êtres et des choses qui table sur la sélection, la représentation et l’assemblage d’éléments signifiants.En bref, tout comme la carrière d’Irene F.Whittome se révèle une leçon de vie et de choses, son œuvre constitue une invitation exigeante à explorer en profondeur la réalité qui nous entoure dans le respect de notre héritage collectif et avec une nécessaire sensibilité de l’indicible.» John R.Porter Directeur général Musée du Québec (extrait de la proposition de candidature de Irene F.Whittome faite par le Musée du Québec au printemps 1997) Par l’entremise de sa Collection d'oeuvres d’art, Loto-Québec désire rendre hommage à la vitalité créatrice d’Irene F.Whittome et souligner sa contribution exceptionnelle au milieu des arts visuels du Québec.lC a y loto-québec » V i 1 I.E I) E V 0 I It , 1, E I.II X I) I 8 I) K ( E M II II E I !» !l 7 c s -PR.IX DU QUÉBEC- Prix Georges-Émile-Lapalme Un combat de quarante années Premier lauréat du prix Georges-Émile-Lapalme, Pierre Bourgault ne l’a pas volé Le prix qui honore la mémoire de Georges-Émile Lapalme (1907-1985) couronne la carrière d’une personne ayant contribué de façon exceptionnelle à la qualité et au rayonnement de la langue fran- çaise parlée ou écrite au Québec.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Dans le loft de lierre Bourgault, il y a de la lumière, des masques africains, un chien tout fou qui adore la visite et vous saute au cou, un perroquet bavard qui demande très galamment: Qu’est-ce que tu racontes, nia beauté d'amour?» et tousse comme son maître.Pour un peu il fumerait.Pour un peu aussi, l'oiseau déclarerait que la langue c’est le cheval de bataille de la libération d'un peuple, qu’il faut l'astiquer comme une arme et l'aimer comme un enfant.Mais le perroquet choisit à cette étape de marmonner d’un air philosophe.Quant à Pierre Bourgault, lorsqu’on l’attend côté jardin, tonnant et vitupérant il vous reçoit côté cour, patient, concentré, doux même, mais d'apparence immuable.Faute de blanchir comme le commun des mortels, la chose étant faite une fois pour toutes, il devient un peu plus sage (quoique toujours vaniteux et fier de l’être), se félicite d'avoir en vieillissant accumulé en guise de provisions des opinions sur à peu près n’importe quoi et de pouvoir les semer à tous vents.Ce qp’il est, il l’affiche, Pierre Bourgault.A tort et à travers, diront certains.Sa grande gueule lui a ouvert des portes, lui en a fermé d'autres.Des regrets, il en affiche pourtant, «mais aussi une immense facidtê de passer à autre chose.»«Les intellectuels ont honte d’être intellectuels, Pas étonnant qu’on les méprise au Québec.», tranche-t-il.Lui, il n’a pas honte du statut en question.C'est la,première mouture du prix Georges-Émile Lapalme, couronnant une contribution exceptionnelle à la qualité et au rayonnement de la langue française.Pierre Bourgault est le récipiendaire de l’an 1 et force est de constater qu’il ne l’a pas volé.Quarante années à se battre pour cette langue-là sur toutes les tribunes, à houspiller le ministère de l’Éducation en criant qu’il doit hausser ses exigences, à affiner la lame de sa parole comme un outil de combat, à épurer son écriture.Vingt années d'enseignement à fouetter les troupes de ses étudiants en communication, à dire aux parents de s’occuper de leurs enfants au lieu d’abandonner leur éducation aux mains d’un système déficient «En général, la société québécoise n’a pas de vocabulaire, soupire Bourgault.A l’école, on n’apprend pas les mots aux enfants.On ne leur enseigne ni Zola, ni Camus ni Proust sous prétexte que ce n’est pas collé à leur vécu de Québécois.Alors qu ’ils sont ravis d’élargir leur univers lorsqu'on leur en donne la chance.Mais quand la plupart des professeurs ne savent pas qui est Shakespeare, comment veux-tu qu’ils l’enseignent?» Du moins Bourgault voit-il dans la réforme Marois et le retour aux matières fondamentales à l’école un pas dans la bonne direction."Derrière une matière idiote, il y a 200 projs qui l’enseignent.Réussir à faire bouger cet énorme appareil, c’est déjà beaucoup.» Les lacunes de la langue québécoise, il les lie en partie à la francophobie nationale, vanité mêlée de complexe envers la France, qui porte tant de Québécois à se cramponner à un parler trop pauvre, parfois incompréhensible: «Nous sommes le seul peuple de langue Pierre Bourgault se félicite d'avoir accumulé, avec le temps, des opinions sur à peu près tout f MARC-ANDRÉ GRENIER Tribun comme on n’en fait plus, Pierre Bourgault est conscient que sa force réside dans l’art de captiver les foules avec son verbe., française au monde qui doit faire sous-titrer ses films pour les présenter à la francophonie.Tu trouves ça normal?» Sa langue, il la parle avant tout, Pierre Bourgault.Tribun comme on n’en fait plus, conscient que sa grande force réside dans l'art de captiver, voire d'hypnotiser les foules avec son verbe.Mais encore faut-il avoir quelque chose à dire.A ses yeux, le médium n’est rien sans un vrai message à transmettre.L’orateur a toujours affronté les auditoires sans texte, mais avec des convictions à défendre, dont l’indé|x»n-dance politique qu’il revendiquera, promet-il, jusqu’à ce quelle vienne au monde, même s’il faut casser des œufs pour faire cette omelette-là.Quatre mille discours plus loin et quelques millions de lignes écrites, livres et chroniques, sans compter les émissions de radio, les déclarations fracassantes, les engagements politiques, l’homosexualité dite et assumée, les ruptures, les gaffes, le goût de la polémique est encore un sport pour lui.En 1981, claquant la porte du PQ et tournant le dos à son chef René Iœvesque, Bourgault avait écrit dans Le Devoir une virulente lettre ouverte scellant des adieux à la politique partisane et concluant par un «Je n’ai plus rien à dire» sonnant.Depuis, l’envie de dire l’a repris, Pierre Bourgault.On ne se refait pas.Le combat pour la langue est pour lui un cheminement vers la clarté, la simplicité.«Émonder, émonder, émonder», répète-t-il.Au Journal de Montréal, où il publie ses chroniques trois fois la semaine, Bourgault s’adresse à monsieur tout le monde.Ce qui l’aide à traquer le terme précis.Ça l’aide aussi à varier le menu en évitant de rugir pour rugir.«En vieillissant, on a souvent tendance à se caricaturer soi-même dans son écriture.Et comme pour moi le goût de la polémique est devenu presque une habitude, j’alterne, j'écris sur n 'importe quoi, des fois très légèrement, des fois à travers une charge qui porte».Comment il est devenu chevalier de la langue française?Un peu par hasard.A East Angus où Bourgault est né en 1934, dans une mer anglophone, rien ne le prédestinait à défendre la cause du français.Mais en 5e année, il écrivait déjà sans faute.Et surtout il aimait parler haut et forL Expulsé du collège Brébeuf, où déjà il n'entrait pas dans le moule, Bourgault a fait ses pre- miers pas sur la place publique comme animateur radio, tâté du théâtre et du journalisme, présidé le RIN de 64 à 68.Tribun, chroniqueur, polémiste.Il fut partout.Le Québec l’a vu aux côtés de Lévesque, puis dressé contre lui, le retrouvait conseiller de Parizeau avant le dernier référendum, puis mis à l’écart pour cause de déclarations toni-truantes.C’est un boxeur, Bourgault.Son combat pour la langue, au-delà de ses écrits, au-delà de ses discours, il le mène avant tout comme professeur en communication de l’UQAM, répétait aux étudiants l’importance de maîtriser leur instrument oral, d’arrêter de boiter entre langue du discours et parler quotidien et d’adopter un vrai langage digne de ce nom.Malgré les failles criantes, Pierre Bourgault trouve que la langue parlée a bel et bien évolué au Québec.»//y a quinze ans, la moitié de ma classe voulait parler jouai, l'autre non.Aujourd’hui, ces débats sont derrière nous.Le jouai, il fallait l'assumer pour mieux le dépasser.C'est fait.» Avoir survécu à un double pontage cardiaque, une faillite, perdu sa ferme adorée de Saint-David dans la tourmente, fait toutes les folies qu’il avait à faire et même plus, s’être cassé plusieurs fois la poire, il se dit aujourd’hui que rien n’est irremplaçable, surtout pas les biens matériels, il devient même un peu zen.«Im sagesse c’est l’absence de désirs.Et comme je suis comblé.» «Je suis une des quatre ou cinq personnes totalement libres au Québec, estime-t-il.Personne ne peut me censurer.Mais ça m’en a coûté des jobs avant d’arriver là.Je ne sais même pas si je referais tout ce parcours-là aujourd'hui.Le chemin est tellement dur.Quelqu’un m’a demandé un jour: “Si vous n’étiez pas Pierre Bourgault, qu'est
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