Le devoir, 16 août 1997, Cahier D
— .¦> LE DEVOIR » La chronique de Robert Lalonde Page D 3 La nouvelle du samedi Page D 4 Douglas Walker Page D 6 Formes Page D 8 fri» ESSAIS Le continent oublié Un pamphlet vitriolique sur l’Afrique qui fera grincer des dents et ne laissera personne indifférent AFRICA MEA LE RWANDA ET LE DRAME AFRICAIN François Bugingo Éditions Liber, Montréal, 1997 243 pages JOCELYN CO ULON LE DEVOIR L> Afrique est mal partie, écrivait f l’agronome René Dumont au début des années soixante.Quarante ans plus tard, alors qu’elle atteint l’âge de la maturité, elle a mal grandi, s’est mal développée et sombre dans une corruption totale et une violence aveugle, s’il faut en croire un jeune et talentueux écrivain rwandais qui vit au Québec depuis peu, François Bugingo.À 23 ans, ce natif de Kisangani, au Zaïre, publie un pamphlet vitriolique sur l’Afrique qui fera grincer des dents et ne laissera personne indifférent.Africa Mea.Le Rwanda et le drame africain est un véritable cri du cœur.Bugingo a découvert toutes les turpitudes quotidiennes qui rongent le continent africain au moment du déclenchement du génocide rwandais.Il est né au monde alors que tant d’autres tombaient sous les coups de machettes.«L'homme n’émerge pas progressivement du corps adolescent; il surgit un beau jour dans une fulgurance de douleur, de vérité et de lumière, écrit-il dans son avant-propos.Cela vaut en tout cas pour moi.Lorsque le génocide a été lancé au Rwanda en avril 1994, je me suis rendu compte que plus rien n’allait être comme avant.» Bouleversé, Bugingo a traîné sa bosse comme journaliste dans tout le Rwanda pendant deux ans pour tenter de découvrir la vérité mais aussi pour «traquer maladivement l’ombre de la vie où qu'elle pût se dissimuler dans ce pays de la mort».Cette expérience traumatisante lui a permis de réfléchir sur l’Afrique et sur l’indifférence du monde envers ce continent oublié.Il en conclut qu’elle porte une lourde responsabilité dans cet abandon.Le cadeau empoisonné Tout fonctionne mal dans cette Afrique désarticulée, d'abord par le colonialisme, puis par des indépendances mal préparées et mal gérées.L’indépendance ne fut qu’un jeu cruel, un cadeau empoisonné qui remplaça une oppression par une tyrannie et substitua des exploiteurs à des pilleurs.«Le pouvoir ne fut pas remis à l'autorité africaine, il fut récupéré (parfois après effusion de sang) par les nouveaux intellectuels en un astucieux et machiavélique jeu de passe-passe entre un colon blanc effectivement blanc et un colon blanc tristement noir.» Le développement à l’occidentale, que l’auteur ne récuse pas, n’a produit que des fonctionnaires ou des entrepreneurs qui dévalorisent l’agriculture, «le salut du continent».La scolarisation «n’a laissé que cette révulsante classe d’intellectuels qui conduisent le continent à sa ruine totale».VOIR PAGE I) 2: BUGINGO HQ-Jl» VWmSmt: Usé*# J.'i'li.ll.'li.’i»:; tjWoi ÛotK» 'rMéii-'üpKrt -, '7îï ' u?Mé!£j6£ ¦jÙJlporinvafeit WO#vrr»oir/Cr!' t r- I •'vJfW N Un poème géographiq cœur du réservoir de Caniapisca 101 îles aux noms tout droit tiré de la littérature québécoise MARIE-ANDRÉE CHOUINARD LE DEVOIR Il y a la Bonaventure, celle d’Orléans et puis aussi celle aux Coudres.Montréal en est une, Félix en avait une.Daniel Lavoie chantait son désespoir d’avoir dû quitter la sienne.Petit ou grand lopin de terre situé pas très loin, ou oasis idyllique vers laquelle on doit voler, les îles ont de quoi faire rêver, désertes ou pas.Et si vous aviez la vôtre?Ce bonheur, cet honneur, cette flatterie peu commune reviendront bientôt à 101 auteurs québécois.Pour un titre, un jeu de mots à saveur poétique, un mot inventé ou une phrase sur laquelle les yeux s’arrêtent longuement, des écrivains auront droit à leur île, haut perchée dans le Grand Nord québécois.C’est le vingtième anniversaire de la Charte de la langue française — le 26 août prochain — qui sert de prétexte à cette idée mise au point par la Commission de toponymie du Québec: créer, à partir de mots tirés des œuvres de 101 auteurs (littérature québécoise d’après-guerre et actuelle), un poème géographique en plein cœur du réservoir de Caniapiscau.Pêcheurs, amateurs de chasse au caribou, curieux de la nature particulière du Grand Nord, l’archipel d’îles du réservoir de Caniapiscau vous étonnera sans doute: au sud, contournez l’incroyable Odyssée, passez près de l’Herbe rebelle, l’Ange du matin, puis le Grand Brûle-'Veine.Plus loin, voguez près de la Karizdondelle, le Pardon refusé, l’Archange du faubourg et le Cavalier au tricorne.La pêche sera peut-être bonne par-delà le Nid du silence, le Poids des ombres ou le Déjeuner de Noël.Terminez l’escapade par un pique-nique sur, la Calliope ou un brin de lecture sur l’École des rêves.«Pour commémorer l’anniversaire de la Charte, nous avions le goût de faire quelque chose de différent, explique Marc Richard, agent de recherche et chargé de projet à la Commission de toponymie, organisme responsable de la gestion des noms de lieux au Québec, et ainsi chargé de nommer «tout point de l’espace qu’il est utile de nommer».Mais nous voulions sortir de cet automatisme dans lequel il est facile de sombrer quand on cherche un nouveau nom.En nommant des îles à partir de contributions d’auteur plutôt que d’après leur nom, nous avons trouvé une façon originale de rendre hommage à la langue.» Us et coutumes Ne nomme pas qui veut ni de n’importe quelle façon.La Commission se fait un devoir de toujours respecter l’usage courant — si les habitants du coin ont toujours dit qu’ils allaient au lac vert, pas question de changer les habitudes incrustées en voulant faire un brin de poésie —, de ne pas utiliser le nom d’une personne vivante, tout en essayant de faire preuve d’imagination.Lise Bissonnette, Gabrielle Roy, Louis Hamelin et Chrystine Brouillette ont maintenant leur île.VOIR PAGE D 2: JARDIN Le devoir Ne manquez pas notre cahier spécial publié le 6 septembre prochain! i I) 2 i !•: I) K V I) i it i !•: s s \ m !•: i) i i i; i: i i> i \i a x c u k 17 a 0 i'i t i «1 u L I V R E S BUGINGO L’espoir dans les jeunes Zachary Richard SUITE DE LA PAGE I) 1 Les dirigeants, à peine installés, ont considéré la chose publique comme «un legs familial» et se battent toujours entre eux pour le préserver.La démocratie nouvellement arrivée n'a accouché que d'un «multipartisme [qui] n’est que la multiplication des partis uniques».Même les rejetons de cette démocratie que sont l’opposition et les médias ne trouvent grâce aux yeux de l’auteur.«L'opposition en Afrique n 'est donc pas née de nobles visées humanistes, mais d'une basse volonté de vengeance de ceux qui firent écartés de la table des dilapidations» alors que «les journalistes [.] souffrent d'une profonde folie des grandeurs, doublée d'un antisportif accès d’égoïsme.» Son pamphlet ne souffre guère les nuances et l’auteur ne s’attarde pas sur les succès africains comme la Zambie, le Botswana, le Zimbabwe, le Gabon, la Côte-d'Ivoire, le Ghana, le Kenya.Ne le lui reprochons pas, ils sont rares, si rares et, eux aussi, parfois secoués par les turpitudes qu'il dénonce tant.Mais ces succès démontrent au moins qu’il y a une autre Afrique que celles des génocides, des guerres civiles, des dictatures, de la rapine.Y a-t-il alors un espoir pour ce continent?Oui, les jeunes.L’auteur les appelle à éviter «ceftp terrifiante facilité des générations nouvelles à reprendre, cautionner et perpétuer les torts (et rien que les défauts!) de leurs ancêtres» et à rejeter «cette morbide volonté de reconstituer les haines, les clivages dont ils connaissent à peine les origines».Il demande à la jeunesse africaine «de refuser le suicide».Il y a bien dans cet ouvrage quelques opinions mal étayées, lancées à l’emporte-pièce.Ce sont là des péchés véniels, que d’autres opinions nous font oublier.Comme cette judicieuse critique du travail des journalistes occidentaux en Afrique qui ne manque pas de faire rougir par sa clairvoyance.François Bugingo a un rare talent: il écrit très bien.Sa plume caustique et vivace nous accroche dès les premières lignes de ce beau et émouvant livre qu'on a du mal à délaisser.Ce pamphlet est l’œuvre d’un essayiste en devenir, un grand essayiste.Retour en poésie GERALD LEBLANC LE JOURNAL Moncton —J’ai rencontré Zachary Richard au milieu des années 70, lors de sa première venue en Acadie.Du temps que les frolics commençaient à battre leur plein et qu'il venait y chanter.Au cours des années, nous sommes devenus de bons amis.En 1995, il me demande si je serais intéressé à lire un manuscrit de lui.Ça va de soi.Je fais une première lecture de Faire récolte qui m’a touché.Comme je suis directeur littéraire des Editions Perce-Neige, j’offre de le publier ici et c’est ainsi que l’ami devient éditeur et le chanteur se transforme en poète le temps d'un livre.Au cours des deux dernières années nous avons travaillé ensemble dans toutes sortes de conditions.Lorsqu’il venait chanter dans la région, nous nous asseyions autour d'une table, chez moi, et discutions poésie.Lors d'un voyage à New York, nous avons discuté du manuscrit dans une chambre d’hôtel.Et pendant un dernier sprint à Lafayette, le printemps dernier, nous avons mis la touche finale à Faire récolte.Le résultat vient de paraître cette semaine.Le lancement a eu lieu mardi soir au bar Au Deuxième à Moncton.Le lendemain matin, nous partons vers Caraquet.Je l’interroge sur sa conception de la poésie.Dans un premier temps, le poète américain William Carlos Williams l’influence.Zachary Richard fréquente par la suite l'œuvre des Allen Ginsberg, Jack Kerouac et Gary Snyder, en somme les écrivains de la beat generation.«Au début des années 70 , alors que je terminais l’université, je me suis retrouvé à New York.En faisant de la méditation un jour j'ai un jlash.Ça a donné un premier poème que j'ai intitulé Pure handle.J'ai continué dans cette veine pour produire un premier recueil d'une cinquantaine de poèmes qui sont restés inédits.» 11 écrivait en anglais mais à partir de 1976, alors qu’il commence à en-disquer en français, il se met également à écrire dans notre langue.Il garde un cahier de bord où il griffonne ses réflexions.«J'étais très conscient que je ne pouvais pas arriver aux subtilités que me permettait l'anglais.mais j'ai tout de même tenté des choses.» «A l'époque, j'écrivais souvent en état d’ivresse parce que ça me donnait une liberté d'explorer au niveau de l’expression.Far après, je retravaillais ce que je jugeais qui en valait la peine.» Qu’a-t-il appris de son expérience d’écriture?«Comme je ne maîtrisais pas la langue française, je m’intéressais au rythme.Avec le français, je me sens plus primitif.Il arrive parfois que le rythme et le son deviennent aussi importants que le sens.J'essayais d'aller plus loin dans les mots comme si je faisais du jazz.» VENTES Toutes catégories Ni vue ni connue Mary Higgins Clark.Albin Michel Romans étrangers 1 — Ni vue ni connue Mary Higgins Clark, Albin Michel 2 — Honneur et Courage Danielle Steel, Presses de la Cité 3 — Soie Alessandro Barrico, Albin Michel 2 — Marie Mousseau 1937-1957 Denis Monette, Edition Logiques 3—Amabelle Marie Laberge, Boréal Romans québécois 1 — Passion de Jeanne Michèle Tisseyre, Robert Laffont Essais, documents 1 — Le Moine et le Philosophe Richard Revel, Nil Editeur 2 — Petit Ixi rousse illustré 1998 3 — Michel Chartrand, Us dires d’un homme de parole Fernand Foisy, Lanctôt éditeur Formats poche 1 — Je mange, donc je maigris! TT HBruno, nebert ROMAN «C'est pas moi, je le jure! n’est pas seulement un remarquable premier roman; c’est un des meilleurs romans de la saison.» Gilles Marcotte, L’actualité Bruno Hébert.* c’est PAS MOI, )E le jure! Homan « Le premier roman de Bruno Hébert nous raconte cet amour d’enfants, pour rappeler que les premières amours sont aussi dévastatrices que les dernières.» Reginald Martel, l.o Presse « Bruno Hébert, c’est toute une découverte.» Anne-Marie Voisard, Le Soleil « Un des meilleurs romans « Le style de ce premier roman ressemble à son auteur.Ironique, charmeur, avec des élans de passion et une certaine naïveté lucide.» de la saison.Andrée Poulin, l e Droit Gilles Marcotte, 1,’AclmtHté- t • Ht Boréal 198 pages • 19,95 $ Qui m’aime me lise Zachary Richard estime qu’avec le français, il doit se limiter aux choses plus terre à terre.«Je produis des sortes de «weather reports» et des poèmes de revendication qui ont une valeur dans le contexte cajun, alors qu'en anglais, je peux travailler des questions d’ordre plus métaphysique et que ça m’amuse de confronter certaines questions.En français, je sais que certains y voient une sorte d'exotisme.» En 1987, il publie un choix de ses poèmes écrits entre 1975 et 1979 sous h- titre Voyage de nuit chez Louise Courteau éditrice, au Québec.JARDIN Un terrain vierge SUITE DE LA PAGE 1) I line autre facette Avec la parution de Faire récolte, c'est une autre facette de Zachary Richard que nous découvrons.«J'en suis très fier mais je ne sais pas ce que ça vaut», dit-il d'un air à la fois enjoué et grave.Mais quand il relit ce qu'il écrivait il y a vingt ans, avec toutes ses erreurs et ses élans de jeunesse, il commente en sou riant: «F avait du talent, lui!» 11 ajoute: «L'ironie c’est que je suis beaucoup plus prolifique en anglais qu'en français aims que je n 'ai pas encore de livre publié en anglais.» Autre ironie, c'est qu'en Louisiane presque personne ne peut le lire en français.Il se réjouit donc qu’un disque laser de lui lisant ses poèmes accompagne le livre.«Ce CI) rejoint en quelque sorte la tradition orale , alors il aura une sorte d'impact chez nous qu 'il n 'aurait pas autrement.» Michel Montignac, J’ai lu 2 — Un ravisseur sans scrupules Julie Garwood, J'ai lu 3 — L’Alchimiste,Paolo Coelho, J'ai lu Jeunesse 1 — Dragon bail # 26.Ix> Petit Dende Akira Toriyama, Glénat 2 — Ami-mots en vacances Dolphin et Gagnon, Trécarré 3 — Son dernier bal Diane Hogh, Héritage jeunesse Relevé mensuel de l’Association des libraires du Québec Prochaines parutions Exceptionnellement, le cahier des Livres ne sera pas publié samedi le 23 août.Les chroniques et rubriques seront insérées à la fin du cahier de la Rentrée culturelle.La cahier reviendra le 30 août prochain et l’édition du 6 septembre annoncera la nouvelle saison des livres.«En un an, on attribue environ 15 OOO noms, explique le président île la commission, Alain Vallières.Vient un temps où il faut se gratter les neurones pour arriver avec une idée géniale.» «Mais lorsqu'on a une page blanche comme avec le projet de la Ca-niapiscau, c'est une partie de plaisir!», ajoute M.Richard.11 eût été impossible de modifier le nom d'une rue, d’une place ou encore d’un lac pour l'attribuer à un auteur ou même à son œuvre: la commotion aurait sans doute été trop grande, explique M.Richard, qui a eu l'idée de ce «poème géographique» intitulé Le Jardin au bout du monde (c’est le nom de l’archipel en entier), d'après l’œuvre du même titre de Gabrielle Roy.Choisir un terrain vierge, anonyme, dénué de toute identité pour le commun du mortel, permettait de laisser libre cours à l’imagination el de lancer ce projet inédit.A quelque 400 km au sud-ouest de Kuujjuaq, dans un paysage entièrement façonné par la main de l'homme, en l’occurrence par le gouvernement du Québec et Hydro-Québec qui construisaient au début des années 70 l'aménagement hydroélectrique du bassin de la Grande Rivière, le réservoir de Caniapiscau, avec ses quelques centaines d'îles apparues dans ce lac inventé, se prêtait parfaitement bien à l’exercice.d’abord la surprise, puis cette impression agréable d’être l'objet d’une grande flatterie et enfin la curiosité amusée d'aller voir son bout d’ile.LE BOUQUINISTE PIERRE CHAPUS Livres anciens et d’occasion Gravures Philo - Littérature - Histoire Arts -Canadians Les choix d'un libraire Achat et Vente 2065, SAINT-DENIS .mon i-khai 842-9204 .Cent unes comme dans cent un 101 îles — on aura bien sûr compris l’allusion à la Charte de la langue française — aux noms tout droit tirés de la littérature québécoise.Egalement une presqu’île qui s’avance dans la mer d’eau et que la Commission nomme Point de mire, de cette émission d’information animée par l’ancien premier ministre québécois René Lévesque.Pour commémorer le dixième anniversaire de la disparition du personnage, et aussi pour souligner son apport dans le processus d’adoption de la Charte de la langue française, on rebaptisera d’ailleurs une portion de la rivière Caniapiscau rivière René-Lévesque.En 1989, une première aventure de géographie littéraire avait été tentée dans la réserve faunique de Sept-iles—Port-Cartier: des ouvrages d'Yves Thériault, Gilles Vigneault et Roland Jomphe avaient servi a nommer des endroits jusque là anonymes, permettant de voir la vallée des Autres, le mont des Fleurs de Gel et autres lieux poétiques.«Nous voulions que ce poème géographique constitue une combinaison d’images qui s'interpellent les unes les autres», explique Marc Richard, qui a fait partie du comité de sélection des auteurs.Chez la majorité des auteurs approchés — quelques-uns d’entre eux sont toutefois décédés — ce fut Faire le tour de son île Amusée, très flattée, l’écrivaine Chrystine Brouillet, à qui on a afLri bue une île, a dû feuilleter son propre roman pour retrouver la «falloise Elle a d’ailleurs été impressionnée par le choix du comité.«Je ne me souvenais pas du tout d’avoir écrit ça dans mon livre, mais je trouve que c’est une bonne idée.C'est une unitiative très poétique et qui donne le goût d’aller faire un tour près de “son ” ilc.» La Calliope, l’une des îles du Jardin du bout du monde, fut choisie par Je comité de sélection au hasard des pages du tout dernier recueil Quittes et Doubles de la directrice du Devoir, Lise Bissonnette.«Je n'en suis pas revenue qu'ils aient choisi ce mot précise ment [du titre de l’une des nouvelles), parce que c'est un mot qui ne fait pus partie de la langue française, que j’avais trouvé dans un dictionnaire américain et que j'aimais beaucoup pour tout ce qu 'il évoque.» L’auteur, déjà familière avec le nord du Québec, ne détesterait pas jeter un coup d’œil sur cette île qui gardera longtemps un petit morceau de son œuvre.«Tous les écrivains rêvent de laisser une trace indélébile, alors imaginez, quelle initiative originale de reconnaître à la fois leur travail mais aussi la beauté de la langue et l’importance de la culture» Pour d’autres, comme l’écrivain Louis Hamelin qui prête le Soleil des gouffres à une île, c’est désormais un prétexte pour aller fouiner du côté du Grand Nord, cet «endroit mythique».«Il a fallu que je prononce les mots plusieurs fois dans ma tête et à voix Itautf avant de me convaincre que ça pourrait bel et bien aller sur une île, et puis j’ai dit: “Oui, c'est original, ça va bien avec le côté mythique de cette géographie du Québec.”» Un brin de poésie dans la dénomination parfois banale et répétitive qui caractérise certains coins du pays a l’effet d’une bouffée d’air frais, disent-ils tous trois.«/4n Québec, on a l'impression que chaque saumon et chaque truite a son lac tellement il y a en an, explique Chrystine Brouillet.«Tous les noms de saints y passent pour dénommer les villages, un peu de poésie ne peut que faire du bien dans un paysage plutôt uniforme», poursuit Lise Bissonnette.«Les pêcheurs du coin trouveront peut-être ça un peu compliqué de s’y retrouver, mais c'est une idée tellement belle, qui suscite la curiosité et même l’incrédulité», ajoute Louis Hamelin.Rien n’empêchera la Commission de toponymie de poursuivre ce mariage géographie-littérature.Ce ne sont d’allieurs pas les lieux innommés qui manquent: le Québec regorgerait de centaines de milliers de lacs, îles ej collines anonymes.A chacun son bout de lopin! .Aux ,mm(u) de In jwde : INVITATION CORDIALE ù lêeeaiien de lu fête champêtre du 30 actif 1997 POUR RENDRE.HOMMAGE DE RECONNAISSANCE À L'IMPORTANT POÈTE GILBERT LANG EVIN .Réiemdmipréalable! : (519) 932-6910 Par fervice distribulel : 9766000.932-6910 Par ailréue iledmupte : medar@Mal.net ARCHAMBAULT LA PLUS GRANDE MAISON DE MUSIQUE ET LIVRES AU sur toys nos livres (étiquettes blanches seulement) les l1 2 JOURS SEULEMENT SAMEDI 16 AOÛT ET DIMANCHE 17 AOÛT d© la i , 'v'spJ/y" LAROUSSE k II PI T K ROBERT MULTI 3 JEUNES JJIMVÛT» m Dictionnaire Larousse Le Multi des jeunes - Super Major (9 à 12 ans) - primaire et secondaire Dictionnaire de la langue française Le Petit Robert Dictionnaire do la langue française Le Robert & Collins Senior Dictionnaire français-anglais, anglais-français ; TRADW*»'" *.‘ TOi’iqr* Ois - Le traducteur instantané français-anglais - Le dictionnaire topique Valise Lirisinteractive comprenant 3 CD-ROM Larousse (Choix de doux valisos) - Aladin et la lampe merveilleuse - Gulliver - Voyage à Lilliput En prime : -Art puzzlo» Ces titres sont on promotion jusqu'au 10 septembre Chicoutimi » Laval « Montréal » Québec » Sherbrooke « Ste-Foy * Trois-Rivières 500, rue Ste-Catherine Est • Place des Arts • Galeries Laval 7117 Il K V (I I II .I.K S S ,\ M K I) I I II i: I II I M A \ ( Il i; 7 AUI L I V R, E S LA CHRONIQUE L E T T R K S Q U É B É C O I S E S «Un mot de passe à déchiffrer» CM est à présent l’été des * verges d'or, des criquets et des grillons.On met déjà un chandail, le soir, pour s’asseoir sous les étoiles et compter les filantes.L’amélanchier s’étiole ayant donné tous ses fruits aux oiseaux, et les branches du pommier sont lourdes à toucher terre.Les couchers du soleil sont nostalgiques et s’éteignent avant huit heures et demie.Un rouge suspect, déjà d’octobre, est apparu dans l’érable: on fait mine de ne pas l’apercevoir, en allant au lac, où il nous faut maintenant un effort — dont on n’ose pas parler non plus — pour se lancer dans l’eau refroidie.Assis sur les marches de notre galerie, côté soleil — un triangle qui rapetisse de jour en jour —, je lis Jean Claude Pirotte, qui est un vagabond des paradis perdus, un ardent fou de nostalgie, de cette espèce de désespérance qu’on ressent quelquefois à se survivre.Le premier livre que j’ouvre porte un titre qui va bien à mon spleen d’aujourd’hui: Un voyage en automne.Pirotte nous entraîne avec lui dans une errance sur place, une sorte de parcours sans boussole du territoire du cœur, où «tout se mêle et s’entrecroise» et où «il n'est d'autre vérité que celle que nous supposons».Nous sommes, tout à coup, plantés devant une fontaine que nous écoutons ruminer, ou assis à une table de café, à tenir compagnie à des espérances, des rancœurs, des trahisons et des désirs, des équivoques et des impostures que nous reconnaissons pour les avoir souvent hébergés en nous, plus souvent qu’à notre tour.Curieusement, ces brûlures-là, revisitées, font souffrir moins: on se sent délivré, soulagé par les sincérités successives de l’auteur, qui avoue: «Je ne vois rien.Ce qui crève les yeux m’échappe; le bout de mon nez m'est inconnu.» On voit bien qu’il cherche, que son immobilité en mouvement reste une quête, une aventure, une chasse au trésor.Quel trésor?L'essentiel, peut-être.C'est-à-dire «l’anodin, le banal, la déroute quotidienne», ce paradis que nous n’avons pas perdu, mais qu’on ne sait plus reconnaître: «On croit tout très difficile, et tout alors le devient.» Parfois, il semble au bord de tout abandonner, et appelle la mort, d’une voix blanche.Mais aussitôt, ahuri, il écrit: «Si j’essaie de me pendre, la corde se casse.» Difficile de quitter la vie quand on la sait changeante et folle et qu’on a «entre les dents cette pâtée de vertige et d’abandon qu’on n’ose pas cracher».Une femme traverse le livre, un fantôme, une morte qui ne veut pas sien aller pour de bon.C’est elle qui qiène le voyage immobile, qui oblige lë narrateur à de vieux gestes d'amour et à des secousses de révolte, aussitôt abandonnées au profit du terrible naturel qui revient au galop, «par le judas», et qui redonne «l’envie de sonner à sa propre porte avec l’idée que quelqu’un va nous ouvrir».De temps en temps, rattrapé par son malheur «d'enfermé dehors», il s’écrie: «Que j’égorge le fauve halluciné qui rôde en moi, ou le chien battu qui gémit!» Et puis le chat s’endort sur ses genoux, ou bien le ciel s’entrouve pour découvrir une étoile, une phrase, lue chez Thomas ou Chardonne, le ressuscite et alors, apaisé, il écrit: ffjcs façons de découvrir sont diverses et bouleversantes.» La vie ne tient peut-être qu’à un fil, mais essayez donc de le rompre, ce lil-là, de vos deux mains.Vous vous ferez saigner les paumes et en serez quitte pour lever la tête et apercevoir l'oiseau qui vole, le firmament qui luit, et à nouveau vous cultiverez l'attente et consentirez à vivre encore dans «la frivole inconséquence du temps».«Je suis resté si jeune, écrit Pirotte, que je ne m'étonne pas qu’on m'ait traité fort tfit de vieil imbécile.Le spectacle est partout, ville ou campagne, église ou bistro.Vaille que vaille, je me suis accommodé de mes vues un peu courtes, de mon nonchaloir natif, de mes insomnies débridées, de ma paresse, et «Ecrire, c 'est, au bout du compte, tenter à tout prix les retrouvailles avec l'enfance.Comme si la vie n’était (pie cela, une carte postale adressée au vieil homme par l'enfant qu 'il fut.» R o b c r / /.a I o ii U c La vie ne tient peut-être qu’à un fil, mais essayez donc de le rompre, ce fil-là, de vos deux mains du charme ambigu du souvenir.De bien d’autres choses encore, qu'il faudrait dire: les bornes de mon talent, les revers de fortune et les infortunes de la passion.» Je me déplace un peu, gagne les planches chaudes: le chien ne me suit pas.Il s’est battu, la nuit dernière, avec je ne sais quel chat sauvage.Ce matin, il dort dans son poil souillé de boue et, de temps en temps, se lèche une patte qui lui fait mal.On finit toujours par payer nos grands gestes héroïques, les infortunes de nos passions.Je me tourne vers lui et lui clame cette phrase, rapportée par Pirotte, lue chez Chardonne: «Il y a des gens qui ont pour idéal l'uniformité, cela vous plairait?» Iœ chien n’ouvre pas même un œil et soupire comme si je n’avais rien dit.Nous sommes, en lisant Pirotte, ce vrai lecteur, décrit par Marcel Schwob, celui qui «construit autant que l’auteur», qui «bâtit entre les lignes».Et j’aime bien quand Pirotte cite Chardonne, parlant à un apprenti écrivain: «Ne craignez pas de compliquer les choses et les êtres.Im vie est plus compliquée que vous ne pourriez l'iniaginer.» Ecrire.On se demande bien pourquoi.Tous ceux et toutes celles qui écrivent savent bien que «nulle sagesse ne fleurit sans l'étincelle du doute», et que, écrire, c’est souvent s’occuper de «choses qui ne sont pas,, qui dépendent du regard».Ecrire est «l’activité clandestine et ténébreuse par excellence», car c’est «l'homme de la nuit qui invente, celui du matin n'est qu’un scribe».Et tout scribouilleur sait bien «qu’il n’y a qu'un pays, celui que nous portons en nous et qui se prête, en se refusant, à toute découverte».Et pourtant, l’écriture fascine, et l’on paie à prix d’or les brouillons de certains écrivains, où sont peut-être captifs «les secrets des balbutiements».Le chien se lève, s’étire sur trois pattes et aussitôt retombe, comme roche molle, sur la galerie.Le soleil plombe, mais je reste dessous, conscient que bientôt il me manquera, comme l’air à l’emmuré vivant.Et j’ouvre un autre livre de Pirotte, sorte de chronique attentive et vagabonde, Plis perdus, une ardoise d’écrivain toujours en dette vis-à-vis du monde multiple et de «L'ange-à-quoi-bon».D’entrée de jeu, nous sommes mis au fait de la grande hantise de l’auteur — qu'il se trouve que je partage entièrement: «N’y aurait-il pas au cœur même de l’éphémère comme une secrète parole d’éternité, qu'il suffirait d’entendre, un mot de passe à déchiffrer?» Bon.Le chien gémit et me dévisage avec deux grands yeux suppliciés qui forcent ma compassion.Je vais m’occuper de lui, peut-être lui bander la patte, ou simplement le caresser.pour lui ôter un peu de cette grosse douleur qui le martyrise.Je vous laisse en compagnie de Pirotte et de ses phrases, comme des «mots de passe à déchiffrer»: «Le ciel donne toujours envie de peindre.» «Il y a des jours où la fréquentation des diplômés de toute farine inspire l’élémentaire envie, besoin, nécessité de meurtre.» «Pense à qui tu aimes, et surtout, aime qui tu aimes, ce qui est sans doute encore plus difficile, et n 'arrange pas davantage le désordre des jours.» «C'est cela le poème, ce n’est pas autre chose en vérité que la bible du réel.» «Je donnerais tout pour être mort, je donnerais tout pour être vivant, mais je n'ai rien à donner, ni ma vie ni ma mort, rien que ce cœur momifié dont le battement futile et têtu n’épouse jamais la carcasse du monde, ni le scintillement des étoiles.» «Si nous savions qui nous sommes, à quoi servirait-il de l’écrire encore et encore?» «Tous les livres contiennent les réponses casuelles à la seule question nécessaire, et qui demeure informulable.» «Tout me bouscule, mais c'est une branche de pommier, un chat roux terré dans la bruyère, un regard aigu d'enfant sur un trottoir, qui me font croire à la réalité du monde, si menacée qu’elle en parait presque trop pure.» «Croire pour croire, simplement, comme, quand on marche, on met un pied devant l'autre, sans être obligé de savoir où l’on va.On ne sait jamais où l'on va, ou bien on le sait trop.» «Ecrire, c’est, au bout du compte, tenter à tout prix les retrouvailles avec l’enfance.Comme si la vie n’était que cela, une carte postale adressée au vieil homme par l’enfant qu'il fut.» «Rien n 'est en effet plus familier que l’étrange.Chacun de nous transporte comme il peut son bagage de différences et de contradictions.Le rêve d'être un n’a d'égal que le désir d’être autre.Ce n’est au fond que l’ordinaire des jours.» «Me connaître?Rien n'est moins sûr.Me méconnaître plutôt.Mon mystère, mon ignorance en somme, sont intacts.Je dois mon peu de fortune à ma lumineuse misère, au romanesque, cette vie qui propose la vie sans l'expliquer.» «Une voix, c’est une serrure et c’est une clef.» «Bien écrire ne signifie rien.C’est écrire comme tout le monde, avec la bénédiction des instituteurs.» Et celle-ci, qui va comme un gant à ma nostalgie d’aujourd’hui: «Chaque saison n 'est-elle pas la dernière?» Le chien va s’en remettre.Il a tout simplement, comme moi, rencontré plus fort que lui.UN VOYAGE EN AUTOMNE PLIS PERDUS Jean Claude Pirotte La Table ronde, 1996 et 1994 LE VILLAGE CNN LA CRISE DES AGENCES DE PRESSE LE VILLAGE CNN © ) ut n a pas ,ai des images du débarquement des soldats en Somalie?De la guerre du Golfe en direct?Du procès de O.).Simpson et de la folle poursuite en voiture qui a mené à son arrestation?Le «village global» qu’avait prédit Marshall McLuhan ne s’est-il pas réduit à la vision américaine du monde et ne serait-il pas en train de devenir un véritable «village CNN»?’ atrick White, journalist e depuis dix ans, est correspondant de Reuter à Québec.Auparavant réalisateur à CIV News, il connaît de l’intérieur l’ampleur des changements que vivent les agences de presse.Plus qu’un témoin, c’est un acteur qui nous livre ici le résultat de ses recherches et de ses réflexions sur le sujet.Ion Prennes de l'Université de Montréal 192 pages prix de vente: 22,00 $ COMMANDES: Par téléphone: (514) 449-7886 Par télécopieur: (514) 449-1096 Par courrier électronique: presses@gmorin.qc.ca JL Les Presses.de l’Université de Montréal ! http://www.pum.umontreal.ca/pum/ PUM Une envoûtement de grande qualité Intrigant, gothique, Insulaires est un superbe livre INSULAIRES Nouvelles Christiane Lahaie L’instant même, Québec, 1997,129 pages ROBERT CHAR T RA NI) Singulier, séduisant, aussi beau que troublant, ce premier recueil de nouvelles de Christiane I-ahaie est une réussite à tous égards.Ces insulaires, les personnages des quatorze nouvelles, ce sont des Britanniques — des femmes surtout — de toutes conditions, hantés par les fantômes du passé qui resurgissent au hasard de leurs rencontres ou à la faveur de l’étrange magie des lieux.Mystère et mélancolie: ces fantômes sont souvent ceux d’un amour perdu.Dans Ixmdon Laves, le premier récit, une femme erre dans divers quartiers de Londres dans l'espoir de retrouver cet inconnu qui lui avait donne rendez-vous à Trafalgar Square à dix heures — mais était-ce du soir ou du matin?—, elle voudrait tant « prendre sa main longue et dure, la tenir contre sa joue, la mordre, la rattraper, la serrer, la palper longtemps, comme si elle l'avait tirée d'un lac étrange, stagnant, bordé de nénuphars et peuplé de brumes d’où elle aurait surgi, armée d'une épée transparente».Et soudain, elle l’apercevra, qui monte dans un taxi après avoir réglé sa montre sur l’heure de Big Ben.Mais existe-t-il vraiment, cet inconnu, ou l’a-t-elle inventé comme pour mieux ressusciter le Trafalgar Square d’autrefois qui a bien changé depuis et dont elle garde la nostalgie?L’esprit des lieux Car il y aussi un véritable esprit des lieux, séduisant ou maléfique, qui plane sur ces nouvelles.Il peut s'agir des ruines d’une abbaye, comme dans Monks of Melrose, figuration symbolique pour cette femme abandonnée de l’échec de son mariage; ou de l’enceinte séculaire de la ville de York, dans York's Bars, aussi difficile a franchir qu'il est ardu de rejoindre cet homme séduisant qui se dérobe.Ou encore du métro de la ville de Glasgow dont le parcours circulaire obsède ce pauvre homme dont l’existence, elle aussi, tourne en rond.Autre lieu obsédant, décor obligé dans un recueil voué a La Grande-Bretagne imaginaire: le I/ich Ness, dont une guide touristique ne sait plus si son fameux monstre existe ou non; peut-être est-ce lui qui a tué ce jeune homme «aux yeux de rapace affamé», ce séducteur qui lui rappelle ses anciens amants et qui la trouble, «avec son odeur de chèvrefeuille musqué et sa démarche ondulante.».Tout le recueil de Christiane Lahaie est ainsi imprégné d’un climat de mystère, dans l’esprit du romantisme anglais et de ces romans «gothiques» où régnent le brouillard, les légendes et l'imagination des protago- nistes; certains nous plongent dans la morbidité, comme Bridge over the River Cam, mais ailleurs, l’étrange se manifeste par un trouble sensuel: dans Inverness Eros, une aubergiste, Mme Mantle, couchée près de son mari indifférent, revit les extases d'autrefois en écoutant les ébats d'un couple de jeunes clients.A tout moment l’étrange survient, dans chacun des textes de Lihaie, mais également dans la présentation même du recueil.Celui-ci s'ouvre en effet sur l’évocation d'un certain Frederick Ward, mort récemment à 68 ans, ou comme cette nouvelle écrite en italiques et dont les courtes scènes sont intercalées entre chacun des autres nouvelles du recueil.Une jeune femme qui veut se recueillir sur la tombe d'un certain Frederick Ward, mort à 68 ans: pour la narratrice, «ses habits sombres, ses traits flétris, et son long sourire chevalin avaient longtemps dressé le portrait vivant de tous les Anglais».(4 sa mort, lui semble-t-il, la force à «renoncer à la seule parcelle d'Angleterre» qu’elle ait jamais possédée.Cet homme était-il simplement un bon ami de sa mère; serait-ce sa main à lui qu’elle a entr’aperçue sur une scène de théâtre où on venait de jouer la mort de Macbeth?Quoi qu’il en soit, cette nouvelle sans titre est disséminée tout au long du recueil; les divers épisodes sont intercalés entre chacune des autres nouvelles, comme pour les ponctuer d'une énigme supplémentaire.Une maîtrise de l’écriture Intrigant, envoûtant, Insulaires est un superbe livre.Quelle maîtrise de l’écriture chez cette jeune auteure! Christiane Lahaie sait rendre avec un égal bonheur tous les climats.Des exemples?Voici l’étrange : «Après des heures de desespoir et d'attente, il ne me restait pour unique compagnon que le reflet givré de la lune.Une lente brume silencieuse rampait sur la lande.» «.la rosée matinale me collait aux semelles.Je me sentais comme une de ces grosses gouttes; j'hésitais entre la possibilité de m'évaporer dans l’air froid et celle de m'enfoncer dans le sol pour aller à la rencontre d'un jeune racine de houx.» Et ceci, où une femme révèle l'essentiel du corps de l'homme aimé: «Une hanche liquide, veloutée, presque visqueuse.Ls larmes d’une armée de bannis ne sont rien en comparaison de cette coulée de lave tiède.» Ou encore cette réflexion d’un pauvre type que sa femme a quitté: «J’ai souvent tenté de la dérider, Anna, mais elle est grave te timide.On se casse la figure sur son sourire éteint.Alors, on renonce à tout ça et on cherche du côté des larmes.» Avec Insulaires, nous sommes bien au-delà de quelque lourd travail sur la langue; nous voici en pleine écriture; il a dans ce recueil, offerts, un ton, une voix, un style.A lire sans devoir être indulgent, mais tranquillement, ravi.224 pages • 19,95 $ Robert onde U Le Monde sur le flanc de la truite CARNETS « Lalonde écrit moins pour écrire que pour être [.] avec un talent qui fait de lui Fun des auteurs importants au Québec.» Pierre-Robert Leclercq, Le Monde « Un livre d’une extrême densité que l’on traverse comme on traverse une rivière, emporté par l’écriture ardente, abondante et torrentielle de Lalonde.» Pierre Cayouette, Le Devoir « Un titre énigmatique et splendide, fidèle reflet de ce livre bouillonnant du mystère de la vie, où l’auteur n’en finit pas de célébrer le pouvoir et la magie de l’eau, qu’elle soit dormante, tumultueuse ou simplement orageuse.» Jean-Paul Dubois, Le Nouvel Observateur Boréal lui m’aime me lise CLICHÉ RÉPÉTÉ À ÉCLAIRAGE DIFFÉRENT.EN RAISON DU TEXTE MAL IMPRIMÉ I.K I) K V 0 I It .1.E S S A M EDI I I» E T I) I M A N (' ME 17 A II T I il i) 7 J) 4 ^LIVRES-*- La nouvelle du samedi Verre de Tempête L'INSTANT MÊME Elle avait examiné le voyage dans cette obscurité — ses pensées s’exprimant dans une langue inconnue — un paysage noir texturé, imperceptible à l’oeil — nageant vers le changement.Elle fut qualifiée de «styliste courageuse et imaginative» par Timothy Findley et elle a reçu de France en 1992 le Prix du meilleur livre étranger.Jane Urquhart débute comme nouvelliste et poète et publie depuis 1982.Quatre titres portent sa signature dans l’édition française: Niagara et Ciel changeant (Maurice Nadeau éditeur, 1991 et 1993), La Fondre et le sable (Albin Michel, 1995) et Verre de tempête (L’Instant même, 1997}, dont est extraite la présente nouvelle.La traduction de Storm Glass (titre original) est de Nicole Côté, qui, en plus de terminer un doctorat sur la stylistique comparée comme outil de traduction littéraire, a complété la traduction d’une anthologie de nouvelles du Canada anglais, à paraître bientôt à L’Instant même.JANE URQUHART De l’endroit où elle était étendue, elle voyait le lac.11 lui semblait se diriger vers l’est, comme s’il avait une destination précise en tête et qu'il allait un jour disparaître de cet endroit.Mais il n’allait nulle part.Qu’il fût diminué par le soleil, nourri par la pluie ou bousculé par les vents violents, il restait un lac.Et restait toujours là.Dieu sait qu’il avait eu sa paid des problèmes de ce siècle: des maladies, des faiblesses.On avait même dit qu’il était en train de mourir.Mais elle n’était pas dupe.Elle allait mourir, et bien quelle se sentît une parenté indéniable avec le lac, elle ne croyait pas qu’il partageât avec elle ce profond, cet irrémédiable déclin.Il garderait toujours sa nature, serait toujours là, bien après quelle serait partie ailleurs.Seule.Elle était seule dans sa chambre.Aussi seule qu’elle le serait quelques mois plus tard lorsque l’intensité lumineuse du dernier soupir se refermerait sur l’obscurité, pour toujours.Elle avait examiné le voyage dans cette obscurité — ses pensées s'exprimant dans une langue inconnue — un paysage noir texturé.imperceptible à l’œil — nageant vers le changement.Puis, elle avait espéré être bénie par quelque parole profonde, un peu de théâtre pour confirmer la fin.Cependant, pour une raison ou pour une autre, elle pressentait que cela ressemblerait plus à un abandon, qu’on glissait par le centre même des cercles concentriques qui constituent le monde pour atteindre un foyer intime et inarticulé, et alors.La rive avait changé maintes et maintes fois depuis ses premiers étés ici.Une année, contre toute attente, il s’y était amassé du sable avec lequel ses enfants, alors petits, avaient pu jouer.Elle se rappelait les grains fins qui collaient à leurs couches trempées, les empreintes de leurs pieds plats et solides qui n’avaient existé que quelques secondes avant que le lac ne les absorbât.Une tempête, l’hiver suivant, avait altéré la ligne de la rive, et l’été d’après, ses petits enfants trébuchaient sur les rochers de la grève.Leurs pieds s’étaient endurcis avec les semaines, leur permettant de courir sur les pierres et les cailloux sans douleur.Ses pieds à elle ne s’étaient pas habitués aux galets de la plage, été après été, l’obligeant à porter des chaussures jusqu’à l'endroit où, quittant la terre ferme, elle s’enfonçait dans l’eau douce et lisse.• Son mari, plus costaud, plus entêté, moins prêt à admettre ses faiblesses, bravait la grève pieds nus, comme les enfants.Mais ses pieds ne s’étaient jamais endurcis et, le regardant depuis la véranda grillagée, comme cela lui arrivait, elle avait vu la douleur monter de ses jambes raidies à son dos jusqu’au moment où, comme un gros animal de cirque, il était tombé à la renverse dans le lac en riant.Il n’était pas là maintenant, incapable qu’il était d’admettre cela, la dernière, la plus improbable faiblesse de sa femme.Pourtant il allait et venait, habituellement aux heures des repas, lorsqu’une femme qu’ils avaient engagée venait cuisiner pour eux.Il entrait, chargé de l’odeur de la ferme, où il avait travaillé d’arrache-pied pour faire naître les choses: un champ de maïs, une portée de cochons, peut-être même un panier d’œufs lisses et bruns.La ferme absorbait tout son temps maintenant, comme si, au moment oii elle descendait le long de ce tunnel isolé vers ce dernier changement, il trouvait encore plus important de faire naître des choses.Et quoique ce petit chalet ne fût qu’à quelques minutes de la terre qu’il travaillait, le seul fait que sa femme fût étendue là lui rendait la distance trop grande pour qu’il pût la franchir en dehors des moments où se font sentir les besoins incontrôlables mais prévisibles que sont la faim et le sommeil.Les pierres blanches La grève était plus étroite cette année, et plus haute.Les vents violents du printemps avaient obligé le lac à repousser les pierres, qui formaient des bancs, comme de grosses marches, jusqu’à l’herbe.Ces élévations dessinaient des demi-cercles presque parfaits le long de la rive, comme si un amphithéâtre naturel s’y était mystérieusement trouvé pour qu'un public de pèlerins pût s’y asseoir et observer le miracle du lac.Bien sûr, les pèlerins ne vinrent jamais, mais elle trouvait parfois drôle d’évoquer l’image d'une plage remplie de spectateurs se réjouissant, rangée après rangée, du glissement d’une vague, du saut d’un poisson, de l’éclat d’une voile blanche à l’horizon.Dans son imagination, elle pouvait voir leurs dos, assortiment de chemises bigarrées couvrant le gris habituellement uniforme des pierres.Pourtant, même sans les spectateurs imaginaires, le gris n’était pas entièrement uniforme.Ici et là, une pierre blanche brillait parmi les autres, par l’effet d’une magie précambrienne.Il y avait des années, les enfants avaient ramassé de ces pierres blanches, et de vieux seaux à miel qui en étaient remplis étaient toujours alignés sur le rebord des fenêtres de la véranda.Les enfants avaient changé, avaient quitté la maison, étaient passés dans le monde adulte; ils étaient disparus, perdus pour elle, mais étaient gagnés à la ville et au succès.Et pourtant, eux aussi allaient et venaient avec leurs sourires, leurs cadeaux et leurs offres d’obscures formes d’aide.Elle se rappelait avoir réparé, soigné, raccommodé pour eux: un jouet, une égratignure sur la peau, un vêtement; elle comprenait leur désir inarticulé, désarmé, de prétendre qu’ils pouvaient maintenant la raccommoder de quelque manière.Dans sa chambre, il y avait deux fenêtres.L’une donnait sur le lac, l’autre, sur le temps, beau ou mauvais, qui semblait toujours venir de l’est.Le matin, lorsque le soleil brillait, un rectangle d’or apparaissait, comme une couverture de plus placée sur son lit par quelque main bienveillante.Ces jours-là, son regard se promenait depuis la petite flamme opaline de sa bague jusqu’aux millions de diamants semés sur le lac, et elle souhaitait pouvoir reposer là-bas parmi eux, se balançant avec le courant jusqu’à ce que le soleil eût atteint l’autre côté du ciel.Pendant la canicule de tous ces étés, elle ne s’était jamais éloignée de l’eau.Elle apprenait à ses enfants à nager ou nageait elle-même avec de longs mouvements pleins de grâce, couvrant la distance d’un point de terre à un autre, jusqu’à ce qu’elle connût par cœur la rive et l’horizon que l’on pouvait apercevoir de l’anse où se trouvait le chalet.Souvent, elle avait ri, elle avait appelé son mari, jusqu’à ce que, enfin, un peu malgré lui, il avançât en trébuchant sur les pierres avec l’idée de la rejoindre.Il nageait peu souvent maintenant, et c’était au petit matin, avant quelle ne se réveillât.Peut-être ne voulait-il lias insister sur sa mobilité à lui, et sur l’immobilité à laquelle elle était confinée.Peut-être aussi, se sentant plus vieux, voulait-il que sa lutte avec le lac restât une affaire entièrement privée.Autrefois, elle avait ri de lui, à cause de sa façon d’attaquer le lac le dos courbé, les épaules tirées vers l’avant, comme un boxeur professionnel résolu, alors qu’elle glissait sans effort, aussi fluide que l’eau, et aussi souple.Les moments que lui passait dans le lac étaient tendus et courts; c’était une sorte de plaisir imposé qui comportait plus de comédie que d’abandon.Mais récemment, elle s’était réveillée et l’avait vu, à quelques reprises, grelottant et courbé, enfilant tant bien que mal ses bleus de travail, dans quelque recoin de la chambre.Sachant qu’il était allé nager, elle lui posait les questions usuelles sur le lac: «L'eau était-elle froide?Comment était le courant?» Et il lui avait donné les réponses habituelles: «Non, pas vraiment, une fois dedans, on s'y habitue.» Ce matin-là, il la quitta tôt, sans avoir nagé, Di dame avait fait son lit, l’avait baignée, l’avait abandonnée au vent chaud qui pénétrait par une fenêtre ainsi qu’à la vue de la grève et du lac que l’on pouvait apercevoir de l’autre fenêtre.Son regard fouilla les pierres à travers la vitre, car elle essayait de se rappeler les objets qu’elle y avait jadis trouvés.Elle essayait de se rappeler, par exemple, l’apparence, puis la texture des os secs et propres des goélands, plus délicats que les tiges séchées des chrysanthèmes et plus agréables à ses yeux que ces fleurs lorsqu’elles s’épanouissent.Ces rouages délicats, ayant appartenu à des choses autrefois animées, étaient si complets en eux-mêmes qu’ils ne gardaient plus souvenir de l’effondrement final de ces êtres de chair et de plumes.Ils étaient suspendus quelque part entre l’être et le non-être, comme la documentation entourant un événement, et leur présence justifiait en quelque sorte l’absence de tout ce qui avait été.Alors elle aperçut, au lieu de ces os, un minuscule pourtour coloré, bleu-vert, à l’éclat poussiéreux, une forme irrégulière entourée de cailloux arrondis; c’était une forme si petite qu’elle aurait pu ne pas la voir, qu’elle aurait dû ne pas la remarquer.«Du verre de tempête», avait-elle murmuré, comme pour elle-même.Ensuite, elle avait ri, se rappelant qu’elle avait instinctivement utilisé les mots de son mari, sans attendre que la raison vint interrompre sa réaction, comme cela arrivait souvent.lorsqu’ils parlaient ensemble, elle essayait parfois d’éviter délibérément les mots de son mari, d’être en possession de ses propres pensées, bien circonscrites.Ces pensées et mots, croyait-elle, étaient entièrement siens.Ils faisaient partie de cet ensemble restreint de choses qu’il ne pouvait aucunement contrôler, fût-ce avec sa force ou sa tendresse.Des morceaux de verre parmi les cailloux Cela devait faire au moins 15 étés.Les enfants, renfrognés, assommés par la préadolescence, s’étaient assis, jour après jour, comme de grosses pierres rondes de mauvais augure, jusqu’à ce qu’elle, se souvenant des seaux à miel sur le rebord des fenêtres, leur suggérât de ramasser les petits morceaux de verre dépoli qui étaient parfois éparpillés parmi les cailloux.Peut-être pourraient-ils en faire quelque chose: construire un petit patio ou un sentier, en remplir des bocaux Mason pour décorer leurs chambres.Cela vaudrait mieux que de rester assis sur la grève à se demander quoi faire de ces journées d’été interminables qui s’étendaient devant eux.Iœs trois enfants avaient commencé leurs recherches presque immédiatement; leurs minces dos bruns brillaient sous le soleil chaud.La plupart des morceaux qu’ils avaient trouvés étaient d’un ocre foncé; des bouteilles de bière sûrement, lancées dans le lac par les campeurs du parc provincial, à 15 milles de là.Parfois, ils tombaient sur un objet plus rare, un morceau de verre d’un turquoise doux, de la couleur des bouteilles qu’ils avaient vues chez les antiquaires avec leur mère.De temps à autre, des disputes s’élevaient quant à celui qui avait repéré l’un de ces fragments le premier, mais le plus souvent, il y en avait assez pour contenter tout le monde.Plus rares et plus petits, les morceaux émeraude et outremer qu’on retrouvait parmi les minuscules cailloux humides, à la ligne de rencontre de la rive et de l’eau, étaient des fragments de bouteilles plus anciennes que celles qu’on trouvait dans les boutiques.Les enfants avaient aussi vu ces bouteilles intactes, derrière les vitrines verrouillées du musée régional.Souvent, le mot poison ou une tête de mort étaient imprimés en relief sur ce verre plus ancien, plus sombre.Leur mère savait que ces bouteilles avaient contenu du détachant, aussi toxique dans les petits contenants de plastique ou de métal d’aujourd’hui qu’il l’avait été lorsqu’il était abrité derrière du verre sombre, mais les enfants associaient ces bouteilles à des intrigues passionnées et terribles, où les pirates avaient peut-être un rôle à jouer, et ils brandissaient devant leurs parents les éclats trouvés comme s’il se fût agi d’un trésor.Le ratissage de la place avait duré deux jours, peut-être trois, et était devenu le principal sujet des conversations familiales.Or, elle se souvenait qu’un soir, comme ils étaient tous attablés, son mari s’était disputé avec elle, insistant, comme il le faisait souvent, sur sa définition personnelle des choses, même quand il s’agissait des activités des enfants.«C’est plutôt du verre de tempête, avait-il déclaré aux enfants, qui lui donnaient toutes sortes de noms.C'est comme ça que je l'ai toujours appelé.— Mais, avait-elle rétorqué, je me souviens d’un verre de tempête à l'école secondaire, en physique; c'était quelque chose qui avait à voir avec les prévisions du temps, je ne sais pas quoi exactement.Mais voilà ce qu'est le verre de tempête, pas ce verre qu'on retrouve sur la plage.— Non, avait-il répliqué, les tempêtes, les vagues et les pierres produisent ce verre qui s’use sur les bords.On ne peut pas user les bords d’un morceau de verre au fond d’une vasque.Ce sont les tempêtes qui ont cet effet; c’est du verre de tempête.— Enfin, nous, nous avons toujours appelé ça des galets de verre, ou parfois du verre d’eau, quand nous étions petits; verre de tempête est une expression que nous n'avons utilisée que beaucoup plus tard, à l’école secondaire.— C’est du verre de tempête», affirma-t-il avec cette sorte de grave irrévocabilité quelle avait fini par connaître; c’était une affirmation qu’on ne retirait pas, un endroit d’où l’on ne revenait pas.C’était après ces petites disputes, insignifiantes lorsqu’on y pensait, qu’ils s’éloignaient silencieusement l’un de l’autre pour un moment; elle s’accrochait alors férocement mais tranquillement à son intimité, à sa propre personne.Pour lui, c’était comme si elle refusait, par entêtement, d’accepter un ordre des choses simplifié, comme si elle désirait le confondre avec son penchant pour la complexité des choix possibles.Ce n’était pas un homme d’une grande intelligence.Presque toutes les questions sur lesquelles il s’était penché jadis s’étaient cristallisées en faits et en croyances au tournant de la vingtaine.Il s’accrochait à la prévisibilité de ces faits réglés d’avance avec-une telle obstination que lorsqu’elle tomba malade, l’énormité même de ce désordre imminent l’effraya au-delà de.ce cpie les mots pouvaient communiquer, jusque dans l’intimité de sa certitude que cela n’était pas, ne pouvait pas lui arriver à elle, ou peut-être, de façon plus significative, à lui.Ils n’en parlèrent pas, s’éloignèrent plutôt l’un de l’autre, elle ne désirant pas défendre sa propre tragédie, et lui ne désirant nullement se soumettre à un changement si monumental.De petits trésors Pourtant, 15 ans plus tôt, dans cette insignifiante affaire de verre, les enfants s’étaient soumis à sa forme d’autorité, et c’était devenu du «verre de tempête».Après une semaine, toutefois, leur projet avait été abandonné, laissant place à l’ennui, et ni patio ni sentier n’étaient apparus.Néanmoins, le verre, lui, réapparaissait bon an mal an parmi les* pierres de la plage, et quoi qu’elle fit, elle ne pouvait jamais maîtriser complètement l’impulsion qui lui faisait en prendre dans sa main.Ce désir de ramasser le verre l’habitait encore, créant chez elle une tension invisible, comme un mince fil de fer tendu, de ses yeux à ses mains à la.plage, alors qu’elle était confinée à sa chambre.C’était, après tout, de petits trésors, une énigme, ces tessons de verre auxquels le temps avait ravi l’une des caractéristiques essentielles, celle de couper.Quoiqu’elle ne pût désormais plus les frotter entre ses paumes, elle savait qu’ils devaient être encore aussi solides.Et aussi doux.D’où elle était, elle voyait le lac, et elle savait que c’était bien ainsi: apercevoir la terre, puis voir où la terre s’arrête, être en mesure de voir la vaste étendue imprécise du lac dans sa cuvette.Et puis, elle était heureuse d’avoir vu le verre de tempête.Elle avait l’impression de comprendre son histoire.Ce qui un jour avait été matière fracassée,>.dangereuse, gisait maintenant sur la plage, inoffensif, inerte et merveilleux, après avoir été ballotté et adouci par les intempéries du monde.Ce verre était devenu, avec le* temps, le souvenir délavé d’un récipient utile, qui avait dû être transporté, peut-être dans une petite poche, et sorti de temps à autre pour être examiné.C’était une relique de ce moment particulier où le souvenir et la cassure s’étaient émoussés, puis associés afin d’être conservés.Combien de temps cela prenait-il à la faille d’un rocher soumis aux quatre vents, aux quatre saisons, pour chan-t ger, pour que son tranchant cessât d’être coupant?Ce soir-la, il rentra lourd de fatigue, suivi par l’odeur de celui qui fait naître les choses.Il parla des problèmes de la ferme, de machines obstinées qui refusent de fonctionner, de moissons aux maladies inexpliquées, toutes choses qu’il ne pourrait jamais, même avec son entêtement, espérer contrôler.Et lorsqu’il se retourna pour la regarder, ses yeux étaient comme des éclats de verre fraîchement cassés: perçants, dangereux, vifs.Toutefois, elle lui répondit avec bienveillance, prévoyant la tempête, mais aussi l’adoucissement du tranchant.«Il y a du verre de tempête sur la plage», lui dit-elle.« Un grand roman.w .; » PHILIPPE N 0 U R R Y, LE POINT Arturo TAMBOUR man 460 pages • 34,95 $ Né à Carthagène, (Espagne) en 1951, Arturo l’érez-Reverte a travaillé longtemps comme grand reporter et correspondant de guerre.Son roman I ,e Tableau du maître flamand a été un succès mondial, traduit en seize langues et publié dans trente-deux pays.La PEAU DU TAMBOUR d’Arturo Pérez-Reverte «Les amateurs de roman à suspense seront comblés.Ceux qui ne dédaignent pas un peu de profondeur aussi.» BRUNO CORTY, LE FIGARO «C'est le roman d'un écrivain conteur exceptionnel.» Un écrivain et un JACQUES FOLCH RIBAS, LA PRESSE « Si les trois premiers livres - Le Maître d'escrime, Le Tableau du maître flamand et Le Club Dumas - de ce flamboyant mais discret Espagnol témoignaient déjà d'un talent de conteur remarquable, habile à nouer de subtiles intrigues, La Peau du tambour, sans rien renier de ces bonnes recettes, y ajoute la profondeur de champ qui transforme un très bon roman en un grand roman.» PHILIPPE NOURRY, LE POINT Les Editions lift du Seuil mmàTWÈh DISQUES COMPACTS, LIVRES, CASSETTES, DISQUES, BD 3694 St-DenU, Montréal Choix et Qualité Métro Sherbrooke 849-1913 I 713 Mont-Royal Est, Mil Métro Mont-Royal 5236389 •.-aasS Vos dons ms vont droit au coeurl OUVERT 7 JOURS lOh AllOCirtOA ouébkoitt pour ïrt infants nulMto du cotu | (418) 52-COEUR I.K I) K V (MR.I.!.S S A M K I) I I li K T D I M A X ( Il K 17 AO Ù T I «Ml 7 a r t S É (,) U E N T I E 1 xiiwu ¦ Michel GONNEVILLE Compositeur Jüi ppocelyn^ONNOl^ [Adrienne LUCE Artiste, Québec [Henri DORION Géographe et musicien Pierre DANSEREAU Ecologiste I Derek BESAN Artiste, Alberta Historienne de l'art IlMonic BRASSARD ¦ Yvon COZIC Québec LRené DEROUIN Artiste-commissaire IfRaymond MONTPETIT | Muséologue llOtto APPUY ¦ Artiste, Costa-Ric.LPierre MORENCY Poete 'H ran?laTTïT IjVj yiiVulll ! .1 tr KOCKfR sympathique pi m y Culture Canada Canada Parcs Parks LE CANADA FRANÇAIS UNE PRÉSENTATION DE DES ACTIVITÉS POUR TOUTE LA FAMILLE, TOUS LES DIMANCHES DE JUILLET ET AOÛT.Caméléôn X (Ottuuiimioa 104,1 CE DIMANCHE 17 AOUT ARTISANS DU RÉGIME FRANÇAIS Des artisans font revivre des anciens métiers de l'époque de Louis XV.Autoroute.(P Satan 21 ou t ou Route TO sud Lieu historique national du Lort-Iannox : Saint-Paul-de-l iie-aux-noix (514) 291-5700 Sstmm «AI TW SW'e Richelieu ¦ x| Pnlnmmne Canadian canadien Hcntaoe canadien Montage Pnrcs Parks Canada Canada siM-wiA-oc-it-iui-aoi refais consens inc ART IN SITU - EXPOSITIONS EN GALERIE - CONFÉRENCES - RÉCITALS •'LIVRES - POÉSIE N’habiter qu’une partie des choses De l’émergence d’Alonzo à une œuvre charnière de Frenette GESTE Anne-Marie Alonzo Postface de Denise Desautels Éditions Trois, Laval, 1997 159 pages LES FATIGUES DU DIMANCHE Christiane Frenette Editions du Noroît, Montréal, 1997 78 pages DAVID CANTIN Dy Anne-Marie Alonzo à Christiane Frenette, on passe d’une génération d’écrivaine à une autre.Ainsi, on découvre autant de façons de concevoir son rapport au monde à travers l’écriture.D’une part, l’exploration ludique des formes pour mieux affirmer sa présence corporelle chez Alonzo, se dirigeant ensuite vers un langage plus dépouillé en symbiose avec le mouvement du quotidien pour Frenette.Par le fait même, on saisit deux projets à des étapes bien différentes: l’émergence d’une œuvre à venir et une autre qui atteint une phase charnière.Ii existe toute une histoire derrière Geste d’Anne-Marie Alonzo, qu’elle-même reprend aux Editions Trois.D’abord paru aux Éditions Des Femmes à Paris en 1979, ce premier recueil naît d’un destin particulier qui relève de circonstances tragiques dans la vie d’une jeune femme.A l'âge de 14 ans, Alonzo est impliquée dans un accident de voiture qui la laisse paralysée à vie.Comment réagir face à ce drame aux conséquences les plus graves?Comment exprimer la douleur menaçante du corps désormais immobile?C’est à partir de ces questions que le geste de l’écriture poétique tente de redonner un équilibre à l’existence.Sans toutefois décrire l’incident de façon apparente, une voix cherche plutôt à comprendre le fait de vivre à travers cette «histoire sans paroles».Dès les premières pages, on comprend qu’un nouveau rapport au monde ainsi qu’au langage se fait sentir à travers une prose, à la fois, saccadée et haletante.Il y a derrière cette démarche un désir d’exorciser ses peurs, de faire de l’acte poétique un rituel pour comprendre cette quête bouleversante qui mène une fois de plus au réel: «Autour.Ces mois.Le monde endeuillé.Continue.Oubliée l’enfant.Fait divers.Une de plus.Ne cesse pas la terre pour autant.Et pourquoi pas si au cœur de moi la fin du monde justement.Elles disent tu passeras un bon moment t'amuser revoir les amis parents.Etrangère.(.)» Dorénavant, il semble opportun de croire que le désir, la mémoire, la joie, la tristesse et l’amour maternel auront changé à jamais.C’est surtout dans cette première œuvre que l’on peut ressentir toute la tension qui anime l’éclat de déchirement existentiel.Par la suite, les recueils d'Alonzo 11’arri-vent pas à surprendre avec autant d’habilité.Après l’émoi qui s’inscrit dans Geste, elle ne peut que réécrire continuellement cette expérience terrifiante.C’est, en quelque sorte, le piège qu’aura instigué ce drame individuel.Une écriture dépouillée lauréate du prix Octave-Crémazie pour Indigo nuit (Leméac, Montréal) en 1986, Christiane Frenette opte pour une tout autre relation au langage.Son quatrième recueil, Les Fatigues du dimanche, met l'accent sur une écriture dépouillée qui s’ouvre à une transparence énumérative.Moins tragique que celle d’Alonzo, la poésie de Frenette s’articule pourtant autour d’une certaine remise, en question face à la quarantaine.A travers les sept parties qui se rejoignent, on revoit le combat intérieur qu’exalté une réalité onirique en opposition avec la quiétude ennuyeuse des banlieues: «l’aube sort de ses gonds/ une odeur de lavande/ la salive des foules sur le mur/ l’enfance et sa large brèche d’air/ sur la voie de service/ on ne sait jamais/ on s'assoit à la table d’un café/ parmi les livres et les humains/ les odeurs font monter les larmes/ on voudrait mourir sans élégance».On reconnaît ici l’univers poétique de Frenette où l’émerveillement devant les choses tente de supprimer la douleur émotive, le manque et l’incertitude.D’ailleurs, ce livre vient résumer ce que les trois recueils précédents ont mis en place; un lieu de contraintes amoureuses qui a certaines affinités avec les dilemmes que l’on retrouve dan?les œuvres de Rachel Leclerc et d’Élise Turcotte.Comme le laisse entendre la dernière suite, Iss Fatigues du dimanche marque une phase charnière dans la démarche de Christiane Frenette qui doit maintenant s’ouvrir à de nouvelles perspectives.Le phylactère, sa vie, ses œuvres La synthèse des cours données par Eisner au School of Visual Arts de New-York SAMEDI 16 AOÛT 1997 Conférence à 15 h : COZIC (Monic Brassard et Yvon Cozic) Une démarche artistique suivie d’une visite avec les artistes de leur installation Mandorles à 16 h 30 LA BANDE DESSINÉE, ART SÉQUENTIEL Will Eisner Traduction de l’américain par Éric Gratien Vertige Graphie, France, 1997 160 pages DENIS LORD La bande dessinée lie intimement littérature et arts visuels, c’est chose entendue.Le scénariste ne peut se contenter d’écrire des dialogues incisifs ou subtils, il doit aussi penser en termes d’images; au-delà des clairs-obscurs et des perspectives, le dessinateur travaille en fonction d’un cadre narratif.La bande dessinée offre un champ vertigineux de possibilités, qui restent encore à explorer.Elle possède ses propres règles, son propre langage.Cela s’enseigne.En Èurope, les écoles de bande dessinée sont nombreuses.Au Québec, des ateliers se donnent ça et là, dont celui de l’excellent Grégoire Bouchard au Cégep du Vieux-Montréal; l’école Bertrand a été fondée l’an dernier et à partir de cet automne, le programme Arts et Lettres du Cégep Marie-Victorin offrira un profil exploration-bande dessinée.Il existe cependant peu d’ouvrages sur le sujet et si Im Bande dessinée, art séquentiel ne se révèle pas aussi incontournable que son éditeur le prétend, il vient très certainement combler une lacune.Son auteur, Will Eisner, pionnier, vétéran et novateur de la bédé a sûrement un riche héritage à transmettre.Dès les années 30, il commence à publier dans les journaux américains.Son personnage du Spirit demeure légendaire.S’éclipsant de la scène au début des années 50, il est redécouvert à la fin de la décennie suivante: on lui commande de nouvelles aventures du Spirit, on le traduit, le réédite, lui accorde des prix.Eisner retrouve un second souffle et se lance dans une série de récits de facture plus réaliste dont Un Bail avec Dieu demeure le plus célèbre.Conteur prolifique et inspiré, dessinateur virtuose, peu d’auteurs, toutes époques confondues, ont exploré autant que lui les possibilités de la mise en pages.Texte et dessin Traduit par le scénariste de l’excellente série Anita Bomba, abondamment illustré d’exemples tirés de son œuvre, le livre d’Eisner est la synthèse des cours qu’il a donnés au School of Visual Arts de New-York.Il ne vise pas ici à apprendre à dessiner aux néophytes mais à analyser et décortiquer les processus narratifs et les mécanismes constituants de la bande dessinée: le phylactère et la Æ FONDATION DEROUIN 1303, Montée-Gagnon, Val-David (Qc) JOT 2N0 Val-David : Téléphone et télécopieur (819) 322-7167 Montréal : Téléphone (514) 524-6937 - Télécopieur (514) 524-3020 SAMEDI 30 AOÛT 1997 case, l’interaction entre texte et dessin, l’influence du découpage sur le rythme.Tous ces éléments interagissent entre eux.En vieux routier, Eisner se positionne constamment face au lecteur, recommandant au futur auteur de ne pas sacrifier la lisibilité du récit à d’inutiles virtuosités graphiques.Il démontre comment les outils formels du médium peuvent devenir des éléments narratifs, le choix de la calligraphie et la forme du phylactère ajoutant au texte références et connotations, par exemple.Ëisner se fait parfois inutilement lourd, nébuleux, et s’attarde à des évidences qui finissent par mettre en question l’intelligence qu’il accorde à ses lecteurs.N’est-ce-pas lieu commun que de dire que «les directives données au dessinateur véhiculent l’idée de l’esprit du scénariste à celui du dessinateur»?Est-il réellement nécessaire de préciser que lorsqu’on voit un gros plan d’un personnage, la partie hors case du corps existe?La bande dessinée, art séquentiel regorge cependant de précieux conseils et d’ob- SONORITE DES LIEUX SYMPOSIUM 1997 ART CONTEMPORAIN ET MULTIDISCIPLINARITÉ DU 24 JUILLET AU 12 OCTOBRE HOMMAGE A GASTON MIRON Les Amis rapaillés à 14 h : Exposition en galerie et poésie de Gaston Miron dans les sentiers de la Fondation.Se poursuivra de 17 h à 19 h à la ville de Sainte-Agathe pour l’inauguration de la bibliothèque municipale Gaston Miron.Nous remercions : Conseil îles arts du Canada, Conseil des arts et des lettres du Quebec, le journal LE DEVOIR servations pertinentes de ce très grand maître, qui pourront enrichir le' travail d’auteurs en devenir et provoquer chez eux une réflexion sur le médium.Un autre livre, Graphic Storytelling, qui reste à traduire, vient compléter l’enseignement d’Eisner en abordant des aspects qui ne sont peu ou pas abordés dans celui-ci.ARCHIVES LE DEVOIR «Je suis content de mon style, quand je ne ni ’aperçois pas.qu'il n’y en a pas! Je n’essaie pas de faire épuré mais je veux que ça semble naturel.» François Barcelo: L’invention contre Tennui À Pierre Cayouette, qui l’interviewait récemment (Le Devoir, 26 avril 1997), François Barcelo se décrivait comme «un auteur de best-sellers qui ne se vendent pas», sans plus d’amertume qu’il n’en faut.Il est, en tous cas, prolifique: quinze livres depuis 1981, dont Vie de Rosa, paru l’an dernier, qui est un superbe roman.ROBERT CHARTRAND Chez Barcelo, l’imagination est souvent débridée: ses récits sont menés tambour battant, avec çà et là des clins d’œil au lecteur.«Je crois que j’écris un peu court, compte tenu des très nombreux épisodes qu’il y a dans mes romans.Par exemple, dans Vie sans suite, qui vient de paraître, la version que je croyais finale faisait à peine 160 pages.» S’applique-t-il à éviter les longueurs?«Disons qu’avec le métier, on voit mieux les pages qu’on a écrites pour se faire plaisir plutôt que pour faire avancer le récit; et on les supprime plus volontiers.Et puis quand on est très expérimenté, on ne les écrit même pas!» L’impulsion initiale vient souvent à Barcelo d’un incident de la vie courante.Pour Vie de Rosa, par exemple, ce sont les propos d’un Gaspésien, entendus à la télé, qui ont tout déclenché.«Il racontait que pendant la Deuxième Guerre, il avait vu un sous-marin allemand presque à le toucher.Un an après, je me suis souvenu de cette anecdote: j’avais mon premier chapitre.Dès que je sens que j’ai ce premier chapitre, le deuxième suit d'habitude assez facilement.Il y a là une logique semblable à celle de ma vie quotidienne.Que vais-je faire demain?Ceci, ou plutôt cela; ça n'est jamais totalement prévisible.Comme au quatorzième coup d’une partie d’échecs, ont peut choisir parmi des centaines de possibilités.Bien sûr, pour un roman, il faut que la suite soit plus intéressante que nos lendemains.» Barcelo, qui se dit très désordonné, écrit sans plan.«Le sujet me vient en côurs d'écriture.Pour Le Voyageur à 6 roues, je me suis rendu compte après le premier jet seulement que c’était un roman sur la violence dans la société américaine.» La part autobiographique Y a-t-il une part d’autobiographie dans ses romans?«Un bon tiers des épisodes — et parmi ceux qui paraissent les plus fantaisistes — me sont arrivés.Vous savez, la vie est pleine de niaiseries parfois! Il suffit, pour avoir de la matière romanesque, d'y être attentif et.défaire suffisamment des niaiseries soi-même!» Et Barcelo d’ajouter, avec un sourire bien contrit: « J»ai fait beaucoup de conneries dans ma jeunesse.Ça me sert.» Barcelo aime raconter des histoires, vécues ou inventées, mais il se méfie des thèses.«Je résiste tant que je peux à la tentation d’exprimer des opinions personnelles dans mes livres.Ça n'a pas vraiment sa place.Certains de mes personnages ont, bien sûr, des convictions, mais qui ne sont pas du tout les miennes: comme la foi dans les vertus du néo-libéralisme.» Fantaisiste ou non, spectaculaire ou pas, un roman doit transporter les lecteurs, selon Barcelo.«Hier j'ai lu Ix Vieux qui lisait des livres d’amour, de Luis Sepülveda.Ce n'est pas un livre extraordinaire: le style est limpide, mais sans recherche, et l’anecdote est assez simple.Mais, à le lire, j’ai été quelqu'un d'autre pendant 120 pages.Si un livre vous permet ça, sans que vous attrapiez le sida ou que vous mouriez d'une balle en plein front, je trouve que c'est du beau travail.Et quand on vit la vie d'un autre, j’estime qu’on n’a pas perdu son temps.» La simplicité apparente Ix> style de François Barcelo a une simplicité apparente qu'il obtient sans trop d’efforts.«Je suis content de mon style, quand je ne m’aperçois pas.qu’il n'y en a pas! Je n’essaie pas de faire épuré mais je veux que ça semble naturel.Mais je ne fais pas de recherches de style, ni même pas d'effort.Et quand je réécris, je m'assure d'abord que c’est clair.Une phrase doit être claire en français — oui, je pense que l’anglais est plus propice aux ambiguïtés — agréable à lire.Bref, elle ne devrait pas attirer l’attention.Il ne faut pas que la phrase nous arrête, elle doit essentiellement mener à la phrase suivante.Im phrase doit être humble, autrement dit.» Si on est porté à s’arrêter en lisant Barcelo, c’est aux noms et prénoms de ses personnages, qui peuvent être aussi évocateurs qu’étonnants; qu’on songe à Ben Dessauto, à Jack Utang ou à Maryse O’Ginne, dans Vie de Rosa.«J'aime créer des noms de toutes pièces ; je trouve que ça crée une diversité dans le récit.Au fond, je fais comme les Québécois du siècle dernier qui se donnaient des prénoms extraordinaires, à cause du grand nombre d’enfants, mais aussi des patronymes tellement répandus; il y avait là une richesse, une inventivité dans les prénoms qu’on a perdue depuis.Il y a tout de même un joueur de hockey qui s’appelle Theoren (Fleury).Ça ne s’invente pas.» Et ces clins d’œil au lecteur, fréquents dans ses romans, Barcelo y voit la marque d’une sorte de complicité.«Je ne sais pas qui sont mes lecteurs.A mon avis, il s'agit de gens comme moi, ni plus intelligents ni plus idiots, sans doute.Et je m'adresse à eux pour leur signaler au passage que je sais qu’ils existent.» François Barcelo écrit un peu partout, au gré de ses obligations et de ses voyages, sur l’ordinateur portable qui ne le quitte pas.«J’essaie d’écrire comme si je me parlais à moi-même.Chaque matin je me lève et j’ai envie de connaître la suite.Et au lieu d’ouvrir le livre pour le lire, je l'ouvre pour l’écrire.Et je me dis que si je ne m’ennuie jamais, on ne s’ennuiera sans pas en me lisant.» I- E I) K V 0 I It .I.K S S A M EDI I li E T I) I M A X (' Il E 17 Ad 11 T I !l !l 7 EXPOSITIONS COLLECTION VAL RYNNIMERI Sans titre n" 5, 1987, Douglas Walker.Mémoire Mémoire Mémoire ESPACE.S Mémoire Mémoire Mémoire Pierre Blanchette, li heure, huile sur toile, 270 x 710 cm l, z / u x /1 u un wmmm Baie-Saint-Paul7 7 / LE SYMPOSIU DE LA NOUVELLE PEINTURE AU CANADA Du 1er août au 1er septembre Ms/es sélectionnés .Martin Bureau, Ile d'Orléans, Natacha Gagne, Chicoulimi.Carlos Ste-Morie, Quebec, Jean Sebastien Worsnip, Montréal, Ph Ontario, Leah Pipe, Victoria, Colombie-Britannique, Fernando 0 Connor, Argentine, Bernard Gilbert, Belgique, Francois Jeune, France, Georges Artistes invites : Pierre Blanchette, Pierre Bourgaull-Legros, Pnma Gagnon, Peter Krausz, Horacio Sapere,-Espagne Site : 11, rue Forget Entrée libre Ouvert tous les jours de 12 h à 18 h il Irish, Toronto, Nadra, Fronce SAMEDI 16 AOUT A 16 H 30 Conference rencontre avec Peter Krausz DIMANCHE 17 AOÛT A 16 H 30 Conférence-rencontre avec Pnino Gagnon JEUDI 21 AOÛT À 17 H Table ronde thématique la peinture.ouverture sui lo conscience universelle?SAMEDI 23 AOUT A 16 H 30 Conference rencontre ovec Horacio Sapere DIMANCHE 24 AOÛT A 16 H 30 Rencontre spéciale ovec Marcelle Ferron VENDREDI 29 AOÛT a partir de 10 H FORUM [space.s Mémoire ou l'eclolpmenl pictural poslmoderne Hommage a Kene Huyghe Animateur : Guy Sioui Durand Président : Gilles Daigneault SAMEDI 30 AOUT A 15 H Toble ronde et analyse critique par Guy Sioui Durand DIMANCHE 31 AOÛT À 14 H Encan-Spécial Mise en vente des oeuvres réalisées au cours du Symposium Au Centre d'Exposition de Baie-Saint-Paul 23, rue Ambroise-Fafard Téléphone : (418) 435-3681 Expo-Evénement Espace.s Mémoire Rétrospective du Symposium 96 Hommage spécial à Marcelle Ferron OUVERT TOUS LES JOURS DE 9 H A 19 H DU 21 JUIN AU 15 SEPTEMBRE Entrée : Adultes : 3 $ Étudiants : 2 S Enfants (moins de 12 ans) et membres : gratuit Visites commentées tous les jours par de jeunes historiens de l'art À VOIR ABSOLUMENT AU 7, RUE FORGET DE 12 h A 18 h : UNE SÉLECTION D'ŒUVRES DES QUINZE DERNIERS SYMPOSIUMS ()o/K '
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