Le devoir, 14 août 1997, Cahier A
LE DEVOIR V o l .L X XXVIII N " 18 :i M O N T II K A I-, I.K J K IJDI I 1 A O IJ T I !M) 7 8 S c + T l> S + T V l) / T II II II K T II I $ PERSPECTIVES De rumeur et de bruit Après la mort tragique d’un adolescent heurté par une voiture, à Vaudreuil, en mai, un vent de rumeurs, de force dix sur l’échelle des légendes urbaines, a balayé le Québec.Les noms de personnalités publiques, toutes coupables, s’échangeaient sur le marché noir de l’information.Quelques médias ont ensuite coupé court au délire en divulguant le nom du présumé suspect.Une rumeur en a chassé une autre.Stéphane Baillargeon Le soir du 30 mai dernier, le jeune Vincent Desjar-lais, âgé de 14 ans, a été heurté mortellement par une Mercedes noire sur le boulevard Lotbi-nière, à Vaudreuil, en banlieue de Montréal.Le chauffard ne s’est pas arrêté.Il n’a pas non plus rapporté l’accident à la ixjlice.Un cas type et dégoûtant de délit de fuite.Il aura fallu plus de 70 jours d’enquête, mais des accusations pourraient finalement être portées devant les tribunaux, cette semaine, peut-être même demain.Ce délai, ce long délai, a été sévèrement critiqué, dans les médias et jusque dans les rues.Le 10 juillet, plus de 500 personnes ont défilé à Vaudreuil-Dorion pour «réclamer justice».Le retard a aussi entouré l’histoire d’un voile de soupçon.Les enquêteurs laissaient-ils traîner l’affaire?La police protégeait-elle un notable?L’identité du suspect est longtemps demeurée secrète.Tout de même, on a vite su qu’un morceau de pare-chocs, laissé sur les lieux de l’accident permettrait d’établir des preuves circonstancielles.Des médias ont aussi assez rapidement dévoilé que le présumé responsable était un homme d’affaires de Pierrefonds, âgé de 42 ans, et qu’il s’était rapporté à la police le 13 juin, en compagnie de son avocat N’empêche, le temps nécessaire pour déposer le dossier d’enquête a permis à la machine à rumeurs de salir quelques réputations au passage.Au cours des dernières semaines, diverses sources mal informées ont voulu faire porter le vilain chapeau à Ronald Corey, président du Canadien de Montréal, à diverses personnalités du monde sportif et même à deux hommes politiques provinciaux, dont Daniel Johnson, député de la région de Vaudreuil.Des colporteurs de ragots ont cité des noms sur les ondes AM.Une station de Québec a d’ailleurs diffusé des excuses publiques à M.Corey.La police elle-même a jugé bon d’émettre un communiqué, il y a une dizaine de jours, pour démentir la diffamation le concernant C’est encore une fois la faute aux médias, c’est-à-dire au plus vieux média du monde, le bouche à oreille.La rumeur témoigne du fait que, mis par trois et plus, les bipèdes s’efforcent de construire collectivement une explication des situations ambiguës.Et Dieu sait si celle-ci, triste et noire comme la mort, l’était l’est encore.La rumeur est un bruit public et assourdissant, une «parole dévoyée et dangereuse».D’autant plus pernicieuse quand elle s’avère non fondée — car il existe aussi des rumeurs qui s’avèrent finalement.Quand l’information est fausse dès la fosse où elle naît son germe et sa prolifération propagent le mensonge, la haine, l’angoisse et la panique.Et bien peu de carapaces résistent à l’acide corrosif de l’imposture et de l’hypocrisie.Ce n’est |x>urtant pas la fièvre qui donne la grippe.Il y a une mécanique des causes et des effets, un ordre des choses en ce bas monde.De même, ce n’est pas la rumeur qui est responsable de l’antisémitisme exprimé par exemple dans les années soixante avec la célèbre affaire de la «rumeur d’Orléans», qui a donné son titre à un essai d’Edgar Morin sur la prétendue disparition de jeunes filles dans des boutiques juives de cette ville de France.Dans le cas de la rumeur de Vaudreuil, le mythe flottant entourant les gros bonnets du sport ou de la politique est bien sûr venu combler un manque d’explication, comme dans tous les cas types.Cette affaire a aussi objectivé les angoisses de la population face à la justice et les «big shots» qui roulent en Mercedes, jouent au golf et sont à tu et à toi avec la police, les juges et les ministres.Ce qui caractérise la rumeur, c’est peut-être moins son rapport à une plus ou moins grande authenticité.Sur ce marché noir de l’information, ce qui est vrai, c’est trop souvent ce que le groupe croit tel: que McDonald’s met des vers dans ses hamburgers; que le président Kennedy a été victime d’un complot de la CIA; que la colle de certains timbres-poste est imbibée de LSD; qu’à New York, on kidnappe les touristes pour leur voler un rein.Départager le véritable de l’improbable demeure tout de même essentiel.Dans la triste histoire de Vaudreuil, les tribunaux se chargeront d’établir les responsabilités.Il est cependant très étonnant que des médias se soient déjà chargés d’identifier sinon un coupable, du moins un accusé, en lieu et place des instances (retardataires?) chargées de cette tâche.«L’homme à la Mercedes fatale», titrait le Journal de Montréal samedi dernier, en dévoilant le nom du propriétaire.lx1 quatrième pouvoir s’est érigé en juge en répandant une autre information, une autre «rumeur», puisqu’elle n’est pas encore cautionnée par les mécaniques officielles.Et quel est le pire, entre la fausse rumeur publique et l’apparence de procès médiatique?Des médias se transforment en véritables tribunaux MÉTÉO Montréal Québec Ensoleillé avec Nuageux le matin, passages nuageux, puis ciel variable.Max: 25 Min: 16 Max: 22 Min: 15 Détails, page B 4 INDEX Agenda .B 6 Idées .A Annonces .B 6 Le monde .A Avis publics.B 4 Ix-s sports .B Culture .B 8 Montréal .A Economie .B 2 Mots croisés.B Editorial .A 6 Télévision .B www.ledevoir.com MONTRÉAL On meurt douze ans plus jeune au centre-ville, page A 3 RÉGIONS Où sont passés les esturgeons du fleuve ?page B 1 CULTURE Le nombre de canaux augmente.la facture aussi, page B 8 PRESSE CANADIENNE Gisèle Lalonde, présidente du groupe S.O.S.Montfort, estime que l’institution est sauvée mais que ce ne sera plus un hôpital.Les cinquante ans de l’indépendance indienne Gopal Godse, l’homme qui voulait tuer Gandhi L’Inde fête aujourd’hui et demain le cinquantenaire de son indépendance, à la fois joyeuse de célébrer 50 ans d’incontestables succès et morose face au douloureux souvenir de sa partition sanglante en 1947 et aux gigantesques problèmes freinant son développement.«Aux 12 coups de minuit, lorsque le inonde dormira, l’Inde s’éveillera à la vie et à la liberté».Ces mots, prononcés dans la nuit du 14 au 15 août 1947 par Nehru dans son célèbre discours «Rendez-vous avec le destin» marquant la fin de l’empire britannique des Indes, résonneront à nouveau, 50 ans après, ce soir à minuit au Parlement de New Delhi.Le portrait qui suit rappelle à quel point le démantèlement de l’empire des Indes britanniques a été, pour certains, un événement déchirant.BRUNO PHILIP LE MONDE AFGHANISTAN JTpTJ AB / JT Delhi: New Delhi* BHOUTAN Um PRADESH Korachi * BIHAR J Chandernagor Calcutta INDE JWV3ADH.BIRMANIE HYDERABAD Madras Moto O Peshawar Lahore, PENDL MLOUrCHISTAM PAKISTAN (occidental) SINDH Daccaj bengale' Gandhi était assis sur un podium, me tournant le dos.Mais, de là où j’étais placé, dans la chambre d’un serviteur travaillant dans le grand bungalow, je ne pouvais ni déclencher ma grenade ni vraiment viser le mahatma avec mon revolver: le vasistas qui donnait sur le jardin était trop élevé.Je m'emparai d'un lit de cordes et l’adossai au mur.Rien à faire: mes mains glissèrent sur l’appui de la fenêtre.Je ne pouvais mettre le plan à exécution.C’était manqué.Je m'enfuis.J’eus même du mal, dans la précipitation, à réussir à rouvrir la porte que j’avais fermée.» Le 20 janvier 1948, Gopal Godse, l’homme qui voulait tuer le mahatma Gandhi, échoua lamentablement à supprimer l’objet de toutes ses rancœurs.Son frère Nathuram devait pourtant réussir là où lui-même avait failli: le 30 janvier, il assassina le mahatma.Près d’un demi-siècle plus tard, Gopal, le frère de l’assassin, n’a rien oublié.Ni sa haine ni les raisons qui le poussèrent à tenter de supprimer le héros tragique de la lutte antibritannique.Car près de cinquante ans après le drame, ce vieillard au visage émacié, au regard bleu noyé, impeccablement vêtu d’un kurta-pyjama blanc, le cordon du brahmane de caste supérieure passé autour de l’épaule, ne regrette rien.Ni son crime manqué, ni les vingt et une années de prison que lui valut sa participation à la conspiration contre le mahatma.«Des centaines de milliers d’hindous ont péri lors de la partition et le mahatma Gandhi s’en moquait.De quel poids pèse donc, à cet égard, la prison ou la mort?Toute ma vie, je me suis battu pour la cause de l’Inde.Jamais pour moi, jamais pour en retirer VOIR PAGE A 8: INDE LA NAISSANCE DE L'INDE Eï DU PAKISTAN MER D’OMAN 500 km Comptoir français Comptoir portugais ^EYIAN Colombo ÿ PAKISTAN '* (oriental) (Bangladesh depuis 1971) w Limites de l'empire des Indes britanniques en 1939 - —- Frontières actuelles ” ' Frontières décidées en 1947 H&li État du Pakistan ra Partie du Cachemire sous contrôle pakistanais depuis le premier contlit frontalier avec l'Inde après la partition I .1 État indépendant en 1947 L’hôpital Montfort amputé des trois quarts La lutte va continuer, jurent les défenseurs de l’institution M A R I E - A N I) R É E C II O U I N A R D LE DEVOIR Ottawa — Après six mois de lutte acharnée en prévision d’une possible fermeture de l’hôpital Montfort, le verdict est tombé hier: le centre hospitalier francophone ne fermera pas ses portes mais sera amputé de plus des trois quarts de ses services, ce qui est perçu comme une demi-victoire par les uns et comme une fermeture déguisée par d’autres.Mettant fin à une longue période de réflexion, la Commission de restructuration des services de santé (CRSS) a déposé hier matin un lot de recommandations fort attendues par l’ensemble de la communauté francophone de la région d’Ottawa-Carleton.Par la voix de son porte-parole et commissaire George Lund — et en anglais uniquement —, la CRSS a fait savoir que Montfort demeurera ouvert, qu’il conserve sa propre structure administrative et sa mission éducative, mais qu’ils assumera dorénavant un tout nouveau rôle.Ce second souffle se traduirait notamment par la fermeture complète de l’urgence, par la diminution du nombre + de lits (de 173 à 66) ainsi que par la réduction du budget annuel de l’hôpital, lequel chute de 38 à 22 millions de dollars.L’hôpital deviendrait ainsi principalement un centre de soins ambulatoires, obstétriques, psychiatriques et de chirurgies d’un jour, laissant derrière lui son titre de centre hospitalier offrant des soins généraux.VOIR PAGE A 8: MONTFORT Lire aussi en page A 6 ¦ L'éditorial de Lise Bissonnette: Les vestiges de Montfort Hydro-Ontario doit fermer sept centrales nucléaires À lire en page A 2 L’UMQ se réjouit de l’ouverture du gouvernement La rencontre avec Rémy Trudel a été très positive MARIO CLOUTIER DE NOTRE BUREAU DE QUÉBEC La rencontre d’hier entre le ministre des Affaires municipales, Rémy Trudel, et le bureau de direction de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) a permis un déblocage et même une intensification des négociations entre Québec et les municipalités.Le président de l’UMQ, Mario Laframboise, croit que le gouvernement est maintenant prêt à reconsidérer certaines de ses demandes et à examiner de nouvelles propositions.«Sans le concéder, il a démontré un intérêt à rouvrir les livres», a déclaré M.Laframboise au Devoir.Selon lui, le ministre Trudel a compris que la situation économique s’améliore, que le gouvernement en profitera et, en conséquence, que les demandes envers les municipalités peuvent être modifiées.Ainsi, l’UMQ croit pouvoir obtenir du gouvernement, notamment grâce à la rencontre au sommet prévue avec le premier ministre Bouchard la semaine prochaine, un véritable pacte fiscal, des outils pour réduire les coûts de main-d’œuvre, la diminution de la facture de 500 millions et le retrait du transfert de la responsabilité du transport scolaire ainsi que de l’utilisation par Québec de la TGE (taxe sur le gaz et l’électricité).Le ministre des Affaires municipales, Rémy Trudel, a lui aussi qualifié la réunion d’hier de «très bonne rencontre dans un climat très positif >.Tout en insistant sur l’obligation d’arriver à un résultat de 500 millions, il est resté vague cependant quand il a été question de définir jusqu’où son gouvernement était prêt à aller pour trouver de nouvelles solutions.Mais il n’hésite plus à parler d’un véritable pacte fiscal à la satisfaction des deux parties.«Dès le moment où nous allons convenir, au niveau de la réduction des dépenses, d’un certain nombre de mesures, il y aura “pacte” sur certains aspects.Et il y a de la fiscalité qui sera touchée.Est-ce que ce dont nous allons convenir va per VOIR PAGE A 8: UMQ i 778313000672 L K I) E V 0 I II , L K .1 E U I) I I l A 0 II T I !) !) 7 A 2 •LES ACTUALITES- Le dossier du transfert des 500 millions Les maires de la banlieue montréalaise font bande à part MARC CASSIVI LE DEVOIR La Conférence des maires de la banlieue de Montréal (CMBM) retire à l’Union des municipalités du Québec (UMQ) son rôle de porte-parole dans le dossier de la réforme Trudel et menace de quitter l’UMQ si celle-ci ne procède pas à une profonde réforme de ses statuts, structures et modes de fonctionnement Réunis en assemblée extraordinaire, hier soir, à l’hôtel de ville de Saint-Laurent, les membres de la Conférence ont convenu à l’unanimité d’assurer désormais eux-mêmes la défense de leurs intérêts auprès du gouvernement du Québec.Les maires des banlieues de Montréal considèrent que l’UMQ a failli à cette tâche, outrepassant du même coup son mandat en négociant avec Québec un partage de la note de 500 millions que le ministre Trudel transfère aux municipalités.Un partage injuste, estime la Conférence, qui entraînerait un fardeau fiscal additionnel de 61 millions pour ses contribuables.«Il me semble que c'est un consensus payé trop cher», a déclaré hier en conférence de presse le président de la Conférence et maire de West-mount, Peter Trent.Les membres du Conseil de la CMBM entérinent ainsi la décision, prise la semaine dernière par leur Comité exécutif, de ne plus voir l’UMQ la représenter dans le dossier de la réforme Trudel.Outre le fait de retirer à l’UMQ son rôle de porte-parole de la Conférence dans ce dossier, les villes membres de la CMBM menacent de ne plus adhérer à l’Union, dès janvier 1998, si celle-ci ne s’engage pas dans un important remaniement de son mode de fonctionnement, assurant à la Conférence une plus juste représentation de ses besoins.«Nous allons réévaluer notre départ si l’UMQ change son motus operandi», a lancé le maire Trent, qui estime que l’union favorise injustement les «villes rurales» au détriment des «villes urbaines», faisant ainsi double emploi avec l’UMRCQ.Cette désaffiliation, explique le comité exécutif de la Conférence, est fondé principalement sur l’adoption par l’assemblée générale de l’UMQ, le 2 août, d’une formule de partage qui aurait comme conséquence de hausser — de façon inéquitable, esti-me-t-il — le fardeau fiscal déjà plus lourd qu’assument les municipalités de l’île de Montréal comparativement aux autres villes du Québec.«L’assemblée générale de l’UMQ a refusé de prendre en considération ces iniquités actuelles du régime fiscal municipal, a déclaré hier M.Trent.Les contribuables de iïle de Montréal viennent de subir une augmentation de 45 % de leurs taxes scolaires.Faut-il encore le rappeler?» La Conférence compte cependant demeurer au sein de l’ÙMQ, pour les dossiers autres que la réforme Trudel, jusqu’à la fin de la présente année, étant donné que ses membres ont déjà déboursé une cotisation d’un montant global d’environ 250 000 $.Les maires des banlieues de l’île de Montréal proposeront par ailleurs très bientôt leur propre solution au gouvernement du Québec afin de «dénouer l’impasse» engendrée par la réforme Trudel.La Commission Poitras se penche sur un cas troublant de vol ROLLANDE PARENT PRESSE CANADIENNE La commission Poitras s’est à nouveau penchée, hier, sur un vol, commis celui-là dans le bureau de la directrice générale adjointe de la Sûreté du Québec, Louise Pagé, après que celle-ci eut reçu une citation à comparaître du juge Jean-Pierre Bonin qui enquêtait sur la SQ.L’aspect troublant de ce vol survenu à la mi-octobre 1996 tient surtout au fait que les documents en cause se trouvaient dans le bureau de Mme Pagé, au quartier général, uniquement accessible aux cinq membres de l’état-major.A cette époque, l’état-major était composé de Serge Barbeau, Georges Boilard, Gilles Falardeau et Louise Pagé.André Dupré n’occupait plus ses fonctions de direction, mais avait conservé le titre.Le 21 octobre, au lendemain de la démission du juge Bonin, dans une lettre adressée au ministre de la Sécurité publique, Robert Perreault, Mme Pagé signale qu’elle n’a parlé de ce vol ni à M.Barbeau ni à M.Boilard.Avec ce document en main, l’avocate de Mme Pagé, Johanne Drolet, a cherché à savoir hier de quelle façon et par qui le témoin Gilles Falardeau avait appris l’existence de ce vol.Dans une déclaration faite en janvier 1997, M.Falardeau avait indiqué en avoir été informé par M.Barbeau le 17 octobre, la veille du retrait de ce dernier de la direction de la SQ.Hier, M.Falardeau en était moins certain.Me Drolet l’a invité à consulter les témoignages rendus à ce sujet par M.Barbeau, dans le cadre de la commission Poitras, en avril dernier.«Avant votre départ, quelqu’un vous a-t-il dit que Mme Pagé s’était fait voler des documents?», avait alors demandé le procureur de la commission à M.Barbeau.«Pas que je me rappelle, non.Je n 'étais pas au courant.Je l'ai appris dans une conversation téléphonique avec je ne sais plus qui de la SQ dans les semaines qui ont suivi mon départ.Il y avait une rumeur à l'effet que Mme Pagé se serait fait subtiliser des pages dans un cahier, dans son bureau», avait répondu M.Barbeau.Interrogé à nouveau sur ce sujet, quelques jours plus tard, M.Barbeau avait dit ne pas se souvenir s’il était au courant au moment où il avait quitté son poste le 18 octobre 1996.«Je ne me rappelle pas que j'avais ce fait-là avant de quitter la SQ.C’est possible, mais je ne m’en rappelle pas.Selon mon souvenir, je l'ai appris dans les jours qui ont suivi mon départ.Je me fierais davantage à M.Falardeau à ce sujet, car il prend beaucoup de notes», avait-il déclaré.Hier, M.Falardeau a soutenu qu’il avait eu tort de prétendre que M.Barbeau lui avait parlé du vol chez Mme Pagé le 17 octobre.Il a ajouté qu’il avait plutôt été question ce jour-là d’une entrée dans le réseau sécuritaire informatique de la direction générale et des membres de l’état-major de la SQ.Au sujet du vol chez Mme Pagé, M.Falardeau n’est plus du tout certain que c’est M.Barbeau qui l’en a informé.Les documents volés dans le bureau de Mme Pagé consistent en plusieurs pages de ses cahiers de notes personnelles relatives à certains événements survenus dans l’exercice de ses fonctions à la SQ, en juin et juillet 1995, période au cours de laquelle s’étaient tenues quelques réunions de l’état-ma-jor et la mise en place d’une enquête interne sur les irrégularités commises par des policiers dans l’affaire Mat-ticks.277, av.Laurier Ouest • 270-6154 d o I c e >emm.GRANDE VENTE jusqu’à DE RABAIS sur toute notre collection printemps / été 41 5, St-Jacques Ouest,- Centre de Commerce Mondial • 844-9125 Crise nucléaire en Ontario La catastrophe qui secoue Hydro-Ontario aura cependant peu d’impact sur les activités d’Hydro-Québec CLAUDE TURCOTTE LE DEVOIR T T « malaise profond» afflige le '' U programme nucléaire d’Hydro-Ontario, selon l’expression apparaissant dans un rapport choc, qui oblige la plus grosse compagnie d’énergie hydroélectrique en Amérique du Nord à fermer sept de ses vingt réacteurs nucléaires.Il s’agit d’une véritable catastrophe, dit-on en Ontario.Un plan de correction entraînera des débours de huit milliards sur une période de quatre ans.Devant déjà assumer une dette de 30 milliards, cette société de la Couronne entend cesser de rembourser deux milliards par année et détourner cet argent vers la remise en état sécuritaire de ses réacteurs nucléaires.Hydro-Ontario devra recourir à ses centrales thermiques pour pouvoir livrer la même quantité d’énergie, ce qui augmentera la pollution d’au moins 50 %, au grand dam des environ-nementalistes.En outre, on s’attend à ce que, à la suite de la démission, avant-hier, du président et chef de la direction, Allan Kupcis, d’autres hauts dirigeants soient congédiés.Cet énorme remue-ménage qui commence à secouer Hydro-Ontario aura un impact minimal à Hydro-Qué-bec, dit-on à la société d’Etat québécoise.Les relations entre les deux sociétés sont quotidiennes, et il existe une soixantaine d’ententes de diverses natures entre elles.Toutefois, les ventes d’énergie dans une direction ou l’autre sont beaucoup moins nombreuses et volumineuses qu’on pourrait le croire, c’est-à-dire loin en deçà de 10 millions de dollars.On ne veut pas donner le montant exact parce que cela est consi- déré comme une information stratégique.Hydro-Québec ne s’attend donc-pas à recevoir d’importantes commandes de la part d’Hydro-Ontario, qui préférera remettre en marche certaines centrales hydroélectriques inutilisées présentement, ainsi que ses centrales thermiques.Les lignes d’interconnection d’Hydro-Québec vers l’Ontario et les Etats-Unis ont une capacité de transmission de 12 terrawattheures dans une année, à raison d’une transmission de 1500 mégawatts en même temps, dont 500 au maximum sont réservés pour l’Ontario.Par ailleurs, Hydro-Québec a signé avec Hydro-Ontario un contrat de services d’une valeur de 10 millions par année pour le stockage d’énergie dans ses réservoirs d’eau.En vertu de ce contrat, à certaines périodes Hydro-Québec prend l’énergie en provenance de l’Ontario et accumule l’équivalent en eau, laquelle est éventuellement retournée à la province voisine sous forme d’énergie.Pour ce qui est de sa centrale nucléaire, Gentilly 2 à Bécancour, le porte-parole d’Hydro-Québec affirme qu’elle fonctionne de façon tout à fait sécuritaire.La Commission de contrôle d’énergie atomique du Canada a renouvelé l’automne dernier pour deux ans, sans aucune restriction, son permis d’opération.Cette centrale construite en 1983 fait l’objet d’une double vérification, non obligatoire celle-là, à tous les quatre ans, de la part d’un organisme indépendant, la World Association of Nuclear Operators, qui confirmait en 1994 la sécurité complète de cette centrale; les prochaines vérifications auront lieu en 1997 et en 1998.En Ontario, ce rapport préparé par le consultant américain Cari Andognini suscite des réactions fort négatives.Le premier ministre Mike Harris fut sans doute le plus modéré en disant que «ce n 'est pas une bonne semaine pour Hydro-Ontario», et en donnant son appui entier au plan de,relance envisagé pour cette société d’Etat.Les environnemen-talistes voient en revanche des effets désastreux sur la qualité de l'air; les chefs syndicaux ont dénoncé le coût de ce plan, tandis que les partis d’opposition et de nombreux ixiliticiens locaux ont demandé une enquête publique sur Hydro-Ontario.Cari Andognini affirme dans son rapport que l’entreprise n’a pas été bien dirigée.Il soutient que les réacteurs nucléaires offrent présentement un degré minimal de sécurité, mais à un niveau nettement plus bas des normes de l’industrie, ce qui demande une attention immédiate.Bill Farlington, président du conseil de la société d’Etat, a expliqué que pendant des années cette société a bénéficié d’un certain «culte du nucléaire».11 a avoué que les hauts dirigeants n’allaient jamais voir ce qui se passait dans cette section spéciale.Le résultat en est qu’aujourd’hui Hydro-Ontario doit fermer quatre réacteurs à Pickering et trois à la centrale de Bruce dans la baie Géorgienne.On ne prévoit pas de licenciements massifs parmi les 10 000 employés d’Hydro, qui n’envisage pas par ailleurs d’augmenter ses tarifs; on arrêtera plutôt le remboursement de la dette.Les réactions les plus vives proviennent déjà des groupes environnementaux.«Il est impensable qu’Hydro-Onta-rio ferme le quart de sa capacité de production et la remplace par du charbon et du pétrole sans que cela n’ait pas un im- pact massif sur la pollution de l’air, l’effet de serre et le smog», a déclaré Kevin Jardine de Greenpeace.On peut ajouter à cela que, il y a quelques jours à peine, une étude nord-américaine classait l’Ontario au troisième rang parmi les Etats ou provinces les plus polluantes sur ce continent.Pour le moment, il semble que le gouvernement Harris prépare un livre blanc qui proposerait d’augmenter la concurrence, ce qui pourrait peut-être vouloir dire un pas vers une certaine privatisation.Hydro-Ontario fournit présentement 93 % de toute l’énergie dans cette province.Les groupes de pression se sont manifestés également à Ottawa.L’activiste Andrew Chisholm, selon qui «Pickering était plus près de Toronto que Tchernobyl de Kiev», se dit abasourdi de voir comment le gouvernement fédéral est demeuré inactif sur cette question, sauf pour donner des subventions à l’industrie nucléaire.Il rappelle qu’Ottawa es! resté imperturbable même après que le vérificateur général, Denis Desautels, eut refusé de signer les rapports annuels d’Energie atomique du Canada en 1993, en 1994 ,et en 1995 parce que cette société d'Etat ne prévoyait pas suffisamment d’argent en prévision de désastres environnementaux.Kristen Ostling, coordonnatrice national d’un Mouvement pour l’abandon du nucléaire, soutient que ce qui arrive en Ontario va donner une très mauvaise image à l'étranger pour le Candu, le réacteur nucléaire qui est utilisé au Canada.Il ajoute qu’aucun Gindu n’a été vendu en Amérique du Nord depuis 1979, que le Canada en a vendu un l’an passé en Chine, moyennant un prêt de 1,5 milliard.Le financement des garderies sans but lucratif Le 2 septembre sera jour de grande protestation •- - e-e.-'—»-ii- j.i_ .i-i—u—n.'-a—1 -D-• r>—i_n_ r'—nara, Richard Des Cormiers, Marie-Josée Hudon, Sylvain Lesage, Christian Vien, Olivier Zuida.SERVICE À LA CLIENTÈLE .’ADMINISTRATION Yves Bouthiette (contrôleur), Dany Dépatie (adjointe à l'administration et responsable des ressources hu-FONDATION DU DEVOIR Marcel Couture (président), Roger Boisvert (vice-président exécutif et directeur général).joint), Jacqueline Avril, Jean de Billy, Brigitte Cloutier, uysiame cote, Mariette cote, cnnsuane legaïui, Jacques n.isaueau, iiuyiaiue uuenei, îvucneune mieuanu yjtuoiicuaires); syivie I.aporie, isau •PION Jocelyn Arsenault (directeur des approvisionnements, distribution et production), Marie-France Turgeon (responsable de la production), Claudine Bédard, Johanne Brunet, Danielle Cantara, Richa Johanne Brien (responsable).Evelyne Labonté (responsable à la promotion des abonnements), Manon Blanchette-Turcotte, Monique L’Heureux, Lise Lachapelle.Rachelle Leclerc-Venne.L’ADMINI! moines), Nicole Carmel (responsable des services comptables), Jeannc-d'Arc Houde (secrétaire à la direction) ; Céline Furoy, Ghislaine Ddleur, Natlialie Perrier, Danielle Ponton.Danielle Ross.IA FONT I.K I) lî V I) I I) , l V.,1 K II I) I I I A I) f! T I II !l 7 A 8 -?Le devoir ?-—- ACTUALITÉS UMQ «Les gens se parlent» SUITE DE LA PAGE 1 mettre d’obtenir un pacte où tous les aspects souhaités par les municipalités pourront être contenus?C’est précisément l'objet de nos échanges.» Le président de l’UMQ croit pour sa part que l’établissement d’un pacte fiscal «le plus tôt possible» demeure la clef des négociations.«Il faut trouver une solution à long terme, insiste-t-il, pas juste pour cette année.» L’UMQ maintient qu’il est possible de trouver rapidement 150 millions, comme il avait été convenu avec l’ancien ministre des Affaires municipales, Guy Chevrette, avant le référendum.Ainsi, parmi les 18 sujets qui avaient alors fait l’objet de discussions, le transfert de la responsabilité des bibliothèques publiques permettrait, par exemple, des économies de 15 à 20 millions pour le gouvernement québécois.Le ministre Trudel parle, lui, de développer les outils nécessaires afin de permettre aux municipalités de récupérer 6 % de leur budget en réduisant leurs coûts de main-d’œuvre.Sans préciser s’il s’agissait de modifier l’article 45 du Code du travail ou d’adopter une loi spéciale, il a indiqué que les pourparlers se poursuivraient avec les municipalités et avec les syndicats représentant leur employés.«Ixs outils que réclament les municipalités, c'est gradué.Ça va de leur capacité d’intervention pour faire lever certaines conditions liées aux masses salariales jusqu'aux suites du rapport Mireault à l'égard de l'article 45.» Le ministère du Travail n’a pas terminé sa réflexion à ce sujet et M.Trudel a précisé que le Conseil des ministres n’a donc pas encore été saisi des conclusions à tirer du rapport.Il a ajouté que les villes ont tout de même convoqué les syndicats à des rencontres.Dans la plupart des cas, ces derniers ont accepté.«Il n’y a pas de conclusion ni d'ententes qui ont été convenues, sauf que les gens se parlent.» Quant à la possibilité d’une loi spéciale, le ministre Trudel brandit toujours le couteau à deux tranchants du premier ministre Bouchard.On ne promet pas de loi spéciale aux villes tout en affirmant aux syndicats qu’on ne peut pas promettre qu’il n'y en aura pas.Mais les progrès enregistrés hier semblent surtout liés à un bien meilleur climat de travail.Chacun de son côté, le gouvernement et l’UMQ ont mis de l’eau dans leur vin, et la bonne volonté est désonnais au menu du jour.«Les maires veulent participer à l’assainissement des finances publiques», affirme Mario Laframboise.Et le ministre Trudel l’a bien senti hier.Il parle maintenant d’une «indéniable volonté de contribuer à l'assainissement des finances publiques et de partager avec nous également la volonté de ne pas atteindre le contribuable davantage au niveau de sa contribution.» M.Trudel constate toutefois des divergences importantes en ce qui concerne les méthodes utilisées pour en arriver à la répartition de la contribution et, d’autre part, au montant requis de la part des municipalités.11 a réitéré l’immuabilité de la position gouvernementale sur l’obligation de résultat et les 500 millions exigés.Egalement, le gouvernement Bouchard tient toujours à venir en aide aux villes-centres d’une façon ou d’une autre.Mais, a déclaré M.Trudel, tout le monde est d’accord pour continuer de discuter et même d’intensifier le rythme des négociations afin d’explorer de nouvelles pistes de solutions qui satisferaient à la fois Québec et les villes.D’autres réunions de travail auront donc lieu d’ici la semaine prochaine et la rencontre à laquelle assistera le premier ministre.Ensuite, si tout va bien, selon l’UMQ, les ministères des Finances et le Conseil du trésor se joindront aux discussions et la Table Québec-municipalités sera convoquée.Quant à la possibilité que la Conférence des maires de banlieue se retire de l’UMQ, le ministre Trudel ne s’est pas montré particulièrement inquiet.Il ne veut pas s’immiscer dans les relations vécues à l’intérieur des unions municipales, mais il insiste pour dire que toutes les villes devront contribuer à l’effort de 500 millions.Lire aussi ¦ La banlieue montréalaise fait bande à part.A 2 Un Tsigane averti.Ottawa (PC) — La vie au Canada des Tsiganes venus de la République tchèque est loin d’être aussi rose que le montre un documentaire diffusé à la télévision tchèque, ont indiqué des porte-parole du ministère canadien de l’Immigration, hier, à Ottawa.«Les gens doivent y penser deux fois avant de tout vendre et de venir ici», a mis en garde l’un de ces porte-parole, René Mercier.Les responsables de l’Immigration ont recours à la persuasion plutôt qu’aux tactiques de pression afin de convaincre les Tsiganes de bien réfléchir avant de prendre l’avion pour le Canada.Certaines lignes aériennes en République tchèque ont fait état d’une vague de réservations pour les vols en direction de Toronto et Montréal, les sièges de classe économique étant tous occupés jusqu’à la fin d’octobre.3âKÎTâ Boris-le- Terrible ALEXANDRE ZEMLIANITCHENKO AP ALEXANDRE KORJAKOV a annoncé hier, au cours d’une conférence de presse très courue, la parution prochaine de son livre Boris Eltsine, de l’aube au crépuscule (dont on aperçoit la couverture).Cet ancien garde-du-corps du chef de l’État russe promet un livre-choc dans lequel il décrit son ancien patron comme un homme qui a des tendances suicidaires, qui boit comme une éponge et qui est inapte à gouverner.S.V.P.Assurez-vous que ce papier journal soit recyclé.LE DEVOIR Les bureaux du Devoir sont situés au 2050, rue de Bleury, 9' étage, Montréal (Québec), H3A3M9 IS Place-des-Arts fls sont ouverts du lundi au vendredi de 8h30 à 17h.Renseignements et administration: (514) 985-3333 Le site Internet du Devoir: www.ledevoir.com Comment nous joindre?La rédaction Au téléphone (514) 985-3333 Par télécopieur (514) 985-3360 Par courrier électronique devoir@cam.org Pour l’agenda culturel (514) 985-3551 La publicité Au téléphone (514) 985-3399 Par télécopieur (514)985-3390 Extérieur de Montréal 1-800-363-0305 (sans frais) Les avis publics et petites annonces Au téléphone (514) 985-3344 Par télécopieur (514) 985-3340 Les abonnements Au téléphone (514) 985-3355 du lundi au vendredi de 8h a 16h30 Par télécopieur (514)985-3390 Extérieur de Montréal 1-800-463-7559 (sans frais) Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir Inc.dont le siège social est situé au 2050, rue de Bleury, 9 étage, Montréal, (Québec), H3A 3M9.Il est imprimé par Imprimerie Québécor LaSalle, 7743.rue de Bourdeau, division de Imprimeries Québécor Inc., 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.L’agence Presse Canadienne est autorisée à employer et à diffuser les informations publiées dans Le Devoir.Le Devoir est distribué par Messageries Dynamiques, division du Groupe Québécor Inc., 900, boulevard Saint-Martin Ouest, I-aval.Envoi de publication — Enregistrement n* 0858.Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec.INDE Punir le mahatma de sa «folie» SUITE DE LA PAGE 1 un quelconque avantage personnel!» Gopal Godse entra pourtant dans l’Histoire comme un second couteau: l’âme de la conspiration était son frère aîné, Nathuram.Ce dernier, rédacteur en chef de la revue extrémiste Hindu Rashtra (Nation hindoue), avait réuni autour de lui une bande d’aigris de la partition, tous sympathisants d’une mouvance archinationaliste dont l’objectif n’avait cessé d’être, tout à la fois, la lutte contre l’oppresseur britannique et la défense de l’Inde hindoue.La défense d’une Inde éternelle dont les racines s’enfonçaient dans la nébuleuse d’une histoire vieille de cinq mille ans, qiuind, comme le rappelle aujourd’hui Gopal Godse, les hindous des temps védiques «savaient déjà séparer l’oxygène de l'hydrogène», preuve, s’il en fallait, de l’avancement de la civilisation des Aryens.Gopal Godse et son frère étaient membres de la Hindu Mahasabha, ou grand rassemblement hindou, une organisation d’extrême droite elle-même cousine du corps national des volontaires que tout le monde désigne par ses initiales hindies de RSS.Un mouvement antibritannique, hindou et fascisant, qui arbore un drapeau frappé de la svastika, la croix gammée hindoue que les nazis avaient récupérée.Pour Gopal Godse, le jour de l’indépendance de l’Inde fut presque une journée de deuil».En ce 15 août 1947, raconte-t-il, la Bharat Mata, cette «Inde-mère» qu’il avait connue et révérée comme un fils et avec toute sa dévotion de jeune brahmane de vingt-sept ans, avec toute sa fureur mystique de nationaliste farouche, venait d’être tragiquement tronquée.Pire qu’une «partition»: le démantèlement de l’empire des Indes britanniques fut, pour reprendre son expression, une véritable «vivisection».Un épouvantable charcutage géographique et culturel qui avait amputé l’Inde d’une grande partie de ses provinces: la région est du Bengale, à majorité musulmane, était devenue le «Pakistan oriental».A un millier de kilomètres de là, plus à l’ouest, la partie occidentale du Pendjab, ainsi que le Sind, le Baloutchistan et la province du Nord-Ouest, le pays des fameux guerriers pathans, régions également à majorité musulmane, constituaient désormais le «Pakistan occidental».En ce 15 août 1947, donc, ce petit fonctionnaire employé comme magasinier dans l’armée des Indes britanniques — il avait même «fait» la campagne d’Irak et de Perse, durant la dernière guerre — était «triste et malheureux.Il n’y avait vraiment pas de quoi se réjouir.Nos leaders nous avaient trompés en acceptant de diviser l’Inde.Le prix payé pour l’indépendance et la liberté était celui d’une Inde tronquée, divisée.C’était inacceptable».Le grand responsable de la «vivisection» n’était pas uniquement la Grande-Bretagne.La partition, bien sûr, c’était la faute aux musulmans.Le vrai coupable, pourtant, était un hindou.Oui, le vrai responsable des terribles massacres de l’indépendance était le héros de l’indépendance lui-même, celui qui avait défié les Anglais durant plusieurs décennies, un petit homme chauve aux besicles rondes, toujours vêtu d’un «pagne» de coton blanc, un homme que Winston Churchill avait un jour surnommé le «fakir à demi-nu»: Mohamdas Karamchand Gandhi, que tout le monde appelait le «mahatma», la grande âme.«Il fallait tuer Gandhi».C’est-à-dire qu’il fallait venger l’humiliation.Supprimer cet homme qui, par son obsession à protéger les musulmans au nom de l’harmonie intercommunautaire, avait, ne fût-ce qu’indirectement, donné un coup de fouet à l’identité musulmane.Peu importe, pour Godse, que Gandhi ait toujours condamné les carnages interconfessionnels.Qu’il ait, à plusieurs reprises, mis sa vie en jeu pour que cessent enfin les massacres des hindous et des sikhs par les musulmans et les massacres des musulmans par les hindous et les sikhs.Et que, jusqu’au bout, il se soit opposé au découpage de la Bharat Mata.Au point même de se brouiller, pour un temps, avec son plus vieux disciple, le pandit Nehru.Celui-ci, pressé de voir son Parti du Congrès prendre les commandes de l’Inde indépendante, s’était finalement rangé à l’idée de la partition, au grand dam de Bapu, («le père»), ainsi que les Indiens avaient affectueusement surnommé Gandhi.Mais cinquante ans, plus tard, pour Gopal Godse, la cause est encore entendue.L’homme n’en démord pas: «Im Pakistan, c’est l’enfant du mahatma Gandhi.Le mahatma Gandhi, c'est le père du Pakistan.» La preuve?En ce mois de janvier 1948, près de cent cinquante jours après l’indépendance, Gandhi, une fois de plus, faisait le jeu de 1 '«ennemi»-, à New Delhi, dans le grand bungalow colonial prêté par la célèbre famille industrielle des Birla, il était en grève de la faim.Il exigeait que l’Inde rembourse au Pakistan la somme de 550 millions de roupies qu’elle lui devait au terme des accords portant sur le partage financier passé, entre les deux nouvelles républiques, à l’heure de la partition.Une grève de la faim pour défendre, ô sacrilège, les intérêts de la nouvelle nation musulmane, alors même que troupes indiennes et pakistanaises étaient en train d’en découdre, pour la première fois, au Cachemire, ce territoire himalayen que les deux pays revendiquaient.Et revendiquent toujours, trois guerres et cinquante ans plus tard.La deuxième exigence du mahatma, tout aussi «intolérable», était que les leaders de l’Inde indépendante s’enga- gent par écrit à assurer l’harmonie entre les communautés.Et à protéger les musulmans — Dieu sait qu’ils étaient nombreux! — restés en Inde.Tout le monde était ainsi sommé d’accepter le dernier diktat du mahatma.Même les chefs les plus farouches de la mouvance hindoue nationaliste.Même ceux qui, parmi les hindous, n’avaient pu oublier les violences dont s’étaient rendus coupables les musulmans à l’encontre des sectateurs de l’hindouisme durant les sombres heures de la «vivisection» de l’Inde.Ces deux exigences furent finalement acceptées: Nehru consentit à rembourser le Pakistan sans obtenir le retrait des troupes pakistanaises du Cachemire, comme il l’avait d’abord demandé.Et, finalement, tous, responsables hindous, sikhs et chrétiens de l’Inde libre, étaient venus se prosterner devant le corps frêle d’une «grande âme» qui menaçait de rendre son dernier souffle, lui promettant que les musulmans seraient les protégés de la nouvelle «Union indienne».Devant tant de bonne volonté, Gandhi avait accepté de s’alimenter à nouveau: le dimanche 18 janvier 1948, le mahatma, âgé de soixante-dix-huit ans, avala un verre de jus d’orange, mettant fin à une grève de la faim de 121 heures et trente minutes.Il ne savait pas que sa dernière bataille allait précipiter sa mort, douze jours plus tard.Gopal Godse n’avait cependant pas attendu cette échéance pour prendre sa décision et «punir» le mahatma de sa dernière «folie».Son destin bascula en fait dès le 14 janvier, quand son frère Nathuram vint le trouver pour lui dire: «J’ai décidé de tuer le mahatma Gandhi.Im plan est de partir pour Delhi et de l’assassiner.» Son aîné demanda à Gopal de réfléchir et de lui donner sa réponse le plus tôt possible.Mais c’était «tout réfléchi», se souvient Gopal, qui lança aussitôt à Nathuram: «Je suis des vôtres.Et ma décision est sans appel.» Ils étaient six, les conspirateurs.Outre Gopal et son frère, il y a avait un autre responsable de la revue Hindu Rashtra, un faux ascète trafiquant de vraies armes, un réfugié de la partie du Pendjab devenue pakistanaise, jeune homme ivre de revanche, et un aubergiste.Gopal arriva en train à New Delhi le 18 janvier et se rendit aussitôt dans l’édifice rococo de stuc ocre et blanc qui est le siège du Hindu Mahasabha, l’organisation extrémiste hindoue.La même bâtisse où, cinquante ans plus tard, l’homme au visage émacié dévide avec entrain la litanie obsessionnelle de ses souvenirs de fanatique.Le 20 janvier, tout était en place et la bande se transporta à Birla House, la résidence prêtée à Gandhi par la célèbre famille d’industriels.C’est là où Gopal, qui, initialement, ne devait jouer qu’un rôle de second ordre, se retrouva aux premières loges: «Badge, le trafiquant d’armes, “craqua” et c’est à moi qu’échut la tâche de tirer sur le mahatma».On connaît la suite et l’échec de la tentative, faute d’avoir correctement repéré les lieux.Gopal ne fera pas usage de son revolver de calibre 7,63; et la mise à feu d’une bombe, à l’extérieur du bâtiment, par le réfugié pendjabi Pahwa, chargé de détourner l’attention, ne servira à rien.La bande d’amateurs échoua.Ix groupe se dispersa.«Nous étions morts de honte devant l’échec de notre mission.» Im mission, c’est donc Nathuram qui, dix jours plus tard, l’accomplira: le 30 janvier, Godse «senior» tire trois coups de feu dans la poitrine nue du mahatma qui s’écroule en murmurant le nom de Ram, le grand dieu du panthéon hindou.Une version contestée par Gopal, qui nie au grand homme d’avoir eu la présence d’esprit de s’adresser au dieu en mourant: «Ce n’était rien qu’un souffle, rien d’autre».Le soir, le pandit Nehru trouva une fois encore les mots justes pour saluer, dans un discours inspiré, la mémoire de son cher mahatma avec lequel il n’avait pourtant cessé de se quereller ces derniers temps: «Im lumière s’est éteinte sur nos vies et tout n’est plus que ténèbres.» Nathuram sera condamné à mort et pendu.Il partira pour l’échafaud «avec courage et dans la bonne humeur», se souvient Gopal, qui était détenu dans la même prison.«Sa mission accomplie, Nathuram voulait mourir: en le pendant, l’Inde pendait aussi la théorie de la non-violence voulue par Gandhi.» Gopal a conservé précieusement les cendres de son frère, se promettant de les disperser un jour dans l’Indus, le grand fleuve du Pakistan, «quand l’Inde sera de nouveau réunie».Libéré depuis 1969, après avoir bénéficié d’une remise de peine (il avait été condamné à la prison à vie), il coule aujourd’hui des jours tranquilles à Pune, non loin de Bombay.Près d’un demi-siècle plus tard, âgé de soixante-dix-sept ans, il reste un farouche partisan de la «cause» du nationalisme hindou.L’histoire récente semble lui donner tristement raison: Gandhi n’est plus qu’un portrait sur les murs des ministères.Ses rêves ont été bafoués par la persistance d’émeutes sporadiques et récurrentes entre hindous et musulmans depuis la naissance de l’Inde indépendante.Et ses idées, oubliées, au nom des contraintes de la globalisation.Quant aux extrémistes hindous, ils ont vu leurs idées gagner du terrain depuis une dizaine d’années.Ix grand Parti indien du peuple (BJP), une branche certes infiniment plus modérée du courant nationaliste, est devenu le plus grand parti de l’Assemblée nationale et a même réussi à s’installer au pouvoir durant quatorze jours, à l’issue des élections de l’année dernière.Gandhi n’est plus qu’un portrait sur les murs des ministères.Ses rêves ont été bafoués.MONTFORT Réactions mitigées SUITE DE LA PAGE 1 Si Montfort a échappé en quelque sorte au couperet de la Commission, d’autres n’ont pas eu cette chance: les hôpitaux Riverside, Grace et Brockville devront mettre la clé dans la porte.Une fusion des hôpitaux Civic, General d’Ottawa et Riverside donnera naissance à l’Hôpital d’Ottawa.Et enfin, ce qui fait figure de victoire pour l’ensemble de la communauté franco-ontarienne, la CRSS recommande la création d’un réseau de services de santé en français supervisé par la direction de Montfort.Une fermeture déguisée Ce remaniement a provoqué des réactions mitigées de la part des défenseurs du centre hospitalier francophone, le seul à offrir des soins complets en français dans tout l’Ontario.Visiblement préparés à lancer une nouvelle levée de boucliers, ils sont d’abord passés de la surprise à un enthousiasme contenu, pour finalement convenir qu’il ne s'agissait en réalité que d’une «demi-victoire» et d’une «fenneture déguisée».«A l’annonce de la nouvelle, nous nous sommes dit: “Wow! Nous avons bien plus que ce à quoi nous nous attendions”, a expliqué la présidente de S.O.S.Montfort, Gisèle Lalonde.Mais lorsque nous regardons de plus près ce qu’on nous concède, on se rend bien compte que nous n’avons pas tant que ça.Nous avons sauvé l’institution, mais pas l’hôpital.» «Montfort n’est plus qu’une grosse clinique externe, c’est une coquille vide!», affirmait la présidente du conseil d’administration de l’hôpital, Michelle de Courville Nicol.«Je dirais que c’est un CLSC glorifié, ni plus ni moins», précise le directeur général de Montfort, Gérald Savoie.M.Savoie s’inquiète notamment en constatant que, d’une part, la Commission insiste fortement sur l’importance du rôle de formation des médecins francophones soutenu par Montfort mais que, d’autre part, elle élimine et transfère plus de 75 % de ses services (cardiologie, rhumatologie, neurologie, médecine familiale et interne, chirurgie générale, endocrinologie, oncologie, etc.).«N’ayantpas ces services-là, comment allons-nous assurer la formation des jeunes médecins?Ils doivent être au chevet des patients pour parfaire leur formation, mais où seront les patients?» la direction de l’hôpital et S.O.S.Montfort se réjouissent cependant de constater que les commissaires semblent avoir écouté les récriminations des francophones en reconnaissant l’importance de la langue dans la définition de l'accessibilité aux services.«La CRSS reconnaît que l’accès aux services va beaucoup plus loin qu’un simple accès géographique, écrivent les commissaires dans le volumineux rapport dévoilé hier.Im façon dont les soins sont offerts fait également partie de l’accessibilité.Il s'agit d'un défi particulier pour les prestataires de soins de santé d’Ottawa-Carleton en raison de la forte proportion de francophones de la région.» La lutte n’est donc pas terminée.Dès aujourd’hui, le conseil d’administration du centre hospitalier doit à nouveau se réunir afin d'analyser dans le plus fin détail les recommandations de la CRSS.On tentera ensuite de porter à l’attention de la Commission certains points potentiellement négociables.S.O.S.Montfort doit également définir plus clairement au cours des prochains jours sa position et les moyens d’action — le recours aux tribunaux par exemple — qu’il entend mettre de l’avant pour convaincre le gouvernement de la nécessité de conserver Montfort tel qu’il est A l’affût de la moindre nouvelle, empreints d’une curiosité inquiète, les employés de l’hôpital étaient en grand nombre à la conférence de presse tenue chez eux en milieu d’après-midi.«Je ne suis pas vraiment plus rassurée que je ne l’étais hier, disait une employée.Une clinique externe?Mais d'où nous viendront nos patients sans urgence?» «C’est un bonbon qu'on nous passe et qu’on ne devrait pas accepter.Sans salle d’urgence, on n’a pas d'hôpital», renchérissait une autre employée.Cette annonce fort attendue a suscité de multiples réactions dans le milieu politique, passant du désaccord complet à l’optimisme prudent.Contrairement au premier ministre ontarien Mike Harris, fort satisfait du travail des commissaires, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, estime «très déplorable» le choix de la Commission de modifier la vocation de Montfort, ajoutant qu’il s’agit là d’une «fermeture déguisée».«Datis les faits, cet hôpital ne sera absolument plus le même, a expliqué M.Duceppe.D'aucune façon, ce n'est comparable aux services que devraient avoir les francophones en Ontario, surtout si je les compare aux services dont jouissent les anglophones au Québec.» Le leader du gouvernement à la Chambre des communes, Don Boudria, lui-même un Franco-Ontarien, responsable de la Francophonie jusqu’au récent remaniement ministériel, retient de la décision de la CRSS qu’elle a choisi de ne pas fermer Montfort.«Ça reste ouvert, ce n’est pas une fermeture.On garde le conseil d’administration local, ça demeure un institut d’enseignement, on conserve également des lits, et aussi les services ambulatoires.Donc, l'hôpital demeurera ouvert.J’ai un optimisme gardé (sic) vis-à-vis de l'annonce; restera à savoir comment tout ça découlera (sic) dans les prochains jours, car il reste des détails à vérifier.» Outré par cette décision, le député de Carleton-Gloucester, Eugène Bellemarre, croit qu’il s’agit là d'un autre «coup de matraque axa francophones».«La Commission tente de nous dorer la pilule en nous lançant des miettes.(.) Pas d’urgence, pas de chirxirgies, pas de médecine.L'hôpital Montfort devient une clinique! Les francophones ont droit à beaucoup plus.» Le commissaire aux langues officielles, Victor Gold-bloom, n’a eu quant à lui qu’un seul commentaire à l’endroit de l’ensemble des recommandations: «Je trouve que le message envoyé par la Commission n’est pas favorable [aux francophones).» Ix‘s ass
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