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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1997-05-24, Collections de BAnQ.

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LE devoir U roman québécois Page D 3 Essais québécois Page D 5 Grille télé du week-end Page D 6 Nicolas Uriburu Page D 7 Formes Page D 10 \.K |) K V O I K .I.E S S A M K I) I 2 I E T D I M A X < Il E 2 5 M Al I !» !» 7 ESSAIS POLITIQUES La question de l’identité L'intérêt du livre de Jacques Parizeau n'est pas dans la controverse qu'il a provoquée POUR UN QUÉBEC SOUVERAIN Jacques Parizeau VLB éditeur, Montréal, 1997 351 pages MICHEL VENNE LE DEVOIR On ne peut pas aborder la lecture du recueil de discours de l’ancien premier ministre sans avoir à l’esprit la controverse provoquée par la publication d’un extrait au début de mai.En tournant les pages, on cherche les indices qui avaient amené le journaliste Michel Vastel à soutenir que Jacques Parizeau n’aurait pas respecté ses engagements référendaires et proclamé la souveraineté du Québec avant d’engager des négociations avec le Canada sur une offre de partenariat.Soudain, on retrouve l’extrait lu dans les journaux.On lit et on relit la page 286, sans pouvoir, je dois le dire, conclure à la duplicité du président du comité du OUI.Sans revenir sur cette histoire, qui a défrayé la manchette pendant plusieurs jours et qui a été analysée sous toutes ses coutures, disons qu’en considérant les faits connus et en prenant en compte le contenu des autres chapitres du livre, on doit donner à l’ancien premier ministre le bénéfice du doute.Le scénario qu’il avait envisagé au lendemain d’une victoire du OUI au référendum apparaît compatible avec la question référendaire.M.Parizeau rappelle les engagements qu’il avait contractés et les gestes faits par son gouvernement pour montrer sa volonté de négocier avec le Canada sur la base de l’entente conclue entre le PQ, le Bloc québécois et l’ADQ de Mario Dumont.Il réitère son adhésion au principe d’assortir d’une offre de partenariat un vote sur la souveraineté.Pourvu qu’on ne transforme pas cette offre en icône, au risque de retomber dans le piège du trait d’union de la souveraineté-association.L’objectif, après tout, rappelle-t-il, c’est la souveraineté.Le cheminement d’un économiste L’intérêt du livre réside toutefois ailleurs, quant à moi.Il réside d’abord dans le récit du cheminement d’un économiste qui, en 1961, était fédéraliste convaincu, jusqu’à écrire, dans un texte que lui avait demandé le rédacteur en chef du Devoir, André Laurendeau, que l’idée du séparatisme «n’est pas forcément absurde, dans l’ordre économique, mais les obstacles seraient nombreux et redoutables».Ce récit n’est pas neuf.Ceux qui ont suivi la politique le connaissent.Mais il révèle tout de même l’un des traits de caractère de cet homme.Lorsqu’il croit avoir raison, il l’affirme de manière catégorique.Mais lorsquè, quelques années plus tard, il change d’avis, souvent à cause de l’évolution même de la société, il défend le point de vue opposé avec autant de fermeté.Ainsi est-il devenu séparatiste en 1967.Pour des raisons économiques et sociales, explique-t-il.«Je suis devenu souverainiste, écrit-il, pour faire en sorte qu’un vrai gouvernement s’installe dans un vrai pays, un pays où les gens sont responsables d'eux-mêmes et où les dirigeants ne peuvent se décharger les uns sur les autres de leurs responsabilités.» Il lui a fallu beaucoup de temps avant de communier à la ferveur de ceux dont la motivation en faveur de la souveraineté vient de la langue et de la culture.«Ce n’est que petit à petit que j’ai appris à aimer le Québec pour ce qu’il est, écrit-il.Au fond, j’ai choisi un gouvernement avant de choisir un pays.» VOIR PAGE D 2: PARIZEAU C'est pas moi, je le jure! Malgré mon jeune âge, j'étais conscient qu'il y avait en i i i t ROBERT CHARTRAND ül | I ¦' ff mSm alors moi quelqu'un qui n'était, jamais malade, fatigué, commettait jamais le mal.Toutes jamais oui ne gægpig fBf enfance, c’est le moment de la découverte de la grande ^ W solitude.On s’en rend compte tout à coup, vers sept- I — “ huit ans, de façon très aiguë: on est seul dans la vie.» B B Bruno Hébert (qui vient de faire paraître son pre- HBHÉB mier roman, C’est pas moi, je le jure!, chez Boréal), lance volontiers de ces réflexions étonnantes, mais mine de rien, comme sur le mode de l’évidence.Et même si le livre n’a rien d’autobiographique, son personnage principal, le petit Léon, ce garçon de dix ans, fils de bourgeois, se pose lui aussi, comme son créateur, de grandes questions sur le sens de la vie avec un mélange semblable de candeur et de gravité.Le roman débute d’ailleurs sur une sorte de genèse fantaisiste.Léon — on le comprend — aimerait bien avoir d’autres parents que ce père qui se prend au sérieux et qui picole et cette mère exaspérée qui va quitter le foyer sans remords, le cœur léger.Derrière la façade de leur respectabilité, les adultes dissimulent des secrets honteux, le petit Si c'est pas toi, 1'amour toutes depuis minuscule mnnrip JACQUES GRENIER LE DEVOIR à bosse résidait dans cet être intérieur.C'était la demeure de la beauté, de la justice, la voix de la raison de mon effervescence spirituelle, la paix aussi, la paix qui surpasse toutes connaissances.Léon en est sûr.Et il va tenter de les découvrir: mystère fascinant des chambres de parents.N’y trouvant rien de compromettant, il va s’introduire chez des voisins partis en vacances et, à la faveur de ses fouilles, saccager leur maison.«Quand il entre chez eux par effraction, il est encore, au fond, dans sa propre famille.Il cherche à leur trouver des vices, mais il se rend compte qu’il n’y en a pas.Et puis, il essaie d’entretenir cette sensation excitante de la transgression.C’est là que la démence le guette, dans cette recherche de la culpabilité chez les autres.» Un peu vandale, un peu chapardeur, Léon n’est cependant pas un vrai délinquant; il cherche surtout à se situer dans l’existence, à se fabriquer une identité loin des repères décevants de ses proches.Et c’est avec la complicité de Clarence, une petite voisine, qu’il tentera d’y parvenir.Ils partiront tous les deux à l’aventure, vers cette rue de l’Anse, territoire un peu sauvage, moins policé que leur banlieue d’origine et où vivent des adultes bizarres, sympathiques parfois, en tout cas plus amusants que leurs parents.C’est, pour ce couple improvisé, l’équivalent de la forêt dans les contes pour enfants.Des enfants en fuite Bruno Hébert tenait à cette fuite de ses personnages.«Je ne voulais pas rester dans le contexte familial habituel, avec ses drames bien connus.Bien sûr, c’aurait été moins déroutant pour les lecteurs, mais je voulais me lancer dans le récit d’une vraie aventure, me risquer à inventer une fiction pure.» Cette Clarence — elle a, curieusement un prénom masculin —, que Léon avait d’abord pris plaisir à humilier, devient peu à peu sa compagne, son guide, sa complice; avec elle et grâce à elle, il connaît l’enfance rêveuse, libre, inquiète parfois, qu’il n’avait pas eue jusque-là «Oui, avec Clarence, il redevient un enfant; d’ailleurs, même si elle a son âge, elle est plus mûre que lui.Elle sait notamment mieux que lui ce qu’est la mort.» Interrogations sur la mort, quête d’une vérité dont sont incapables la plupart des adultes: Léon explore, rêve, s’enthousiasme en faisant des allusions fréquentes à la Bible, à Satan, au ciel et à l’enfer.«J’ai baigné dans un climat religieux pendant mon enfance, note Hébert Chez nous, on allait à la messe, tout ça.Et la religion imprégnait notre imaginaire, comme celui de Léon.» VOIR PAGE D 2: HÉBERT I J JEAN-PIERRE G U AV LES HERBES ROUGES/POÉSIE 1974-1985 i clll"0UN0M*nauis Les HERBES ROUGES/ POÉSIE CAROLE DAVID LES HERBES ROUGES/POESIE JtSH-Pj ’ILHRE Cîl'AY herbes rouges d'Afrique Un grand roman initiatique, un pas vers la sagesse.Alain Olivier Nuits d'Afrique XYZ éditeur 192 p.-19,95$ 1781.rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 Téléphone: S25.21.70 • Télécopieur: S2S.7S.37 XYZ éditeur 78 P-, 14,95$ HEBERT À la fois éloge et critique de la fuite DldlNO I Il IU Kl C’EST PAS MOI,'J£.LE JURE! SUITE I)E I.\ PAGE 1) 1 Le roman se situe dans les années 60.«Oui, tuais je tie suis pas sûr que les choses aient tant changé depuis.D'ailleurs, je ne vois pas pourquoi les rituels devraient disparaître, je veux dire ces gestes solennels, qu'on ne pose pas uniquement pour soi.Il peut s'agir d’aller à la messe, de bâtir une famille, ou encore d’écrire un livre.Four moi, c’est du même ordre.Et puis, on a conservé, malgré tout, un certain sens du sacré.On a beau être athée, on n’ira pas pisser sur un autel sans avoir de remords.» Léon, lui, va vivre avec Clarence, au fil de ses découvertes, une histoire d’amour de plus en plus pudique.Cette JEAN-PIERRE GUAY François, les framboises et moi Véritable témoignage, au jour le jour, d’une expérience intérieure qui n’a pas d’équivalent dans la littérature actuelle, Jean-Pierre Guay nous offre un nouveau cahier de son étonnant journal, premier moment d’une longue série de livres à paraître.„ 142 P., 14,95$ Porteur d’os suivi de Ô l’homme! et de Autres poèmes 1974-1985 Une indiscutable écriture apparaît pour rattraper le retard que nous avons pris sur notre parole la plus essentielle.Extrait de la postface de François Charron Coll.«Enthousiasme».220 P-, 16,95$ LES HERBES ROUGES/JOURNAL ET POESIE ROLAND MARQUIS Le Miroir des espèces Souvenirs d’avant le déluge.Dialogues dans le ventre maternel.Ascendances imprévisibles.CAROLE DAVID Abandons Prix de poésie Terrasses Saint-Sulpice de la revue estuaire 1996 80 P-, 12,95$ Un livre qui touche en raison d’une écriture qui fuit la banalité et en raison surtout de sa justesse émotive._ ._ Gilles Toupin, La Presse LES HERBES ROUGES / POESIE fillette qui aurait pu notre qu'une esclave sexuelle devient ixni à jxni une compagne qu’il tente, par les inventions de son imagination, de protéger contre la cruauté de la vie.Cette évolution, curieusement, parait exemplaire de celle de bien des couples, selon Bruno Hébert: «Ils ont une relation d'adultes dans un univers d’enfants.Je pense que les hommes, dans leurs premiers contacts avec les femmes, ont besoin de savoir que tout leur est permis, au plan sexuel; ils veulent manipuler, et les femmes veulent être manipulées.Fuis, peu à peu, la sexualité se banalise, et c'est là qu'elle prend son intensité, sa vraie force.» Léon, lui, serait-il pudibond?Quoi qu’il en soit, dans C’est pas moi, je le jure!, la sexualité paraît malaisée, sinon effrayante.Un jour, Léon et Clarence trouveront une photo porno qui révoltera Léon: on y voit une séance de bestialité avec, en arrière-plan, le désert et un avion en panne.Et voilà Le Petit Prince, de Saint-Exupéry, devenu sordide! «J’ai voulu indiquer par là que, selon moi, le Petit Prince est un menteur et un lâche.Quand il est mordu par le serpent, il disparaît; c'est une sorte de suicide, qui est, au fond, sa manière à lui de partir en voyage.Or, je sids en révolte contre ça, contre ces gens qui veulent fuir dans un autre monde, par la transcendance ou autrement.C'est très répandu, je trouve, aujourd’hui.J’en ai vu moi-même, dans des sectes aux États-Unis: ils étaient fascinés par ce qu’ils appelaient le stargate.» Léon lui-même, le pauvre, continuera de fuir, jusqu’à la fin.Roman fantaisiste où les jeunes personnages se posent des questions de grands en y cherchant des réponses de tout-petits, à la fois éloge et critique de la fuite, C’est pas moi, je le jure! est un récit déroutant, dans tous les sens du terme.Quant à Bruno Hébert, il est tout à fait disposé à reprendre à son compte le titre du roman.Léon, son personnage, ce n’est pas lui.Bien sûr, on n’a pas manqué, dans certains médias, d’avancer l’hypothèse de l’autobiographie.L’occasion était presque trop belle: non seulement s’agissait-il d’un premier roman, mais Bruno Hébert, on le sait, est le fils de Jacques Hébert, l’éditeur bien connu qui est devenu sénateur.Ces tentatives de voir dans C’est pas moi, je le jure! un roman à clés l’ont-elles agacé?«Non, pas vraiment.Oh, bien sûr, à la longue, ça me dérange bien un peu.Mais si on veut inviter papa et fiston à bavarder en public, moi, je veux bien.Si ça peut amuser les gens.Ceci dit, j’aime beaucoup ma famille et mes parents n’ont rien à voir avec ceux de Léon.» Et de conclure, en inclinant sa tête d’adolescent un peu fatigué: «Finalement, ce qui compte pour moi, c’est ce livre que j’ai écrit.Je sais qu’il y des faiblesses dedans, je les connais, même si ça n’est pas bien de l’avouer.Mais je pense aussi que c’est un roman valable.Ça n’est pas une merde, quoi.Voilà ce qui compte.» Ce qui compte également, c’est la suite.Léon sera-t-il du prochain livre?«Oui, on va le retrouver dans mon prochain roman, où il sera question du monde de l’éducation des années 60, où se mêlaient joyeusement la vieille mentalité autoritaire et les folies libertaires.» De belles fuites en perspective.C’EST PAS MOI, JE LE JURE! Bruno Hébert Boréal, Montréal, 1997,198 pages Une œuvre oubliée Pour découvrir une voix authentique dans Vhistoire de la poésie québécoise PORTEUR D’OS Suivi de ô l'homme! et Autres poèmes.Jean-Pierre Cîuay Ijcs Herbes rouges, Collection «Enthousiasme» Montréal, 1997,220 pages DAVID CANTIN Connaissez-vous l'œuvre poétique (je Jean-Pierre Guay?Ces deux recueils parus aux Editions Cham-belland en France, au milieu des années 70, forment pourtant un diptyque des plus révélateurs.Pourquoi ces poèmes d’une richesse spirituelle indéniable ne figurent-ils dans aucun repaire anthologique québécois?A-t-én choisi délibérément de mettre de côté ces livres qui évitent le piège, parfois embarrassant, des modes et des tendances littéraires du jour?Toutes ces questions émergent alors que paraît une rétrospective (de 1974 à 1985) de la poésie de Jean-Pierre Guay aux Herbes rouges.Un tel volume, qui compte plus de 200 pages, permet ainsi de renouer ou de découvrir une voue authentique dans l’histoire de la poésie québécoise.Une cohésion exemplaire anime cet ensemble divisé à partir de ses trois grands volets.En premier lieu, Porteur d'os convoque l’origine d’un éveil au monde par l’entremise des sensations.L’espace crée une source enivrante où l'on découvre que l’émerveillement est l’une dçs fondations premières de la connaissance intérieure.A travers ces pages, on constate le profond besoin d’atteindre une forme de vérité qui surgit de cette rencontre entre le rationnel et l’irrationnel.Loin d’un réalisme réducteur, ces poèmes reflètent le passage d’émotions aussi inexplicables qu'inattendues.«Sur le thème du plus difficile oubli, j’évacue l’heure de mes veines.Ce qu’il me reste à faire, je l'ignore.Mon corps est une sculpture pleine de découvertes.Je souris, en ce moment.Ce brouillard est bien fait pour que mon insouciance n'aille pas aveugler qui que ce soit.Je refais l’Histoire.Après avoir plongé dans le lac, je, rampe dans le sable, en prenant appui sur un bois mort, je me lève.Je cherche un horizon sous ma main.Dans mes veines, le matin prend la voix d’un fantôme.» Ouvertes l’une sur l’autre, ces proses poétiques assez brèves annoncent une écriture à la recherche de clarté et de transparence.Elles témoignent d’un dépouillement formel qui ne renonce jamais à la réflexion que suscitent les forces de la nature, rejoignant cette unité cosmique contenue dans l’homme.PARIZEAU «Ni xénophobe, ni raciste» SUITE DE LA PAGE D 1 Mais au moment où s’ouvre un autre chapitre dans l’histoire du mouvement souverainiste, M.Parizeau estime que ce nouveau chapitre sera caractérisé «par une clarification de l’identité québécoise».Les questions économiques sont derrière nous.L’évolution du commerce mondial met le Québec à l’abri de l’isolement économique, croit-il.Le partenariat est une «formule souple pour définir le genre de rapports avec le Canada anglais».Les fondements juridiques de la souveraineté sont solides, selon lui.La question de l’identité Mais la question de l’identité reste à explorer davantage.«Il faudra bien un jour s’entendre sur ce qu ’on est! Et il ne faudra pas faire dans la dentelle», dit-il.Certes «est Québécois qui veut PAT RICK MODIANO DORA BRUDER Patrick Modiano enquête sur une jeune fille disparue en 1941.Et il réussit un grand livre, bouleversant de nudité».Marc Lambron, Le Point -Jamais il n'a autant quid, mieux quid, parlé de sa jeunesse, de ses propres fugues, de ses révoltes, de ses lectures, de sa mère et surtout de ce père, mort en 1978, dont la figure tutélaire et ambiguë pèse sur la plupart de ses livres.» Jérôme Garcin, Le Nouvel observateur Dora H ruder est [.] la quintessence de la manière Modiano.On y retrouve en effet tout ce qui constitue son univers, retour sur le passé historique.récit mené comme une enquête, travail sur la mémoire, souvenirs autobiographiques, douleur blanche de l’écriture.» Antoine de Gaudemar.Libération l’être» et «les Québécois sont d’origines diverses».Mais «la langue du Québec est le français.Sa culture est d’expression française».Ce n’est ni la race, ni la couleur qui définissent les Québécois, «c’est la langue».En partant de ce postulat, Parizeau en vient à remettre en question des engagements qu’avaient été pris en faveur de la minorité de langue anglaise, «la minorité la plus geignarde du monde occidental».«Leurs droits seront maintenus», écrit-il.Mais en suggérant de «s’aligner un peu plus sur ce que le Canada entend faire à l’égard des francophones hors Québec».Parizeau a inclus dans le livre le discours qu’il avait prononcé, au Palais des congrès, le soir de la défaite, invoquant comme causes de ce revers «l’argent et des votes ethniques».Une allocution prononcée au Upper Canada College, à Toronto, le 18 février dernier, est reproduit dans le recueil et donne une idée encore plus claire de la vision pariziste d’un Québec souverain.«Je crois que tôt ou tard le Québec deviendra un pays.Que ce pays sera aussi francophone que l’Ontario est anglophone.» La langue, répète-t-il, est le facteur prépondérant de l’appui à la souveraineté.C’est ainsi qu’il ne sert plus à rien de chercher à convaincre les autres.Parizeau prend soin de souligner qu'un peuple qui sait qui il est ne remet nullement en cause les principes de l’égalité des droits de chacun dés citoyens.«Ni xénophobe, ni raciste», écrit-il.«Un Québec rassembleur et tolérant».«Préserver les richesses culturelles et la diversité des origines».Le Québec respectera ses minorités.Il reste que ce virage que propose M.Parizeau au mouvement souverainiste soulève évidemment de sérieuses questions.Déjà, Lucien Bouchard l’a désavoué.Et puisqu’il s’agit d’un sujet délicat, il aurait été hautement préférable que l’ancien premier ministre y consacre, dans sa conclusion, plus que quelques phrases.Ne serait-ce que pour éviter que l’on donne à ses mots un sens qu’ils n’auraient pas.hi part d’un cloute Dans le cycle suiviuit, ô l'homme! moi en relief la part du doute que génère le regard, plutôt ironique, de celui qui affronte sa propre présence au monde.Face à la déroutante solitude créatrice, Jean-Pierre Guay répond par des clins d’œil lucides et énigmatiques, où l’on découvre une voix à la recherche de son vertige silencieux.Imprégné par la vie immédiate, le corps humain devient cette source fusionnant les impulsions primaires; u,n geste pour qu’advienne cette fragile sérénité de l’âme.A travers son besoin d'un «lent réveil» à l’existence, on découvre un véritable plaisir dans ce dialogue que le poète entame avec lui-même, pour ainsi surprendre le mystère de sa liberté individuelle: «En descendant la côte, je vois le fleuve avec ses petites vagues noires et argentées.Je voudrais marcher sur ce tapis d'eau, de là je lancerais des appels dans la nuit comme débute souvent la prière de ceux qui sont fatigués.Je ralentis mon pas.Si j'étais en train d’écrire à la fenêtre de l'une de ces maisons éparses sur le flanc de la montagne, j’éteindrais la lampe et là, plutôt que de crier, je parlerais bas comme des enfants qui se confient un secret.Comme un désert le fleuve, au bout de la route, a séduit mon âme.» Dans l’alternance du vers libre et de la prose, ô l’homme! marque ainsi le prolongement éthique de Porteur d’os grâce à une parole amoureuse qui interroge ce lieu fascinant qui sépare le passé de l’avenir.Dans la troisième partie, on retrouve plusieurs suites extraites de différentes revues québécoises et françaises où le ton devient, de plus en plus, apte à la polémique.Le poème en arrive même à remettre en question son but ultime ainsi que les limites du genre.On devine alors toute l’organisation du Journal (une œuvre vaste et complexe que l’auteur poursuit désormais aux Herbes rouges) qui émerge au cours de la dernière moitié des années 80.Il y a surtout une grande polyvalence dans ces dernières pages où l’on reconnaît la symbiose d’un lyrisme à travers ses jeux les plus subtils.Parfois, le poème retourne même à son chant précis et discret pour mieux mesurer son art poétique: «À la longueur des saisons parfois/ se mesure le travail de celui qui ne.craint pas d’apprendre/ qu’il est né d'un monde qui existait avant qu’il n'y vienne/ Et le livre/ comme un poème inspiré parles alentours/ dans ce cheminement interfère selon que les mots/ servent ou ne servent pas à maintenir l’avenir.» En guise de postface, François Charron signe un texte magnifique sur la quête assidue que mène ce poète, se laissant guider par ses propres intuitions d’écrivain.Ainsi, tout cela me laisse croire que la publication de cette rétrospective de Jean-Pierre Guay est l’occasion d’un véritable événement littéraire au Québec. Récits insolite* d’urj singulier voyageur ^ Henriette Walter L'AVENTURE chocola ont La littérature québécoise Liberté de pensée LE BOUQUINISTE PIERRE CHAPUS Livres anciens et d'occasion Gravures Philo ~ Littérature' ~ Histoire Arts ~ Canadiana Les choix d'un libraire \ ¦ Achat et Vente 2065, SAINT-DENIS MONTRÉAL 842-9204 20 Ju l ie S e rgen t ?ESSAIS QUÉBÉCOIS Un tribun sans tribune En mots, l’homme d’une cause: la dignité des travailleurs MICHEL CHARTRAND , Les dires d’un homme de parole Édition préparée par Fernand Foisy Lanctôt éditeur Montréal, 1997,350 pages ROBERT SALETTI La figure de Michel Chartrand est celle qui au Québec se rapproche sans doute le plus du militant honnête et droit, qui dit les choses telles qu’elles sont, sans détour et sans fard, de langage ou autre.C’est aussi celle d’un orateur hors du commun, remarquable de présence et de charisme.Michel Chartrand incarne à lui seul toute une tradition syndicaliste et socialiste.L’idée au départ était celle d’une biographie.Michel Chartrand a refusé.L’idée est devenue celle d’une an- thologie.Fernand Foisy, qui fut son compagnon de route syndical, a donc constitué un recueil d’extraits de textes et de discours classés alphabétiquement par sujets et regroupés sous sept thèmes généraux comme l’économie et le travail, la politique, la société ou le syndicalisme.Le résultat, décevant, porte le titre de Michel Chartrand, les dires d’un homme de parole.L’explication de cette déception est sans doute multiple.Certes, au premier niveau, il y a le fait que le passage d’un discours oral à l’écrit pose toujours problème.Un tribun, c’est aussi un corps en spectacle, c’est un accent, une mimique, un geste, et cet aspect proprement corporel, visuel, de l’ordre des sens, est presque complètement perdu dans la transcription écrite d’un discours.C’est particuliè- rement évident dans le cas de Michel Chartrand dont les sacres légendaires ont été laissés de côté.Par ailleurs, la difficulté de la transcription d’un discours oral à l’écrit est accentuée dans le cas présent par le fait qu'il s’agit d’un discours très ancré dans une certaine actualité politique sans le contexte de laquelle les cibles visées par Michel Chartrand deviennent vite floues et l’attitude polémique perd une partie de sa saveur.Et, pour le dire tout net, la pensée de M.Chartrand — il est le premier à le reconnaître — ne se distingue pas par sa subtilité ou sa finesse.Il fut l’homme d’une cause, la dignité des travailleurs.Aussi juste et fondamentale puisse-t-elle paraître, elle ne peut se suffire à elle-même.A moins d’en faire un sujet transcendant.Ou un grand récit mythique.NOUVEAUTÉS TYPO II ESSAIS dans une galère Un des grands romans écrits au Québec depuis ans Laurent Mailhot La littérature québécoise 464 p.16,95 S Cet ouvrage de référence unique aborde les principales oeuvres de la littérature québécoise, les met en • perspective, les situe dans leur contexte culturel et historique.sérieux —, ces premières pages drôles, sorte d’évasion rêvée pour un protagoniste en fuite, cèdent toutefois la place a des souvenirs du chemin qu'Onyx a parcouru pour en arriver là, avec tous les cadavres dans le placard qui se révèlent au fil des chapitres.Née d’une mère férue de rodéo et d’un père à la fois pasteur et alchimiste à la recherche de la pierre philosophale, Onyx naît d’une famille dont tous les membres ont des noms de pierres précieuses: maman Diamantine, les sœurs Opale et Olivine, etc.Vu que le père a une fâcheuse tendance à faire exploser les églises et presbytères ou à apeurer les petites communautés de Saskatchewan et d’Ontario, il finit par se retrouver pasteur à Montréal, dans le quartier Parc-Extension, où ses passe-temps quelque peu singuliers passent un peu plus inaperçus.Tombant dans toutes sortes de magouilles, devenant trafiquant de pierres précieuses, s'acoquinant à des gangsters, poussé finalement à devenir délateur, Onyx John Cameron accumule les cicatrices et les ruptures, le désordre envahissant de plus en plus sa vie personnelle et «professionnelle».Sa relation avec le mafieux Zoltan Tinodi va du meilleur au pire, l’appât du gain et les recherches alchimiques paternelles produisant ici une combinaison explosive.Au delà de ce résumé de l’action, Onyx John est un roman difficile à cerner, une œuvre dont la vie, comme la vraie, glisse entre les doigts et défie les définitions simples et les équations trop précises.Ses personnages y mélangent allègrement la vérité et le mensonge, ils portent des masques et racontent toutes sortes d’histoires dont on ne démêle qu’avec peine l’écheveau de fiction et de réalité.C’est cette vibration entre le vrai et le faux ou, plus justement, l’essence de vérité qui se dégage de sa fiction qui fait d’Onyx John et des autres livres de Trevor Ferguson une œuvre si juste et essentielle.Olivar Asselin Liberté de pensée 160 p.12,95 S La lecture d’Asselin, polémiste parmi les plus célèbres de notre littérature, est un hommage à l'esprit et à l'humour, deux objets de luxe.Un roman qui est tout sauf un premier roman compagnie de la mère, et douze de ses copines: toutes rescapées du massacre des Indiens Kolinagos de San Cristoforo (Saint Kitts) perpétré par les Anglais et les Français en 1626.Impossible de rapporter ici ne serait-ce qu’une fraction des épisodes merveilleux et burlesques, des manigances, de tous les drames et toutes les têtes tranchées.Impossible de présenter les innombrables personnages, réels ou inventés, qui traversent les récits et dont on parvient, non sans tout de même une certaine concentration, à suivre la trace (des trois rois mages jusqu’aux Buendia de Macondo, en passant par Jeanne la Papesse: le carrousel du temps est bien bondé).À notre avantage, si la masse de renseignements historiques et géographiques est assez importante pour déborder en notes de bas de pages, Cristoforo est teinté d’une folie qui épargne au lecteur le ras-le-bol didactique.On hésite à le répéter, tant sont nombreux les écrivains influencés par Réjean Du-charme; et pourtant, ici, avec la présence de Bérénice (la chatte), un chameau (bientôt mort) et même Constance Chlore qui vient faire son petit tour, impossible de ne pas relever à tout le moins l’hommage au père de L’Avalée des avalés.Willie Thomas en met plein la vue avec ce roman qui est tout sauf un premier roman.Une ambitieuse saga menée avec une plume passionnée et magnifique, sans souci de convenances ni le moindre larmoiement.Un témoignage de quelques-unes des grandes trahisons et injustices de l’Histoire, et son armada de coupables: régents, parents, enfants, amoureux, religieux, colonisateurs et colonisés, toutes les horreurs qui sont dans la nature.ONYX JOHN Trevor Ferguson Traduction de Ivan Steenhout La Pleine Lune, Lachine, 1997,432 pages RÉMY CHAREST Si on prend le temps de souligner ici la réédition du roman Onyx John de Trevor Ferguson, c’est qu’il s’agit d’un des plus grands romans écrits au Québec au cours des vingt dernières années et qu’on n’en parlera jamais assez.Faisant partie de la race rare mais tenace des écrivains anglo-québécois, Ferguson est un maître incontesté du roman d’aventures, un conteur qu’aucun écrivain franco-québécois ne réussit à égaler de ce côté et qui se compare sur ce plan aux plus grands de ce monde.Et je pèse mes mots.Romans d’aventure, les livres de Ferguson ne sont pas pour autant limités au divertissement.Parfois troublants, souvent touchants, chargés d’un profond sens de la comédie humaine, ils ont aussi leur part de déchirement et de douleur.On l’a comparé parfois à Irving, mais l’auteur de La Vie aventureuse d’un drôle de moineau, paru l’année dernière, également chez La Pleine Lune, va plus loin vers l’extrême, dans le drôle comme dans le dur.Le rire peut y être libre et spontané, mais il est souvent porteur d’une certaine mélancolie, de forts grincements existentiels.A preuve, le début d'Onyx John, qui nous montre le héros vivant des moments animés et excitants sur la côte du Maine, en compagnie d'une maîtresse ultra sexy, portant le nom assez singulier d’Oréo.Parsemées de scènes d’un érotisme assez accompli — qui a le mérite de ne pas trop se prendre au CRISTOFORO Récits insolites d’un singulier voyageur Willie Thomas XYZ, Montréal, 1997,235 pages La nature aime bien frayer avec la cruauté.Le narrateur de Cristoforo, premier roman signé Willie Thomas, le sait particulièrement bien, lui qui est né cul-de-jatte et vit perché au faîte des épaules de son serviteur.D’où il se tient, l’étrange petit personnage regarde Paris, La Rochelle, l’Acadie, berceau du premier établissement français en Amérique du Nord, et écrit les déboires des siens, personnages historiques et fictifs emmêlés, entre la fin du XVI'' siècle et le milieu du suivant.L’écriture de Cristoforo est irrésistible, qui semble aimer autant les volutes de la poésie que les lames de l’essai, qui flirte avec le même enthousiasme avec l’histoire inventée et l’histoire crue.L’auteur, nous apprend-on en couverture quatrième, est petit-fils d’Irlandais, descendant d’une vieille famille acadienne, et vient de Cabano, dans le Bas-du-Fleuve.Âgé de 42 ans, il a travaillé comme journaliste pour des revues professionnelles, avant d’être agent de diffusion pour le Regroupement des artistes en arts visuels.On ne sera peut-être pas surpris d’apprendre que Willie Thomas est un nom fabriqué: pseudonyme conçu par l’auteur en hommage à ses deux grands-pères, Willie Plour-de et Thomas Landry, dont les prénoms, dit-il, évoquent la volonté (de l’anglais will) et le scepticisme (de saint Thomas, le sceptique) qui habitent le personnage principal de son roman.D’où qu’il vienne, l’univers de ce nouveau roman-cier-là est assurément une belle machine à raconter le monde et fabriquer des histoires.Une machine qui happe le lecteur tout cru.Le Louvre en 1617 Nous voilà tout de go transporté au Louvre, en 1617, dans les appartements de Louis XIII, fils de Marie de Médicis, laquelle, depuis la mort de son époux Henri IV, s’est approprié le pouvoir et tient injustement son jeune fils dans l’ombre.Ce jour-là, alors que s’ouvre le roman, le roi prend définitivement les commandes et attire le premier acolyte de sa mère, Concino Concini, dans un guet-apens qui coûtera la vie à l’Italien, avant de condamner à mort la compagne de celui-là, troisième membre du trio détesté, Eleonora Galigaï.Par quel coup retors de l’Histoire le cul-de-jatte est-il témoin, avec sa grand-mère, de la boucherie, harnaché aux épaules de son fidèle porteur, un lépreux en rémission qui lui sert de jambes depuis toujours?Voilà une première savoureuse invention que le narrateur s’ingéniera avec succès, tel Marco Polo imbriquant des légendes dans ses récits de voyage, à mouler à la réalité.Dans un des nombreux retours en arrière qui fondent Cristoforo, on apprendra du nabot qu’il est né à Saint-Jean-de-Luz en 1589, du corps à corps amoureux d’une femme volage et d’un baron, Jean de Biencourt, premier seigneur de Port-Royal.Abandonné par l’un et l’autre de ses géniteurs, l’enfant aura été recueilli par sa grand-mère paternelle, Jeanne de Salazar, femme elle-même très particulière à qui le cul-de-jatte doit d’être affublé, comme si son état ne lui promettait pas déjà assez de peine, du nom d’Anastase de Saint-Just.«Anas-tase.Un mot grec qui veut dire «tiens-toi debout» ou «celui qui se tient debout».Pour quelqu’un qui est privé de jambes, voilà un prénom peu commun», admet le principal intéressé.Madame de Salazar, que les infidélités et les empoignades conjugales de son fils exaspèrent, lui aura aussi subtilisé, sept mois après la naissance d’Anastase, un autre enfant («l’enfant de la haine»), légitime et beau comme un Dieu celui-là, courageux et farouche garçon promis à de grandes choses, Patrie de Biencourt.Il est là, également, parmi les sympathisants de Louis le Juste mandés comme témoins de la conspiration: sale affaire de famille qui n’ébranle pas les deux frères, alors âgés de 28 ans, qui en ont apparemment vu d’autres.Et qui en verront.Grâce à Patrie, que ses velléités de navigateur ont déjà mené jusqu’à Port-Royal, en Acadie (sur une galère nommée L’Odyssée avec, pour compagnon, un certain Ulysse!), Anastase s’occupera bientôt d’affaires de traite.Encore quelques années, et il accostera à son tour chez les Abé-naquis du Nouveau Monde, étrange créature qu’accompagne une tribu pour le moins hétéroclite.Et vogue la galère ! Voyez la galère.D’abord le cul-de-jatte et son porteur eunuque, Judah Maca-bé, qu’Anastase dirige avec d’inconvenantes manières de chevalier, le frappant violemment à la tête pour qu’il avance ou lui tirant les oreilles pour qu’il s’arrête.Puis le frère de l’autre, Balthazar Macabé, accompagnant un Bienheureux épileptique et son chameau (!).La chatte Bérénice, qui tombera bientôt entre les griffes du premier chat sauvage venu, Titus Kastra, mamours qui vaudront au chaton adoré la foudre de son maître.Puis la «mécréante de mère» d’Anastase, revenue dans sa vie à l’appel d’un puissant et imprévisible (honteux, il va de soi) désir de fusion.Enfin la dame de Voici que des •comiques» ont allègrement accepté d’amuser des lecteurs.Ils sont onze - mais on dénombrera douze auteurs! - à raconter des histoires aux multiples tonalités, du plaisant à l’angoissé, en passant par le nostalgique et le satirique.4 LANCTOT EDITEUR Pierre Légaré Luc Déry et Yves Lapierre Marielle LéveiUé Quy a.Lepage Serge Grenier Pierre-Michel Tremblay Judith TaiUefer François Avard Zoomba Yves Pelletier Dominique Lévesque DES MOTS F RANÇ AIS Hiibin tohu-nohu venus d’ailleurs A\ I 2 1 E T I» I M A N (' Il E 2 5 M Al I !t !l 7 V R E S ESSAIS QUÉBÉCOIS Toutte est dans toutte L’EFFET NINTENDO Jean-Claude Dussault L’Hexagone Montréal, 1997,89 pages Internet rapproche-t-il ou divi-se-t-il les gens et les peuples?Répondre correctement à cette question, ce serait faire un grand pas sur la voie de la sagesse.On peut prétendre que l’informatique est avant tout un outil technologique, puissant et sophistiqué certes, mais un outil tout de même, c’est-à-dire un autre moyen pour la société capitaliste d’aliéner les individus et de déréaliser la vie et les rapports humains; que l’informatique, même en mettant en contact interactif, pratiquement en temps réel, des gens disséminés aux quatre coins ?de la planète, perpétue une société de classes, reste un instrument de division, ne fait que créer des non-initiés et d’autres pauvres (l’Afrique, en ce domaine comme en mille autres, semble honnie des dieux).Mais on peut aussi extrapoler et croire que l’émergence d’une civilisation numérisée s’accompagne de conséquences importantes sur le plan des modes de vie et du rapport à la culture, qu’internet est moins une trouvaille technologique qu’un concept.C’est d’ailleurs ce que soutient Jean-Claude Gué-don dans La Planète Cyber, son ouvrage d’introduction au cyberespace publié l’an dernier.Pour l’historien des sciences et professeur de littérature comparée à l’Université de Montréal, la civilisation numérisée propose une nouvelle organisation sociale, extraordinairement décentralisée, avec un potentiel de diffusion des idées aussi révolutionnaire que l’imprimerie à la Renaissance.Virtualité fondamentale de l’être Dans L'Effet Nintendo, Jean-Claude Dussault cherche sa voie entre ces deux pôles, négatif et positif.Il reconnaît que l’informatique a changé le monde mais s’inquiète des conséquences de ce changement sur notre rapport à la réalité, notre identité personnelle, la conscience de qui nous sommes.Ex-journaliste à La Presse, où il a supervisé pendant presque vingt ans le domaine des arts et spectacles, M.Dussault peut aussi être considéré comme un des «propagateurs» de la pensée orientale, notamment hindoue, au Québec (Essai sur l’hindouisme, Le Corps vêtu de mots, Le I Robe r t Sa Ie 11 i Au plan spirituel, toute réalité est virtuelle Ching, Journal de Chine et L’Inde vivante en sont les indices).Sachant cela, le lecteur de L'Effet Nintendo ne se surprendra pas de constater que la réflexion sur la société numérisée débouche ici sur des considérations spirituelles.L’auteur nous prévient d’entrée de jeu.Il ne s’agit pas — malgré le titre — d’un traité sur les nouvelles techniques de jeu vidéo mais bien d’une «enquête métaphysique sur la réalité virtuelle».Reprenant la définition de Howard Rhein-gold, Jean-Claude Dussault donne à la réalité virtuelle le sens d’un «effet de réalité produit par des moyens artificiels de l'ordre de la simulation».Mais soyons précis, cet effet, cette simulation, équivaut à la production d’une réalité nouvelle, instantanée, accessible à nos sens à partir de modèles logico-mathématiques très avancés, non à une autre «représentation» d’une réalité déjà connue.Avancer que nous sommes entrés dans un nouveau paradigme, que la nature de la pensée est en train de changer n’apparaît aujourd’hui ni faux, ni fou.Les quantas de la microphysique et les trous noirs de l’astrophysique en sont les preuves scientifiques contemporaines.La récente victoire du super or-dinateur Deep Blue contre Kasparov, le cham-pion du monde des échecs, en serait la confirmation finale.La notion de matière, cérébrale ou autre, apparaît plus relative que jamais.Maté par l’intelligence artificielle, l’homme n’a cependant pas dit son dernier mot, et ce qui ressemble à une défaite sur le plan intellectuel peut devenir l’occasion d’un ressourcement spirituel.Un ressourcement d’autant plus nécessaire que plusieurs aspects de la société actuelle laissent croire que nous avons perdu contact avec notre être fondamental.Selon M.Dussault, qui ne fait pas toujours dans le détail, témoigneraient de cette schizophrénie généralisée «la suprême instabilité du monde politique, l’évanescence des cultures et des traditions, la confusion des rôles sociaux, l’usage très répandu des hallucinogènes et l’accroissement de la délinquance chez les jeunes».Mais l’emprise de la technologie informatique sur nos vies a pour effet de simuler et stimuler les potentialités de l’esprit humain.Tous ces jeux de rôle, toutes ces images de synthèse, tout cet espace arachnéen de communication créé par le Web changent la nature de la réalité et renouvellent la nécessité (SMI® DISQUES COMPACTS, LIVRES, CASSETTES, DISQUES, BD 3694 St-Denis, Montréal Choix et Qualité 713 Mont-Royal Est, Mtl Métro Sherbrooke 849-1913 Métro Mont-Royal 5236389 wm w&am Université de Montréal Programmes interdisciplinaires aux cycles supérieurs (Ph.D., M.Sc., M.A., D.E.S.S.) Vous vous intéressez aux grandes questions de l'heure?Vous désirez élargir vos horizons, intégrer des connaissances issues de plusieurs champs disciplinaires et relever les défis de demain?Nous vous offrons : • LE DOCTORAT EN SCIENCES HUMAINES APPLIQUÉES (514) 343-7165.delislp@magellan.umontreal.ca • LA MAÎTRISE ET LE DOCTORAT EN BIOLOGIE MOLÉCULAIRE (514) 343-7062, schepper@ere.umontreal.ca • LA MAÎTRISE EN MUSÉOLOGIE (en collaboration avec l’UQAM) (514) 343-7351, delislp@magellan.umontreal.ca Les diplômes d’études supérieures spécialisées (Diplômes de 2e cycle de 30 crédits) • D.E.S.S.EN ADMINISTRATION SOCIALE (514) 343-6605, belangh@daa.umontreal.ca • D.E.S.S.EN BIOÉTHIQUE (514) 343-5848.schepper@ere.umontreal.ca • D.E.S.S.EN ENVIRONNEMENT ET PRÉVENTION (514) 343-2280, dessurem@magnellan.umontreal.ca • D.E.S.S.EN ERGONOMIE (514) 340-4566, jmrobert@mailsrv.polymtl.ca • D.E.S.S.EN SANTÉ ET SÉCURITÉ DU TRAVAIL (514) 343-7805, durandpi@ere.umontreal.ca • D.E.S.S.EN TOXICOLOGIE ET ANALYSE DU RISQUE (514) 343-2280, dessurem@magnellan.umontreal.ca Exceptionnement, il est encore possible de présenter une demande d’admission pour l’automne 1997, informez-vous ! Faculté des études supérieures, secteur de l’admission Université de Montréal, C.P.6128.succursale Centre-ville Montréal QC H3C 3J7, Tél.: (514) 343-6426 _ pour l’homme de traverser les apparences, des apparences toujours plus nombreuses, complexes et «vraies», En un mot comme en bits, nous sommes tous fondamentalement, substantiellement, des êtres virtuels dans le monde.L'hindouisme représente la réponse spirituelle aux découvertes du monde cybernétique, selon M.Dussault.La plus grande part des chapitres deux à cinq de L'Effet Nintendo est en effet consacrée à mettre en parallèle le branle-bas informatique que nous vivons et les enseignements de la tradition hindoue.Dans cette perspective, chaque être devient un hologramme de la totalité (titre du second chapitre) et, au total, nous sommes tous lumineux et multiples (titre du troisième chapitre).Toutte est dans toutte, pourrions-nous ajouter dans le vocabulaire réfléchi de Luoar Raoul Duguay Yaugud.Difficulté de branchement Ce qui rend un peu malaisée la lecture de L’Effet Nintendo, c’est le statut ambigu que prête M.Dussault à la révolution informatique.L’ordinateur constituerait dans un même souffle l’ultime étape d’un long processus d’enfermement de l’individu sur lui-même et une occasion inespérée pour ce même individu de renouer sur le plan spirituel avec toutes les virtualités de son être véritable, et pour notre civilisation de sortir du chaos dans lequel elle est plongée tous les jours davantage, aux dires de plusieurs.Mais ce chaos présumé n’est-il pas lui-même un effet de la planète Nintendo?Qu’est-ce qui permet, en effet, d’affirmer que «l’on n’a jamais autant vu de déchirements, d’affrontements guerriers et de tueries barbares à plusieurs points du globe simultanément», sinon en partie les mêmes moyens cybernétiques qui, dans le parallèle esquissé avec l’hindouisme par Jean-Claude Dussault, ouvrent au virtuel des horizons insoupçonnés?Cela dit, l’objectif de l’auteur est clair: montrer que la civilisation informatisée, si elle peut nous aveugler et nous insensibiliser, contient aussi les germes d’un éveil à la conscience.Car au plan spirituel, toute réalité est virtuelle.Plus encore, la virtualité est le sens même de la spiritualité.Le regretté Fernand Dumont ne prétendait pas à autre chose dans La Foi partagée, sa dernière œuvre, quand il disait qu’il n’y a pas de conscience sans rapport à la transcendance.K S S A I S OLITIQ U E S Lévesque, franc-tireur et funambule Une œuvre aussi fascinante que le personnage dont elle témoigne RENÉ LÉVESQUE, HÉROS MALGRÉ LUI Tome deux 1960-1976 Pierre Godin Boréal, Montréal, 1997,736 pages GILLES LESAGE U enë Lévesque s'attire les Jlatte-" IV ries les plus hyperboliques comme les condamnations les plus sévères.Adulateurs et contempteurs s'entendent sur un point: il n'est pas un politicien comme les autres.Ceux qui l’idolâtrent voient en lui l’incarnation du grand démocrate, alors que ses critiques ont du mal à accepter le rebelle hyperactif qu’il affectionne être.» Ce début du chapitre XXII intitulé «Le grand agitateur» — l’un des 53 que compte cette brique monumentale — illustre bien le style et la méthode que Pierre Godin raffine à merveille, d’une œuvre à l’autre.C’est le style vif, alerte, chaleureux du journaliste qui sait habilement découper en tranches digestes des bribes de vie, dense et touffue, à travers lesquelles le lecteur pressé aurait autrement peine à se retrouver.Sa méthode, c’est celle du témoignage, des personnes et des faits, qui s’additionne et se multiplie jusqu’à former une fresque saisissante.Et convaincante.Au point d’en redemander, même après 700 pages! L’auteur a publié en 1994 la première partie, presque aussi volumineuse que ceîle-ci — Un enfant du siècle — qui nous faisait connaître l’illustre fils de New Carlisle, de sa naissance en 1922 jusqu’à son entrée fracassante en politique, en 1960.Mais il a fallu attendre trois ans pour la suite, vivement attendue, qui décortique René Lévesque avec ferveur et rigueur, tour à tour comme ministre vedette de Jean Lesage, malheureux député de Laurier qui se pousse et est poussé hors du giron libéral, fondateur du MSA et du PQ.Les derniers mots — (à suivre) — le laissent au début de la campagne électorale de 1976.Le troisième tome est censé suivre dans un an.Espérons qu’il en soit ainsi.Une œuvre fascinante Car l’œuvre est aussi fascinante que ce «héros malgré lui», qui a joué un rôle crucial et assumé le destin du Québec durant des années cruciales.Manifestement, l’auteur admire son personnage et nous fait partager î’adulation qu’il a pu susciter et suscite encore, dix ans après sa mort.Si, par moments, il semble céder au dithyrambe, c’est pour mieux faire ressortir, dans un autre chapitre bien frappé, les paradoxes et les contradictions d’un chef en qui les Québécois reconnaissaient leurs ambivalences et atermoiements.D’où l’attachement viscéral réciproque.L’entreprise est périlleuse.Car chacun a ses propres images du franc-tireur qu’il est resté jusqu’à la fin, sa perception de ce qui fut sa force et sa faiblesse.Les pièges sont nombreux, les témoins divergents.Pierre Godin s’en tire avec aisance, grâce à des sources nombreuses et impeccables (le clin d’œil au juge Antonio Lamer est une peccadille), à des références méticuleuses et facilement vérifiables.Il utilise même avec habile- m @1 1 c E id 3)] on C’est le 80e anniversaire Revue mensuelle, 38,00 $ par an • Sociale, économique et indépendantiste • Indépendante des partis politiques • Des faits, des idées et des solutions • 2000 pages par année • Plus de 200 collaborateurs 425, boul.de Maisonneuve Ouest, Bureau 1002 Montréal H3A 3G5 Téléphone: 514-845-8533 Télécopie: 514-845-8529 René Lévesque, «la diva du petit peuple».ARCHIVES LE DEVOIR té des matériaux antérieurs, ceux de ses trois livres précédents sur la Révolution tranquille, et ceux d’autres biographes (Jean Proven-cher, Dale Thomson, notamment), sans compter les souvenirs disparates que M.Lévesque a publiés en 1986.Même Trudeau et Gérard Pelletier sont mis à contribution.Il y a certes des inédits dans ce pavé, notamment à propos de la Crise d’octobre 1970 et de ses terribles séquelles — entre autres, les activités illégales de la GRC —, mais ce qui impressionne le plus, quant à moi, c’est que l’auteur ne se contente pas de donner vie à son héros, il fait vibrer toute une époque.Ses portraits, finement ciselés, sont de vrais bijoux, il nous raconte des histoires, émouvantes ou abracadabrantes, qui font saisir admirablement ce qui faisait courir le cher Ti-Poil.Y compris dans sa vie privée.Il y a à boire et à manger pour tout le monde, autant sur le plan public que personnel.Cependant, l’auteur le fait avec tant de discernement et de finesse que, tout en révélant l’essentiel, il laisse les amateurs de propos salaces sur leur faim.Il prouve, une fois de plus, qu’il y a moyen de (presque) tout dire en respectant la petite part de vie privée qu’un personnage aussi public que René Lévesque avait réussi, tant bien que mal, à sauvegarder.Des années palpitantes Pierre Godin explique, explicite et décortique les années palpitantes et tumultueuses que M.Lévesque et le Québec — en bonne partie grâce à lui — ont vécues depuis 1960, aussi bien les batailles homériques (assainissement démocratique, nationalisation de l’électricité, par exemple) que la quête passionnée et inquiète d’une identité québécoise et d’une voie respectueuse de l’histoire et des minorités.Si on l’a oublié, on se rappelle que dès 1968, le fondateur du MSA s’est battu contre les siens pour le respect des droits des anglophones.Et quant à l’étapisme à la Claude Morin, si M.Lévesque n’en était pas l’architecte, il l’a fait sien d’emblée, «cet enfant naturel de la souveraine- té-association», au grand dam des «orthodoxes», notamment Jacques Parizeau.Comme l’actualité nous rattrape au détour.Lui qui s’opposa au projet de Bloc à Ottawa, que dirait-il aujourd’hui?Mystère insondable.L’énigme Lévesque fournit un enseignement primordial pour la suite des choses et nous redit avec ferveur que le plus noble idéal, inaccessible, mérite d’être poursuivi avec acharnement.En dépit des hauts et des bas de toute vie, et des vicissitudes inévi- ’ tables qui empêchent souvent de voir qu’il y a de la lumière au bout de la grisaille qui nous entoure ou nous hante.Il reste une part d’ombre et de mystère?Probablement, comme pour tout être (ainsi que le note François Ricard, au terme de son imposant chef-d’œuvre sur Gabrielle Roy).Que l’essentiel reste voilé, c’est bien possible.Pierre Godin n’en réussit pas moins, Pierre Godin avec *‘nesse brio, à faire vivre sous nos yeux un riprnrrinnp René Lévesque tenace et " coriace, bagarreur et féro- Lévesque ce, séducteur et haran- gueur, parlant dret et dru, avec ferveur s’efforçant de faire mentir , Pinocchio.Héros?Cet et rigueur «humble serviteur» aurait récusé ce titre de gloire, hochant la tête.S’il était «vendeur d’espoir», c’était par nécessité ou par devoir, restant à la fois fragile et vulnérable, saisissable, sans artifice et sans fard, rebelle de génie portant «le havresac du peuple du Québec».Sa stratégie était celle de l’araignée, tissant patiemment sa toile, explique l’auteur, qui a le don des formules éclatantes, des images-chocs.Exemple: «C’est l’aristocrate cassant et flegmatique qui entre en collision avec la diva du petit peuple qui pompe tout l’oxygène autour d’elle et veut avoir raison sur tout.» Qui est qui?Trudeau et Lévesque, bien sûr, notre miroir à deux faces, pour reprendre un titre de Gérard Bergeron.Vite, la suite sur cet incorrigible in- , soumis et ce chef ombrageux, pour reprendre le titre du confrère Pierre O’Neill, qui fut son attaché de presse il y a 30 ans et en a gardé d’excellentes photos, incluses dans l’iconographie de cet incontournable héros malgré lui.Liber Sylvie Loslier DES RELATIONS INTERCULTURELLES DU ROMAN À LA RÉALITÉ DES RELATIONS INTERCULTURELLES IM RIlUtN \ I « RI %• III 180 pages.19 dollars I.K I) K V (Il It .I.K S S A M K IM 2 1 K T I) I M A X (' Il I .1 M Al I II !l I) 5 L I V II E S - L I T T É R A T U R K b IRAN G É R K b 1) Il CATION Un homme libre Uécole est faite pour tous Vargas Llosa rejette socialisme et nationalisme au profit du libéralisme et de la mondialisation LES ENJEUX DE LA LIBERTÉ Mario Vargas I Josa , Traduction par Albert Bensoussan Editions Gallimard, Paris, 1997,412 pages JOCELYN COULON Mario Vargas IJosa est l’un des grands écrivains de ce siècle.Il est aussi run de ses esprits les plus libres.Contrairement à son grand rival, Gabriel Garcia Marquez, il ne s’est jamais fourvoyé en appuyant les pires dictatures, sinon les aventures les plus sanglantes, au nom d’une cause ou d'un homme.Non, Vargas Llosa est plus intègre, plus respectueux des valeurs humaines.Opposant de Pinochet comme de Castro, de l’apartheid comme du communisme, l’écrivain péruvien a toujours eu comme seule ambition la défense de la liberté.Son dernier livre, Ixs Enjeux de la liberté — un recueil de textes publiés entre 1990 et 1994 dans plusieurs grands journaux européens —, nous le montre dans toute sa fougue intellectuelle et son indépendance d’esprit.L’écrivain y défend la liberté des individus, la seule qui compte vraiment, contre les systèmes totalitaires.Il défend aussi la mondialisation et le libéralisme — ces chemins de civilisation — en rappelant ce que le socialisme a causé de ravages dans les sociétés modernes, surtout celles du tiers monde.Dès la préface, l’écrivain ouvre les hostilités.Ces textes, écrit-il, «censurent le nationalisme et ses mille visages insidieux — depuis l'appamnment innocente exception culturelle jusqu’à la sanguinaire purification ethnique —, les intégrismes religieux et les nouvelles tentatives pour rétablir la tradition autoritaire en Amérique latine».Dans ce florilège qui regroupe une cinquantaine de textes, l’auteur réserve ses flèches les plus acérées au nationalisme et au président péruvien Fujimori, digne représentant de ce nouvel autoritarisme sud-américain.La culture de l’inculture Sans nuance et sans retenue, Vargas Llosa écrit des phrases terribles sur le nationalisme.Elles paraîtront excessives à plusieurs.«Le nationalisme est la culture de l’inculture, la religion de l’esprit de clocher et un rideau de filmée derrière lequel nichent le préjugé, la violence et souvent le racisme», affirme-t-il dans un texte vitriolique sur les liens entre nationalisme et utopie.Un peu plus loin, dans un autre texte portant cette fois-ci sur la nation, il souligne que celle-ci «est une fiction politique imposée à une réalité socio-géographique presque toujours par la force, au bénéfice d’une minorité politique [.]».On peut se demander si, élu président du Pérou en 1990, il aurait été aussi passionné dans ses attaques.Une des scories du nationalisme, écrit-il avec raison, est cette stupide campagne menée en France pour soustraire la culture aux règles du commerce international et imposer ainsi une «exception» aux produits culturels.Ironique, Vargas Llosa fustige ce mouvement et appelle les intellectuels qui le défendent à lui démontrer si «les nombreuses ordures culturelles que la télé et le cinéma français produisent heurtent moins la sensibilité et émoussent moins l’imagination des spectateurs et des téléspectateurs français que les or- dures audiovisuelles,importées d'autres pays», c’est-à-dire principalement des Etats-Unis.Cinglant, il écrit que «ce ne sont pas les dinosaures de Jurassic Park qui menacent l'honneur culturel [de la France], mais la bande de petits démagogues et cocardiers qui parlent de la culture française comme si c’était une momie qui ne peut être exposée à l'air du monde parce que la liberté la ferait tomber en poussière».Éloge du capitalisme Ce constat pathétique du nationalisme l'amène à faire l’éloge du système capitaliste seul capable, grâce à la mondialisation de la production, du commerce et de la propriété, de bouleverser le monde et de provoquer «l'affaiblissement et la dissolution des nations en de vastes et souples communautés politico-économiques placées sous le signe de la liberté».L’expansion du capitalisme est, contrairement à celle du socialisme, la véritable révolution humaine.Sur Alberto Fujimori, l’homme qu’il affronta lors des élections présidentielles de 1990, Vargas Llosa est intarissable.Entouré d’une caste de militaires «irresponsables» et flatté par une presse qui s’est «mise au service du régime», Fujimori n’a rien à offrir au peuple péruvien sinon la dictature qui mène à «l’inévitable massacre des innocents qu’elle implique».Cinq ans avant le sanglant dénouement de la prise d’otages à l’ambassade du Japon, Vargas Llosa, prophétise «qu’un gouvernement qui perd sa légitimité, même s’il sauve pour un temps les apparences, finit toujours par représenter une forme de barbarie semblable à celle de ceux qui le combattent par les crimes et les attentats».Pourquoi s’attaquer à Fujimori, n’est-il pas un digne représentant du libéralisme si cher à l’auteur?Justement pas, réplique Vargas Llosa pour qui l’expérience économique du Chino n’a rien à voir avec le libéralisme mais plutôt avec la poursuite d’un capitalisme mercantile d’un autre âge, effrayé par la concurrence et la liberté d’entreprendre.Comme on le voit, la défense de la liberté occupe une place centrale dans la vie de Vargas Llosa.Ce livre en est une démonstration limpide, convaincante et brillante.ENSEIGNER: AGIR DANS L’URGENCE, DÉCIDER DANS L’INCERTITUDE Philippe Perrenoud ESF éditeur, coll.Pédagogies, Paris, 199(5,198 pages LOUISE JULIEN Cet ouvrage regroupe une quarantaine d’articles ou de communications qui pourraient être définis par «L’école face à la complexité».Philippe Perrenoud, sociologue, est professeur en sciences de l'éducation à l'Université de Genève et s’est intéressé «à la fabrication des inégalités et de l'écliec scolaire».Ses propos, souvent sévères, rappellent que l’école est faite pour tous et qu'en formation des maîtres, «il ne suffit pas de prévoir des leçons types et des stages pour que [leurs] compétences se construisent».Pour l’auteur, la théorie est importante, et l’enseignant doit apprendre à «théoriser sa pratique».Philippe Perrenoud constate: «Le savoir des enseignants est peu partagé, ils n’ont pas de langage commun pour parler de leur typologie d'élèves ou d’erreurs, leur mode d’organisation du temps ou de l'espace, leurs réactions au désordre,-à l’angoisse ou au conflit, leurs stratégies pour faire face à l'imprévu, au temps qui passe, à la déprime, au doute [.].» Ce manque de communication entre les enseignants les enfermerait dans leur expérience personnelle, les privant ainsi de s’enrichir de l’histoire des collègues.A l’école, l’enseignant est confronté à des situations d’urgence et d’incertitude.Il convient qu’il mobilise ses compétences en percevant «l’urgence et les risques», et en dosant «la part d'automatisme et la part de réflexion» nécessaires pour faire face à ces situations.Il s’agit pour l’auteur d’une contribution qui s’ajoute à ses travaux concernant les distinctions entre Savoir à enseigner et savoirs pour enseigner ou encore entre Enseigner des savoirs ou développer des compétences: l’école entre deux paradigmes (dans Savoirs et savoir-faire, Entretiens Nathan, 1995).ÉDUQUER PAR LE JEU DRAMATIQUE Christiane Page ESF éditeur, coll.Pratiques et enjeux pédagogiques Paiis, 1997,126 pages Le théâtre, l’art dramatique, l’improvisation ou le jeu dramatique, autant de termes qui ne sont pas tout à fait dé- finis ou facilement définissables à l’école.En revanche, l'on sent, chez certains enseignants, une volonté — voire un profond désir — de faire vivre à des élèves des expériences théâtrales alliant le choix et la compréhension d’un personnage, la présence sur scène, l’intelligence de la réplique, la voix, la gestuelle, le jeu de rôle, la lecture et l'approfondissement d'un texte, l'invention de situations et i’écriture de ces situations.Pour quiconque ne s’interroge lias trop sur les pratiques théâtrales à l'école, il lui apparait qu'il suffit d’ap-prendre le texte par cœur, de pratiquer un peu et de participer à la présentation du spectacle de fin de l’année: de toutes façons, les parents complaisants applaudiront chaudement.Il y aura eu de l’art à l’école, et on pourra passer aux choses sérieuses.L’ouvrage de Christiane Page récemment publié — et qui fait suite à la rédaction d’une thèse de doctorat à Paris III — nous décrit ce que doit être le jeu dramatique à l’école: «C'est un jeu collectif qui consiste à inventer à plusieurs une fiction en élaborant le canevas d’une action dramatique, puis à jouer cette fiction sous couvert de personnages, et ensuite à parler et à échanger autour de l'expérience vécue dans le jeu, pour enfin, rejouer.» Le jeu dramatique, c’est d’abord une improvisation qui consiste en l’élaboration d’un projet, d'une situation, d’une action, d’une évolution de personnages, d’une invention d’un scénario et de dialogues.Mais c’est aussi le rejeu de ces situations, la réaction des pairs, de l’enseignant ou de l’artiste, l’écriture du texte et la présentation du spectacle, et le retour sur toutes ces étapes.Le jeu dramatique chez les enfants — études théoriques, mais aussi pratique dans les écoles — est un sujet de recherche en sciences de l’éducation à l’Université de Montréal et au département de théâtre de l’UQAM.Hélène Beauchamp a publié, en 1984, chez De Bœck, Les enfants et le jeu dramatique (un ouvrage qui sera prochainement réédité chez Logiques), et la définition qu’elle en donne — «rencontre théâtre-enfants, pratique théâtrale et accueil de la créativité, apprivoisement du théâtre» — apparaît dans les toutes premières pages du livre de Christiane Page.D’ailleurs, les deux ouvrages se complètent.La pédagogie du jeu dramatique revêt toute son importance puisqu’à l’école, il s’agit de «former des spectateurs, acteurs de l’événement théâtral».A l’heure où les décideurs tant québécois que français (voir chronique éducation du 22 avril) réalisent l’importance de l’art à l’école, il faut allier les savoirs artistiques à la pratique: on ne peut improviser l’improvisation.De la fabrication des inégalités et de l’échec scolaire LIVRES ET MÉDIAS Télé.À Samedi C, à Télé-Québec, ce soir à 20h, vous pourrez voir un documentaire français intitulé Jack London: l’enfant rebelle du rêve californien.Une belle occasion de mieux connaître l’auteur qui, à sa mort à l’âge de 40 ans, était l’écrivain le plus lu dans le monde.Toujours à Télé-Québec, demain à 20h, l’émission Plaisir de lire (en reprise) est consacrée à Luc Bureau et Guy Nadon.La reprise du mercredi, à 22h, sera consacrée à Nairn Kattan et Jeanne Khéaume.Radio.À midi trente, aujourd’hui, sur les ondes de CIBL, Robert Char-trand reçoit Michel Chartrand dont plusieurs des textes composent Les Dires d’un homme de parole-, en seconde partie, toujours en direct de la libraire Garneau sur la rue Fleury, l’animateur s’entretient avec Jean-Pie,rre Girard, pour Haïr?A Dimanche Magazine, à la radio AM de Radio-Canada, Pierre Duchesne interviewe Jean-François Kahn, auteur de Le Retour de terre de Djid Andrew - Critique de la raison capitaliste.Ce livre, un essai écrit sous la forme d’un conte philosophique de science-fiction, décrit le monde capitaliste actuel tel qu’un extraterrestre pourrait l’observer.A La Grande Soirée culturelle, diffusée mardi soir à compter de 18h30, sur la chaîne F'M de Radio-Canada, Stéphane Lépine et ses invités s’intéressent à trois écrivains de l’époque victorienne, Oscar Wilde, Lytton Strachey et E.M.Forster.LIVRES P R A T I Q U E S LA RÉVOLUTION DE LA LONGÉVITÉ Françoise Forette Grasset, Paris, 1997,221 pages Un livre tonique sur le vieillissement! Un livre qui s’élève contre les scléroses des gouvernements, contre tous ces décideurs qui préfèrent fermer les yeux sur une révolution démographique sans précédent; un livre qui dénonce l’attitude de la société vis-à-vis des personnes âgées qui, à tous les niveaux, ne sont pas considérées comme des personnes à part entière.Un livre engagé, écrit par un médecin de renommée internationale, qui apporte des réponse simples à la question: comment bien vieillir?LES ILLUSIONS DU BONHEUR Harriet Lerner Traduit de l’américain par Monique Désy-Proulx Le jour, éditeur Montréal, 1997,219 pages Ce livre, fort intéressant et bien écrit, a pour sous-titre «Ces femmes qui sauvent les apparences».L’auteu-re, une des autorités américaines des plus respectées dans le domaine de la psychologie féminine, livre ici ses réflexions sur des aspects fondamentaux de la duperie et de la franchise.Elle s’attarde aux relations humaines, y compris les relations que nous avons avec nous-mêmes, nous permettant ainsi de voir vraiment qui nous sommes dans le monde et de quelle sorte de monde il s’agit.TOI, MON SENIOR Christiane Collange Fayard, Paiis, 1997,278 pages L’auteure est bien connue au Québec.Cette fois, elle aborde la problématique du couple face à l’avancée en âge.ÉUe le fait avec un humour qui ne se dément pas, une tendresse toujours présente, avec réalisme aussi.Un livre écrit pour «remonter le moral des plus de 50 ans».Christiane Collange conclut: «Marcher sur la Lune, c’est bien, mais marcher sans canne à plus de 70 ans en se disant qu 'on a encore de longues années devant soi, c’est beaucoup plus important!» Renée Rowan PRÉCISION Ije feuilleton de Jean-Pierre Denis ne parait pas aujourd’hui.La chronique sera de retour la semaine prochaine.Hommage non définitif à « Gaston Miron J’ai retrouvé l’avenir » Le mardi 3 juin 1997, à 20 h, à la salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau à Montréal Une présentation des Éditions de l’Hexagone et de l’Union des écrivaines et écrivains québécois.Dans une mise en scène de Martin Faucher, avec la participation de nombreux écrivains, musiciens et comédiens.Un programme-souvenir sera remis à chaque spectateur.Avec le soutien de l'Association nationale des éditeurs de livres, de la Société Saint-Jean-Baptiste, du Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal et du ministire de la Culture et des Communications du Québec.Prix d'entrée : 8 $ (taxes comprises) Information : (514) 849-8540 Réservations : (514) 987-6919 Salle Pierre-Mercure Cenlre Pierre-Péladeau 300, boulevard de Maisonneuve Est ( métro Berrl-Uqam ) Le dimanche 25 mai de 13h30à15h00 Librairie Tome Un inc Galerie Chagnon 300, Côte du Passage Léris Le lundi 26 mai de 12h30à14h00 Librairie Réflexion 320, boulevard Saint-Joseph Hull Le mardi 27 mai de 12h00 à13h30 Librairie A Lire 825, Saint-Laurent Ouest Longueuil de 16h00 à 17h00 Librairie Clément Morin 1, Plaza de la Mauricie Shawinigan Le mercredi 28 mai de 16h30 à 18h30 Le jeudi 29 mai Librairie René Martin 598, rue Saint-Viateur de 19h30à 21h00 Librairie Monic 155, rue Notre-Dame Repentigny Le jeudi 29 mai VENEZ RENCONTRER JACQUES PARIZEAU ALESSANDRO BARICCO roman ALBIN MICHEI.cco B A RI «Un enchantement.» Pierre Lepape, Le Monde «Insolite et beau.» Frédéric Vitoux, Le Nouvel Observateur «Un roman simple comme la brise.» Jean-Pierre Denis, Le Devoir «Un pur moment de bonheur.» Jacques Folch-Ribas, La Presse ALBIN MICHEL \ CABLE I) 0 I.K I) K V 0 I It .I.!¦: S S ,\ M EDI 21 K T I) I M A N C II K 2 .r» M Al I IMI 7 LE DEVOIR ,1 LA TELEVISION nos choix LE JOURNAL DU SIÈCLE Pierre Nadeau anime cette série qui rappelle des événements du passé.Ce soir Monique Miller parle de Denise Pelletier.RDI, 18U30 SAMEDI C Documentaire sur la vie tumultueuse de Jack London, qui s'est suicidé à 40 ans.Télé-Québec, 20U30 NATIONAL GEOGRAPHIC Présentation d’une rétrospective des meilleurs moments de la série.Télé-Québec, 22U49 Paule des Rivières ¦’Élitlïlhl ¦WMli loxæ Hmxo g] 9 ) CD 3® ¦CE) L'Arche de Noé Branché o Impact Gros Plan a) ce O Passion plein air Le Téléjournal Raison Passion / Jean-François Deniau Simplement la vie Hockey / Red Wings - Avalanche Le Téléjournal Les Nouvelles du sport (22:25) Cinéma / RAPA-NUI (5) avec Jason Scott Lee, Ésai Morales (22:45) 80 I 5 : .6 ;; Boom ScoonaD Tournoi de quilles en équipes (16:00) Vins et Fromages Fleurs et Jardins Le TVA Cinéma/AMERICAN FLYERS (4) avec Kevin Costner, David Grant Cinéma /MÉNAGE À TROIS avec Lara Flynn Boyle, Steph 5) en Baldwin Le TVA/ Sports/ Loteries (23:44) Cinéma/ L'ECHELLE DE JACOB (4) avec Tim Robbins 9(40] (23:57) 9(hdqzhm) HS® 3E Albert, le 5e mousquetaire Il était une fois.l'espace Skippy La Terre des autres Québec plein écran Samedi C/Jack London, l'enfant rebelle du rêve californien Cinéma/LA CÔTE D'ADAM (4) avec Inna Tchourikova, Svetlana Riabova National Geographic (22:49) Lumière sur le monde (23:49) QQ) CD CED GaETil ^351 (49) Pub Bugs Bunny Grand Journal BJHebdo Sports (17:40) Les Simpson Cinéma/JACK L'OURS (4) avec Danny DeVito, Robert J.Steinmiller jr Cinéma / L'ARME FATALE 2 avec Mel Gibson, Danny Glo' 4) ver Box Office (22:58) Grand Journal (23:28) Ho O ram Gymnastics (16:00) The Wonder Years News Wayne & Shuster Then Again Hockey / Red Wings - Avalanche Ocean World Saturday Evening News Cinéma/1 COVER THE WATERFRONT Hman Cinéma (15:00) Roadcrew Home Improv.Newsline Regional.Entertainment Now Dr.Quinn Medicine Woman ! FX: The Series Street Justice CTV News News race Inside Track World Championship Wrestling Puise Mtl Sports Star Trek: Voyager Early Edition Puise/Sports ¦eu I J.C.Penney LPGA Skins Game (16:00) News ABC News Wheel of.Jeopardy Cinéma/STRAIGHT TALK (5) avec Dolly Patton, James Woods Gun News Psi Factor pjfED Pub Hard Copy HdS ABC News Pub Star Trek: Deep Space Nine Baywatch Heu I Colonial Golf Championship (15:00) News CBS News Entertainment this Week I Dr.Quinn, Medicine Touched by an Angel Walker Texas Ranger News Hercules ram Wheel of.Jeopardy VVUIIIdll Early Edition Pub Bjx Basketball / Séries éliminatoires (15:00) NBC News Home Improv.Jeopardy Dark Skies Cinéma / STAR TREK VI: THE UNDISCOVERED COUNTRY (4) avec William Shatner, Leonard Nimoy Saturday Night Live jjpj Inside Edition Siskel & Ebert Hes Points North Antiques Roadshow The Lawrence Welk Show Austin City Limits Keeping Up.Thin Bl.Line America's Scenic Rail Journeys Cinéma / L'AWENTURA (1) avec Gabriele Ferzetti, Monica Vitti y s?Watera.(16:00) Washington.Wall Street.N.Y.Week Inside Albany The Editors McLaughlin Gr.Fools & Horses Keeping Up.Mr.Bean Fawlty Towers Red Dwarf Austin City Limits Cinéma H® Xena.(16:00) Bugs and Tweety Show News Elction '97 Jake and the Kid / Début PSI Factor Early Edition Red Green Ray Bradbury Global News Sat.Night Live Mm Polka.(16:20) Sharon.Wildside Press Gang On MyMind National Geographic / Okavango Cinéma / SCARAM0UCHE (4) avec Stewart Granger, Eleanor Parker Conv.Cinéma / IVANH0E (4) avec Robert Taylor (22:15) ¦(TS® Compete Sr.PGA / Bell Atlantic Classic .Gamenight Baseball / Pirates - Expos Sportsdesk H@ Qualifications Formule 1 Golf SPGA Sports 30 Mag Baseball / Pirates - Expos Sport Gillette Sports 30 Mag Superstars mm Vins et.Journal suisse Pyramide.Faut pas rêver Journal FR2 Étonnant et Drôle Télécinéma Avoir 16 ans Journal belge Jazz en folie Alice ¦(CD Joy.Naufragés Radio Enfer Chair de poule Les Sentinelles de l'air Le Studio [gpE Vox Pop Cimetière CD | Fax Box-office Perfecto Cinéma /R.E.M.ROAD MOVIE (4) Musique vidéo Bouge de là Groove p|fMM VideoF.(14:30)1 R.S.V.P.MuchMegaHits Fax Spotlight Start Me Up .Concert/Live Unplugged VideoFlow Fax Spotlight ¦ se: Terreur au Seacliff Inn (16:10) Les Collégiennes de Beverly Hills (17:45) Le Jeune Ivanhoë (19:25) L'Avènement Tension ¦se All Dogs Go.Casper Beasties Shirley Holmes Buffy the Vampire Slayer Goosebumps Are You Afraid of the Dark?Dracula Hidden City Why TV?Maniac.PJ Katie's Farm ¦ roi Forum 97 (16:00) Aujourd'hui Bull, jeunes Branché Jrnl du siècle Monde ce soir Cdn Moscou Grands Reportages Le Journal RDI Entrée des.Le Téléjournal Ambroise (22:20) Décision 97 IcET Ghazeia (16:00) Monde et Mystères Samedi de rire Animalier Le Goût du monde La Légende de My Way Le Combat d'Onésime Tremblay Ghazeia, danseuses d'Égypte | Navarro Classification des films: (1) Chef-d’œuvre — (2) Excellent — (3) Très bon — (4) Bon — (5) Passable — (6) Médiocre — (7) Minable A II PETIT ÉCRAN JACK L’OURS (4) (Jack the Bear) É.-U.1992.Drame psychologique de M.Herskovitz avec Danny DeVito, Robert J.Steinmiller Jr et Miko Hughes.Les problèmes rencontrés par un veuf qui doit élever seul ses deux fils de 3 et 12 ans.TQS 18li30 LA CÔTE D’ADAM (4) Russe.1990.Comédie de mœurs de V.Krichtofovitch avec Inna Tchou-rikova, Svetlana Riabova et Macha Gouloubkina.Les petits ennuis quotidiens d’une femme qui vit dans un minuscule logement avec sa mère impotente et ses deux filles.TQ 211x20 LE CURÉ DU VILLAGE (4) Can.1949.Comédie sentimentale de E Gury avec Ovila Légaré, Paul Guévremont et Lise Roy.Le curé d’un village québécois veille au bonheur de deux amoureux.Canal D 0h30 SHATTERED (3) É.-U.1991.Drame policier de W.Petersen avec Tom Berenger, Greta Scacchi et Bob Hoskins.Devenu amnésique à la suite d’un accident de voiture, un homme demande à un détective d’enquêter sur son passé.CTV minuit DIMANCHE GRAND PRIX D’ESPAGNE Michael Schumacher avait remporté les honneurs de cette course l’an dernier et il reste l’homme à surveiller.RDS, TSN, 7h30 ÉLECTIONS FRANÇAISES En direct, le déroulement du premier tour des élections législatives françaises.TV5, à partir de 13h30 DÉCOUVERTE Deuxième de cinq émissions britanniques sur la vie dans la glacière.Radio-Canada, 18hl5 MURDER ONE Un condensé en minisérie de six heures de la série Murder One, retraçant l’histoire d’un procès à travers les coulisses du monde judiciaire pas très propre.Première partie ce soir.ABC, 21h NOTRE AMI MOBUTU Documentaire parcourant 40 ans d’histoire et 30 ans de règne de Mobutu, avec un accent sur le rôle qu’a joué la Belgique dans le maintien au pouvoir zaïrois de cet homme.TV5, 23h Paule des Rivières ® XS GOCEQ X 01(3® CD Hockey/ Rangers -Flyers (14:00) Les Grands Prix de Formule 1 (peut-être diffusée à 23h26) Le Téléjournal Découverte (18:15) Juste pour rire/Les Meilleurs Moments Cinéma/ LA VIE D'UN HEROS (4) avec Véronique Le Flaguais, Gilbert Sicotte Le Téléjournal Le Point (22:22) Période gratuite nationale / Nouvelles du Sport (23:06) Cinéma/LA PRISONNIERE DU DESERT (2) avec John Wayne, Jeffrey Hunter (23:29) OGDX DO® (DUBOS SS Cinéma / LE VOYAGE DE CHARLEMAGNE (5) avec Lillian Gish, Timothy Bottoms (16:00) Le TVA Chacun son tour/Angèle Coutu, Mario Pelchat, Patrick Norman, Gaston L’Heureux Drôle de vidéo Cinéma/ADULTES CONSENTANTS (4) avec Kevin Kline, Mary Elizabeth Mastrantonio Le TVA TVA Sports (22:25)/ Loteries (22:44) Complète- ment marteau (22:51) Finances (23:20) / Pub (23:49) OS OS (2$ (30) (4® Cinéma/DOT ET KOALA (5) Dessins animés (16:00) Graines de champion Pignon sur rue / Dernière En pleine nature Plaisir de lire Cinéma/LA PREUVE (3) avec Hugo Weaving, Russel Crowe Cinéma/TAXIS BLUES (3) avec Piotr Mamonov, Piotr Zaitchenko (22:07) 0(4)0® S3 (35; (49) Pub Pas si bête que ça! Grand Journal OI Zap (17:40) Artiste au menu / Richard Z.Sirois Rumeurs Hercule L'Heure JMP Cinéma / LE SILENCE DES AGNEAUX (3) avec Jodie Foster, Anthony Hopkins Le Grand Journal (23:33) QO Hockey / Music Street Cents World of Disney Absolutely Fabulous - The Last Shout Sunday Report Venture Sunday Night Sports Late Night (23:37) CE Rangers -Flyers (14:00) Works (22:25) News fil OS NBA Basketball / Finale de conférence Newsline Family Play.| America's Funniest Home I Drew Carey Cinéma / MR.SATURDAY NIGHT (4) avec Billy Crystal, David Paymer CTV National News Nightline CD C io:uu; Puise Travel, Travel viueub .Business Puise/Sports X JC Penney LPGA Skins Game (15:30) News ABC News Second Noah America's Funniest Home I ABC Mini Series / Murder One (1/3) News Pub (13] vioeos E.T.This Week (22) ABC News Pub PSI Factor X Colonial Golf (15:00) CBS News Mad About You 60 Minutes iTouchedbyan Angel Cinéma / THICKER THAN BLOOD: THE LARRY MCLINDEN STORY (6) avec Peter Strauss, Rachel Ticotin News/Seinfeld .Limits (23:45) CD News CBS News News Pub Xl NBA Basketball / Finale de conférence Âcomm.NBC Nightly Dateline NBC 3rd Rock from the Sun Cinéma / MR.SATURDAY NIGHT (4) avec Billy Crystal, David Paymer Viper OtT (15:00) News News News Extra.(23:35) EB Adam Smith On the Waterways In the WHd / Dolphins Wild World I Naturescene Nature / Warts and All The Loons.National Memorial Day Concert 1997 Mystery! / Memoirs.S.Holmes (57) Upstairs (16 00) Health Week Travels Europe I Money Hunt I Financial Future All Creatures Great and Small Voices in Harmony Nunsense 2: The Sequel (21:05) Cinéma / HOW SWEET IT IS (5) QO Ace Ventura Bugs and Tweety Show People’s Debate 60 Minutes The Simpsons I King of the Hill I The X- Files The Outer Limits News Sportsline m Polka.(16:20) Sharon, Lois.Wildside Inquiring Minds Journeys Lonely Planet Archaeology Hamish Macbeth / Wee Jock's Lament Human Edge / I'll Be Your Mirror Allan Gregg Dialogue m MDS Nordion X Games Trials Sportsdesk 1997 Nascar Auto Racing / Coca-Cola 600 (18:05) Motoring (22:35) | Sportsdesk SM Sports équestres (16 00) Challenge des Sapeurs-pompiers Sports 30 Mag j Tout à fait.I .le plus fort I Combats du siècle Spécial Boxe / Oscar de la Hoya - Pernell Whitaker Sports 30 Mag | .nautique ES Élections législatives françaises (13 30) L École des fans / Gr.Tourisme Bons Baisers d'Amérique Bouillon de culture .retour (21:35) | Paris Lumières | Journal beige j Au nom de la loi QÊE Joy.Naufragés Ma sorcière.I .petite peste ! Les Intrépides | Les Sentinelles de l'air Le Studio (ME Partridge.Flashback Les Incontournables du rock 6 Musique vidéo Monsieur Beck QuébecPlus Monsieur Beck MM Fax R.S.V.P.MuchMegaHits Combat des Clips Rock & Roll The Monkees MuchMusic Countdown MuchEast 3L i Couvre-lit à I américaine (15 35) I | Mentalité dangereuse (17:35) Les Voyageurs de l'arc-en-ciel (19:15) Y sont pas plus fous que nous autres Johnny Mnémonique (22.35) Tvt Mr.Magoo Yogi Bear Charlie Brown Beatrix Potter i My Hometown Flipper Rough Guide Neon Rider The Hit List Dunk Street | Super Dave.ML Jrnl du siècle Aujourd hui Bull, jeunes Forum 97 Monde ce soir j La Facture Grands Reportages Le Journal RDI Scully RDI Point de presse Second Regard Décision 97 X Biog.(1600) La Légende de My Way Samedi de rire Animalier 20e siècle Les Mystères de la Bible Biographies / Raymond Chandler Concerts Jazz: Lionel Hampton Cinéma Classification des films: (1) Chef-d'œuvre — (2) Excellent — (3) Tris bon — (4) Bon — (5) Passable — (6) Médiocre — (7) Minable CINEMA AU PETIT ÉCRAN BLITHE SPIRIT (3) G.-B.1945.Comédie de D.Lean avec Rex Harrison, Constance Cummings et Kay Hammond.L’apparition du fantôme de sa première femme cause des ennuis à un veuf remarié.CBC 15h LA PREUVE (3) (Proof) Aust.1991.Drame psychologique de J.Moorhouse avec Hugo Weaving, Russel Crowe et Genevieve Picot.Un jeune aveugle qui prend des photos pour conserver une preuve du monde dans lequel il vit demande à un plongeur de restaurant de les lui décrire.TQ20U30 LA VIE D’UN HÉROS (4) Can.1994.Étude de mœurs de M.Lanctôt avec Véronique Le Flaguais, Gilbert Sicotte et Marie Cantin.Dans les années 40, une famille de riches cultivateurs des Cantons de l’Est recueille un prisonnier allemand détenu dans une base militaire voisine.SRC 20b LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT (2) (The Searchers) É.-U.1955.Western de J.Ford avec John Wayne, Jeffrey Hunter et Vera Miles.Un aventurier se met à la poursuite des Comanches qui ont enlevé ses deux nièces.SRC22H45 k I, K |) R V OIK.I.K S S A M K |)l 21 K T I) I M A N < Il K 2 T» M A I I !» !l 7 LES PETITS BONHEURS ARTS VISU H I.S I) 7 Séjour dans l’horreur Mouvements d’un printemps SI C’EST UN HOMME Primo Ix.*vi Traduction de l'italien par Martine Schruoffeneger Laffont «collection Pavillons» Paris.1996,301 pages Il est des livres qui vous terrifient.Je ne parle pas de ceux qui à l’aide d’artifices ont pour ; mission de faire peur.Ce sont là entreprises de fabri-! cation qui peuvent avoir leurs mérites.Si c'est un homme procure en nous des frissons tout simplement parce qu’il raconte sans pathos d’aucune sorte l’indicible.Plusieurs témoins ont raconté l’horreur de l’univers concentrationnaire, .mais peu l’ont fait avec une telle maîtrise.I^evi ne hausse jamais la voix.Quand il quitte le ton du constat toutefois, sa prose n’en devient que plus bouleversante.Levi a 24 ans quand il est arrêté dans les montagnes du Val d’Aoste.Il fait partie de la Résistance, il est juif.On est en 1943 dans une Italie en guerre et dans laquelle ont été promulguées des lois raciales.Quelques mois plus tard, il est déporté à Auschwitz.Après plusieurs mois de travail inhumain, dans des conditions innommables, il est affecté au laboratoire de l’usine de caoutchouc de la Buna.N’eût été sa formation de chimiste, il aurait connu l’extermination comme beaucoup de prisonniers du camp.Si c’est un homme a été publié en Italie, non sans difficultés, en 1947.Depuis, ce livre a été traduit partout et largement commenté.Parue en 1987, année de la mort de l’auteur, cette édition du récit nous présente également des textes inédits en français, dont une interview accordée par Primo Levi à l’écrivain américain Philip Roth.«Les personnages de ce récit ne sont pas des hommes», écrit Levi.On les a dépouillés de leur essence.«Leur humanité est morte, ou eux-mêmes l’ont ensevelie sous l’offense subie ou infligée à autrui.» Les SS régnent sur des ombres d’hommes.Ils ont mis en place une hiérarchie de sous-chefs qui dominent par la terreur.On ne se révolte pas longtemps dans un système basé sur l’humiliation.Dès l’entrée au camp, au sortir du wagon, les arrivants sont triés au hasard.Il y a ceux qui sont destinés aux chambres à gaz et les autres qu’on humilie sur-le-champ.Il faudra défiler nu, apprendre à subir les coups sans riposter, ne rien répliquer, mourir de soif.Et surtout apprendre à oublier (si on le peut) ce que l’on est.Les corps sont tatoués, on porte son numéro.Détruire un homme «Détruire un homme est difficile, presque autant que le créer: cela n’a été ni aisé ni rapide, mais vous y êtes arrivés, Allemands.Nous voici dociles devant vous, vous n’avez plus rien à craindre de nous: ni les actes de révolte, ni les paroles de défi, ni même un regard qui vous juge.» ' Non, ils n’ont rien à craindre de l’intérieur.Tout est organisé en fonction d’un anéantissement progressif des consciences.A l’intérieur du camp, et parmi les détenus, s’est rapidement organisé un système de débrouillardise basé sur la dénoncia- Gilles Archambault ?Pour qui s’étonne que Levi ait mis fin à sa torture un jour de printemps ser dans le camp de l’oppresseur.«Qu'on offre à quelques individus réduits en esclavage une position privilégiée, certains avantages et de bonnes chances de survie, en exigeant d'eux en contrepartie qu’ils trahissent la solidarité naturelle qui les lie à leurs camarades: il se trouvera toujours quelqu’un pour accepter.Cet individu échappera à la loi commune et deviendra intouchable; il sera donc d’autant plus haïssable et haï que son pouvoir gagnera en importance.» L’opprimé devenu oppresseur se venge en faisant payer aux plus faibles son humiliation.A mesure qu’il avance dans sa lecture de Si c'est un homme, le lecteur se sent envahi par la conscience aiguë de la fragilité du comportement humain.On peut se révolter devant la traîtrise de certains êtres dans la vie de tous les jours.Pour un oui ou pour un non, l’homme bascule du côté du plus fort.Mais on espérait que, dans des conditions purement inhumaines, l’individu soit porté par un sentiment indéfectible de solidarité.Il n’en est rien.Des êtres sont ainsi faits que, même dans des conditions absolues d’une barbarie dont ils souffrent, ils s’emploient à exploiter les autres et à les dominer.Ainsi cet ancien ingénieur, directeur d’usine, Alfred L, qui s’ingénie à n’être jamais confondu avec le troupeau.Il est le candidat idéal à la traîtrise.C’est un collaborateur en puissance.«J’ignore la suite de son histoire, écrit Levi, mais il est fort probable qu’il a échappé à la mort et qu’il mène aujourd’hui la même existence glacée de dominateur résolu et sans joie.» Quand il est affecté au laboratoire de l’usine, Levi connaît une autre espèce d’humiliation.Il y a d’abord le Doktor Ingénieur Pannwitz qui, à l’examen d’entrée, feint de le traiter sur le même pied, c’est-à-dire celui de la science, qui parle de lectures communes, alors qu’il sait qu’il a devant lui un détenu, donc un homme humilié dont la survie est problématique.Car au Lager, «il ne faut jamais faire de prévisions, surtout si elles sont optimistes».Le verdict des autres Tout chimiste qu’il est, le détenu Levi, que l’on n’identifie que par un numéro, doit subir le regard des autres, le verdict des hommes libres qui l’entourent désormais pendant les heures de travail.«Pour les civils, nous sommes des parias.Plus ou moins explicitement, et avec toutes les nuances qui vont du mépris à la commisération, les civils se disent que pour avoir été condamnés à une telle vie, pour en être réduits à de telles conditions, il faut que nous soyons souillés de quelque faute mystérieuse et irréparable.» Aux yeux des autres, le détenu forcément d’une saleté repoussante, dont la nourriture composée essentiellement de choux et de navets fait de lui un être malodorant, est un objet, pas un être humain.Primo Levi s’est suicidé le 11 avril 1987.En plus de ce récit capital, il a laissé des romans, dont La Trêve et La Clef à molette.Persuadé jusqu’à la fin qu’il fallait conserver le souvenir de l’horreur pour la dénoncer, Levi a mis fin à sa torture un jour de printemps.Qui s’en étonnerait?(BE)LONGING Yau Ching .Laiwan Ellen Pau, Xi Li Young Galerie Optica 3981, boul.Saint-Laurent, espace 501 Jusqu’au 31 mai BEKNAKI) LAMARCHE Montréal est en ce moment le lieu d'accueil de trois expositions (indépendantes) produites autour d’artistes membres de communautés asiatiques issues de divers points d’attache sur le globe.Alors que le centre d’artistes Oboro s’apprête à présenter Reconnaissance/Récognition (du 24 mai au 22 juin), regroupant des artistes canadiens d’héritage asiatique, Observatoire 4 expose la récente installation de l’artiste montréalais d’origine chinoise Lau Tin-Yum, jusqu’au 31 mai.En cours à Optica, boulevard Saint-Laurent, réunis autour du titre savoureux qu’est (be)longing, on peut voir les travaux de quatre femmes artistes de descendance chinoise: Yau Ching (du Michigan), Laiwan (de Vancouver), Ellen Pau (de Hong Kong), Xiu U Young (de Montréal).C’est Mary Sui Yee Wong, également de Montréal, qui agit comme conservatrice invitée pour cet événement.A la veille de la réunification de Hong-Kong à la Chine communiste, ces trois événements prennent une teinte toute particulière.(Be) longing: les œuvres de cette expositions sont placées sous le signe de l’appartenance.En ces temps de débats sur l’hybridité des identités culturelles, surtout si l’on garde en tête le futur prochain de Hong-Kong, on ne saurait être plus à propos.C’est déjà sans compter sur le sens de «longing» en langue anglaise, qui désigne un intense désir pour ce qui n’est pas immédiatement accessible.Ce bricolage de mots, cette suggestive scission en deux particules du mot «belonging», qui au pluriel désigne les possessions d’un individu, la commissaire Mary Sui Yee Wong le propose en regard de la réunification appréhendée et des mouvances culturelles associées à l’immigration.Ce qui a été ajouté à «longing», en même temps que mis à l’index par les parenthèses, le préfixe «be-» dénote, pourvu qu’on s’y arrête un peu, une transformation «défamiliarisante» du mot et instaure une brisure dans l’appartenance du mot à sa définition.En plaçant en vase clos le préfixe actif, en déplaçant notre attention sur l’attente désirante (longing), c’est le délai, l’inaccessible et la différence qui sont activés.Ce travail du titre, cet assemblage de mots, on peut l’étendre effectivement à l’éventail des œuvres présentées, pour les faire parler mieux.L’œuvre la plus spectaculaire de l’exposition, autrement construite selon de douces nuances, est celle d’El-len Pau.Dans une chambre au noir isolée du reste de la galerie, elle a tendu dans l’espace une peau de latex, sur laquelle est projetée, indirectement, se réfléchissant à un petit miroir au sol inscrit dans une structure religieuse chinoise, sa propre image, de dos.À intervalles réguliers, rythmés par un bruit insistant et assourdissant, on voit l’artiste se, frapper la tête sur un mur invisible.Etablissant une perspective qui brouille les distances réelles du sombre caisson, les fils qui retiennent la peau de latex sont fixés aux coins de la pièce.On peut facilement se laisser prendre au jeu des échelles et des distances.Mais surtout, ce sont les jeux de réciprocités et d’identifications qui sont à l’œuvre dans cette œuvre qui est plus complexe qu’elle en a l’air par sa ma- tion, la rapine, le vol.C’est à qui s’emparera de la ration de pain de son voisin ou lui enlèvera sa gamelle de soupe.Le pauvre hère qui va à la douche doit veiller à ce qu’on ne lui pique pas ses vêtements, même troués.Ainsi qu’on le remarque chez les peuples colonisés, les plus habiles, les plus roués n’hésitent pas à pas- Du 31 mai au 21 juin Christopher Pratt § œuvres récentes i GALERIE DOMINION 1438.nie Sherbrooke Ouest.Montréal 843-7471 nière de rendre actif le spectateur, en le laissant finalement pour compte, l’invitant sans le retenir.Le titre?«1 can only talk to strangers about this».De sensibles actions les autres œuvres, beaucoup plus sobres dims leur mise en scène, retiennent l’attention par l’effacement de leurs petites mais sensibles actions.Laiwan a accroché au mur les images produites par l’emprisonnement de végétation dans des cadres de diapositives qui forment des images terriblement ambiguës.Tiré d’un texte de Sa-pho, le titre de cette exposition, «Celle qui avait connu la fine fleur des hommes de ce monde», accentue l’idée d’une longue et brûlante quête de l’autre.Accompagnées d’une prose parfois percutante, parfois inutilement ampoulée, ces images montrent également le vieillissement des pétales et feuilles, qu’on peut mieux apprécier dans la seconde partie de l’installation où sont projetées ces diapositives, qui montrent l’assèchement des végétaux.Paradoxe?Véritable vanité, au sens le plus traditionnel du terme, l’œuvre exalte les élans torrides des amours fu-sionnelles, en montrant les corps comme périssables.Tirez vos conclusions.Restent deux œuvres, la première, documentaire, de Yau Chang, un bande vidéo très éclairante de plus d’une heure d’interventions de natifs de Hong-Kong, résidants ou non ailleurs, au sujet de la remise de la colonie aux mains des autorités communistes.L’autre, ce qui reste d’une performance réalisée à l’ouverture de l’exposition, où l’artiste Xiu U Young branchée sur de diodes sensibles, et reliée à un ordinateur qui produit, en convertissant les stimuli associés au toucher en sonorités associables à certains instruments traditionnels chinois.Performant un massage thérapeutique, activant ainsi les senseurs placés sur ses mains qui convertissent le toucher selon une séquence complexe, l’artiste produit une délicate trame sonore, qui efface, par ses vertus calmantes, la rude complexité du dispositif.En filigrane de cette performance, la confrontation entre deux corps, le premier organique, l’autre digital, un sujet on ne peut plus incisif en ces temps de* sida.En trame de fond donc, le sexe du futur (le sufe-sex), le corps vulnérable (la séquence sonore est basée sur des codes tirés de l’ADN), la rencontre tendue entre deux corps.Dommage que les bruits de l'œuvre de Pau couvrent aussi violemment la mélodie issue du moniteur vidéo.Ironiquement, cette exposition fermera ses portes presque à la veille de la remise, des mains de l’Angleterre, de Hong-Kong à la Chine communiste, le 1" juillet prochain.Après, malgré les savantes prédictions des politologues et des économistes au sujet des répercussions de la réunification tant appréhendée, c’est un peu l’inconnu.Iœs œuvres présentées dans (be) longing rendent richement l’imprévisible ré- percussion des changements attendus.Ijes expositions sont évidemment toutes à voir, mais en plaçant celle-ci sur votre itinéraire, vous ne devriez pas être déçu.Déménagement Sans sombrer dans des excès de nostalgie, ni chercher à produire une quelconque métaphore entre ces deux événements isolés, sachez tout de même qu’avec cette exposition coïncide la dernière manifestation du centre d’artistes Optica dans le local du boulevard Saint-Laurent.Dès septembre prochain, le centre poursuivra ses activités dans un autre espace, dont le choix n’est pas encore à arrêté.Se clôt une petite parenthèse dans l’histoire du Centre.Dommage, c’était un des beaux espaces de galerie à Montréal.OPTICA I can only tell it to strangers, 1996, une œuvre de Ellen Pau.7 septembre 1 997 Du 22 JSL MUSÉE DU QUÉBEC Parc des Champs-de-Bataille, Québec G1R 5H3 • (418)643-2150 http://www.mdq.org Le Musée du Québec est subventionné par le ministère de la Culture et des Communications du Québec.rrfin^ Guillaume Bijl, Documenta WaxMmeum, 1992.Installation (vue partielle).Photo : SYB’l S.• Pictures, Anvers.Exposition organisée par le Musée d’art contemporain d'Anvers (MUHKA).mmm +UailiTfi*Uv déjà au centre-ville! LE 25 MAI, C’EST LA I0URNÉE DES MUSÉES MONTRÉALAIS AMERICAN EXPRESS.De 9 h à 18 h, venez fêter avec nous le 5e anniversaire de l'arrivée du Musée au centre-ville, dans une atmosphère de fête! 6 EXPOSITIONS À DÉCOUVRIR! La Comète de Halley revient au Musée grâce à l'exposition Paterson Ewen - Entre ciel et terre.Allez à la rencontre des oeuvres de Irene E Whittome, véritable archéologue de l'imaginaire.Contemplez les quelque 100 photographies énigmatiques de Christiane Gauthier.Plongez en pleine fiction avec Guillaume Bijl: ses œuvres sont plus réelles que la réalité! Admirez dans des espaces aérés les Oeuvres-phares de la collection.La matière - source d’inspiration réunit une sélection des travaux de 1 500 étudiants de la CECM.Des minivisites d'expositions très stimulantes, la projection de films, l'accès au jardin de sculptures nouvellement réaménagé, le tout animé par un ensemble de jazz, voilà les moments forts de cette journé très spéciale.Venez en grand nombre! pa fc w jj 1 MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN DE MONTREAL 185.rue Sainte-Cattienne Ouest Téléphone (514) 847-6212, métro PLace cfe-s Am LE DEVOIR y! Fentacom Stracége-CirâlMié Paterson Ewen, la (omete de HaUey nie p* Giotto.1979.Peinture acrylique ft fluorescente sur acier çalvanhé et contreplaqué toupOé.2291 244 cm.Coflection Musee des beaux arts •1994.Photo: Carte Catenazzi.Exposition organisée et mise en circulation par le Ntaee des beaux-arts I) s Dissolution de l’image Un second volet non moins intéressant DE LA MINCEUR DE L’IMAGE II Mireille Bîiril Michal Rovner Michèle Waquant Galerie Dazibao 4001, rue Berri, local 202 Jusqu’au 1er juin BERNARD LAMARCHE Il y a quelque temps, on vous avait parlé en long et en large de l’exposition De la minceur de l’image organisée par Nicole Gingras, sous l'invitation de la galerie Dazibao.Vous vous souvenez, tout le discours soutenu par la conservatrice et la superbe publication allaient dans le sens des «modes d’apparition de l’image et du statut privilégié concédé à l’effacement, au flottement, à l'estompement et à la dissolution [.], voire la désintégration» de l'image.Quelques mots pour vous parler, tel qu’on vous l’avait promis alors, du second de deux volets de l’exposition.On ne reviendra pas sur le travail de Michal Rovner dont on vous avait entretenu précédemment.Notez toutefois qu’une des deux images que l’artiste présente, Moon Struck (1995) est tout simplement saisissante d’ambiguïté.Magnifique.Autrement, Mireille Baril, dont on connaît le travail à la camera obscura, a investi le couloir de l’étage où se situe la galerie.Au mur est projetée une sorte de murale vidéo où la présence instable du spectateur s’inscrit en direct dans une série d’images vidéo diffusées en différé.Fantomatique, l’image d’ensemble, obtenue à partir d’un collage diffusé (et diffus) à partir de cinq lentilles, cache efficacement les traces de sa genèse.La dernière pièce, de Michèle Waquant, Pensée d’été.Pour Simone, de 1996, fait intervenir des références temporelles distendues.Fausse image fixe, à l’écran, un infini plan séquence sur une fenêtre ouverte montre les fluctuations de la lumière d’été sur un arbre derrière.A ses côtés, sur un autre moniteur, le portrait ancien d’une femme est traversé en transparence par des ombres agitées, rappelant visuellement le bruissement des feuilles dans les arbres.Fondant image fixe et mouvement selon une trame mnémonique séduisante, l’œuvre actualise autrement les accents que l’exposition cherche à saisir chez ces artistes.Contre toute attente, si ce volet n’est pas moins intéressant étant donné la problématique défendue, il apparaît moins percutant, peut-être à cause du parcours moins serré qu’il propose.Dommage qu’on n’ait pu réunir toutes ces œuvres en même temps.Le second volet complète admirablement le premier, mais sans lui semble moins solide.Peut-être est-ce à cause de mes réticences (Oh anathème!?!) face aux œuvres de Waquant.Difficile de rééditer la qualité inaugurale.N’empêche que ces deux expositions auront quand même fourni un des bons moments de la saison.I.V.I) E V 0 I 11 .I.K S S A M K I>l 2 1 K T D I M A X C II E 2 S M Al I il !» 7 .:^Âael * ;>! VU .K*:/.Jeux d’échange L’art argentin est présenté à Montréal par un volet figuratif FONDO NACIONAL DE LAS ARTES fet, le titre proposé en couverture du catalogue diffère de celui annoncé par la Ville de Montréal: de «Buenos Aires/Montréal.Œuvres picturales» à «Canada-Argentine, Sept artistes cpntemporains», le bond est majeur.Écart révélateur, l’énoncé officiel dépasse largement des cadres de ce que l’exposition dévoile.D’une part, Montréal-Buenos Aires, comme titre, suffi amplement à nommer ce dont il s’agit.Tractations diplomatiques obligent, sans doute, à gonfler la grenouille en bœuf.Sans les connotations nationalistes charriées par le titre pompeux, l’accent est mis sur l’échange entre deux villes.Les choix de Rodriguez n’ont pas été concrétisés en fonction de la représentativité de ces artistes face à la scène qui est la leur.Par contre, il n’y va pas non plus d’une sélection basée exclusivement sur des critères personnels.En dehors d’aspirations internationales, la galeriste a cherché à faire circuler des iconographies qui, tout en n’étant pas exclues des flux mondiaux de diffusions de l’art, appuient des imageries inscrites directement dans le paysage local et que l’on n’a pas souvent l’occasion de voir.Ainsi, les toiles d’Uriburu recensent des espèces menacées en Argentine (entre autres le sycomore): celles de Gorriarena sont aux prises avec des tensions politiques et sociales qui s’adaptent aux moyens crus qu’il privilégie; avec Cambre, sans doute le peintre le plus séduisant du groupe, dont les compositions s’approchent de certaines toiles de Michèle Assal, les effets de flottaisons des cuves représentées déjouent habilement la surface plane de la toile; restent les paysages de Robirosa, qui épousent la géométrie de tout un vocabulaire abstrait, reformulant le genre du paysage de façon intelligente.Ce qui frappe en entrant dans la salle, outre la facture singulière de ces FONDO NACIONAL DE LAS ARTES Ombu, huile sur toile de Nicolas Uriburu, 1990.toiles, c’est qu’elles sont sensiblement du même format.Qui plus est, elle semblent avoir été l’objet du même type de montage; elles ont toutes la même apparence physique, souffrant d’une homogénéisation gommant toutes les différences.Parce que doublement déterminée — par support et par format — la sélection donne l’impression injuste d’une production argentine monolithique (en fonction du titre donné par les instances culturelles argentines, en l’occurrence le Fondo Nacional de las Aries de Buenos Aires).Or, à examiner la sixième édition de la biennale de La Havane, essentiellement dévouée à l’art considéré comme tiers-mondiste, où une vingtaine d’artistes argentins étaient présentés, il en va d’un tout autre constat En effet tant la photographie que l’installation, pour ne nommer que celles-là, y tenaient l’affiche.A noter la participation d’Uriburu à la biennale de 1994, où il présentait une immense composition, proche en esprit d’une des toiles qu’il expose ici, où est reprise la silhouette de l’Amérique du Sud, avec l’axe nord-sud inversé face aux conventions cartographiques.Une fois pris en considération l’éclectisme de l’art argentin, on se demande pourquoi on n’a pas cherché à rendre une vision moins globalisante que ce que laisse entendre le titre officiel.Le public montréalais connaît déjà les travaux de Guillermo Kuitca (né à Buenos Aires) à travers l’exposition que lui consacrait le Musée d’art contemporain de Montréal en 1993.On se souvient de ses lits couverts de cartes géographiques.Mais là on se colle aux canons de l’art international.Cela dit, le titre montréalais de l’événement insiste pour spécifier qu’on présente jci d’œuvres strictement picturales.Évident?Détail anodin?Cela concerne surtout la manière avec laquelle on construit la cartographie des arts considérés «autres» en fonction des questions nationales, ce qui n’est pas peu.L’initiative de la galeriste Rodriguez est éminemment louable.Tout autant que les questions passionnantes qu’elle soulève.Les ponts jetés entre différentes cultures seront toujours accueillis bras ouverts.Spécifique à ce projet, le jeu de la critique, obligée (mais de bonne grâce!) d’établir ses jalons sans connaissance de cause, forcée de renoncer aux filets de sécurité que lui procure normalement la connaissance approfondie de ce dont elle parle.Sans textes préparatoires, avec nulle autre information que quelques diapositives (!) pour travailler, les critiques étaient en quelque sorte livrés à eux-mêmes.Tous les critiques ont soit intégré cette épineuse (et néanmoins amusante) question ou en ont fait l’objet principal de leur commentaire, comme le critique argentin Fabiân Lebenglik, loquace: «l’expérience de Lilian Rodriguez place le discours critique à la limite de sa disparition, pour lui permettre finalement de se transformer; voilà le point saillant de l’échange».Sans contredit, cette exposition reste à voir, comme une tranche, très précise, de la culture visuelle argentine.Comme un effet repoussoir, cette exposition nous informe autant de la manière avec laquelle les choses sont faites ici autour de thèmes souvent rencontrés.Malgré que ces artistes, notamment Uriburu, favorisent également des interventions beaucoup plus radicales, ces œuvres, bien servies par un accrochage impeccable nous laissent en terrains connus, hormis leur provenance.Toutefois, la calme maîtrise avec laquelle elles établissent leur propos peut provoquer des haussements de sourcils.Un travail compétent BUENOS AIRES/MONTRÉAL Œuvres picturales Josefina Robirosa, Juan José Cambre, Carlos Gorriarena, Nicolas Uriburu Maison de la culture Côte-des-Neiges 5290, chemin de la Côte-des-Neiges Jusqu’au 8 juin conjointement par les Maisons de la culture Côte-des-Neiges et Notre-Dame de Grâce en mars dernier, également avec la Triennale internationale Xylon, dont la 12e édition prenait place à Frontenac réunissait les œuvres d'artistes provenant de 38 pays.Ces jours-ci, Frontenac, avec l’exposition 6 x 6, et Côte-des-Neiges, avec des tableaux qui nous proviennent d’Argentine, récidivent avec des événements de la même envergure.Départ pour l’Argentine.Santuario, acrylique sur toile de Carlos Gorriarena, 1994.Depuis l’amorce d’un virage communautaire dans le réseau des Maisons de la culture de la ville de Montréal, le cycle des expositions connaît des fluctuations spectaculaires pour ce qui est de la nature des objets présentés.Normal.Le mandat adopté ouvre les portes à toutes sortes d’expositions provenant de tous les horizons des pratiques culturelles, du plus vénérable artisanat au non moins considérable design, en passant par le dessin, la photographie documentaire, etc.Bien d’autres types de productions garnissent l’horaire de ces lieux de diffusions indispensables, ce qui laisse moins de place pour ce qu’on nomme, bien maladroitement parfois, mais toujours selon une pulsion maladive à la hiérarchisation, les «arts visuels».Cet élargissement défendable à plus d’un point de vue et cette ouverture à des artistes n’appartenant pas à la catégorie dite des «professionnels de l’art» demeurent toutefois problématiques, du moins en regard de cette chronique.Sans porter atteinte à la qualité des productions qu’un tel programme défend, ce créneau particulier s’adapte souvent bien mal au cadre strict qu’annonce le titre de notre colonne hebdomadaire.Or, on remarque qu’en cette fin de saison, les Maisons de la culture sont le théâtre d’expositions qui découlent d’échanges culturels hors frontières: d'abord avec les œuvres de l’Association Camille, de France, présentées À l’aveuglette Une vingtaine de tableaux figuratifs caractérisés par un emploi franc des couleurs aux propos politiques ou plus proprement picturaux: voilà les travaux de quatre artistes argentins — Josefina Robirosa, Juan José Cambre, Carlos Gorriarena et Nicolas Uriburu.Entre eux et nous, rien.Rien dans la mesure où nous ne connaissons pas l’étendue de leurs pratiques, ni leurs réalisations précédentes, encore moins, sauf exception, le milieu et la tradition artistiques dont ils sont issus.C’est exactement le jeu qu’a voulu proposer à ces artistes la galeriste Lilian Rodriguez, l’instigatrice de ce projet.Un jeu auquel se sont prêtés quatre critiques montréalais — Pascale Beau-det, Gaston Saint-Pierre, Manon Morin et Sylvie Janelle —, à qui elle a demandé de commenter ces productions «à l’aveuglette», pour citer du catalogue le çritique argentin Fabiân Lebenglik.À l’inverse, les œuvres de trois artistes, ayant exposé récemment à la galerie Lilian Rodriguez, Nick Brdar, Juan Schneider et Ginette Déziel partiront bientôt pour Buenos Aires, pour être de la même manière livrées au commentaire et à la réception des critiques et amateurs d’art argentins.Curieusement, un glissement important s’est produit dans le titre donné à l’exposition selon qu’il provienne des instances argentines ou des gens qui ont mis le projet sur pied.En ef- PoInte-à-Callîère b ju»m Musée d’archéologie et d’histoire de Montréal 350, place Royale Angle de la Commune Vieux-Montréal (514) 872-9150 ëu CECM H- 1*1 Espace 524 372.rue Ste-Catheriné Ouest, Montréal, Québec Horaire : jeudi à dimanche incl., 12 h OO à 18 h 00 CAROL LAVOIE /ftor/ a/ztof//' Jusqu'au 27 mai EXPOSITION JEANNE RHÉAUME DU 26 MAI AU 11 JUIN GALERIE WALTER KLIN K HO FF INC.4 juillet: Les portraits de Renoir au Musée des Beaux-Arts d’Ottawa 21-24 juillet: Rochester et les Finger Lakes architecture, peinture, photographie, cristallerie, paysages et vignobles Informations et itinéraires détaillés sur demande: VOYAGES LA PROMENADE TÉL.: (5 H) 97d-2633 ou 1-800-265-0218 n Permu» du Québec 16 tuu di'.r/frWWirJ John Scott: EN6INES §f ANXIETY à la Galerie du Centre des arts Saidye Bronfman et au Musée des beaux-arts de Montréal 1380 Sherbrooke 0., Montréal (514) 285-1600 Pavillon Jean-Noël Desmarais, Niveau S2 du 8 mai au 22 juin 1997 ___________________________________ _ t fëputÿQ.Galerie du Centre des arts Saidye Bronfman 5170 Côte-Ste-Catherine, Montréal H3W1M7 Tel.: (514) 739-2301 Fax: (514) 739-9340 —AT&T Canada O Avenor YM-YWHA L K I) K V (Mil.I.K S S A M K DI 2 1 K T I» I M A X < Il I M Al I !» !> i â I) î) L’art actuel en quelques Lignes LIGNES CEuvres de Ber nar Venet An Musée du Québec jusqu’au 7 septembre RÉMY CHAREST CORRESPONDANT DU DEVOIR À QUÉBEC La présence de l’accidentel dans l’art actuel, on peut en parler abondamment avec les Lignes de l'artiste français Bernai' Venet, qui devait réaliser cette installation présentée au Musée tout au long de l’été en laissant une bonne dose de hasard en dessiner les formes.Soumise à un autre genre d’accident, l’exposition qui a effectivement lieu a pris une autre* forme.L'idée de Y Accident qui devait avoir lieu mercredi dernier était de faire tomber brusquement sur le sol une série de barres de fer droites alignées verticalement contre un mur, comme un gigantesque jeu de jonchets.Ainsi en aurait résulté une dispersion accidentelle montrant à la fois, selon l’artiste, l'alignement d’origine — par les barres restées à la verticale — les traces de l’accident — par les marques imprimées au mur par les barres en chute — et un nouvel arrangement aléatoire.Les lois de la résistance des matériaux en auront toutefois décidé autrement.Io plancher de la salle d’art contemporain du Musée du Québec, voyez-vous, est recouvert d’un parquet de bois franc.Des ingénieurs en structure consultés sur l’impact de l’opération proposée s’étant montrés plus qu’inquiets, l’idée de faire tomber une vingtaine de lourdes lignes de métal a dû être abandonnée.Même si on peut s’étonner passablement que les responsables du Musée n’aient pas vu venir le coup — c’est le cas de le dire! —, l’artiste semble s’être accommodé assez bien de la tournure des événements.Quelques barres sont tout de même tombées, sur un arrangement plus volontaire réalisé par Bernar Venet.L’accident au cœur de l’œuvre aura été remplacé par un accident entourant sa réalisation: ose-rait-on parler de méta-accident?Quoi qu’il en soit, l’installation résultante est bien là, sur le plancher de la salle 1.Mais on peut se demander si elle serait aussi parlante sans l’anecdote qui l’accompagne.Pour témoigner de la présence des lignes pures dans l’œuvre de Venet, actif depuis le début des années soixante dans le monde de l’art contemporain, l’installation est accompagnée de deux dessins de grand format et d’un bas-relief placés dans le couloir attenant à la salle, comme une réponse murale et principalement bidimensionnelle à l’étalage au plancher de l’installation.S’ajoute aussi à ces réali- sations intérieures une élégante et imposante œuvre intitulée Deux arcs de 245,5 degrés chacun, réalisée expressément pour le Musée du Québec* à la Chaudronnerie navale (iuiberteau de Val Alain.Ces deux grands arcs de cercle d’aluminium de près de cinq mètres de diamètre trônent maintenant, de façon permanente, à l’arrière du Musée, entre le hall principal et le fleuve, un paysage majestueux auquel l’œuvre sait bien s’imposer.Au total, dans ce passage québécois, Venet semble plus convaincant par ses courbes que par ses lignes droites.EDMUND ALLEYN Les horizons d’attente, 1955-1995 Au Musée du Québec du 28 mai au 7 septembre Mercredi prochain, le Musée du Québec ouvrira aussi les portes de la grande rétrospective Edmund Alleyn présentée à l’origine il y a un an, au Musée d’art de Joliette.MUSÉE DU QUÉBEC Bernar Venet, Accidents, 1996 Artiste au parcours singulier dans l’art contemporain québécois, Alleyn passe, au lil des ans et de ses dépaysements, d’un travail abstrait qu’on ixnirrait apparenter à celui de Bor-: duas ou Perron, à des dessins et tableaux aux consonances^ |X)|>£U*t, puis à des tableaux et installations jouant autour de l'hyperréalisme avec un sens unique de la mise en scène.Dans son travail s’entremêlent des éléments ludiques et d’autres plus lourds de sens, l’ensemble prenant souvent une étonnante ampleur expressive aux couleurs plutôt tragi-comiques.Dans l’exposition Les Horizons d'attente, une des installations présentées montre des gens tournés vers un coucher de soleil.Si la météo ne s’améliore pas, on pourra toujours aller voir celui-là, en étant toutefois prévenu qu’on risque bien, en ressortant, de ne plus voir ceux du dehors tout à fait de la même manière.1 I m.c i » frirccicw 'Güürcfu m*- ••Miru-j SUS® j*»: ¦ .11* a Portes ouvertes le dimanche 25 mai ournee r musées dans 28 musées et circuits d’autobus gratuits vers la plupart des musées participants.A partir de vos préférences, bâtissez-vous un programme selon les quatre circuits offerts.Dès 9 h montez à bord d’une des navettes gratuites de la STCUM à l’un des trois points de départ : le Centre Infotouriste au Carré Dorchester; le Musée Stewart et le Musée d’art de St-Laurent.Les correspondances d’un circuit à l’autre seront possibles uniquement au Centre Infotouriste, et ce, jusqu’à 17 h 30.(Express Cet événement a été rendu possible grâce à l'appui de La fondation American Express.Cette journée s'inscrit dans le cadre de !a Semaine des musées québécois.® STCUM s/ AMERICAN EXPRESS Renseignements : InfoArts Bell 790-ARTS SâK INFOTOURISTE Patrimoine l + l canadien Le Devoir “CM shf®a*cttr -wwf Ville de Montréal 1) K) I.K D K V 0 I H .I.K S S A M K 1)1 2 I E T I) I M A N (' Il K 2 5 M Al I !MI 7 Odicr soir étaient annoncés Ces noms des gagnants du concours Commerces (Design iMontréal 1997.Restas et boîtes à la modej salon de coiffure chic: le choix du jury de cette année LE DEVOIR / tTOs'i- !W témoigne d’un boom indiscutable dans le commerce de lu^e montréalais.Tas sûren revanche, qu ’une telle débauche de design branché encourage les petits commerces de quartier à se faire embellir par des v
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