Le devoir, 14 février 1997, Cahier A
PP—; X> -f FONDE EN 1910 ?— François Brousseau PERSPECTIVES La Suisse, les nazis et nous Le Congrès juif mondial a mené campagne en 1996 pour que la Suisse affronte son passé de «banquier des nazis».Berne vient d’accepter la constitution d’un fonds spécial pour réparer les torts causés aux victimes de l’Holocauste.Mais au delà de «l’or nazi», l’affaire a eu de nombreuses répercussions partout en Occident.LJ Histoire — avec un grand H — est longue.Elle revient régulièrement nous hanter, avec ses révélations, ses ambiguïtés et ses questions déplaisantes.Les célébrations du 50e anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale — qui avaient naturellement mis l’accent sur la magnificence de la Libération — sont loin derrière nous.Mais les relents de cet événement central du siècle, qui n’a épargné aucun pays de l’hémisphère nord, n’ont pas fini de chatouiller nos narines.A preuve, la nouvelle fièvre autour de «l’or nazi» et des juifs spoliés, dont les survivants et descendants demandent aujourd’hui réparation.Selon Elan Steinberg, directeur exécutif du Congrès juif mondial, il s’agit là de rien de moins que du «dernier chapitre de l’Holocauste» en train de s’écrire sous nos yeux.Du dernier «règlement de comptes» relatif à cette tragédie — financière, mais aussi et surtout moral.Ce scandale a commencé par la mise en cause de pays qui s’étaient abrités, entre 1939 et 1945, sous le parapluie de la neutralité: la Suède, l’Espagne — et, surtout, la Suisse et ses banques dont le secret est un dogme national.Mais peu à peu, il a fait boule de neige et forcé tout le monde, ex-Al-liés inclus, à replonger dans les eaux troubles du passé, comme Le Devoir en a donné cette semaine d’éloquents exemples: les musées français pleins de trésors volés; le comportement scandaleux du gouvernement fédéral canadien qui ferma ses portes à des milliers de juifs persécutés, avant de se faire laxiste, quelques années plus tard, à l’égard des tortionnaires nazis.Ces derniers mois, les banques suisses se sont retrouvées en accusation parce qu’elles ont servi de cachette pour l’argent, les lingots et les actifs divers extorqués aux juifs — et plus généralement aux pays occupés par la Wehrmacht: une valeur, en dollars d’aujourd’hui, de plusieurs milliards.Même si elle apparaît symbolique au regard du tort causé, la décision de trois banques suisses — entérinée par Berne début février —, de créer un fonds de quelque 100 millions de dollars pour dédommager les survivants et descendants des victimes de l’Holocauste, a été bien accueillie.Un journal comme La Tribune de Genève a toutefois pris garde de verser dans l’autosatisfaction.«N’en déduisons pas pour autant que ces banques tombent dans la philanthropie et acceptent [.] de payer tribut pour redonner [.] au pays une meilleure réputation.Ces 100 millions représentent moins de 3 % de leurs bénéfices nets de 1995.On peut les considérer comme une assurance prise contre les risques futurs», commentait récemment l’influent quotidien, évoquant la campagne de harcèlement et les menaces de boycottage du Congrès juif mondial.L’intérêt avant la morale, donc.Mais il y a pire: il est en effet possible que ces sommes ne se rendent jamais à ceux qu’elles doivent dédommager.C’est qu’on annonce déjà d’interminables procès pour déterminer qui touchera quoi.Malgré leurs limites et le côté parfois intéressé qu’il y a à déterrer les cadavres dans le placard du voisin — pensons à la toute récente affaire Roux et au barrage antiquébécois auquel elle a donné lieu dans la presse d’outre-Outaouais —, le retour sur le passé reste nécessaire et salutaire parce que personne n’est au-dessus des reproches.«Assoiffées de bonne conscience, des sociétés fort diverses ont freiné ou frauduleusement orienté leur quête de la vérité.Laissant ainsi dans l’ombre des pans entiers de leur propre passé, elles refusaient aux jeunes générations les moyens de comprendre leur présent et de préparer lucidement leur propre avenir», déclarait Claude Julien au colloque Les Echos de la mémoire tenu à Paris en juin 1990.Il n’y a pas que la Deuxième Guerre mondiale ou l’Holocauste.Des tragédies comme celles du Cambodge et du Rwanda forcent également à l’examen de conscience.Elles ont mis en cause l’Occident et ses liens avec les élites de ces pays.Une certaine France qui forma les intellectuels cambodgiens, avant que ceux-ci ne dévastent leurs patrie, armés de leur maoïsme parisien.La Belgique (et plus généralement l’Occident colonisateur) et ses responsabilités devant les malheurs du Rwanda et de l’Afrique centrale.Et que dire du Canada qui laissa entrer chez lui, comme dans un moulin, tels tortionnaires de Kigali, de Port-au-Prince ou de Phnom Penh?Entre le ressassement stérile et le refoulement dangereux, entre la défense contre la diffamation et l’au-toabsolution facile, un retour critique sur le passé s’impose et s’imposera toujours devant de telles tragédies, qui mettent en relief l’horreur et l’ambiguïté humaines, trop humaines.Un nécessaire règlement de comptes Montréal Neige débutant en matinée.Max: -1 Min:-18 Québec Neige débutant en après-midi.Max: -7 Min: -23 Détails, page B 6 INDEX Agenda .B 7 Idées Ail Annonces.B 6 Le monde .A 8 Avis publics .A 9 Les sports.B 6 -A 6 A 3 Culture .B 8 Mots croisés.B 6 Économie.A 6 Politique .A4 Éditorial A 10 Télévision.B 8 LES ACTUALITES Un appel à la résistance des catholiques, page A 2 LE MONDE Immigration: les intellectuels français se mobilisent, page A 8 CULTURE La saga Falardeau se poursuit, page B 8 Chrétien parle «d’investir» La pauvreté infantile, la santé et la recherche universitaire profiteront de l’embellie MANON CORNELLIER DE NOTRE BUREAU D’OTTAWA Le gouvernement fédéral gardera le cap sur la lutte au déficit mais répondra aussi, en cette année électorale, aux attentes des citoyens par l’entremise de mesures dans le domaine de la santé, de la recherche universitaire et de la lutte à la pauvreté infantile, a indiqué hier le premier ministre Jean Chrétien.«Nous ne nous écarterons pas de notre rigueur budgétaire.Ce n’est pas le temps d’abandonner», a-t-il prévenu dans un premier temps, alors qu’il s’adressait aux membres du Ottawa-Carleton Board of Trade.Mais il a aussitôt ajouté que «dans notre prochain budget, à mesure que nous apercevons la lumière au bout du tunnel, nous pouvons commencer à investir sagement pour l’avenir».«La tâche n’est pas terminée, mais on commence à voir la lumière au bout du tunnel.Nous commençons déjà à bénéficier des résultats», a-t-il insisté.La lutte contre la pauvreté infantile sera la priorité et des mesures concrètes devraient être connues au cours des prochains jours, a-t-il précisé.On s’attend à ce qu’il annonce, dans le budget de mardi prochain, un nouveau programme de prestations pour enfants, fruit d’une entente de principe conclue avec les provinces.M.Chrétien a reconnu que ce ne sera que «le début de la solution», un «versement initial» sur les dividendes générés par la lutte au déficit.Le premier ministre a aussi indiqué que le ministre de la Santé David Dingwall répondrait d'ici quelques semaines au rapport du Forum national sur la santé, qui recommandait d’étendre l’assurance-maladie VOIR PAGE A 12: CHRÉTIEN Cœurs chauds sous la neige JACQUES NADEAU LE DEVOIR JULIE ET JONATHAN jouaient hier les Roméo et Juliette près du cégep du Vieux-Montréal.À défaut du célèbre balcon des amants de Vérone et du climat de la Vénétie, nos amoureux se satisfont d’une rue de Montréal sous la neige.Il n’y a pas de latitude pour la romance.Lire autres textes en pages A 11 et B 1.Le dard de la mort V A Montréal, un nombre élevé de toxicomanes contractent le VIH à cause de seringues souillées Utiliser une seringue de seconde main, c’est s’exposer au VIH.A ce sida qui est synonyme de mort.Pourtant, il y a encore des toxicomanes qui se servent de seringues souillées.Résultat?Montréal est une des villes où le pourcentage de toxicomanes ayant contracté le VIH est actuellement un des plus élevés, si ce n’est le plus élevé, en Occident.SERGE TRUFFAUT LE DEVOIR Le Bunker et L’Anonyme sont des lieux où les utilisateurs de drogues intraveineuses, les UDI comme les ont baptisés les fonctionnaires, peuvent se procurer des seringues vierges.Il y a Le Bunker, il y a L’Anonyme et il y a aussi, voire surtout Cactus.Cactus est situé sur le côté ouest de la rue Sanguinefi à une vingtaine de pas au sud de la rue Sainte-Catherine.Juste en face, on construit actuellement le futur pavillon des services administratifs de l’UQAM.Plus exactement Cactus occupe un espace que lui prête le VOIR PAGE A 12: DARD La dispute Mirabel-Dorval ADM pourrait contourner l’injonction Selon son président, il existe plusieurs moyens riales, responsable des pages thématiques); Martin Duclos et Christine .Dumazct (relecteurs); Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes); à l'information culturelle; Michel Bélair (responsable), Stéphane Baillargeon, Pierre Cayouette, Paule des Rivières, Ionise Le- ' duc, Jean-Pierre Legault, Benoit Monger.Odile Tremblay; à l’information économique; Gérard Bérubé (adjoint au directeur de , l'information).Robert Dutrisac.Jean Pichette, Claude Turcotte; à l’in- , formation internationale: Jocelyn Coulon (adjoint au directeur de l'in- , formation), François Brousseau (éditorialiste), Claude Ijévesque: à l’information |H>litique: Pierre O'Neill.Manon Corncllier (correspondante 1 parlementaire à Ottawa).Mario Cloutier et Gilles Lesage (correspondants parlementaires à Québec).Michel Venne (correspondant parlemcn- ; taire et éditorialiste à Québec); à l'information sportive: Yves d’Avignon; Marie-Hélène Alarie (secrétaire à la rédaction); Isabelle Hachey, Marie-Claude Petit (commis).L-i documentation: Gilles Paré (direr- ’ leur); Brigitte Arsenault.Manon Derome, Serge Laplante (Québec), Rachel Rochefort (Ottawa).LA PUBLICITÉ ET LE MARKETING Martine Dubé (directrice).Daniel Barbeau (directeur adjoint), Jacqueline Avril.Jean de Billy, Brigitte Cloutier, Gyslaine Côté.Marlène Côté, Christiane Lcgault.Jacques A.Nadeau, Guylaine Ouellet.Micheline Ruelland (publicitaires); Sylvie Importe, Nathalie Lemieux.Claire Pa- 1 quet.Pierrette Rousseau.Micheline Turgeon; Francine Ouellet (secré- > taire).IA PRODUCTION Jocelyn Arsenault (directeur des approvision- * nements, distribution et production).Marie-France Turgeon (responsable , de la production).Claudine Bédard, Johanne Brunet.Danielle Cantara, .Richard Des Cormiers, Marie-Josée Hudon, Sylvain Lesage, Christian ’ Vien, Olivier Zuida.SERVICE À IA CUENTÈUi Johanne Brien (responsable).Evelyne Labonté (responsable à la promotion des I abonnements).Manon Blanchette-Turcotte, Monique L’Heureux.Lise Lachapelle.Rachelle Leclerc-Venne.L'ADMINISTRATION Yves Bou-thiette (contrôleur).Daily Dépatie (adjointe à l'administration et responsable des ressources humaines).Nicole Carmel (responsable des services comptables).Jeanne-d'Arc Houde (secrétaire à la direction); Céline Fu- ' roy, Ghislaine Lalleur.Nathalie Perrier.Danielle Ponton.Danielle Ross.LÀ FONDATION Dll DEVOIR Marcel Couture (président), Roger .Boisvert (vice-président exécutif et directeur général).U I - - ¦¦ r- ¦t A 12 I; E 1) E V 0 I II , L E V E N I) R E I) I I I V E V II I E II 19 9 7 -* LE DEVOIR ?-—- ACTUALITES Jeanne la Pucelle au théâtre Maisonneuve / CHRETIEN Faire taire les critiques Au bûcher ! JEANNE LA PUCELLE livret et paroles de Vincent de Tourdonnet.Version française d’Antonine Maillet.Musique de Peter Sipos.Arrangements de Doug Besterman.Mise en scène de Martin Charnin.Costumes de Jean Blanchette.Décors de Ming Cho Lee.Éclairages de Ken Billington.Avec Judith Bé-rard, René Simard, Marc Poulin, Patrick Olafson-Hénault, Peter Zinko, Richard Groulx, Pierre Bénard, Sylvain Scott, George Evans, etc.Au théâtre Maisonneuve de la PdA jusqu’au 23 mars; au Capitole de Québec à partir du 17 avril.SYLVAIN CORMIER Quand vient le temps de recenser une comédie musicale, les journaux québécois ne savent jamais qui envoyer au bûcher.Pour Demain matin, Montréal m’attend, c’était le critique de théâtre qui s’y était collé, rapport à l’ensemble de l’œuvre de Tremblay.Pour The Phantom Of The Opera, on déléguait le gars des variétés.Le problème étant que le musical ne fait jamais que passer à Montréal.C’est à chaque fois un événement, qui dépasse le contexte de la critique ponctuelle.Il s’agit moins de mettre une production en perspective que d’encourager une belle initiative.Que dire, sachant cela, de cette Joan Of Arc traduite, créée en anglais à Montréal, présentée ici avant le séjour annoncé à Broadway?Il faudrait en dire du bien, suppose-t-on, pour ne pas nuire à l’effort de guerre, des fois qu’il n’y en aurait jamais d’autres.Eh! bien, tant pis.Une fois vu, malgré le peu que l’on sait du genre, le plus pur néophyte comprenait qu’il était en présence d’une maladroite émulation du drame musical à la Andrew Lloyd Webber et qu’il assistait à un genre d’Evita médiévale pour Canadiens américanophiles.C’était l’équivalent théâtral d’un sitcom de la CBC cherchant à imiter Friends ou Seinfeld: ça fleurait la recette à plein nez.Au lieu de créer des chansons véritablement majestueuses et classiques qui auraient conféré à cette Jeanne une sensibilité plus.européenne, on se contentait de mélodies pop fades et légères avec renforts de batterie et de guitares électriques, utilisées à total contre-emploi.Le riff semi-fuzz soulignant le caractère rude des gens d’armes était en cela d’un ridicule consommé.Quelques airs sauvaient tout juste la face: la chanson-thème par Jeanne en première partie, le duo Jeanne-Charles VII en seconde.On constatait, à entendre dès l’entracte des spectateurs 'murmurer «quelle belle grosse production» à qui mieux mieux, que la valeur marchande de Jeanne la Pucelle ne serait mesurable qu’en nombre de costumes et de comédiens, ou alors au gigantisme des décors (vitraux immenses, tapisseries éclatantes.).Le reste importait peu.Le plus souvent confuses et gratuites, les scènes de groupe servaient plus à l’étalage des atours et armures qu’à la fluidité du déroulement.Pour un sacre de Charles VII réussi, il y avait dix brouhahas incompréhensibles, où la plupart des personnages secondaires péchaient de toutes les façons: diction douteuse, élocution empâtée, gestuelle ampoulée.Seuls le Bedford de Richard Groulx et l’évêque de Marc Poulin s’en tiraient indemnes.Il fallait concentrer son attention sur la Jeanne de Judith Bérard pour souffrir l’ensemble.Comédienne moyenne, elle était parfaitement crédible et radieuse lorsqu’elle chantait Transfigurée.L’expérience de Starmania la servait non seulement parlait et chantait-elle de façon à se faire comprendre, mais elle s’appropriait chaque inflexion.On ne pouvait en dire autant du sympathique René Simard, qui aurait dû camper un Charles VII naïf et tragique mais ne parvenait qu’à donner dans le vaudeville et le pathos.Parti juste avant le tableau du bûcher, tombée oblige, je n’aurai pas vu Jeanne brûler.Qu’à cela ne tienne: cette production sentait déjà le roussi.(Repris de notre deuxième édition d’hier) Judith Bérard, dans le rôle de Jeanne: le meilleur élément de cette production S.V.P.Assurez-vous que ce papier journal soit recyclé.SUITE DE LA PAGE 1 aux médicaments et aux soins à domicile.Là aussi, on parle de mesures concrètes à annoncer.Jean Chrétien a par ailleurs révélé qu’Ot-tawa aiderait à moderniser et à accroître les installations scientifiques des universités, à améliorer la recherche dans les hôpitaux universitaires, à accroître les investissements dans les technologies de pointe, dans la recherche et le développement Bien que visibles et donc électoralement rentables, ces mesures s’annoncent modestes car si la performance financière du gouvernement est meilleure que prévue, il n’est pas question de se remettre à dépenser sans compter, a déjà prévenu le ministre des Finances, Paul Martin.Le discours de M.Chrétien donnait un avant-goût du message électoral libéral, qui consiste à présenter le gouvernement comme étant à la fois compatissant et bon gestionnaire.Il a longuement insisté sur le fait que la lutte au déficit allait mieux que prévu et que son gouvernement faisait des efforts pour créer des conditions favorables à la création d’emploi en encourageant les exportations, en renouvelant le programme d’infrastructures, en investissant dans les secteurs de pointe et en établissant des partenariats avec les provinces et le secteur privé.Le premier ministre Jean Chrétien voulait clairement faire taire ses critiques, qui se font de plus en plus entendre à quelques mois des élections.En matière constitutionnelle, par exemple, il a vanté les mérites de son approche étapiste et coopérative avec les provinces.Selon lui, le statu quo est une illusion et il en veut pour preuve, entre autres, la conclusion d’ententes fédérales-provinciales sectorielles, l’adoption d’une résolution parlementaire sur la société distincte et d’une loi sur les vetos régionaux.Aux chômeurs qui, depuis son passage à la télévision avant Noël, l’accusent d’être insensible à leurs difficultés, il a dit comprendre leur situation.Mais il a rappelé qu’on prédisait, grâce à l’amélioration des conditions économiques et aux efforts de son gouvernement, la création de 300 000 emplois au cours des deux prochaines années.L’opposition a immédiatement interprété le discours de M.Chrétien comme le coup d’envoi officieux de la prochaine campagne électorale.Le chef bloquiste Michel Gauthier a comparé le premier ministre à Pinocchio, surtout lorsqu’il dresse un portrait favorable des relations fédérales-provinciales.«La belle compassion dont a fait montre le premier ministre ce midi est l’aveu de sa culpabilité», a renchéri le critique financier du Bloc, Yvan Loubier.11 a fait remarquer que le gouvernement se préparait à investir dans la recherche universitaire, la lutte à la pauvreté et la santé, après avoir lui-même sabré 4,5 milliards de dollars, en quatre ans, dans les transferts destinés à l’éducation postsecondaire, la santé et l’aide sociale.Le Bloc, qui a fait connaître hier ses attentes en matière budgétaire, estime que le gouvernement bénéficie d’une marge de manœuvre oscillant entre huit et quatorze milliards de dollars, grâce surtout aux compressions effectuées dans les transferts aux provinces, au surplus accumulé au compte de l’assurance-chômage et à l’augmentation des revenus du gouvernement.Les bloquistes exigent, par conséquent, que le fédéral ralentisse un peu le pas.Tout en visant un déficit zéro en l’an 2000, Ottawa devrait redonner aux provinces les 4,5 milliards retranchés à leurs transferts.Le BQ recommande aussi que le fédéral cesse d’utiliser les surplus de la caisse d’assurance-chômage pour éponger une partie du déficit et qu’il s’en serve plutôt pour offrir une meilleure protection aux chômeurs et pour réduire le taux de cotisation.Selon le dernier budget, le déficit pour l’année fiscale 1996-97 devait atteindre 24,3 milliards, et celui pour l’année 1997-98,17 milliards.Il semble cependant que le gouvernement pourrait approcher dès cet année l’objectif fixé pour l’an prochain, d’où les pressions pour qu’il jette du lest SUITE DE LA PAGE 1 aurait alors tout loisir d’en modifier les paramètres pour contourner l’injonction du juge Viau.Mais M.Auger ne semble pas privilégier cette voie.«C’est une hypothèse.Mais selon notre première lecture [du jugement], il ne serait pas nécessaire d’aller jusque-là, souligne-t-il.La grande région de Montréal se bat depuis 1987pour avoir ses aéroports et on les a eus en 1992.[.] Ce serait un royal pas en arrière que de s’en remettre entre les mains du fédéral.» Selon lui, il y a d’autres moyens pour contourner l’injonction.«On pourrait aller en appel quand même.Mais il existe plusieurs processus qui peuvent se faire parallèlement aussi.Il faut évaluer ce qui sera le mieux pour les objectifs qu’on poursuit.» Le processus qui sera privilégié, a-t-il ajouté, devra répondre à deux exigences fondamentales: être le meilleur moyen pour redresser la situation, et être le moyen le plus rapide pour le faire.Le président d’ADM a reconnu avoir eu ADM Ottawa des discussions hier avec le gouvernement fédéral.Les discussions n’auraient pas porté sur une solution à la crise.«On a seulement échangé de l’information sur notre compréhension du jugement.[.] On n’a pas parlé encore de solutions», a-t-il tenu à préciser.Pour sa part, même s’il s’est dit préoccupé par la situation, le ministre des Transports David Anderson a déclaré hier n’avoir pas encore pris de décision concernant une éventuelle intervention du gouvernement dans cette affaire.«On ne sait pas encore si c’est nécessaire [d’intervenir], ça dépendra de ce qu’ADM décidera de faire.On attend les discussions avec ADM, qui, je l’espère, débuteront rapidement», a-t-il expliqué hier, au sortir de la Chambre des communes, rapportait La Presse canadienne.Il a ajouté qu’une modification au bail liant ADM au gouvernement fédéral permettrait peut-être de dénouer l’impasse.«[Mais] on n’est pas totalement convaincu au sein du ministère que c’est nécessaire de changer le bail», a-t-il précisé.encore indécis Manquer le bateau?Dans quelle mesure la décision de la Cour supérieure du Québec d’interdire le transfert des vols réguliers internationaux de Mirabel à Dorval peut-elle porter préjudice à la grande région de Montréal?D’un côté, ADM affirme que cette décision aura des effets économiques néfastes pour la métropole en lui faisant manquer le rendez-vous de Y open skies (cieux ouverts) en avril 1997; de l’autre, la Coalition élargie pour le soutien de l’aéroport Mont-réal-Mirabel (CESAMM) allègue qu’ADM n’a jamais fait la démonstration que ce projet était bon pour la grande région de Montréal.Qui plus est, soutient la CESAMM, ADM aurait manipulé les résultats d’études compromettantes pour cacher des éléments qui allaient à l’encontre de l’argumentation d’ADM en faveur de son projet (voir autre texte en page A 6).L’entente ditp à «cieux ouverts» entre le Canada et les États-Unis a été signée le 25 février 1995.Selon ses modalités, les transporteurs canadiens ont des droits de route illimités de n’importe quel ppint au Canada à n’importe quel point aux États-Unis.Les mêmes droits sont accordés aux transporteurs américains, sauf pour l’arrivée à Toronto, Montréal et Vancouver, qui ont bénéficié depuis deux ans de mesures transitoires — limite de vols des transporteurs américains vers le Canada, mais qui ne s’applique pas en sens inverse.Ces mesures transitoires prendront fin à Montréal et Vancouver en avril 1997, et à Toronto en avril 1998.Qui a bénéficié le plus à ce jour de l’entente dite à «cieux ouverts»?Les Américains.Les premiers résultats compilés de l’accord — en avril dernier—faisaient ressortir un important glissement vers le sud de l’industrie canadienne de l’aviation civile.Le bilan de l’an I était probant, selon les ajustements apportés à la version officielle d’Ottawa: 74 % des nouvelles routes entre les deux pays ont été introduites par les compagnies aériennes américaines.Et par extrapolation, jusqu’à 85 % des passagers qui se sont ajoutés sur ce marché ont voyagé sous bannière américaine.BLOC Deux thèses s’affrontent SUITE DE LA PAGE 1 sur le terrain des organisations ainsi que la popularité des candidats; ¦ un bulletin de vote sera expédié par la poste à tous les membres habilités à voter, au plus tard le 25 février; il permettra d’indiquer un premier, un deuxième et un troisième choix; il devra être retourné au secrétariat central de Montréal avant le 13 mars, et le dépouillement du vote aura lieu à l’occasion du congrès national du 15 mars; ¦ si le premier tour de scrutin ne permet pas de dégager un vainqueur, si aucun des six candidats ne recueille plus de 50 % des suffrages exprimés, celui qui sera arrivé au dernier rang et tous ceux qui n’auront pas obtenu 10 % du vote seront automatiquement éliminés; ¦ au deuxième tour, les officiers électoraux répartiront entre les candidats toujours en lice; si personne n’en sort gagnant, l’on procédera à un troisième tour.Où est le problème?Dans l’interprétation des règles, dans l’éljmination des bulletins jugés invalides.A l’occasion du premier débat des candidats, jeudi dernier au Capitole de Québec, la direction du parti les a réunis pour tenter de trouver un terrain d’entente.L’électeur a-t-il l’obligation d’identifier trois différents choix?Les bulletins qui ne sont pas conformes à cette règle doivent-ils être déclarés invalides?Pendant plus d’une heure, on s’est crêpé le chignon, a-t-on confié au Devoir.Pour sa part, le chef sortant Michel Gauthier a piqué une sainte colère, faisant une mise en garde contre le danger d’une irrémédiable détérioration de l’unité du parti.Deux thèses s’affrontent ici.La première suggère que si les bulletins déclarés invalides se comptent par dizaines de milliers, les chances qu’un candidat recueille la majorité des voix exprimées seront d’autant plus réduites.Il est par ailleurs évident que s’il existe un mouvement «Anybody but Duceppe», il ne pourra se manifester efficacement que si l’électeur a obligation d’indiquer trois différents choix.C’est pourquoi l’invitation à la souplesse lancée par M.Duceppe a éveillé la méfiance des autres aspirants, qui allèguent que si les deuxième et troisième choix ne permettent pas la répartition d’un important pourcentage du vote, le congrès se terminera sans qu’on parvienne ,à élire un nouveau chef.A seulement dix jours de la date limite d’expédition des bulletins, l’impasse persiste.Le président des élections, Stéphane Garon, a déclaré hier au Devoir qu’il poursuit les pourparlers avec les six organisations mais qu’il n’y a pas d’entente prévisible avant la semaine prochaine.Or, conscient des risques du laisser-faire en de telles circonstances et soucieux de ne pas se retrouver devant un coup fourré, Rodrigue Biron a pris l’initiative en demandant à l’étude légale Boulianne, Roy, Leclerc de se pencher sur le dossier.L’avis juridique, dont Le Devoir a obtenu copie, réfère longuement aux Règles et procédures concernant l’élection de la présidence du parti au suffrage universel 1997, un texte adopté le 5 décembre par le bureau de direction du Bloc.La conclusion des conseillers juridiques de M.Biron est sans équivoque: «Seulement les bulletins sur lesquels apparaissent trois choix (c’est-à-dire le premier, le deuxième et le troisième) peuvent permettre d’atteindre la majorité absolue, ce qui signifie que tout vote qui ne permet pas d’atteindre cet objet est inutile et ne peut servir au décompte.Donc, il est invalide et ne peut être compté comme voix validement exprimée».Dans l’attente d’une décision de la présidence des élections, les candidats à la succession de Michel Gauthier poursuivent leur campagne avec une pugnacité inattendue.D’une assemblée à l’autre, les allusions caustiques et les échanges musclés se multiplient.Si on en croit un sondage dont les organisations s’échangent les résultats sous le couvert, ce style abrasif aurait contribué à faire fléchir les appuis de Gilles Duceppe.Ce sondage tend à démontrer que le député de Laurier-Sainte-Marie conserve néanmoins une confortable avance à la tête du peloton, suivi dans l’ordre de Rodrigue Biron et Yves Duhaime.Francine Lalonde, Daniel Turp et Pierrette Venne ferment la marche.le Devoir Les bureaux du Devoir sont situés au 2050, rue de Bleury, 9e étage, Montréal (Québec), H3A3M9.Place-des-Arts Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8h30 à 17h.Renseignements et administration: (514) 985-3333.Comment nous joindre?La rédaction Au téléphone Par télécopieur Sur Internet Agenda culturel La publicité Au téléphone Par télécopieur Extérieur de Montréal (514) 985-3333 (514) 985-3360 devoir@cam.org (514)985-3551 (514) 985-3399 (514) 985-3390 1-800-363-0305 (sans frais) Les avis publics et petites annonces Au téléphone (514) 985-3344 Par télécopieur (514) 985-3340 Les abonnements Au téléphone (514) 985-3355 du lundi au vendredi de 8h à 16h30 Par télécopieur (514) 985-3390 Extérieur de Montréal 1-800-463-7559 (sans frais) Version internet (514) 2766060 1-800-563-5665 Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir Inc.dont le siege social est situé au 2050, rue de Bleury, îr étage.Montréal.(Québec), H3A 3M9.H est imprimé par Imprimerie Québécor LaSalle, 7743, rue de Bourdeau, division de Imprimeries Québécor Inc., 612, rue Saint-Jacques Ouest.Montréal.L’agence Presse Canadienne est autorisée a employer et à diffuser les informations publiées dans Le Devoir.Le Devoir est distribué par Messageries Dynamiques, division du Groupe Québécor Inc.900.boulevard Saint-Martin Ouest.Laval Envoi de publication — Enregistrement no 0858.Dépôt légal; Bibliothèque natk’nale du Québec.DARD Le sida.une menace virtuelle SUITE DE LA PAGE 1 CLSC des Faubourgs, le CLSC qui dessert la population très hétérogène du centre-sud montréalais.Peu avant 20h, les travailleurs de Cactus investissent une partie du premier étage.Ils y installent une table et les bacs dans lesquels se trouvent des seringues enveloppées dans des sacs de plastique.A 20h, les portent ouvrent.Elles ferment à 3h le lendemain matin.Quatre soirs par semaine, un infirmier est présent Un autre soir, c’est le médecin qui est là.Tel qu’expliqué par Mario Bilodeau, coordonnateur de Cactus, le protocole établi par la maison consiste à échanger une seringue neuve contre une seringue usagée.Une neuve contre la seringue que dépose sur la table le consommateur d’héroïne ou de cocaïne.C’est un pour un, change pour change.Cela dit, si un usager arrive sans seringue dans ses poches ou son sac, il pourra s’en procurer des toutes vierges.Car ce que préconise Cactus, c’est «une seringue par injection».A cause des abcès qui s’impriment dans la peau lorsqu’on enfonce la même aiguille trois ou quatre fois, mais à cause surtout surtout du VIH.Ici à Montréal, comme partout en Amérique du Nord d’ailleurs, c’est davantage la cocaine qui est consommée que l’héroïne.En Europe, c’est le contraire.Si c’est celle-ci là-bas et celle-là ici, c’est qu’en la matière, il y a une espèce de géographie économique.Ainsi que l’a expliqué le docteur Julie Bruneau, coresponsable de La Cohorte Saint-Luc (du nom de l’hôpital) ainsi que professeur adjoint à l’Université de Montréal, cette prédominance de la cocaine sur le continent s’explique par la proximité de l’Amérique du Sud.En Europe, c’est la proximité notamment de la Turquie qui explique la domination de l’autre.A Montréal, on estime que 20 % environ des toxicomanes ont le VIH.Qui plus est, selon les précisions du docteur Bruneau, le taux de prévalence étant ce qu’il est, on s’attend que quatre à cinq personnes par année, sur 100 toxicomanes, contractent le sida après avoir usé d’une seringue souillée.Tous ces chiffres confondus, Montréal est devenue la ville, avec Vancouver, où le taux de prévalence est le plus élevé en Occident Pourquoi?Ce ne sont pas les raisons qui manquent.D’abord, il faut dire que Montréal est la plus grande ville francophone du continent.Cela explique ceci: les toxicomanes francos ont naturellement tendance à débarquer ici parce que c’est une grosse ville, un port, etc.Alors que les toxicomanes anglos se dispersent entre Vancouver, Toronto ou Chicago.Qui plus est, si le taux de prévalence propre à Montréal présente actuellement un profil plus dramatique qu’à New York, c’est qu’au sein de cette dernière, tous ceux qui d’une certaine façon étaient appelés, pour ainsi dire, à contracter le sida l’ont contracté.Cela étant, reste le paradoxe, l’incroyable, le difficile à comprendre.Reste le mystère.Depuis 1988, l’équipe de chercheurs que dirigent le docteur Bruneau et François Lamothe, professeur titulaire en microbiologie, soignent, protègent et informent les toxicomanes.Ils les suivent en quelque sorte à la trace depuis bientôt duc ans.Ils les suivent depuis si longtemps qu’ils ont constaté, qu’ils ont calculé que le nombre d’usagers au fait des dangers inhérents à la dynamique seringue-sida atteignait les 98 %.En outre, il faut souligner que 78 % d’entre eux savent où se procurer des seringues propres ou neuves.Enfin, il faut indiquer que ce sont davantage les consommateurs de coke qui attrapent le sida que les consommateurs d’hère.Bon.Allons-y.Il y a ceux qui contrôlent leur consommation.Ceux qui, comme l’a remarqué Mario Bilodeau, de Cactus, se piquent, grosso modo, tous les jeudis parce que c’est la journée de la paye.Ce sont des cols blancs et des cols bleus.Puis, il y a les jeunes et le drame.L’un des modèles les plus courants est le suivant: une fois par mois, la coke étant une drogue plus sociale que lliéro, ils partent sur la go.Ils sont trois ou cinq, ils se piquent.À la première piqûre, et si évidemment chacun a sa seringue, tout baigne.Si l’on peut dire.C’est ensuite que ça se gâte.Parce que même s’ils ont la possibilité de se procurer 7 ou 12 seringues, ils n’usent pas de cette possibilité.Comme l’a observé le coordonnateur de Cactus, «personne ne va dans les bars avec une vingtaine de seringues dans son sac».Ils se sont piqués une fois.Ils sont sur un high.L’effet de la coke est rapide dans tous les sens, c’est-à-dire qu’il retombe aussi vite qu’il a grimpé.Et alors?On se prépare une autre dose.«À ce moment-là, celui de l’injection, a noté le docteur Bruneau, la question de la seringue ne se pose plus.» Dans une recherche menée par le docteur Élise Roy, recherche menée auprès des jeunes du centre-ville montréalais, on apprend que 54 % des toxicomanes interrogés ont indiqué avoir emprunté une seringue dans les derniers six mois antérieurs à cette enquête.On apprend également que 53 % d’entre eux ont utilisé une seringue prêtée ou donnée par un tiers et non par un organisme comme Cactus.Pire, 26 des jeunes interrogés par l’équipe du docteur Roy ont dit qu’ils se sont déjà injectés avec la seringue usagée de quelqu’un qui avait le virus du sida; 12 d’entre eux le savaient au moment où ils l’ont fait.Est-ce à cause de l’instinct de mort?«Non.Je ne crois pas à cela», a confié le docteur Bruneau.Alors pourquoi?«Leur première préoccupation, c’est de ne pas faire une overdose.Leur deuxième, c’est de se procurer de la coke.Le troisième, c’est l’argent.Le sida vient bien après.» Le sida est vu comme quelque chose de très lointain dans le temps.Pour eux, le sida est une menace virtuelle.Brrr.
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.