Le devoir, 19 octobre 1996, Page(s) complémentaire(s)
LE DEVOIR V o L X X X V N " 2 4 4 ?M O N T R Ë A L , L Ë S S A M K I) I ID E T I) I M A N (' Il K 2 O O C T O 15 15 Ë I D D (> C A II I K 15 S LES ARTS LIVRES - y Le regard intérieur Jeanne-Mance Delisle, du collectionneur, ~ La Rouge, W Hf- page B 1 page D1 rs.LES ACTUALITÉS Enquête publique sur la SQ et suspension de Barbeau, page A 5 I , D 7 $ + T 1» S + T V u CAHIER SPÉCIAL U avenir de renseignement privé PERSPECTIVES La misère Aux quatre coins du monde, un phénomène multiforme et changeant La faim tue de plus en plus?Faux.Il y a un Nord riche et un Sud pauvre?Faux.Malgré la persistance inquiétante de la pauvreté et de graves inégalités dans le monde, certaines idées reçues sur la misère doivent aujourd’hui être révisées.Au sud de Chicago, le quartier attenant à l’université qui rendit célèbre l’économiste Milton Friedman et son école néolibérale, a des allures de zone bombardée, façon Beyrouth.Immeubles éventrés et squatters hirsutes au regard piauvais défilent, sur des rues et des rues de dévastation.A quelques pas à peine de la chic oasis clôturée d’un campus haut de gamme.Au delà du commentaire facile qu’inspire ce typique tableau américain, l’image montre aussi une réalité qui s’impose de plus en plus: le sous-développement, la pauvreté, cela ne se situe pas uniquement dans les campagnes et les bidonvilles d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine.Le concept de «tiers monde» ne correspond plus à une ligne de démarcation géographique claire, avec un Nord riche et blanc, et un Sud pauvre et basané.«Im pauvreté s’est mondialisée.Elle franchit les frontières sans passeport par l’intermédiaire de la drogue, de la maladie, de la pollution, des migrations, du terrorisme et de l’instabilité politique», déclarait cette semaine un dirigeant du PNUD, le programme pour le développement des Nations unies.Avec la sacro-sainte mondialisation, le tiers monde «sociologique» migre désormais: pendant que des centres urbains d’Occident se laissent envahir par le cancer du chômage, par la détérioration du bâti, le capitalisme, la consommation, la prospérité même, poussent inversement des pointes — en Amérique du Sud ou en Asie du Sud-Est — chez de nouvelles classes moyennes qui bousculent les vieilles aristocraties.Qu’est-ce que la pauvreté aujourd’hui?Qui est pauvre?Ni misère est-elle en hausse, comme nous le rapportait, en cette Semaine internationale pour l’élimination de la pauvreté, le PNUD avec ses «50 nouveaux pauvres à la minute», gagnant un dollar ou moins par jour?Ou est-elle au contraire en recul, comme l’indiquent d’autres statistiques provenant de la même agence: chute spectaculaire, de 73 % à 35 % entre 1960 et 1995, de la proportion de l’humanité vivant dans le «sous-dévelop-pement»; hausse à 75 % de la proportion des enfants qui, à l’intérieur même des pays les plus pauvres, mangent tout de même à leur faim?Le discours sur la pauvreté, c’est la tarte à la crème statistique par excellence.Tout le monde, sans jeu de mots, peut trouver à boire et à manger dans les chiffres disponibles, alimenter des visions optimistes ou apocalyptiques.Des données décourageantes côtoient d’autres chiffres qui laissent apparaître la nuance, un progrès relatif, un développement intéressant.Il y a pauvreté relative et pauvreté absolue.Il y a l’évolution dans le temps, qui annonce le progrès ou la déchéance, nonobstant le niveau d’où l’on part.Il y a ces membres des classes moyennes de pays riches qui, tout en conservant télévision, électroménagers et même voiture à la porte, sentent le sol se dérober sous leurs pieds.Et ces paysans du fin fond du Bengale-Occidental qui, à l’achat de leur premier tracteur, vous exprimeront toute leur confiance en l’avenir.En Asie du Sud-Est, des zones qui en 1950 croupissaient dans la misère, appartiennent désormais au cercle triomphant des Dragons orientaux; la pauvreté y devient relative et les nouveaux problèmes ont pour noms préservation de l’environnement, conditions du travail, etc.En changeant de visage, en migrant, la pauvreté recule et avance tout à la fois.Elle recule, car la faim comme processus physique entraînant la mort est un phénomène de plus en plus plus rare.Même en Haiti, pays peut-être le plus pauvre du monde, tout le monde va manger aujourd’hui.Pas toujours à sa faim, il s’en faut de beaucoup.Probablement de la canne à sucre, quelques fèves, un peu de riz.Et pourtant le PNUD (l’agence onusienne pour le développement) nous ressort cette année la statistique selon laquelle 11 millions d’enfants de moins de cinq ans (30 000 par jour) sont morts en 1995 pour des raisons reliées à une alimentation déficiente.Et d’un autre côté, il y a le triomphe simultané d’une certaine misère, spirituelle autant qu’économique voire physiologique.Les guerres qui génèrent des situations de pénurie.Les multitudes qui végètent, poussées par un chômage expulsant aux marges du système des millions de personnes.L’implosion de certaines grandes Mlles.Les écarts de revenus qui augmentent en termes relatifs, malgré le recul de la pauvreté absolue.L’humain conçu comme une machine à consommer, par définition jamais satisfaite.La pauvreté?Un concept à réinventer.François Brousseau ?.vjjyA 'Jt MÉTÉO Montréal Québec Ennuagement sa- Ciel variable samedi medi, ciel variable et dimanche, dimanche.Max: 13 Min: 2 Max: 13 Min: 5 -
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