Le devoir, 15 octobre 1996, Cahier A
19 10 FOND E T V Q / T (I li O N T O I $ I, E M A li.I) I I 5 O C T O li li.E I.X X X V I I M O i\ T li E A L N " 2 4 O PERSPECTIVES Ils sont fous ces Gaulois ! La fête de l’Action de grâce représentant le moment idéal pour manger du glouglou — à défaut de tripes de sanglier frites froides dans de la graisse d’urus (AVEC DU MIEL!) —, il n’était pas sans intérêt que paraisse le même week-end le XXXe album des «aventvres d’Astérix le Gav-lois», comme ils l’écrivaient à l’époque.Même si ça est frugal.Plutôt.Depuis que Toutatis — avec «T», comme Timeo Danaos et dona ferentes — est venu reprendre ce joyeux bon garçon qu’était Goscinny, son copain Uderzo a risqué six épisodes, frêles esquifs qui à l’instar de la galère des pacifiques pirates neutres apercevant LES GAU! LES GAU! ont eu du mal à se maintenir à flot.Mais on pardonnera toujours au cousin qui veut prolonger le festin (il n’avait pas gravé depuis cinq ans) et a, p’têt ben qu’oui p’têt ben qu’non, un chaudron à remplir, et avec autre chose que de la soupe aux champignons.Ne ligotons pas le barde, et rappelons-nous qu’il ne faut jamais parler sèchement à un Numide.Peu nous chaut donc que La Galère d’Obélix lève la toge sur un mystère qui aurait dû en rester un ad vitam œternam — on est un latiniste distingué ou on ne l’est pas —, à savoir ce qui arriverait au livreur de menhirs s’il avalait de cette potion dont les effets sont permanents chez lui (on le saura!).Remarquez qu’il en avait déjà bu, une goutte, dans la pyramide d’Egypte; maintenant, il défie la loi anti-marmites et en assume les conséquences.Rigoureusement?Rigoureusement.Des conséquences nébuleuses comme le brouillard qui s’abat sur Londi-nium seulement quand il ne pleut pas, mais on est prêt à s’accommoder de temps à autre de bœuf bouilli dans la sauce à la menthe et de cer-voise tiède.Seul un chef de clan corse fier, fier et susceptible, confondu avec un cochon sauvage ou privé de saucisson tellement frais qu’on croirait l’entendre braire, en serait vexé; O’Catarinetabellatsointsoin, par exemple.Car aujourd’hui, au moment de boucler la boucle et en attendant le jour anniversaire de Gergovie (Alésia?Connais pas, Alésia!), c’est l’ensemble de l’œuvre qu’il faut célébrer: le prodige d’avoir ressuscité le monde antique en soixante-dix-sept langues, d’avoir dépeint avec sagacité et ironie les petits travers de la France et de ses voisins comme personne d’autre n’a pu le faire, d’avoir réconcilié les descendants de nos ancêtres les Gaulois et bien d’autres avec la connaissance d’une certaine histoire, mêlée de politique et d’économie, même si Uderzo déclarait lui-même récemment au Monde qu’il ne faisait pas de pédagogie, mais de la «fiction drolatique».Hilarante à menacer nos braies de souillure, dirait-on plutôt, quatorze quatorzaines de péripéties avec l’article en prime, l’entrée dans le vocabulaire courant d’un nombre incalculable d’expressions.Je tire ou je pointe?Ah! Elle te plaît, ma sœur?Ten fais pas, elle reviendra, celle que tu aimes! Cambre-toi, beau gosse! Tous fadas, ces Lutéciengs! Imaginez les gauloiseries.Ils ont joué aux charades dans l’arène du cirque.Brisé le nez du Sphinx.Mis au jour le scandale du dopage olympique grâce à la marmite qui est dans la cabane du fond, dont la porte ne ferme pas bien et qui n’est pas gardée la nuit.Rompu le secret bancaire et aplani les montagnes helvètes en se cachant dans une cave et en mangeant des trous.Découvert l’Amérique d’où ils sont partis en laissant des Thraces.Lutté contre la spéculation immobilière et le Domaine des Dieux en forçant l’annulation de la prochaine réunion des copropriétaires.Embouteillé Rome en créant une crise de protectionnisme dans l’industrie du menhir qu’on n’a pu faire flotter.Incité les Belges — Nicotineke se limitant jusque-là aux tartines—à inventer les pommes frites.On serait tenté d’en redemander, du nez de Cléopâtre qu’elle a joli d’ailleurs et dont on dit que s’il eût été plus court, la face du monde en aurait été changée, des demi-dalles à balayer, des Ostrogoths, des Wisigoths et des Goths tout court, de la peur qui donne des ailes, du poisson frais livré en chars à bœufs de Lutèce et autres calebasses, bêtises, bellâtres et surtout morceaux de pain perdus dans le fromage fondu comme dans Orgies, orgies, nous voulons des orgies, cinq coups de bâton et vingt coups de fouet à l’avenant.Huit millions d’exemplaires de ce dernier album ont été imprimés pour l’Europe.Ils viennent s’ajouter à tous les autres, 280 millions à travers le monde.Il faut croire que la recette qui ne se transmet que de bouche de druide à oreille de druide était la bonne, même en l’absence de fraises.Les lecteurs se sont passé ces trésors de génération en génération, n’ayant à l’esprit d’autre pensée que Toi aussi, mon fils.Goscinny et Uderzo ont en effet compris que «cha fait plaijir de préparer la potée pour un homme qui chemble appréchier la bonne chère».Qu’il ne faut jamais refuser un petit crâne.Aussi lit-on et relit-on en découvrant chaque fois une nouvelle boutade, sans jamais devenir las, las, las; en sachant comme Obélix, le véritable héros de cette odyssée comme tous les seconds de la bande dessinée, qu’on ne peut pas être malade à trop manger, que s’il y a quelque chose à déclarer, c’est qu’on a faim, que ce qu’on a là, c’est un creux, et qu’il n’y a pas deux gros, il y en a un seul et il n’est pas gros.Tout juste enveloppé, un peu bas de poitrine.Farpaitement.Je an Dion ?METEO Montréal Ensoleillé avec passages nuageux.Frais.Max: 7 Min: 3 Québec Ciel variable Max: 6 Min: 2 Détails, page B 5 -J 1 N Agenda .R 6 Annonces .B 7 Avis publics.B 6 Planète .B 4 Culture .B 8 Economie .B 2 Editorial .A 8 E X Idées.A 9 Le monde.A 7 Les sports.B 5 Montréal.A 3 Mots croisés.B 7 Politique.A 4 Télévision.B 6 L’ENTREVUE Denis Vanier, le poète de la souffrance, page B 1 LES ACTUALITÉS Beaudoin ne croit pas au retour de l’unilinguisme, page A 3 LES ACTUALITÉS Preston Manning à la conquête du terrain perdu, page A 6 Pour la suite du monde JACQUES NADEAU.LE DEVOIR IA MEXICAINE Cristina Mittermeier et sa fille Juliana se rafraîchissaient hier peu avant l’ouverture en soirée du congrès de l’UICN — Union mondiale pour la nature, qui se tient cette semaine au Palais des congrès de Montréal.Plus de 2000 délégués en provenance de 133 pays sont attendus pour ce qui est considéré comme le plus grand rassemblement écologique depuis le sommet de Rio en 1990.L’UICN, qui regroupe des organismes publics et privés, travaille à la conservation de la nature dans le cadre d’un développement durable.Et alors qu’au Québec l’eau semble une richesse inépuisable, le manque d’approvisionnement en eau potable, crucial dans plusieurs autres pays, sera un des sujets discutés.L’école privée sur le pied de guerre PAUL CADCHON LE DEVOIR L> enseignement privé est sur le pied de guerre: une lar-' ge coalition regroupant toutes les écoles privées du Québec annoncera cette semaine les moyens qu’elle entend prendre pour battre en brèche les arguments avancés par les Etats généraux sur l’éducation, qui préconisent le retrait du soutien gouvernemental à ce secteur.Même si elle était relativement prévisible, la proposition finale contenue dans le rapport des Etats généraux jeudi dernier concernant le secteur privé a fait l’effet d’une bombe.«Il y a péril en la demeure, de partout on sent la colère qui monte», explique Benoît Lauzière, ancien directeur du Collège Brébeuf qui agit maintenant comme un des porte-parole de la Concertation de l'enseignement privé (CEP).«La proposition des États généraux, c’est tellement gros qu’on sent une volonté très forte de se mobiliser, affirmet-il.Il nous faut montrer que les citoyens et les parents ne se laisseront pas berner.Ça suffit d’être ainsi véhiculé par une clique d’idéologues.» La CEP rendra public jeudi son plan d’action, et selon M.Lauzière rien n’est exclu: pétitions, assemblées publiques, rencontres avec des députés, manifestations en tous genres.Depuis la semaine dernière les parents qui ont des enfants dans plusieurs institutions privées ont reçu des exemples de lettres de protestations à envoyer au premier ministre Bouchard.L’enseignement privé ne possédait pas de véritable structure unitaire de regroupement, mais la menace qui pèse sur lui semble avoir contribué à unifier ses forces.Ainsi, la CEP est née en mars dernier à l’initiative du Mouvement pour l’enseignement privé, un regroupement de quelque 20 000 parents recrutés dans une cinquantaine d’établissements.VOIR PAGE A 10: GUERRE «Les commissaires des États généraux ont été hypocrites:; ; plutôt que de demander franchement la mort du privé, ils proposent de le faire mourir à petit feu» Le surdoué de la classe muséale Le Centre canadien d’architecture inaugure aujourd’hui l’exposition Frederick Law Olmsted en perspective, le troisième volet d’une série de cinq intitulée Le Siècle de l’Amérique.Décidément, ce musée exceptionnel, doublé d’un centre de recherche de très haut niveau, ne cesse de donner des leçons de muséologie.STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR Si le Centre canadien d’architecture (CCA) n’existait pas, il faudrait évidemment l’inventer.Mais encore faudrait-il avoir en poche les moyens, et en tête les fins, de Phyllis Lambert, la grande dame visionnaire qui a fondé et qui dirige toujours cet établissement unique au monde.Son musée, son très beau musée, inauguré en 1989 et dans lequel elle a déjà injecté plus de 150 millions de dollars, s’est taillé une réputation de rigueur et d’excellence dont ne jouit qu’une toute petite poignée d’institutions culturelles canadiennes.En quelques années, le CCA a atteint le statut de trésor national vivifiant; il est devenu une coordonnée essentielle que le sentiment tout-puissant de la fierté illumine.Le New York Times en a parlé comme de la Mecque internationale de l’architecture.Tous les grands guides touris- tiques lui ont accordé un maximum d’é(oiles.Les prix de toutes origines s’accumulent A elles seules, une vingtaine des quelque soixante publications du Centre ont déjà raflé plus de trente récompenses prestigieuses, ici comme à l’étranger.«C’est très bien que Ton soit encensé à Montréal, au Canada et ailleurs, mais cela ne doit que nous encourager à continuer, à poursuivre notre mission», explique Mme Lambert rencontrée la semaine dernière dans son établissement de la rue Baile.«Le CCA est un centre de recherche et un musée.Notre but est de faire de l’architecture un sujet d’intérêt public.Les objets de notre collection, le fruit de nos recherches, les publication, les expositions, tout ça, sert à positionner l’architecture dans la société contemporaine, en examinant VOIR PAGE A 10: CCA JACQUES NADEAU.LE DEVOIR Le CCA, «c’est une autre façon de transformer les consciences, les mentalités».Des parcomètres intelligents au centre-ville KATHLEEN LÉVESQUE LE DEVOIR La forêt de parcomètres est appelée à disparaître des rues de Montréal.Dès le printemps prochain, Stationnement de Montréal installera au centre-ville des parcomètres intelligents qui accepteront cartes de crédit et cartes à puce.Une seule machine trônera sur un tronçon de rue.L’automobiliste y achètera du temps de stationnement.Il introduira son numéro de plaque d’immatriculation puis son argent — qui sera lu électroniquement, éliminant du coup toute possibilité de fraude — ou sa carte de crédit.En retour, la machine lui donnera une carte à puce dont le temps d’utilisation correspondra au montant déboursé et qui lui donnera accès :à tous les stationnements sur rue équipés de ce type de parcomètres intelligents.VOIR PAGE A 10: STATIONNEMENT Saïd Sadi: l’espoir têtu CLEMENT TRUDEL LE DEVOIR L* islamisme est totalement disqualifie en tant qtt alternative politique en Algérie.Les responsables poli tiques en general se croyaient il y environ deux ans obligés de se montrer complaisants envers lui, c’est aujourd'hui l’inverse» car cette mouvance islamiste est isolée et certains de ses porte-parole n’hésitent pas à revendi quer la fibre «nationaliste», estime Saïd Sadi, candidat aux dernières élections présidentielles et champion du pluralisme politique et culturel dans son pays.Dans son dernier livre (Algérie l’heure de vérité, éd.Flammarion) Said Sadi affirme que «l’Algérien a l’espoir têtu», qu’il en vient à juger comme non crédible le rêve de «sous-traitants Saïd Sadi VOIR PAGE A 10: ESPOIR I 778313000689 Une compression budgétaire telle qu’elle apparaît dans la réalité mÈm Ce n’est pas en réduisant la qualité des services publics en santé et dans les services sociaux ainsi qu’en éducation que l’on va s’attaquer aux inégalités.Ce n’est pas en éliminant des emplois dans les services publics que l’on va diminuer le chômage.Pour remettre le Québec sur la voie du développement social et économique, au Sommet, nous avons besoin d’engagements fermes pour une relance de l’emploi dans tous les secteurs de l’activité économique et une réforme de la fiscalité qui assure un financement adéquat des services publics.Conjuguons nos efforts L’URGENCE, C’EST L’EMPLOI LA TÊTE DANS LES PROBLÈMES Avec l'option Multi-usagers du service TéléRéponseMC Bell, fini la confusion.L'option permet d'avoir jusqu'à quatre boîtes vocales indépendantes - et confidentielles - sur une même ligne téléphonique.La solution idéale pour les colocataires et les familles.Si vous avez d'autres questions, faites le 1 800 903-BELL ou passez à un magasin TéléboutiqueMC.On se fera un plaisir de vous répondre.• ||T ; Jfe .„ On a réponse à tout.TeleReponse ISABELLE QUENTIN LA TECHNOLOGIE ÉDUCATIVE EN INTERACTION Aquarium de Québec Le 18 octobre Claire Mainguy: (418) 657-2262, poste 5770 Organisé par le CIPTE (Conseil international pour le progrès de la technologie éducative), ce mini-colloque est ouvert à tous les professionnels du domaine ou de disciplines connexes, ainsi qu’aux étudiants.Jean Palkiewicz, conférencier d’ouverture, traitera de la technologie éducative et des fonctions mentales.L’ENFANT QUI APPREND DIFFÉREMMENT Reine-Elizabeth Montréal Le 20 octobre Christine Couston: (514) 847-1324 Parents et intervenants qui cherchent des approches positives pour collaborer au développement du potentiel de l’enfant ayant un trouble d’apprentissage sont invités à cette conférence d’un jour, organisée par l’AQETA Jean-François Lemay, pédiatre, Lison Daoust, orthopédagogue et Martin Lajeunesse, communicateur, partageront avec eux quelques solutions.CONFIGURATION D’UN ROUTEUR CISCO CRIM Montréal Les 21 et 22 octobre Information: (514) 840-1251 Plusieurs entreprises et organisations utilisent des routeurs afin d’assurer leur connectivité à Internet et à leur réseau corporatif.Pour atteindre ce but, beaucoup choisissent d’utiliser les routeurs Cisco.Si vous êtes un professionnel de réseaux, si vous avez à concevoir ou à implanter un routeur interne propre à votre organisation, cette présentation est pour vous.JURI-NET, FINANCE-NET ET TRAVAILLEURS AUTONOMES Le Windsor, Montréal Le 22 octobre Pascal Fernand: (514) 333-7018 Vous l’aurez compris, il s’agit de trois colloques réunis simultanément autour d’un même lieu, d’une même exposition de matériel et autour du grand thème de l’heure: Internet.Vous êtes comptable?Avocat?Travailleur autonome?Cette séance de formation promet de vous ouvrir la voie de l’avenir et de vous donner les outils pour l’exploiter.LE RÔLE DE L’ÂME SLAVE DANS LES GRANDS BOULEVERSEMENTS DE LA RUSSIE Auditorium Saint-Albert le Grand Le 23 octobre Information: (514) 3324126 Maude Chamberland se fait fort de vous faire entendre comment, d’hier à aujourd’hui, le peuple russe se distingue des autres nations.Citant Gustave Walter elle rappelle que 0 C T 0 I! R E I !) !) (i 3l ¦ru 33 3?ro 23 II 3)i 3t; ns IE A 3d i ( ¦10 cl 1 33 •7! jC J -I ' 3 -i; 31 IS I ¦): i' jic ¦ir Hi I) $- i.11 1 .5 H u :n !•» :n I a PERSPECTIVES Déballage Un déballage de linge sale entre anciens proches de Boris Eltsine révèle les méthodes de gangsters en cours jusqu’à très récemment au sommet de / l’Etat russe, et une inquiétante confusion entre les affaires et la politique.Boris B a ch o r z Agence France-Presse Moscou —Racket, tentative d’attentat, détournement de fonds: les accusations croisées des uns et des autres sont toutes invérifiables, mais dressent à l’arrivée le tableau d’un pouvoir rongé par l’appât du gain et les haines personnelles.Au centre du scandale: le Fonds national du sport, qui a brassé jusqu’à 200 millions de dollars par mois grâce à un oukaze présidentiel de décembre 1993 l’exemptant de droits de douane pour l’importation d’alcool et de cigarettes, selon les estimations de la presse russe.Cet argent devait servir à promouvoir le sport en Russie, mais il a surtout déchaîné les appétits personnels des uns et des autres.Boris Fiodorov, ancien président du Fonds, a accusé hier l’ex-chef de la garde présidentielle Alexandre Korjakov d’avoir voulu lui extorquer 40 millions de dollars.M.Fiodorov affirme que son refus lui a valu un attentat par balles et à l’arme blanche, auquel il a survécu par miracle en juin.Le général Koijakov, limogé fin juin par M.Eltsine pour des raisons jamais explicitées, a nié l’accusation, pour en lancer d’autres tout aussi rocambolesques.Il a affirmé être victime d’une machination de son ennemi juré Anatoli Tchoubaïs, chef de l’administration présidentielle, qui aurait «promis de faire arrêter Korjakov après s’être enivré lors d’un anniversaire» dans un hôtel ultra-chic de Moscou.M.Koijakov a assuré au passage avoir été chargé par un des hommes d’affaires les plus influents du pays, Boris Berezovski, de tuer un de ses pairs les plus connus, Vladimir Gousinski.Les deux hommes sont chacun à la tête de chaînes de télévision (la chaîne publique ORT et la privée NTV), qui répercutent largement les accusations des uns et des autres.«Je ne l’ai pas dit à l’époque à Boris Eltsine, car même s’il tient de tels propos, M.Berezovski a toujours été super-loyal envers le président», a précisé l’ancienne éminence grise du chef de l’État.Ce déballage de linge sale écœure et passionne les Russes tout à la fois, en leur montrant l’envers du décor du Kremlin.Un monde où l’unité de compte est la «valise de dollars» — il en aurait fallu douze pour convoyer les 40 millions de dollars —, et où les «super-flics» de la Garde présidentielle servaient les entreprises de racket d’Alexandre Koijakov, selon les accusations de Boris Fiodorov.«Tout cela se déroulait sur fond d’élection présidentielle démocratique», a commenté Boris Fiodorov, qui se déplace à l’aide d’une canne et manifeste la plus grande nervosité depuis l’attentat dont il a été victime.«Je me souviens de ce que j’ai souffert quand on m’a tiré dessus.Si cela doit se reproduire, que cela se fasse de façon professionnelle pour que je ne souffre pas», a demandé cet ancien magnat de 37 ans.Les protagonistes de ce «fait divers d’État» sont aujourd’hui presque tous sur la touche: Boris Fiodorov, Alexandre Korjakov ainsi que Chamil Tarpichtchev, ancien professeur de tennis de Boris Eltsine et mentor de Boris Fiodorov, récemment limogé de ses fonctions de ministre des Sports.Les millions du Fonds national du sport ont, quant à eux, bien sûr disparu.«Le Fonds est devenu une entreprise en faillite.[.] Il n’y a plus d’argent pour financer la coupe du Kremlin [tournoi de tenriis annuel de haut niveau] et tous les programmes sont gelés», a reconnu M.Fiodorov, en en rejetant la responsabilité sur ses adversaires.EN BREF Journalistes en grève Paris (AFP) — Quelque 25 000 journalistes français sont appelés aujourd’hui à fermer leurs ordinateurs, micros ou caméras pour protester contre un projet du gouvernement d’abolir un abattement fiscal de 30 % sur le revenu pour frais professionnels dont ils bénéficient de plus d’un demi-siècle.Les journalistes français, qui s’estiment moins bien payés que leurs collègues européens, considèrent que la fin de cette disposition, déjà plafonnée à 50 000 FF (10 000 dollars) depuis 1979, équivaudra en moyenne à la perte d’un mois de salaire.Apparemment gênés de défendre un avantage fiscal, ils font aussi valoir que celui-ci a été institué en 1934 comme une aide déguisée aux patrons de presse et qu’il compense un faible salaire mensuel qui se monte aujourd’hui en moyenne à 12 000 francs brut (2300 dollars).Inculpations au PCF Paris (AFP) — Robert Hue, actuel secrétaire général du Parti communiste français (PCF) et son prédécesseur à ce poste, Georges Marchais, ont été mis en examen, dans une affaire de financement occulte de leur parti, a-t-on indiqué hier.Les deux responsables communistes ont été inculpés pour «recel de trafic d’influence» la semaine dernière.L’autocar de la paix Sarajevo (Reuter) — Le premier autocar de l’après-guerre est arrivé hier à Sarajevo en provenance de Belgrade avec deux heures de retard.L’arrivée de l’«autocar de la paix», qui transportait 39 journalistes et hommes d’affaires serbes, a été saluée par une salve d’applaudissements par le comité d’accueil officiel.Le rétablissement de cette liaison commerciale s’inscrit dans le droit fil de l’accord de Paris du 3 octobre par lequel Belgrade et Sarajevo ont convenu d’accroître leurs relations.A compter de demain, les cars desserviront les deux capitales chaque jour en traversant.notamment, les anciennes lignes de front Londres: les «affaires» Londres (AFP) — Le speaker de la Chambre des Communes a ordonné une enquête exhaustive sur une affaire d’éventuelles rétributions de questions parlementaires et d’éventuelles tentatives du gouvernement pour étouffer le scandale.Cet appel représente un danger potentiel pour le gouvernement de John Major.Depuis quelques semaines, ce gouvernement est en effet soupçonné par l’opposition d’avoir voulu freiner une enquête sur des allégations de pots-de-vin versés à au moins un député conservateur Neil Hamilton, en échange de questions parlementaires servant indirectement les intérêts du proprétaire du grand magasin Harrod’s.le milliardaire égyptien Mohamed al-Fayed.A 7 LE MOND ROGER ROY Horloger bijoutier 935, La Gauchetière Ouest Montréal 1131) 2M9 Siège social du CN tél.: (514) 861-4489 / -Des boucles d’oreilles à faire rêt vr- Revirement au Kurdistan iralden La faction hostile à Bagdad reprend le dessus L’Union patriotique du Kurdistan (UPK) de Jalal Talabani a reconquis tous les territoires perdus dans le nord de l’Irak le mois dernier, à l’exception d’Erbil.L’actuelle offensive de l’UPK a commencé samedi.Il a capturé Suleimanieh dimanche et a poursuivi sa campagne dans la région.En septembre, c’est au contraire le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) qui avait d’abord conquis Erbil, avec l’aide des forces irakiennes, puis s’était rendu maître de la quasi-totalité du nord de l’Irak, chassant les hommes de l’UPK, dont certains s’étaient réfugiés à la frontière iranienne.NIGAH ARAM AGENCE FRANCE-PRESSE Erbil — Les forces du chef kurde irakien Jalal Talabani ont progressé hier en direction d’Erbil, principale ville du Kurdistan d’Irak, prenant coup sur coup deux localités stratégiques à leurs adversaires qui s’étaient alliés à Bagdad.Après le carrefour stratégique de Koysanjak, l’Union Patriotique du Kurdistan (UPK) de M.Talabani s’est emparée de Degala, selon le personnel de l’ONU dans la région.«Ils sont à Degala», à 60 km à l’est d’Erbil, a déclaré un responsable des Nations unies.Le représentant de l’UPK à Ankara, Shazad Saib, a annoncé hier soir la prise de Degala, ainsi que de la ville de Rawanduz, plus au nord.«Nous avons ainsi récupéré presque tout le terrain perdu le mois dernier contre le Parti démocratique du Kurdistan [PQK de Massoud Barzani] sauf Erbil», a-t-il dit A la question de savoir si l’UPK se préparait à attaquer Erbil, M.Saib a répondu: «Non, je ne crois pas.» Un membre de la direction du PDK, Karim Sanjari, interrogé par l’AFP à Salaheddine, près d’Erbil, a toutefois démenti la chute de Degala.«Cette information est fausse.Nos forces à Dégala sont toujours aux mêmes positions», a-t-il affirmé.M.Sanjari a réaffirmé que le PDK «ne se retirera pas» de cette localité, qui commande l’accès d’Erbil, et indiqué que les forces gouvernementales irakiennes positionnées dans la région «n’ont jusqu’ici pas participé aux combats» entre les deux factions kurdes irakiennes.Selon une source de l’ONU, les forces irakiennes en position dans la région de Dostaneh, sur la route entre Degala et Erbil, ont commencé à renforcer leurs positions en hommes et en armes.En outre, une brigade mécanisée irakienne reste stationnée à une dizaine de kilomètres à l’ouest d’Erbil, selon l’OJNU.A Erbil même, «la situation est très tendue, les combattants du PDK sont effrayés» et quelques familles de dirigeants du parti ont commencé à quitter la ville, a indiqué un responsable des Nations unies.Le PDK de Massoud Barzani avait pris Erbil le 31 août avec l’appui des forces de Bagdad.A Londres, le représentant de l’UPK, M.Latif Rachid, a déclaré que la prise d’Erbil dépendrait de la réaction de la population.«Si les habitants nous demandent de chasser le PDK, nous reviendrons», a-t-il déclaré.L’intervention des troupes de Bagdad dans une région qui échappait à son çontrôle depuis 1991 avait provoqué des représailles des États-Unis.Washington avait ensuite pressé Massoud Barzani de prendre ses distances avec Bagdad que le chef du PDK avait appelé à l’aide en affirmant que son adversaire était appuyé par l’Iran.Les forces gouvernementales irakiennes ne sont pas cette fois intervenues aux côtés du PDK Bagdad, qui a invité les factions rivales au dialogue, ne semble pas s’inquiéter outre mesure des succès de l’UPK.«L’initiative de l’UPK ne signifie en aucun cas un coup porté à Bagdad [.] il s’agit d’une opération ponctuelle et limitée», a déclaré à l’AFP un responsable irakien à Bagdad.Téhéran de son côté a démenti avoir aidé l’UPK dans sa contre-offensive comme l’affirme M.Barzani.Après plusieurs jours d’affrontements dans la région frontalière de l’Iran, l’UPK était entrée dimanche dans la ville de Souleimanieh, un de ses bastions, abandonnée par le PDK.Sa progression depuis est aussi foudroyante que l’avait été celle du PDK quand elle avait fondu d’Erbil sur Souleimanieh, tombée le 9 septembre.Cette offensive avait provoqué la fuite de dizaines de milliers de réfugiés vers l’Iran, alors que cette fois les Nations Unies n’ont pas signalé d’exode.«Barzani est fini politiquement, et sa fin militaire est très proche si [le président irakien] Saddam Hussein n’intervient pas», a affirmé M.Talabani dans une interview publiée hier par le journal saoudien Al Hayat.Intenses activités diplomatique au Proche-Orient À la rescousse du processus de paix Les présidents égyptien et israéliens tentent de retrouver un terrain d'entente BRADLEY BURSTON REUTER érusalem — Le président israélien, Ezer Weizman, rencontrait hier au Caire son homologue égyptien Hosni oubarak pour tenter de ramener les deux pays sur un terrain d’entente et donner une nouvelle impulsion au processus de paix au Proche-Orient Ancien ministre de la Défense, Ezer Weizman fat l’un des artisans de l’accqrd de paix israélo-égyptien signé en 1979.Le chef de l’État hébreu a déclaré qu’il se rendait en Égypte dans l’espoir d’effacer «certaines lézardes apparues aux yeux de tous avec ce grand pays arabe».«Je pense que nous pourrons trouver un certain nombre de lignes directrices en vue d’améliorer nos relations», a-t-il assuré.Scénario peu commun dans la vie politique israélienne, le chef de l’État dont la fonction est essentiellement honorifique, parait suppléer Benjamin Nétanyahou sur le front diplomatique.Il avait invité la semaine dernière Yasser Arafat pour sa première visite officielle en Israël.Le climat de confiance que Shimon Pçrès avait su instaurer entre Israël, les Palestiniens et les États arabes s’est dissipé progressivement au lendemain de l’élection du chef du Likoud, le 29 mai dernier, jusqu’à l’affrontement.Les violences qui se sont produites fin septembre dans les territoires palestiniens et à Jérusalem ont fait 60 morts côté arqbe et 15 morts côté israélien.Les États-Unis ont essayé d’éviter le chaos en convoquant à la hâte le sommet de Washington qui a eu pour seul résultat de renouer le dialogue entre Israéliens et Palestiniens sans pour autant les rapprocher.PHOTO MOHAMED EL-DAKHAKHNY AP Après deux heures de discussions, le président égyptien Hosni Moubarak, et le président israélien Ezer Weizman s’apprêtaient à rencontrer les journalistes hier au Caire «Nous approchons maintenant de l’heure de vérité, du moment où il nous faudra trouver un moyen de résoudre les problèmes de cohabitation avec les Palestiniens et le monde arabe tout entier», a souligné dimanche Ezer Weizman dans un discours prononcé en présence de Benjamin Nétanyahou.Le visage fermé, le premier ministr.e n’a semble-t-il guère apprécié les propos du chef de l’É- tat, qui avaient tout d’un rappel à l’ordre.Le président israélien avait déjà mis M.Nétanyahou au pied du mur en août dernier alors qu’il refusait obstinément de rencontrer Yasser Arafat, qu’il n’avait pas hésité à qualifier à!«assassin» et de «terroriste».Ezer Weizman avait proposé de rencontrer Arafat à sa place s’il ne se résolvait pas à opérer ce rapprochement.M.Nétanyahou s’était finalement incliné: il avait vu le dirigeant palestinien en septembre, puis au sommet de Washington.Vers un sommet Nétanyahou-Arafat On précisait hier de sources palestiniennes et israéliennes que les deux hommes pourraient à nouveau se réunir cette semaine, peut-être demain, pour évoquer la question d’Hébron, l’une des principales pierres d’achoppement du processus de paix engagé en 1993 avec la signature des accords d’Oslo.Hébron est sans conteste «l’heure de vérité» attendue par les Arabes.Aux termes de l’accord sur l’extension de l’autonomie palestinienne signé en septembre 1995 par Arafat et Yitzhak Rabin, Hébron — septième et dernière ville de Cisjordanie visée par l’accord — aurait dû être évacuée partiellement par l’armée israélienne en mars dernier.Les attentats-suicides du Hamas, fin février et en mars, ont bouleversé le calendrier.Shimon Pérès a laissé le soin à son successeur de «réactiver» cette clause.Cette question est aujourd’hui au cœur du litige israélo-palestinien.Le président Hosni Moubarak, qui avait boycotté le sommet de Washington, a fait savoir qu’il ne rencontrerait Benjamin Nétanyahou qu’une fois Hébron évacuée.Affaire Dutroux Le juge chargé de rinstruction est dessaisi BERTRAND PINON AGENCE FRANCE-PRESSE Bruxelles — La Cour de cassation belge a retiré hier le dossier du pédophile Marc Dutroux au juge d’instruction Jean-Marc Connerotte, accusé de partialité, se conformant ainsi au droit mais prenant le risque de creuser encore davantage le fossé séparant la population de sa Justice.Le procureur du roi de Neufchâteau, Michel Bourlet, en charge de l’affaire Dutroux et également accusé de partialité, conserve en revanche le dossier.La Cour a justifié sa décision par l’importance des moyens d’enquête déployés à Neufchâteau depuis le début de l’affaire du «monstre de Charleroi» à la mi-août.L’arrêt des cinq «sages» de la Cour, qui n’ont pas retenu la demande du procureur Eliane Lieckendael de dessaisir également M.Bourlet, apparaît comme une solution de compromis, susceptible d’apaiser le climat passionnel qui a prévalu au cours des derniers jours en Belgique.Prenant les devants, M.Connerotte avait tenu à lancer hier matin un appel au calme à la population, soulignant qu’il fallait «savoir raison garder» et assurant que l’instruction serait poursuivie avec la même attention à l’avenir par son successeur.L’annonce du dessaisissement du juge Connerotte a déclenché la colère parmi le millier de personnes réunies dans une ambiance électrique devant le palais de Justice de Bruxelles et qui hurlaient «Justice pourrie».Plusieurs dizaines de bouquets de fleurs avaient été déposés à l’entrée du bâtiment, portant des inscriptions telles que: «Ne touchez pas à M.Connerotte, c’est le cri de tout un peuple, nous voulons la vérité.» Euroscepticisme autrichien REUTER Vienne — Le gouvernement social-démocrate autrichien a exclu de changer de politique malgré son cuisant échec et la percée historique de l’extrême droite aux premières élections européennes organisées dimanche dans le pays depuis son adhésion à l’UE le 1" janvier 1995.Avec 29,1 % des voix, les sociaux-démocrates ont enregistré leur plus mauvais résultat au niveau national depuis 1918 alors que le Parti de la liberté (FPOe) du leader d’extrême droite Joerg Haider a réalisé, avec 27,6 %, son meilleur score depuis sa création.Le Parti conservateur (OeVP) du ministre des Affaires étrangères Wolfgang Schuessel, s’en est nettement mieux sorti et a obtenu le meilleur score du scrutin avec 29,6 % des suffrages exprimés.«Je ne considère pas ce résultat comme un appel de l’électorat à modifier la composition du gouvernement», a déclaré le chancelier Franz Vranitzky en prenant acte de la défaite de son parti.Le chancelier, au pouvoir depuis dix ans, est l’un des plus chauds partisans de l'intégration européenne.La presse autrichienne est cependant unanime à constater que les électeurs ont davantage exprimé leur déception et leur angoisse face à une politique économique d’austérité budgétaire que sanctionné LUE et la monnaie unique européenne.«Une claque en pleine figure pour les sociaux-démocrates: Quand Vranitzky va-t-il démissionner?», titrait hier le quotidien Klfine Zeitung, de droite.«Aujourd’hui, les enfants ont été tués une deuxième fois», a crié une femme.«Je suis dégoûté et je ne serai plus jamais Belge.J’ai un drapeau belge à la maison.Quand je rentre, je le brûle», a renchéri un homme, le visage rouge de rage.Dîner litigieux Le dessaisissement de M.Connerotte avait été demandé par les avocats du pédophile et d’un de ses complices, Jean-Michel Nihoul.Juridiquement fondé, il est apparu cependant disproportionné aux yeux de l’opinion par rapport aux faits reprochés.Lors du dîner litigieux, le juge Connerotte et le procureur Bourlet avaient reçu chacun un stylo-bille d’une valeur de 1075 francs belges (34 dollars) en cadeau.Pour la Cour, ces faits entrent dans l’article 828 du code judiciaire qui prévoit que «tout juge qui a été reçu par une partie à ses frais Autodafé AGENCE FRANCE-PRESSE ' '7~ aboul — Les talibans ont fait hier un .A.autodafé de films indiens dans l'une c es salles de cinéma du centre de Kaboul ( ans le cadre de leur campagne d’application des lois islamiques et ont annoncé leur décision de transformer les cinémas en mosquées.«Ces films sont non islamiques, c’est pourquoi nous les brûlons» a indiqué un groupe de talibans devant le cinéma Zainab (prénom de l’une des filles du prophète Mahomet).Environ 80 % des films projetés à Kaboul étaient d’origine indienne, le reste provenant d'Iran et de Hollywood.•Nous avons décidé de transformer ce ci- ou qui a reçu un présent de cette partie doit être récusé».L’avocat de Marc Dutroux, M1'Julien Pierre, a salué «la sagesse» de la plus haute instance judiciaire belge, qui «sauvegarde les règles et à la fois protège l’enquête».«J’ai entendu que le juge Connerotte avait appelé au calme et il faut lui rendre hommage pour cela», a ajouté l’avocat du pédophile soupçonné du rapt et de la séquestration entre juin 1995 et août 1996 de six fillettes et adolescentes belges, dont quatre ont été retrouvées mortes et deux libérées.Des rassemblements de protestation se sont tenus en fin d’après-midi dans plusieurs villes belges, notamment à Anvers où quelque 300 personnes souvent en larmes ont dénoncé une «Belgique corrompue».De leur côté, les ouvriers d’une usine Volkswagen de Bruxelles ont entamé une grève spontanée.à Kaboul néma en mosquée», ont ajouté les talibans qui ont précisé qu’ils ont réservé ce sort à tous les cinémas de leur ville d’origine, la capitale provinciale du sud, Kandahar.Les cinémas de Kaboul, qui comptait une quinzaine de salles à l’époque du régime communiste, avaient déjà été fermés par l’ancien premier ministre Gulbuddin Hekmatyar dans le cadre de son programme de réformes islamistes.Aucun cinéma n’était opérationel lors de la prise Kaboul par les talibans il y a 18 jours.Un journaliste étranger a été légèrement blessé lors de l’autodafé en raison de l’explosion de munitions de Kalatchnikov qui semblent avoir été mélées par accident au stock de films. L E I) E V 0 I a .I.E M A II I) I I 5 0 C T (I IJ IV, E I !) !) (i A 8 EDITORIAL Nuages sur l’Aide juridique Michel Venue Depuis l’entrée en vigueur de la réforme de l’Aide juridique, des nuages se forment dans le ciel du ministre de la Justice Paul Bégin.L’admissibilité semble se restreindre au lieu de s’élargir.Les avocats de pratique privée menacent de refuser les mandats, ce qui met en péril la mixité du régime et le libre choix de l’avocat.Bref, des effets inattendus de la loi 20, adoptée en juin, forcent à réviser le jugement sur cette réforme qui semblait pourtant prometteuse.Des ajustements seraient peut-être nécessaires.n mai, la réforme de l’Aide juridique proposée par M.Bégin semblait intéressante.Elle devait favoriser l’élargissement de l’admissibilité pour quelque 650 000 Québécois tout en réduisant les coûts du régime par le resserrement de la couverture sans compromettre les droits des justiciables qui conservaient le choix de faire affaire avec un avocat de pratique privée ou avec un avocat salarié de l’État.Mais depuis son entrée en vigueur, le 26 septembre, la réforme provoque des effets inattendus.Le mouvement de pression lancé depuis quelque temps par les avocats de pratique privée illustre la première surprise.La loi 20 prévoit l’instauration d’une nouvelle forme de rémunération à forfait Le ministre profite de l’application de cette formule pour réduire les honoraires versés aux avocats de pratique privée d’un montant total de quelque trois millions de dollars (sur des honoraires totalisant 40 millions de dollars par an).Les avocats de pratique privée sont aux abois.Ils menacent de ne plus accepter de mandats d’aide juridique, refusant de travailler pour des salaires qu’ils jugent dérisoires.Ce désengagement du régime public aurait évidemment pour conséquence d’empêcher le respect du principe du libre choix de l’avocat Les bénéficiaires ne pourraient faire appel qu’à des avocats salariés de l’État En examinant la situation de près, on se rend compte qu’elle n’est pas si dramatique pour les avocats de la pratique privée.Cette compression de trois millions n’est ni pire ni moins grave que celle imposée à l’ensemble des personnes rémunérées par le gouvernement L’Aide juridique n’est pas un régime d’aide sociale pour les avocats de pratique privée.Évidemment ils ont le droit de ne pas accepter de mandats.L’un des grands avantages du régime québécois, c’est justement qu’il est mixte.Il existe une saine émulation entre les avocats de pratique privée et les 395 avocats salariés de l’État II serait dommage que cette concurrence disparaisse.Mais ce serait la faute aux avocats de pratique privée.Concédons toutefois que les compressions pourraient être mieux réparties.Est-il concevable que les tarifs accordés pour les causes de demandes de statut de réfugié soient réduits de plus de 60 %?Au lieu de quelque 600 $ pour une cause, un avocat n’en recevrait plus que 200.Voici un cas où en effet la compression est dissuasive.Mais au delà des revendications des avocats, qui disposent de puissantes organisations pour les défendre, ce sont les conséquences de la réforme sur l’admissibilité qui soulèvent le plus d’inquiétude.Dans certaines régions, le taux de rejet des demandes serait de près de la moitié, voire les trois quarts, ce qui dépasse évidemment toute projection raisonnable.Si cette tendance se maintient, les promesses d’un régime plus accessible à un plus grand nombre de Québécois resteront lettre morte.En théorie, les nouveaux barèmes d’admissibilité permettent à 650 000 personnes L’Aide juridique n’est pas l’aide sociale des avocats de plus (125 000 sans frais et 525 000 moyennant une contribution financière) d’avoir droit aux services d’un avocat qu’elles n’auraient pas autrement les moyens de se payer.Mais ce nombre n’a guère d’importance si dans la réalité, moins de gens en bénéficient vraiment L’augmentation du nombre de refus s’explique par trois facteurs.Premièrement, le contrôle de l’admissibilité est plus strict Ii faut désormais démontrer son insolvabilité, fournir des documents, obtenir la signature du conjoint dans tous les cas où celui-ci n’est pas en conflit L’aide riest plus un droit mais un privilège.Deuxièmement, si les barèmes d’admissibilité au volet gratuit ont été augmentés pour les couples ou les familles monoparentales, ils sont restés les mêmes pour les personnes seules, qui composent la majorité de la clientèle de l’Aide juridique.En plus, l’admissibilité est désormais établie au dollar près.Une personne seule n’a plus droit à la gratuité dès que ses revenus excèdent 8870 $ par an, ce qui inclut et c’est une aberration, les personnes âgées si pauvres qu’elles ont droit au supplément du revenu de la sécurité de la vieillesse.Avec l’entrée en vigueur, le 1er janvier, du volet contributoire, ces per-sonnes-là seront admissibles.Mais elles devront verser une contribution financière.Troisièmement, les restrictions imposées à la couverture du régime semblent avoir des effets beaucoup plus étendus que ceux escomptés.Une personne a droit à l’Aide juridique en droit criminel seulement si elle risque l’emprisonnement ou que ses moyens de subsistance (son gagne-pain) sont mis en péril.De même, une personne recevra de l’aide dans une cause civile seulement si elle risque l’emprisonnement ou que ses moyens de subsistance, sa sécurité physique ou psychologique sont menacés.Ces critères seraient si stricts que les responsables de l’Aide juridique doivent rejeter des demandes de gens qui ont pourtant de graves problèmes et qui ont besoin d’un avocat qu’ils sont incapables de se payer.En conséquence, des personnes que le ministre ne désirait peut-être pas exclure de l’Aide juridique le seront dans les faits.Cellesci pourraient, faute d’être bien défendues, se retrouver avec un casier judiciaire qu’elles ne devraient pas avoir, payer des amendes qu’elles n’auraient pas dû payer, ou abandonner une cause qu’elles auraient dû gagner.Évidemment, on ne peut pas juger une réforme après seulement deux semaines d’application.Mais les inquiétudes sont assez nombreuses pour allumer un feu jaune.Le ministre prévoyait former un comité de suivi de la réforme dont feraient partie des membres du Barreau et des représentants du public.D devrait mettre en place au plus vite ce comité, le mandater pour surveiller de près l’application de la réforment lui faire, dans quelques mois, un premier rapport A la suite de ce rapport, M.Bégin ne devrait pas hésiter à corriger les lacunes si elles subsistent Quant aux avocats de pratique privée, leurs moyens de pression paraissent déraisonnables.Le ministre pourrait toutefois consentir à réexaminer certains tarifs afin de s’assurer que les compressions n’affectent pas démesurément certains secteurs.Schizophrénie hystérique On dit qu’aux États-Unis, n’importe qui peut devenir président.Au Québec, c’est encore bien mieux: il suffit qu’un politicien meure pour qu’aussi-rot, il atteigne à la grandeur de l’homme d’État et qu’on lui fasse des funérailles nationales.Plutôt que de fermer des hôpitaux, le bon docteur Rochon devrait en ouvrir d’autres: la schizophrénie hystérique québécoise a urgemment besoin qu’on la soigne.Robert Bourassa a été l’un des politiciens québécois qu’on a eu le plus raison «d’aguir»: économiste, il n’y entendait rien et l’a parfaitement démontré.Quant à sa pensée dite culturelle, elle était celle du colonisé.M.Bourassa n’était pas fait pour la politique mais pour la danse sociale: un petit pas par devant, puis trois petits pas par derrière, puis plus rien du tout! Plus nul que ça, tu t’appelles Daniel Johnson fils.Alors, pourquoi ce concert d’éloges déliquescents depuis qu’il est mort?Serions-nous tous devenus Alzeih-mer?La Crise d’octobre n’aurait-elle jamais existé?La corruption érigée en système à la fin de chacun des mandats de M.Bouçassa n’aurait-elle été qu’une illusion?A relire Le Tricheur et Le Naufrageur de Jean-François Li-sée, il me semble bien pourtant que le qéel, du temps que M.Bourassa jouait du premier ministre, était d’une profonde incurie, et la pensée prodigieusement basse de plafond.; Ah! quel pauvre petit peuple nous Savons être parfois! Mais au fond, est-qe étonnant dans ce semblant de pays 3up nous habitons, dans ce semblant 'État qui a troqué la conscience so-dale pour la lobotomie du jeu légalisé, seule entreprise nationale aussi LETTRES -?- rentable (sic!) que le fédéralisme à la mayonnaise bourassienne?Pour parler franc, ça serait à désespérer si nous ne l’étions pas déjà tout à fait.Quelle affreuse petite misère! Quel immangeable chiard! Faites vite, mon bon docteur Rochon: virez-vous à l’envers dans votre bougrine, multipliez le nombre de lits dans les hôpitaux, proclamez que le Québec tout entier est devenu un asile de fous et que le beau risque maintenant, c’est de simplement essayer de le soigner avant que ne triomphe définitivement notre schizophrénie hystérique.Victor-Lévy Beaulieu Trois-Pistoles, 4 octobre 1996 Merci chère B.B.Christian Rioux, d’un ton colérique, entreprend un travail de démolition de l’autobiographie de Brigitte Bardot (Et Dieu créa B.B., Le Devoir, 28 septembre 1996).Se moquer de Mme Bardot, la vilipender est devenu un sport international auquel s’adonnent, presque avec volupté, plusieurs messieurs et quelques dames.Quant à M.Rioux, il ne se rend même pas compte qu’il étale ainsi publiquement sa propre frustration ainsi que celle de nombreux Peter Pan qui refusent à l’ex-vedette de cinéma ie droit de renier son passé de femme-objet.Ma foi, on dirait un amoureux éconduit.Ainsi, écrit-il, B.B.préfère ses chiens à ses anciens amants.Plusieurs femmes la comprendront Elle ne gueule pas contre Jean-Marie Le Pen comme il est politiquement recommandé de le faire?B.B.écrit ce que plusieurs Français pensent tout bas.Voici la phrase la plus révélatrice du texte de M.Rioux: •Mais au lieu de dévoiler ses formes, la voilà qui dévoile ses opinions.» C’est clair, B.B.n’a pas le droit d’émettre ses opinions et ce, au pays-berceau de la liberté.On la préférait en femme-enfant-bébé-objet, au service du fantasme.Pour ma part, j’attends avec impatience le moment d’entreprendre la lecture du livre de B.B.et j’accepte d’avance, l’esprit ouvert, toutes les opinions qu’elle veut bien partager avec ses lecteurs, autant que les souvenirs de sa vie passée et à laquelle elle a eu le bon sens de se soustraire pour se consacrer à une occupation autrement plus noble.A l’ère des animaux maltraités, je dis de tout cœur merci chère Brigitte.Monique Daoust Saint-Lambert, 30 septembre 1996 Où était Bourgault?J’ai lu avec intérêt l’opinion de M.Bourgault sur «des sidéens» dans Le Devoir (5-6 octobre 1996, «Le droit de tuer»).Mais qu’il fasse parler de lui pour vendre son livre par le biais de ses opinions malinformées sur le VIH me rend triste.S’il a des noms de «sidéens qui, se sachant atteints par la maladie [VIH, je présume], la transmettent sciemment à leurs partenaires [sexuels, je présume]», il devrait communiquer avec le service de police immédiatement C’est son devoir civique.Première question: quand, dans les années passées, la syphilis et l'hépatite B ont attaqué notre communauté homosexuelle mâle, est-ce qu’il a tenu le même discours?C’est bien qu’il découvre le sida en 1996.Maintenant il a du rattrapage à faire.On n’est plus en 1981-82.Deuxième question: où était donc M.Bourgault durant les dix dernières années à Montréal?Michael Hendricks Comité du parc de l'Espoir Montréal, 6 octobre 1996 Les angoisses des Soccer Moms es Américains ont le génie du slogan, de la phrase courte, de l’étiquette révélatrice.Chaque élection en produit quelques-uns qui en peu de mots saisissent le phénomène du jour, l’émotion dominante ou le groupuscule clé de l’électorat En 1984, Walter Mondale a battu Gary Hart avec une phrase empruntée à la publicité d’une chaîne de hamburgers: «Where’s the beef?» Où est le contenu?La prétendue «campagne d’idées» de M.Hart a commencé à se dégonfler dès lors.Cette année-là, on a dit que M.Mondale, comme Jimmy Carter avant lui et Michael Dukakis en 1988, avait été battu par les «Reagan Democrats»-, une exprès- ?sion éloquente référant aux travailleurs syndiqués, la base traditionnelle du parti, ayant abandonné le Parti démocrate au profit du patriotisme musclé de Ronald Reagan.En 1992, par contre, Bill Clinton a remporté la victoire avec l’aide du «Bubba Vote», le surnom des hommes blancs du Sud qui, insatisfaits de la gestion de la récession de 1991, rejetèrent l’administration Bush.Avec M.Clinton, les démocrates ont réussi, pour la première fois depuis M.Carter en 1976, à Regagner une partie importante des États du Sud.Et en 1994, la tranche démographique de l’époque était surnommée «Angry White Men», les hommes blancs enragés qui, irrités par le libéralisme de Clinton, poussèrent les républicains au pouvoir au Congrès.Cette année, l’étiquette à la mode pour expliquer la dominance de la campagne Clinton, ce sont les «Soccer Moms», les mères qui attendent la fin de l’entraînement au soccer.Comme les autres, cette phrase en dit long sur Graham Fraser les femmes mariées avec des enfants nir le cap.qui jonglent avec les responsabilités parentales et le travail.C’est un groupe démographique qui appuie majoritairement Bill Clinton et rejette Bob Dole.Comme m’a expliqué Ann Lewis, numéro deux à la direction de la campagne de Clinton, c’est sa popularité auprès des femmes qui le fait gagner.En Pennsylvanie, par exemple, les sondages montrent que l’appui des hommes se divise également entre Bill Clinton et Bob Dole.Mais grâce à celui des femmes, Clinton mène par 15 %.Ce n’est pas la première fois qu’on remarque une telle différence dans la tendance du vote, mais cette fois on décèle une féminisation du débat politique; les deux partis tentent — les démocrates mieux que les républicains, de façon évidente —, de cibler leurs messages aux femmes.Ainsi, depuis un an, la Maison-Blanche a adopté la politique douce des mesures destinées aux problèmes des familles.Bill Clinton et Al Gore parlent du danger du tabagisme pour les jeunes, des uniformes dans les écoles publiques et des innovations technologiques permettant aux parents d’empêcher leurs enfants de regarder des émissions violentes à la télévision.Abasourdis, les républicains ont vu le président leur voler tout le dossier des «valeurs familiales», depuis toujours une des bases de leurs appels à l’électorat En réponse, les républicains ont essayé de traduire leur promesse de réduction des taxes de 15 % en politique de la famille.Lors du débat présidentiel, M.Dole a tenté de soulever le fait que les familles américaines ont de plus en plus de difficulté à joindre les deux bouts et qu’il faut deux salaires pour mainte- «Elles ont du mal à payer les factures, on observe plus d’un million de faillites pour la première fois de notre histoire et la dette des consommateurs atteint des niveaux faramineux.Les gens gagnent moins d’argent, s’endettent et font faillite», m’a dit Jim Cicco-ni, un stratège de la campagne Dole.«Et l’une des raisons réside dans le fait que les taxes accaparent 40 sous de chaque dollar gagné.Nous voulons réduire les taxes pour qu’ils gardent plus d’argent dans leurs poches.C’est l’appel ultime aux Soccer Moms.» Après le dernier débat présidentiel à Hartford, au Connecticut — l’autre aura lieu demain soir à San Diego —, je suis allé dans une école secondaire pour constater l’impact de ces messages et parler aux mères qui attendaient leurs enfants après la pratique de soccer.Jan Kvadus est infirmière en psychiatrie.Pour elle, il n’y a pas de choix.«Bob Dole est trop vieux, dit-elle.Il ne comprend rien à la famille d’aujourd’hui.Il a 73 ans, comment voulez-vous qu’il comprenne?Mes parents ont cet âge-là et ils n’y comprennent rien nonplus.» Dans la voiture à côté, une autre femme dit sensiblement la même chose: «Bob Dole ne saisit pas ce qui se passe.Il parle de diminuer les taxes mais si on réduit les taxes, on réduit les services.C’est évident.» Bob Dole est coincé par, la contradiction centrale de la droite qui prétend que le capitalisme est une idéologie conservatrice, qui maintient les institutions et les valeurs traditionnelles.Au contraire, le capitalisme est l’idéologie du changement, de la destruction des institutions traditionnelles.Bill Clinton a compris que dans une période de transformation économique, les mères de famille ont peur.Le radicalisme et la rhétorique révolutionnaire de Newt Gingrich ont marqué le Parti républicain.Bob Dole ne peut rien contre les angoisses des Soccer Moms.A PROPOS -4- .des médecins À Québec, en 1995,14 650 médecins ont été «actifs», c’est-à-dire ont exercé au Québec et ont soumis au moins une demande de paiement à la Régie durant l’année.Ce nombre correspond à un ratio d’un médecin pour 504 personnes.En 1980, ce ratio était d’un médecin pour 591 personnes, ce qui signifie une amélioration de la «disponibilité» de médecins de l’ordre de 15 % en 15 ans.Durant cette période d’observation, la proportion d’omnipraticiens (y compris les résidents), parmi l’ensemble des médecins, est demeurée autour de 50 %.De 49,8 %, en 1980, elle a crû graduellement jusqu’en 1988, où elle a atteint 52,2 %, pour constamment régresser depuis, jusqu’à 49,5 % en 1995.De 1971 à 1994, la population du Québec a crû d’un peu moins de 20 %.Durant la même période, le nombre de médecins rémunérés à l’acte, en médecine et chirurgie, croissait de plus de 90 %.Le nombre de contacts «médecin-patient» (somme des examens, consultations, actes chirurgi- caux et traitements psychiatriques) a suivi la même tendance que le nombre de médecins jusqu’en 1987, pour ensuite augmenter beaucoup plus rapidement.Au plan canadien, si on considère les médecins «civils en exercice», on note que le Québec est au premier rang quant au nombre de médecins pour 1000 personnes, avec un ratio de 2,32, en 1992, suivi de l’Ontario à 2,22; la région des Maritimes ferme la marche à 1,86 médecin pour 1000 personnes.En 1976, l’Ontario et la Colombie-Britannique devançaient le Québec, à ce chapitre, avec respectivement 1,81 et 1,76 médecins pour 1000 personnes, comparativement à 1,75, pour le Québec.Les derniers chiffres disponibles (1994) indiquent un ratio de 2,37 médecins pour 1000 personnes, pour le Québec, par rapport à 2,15, pour le Canada.Fiscalité et financement des services publics, gouvernement du Québec, 1996.LE DEVOIR FONDE PAR ENRI B00RASSA 10 JANVIER 1 1 0 Directrice LISE BISS0NNETTE Rédacteur en chef BERNARD DESCÔTEAUX Vice-président, finances et administration FRANÇOIS THOUIN Directeur de l’information CLAUDE BEAUREGARD Directeurs adjoints de l'information PIERRE BEAULIEU, GUY TAILLEFER, NORMAND THÉRIAULT Rédacteur en chef adjoint JEAN-ROBERT SANSFAÇ0N Directeur artistique ROLAND-YVES CARIGNAN 2050, rue de Bleury.9‘étage.Montréal (Québec) B3A 3M9.Té 1.: (514) 985-3333 FAIS CE QUE DOIS I) K V 0 I R L K M A li I) I I 5 0 (' T 0 H R E I !> !) (i A IDEES A propos de l’opéra Le Vampire et la Nymphomane Peut-on encore écrire un opéra aujourd’hui ?Il est inacceptable que François Tousignant ait traité Serge Provost de débutant et de tâcheron JEAN-JACQUES NATTIEZ Professeur à la faculté de musique de l’Université de Montréal Rédacteur en chef de la revue Circuit """ i l’on en croit la date sym- Sbolique que soulignera l’UNESCO, avec d’autres institutions, en 1997, cela fait 400 ans que le genre «opéra» a été créé.À en juger par le répertoire courant des grandes maisons d’opéra à travers le monde, du Covent Garden de Londres au Met .de New York, de la Scala de Milan au Teatro Colon de Buenos Aires, l’opéra c’est essentiellement Mozart, Wagner, Verdi, le bel canto italien, Bizet et quelques autres.L’objectif d’une œuvre lyrique est de raconter en chantant une action comique ou dramatique.Après les coups de butoir essuyés par la tonalité classique, il est devenu très difficile d’écrire un opéra aujourd’hui.Au terme du XX' siècle, l’histoire retiendra sûrement le Pelléas de Debussy et le Wozzeck de Berg.Depuis 1945, après l’avènement de la musique atonale, la génération des compositeurs de la modernité s’est heurtée au genre «opéra».Boulez diffère perpétuellement la composition de celui qu’il envisage d’écrire depuis vingt ans.Le Grand Machabre de Ligeti et 11 re d’ascolto de Berio auront montré que ces grands n’ont pas la fibre dramatique.L’opéra-fleuve de Stockhausen apporte-t-il une réponse convaincante?Certains vont même jusqu’à dire que l’opéra est un genre obsolète qui a connu son apogée avec le triomphe, au XIX1' siècle, de la bourgeoisie et de la tonalité romantique et que les créateurs d’aujourd’hui devraient penser à autre chose.Il n’est pas impossible que les grands compositeurs que j’ai nommés aient le désir de s’illustrer, aux yeux de l’histoire, dans un des genres majeurs de la tradition occidentale.Il est en tout cas légitime de vouloir raconter une histoire en musique, et ce phénomène est universel : du chant de danse à tambour des Inuits à La Traviata, il y a une différence de degré, pas de nature.Au Québec, la préoccupation opératique est bien vivante.Claude Vivier a écrit XOpéra Kopernikus, et maintenant que son héritage est placé sur orbite internationale, il est probable qu’il fera son chemin en dehors de nos frontières.Jacques Hétu proposa Le Prix dans un style néo-Poulenc qui ne fit pas l’unanimité mais qui témoignait d’un métier sûr : option possible, si l’on accepte — je n’en suis pas — la réactualisation des styles du passé.Il y eut la magnifique Princesse Blanche de Bruce Mather qui fait déplorer la décision de l’Opéra de Montréal de la soustraire à l’attention d’un public vaste.Et puis, l’événement attendu s’est produit: Le Vampire et la Nymphomane de Serge Provost, sur un livret de Claude Gauvreau, que vient de présenter la compagnie Chants libres à l'initiative de Pauline Vaillancourt, avec la complicité du Nouvel Ensemble Moderne et de Lorraine Vaillancourt.Cette œuvre n’était pas entièrement nouvelle pour moi, puisque, en 1992, une demi-heure de cette partition, avec un effectif instrumental réduit et sous le titre L’Adorable Verrotière, avait frappé quelques observateurs.La critique musicale Dominique Olivier écrivait à cette occasion: «Non seulement cet “opéra”, au sens litigieux du terme [pour des raisons budgétaires, il était présenté sans mise en scène], est-il la création la plus marquante, la plus émouvante de la saison 1992-93, mais nous croyons pouvoir dire qu’il s’agit d’une des œuvres les plus marquantes que le Québec ait produite, au même titre que Chant d’amours de Serge Garant ou Kopernikus de Claude Vivier.» (Circuit, vol.V, N° 1, p.82).J’ai vu et entendu Le Vampire et la Nymphomane trois fois (un filage de travail, la générale et la première): j’en suis sorti avec la conviction profonde que l’opéra, au sens propre du terme, de Provost était bien l’œuvre majeure que l’«esquisse» de 1992 permettait d’espérer et je me suis empressé de téléphoner à quelques amis pour leur dire qu’à mon sens, nous étions en présence du type d’opéra qu’il faut écrire aujourd’hui.Inutile de dire que, dans cet état d’esprit, j’ai terminé la lecture de la critique de François Tousignant (Le Devoir, 26 septembre 1996) avec un sentiment d’abattement mêlé de colère et d’indignation devant pareille injustice.Comment Tousignant, l'admirable compositeur des Trois paysages proustiens, le connaisseur émérite de Schoenberg, n’a-t-il pu n’entendre qu’ennui dans cette partition remplie Je ne demande qu’à être étonné et séduit.À quand votre opéra, M.Tousignant?de lyrisme, menée sans défaillance pendant une heure cinquante (avec, bien sûr, des moments plus forts que d’autres comme l’admirable finale) et avec une cohérence rare ?Comment a-t-il pu qualifier ces pages qui témoignent, à chaque mesure, d’un métier sûr dans la technique d’écriture, la finesse de l’orchestration, l’adaptation sans faille aux possibilités et aux qualités vocales de Pauline Vaillancourt, de «successions d’accords plus ternes les uns que les autres», de «collage stérile», de «magma», de «mélismes insipides» ?Comment a-t-il pu, ce qui est plus grave et éthiquement inacceptable, traiter Provost de débutant et de tâcheron ?Comme tout critique, et je crois à la légitimité de la critique musicale, Tousignant a droit de ne pas aimer et de le dire.Ses lecteurs ont aussi le droit d’exprimer de l’affliction pour l’auteur de cette caricature.Mais je me contenterai d’évoquer quelques problèmes de fond soulevés par cet article: peut-on écrire un opéra aujourd’hui ?Comment mettre en musique le texte de Gauvreau ?Académisme, dites-vous ?Est-ce de l’académisme que de faire appel aux procédés d’écriture de Ferneyhough sans rien abandonner de sa personnalité propre ?Académisme encore que ce sens de la continuité musicale retrouvée, après le pointillisme de l’école de Darmstadt ?Est-ce offrir une «minceur rachitique du contenu musical» que d’enchâsser ce texte dense, prolixe et touffu, dans des séries de trames que ne désapprouverait pas l’école spectrale et qui permettent au poème, par moments mais pas toujours, de prendre la première place ?C’est bien là que réside une partie du problème.Un opéra, c’est la mise en musique d’un texte, et face à un texte, il y a plusieurs stratégies possibles.Tousignant aurait préféré une musique qui prolonge «l’urgence irrépressible du sexe» et «le déferlement de la passion amoureuse».Peut-être.Mais, face au risque de redondance du texte par la musique, ce qui nous a été offert me paraît infiniment plus riche: l’écriture subtile de Provost aère ce livret dont la densité se suffit à elle-même, elle le ponctue et le fait respirer, elle en commente les résonances affectives sans le dupliquer.Par là-dessus, Lorraine Pin-tal propose une interprétation visuelle d’une action dramatique et psychologique qu’on peut induire d’une giclée verbale volontairement opaque.Il en résulte un ensemble complexe et riche à trois niveaux qui, comme toutes les œuvres importantes, demande à être vu, revu, et réécouté (ce que le public pourra faire le 30 novembre lors de la retransmission au FM de Radio-Canada).Ce Vampire est tout sauf vidé de sens.C’est l’œuvre, au sens fort et plein du terme, d’un compositeur talentueux et d’une équipe admirable qui savent nous entraîner dans la progression tragique d’une histoire d’amour.Celle-ci n’est pas sans rappeler les archétypes mythiques de la tradition de l’opéra.Pas question de refaire Puccini et Bellini, bien sûr.Provost a su s’appuyer sur cette dimension du texte pour le traiter avec humour et subtilité, et il est regrettable que Tousignant n’ait pas compris le sens des citations qu’il a épinglées.D’abord, il ne s’agit pas de citations de style, mais de citations d’œuvres bien identifiables: une cantate de Bach, et je laisse le lecteur qui n’a pas vu le spectacle imaginer l’effet produit par l’utilisation de cette musique religieuse en contrepoint avec le vocabulaire volontiers blasphématoire de Gauvreau.Et puis, il y a la citation de la mort de la Norma (de Bellini et non de Verdi) dans l’enregistrement de la Callas.Provost établit ainsi une distance ironique entre l’opéra traditionnel et le renouvellement qu’il en propose, tout en soulignant le sens du destin de la nymphomane.Cliché ?Non, clin d’œil, comme la citation de la Muette de Portici de Auber dans Le Crépuscule des Dieux de Wagner ou de l’accord de Tristan dans le Children’s Corner de Debussy.Au-delà de ces détails — mais qui témoignent de la finesse de Provost artiste —, il reste, et c’est essentiel, la progression admirable de l’ensemble.Ce souffle perpétuellement soutenu et relancé, cette construction dosée et cohérente, suscite l’admiration.J’admets volontiers qu’on puisse concevoir autrement la composition d’un opéra aujourd’hui.Je ne demande qu’à être étonné et séduit, et il est possible que la révélation d’une personnalité composition-nelle originale nous vienne demain d’un horizon esthétique différent de celui de Provost.Mais si vraiment cette œuvre forte est le magma insipide qu’a entendu Tousignant, alors, pour nous convaincre de ce qu’il faut faire, il n’a plus d’autre ressource que de délaisser un moment la casquette du critique et de reprendre la plume du compositeur.A quand votre opéra, François Tousignant ?4* i M » j.-* fi ARCHIVES LE DEVOIR Une scène de l’opéra de Serge Provost sur un livret de Claude Gauvreau Le Vampire et la Nymphomane, présenté à l’Usine C le 24 septembre dernier.De quel public parle Serge Provost ?Le compositeur ne doit pas accepter seulement la critique suspecte de ses pairs mais aussi celle du public BENOÎT GODIN Professeur INRS es occasions sont trop rares d’entendre la musique contemporaine à Montréal pour ne s’être pas déplacé le 24 septembre dernier à l’Usine C qui présentait l’opéra de Serge Provost Le Vampire et la Nymphomane.Un demi-succès: on y trouva une mise en scène extraordinaire et des chanteurs dans une forme splendide.Mais c’est tout.Pour la musique, on devra repasser.C’est le message que nous livrait François Tousignant dans sa critique du 26 septembre dernier, critique à laquelle, pour une fois, j’adhère sans hésitation.Pour ma parti la densité de l’écriture musicale est trop mince et trop peu originale pour qu’une telle pièce puisse se faire une place au répertoire des ensembles contemporains.Mais mon propos n’est pas celui-là.Il est de défendre l’idée que oui, le compositeur doit se soumettre à la critique, à toute critique.Le compositeur est un être public.Dans la mesure où il crée pour être écouté, il se livre par le fait même à l’appréciation d’une audience.Dans sa réplique à François Tousignant (Le Devoir, 9 octobre), Serge Provost semble restreindre cette audience à une audience bien particulière.D’abord, à ses pairs de l’IR-CAM.En ces lieux, il y a confronté ses pairs qui semblent, aux dires, du compositeur, l’avoir respecté.Evidemment! Qui ne sait pas qu’en ces lieux la politesse couvre souvent le non-dit, et qu’on y comprend ce qu’on veut bien entendre.Serge Provost a beau être passé par l’IRCAM, cela n’en fait pas nécessairement un musicien intéressant.L’audience n’est pas d’abord celle des pairs uniquement.Cette audience n’est pas non plus privée.Serge Provost nous mentionne les «nombreux témoignages de per- Gauvreau vampirisé On a interprété le texte de Fauteur comme s’il ne voulait rien dire «La scène est le carrefour des ouates mitigées, des ouate forantes, des dômes lubrifiés, Claude Gauvreau ALAIN DENEAULT Étudiant au deuxième cycle, à l’Institut d’études théâtrales de la Sorbonne nouvelle JEAN-MARC LIMOGES Étudiant au deuxième cycle, au département d’études françaises de l’université de Montréal.o tti sonnes averties qui lui ont confirmé l’authenticité et la validité de sa démarche ressentie par une large partie de l’auditoire».Eh bien, je n’était pas de cette audience.Quelle était donc précisément celle-ci?Une audience composée en partie de gens d’emblée réceptifs.Ainsi, j’ai entendu un des proches de Serge Provost inviter le journaliste François Tousignant, quelques minutes avant la présentation, à s’émerveiller devant la pièce à venir, et à en faire un compte rendu positif.Ce proche, c’était encore un pair, que je ne nommerai pas.A côté d’une audience privée, il y en a une autre enfin, celle-là plus large, une audience que vise d’ailleurs virtuellement et idéalement un compositeur.C’est le public en général.Et à celle-là, un compositeur, en tant que compositeur, accepte se plier.Pas s’y plier bêtement évidemment.En effet, avec son œuvre, un compositeur participe activement à «l’éducation» du public: le compositeur contemporain montre qu’il y a autre chose après Haendel.Le compositeur est donc en même temps impliqué dans un exercice de persuasion.Son succès demeure entre les mains de ce public à convaincre.Pour cela, le compositeur n’y parvient que s’il use de bonnes raisons, dans le cas présent d’une œuvre musicale qui possède certaines qualités.C’est le verdict de cette audience que refuse Serge Provost.François Tousignant s’est fait le porte-parole de l’audience publique, du moins d’une partie de cette audience.Celle que le compositeur n’aurait jamais entendue s’il avait continué à côtoyer ses pairs et ses amis.Le verdict est dur, mais il est probablement partagé par d’autres.C’est par ses autres œuvres et par ses œuvres futures, enrichies des leçons de la critique, qu’un compositeur démontrera que l’on a eu tort de lui jeter du vitriol à la face.S’il se contente de la parole en répliquant à ses critiques, il sera toujours considéré comme partisan.’est une promesse d’universel que nous faisait la Compagnie des chants libres en présentant cette «création mondiale» de l’opéra Le Vampire et la Nymphomane, à partir du livret de Clau-> de Gauvreau; non seulement une proposition! de cette globale envergure venait à nos portes,-mais nous en étions de surcroît les provinciaux signa-, taires! Et de notre modeste labeur allait émerger une force' à l’égal de nos prétentions.A moins que ce publicitaire ap-‘ parat ne fut que paravent d’un refus global discret, un rè-> fus du global et,un refus de l’esprit du manifeste que cosi-; gna Gauvreau.A y regarder de près, c’est peut-être encore., le spectacle d’une incurie bien vernaculaire qu’on a offert; au public emballé de L’usine C, le 24 septembre dernier.«Comédiens!» se serait contenté de dire Nietzsche." Nous les voyions, certains de bien penser le texte, en sé-’-crétant fougueusement pour qu’apparaissent ces person-L nages entiers et pleins de naïvetés.Cela se conformait àj un radotage postmoderne qui sait sévir si gentiment — quelle faculté d’oublier le ridicule!.On balance les unes' après les autres les répliques résistantes de Gauvreau, en" y jouant la certitude, comme si elles signifiaient quelques!; évidences qu’il suffit d’investir d’un cabotinage émotif qui:-joue à s’ignorer.On insistait sur le texte quand il signifiait} quelque chose de précis (la verrotière se désignant ses aisselles en disant «sous-bras») ou encore quand il donnait l’impression de faire sens (le vampire déclamant pathétiquement, le front plissé, les sourcils arqués et comme sfc de rien n’était «Tu es le riz, tu es la faille, tu es l’autel, tu est, le crime, tu es le bleute, tu es le kinou, tu es le bacha, tu es 1%, mirtouri, tu es la marmite aux poches de vaisselle!») et on.; enfilait ce qui restait d’«incompréhensible» dans un excès, de rage non motivé.Face au rythme d’une telle déconfiture, face à une telle-’ multiplication de gestes sans économie aucune, face à uneu telle surenchère de grimaces, force est de constater quet ces professionnels vivent comme si le texte de Gauvreau, ne voulait rien dire; on ne saurait interpréter un texte ainsi' qu’il fut fait si on lui prêtait une amorce de sens, une e&T quisse de pensée, une tentative d’apprivoisement de ce qui1 se montre réfractaire à la raison, à la culture.Non! Pour ces gens, Le: Vampire et la Nymphomane ne si-,, gnifierait rien, et c’est à cette seule, condition qu’on peut s’essayer à Ief jouer comme si cela signifiai?,L comme si cette signification s’af-v franchissait de toute contrainte critique.Pour feindre ainsi un sen^ plein, il fallait croire que la chose, en fut privé.On s’y prend à rêvér d’une liberté régressive et puérile,! sans métaphysique ni cohérence.Personne n’a trouvé le courage de lancer un «ça ne veut, pas rien dire», ou d’agir selon ce commentaire d’Arnaud} Desplechin: «Je me méfie toujours des acteurs qui croient à ce qu’ils disent et qui augmentent l’intensité.Il faut qu’un àê-teurse serve énormément de son intelligence, qu’il ne soit pad seulement dans le performatif, comme s’il vivait ce qu’il joue:' J’ai besoin que mes acteurs ne soient pas seulement fascinés-par leur personnage.J’ai besoin de les voir penser1.» A ce n’importe quoi institutionnalisé ne manquent paç_ de se greffer des garde-fous pseudo-réalistes qui, hélas!,* ne gardent personne de la folie, mais récupèrent seulement à bon compte un semblant de sens, question d’éviter de sonder franchement le livret vertigineux et déda-léen de Gauvreau.On s’aventurera même dans le programme à narrer l’opéra selon les catégories d’Aristote, comme si son intérêt était réductible aux péripéties d’une fable rectiligne avec unités de temps, de lieu et d’action.La belle histoire, la grande diversion, le beau refus, global! S’ensuivent des personnages identiques à eux-mêmes.' Le Vampire sera effectivement un «vampire»—visage blà-i fard, air sombre de pied en «cape»; la Nymphomane ne sera plus qu’une «nymphomane» — érigée sur son phallus1 ascensionnel.Et ainsi défile la distribution d’après cette métaphorique de carnaval.'r Cet attachement identificatoire, angoissé, atteint son comble lorsque surgit depuis le public un sosie méconnaissable de Claude Gauvreau, censé jouer le personnage du mari (un cocu).Nonobstant la moustache, le gabarit, la cravate, il était bien entendu impossible d’y reconnaître le* poète du «Vive le Québec! Vive l'universel!» de la Nuit de là poésie de 1970.Cette caricature de caricature, signée Lor-’ raine Pintal, postillonnait de manière aveugle des phraseti qui semblaient se transformer en déchets sous nos yeux.Ce «Gauvreau» a révélé la paresse intellectuelle de ceux qui l’ont, en toute quiétude, ainsi parodié.Dans cette «Usine» C, qui n’a d’usine que le nom, se te-11 nait donc un public repu et fier — et vieilli — venu se rapj ! peler sa révolution dans les formes régressives de la démission tranquille, que nous sommes maintenant à accorfr-plir2.Les machines désirantes d’une usine dramatique semblaient à tout jamais remisées, et ne restait plus qu’un' énième théâtre lubrifié, et fort représentatif.frn 1- «Entretien avec Arnaud Desplechin et Emmanuel Salin*1' ger», Les Cahiers du Cinéma, juin 1996.2- Lire «De la révolution à la démission tranquille» de Sté*’ phane Kelly, dans l’édition du Devoir du 24 septembre.P Un sosie de Gauvreau qui était une caricature méconnaissable ÉQUIPE DU DEVOIR LA RÉDACTION JournalisU Diane Précourt (pages éditoriales.gault.Benoit Monger.Odile - Ito^.Selge Lapbnte «Mw).Rachel Rochefort (OttarJa).LA PUBUCTIÉ ET LE MARKETING Mutine Dubé ( e ses anciens alliés, tels Ait Ahmed et Ali Yahia, mais il ne dévie jamais de cap quant à son engagement dans une lutte pacifique pour une trans- I formation de la société dans le res- [ pect de la diversité, pour une -rénovation politique- qu’attend le peuple algérien depuis les premières heures de l’indépendance.Ce projet.Saïd Sadi a l’ambition de l’étendre à j l’ensemble du Maghbreb dont l’avenir -sera démocratique ou ne sera pas-, une fois disparues -la confu- ï sion idéologique et la violence comme moyen de gestion des oppositions politiques- qui a cours, selon lui, depuis 1926 en Algérie.
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