Le devoir, 22 juillet 1996, Cahier A
?FONDÉ EN 1910 ?LE DEVOIR PERSPECTIVES Pétition pour une vengeance La peine de mort n'est pas une panacée aux meurtres crapuleux Horrifiés par le meurtre crapuleux d’une jeune concitoyenne, des gens de Sherbrooke viennent de lancer une pétition pour le rétablissement de la peine de mort au Canada.Dans la région voisine de Dis-raéli, où un couple a aussi subi une mort horrible, une pétition circule également, demandant des «ajustements» en matière criminelle, sans évoquer l’antique loi du talion.«Ce n’est pas en criant vengeance que nous allons régler les choses.Si Isabelle pouvait parler aujourd’hui, elle nous dirait: “Faites pas ça”», a déclaré M.Marcel Bolduc, le père de la jeune victime, se dissociant de la démarche vengeresse.«Si les gens aiment Isabelle, qu’ils s’impliquent avec nous dans la Fondation Isabel-le-Bolduc.Notre objectif, à la Fondation, c’est de nous attaquer aux libérations conditionnelles et de sécuriser les femmes qui marchent dans la rue.C’est pas en créant une justice parallèle qu’on va régler les problèmes.Au contraire, ça va en soulever d’autres.» Réaction semblable des parents et amis du couple Parent-Beaulieu, lançant un fonds pour contrer l’escalade de la violence gratuite, demandant une application plus rigoureuse des lois, surtout dans les cas de récidive, et une surveillance plus étroite des libérations conditionnelles.Dans les deux cas, des récidivistes sont en cause.Que des ajustements soient nécessaires, que les mécanismes correctionnels ou relatifs aux libérations conditionnelles soient révisés, on en convient aisément.Là comme ailleurs, il y a des failles et des carences, des risques à assumer.Mais les solutions ne sont pas simplistes ou magiques.La panique conduit à des réactions excessives.Il n’y a pas de panacée.Si un seul innocent était pendu après le rétablissement de la peine de mort, comme dit M.Bolduc, ce serait déjà un innocent de trop.C’est vrai qu’Isabelle est une innocente qui est morte gratuitement.Mais il ne faut pas réagir avec colère.On ne peut pas régler la violence par la violence.Ce père éploré a tout à fait raison.Sa réaction est admirable.Mais la majorité n’est pas aussi modérée.Selon le vox pop de La Presse, jeudi dernier, deux lecteurs sur trois sont plutôt d’accord pour le châtiment ultime.Si intolérable soit-elle, la peine de mort continue donc de faire des millions d’adeptes.La moitié des Canadiens serait favorable au rétablissement de la peine de mort, estimant que la peine capitale exerce un effet dissuasif sur les éventuels meurtriers et peut faire baisser le taux de criminalité.Un C’est ce que prétend, en tout cas, le Parti réformiste, qui a fait inscrire épouvantable au feuilleton, l’an dernier, un projet de loi demandant un référendum retour sur le rétablissement de la peine de , v mort.Le gouvernement Chrétien s’y en arriéré oppose fermement, avec raison, ainsi que l’Opposition officiellq à Ottawa, celle du Bloc québécois.A vrai dire, seuls les réformistes, et quelques adeptes égarés dans les autres partis représentés à Ottawa, préconisent cet épouvantable retour en arrière.Il a été démontré tant et plus que la peine capitale n’a aucun effet dissuasif sur le crime.Si tel est le cas, elle ne se justifie pas.Ça devient de la vengeance, et un système judiciaire basé sur la vengeance n’est pas compatible avec une société civilisée.Il n’est pas vrai que les criminels, d’habitude ou non, pensent aux conséquences de leurs actes sur les autres et sur eux-mêmes.Il n’est pas vrai non plus que l’effet dissuasif de la peine de mort jouerait de façon substantielle.Même les crimes les plus horribles — et le Québec en a son tenible lot cet été — ne justifient pas moralement l’exécution.En tout état de cause, l’État, que ce soit au Canada ou partout ailleurs dans le monde, ne peut enlever la vie à qui que ce §oit, même au plus affreux criminel.Une majorité d’États américains, 35 en fait, aux dernières nouvelles, imposent le châtiment ultime ou l’ont rétabli.Mais les crimes les plus horrifiants y font plus que jamais de nombreuses victimes.L’antique loi du talion — œil pour œil, dent pour dent — n’est pas la solution dans une société civilisée; elle ne fait pas le poids à côté de la prévention, des programmes d’aide et d’emploi, de la réhabilitation.Quand la violence fait des ravages partout et que l’insécurité augmente, la tentation est grande de s’imaginer qu’il suffirait d’éliminer quelques indésirables pour que la vie en société redevienne — comme dans La petite maison dans la prairie — harmonieuse, paisible et agréable.Facile et trompeur, le châtiment ultime n’en vaut pas la peine.La vraie solution n’est pas simple et unique, mais complexe et multiple.Faire croire qu’un référendum résoudrait, même en partie, l’angoissant problème de la criminalité violente et assassine, c’est leurrer les Canadiens.La magie du populisme et l’alchimie démagogique entretiennent la peur.Mçme l’humain le plus inhumain a le droit de vivre.L’État ne peut, si légalement que ce soit, tuer.Fût-il sanctionné par la loi, un meurtre est un meurtre et demeure barbare.Le Canada a aboli la peine de mort il y a 20 ans.Cette décision sage et sensée ne peut être remise en cause, quels que soient les remous d’une opinion publique ameutée par des drames répugnants et par des politiciens en mal de populisme démagogique.Gilles Lesage INDEX Agenda.B7 Aria publics.B3 Petites annonces A4 Culture.B8 Économie.B2 Éditorial.A6 Le monde.A5 Mots croisés .A4 Les sports.B4 MÉTÉO Montréal Ciel variable.Max: 26 Québec Ciel variable.Max: 24 Détails en B3 L'ENTREVUE Jacques Lacoursière, l’historien raconteur PAGE B 1 ?LES ACTUALITÉS L’humour douteux du Monde selon Dieu PAGE A 4 LE MONDE Crash de TWA: la météo facilite les recherches PAGE A 5 Le «déluge» a fait au moins 10 morts np wm.mm #>/.« mm On se sent petit, tout petit ; «On voit ça à la télé, mais on ne pense pas que ça peut nous arriver» ISABELLE HACHEY COLLABORATION SPÉCIALE Chicoutimi — Des routes coupées en deux, des maisons à la dérive, d’autres dont l’eau s’échappe en torrent des portes et des fenêtres.La scène est impressionnante, presque apocalyptique, et se répète dans plusieurs villes et villages de la région du Saguenay depuis samedi.Pendant que les autorités des différentes municipalités touchées par la crue spectaculaire des eaux n’en finissent plus de constater les dégâts, les sinistrés, eux, n’en reviennent pas encore.On se sent petit, tout petit, devant tout cela.Barbara Lapointe a 24 ans et demeure depuis toujours au bord de la rivière Chicoutimi.Mercredi dernier, sous le soleil, elle «regardait passer les canards», assise sur un quai, les pieds dans l’eau.Hier, sa maison était en grande partie sous l’eau.Et le quai flottait.dans la rue, en face.«Il n’y aura plus d’arbres, plus de fleurs.Des toits de maisons flottent dans la rue, raconte-t-elle.J’étais tellement fière d’habiter là, je me considérais tellement choyée.Je suppose que c’est le prix à payer pour avoir habité un si bel endroit pendant toutes ces années.» D’abord sous le choc d’avoir tout perdu en quelques heures, elle philosophe maintenant: «C’est dans ces moments-là qu’on apprend ce qui est vraiment le plus important.Le matériel peut toujours être remplacé.» Audrey Desbiens, qui habite le centre- photopc VOIR PAGE A 8: PETIT La rivière Chicoutimi a envahi les rues de la ville du même nom et la rupture éventuelle d’un barrage laissait craindre le pire hier soir.M Quinze mille sinistrés au Saguenay M Les gouvernements mettent au point des mesures exceptionnelles FRANÇOIS NORMAND LE DEVOIR La catastrophe naturelle qui frappe le Saguenay, Charlevoix et la Côte Nord depuis maintenant plusieurs jours a atteint un niveau tel de destruction que les premiers ministres Lucien Bouchard et Jean Chrétien se sont rendus hier à Jon-quière afin d’évaluer la situation qualifiée d’ores et déjà d’apocalyptique.Le premier ministre du Québec — et député de Jonquière — préside quant à lui aujourd’hui, à Québec, un conseil des ministres d’extrême urgence afin d’évaluer de quelle façon le gouvernement viendra en aide aux régions sinistrées.Au moins dix personnes ont perdu la vie à la suite des pluies diluviennes et du mauvais temps depuis les derniers jours.Dans Charlevoix, trois amateurs de voiles ont péri noyés; leur disparition était signalée depuis vendredi soir.Sur la Côte Nord, à Rivière-Pentecôte — à 80 km au sud-ouest de Sept-îles —, quatre personnes ont perdu la vie dans un accident automobile, dont un enfant et ses deux patents.A l’heure d’aller sous presse, une fissure importante dans le barrage Arnaud — le troisième barrage sur la rivière Chicoutimi — était signalée par les autorités et la Sûreté du Québec.L’ordre d’évacuation a été décidé vers 19hl5.Tous les habitants demeurant sur les bords de la rivière Chicoutimi et au centre-ville de Chicoutimi ont été évacués rapidement.Des centaines de personnes se sont massées sur les hauteurs de la ville pour échapper aux flots.Les régions de l’Est du Québec sont, dans certains cas, complètement paralysées et isolées du reste de la province à la suite du débordement de plusieurs rivières, de glissements de terrain, de la fermeture de routes, de ruptures de lignes téléphoniques et de l’alimentation électrique.On dénombre une multitude d’affaissements de routes et de voies ferrées dans l’Est du Québec.Plusieurs routes ont dû être fermées (voir page A 3).Les deux principaux liens routiers entre Jonquière et Chicoutimi sont coupés, à la suite d’affaissements sur la route 170 et le boulevard Saguenay.Au total, entre 10 000 et 15 000 personnes ont dû être évacuées au Saguenay, selon la Sécurité civile.Des centaines de maisons ont été inondées ou emportées par les courants forts, entre autres en bordure de la rivière Chicoutimi, à Laterrière, à Chicoutimi et à Jonquière.Plusieurs secteurs éprouvent des difficultés d’approvisionnement en eau potable.VOIR PAGE A 8: MORTS ¦ Autres informations en page A 3 ¦Le commentaire de Jean-Robert Sansfaçon en page A 6 Deux bronze pour le Canada -i 7*0 La cycliste Clara Hughes gagne la médaille de bronze à l’épreuve sur route, une première dans l’histoire du cyclisme féminin aux Jeux olympiques.Le nageur albertain Curtis Myden termine troisième à l’épreuve du 400 mètres quatre nages.VOIR PAGES B 4 ET B 5 Le Pays de mon père La rencontre de Mathilde Septième épisode du feuillleton de VLB écrit spécialement pour les lecteurs du Devoir Dans le fin bout du huitième rang de Saint-Jean-de-Dieu, la maison de ma mère est restée telle qu’elle a toujours été, toute grise dans son lambris de bardeaux et comme aveugle à cause de cette fenêtre qu’on a obstruée sur la façade.Mon père l’a regardée sans rien dire puis il a baissé la vitre de la portière, il y a passé la tête et, tirant la langue, il s’est mis à laper la neige qui tombe.J’ai regardé Samm, n’osant demander à mon père le sens de ce qui me paraît être un bien étrange rituel.La vitre de la portière remontée, mon père dit — Plutôt que de faire ferrer ses chevaux à Saint-Jean-de-Dieu chez le bonhomme Soulard, ton VICTOR-LÉVY BEAULIEU grand-père Bartholomée préférait, peu importe le temps, descendre aux Trois-Pistoles.Il se faisait toujours accompagner par quelques-uns de ses garçons, tous aussi sauvages que le pays qui les avait vus naître.Ils étaient courts de bras et de jambes, avec des corps aussi trapus que les épi-nettes noires peuplant l’arrière-pays.Mais comme dans toute famille, il y avait une exception, ta mère Mathilde.—Tu l’as connue comment?— La première fois que je l’ai vue, j’étais en train de défardocher le long de la boutique de forge de mon père.Elle portait un chapeau fleuri, une robe fleurie et des gants sans doigts comme le voulait alors la coutume.Ce fut bien davantage qu’une apparition pour moi, mais comme l’expression même de tout ce que j’avais désiré dans ma vie.J’ai laissé tomber ma serpe au milieu de la far-doche, j’ai couru jusqu’au boghei, y arrivant juste à temps pour tendre ma main jusqu’à ta mère afin de l’aider à descendre.Attachés derrière le boghei, il y avait quatre gros percherons qui raclaient la terre de leurs pattes velues.Bartholomée et mon père les ont menés à la boutique de forge, nous laissant seuls, Mathilde et moi, l’un devant l’autre.Mathilde était si gênée que je n’ai pas osé l’inviter à entrer dans la maison où ma mère lui aurait offert du thé et des biscuits Village.J’ai simplement montré la rue Vézina à Mathilde et je lui ai dit «Si vous voulez, ça serait simple qu’on marche un peu.» Mais Mathilde est partie devant moi comme si elle avait eu le diable à ses trousses.Je l’ai rattrapée aux confins du Petit-Canada, juste devant Chez Chariot VOIR PAGE A 8: MATHILDE ;:A 2 I) E V 0 1 R.I, E L UNI)! 2 2 ,J II I I.I, E T I !) !) (i LES ACTUALITES Les affluents des cours d’eau dévastés sont essentiels à la survie des espèces aquatiques LOUIS-GILLES FRANCŒUR LE DEVOIR Les affluents des cours d’eau, que le Québec dévaste systématiquement depuis une génération dans ses zones habitées et tout particulièrement en milieu agricole, sont en réalité des écosystèmes plus productifs et plus essentiels à la survie .des espèces aquatiques que le cours d’eau principal sur lequel se concentrent généralement les politiques de protection environnementale.Telle est l’étonnante conclusion à laquelle est parvenue une équipe de neuf chercheurs de quatre universités québécoises lors de travaux sur le terrain accomplis l’an dernier sur la rivière Sainte-Marguerite, entre Tadoussac et le lac Saint-Jean.Leurs conclusions apparaissent dans la dernière livraison de Salmo Salar, la revue de la Fédération québécoise du saumon atlantique, laquelle a d’ailleurs financé une partie importante de ces recherches en collaboration avec Alcan.Cette conclusion jette un éclairage inquiétant sur les conséquences environnementales cumulatives du déboisement, du redressement, du creusage et de la «consolidation» avec blocs de roche de 40 300 km de petits cours d’eau que Québec a ainsi rayés de la carte biologique en 28 ans avec le programme Sol-Plus du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation.Ce total incroyable de 40 300 km de cours d’eau totalement artificialisés à la «pépine» et à la pelle mécanique est apparu pour la première fois dans le dernier bilan environnemental du Québec après avoir été divulgué quelques années plus tôt par Le Devoir.Loin de faire marche arrière pour les restaurer, le ministère de l’Environnement et de la Faune (MEF) a lui-même court-cir-çuité en 1993 l’obligation inscrite en 1989 par le législateur dans la Loi de l’environnement en cessant d’exiger, faute de person- nel et de temps, un examen préalable des travaux «d’entretien» des cours d’eau déjà réduits à l’état de fossés agricoles, et cela, juste au moment où la nature recommence à y affirmer ses droits.Le MEF accorde ainsi aux municipalités depuis 1993 la permission de procéder sans étude d’impacts à leurs projets «d’entretien» si elles s’engagent à suivre ses exigences, lesquelles ne sont pas suivies sur des aspects essentiels, selon le bilan dressé par le ministère à propos des travaux de l’an dernier.Exigences Selon ce bilan, 12 directions régionales du MEF ont autorisé l’an dernier 142 projets «d’entretien» de cours d’eau en milieu agricole.Le MEF ne pouvait pas dire hier la longueur totale des cours d’eau ainsi artificialisés une deuxième fois.Dans la majorité des 45 projets inspectés, les exigences relatives aux études géotechniques, à l’ensemencement des talus, à la plantation d’arbres et à la protection des rives ont été mal ou pas respectées.Selon Marco Rodriguez, un chercheur du département de biologie et des sciences de la santé de l’Université du Québec à Rimouski, les conclusions de cette étude devraient s’appliquer à tout le moins aux salmonidés des rivières du sud de la province.Cette recherche, dit-il, permet d’entrevoir les «conséquences importantes d’interventions humaines» dont les conséquences n’ont pas été préalablement mesurées dans les cours d’eau de petite taille.La recherche de l’été dernier, selon le bilan publié par Salmo Salar, indique que la densité des tacons (très jeunes saumons) est plus élevée dans les «tributaires» (affluents) que dans la branche principale du cours d’eau.A la fin de l’été, ont aussi noté les chercheurs, les jeunes pois- sons de même longueur avaient une masse corporelle plus élevée dans les tributaires que sur le cours d’eau principal, et leur condition était meilleure, en général.«Ces résultats, écrivent les chercheurs, suggèrent que la qualité d’habitat offert par les tributaires, qu’elle soit jugée à partir de la densité ou de la condition physique des tacons, semble supérieure à celle des branches principales.» Ils expliquent le phénomène par le fait que le couvert végétal plus dense des petits tributaires protège mieux les poissons contre les prédateurs, comme le bec-scie, leur fournit beaucoup plus d’insectes et les oblige à dépenser moins d’énergie car le courant y est moins fort.Ces plus petits cours d’eau, ajoute M.Rodriguez en entrevue, sont en réalité les châteaux forts de la diversité biologique en raison de l’adaptation de chaque population de poissons aux caractéristiques de chaque ruisseau ou tronçons de rivières.Faire disparaître ces milieux engendre un important appauvrissement du capital génétique des cours d’eau et accentue leur faiblesse devant d’autres agressions.Le sous-ministre adjoint du MEF aux Opérations régionales, Robert Lemieux, a réagi avec surprise à ces données, précisant que cela pourrait provoquer une «réévaluation» de certaines politiques dans ce domaine.Déjà, a-t-il dit, le MEF a entrepris de resserrer le système fort libéral qui permet aux municipalités «d’entretenir» les cours d’eau que le sous-ministre qualifie de «déjà morts», sans étude préalable d’impacts.M.Lemieux convient que le Québec, qui arrive assez peu à faire respecter sa politique de protection des rives, qui laisse construire des trappes à sédiments dans les cours d’eau et n’en exige aucune dans les fossés agricoles et qui ne s’est jamais défini un minimum d’habitats aquatiques à conserver sur les cours d’eau, a «encore du travail à faire» de ce côté.bfi PROPOSITION INDECENTE • Radiocassette AM-FM à 4 haut-parleurs, Par mois location 48 mois 0$ COMPTANT transport et préparation en sus Jupes latérales •Aileron arrière de couleur assortie '•Suspension à calibrage sport Roues en alliage d’aluminium Pneus Yokohama 185/60/R14 PLUS: moteur 4 cylindres à 16 soupapes, direction assistée, pare-chocs de couleur assortie, rétroviseurs latéraux à télécommande, etc.'Bail à long terme avec option d’achat sur le modèle Tercel Sport AC56LH-EA.Coût total du bail 12143.04S.Le concessionnaire peut offrir un 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S*-Léonard Toyota AutomoWe G Couflard 445-0577 «53-2510 687-2634 376-9191 935-6354 473-1872 252-1373 Pierre Lefebvre AutomoWes CARDIAC JOLIETTE LAVAL MONTREAL MONTRÉAL ST HYACINTHE STE-AGATHE 742-4596 i 373-0650 Cantac Toyota Jobene Toyota Timor* Lena Toyota Chassi Toyota Toyota P* IX Angers Toyota ''y'/î A Sle Agühe TERREBONNE VERDUN 6596511 259-3449 666-2710 527-3411 329-0909 774*9191 326-1044 AutomoMes Woodland Toyota CHAMILY L4CHIHE LONGUEUR MONTRÉAL POINTE CLAJRE ST-JEAN STE THERESE LG LM 761-3444 Chamtty Toyota SoreUtws Toyota Longueui Toyota Hot* Toyota fame* Toyota Déry Toyota Bi>rvie Toyota 471-4117 658-4334 634-7171 674-7474 351-5010 6*4-1510 359-9000 435-3665 TOYOTA E N B R E ?F CERTIFICATS-FORETS Ottawa (PC) — L’industrie forestière canadienne a mis sur pied un nouveau système destiné à convaincre les clients étrangers que les forêts du Canada sont gérées de façon équitable.Mais certains écologistes ne sont pas çonvaincus de l’efficacité du système.A la demande de l’industrie forestière, l’Association canadienne de normalisation commencera à fournir des certificats aux entreprises qui respectent les principes de développement durable.Les entreprises pourront alors montrer ces certificats aux clients qui se préoccupent de la qualité de l’environnement Les critères utilisés pour la certification ont été approuvés la semaine dernière par presque tous les membres d’un comité technique, dit Ahmad Husseini, de l’association de normalisation.«Cela indique un niveau de consensus sans précédent», a-t-il déclaré en entrevue.Le comité est formé de représentants d’organismes industriels, gouvernementaux et non gouvernementaux, dont certains groupes écologiques, dit-il.Selon M.Husseini, l’industrie forestière est soumise aux pressions des Canadiens qui s’inquiètent de la gestion des forêts du pays tout autant qu’à celles des clients étrangers.WESTRAY: MENAGE Halifax (PC) — S’il devait réaliser son vœu le plus cher, l’avocat chargé de représenter les familles des 26 victimes de la mine Westray, Brian Hebert, ferait tomber certaines têtes.Devant la commission d’enquête qui tente d’expliquer l’explosion, en 1992, de la mine de Plymouth, en Nouvelle-Ecosse, M.Hebert réclamera, aujourd’hui, un «ménage bureaucratique» panni les fonctionnaires gouvernementaux.«Des personnes compétentes doivent occuper ces postes», fait-il valoir, à la veille de la dernière journée des audiences à Stellarton, en Nouvelle-Ecosse.Si l’avocat reiùse d’identifier un ministère en particulier, il fait peu de doute que les fonctionnaires du ministère néoécossais du Travail, chargés de la sécurité dans la mine, sont les premiers visés.D’anciens mineurs de Westray ont soutenu devant la commission que les inspecteurs du ministère avaient ignoré à répétition les infractions au code de sécurité de la mine, maintenant fermée.A leur tour, les inspecteurs ont mentionné qu’ils n’avaient pas un équipement assez sophistiqué pour travailler dans la mine.Us se disaient aussi trop peu nombreux et mal soutenus.LA GRC ACCUSE Ottawa (PC) — La Gendarmerie royale du Canada déposera des accusations contre une firme californienne accusée d’avoir fourni illégalement des travailleurs russes à une entreprise de haute technologie canadienne.Le département de l’immigration et des passeports de la GRC entend açcuser la société Inter-Continental Software (ICS) de Palo Alto, en Californie, relativement à l’arrestation, en mai 1995, de •nuit programmeurs russes.Les informaticiens étaient employés par l’entreprise Corel d’Ottawa, a indiqué le sergent Gord Fmck.Corel, qui a embauché les Russes par le biais de ICS, n’a reçu qu’un avertissement puisque les hommes étaient officiellement employés par ICS, a mentionné M.Finck.La société californienne et son propriétaire, Mike DeLyon, seront accusés d’avoir enfreint la loi canadienne sur l’emploi.Selon un porte-parole de Corel, les Russes, munis de visas de visiteurs, sont arrivés au Canada en novembre 1994.Installés dans des appartements d’Ottawa, ils ont collaboré au développement de logiciels informatiques.CADAVRE REPECHE (PC) — Les secouristes ont repêché le cadavre de l’une des trois personnes portées disparues depuis vendredi dans les eaux du fleuve Saipt-Laurent, hier midi, à la hauteur de l’Ile-aux-Pommes, en face de Trois-Pistoles, dans le Bas-Saint-Laurent.Les secouristes ont aperçu le corps depuis l’appareil Hercules des Forces années canadiennes à bord duquel ils prenaient place.In dépouille a été transportée à bord du Georges-Tearks, le navire de la garde côtière qui patrouille l’embouchure de la rivière Saguenay à la recherche du voilier Le Belle-Isle et de ses trois occupants.Hier en fin d’aprèsr-midi, le corps repêché n’avait pas été formellement identifié, tandis que les recherches se poursuivaient.GROS SPAGHETTI Albissola Marina (Reuter) —Trois mille Italiens ont avalé 301 kilos de spaghetti mêlés à 200 kilos de sauce tomate hier à Albissola Marina, lors d’un festin pantagruélique qui poum figurer au Livre des records.Quinze cuisiniers avaient mitonné les pâtes dans une chaudron de six mètres.U habitant a réussi à aspirer plus de deux kilos de spaghettis.Les oigani: teurs du festin vont communiquer le détails de l’exploit aux experts du Livre des records pour tenter de fain homologuer le leur.Les spaghettis i figurent pas encore dans les tablett du Livre des records.Il comporte néanmoins une rubrique lasagnes: en avait été fabriqué 3,17 tonnes en 1993 aux Etats-Unis.1 I, E I) E V 0 I R , 1.E I.I! N 1) I 2 2 .1 LT I L I.E T I !) !) (i A 3 LES ACTUALITES .ALMQ a.e.6 4 iËtA EffrA U R .§rE7 T*b«' 7 RuAË&ete • O ST El TEm iflE / SEAbF zMo.oUoTiL "AE 12(SiO I F RÉ 'Ko Al XÉ 'MT UT E L La voix desji un voix aesAà depuis 75 feints M A Aide à l’enfance f-800-668-5036 v REGROUPEMENTS DE RUBRIQUES 100 • 199 IMMOBILIER RÉSIDENTIEL 100-150 Achat-vente-échange 160-199 Location 200 • 299 IMMOBILIER COMMERCIAL 200 • 250 Achat-vente-échange 251 • 299 Location 300 • 399 MARCHANDISES 400 • 499 OFFRES D’EMPLOI 500 • 599 PROPOSITIONS D’AFFAIRES ET DE SERVICES 600 • 699 VÉHICULES LES ANNONCES CLASSEES DU LUNDI AU VENDREDI DE 8 H 3 0 A 16 H 0 0 Pour placer, modifier ou annuler votre annonce, téléphonez avant 14 h 30 pour l’édition du lendemain.Téléphone: 985-3344 Télécopieur: 985-3340 Conditions de paiement : cartes de crédit PROPRIETES A VENDRE i nKim CONDOMINIUMS MAISONS DE CAMPAGNE APPARIEMENTS-LOGEMENTS À AU COEUR DU VIEUX-LONGUEUIL Cottage-condo jumelé, 1992.Impeccable, avec 3 chambres.Réal Courte-manche, Re/Max Longueuil Inc., 651-8331.BROSSARD.Calme, oiseaux, cèdres, tilleuls, lilas, roses, pivoines, pommes, poires, grand potager entourent bungalow: 3 c.c, s.à manger, 2 sb, loyer, gar.Près autobus et école.656-7543.ST-LAMBERT, cottage s.-d„ 1919.Bordé d’arbres imposants, 3 c.c., véranda avant annexée arriére, jardin intime très vert, nouvelles fenêtres partout.Idéal pour bricoler.150,000$.340-6357 (jour), 465-1378 (soir).____________ COPROPRIETES VIEUX MONTREAL Cours Le Royer Magnifique loft 1070 p.c., murs de brique, poutres, foyer, fenêtres françaises.Faut voir! 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(i A 5 LE DEVOIR LE MONDE m »(> La sécurité de la région est la principale préoccupation PERSPECTIVES L’ambition de l’ASEAN L’organisation sud-asiatique fait preuve d’indépendance AGENCE FRANCE-PRESSE Djakarta — L’ASEAN (Association des Nations du Sud-est asiatique), organisation presque trentenaire, est proche de l’ambition ultime qui avait présidée à sa creation de réunir les dix pays de la région, but qu’elle semble désormais en mesure d’atteindre avant la fin du siècle.Les ministres des Affaires étrangères des sept pays membres de l’ASEAN, réunis hier et avant hier à Djakarta pour leur réunion annuelle, ont en effet officiellement admis comme observateur la Birmanie, dont les dirigeants ont fait savoir son intention de devenir membre à part entière dans les deux ans.Illustration de l’indépendance de l’ASEAN, cette admission est sans réserve malgré les pressions occidentales, notamment de Washington et de l’Union Européenne, qui critiquent l’absence de démocratie dans le régime militaire de Rangoon.Déjà observateurs, le Laos et le Cambodge doivent devenir membres pleins de l’Association l’année prochaine, rejoignant le Vietnam accepté en 1995.L’ASEAN a été créée en 1967 à Bangkok, en pleine Guerre froide, par l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande, rejoints par Bruneï un an plus tard, essentiellement pour faire barrage au communisme.Aujourd’hui, l’ASEAN, qui regroupe quelques uns des pays du monde dont l’économie est la plus performante, apparaît surtout concernée par la sécurité de la région, où le poids de la Chine est de plus en plus sensible.Le communiqué commun publié à l’issue des travaux souligne ainsi les préoccupations de l’organisation devant la situation dans la mer de Chine, où des différends territoriaux opposent Pékin aux autres pays riverains.Une stabilité durable dans cette région ne pourra être atteinte, selon le texte, que si les parties concernées font preuve de modération et de contrôle et élaborent un «code régional de bonne conduite».Ce sujet sera d’ailleurs l’un des principaux qui seront discutés — aussi bien en session pleinière qu’en tête à tête — lors de la rencontre du Forum régional (ARF) qui doit se dérouler, à partir de demain, à Djakarta, et auquel participeront notamment le secrétaire d’Etat américain, Warren Christopher, et son homologue chinois, Qian Qi-chen.L’ARF, créé en 1994 à l’initiative de l’ASEAN, a pour but de fournir un lieu de discussions et d’échanges de vues sur les questions de politique et de défense régionales.Outre le$ pays de l’ASEAN, en sont notamment membres les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l’Inde, l’Union Européenne, la Russie, le Canada, l’Australie et la Nouvelle Zélande ainsi que la Corée du sud.Egalement cités dans le communiqué et objet probable des prochaines discussions de l’ARF, la situation dans la péninsule coréenne et le dialogue éventuel entre Séoul et Pyongyang.Le long communiqué de l’ASEAN, qui compte 53 points, demande également à l’Inde de signer le traité d’interdiction totale des essais nucléaires, ce que New Dehli se refuse à faire tant que le texte ne comporte pas un çalendrier pour l’abandon des armes nucléaires par les Etats qui en sont dotés.Sur le plan économique enfin, les ministres ont pris note des «substantiels progrès» faits afin de réduire les entraves au commerce et mouvements de capitaux entre les pays de l’ASEAN, et faire de la région une zone de libre échange d’ici l’an 2003.EN BREF ?Opération sans précédent entre Israël et le Hezbollah / -?- Echange entre deux ennemis Au terme d'une médiation allemande, prisonniers et morts sont rendus aux leurs Tel Aviv-Beyrouth (AFP) — Le Hezbollah et Israël ont échangé hier via le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) des morts et des prisonniers lors d’une opération sans précédent minutieusement préparée par un médiateur allemand et les autorités libanaises.Le dernier groupe de prisonniers libérables devait être relâché en soirée par Israël, alors que le coordinateur des services secrets allemands Bernd Schmidbauer qui avait négocié cet échange, envisageait de nouvelles opérations de ce type.«Il faut profiter de l’impulsion qu’ont prise ces négociations afin de parvenir à la libération de tous les prisonniers et à l’échange de toutes les dépouilles mortelles», a déclaré M.Schmidbauer lors d’une conférence de presse à Jérusalem.Tout a commencé tôt hier matin dans la banlieue sud de Beyrouth avec la remise par le Hezbollah pro-iranien des corps de Rahamim Alsheikh et Yossef Fink, deux militaires israéliens portés disparus au Liban depuis 1986.Identifiées il y a quelques jours par des médecins légistes allemands, les dépouilles ont été remises à deux représentants du CICR, qui les ont convoyées jusqu’à l’aéroport de Beyrouth.De là, elles ont été embarquées à bord d’un Hercules C-130 de l’armée de l’air allemande à destination d’Israël, en présence de M.Schmidbauer, d’un représentant du Hezbollah et du patron de la Sûreté générale libanaise, M.Raymond Rouphaël.M.Schmidbauer qui avait négocié la libération en juin 1992 des deux derniers otages occidentaux au Liban, les Allemands Thomas Kemptner et Heinrich Struebig, menait depuis au moins trois mois des pourparlers secrets avec les autorités libanaises, le Hezbollah, mais aussi les gouvernements syrien et iranien.La part de la transaction incombant au Hezbollah prévoyait également la libération de 17 miliciens de l’Armée du Liban sud (pro-israélienne).Emmenés par le CICR de Beyrouth à Kfar Tebnit, l’un des cinq poiqts de passage reliant la «zone de sécurité» occupée par l’Etat hébreu au Liban sud au reste du pays, ils ont déclaré qu’ils ne souhaitaient pas retourner dans cette zone.De son côté, Israël a libéré 20 puis 25 Libanais de la prison de Khiam (zone occupée).Vingt Libanais libérés sont arrivés à Nabatiyé, ville limitrophe de la «zone de sécurité», à bord d’un minibus PHOTO AP Des soldats israéliens placent dans un camion libanais un cercueil contenant la dépouille d’un membre du Hezbollah.Israël a commencé hier à échanger des dizaines de prisonniers et des dépouilles contre les corps de deux soldats israéliens tués au Liban il y a dix ans.du CICR et ont été accueillis par une foule de 10 000 personnes en çlélire.Enfin, l’État hébreu a restitué les corps de 123 combattants anti-israéliens, dont 105 exhumés dans le nord d’Israël.Selon un responsable israélien, 78 dépouilles ont, été identifiées avec certitude.Chargés en Israël sur 17 camions affrétés par le CICR, les cercueils numérotés ont été convoyés jusqu’à Kfar Tebnit et devaient être remis au Hezbollah à Nabatiyé,' à, environ 5 km, où une foule dense de parents attendait.Le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou a rendu hommage au chancelier Helmut Kohl et à Schmidbauer, tandis que le chef de la diplomatie libanaise Farès Boueiz a salué la «sage politique» allemande au Moyen-Orient, qui a permis le succès de l’opération.Discussions ultérieures En réceptionnant les corps des deux militaires israé: liens à Beyrouth, M.Schmidbauer avait affirmé que des «discussions ultérieures» auraient lieu.Le Hezbollah réclame toujours la libération des dirigeants intégristes cheikh Abdel Karim Obeid et Mous-tapha Dirani enlevés au Liban en 1989 et 1994, tandis ¦ qu’Israël espère notamment récupérer l’aviateur Rqn Arad porté disparu depuis 1986 au Liban.Israël le croit, vivant et aux mains du Hezbollah, ce que ce dernier, dément.Après l’arrivée en Israël des corps des deux militaires,: M.Nétanyahou a dit espérer que l’échange d’hieramène-ra le Hezbollah à faire preuve de «modération» et à ne pas lancer d’attaques contre l’Etat hébreu.En avril, l’armée israélienne avait mené une opération militaire de seize jours au Liban visant à détruire les ca:, parités militaires du mouvement intégriste.L’opération a ; fait 175 morts, essentiellement des civils.Pour la première fois depuis le début de la guerre au Liban (1975-1990), au coûts de laquelle des échanges de prisonniers ont eu lieu, l’État libanais a été directement ! impliqué dans une telle transaction, à un moment où les j autorités s’efforcent de démontrer le retour de l’état de ! droit au Liban.V En maintes occasions, Beyrouth a affirmé qu’en cas de ! retrait israélien du sud du Liban, son armée serait désor-, mais capable d’assurer la sécurité jusqu’à la frontière avec Israël.Explosion du Boeing de TWA La météo facilite les recherches La localisation de l’épave pourrait permettre une percée dans l’enquête i«>q !i.0[ .ub i ;>b East Moriches (Reuter et AFP) — Les vents violents qui soufflaient au dessus de l’Atlantique à l’endroit où s’est abi-mé mercredi soir le Boeing 747 de la TWA se sont calmés et les enquêteurs ont désormais bon espoir de retrouver dans l’océan les corps des victimes et les éléments qui leur permettront de déterminer les causes de l’accident.Les recherches ont un double objectif: retrouver les corps des 230 personnes qui se trouvaient à bord de l’appareil et les deux enregistreurs de vol qui recueillent les données techniques et les conversations à l’intérieur du cockpit, ont expliqué les responsables des opérations.Jusqu’à présent, 100 corps ont été repêchés et 36 d’entre eux ont été formellement identifiés.«Le processus d’identification est en cours, il se poursuivra toute la nuit», a déclaré hier Torn Shepardson, de la direction des Urgences de New York.Les recherches se sont poursuivies tôt hier avec l’espoir qu’une mer plus calme pourrait permettre une percée rapide dans la récupération des corps des victimes emprisonnés dans l’épave du Boeing 747, et dans l’enquête sur les causes de l’accident.Une mer agitée avait gêné samedi les recherches et n’a pas permis de localiser les «boîtes noires» d’enregistrement des conversations de l’équipage et des données de vol.Mais les enquêteurs se sont déclarés «encouragés» par la découverte par sonar samedi d’une trainée de débris aboutissant à une masse susceptible d’être l’épave du Boeing 747 qui s’est écrasé mercredi soir peu après son décollage de New York à destination de Paris avec 230 personnes à bord.Une centaine de corps, et moins de 1% de l’avion, avaient été retrouvés samedi soir.Des bateaux ont localisé, au sonar, ce qui semble «une trainée de débris de l’épave» en suivant une carte dressée par un avion C-130, a déclaré samedi le président du Bureau national de la sécurité des transports, Robert Francis.«Cette trainée culmine avec une grosse masse, suffisamment importante pour avoir accroché brièvement le sonar», a-t-il dit.Les sauveteurs soulignent cependant qu’il pourrait s’agir d’une épave d’un des nombreux bateaux éparpillés sur ces fonds marins.Selon M.Francis les sauveteurs devaient tenter hier d’envoyer des plongeurs et de photographier l’épave.Deux bateaux de la police, six unités des gardes-côtes et un navire de la marine établissant une carte du fond marin et traînant un sonar susceptible de capter le signal électronique des «boites noires», devaient être opérationnels toute la journée hier, a dit M.Francis.Samedi, le navire de l’US Navy Pirouette a navigué dans une mer creusée par des vagues de plus de deux mètres.Bien que les autorités n’aient pas lié.l’accident à un acte terroriste, le FBI considère le site de l’accident, situé à 16 km de la côte de Long Island, comme le théâtre d’une enquête criminelle.M.Francis a rappelé qu’aucun incident technique n’avait été signalé sur cet avion âgé de 25 ans «qui a rempli toutes les•-conditions de vol».Pour tenter de soulager l’angoisse’j' des familles qui ont exprimé du mécon- j: tentement sur le lenteur de l’enquête et des recherches, un groupe de huit parents des victimes a été emmené en hélicoptère au dessus du site.Ces personnes ont rendu compte aux autres familles, rassemblées dans un hôtel proche de l’aéroport Kennedy.Un film video tourné sur le site devait être mis à la disposition des familles.MARSEILLE: RECHERCHE SOUS LES DÉCOMBRES Violents combats en Tchétchénie Massacres et expulsions au Burundi Marseille (Reuter) — Les sauveteurs recherchaient toujours quatre personnes hier matin dans les décombres de l’immeuble détruit la veille par une explosion qui a fait également 26 blessés dans le centre de Marseille.Un porte-parole de la préfecture a confirmé que le gaz était «très certainement» à l’origine de la violente déflagration qui a presque entièrement soufflé un immeuble de sept étages, non loin de la gare Saint-Charles.Les sauveteurs s’étaient tout d’abord efforcés de retrouver un homme de 44 ans, vraisemblablement enseveli sous les décombres mais ce bilan s’est aggravé au fil des heures.-?- ULSTER: APPEL À LA TRÊVE Belfast (Reuter) — Le chef de l’Église catholique irlandaise a demandé hier à l’Armée républicaine irlandaise (IRA) de rétablir la trêve, estimant qu’elle apporterait ainsi la plus grande contribution à la paix en Ulster.Le cardinal Cahal Daly a déclaré lors d’une messe célébrée à Armagh, au sud-ouest de Belfast, que la province nord-irlandaise était «proche du désespoir» en raison des violences qu’elle récemment subies.Il a ajouté que l’absence de progrès dans les discussions politiques risquaient de faire perdre toute crédibilité au processus de paix.L’IRA, qui lutte contre la présence britannique en Irlande du Nord, a rompu sa trêve après 17 mois de calme en février dernier, organisant une vague d’attentats en Angleterre.-?- SÉCURITÉ RENFORCÉE APRES UN ATTENTAT DE L’ETA Madrid (AFP) — Les autorités espagnoles vont renforcer les mesures de sécurité en Catalogne en prévision de nouveaux attentats de l’ETA, après l’explosion de trois bombes dans la région qui ont fait cinq blessés sérieux, dont quatre touristes britanniques.La classe politique, toutes tendances confondues, a lancé un appel au calme à la population et aux touristes en vacances sur la façade méditerranéenne du pays.Treize personnes — deux Espagnols et onze touristes britanniques — restaient hospitalisés hier après avoir été blessés samedi soir par un engin explosif déposé à l’aéroport de Tarragone.Cinq d’entre eux, dont une fillette britannique de six ans.ont été sérieusement atteints.La Russie à l’offensive La crise s’amplifie Moscou (AFP) — De violents combats opposaient hier, pour la deuxième journée consécutive, indépendantistes tchétchènes et forces fédérales russes autour du village de Chatoï, un des derniers bastions séparatistes à 2000 mètres d’altitude dans le sud de la Tchétchénie, selon les deux camps qui accusaient de lourdes pertes.Les bilans, divergents selon les sources, témoignent en tout cas de la violence de l’offensive, menée par l’aviation et les blindés russes sur une «base renforcée des indépendantistes», où sont retranchés de 250 à 300 combattants selon les renseignements militaires russes cités par Interfax.Le porte-parole de la direction indépendantiste tchétchène Movladi Oudougov a assuré dans un appel téléphonique à l’AFP qu’un hélicoptère et un avion russe, ainsi qu’une dizaine de blindés, avaient été détruits samedi en fin d’après-midi, une information qui n’était pas confirmée du côté russe.Les Russes annonçaient 6 morts dans leur camp et 60 du côté tchétchène, tandis que Movladi Oudougov portait le nombre de tués russes à 150 hommes contre 5 morts tchétchènes.Il était impossible de vérifier ces bilans, mais les deux parties fournissent toujours des chiffres largement exagérés des pertes de l’ennemi.Les conditions météorologiques ont perturbé samedi l’offensive russe.En fin d’après-midi samedi, les unités des troupes fédérales rompaient la première ligne de défense de la base.Les troupes russes préparaient cette offensive depuis le milieu de la semaine, et avaient massé des renforts en hommes et en matériel tout autour du village.Une centaine de blindés russes étaient station-I nés à une vingtaine de km au nord de Chatoï, au pied de la route de montagne qui mène jusqu’à Itoum-Khale.Les avions russes ont bombardé de façon particulièrement intensive cette semaine les villages montagneux du sud-est de la république séparatiste tchétchène, en violation du cessez-le-feu bilatéral théoriquement en vigueur depuis le 1er juin et respecté globalement six semaines durant, jusqu’au deuxième tour de l’élection présidentielle russe.Derniers sanctuaires Ces derniers temps, les indépendantistes tchétchènes ont vu le territoire qu’ils contrôlent diminuer considérablement.Les villages du sud-est montagneux, dont la majorité des habitants ont fui ces deux dernières semaines, sont leurs derniers sanctuaires.La vaste offensive en cours risque de compliquer la reprise des pourparlers de paix, interrompus depuis près de deux semaines.Le chef d’état-major des indépendantistes tchétchènes, Aslan Maskhadov, a donné son accord samedi pour rencontrer le général Anatoli Kvachnine, commandant des troupes russes pour le Caucase du nord, a annoncé Tchétchène-presse, l’agence officielle des indépendantistes, sans préciser quand pourrait avoir lieu l’entretien.Cette rencontre a été demandée, selon Tchétchène-presse, par le général Kvachnine.Elle devrait porter sur le déblocage des localités tchétchènes encerclées par les forces russes, le retrait des troupes russes de Tchétchénie, et plus généralement sur l’ensemble des accords militaires conclus le 10 juin dernier à Nazran, en Ingouchie: échange de tous les prisonniers, suppression des postes de contrôle russes sur les routes de Tchétchénie, et retrait des troupes russes d’ici au 31 août Un millier de réfugiés sont refoulés au Rwanda N'airobi (Reuter) — La crise ethnique a pris ce week-end une nouvelle ampleur au Burundi où plusieurs centaines de Tutsis ont été massacrés samedi lors d’une attaque attribuée aux rebelles hutus, alors que le gouvernement expulsait de force des milliers de Hutus rwandais.Plus de 300 personnes, des femmes et des enfants pour la plupart, ont été massacrées samedi dans un camp tutsi du centre du Burundi lors d’une attaque attribuée aux rebelles hutus, ont affirmé hier des témoins ayant vu les corps.Des reporters burundais, qui se sont rendus au camp de Bungendana, ont déclaré avoir dénombré 304 cadavres et cent blessés.Le premier ministre burundais Antoine Nduwayo a lancé à la radio et à la télévison un appel au calme et a demandé à ses concitoyens de ne pas céder à la vengeance.Mais il a précisé que trente Tutsis avaient disparu depuis l’assaut de samedi matin.«J’ai personnellement dénombré 304 corps, tous tutsis.C’était une vision d’horreur.J’ai aussi compté cent blessés qui recevaient des soins», a déclaré un journaliste qui a requis l’anonymat par crainte de représailles.«De nombreuses victimes étaient des femmes, veuves depuis les massacres ethniques de 1993; les autres, des enfants étaient orphelins», a précisé un autre reporter.L’armée burundaise, dominée par les Tutsis, avait accusé samedi les rebelles du Conseil national pour la défense de la démocratie (CNDD), principal groupe rebelle hutu du Burundi, d’être les auteurs du massacre.Mais à Nairobi, un porte-parole du CNDD a démenti toute responsabilité dans la tuerie et affirmé que les autorités de Bujumbura avaient franchi une étape de plus dans leur campagne de propagande pour discréditer les forces rebelles.Le premier ministre Nduwayo a invité les diplomates en poste au Burundi à se rendre au camp de Bungendana pour «voir de vos yeux la réalité de notre situation».Les rebelles ont accru leurs opérations de guérilla au Burundi et selon les diplomates et le personnel humanitaire les affrontements font chaque mois près d’un millier de morts.Au cours de la nuit de samedi à dimanche l’armée burundaise, à majorité tutsie, a expulsé plus d’un millier de réfugiés rwandais hutus et poursuivi les opérations de fermeture d’un camp installé dans le nord-ouest du pays, a annoncé le Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfùgiés (HCR).Le nombre total de réfugiés rapatriés, de force au Rwanda depuis vendredi s’élève désormais à 3400, a précisé Paul Stromberg, porte-parole du HCR au Rwanda tout en soulignant que la fermeture forcée du camp de Kibezi, dans le nord-ouest du Burundi, était toujours en cours.Par ailleurs, 7000 autres réfugiés ont fui le camp voisin de Ruvumo où vivaient 15 000 Rwandais.Les réfugiés hutus, qui pour nombre d’entre eux avaient participé au massacre de près d’un million de Tutsis et Hutus modérés au Rwanda de 1994, avaient fui leur pays par peur des représailles aprèè la victoire des Tutsis et la mise en placé d’un nouveau gouvernement. L E I) E V 0 I II , I, U LUNDI 2 2 .1 II I I, L E T 1 I) I) (i •A 6 Un mot: solidarité Jean-Robert Sanfaçon A u moment d'écrire ces lignes, les principaux ouvrages de rétention des eaux, à une exception près, résistaient encore tant bien que mal à cette crue fantastique qui continuait de tout détruire sur son passage.Sept personnes sont mortes, ce qui constitue l'aspect le plus dramatique de l'événement, et on en aura pour des mois, des années à réparer les dégâts inestimables causés par les 155 mm de pluie qui sont tombés samedi sur la tête de nos cousins de Charlevoix, du Saguenay et de la Côte-Nord.Jamais, de mémoire de Québécois, n'avait-on assisté à une telle catastrophe sur un aussi vaste territoire habité.Même les 132 mm de pluie qui s'étaient abattus sur .Montréal en 1987 n'avaient pas causé autant de dommages, tant s'en faut ! C'est comme si Zeus avait voulu vider son aquarium sur la tête des fiers • Saguenéens.Il est trop tôt pour poser un jugement éclairé sur les circonstances qui auraient pu servir d'amplificateurs à ces excès de la nature.Ce qui n'empêche pas de nous demander si l'idée est si bonne de construire d'aussi fantastiques réservoirs d'eau que celui du Lac Kénogami pour produire de d'électricité en amont de centres fortement urbanisés.On a dit de ces ou-,vrages, surtout les plus modernes, qu'ils allaient permettre de mieux contrôler le débit des eaux des rivières.Soit, mais quand tout est mis en oeuvre pour que l'eau de toutes les rivières converge vers un même bassin, ne crée-t-on pas du coup le risque d'une éventuelle catastrophe, ne serait-ce qu'une fois tous les cent ans?En tout cas, si ce qui s'est passé samedi est un phénomène rare, visiblement, il n'en reste pas moins possible et, par là, prévisible.Ei'autres phénomènes, comme le déboisement inten- sif des forêts et les techniques modernes d'agriculture, peuvent aussi avoir pour effets secondaires d'accélérer l'arrivée des eaux aux rivières.Ces facteurs peuvent-ils avoir joué cette fois-ci au Saguenay, comme ce fut le cas ailleurs dans le monde au cours des dernières années, notamment en France?Ces questions sont peut-être superflues, la nature nous réservant parfois de ces surprises, mais qu'on nous permette tout de même de les poser, ne serait-ce que pour les écarter si la preuve est Me que rien ne peut être fait pour éviter la reproduction de telles catastrophes.En attendant que l'eau et la vie retrouvent leur cour habituel, les habitants des régions touchées doivent savoir qu'ils ont la sympathie mais aussi l'appui de tous les Québécois et Québécoises.Tous et toutes sont prêts à leur venir en aide, que ce soit de façon indirecte, par l'application des divers programmes gouvernementaux conçus à cette fin, mais aussi de façon plus directe, par exemple par le biais de contributions individuelles, advenant que l'idée d'une levée de fonds de solidarité soit reprise par quelque grande institution privée.Par ailleurs, le moment est bien choisi pour rappeler à nos élus de tous les ordres de gouvernement que les intérêts des citoyens passent loin devant leurs conflits partisans.Comme aux États-Unis, on a vu les deux premiers ministres et plusieurs ministres se rendre sur les lieux du sinistre, ce qui se devait d'être fait.Leurs déclarations d'hier devant les caméras doivent maintenant être suivies d'actions aussi rapides qu'efficaces.D y a des maisons à réparer, des ponts à refaire, des routes à reconstruire, des barrages à consolider, mais il y a surtout toute une population qui a besoin de sentir qu'elle n'est pas laissée à elle-même, qu'elle appartient à une grande famille dont chacun des membres est prêt à contribuer pour lui venir en aide.De ce drame, il faut savoir profiter pour construire.Promesses de paix, faits de guerre Sylviane T r am i e r Depuis deux semaines, la Russie mène une offensive d'envergure contre les bastions indépendantistes en Tchétchénie.Les civils se retrouvent pris dans la tourmente, sous les bombardements et le pilonnage des lance-roquettes.Toutes les conditions semblent réunies pour la reprise d'un conflit auquel le Kremlin, .avant les élections présidentielles, disait vouloir trouver une solution politique.'i.1 : ous avons résolu la question cruciale -t- tours de scrutin, le général Lebed a changé de ton.« de la paix en Tchétchénie.C'est un jour historique.» Cette déclaration de Boris Eltsine n'est pas si lointaine; elle remonte au 27 mai dernier.Le président russe venait d'assister à la signature d'un accord de cessez-le-feu par .son premier ministre Viktor Tchernomyrdine et le di-¦ rigeant indépendantiste tchétchène Zelimkhan Ian-darbiev.Après avoir promis d'honorer leurs signatures, les deux camps sont retournés à leurs affaires .pressantes: les Tchétchènes dans leurs montagnes et lqs Russes à la réélection de Boris Eltsine.La trêve a tenu — avec quelques accrocs — pendant six semaines, juste assez longtemps pour que le problème tchétchène ne fasse pas d'ombre sur la campagne électorale de Boris Eltsine.Tout porte à croire maintenant que le Kremlin n'a jamais eu l'intention de régler le problème tchétchène autrement que par la force et que la stratégie de .paix n'était que provisoire.Depuis deux semaines, le sud de la Tchétchénie est soumis à des bombar-1 dements massifs, en violation du cessez-le-feu.Des militaires russes se sont livrés à un massacre de 13 civils la semaine dernière.Les forces russes ont lancé leur aviation et leur artillerie lourde à ¦l'assaut du bastion montagneux de Cha-toï.Des combats acharnés s'y déroulent Les habitants fuient en masse les villages du sud-est de la Tchétchénie.Le diplomate suisse Tim Guldiman, représentant de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) qui a servi de médiateur dans les négociations, croit que le processus de paix est en train de voler en pièces.Le militant pour la défense des droits dé l'homme, Segueï Kovalev ne mâche pas ses mots lui non plus.Il accuse Boris Eltsine d'avoir «relancé une guerre sanglante au lendemain de la publication des résultats officiels de l'élection présidentielle» et d'avoir «trompé les électeurs».Tout habitué que l'on puisse être, sous toutes les latitudes, au caractère volatil des promesses électorales, celles de l'équipe dirigeante du Kremlin sur la Tchétchénie apparaissent particulièrement inconsé-: quentes.Après l'accord de cessez-le-feu, les Tchétchènes avaient accepté de mettre en sourdine leur revendication d'indépendance et de se fixer pour objectif la consolidation de la trêve.C'est sur ces bases que Russes et Tchétchènes ont pu s'entendre, le mois dernier à Nazran, sur un calendrier de retrait des troupes russes et une levée des barrages russes sur les routes de Tchétchénie.Mais cela, c'est encore avant les élections russes du 16 juin et du 3 juillet Les indépendantistes tchétchènes misaient sur le général Alexandre Lebed, qui s'était rivement opposé à la guerre en Tchétchénie et qui s'était fait fort de résoudre la crise tchétchène pacifiquement Mais depuis son ralliement à Boris Eltsine, entre les deux Boris Eltsine joue admirablement de la carotte et du bâton, pour le bénéfice de son opinion publique comme pour celui de l'opinion internationale Nommé secrétaire du Conseil de sécurité au lendemain de la réélection de Boris Eltsine, il soutient à présent sans réserve la reprise des hostilités en Tchétchénie.Il est difficile de prévoir le cours que va suivre la Russie au cours du deuxième mandat d'un président affaibli par la maladie.Les puissances occidentales ont appuyé Boris Eltsine en calculant qu'il représentait la meilleure antidote à un retour en arrière de la Russie.Boris Eltsine joue admirablement de la carotte et du bâton, pour le bénéfice de son opinion publique, mais aussi pour celui de l'opinion internationale.Quelques semaines après la victoire communiste aux élections législatives, Boris Eltsine écartait du pouvoir le «père des privations», l'économiste libéral Anatoli Tchoubaïs.Tenu en haute estime en Occident, considéré comme le garant de la poursuite des réformes économiques, Anatoli Tchoubaïs était abhorré des nostalgiques du régime communiste et passait pour responsable de tous les effets douloureux des réformes.Chargé du financement de la campagne électorale de Boris Eltsine, il est nommé à la tête de l'administration présidentielle par le président réélu.Le retour en grâce d'Alexandre Tchoubaïs doit-il être interprété comme une onction présidentielle aux réformateurs?Et si oui, doit-on en conclure que le camp le plus hostile à la guerre en Tchétchénie tient le haut du pavé?Rien n'est moins sûr.Par souci d'équilibre, et comme gage offert au général Lebed pour qu'il ne se froisse pas d'avoir été remis à sa place par le premier ministre Tchernomyrdine, Boris Eltsine a choisi un des protégés du général pour occuper le poste de ministre de la Défense.La promotion du conservateur Igor Rodionov, l'homme des nationalistes, a été accueillie sans enthousiasme par les démocrates.Le rôle que cet ancien d'Afghanistan a joué dans la répression, en 1989, des manifestations de Tbilissi en Géorgie, qui avait fait 20 morts et des centaines de blessés, laisse peu de doute sur son inclination à la manière forte.Comme le général Lebed, Igor Rodionov avait certes vertement critiqué la guerre en Tchétchénie.Mais, à l'image de son mentor, fera-t-il volte-face sur ce sujet?Du côté tchétchène, la miraculeuse réapparition du chef militaire rebelle Salman Radouïev — et peut-être celle encore plus improbable du général Doudaïev présumé mort — ramène les éléments plus radicaux à la tête du mouvement indépendantiste tchétchène.A l'inverse de Zelimkhan Iandarbiev, un «modéré» qui avait annoncé son intention de répondre de manière mesurée à la reprise des combats, Salman Radouïev promet de se battre «jusqu'à la victoire finale».De nouveau menacée d'embrasement, la Tchétchénie pourrait n'avoir connu qu'une trêve électorale de courte durée.N ne te reTourne Pas : je CRois qu'on Catastrophes et utopies ette semaine, chacun a pu prendre connaissance de quelques chiffres dignes de mention, des chiffres extraits du très sérieux __________rapport du PNUD (Programme des Nations unies pour le dé veloppement).Le PNUD assure que les chiffres sont bons: le hic, c’est qu’ils proviennent de très mauvaises soustractions.En voici quelques-uns.25 % de l’humanité est plus pauvre aujourd’hui qu’il y a 15 ans: de par le monde, la fortune de 358 milliardaires dépasse celle de 2,3 milliards de personnes, soit près de la moitié de la population totale de la planète bleue; 80 % de la population du monde se partage 15 % de la richesse.Tu lis ça; tu le poses sur la table, tu l’examines.Tu fais «Eurk».Et le soir tu as du mal à t’endormir.Alors tu ré fléchis.Et tu te dis que ce n’est là que l’aspect le plus superficiel des choses: car ces chiffres ne disent rien du fait que le marché mondial (merci Bretton Woods) est carrément en train de détruire la planète.Tu relis la liste des raisons de s’inquiéter que dressait l’an dernier Serge Latouche, prof d’économie politique à Paris I.Il nommait: les procédés des multinationales, les délocalisations massives, le génocide des Indiens d’Amazonie, la destruction des identités culturelles et les conflits ethniques récurrents, la collusion des narco-trafi-quants et des pouvoirs publics de presque tous les pays, l’élimination, programmée par la Banque mondiale et le BRI (Bureau des règlements internationaux), des derniers freins à la flexibilité des salaires dans les pays du Nord, la disparition des forêts, lp désertification, la mort des océans.A tout cela, tu ajoutes d’autres machins de ton cru: les inévitables catastrophes qu’engendre le recours au nucléaire, les périls de l’ingénierie alimentaire, la soumission de toute la culture à l’économie.Puis tu reviens aux chiffres du PNUD.Une question se pose alors très vite.Et comme tu aimes te poser des questions, tu te la soumets: que deviennent tous les exclus de la marche triomphante du marché?Hé! c’est que ça finit par en faire du monde.Réponse: ils s’organisent autrement Autrement au Sud, ça s’appelle par exemple l’économie informelle.Au Nord, où les exclus commencent là aussi à se ramasser à la pelle, on NORMAND BAILLARGEON ?voit de la même manière, poindre des solutions de rechange, des pratiques locales instituant des rapports autres au monde et à l’économie.Ainsi des Nouvelles économies fraternelles, en France.Un machin granola, vous pensez?Une utopie?Sans doute.Mais ces temps-ci, ce sont les LETS qui prennent de plus en plus d’ampleur et qui fleurissent, notamment en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en France et même au Canada.LETS, ça veut dire Local Exchange Trade System.Essentiellement, une monnaie est créée, localement, mais qui ne permet pas l’accumulation ou le profit.Les exclus et leur communauté se réorganisent à partir de là, selon une logique qui interdit l’accumulation.Il y a sans doute, à ce jour, quelques milliers de LETS de par le monde.Pour le moment ça marche, partiellement en tout cas et à l’écart du modèle dominant.Mais ça ne peut marcher que localement et comme palliatif.Surtout, ça suppose un rapport au monde et aux êtres autre que ceux qui dominent à présent.Oncle Bernard, de Charlie Hebdo, qui a visité un LETS en France — où ça s’appelle un SEL, pour Système d’échange local — rappelle notamment ceci à l’intention des candidats à la création d’un LETS: «Se rappeler que quand il y a plus de deux Homo Sapiens ensemble, il y en a toujours un qui cherche à être le patron.Le repérer et lui botter le cul.» Vous voyez bien: un autre rapport au monde et aux êtres.Mais que ce soit celui-là ou un autre, bon gré mal gré, il faudra bien finir par en passer par là.Ou par ceci, que je lis sous la plume d’Alain Caillé, du MAUSS: «Il doit exister des limites à l’accumulation de la richesse; l’excès et la démesure sont aussi antisociaux que le manque et la misère.» Caillé proposait ainsi d’une part qu’un revenu de citoyenneté soit offert à tous et d’autre part qu’un niveau de revenu maximum soit fixé, même très haut.Des tas de choses comme ça.Utopies.Bon gré, mal gré, je vous dis.?A16 ans, Theodore Kaczynski entreprend des études à l’université, en mathématiques.A 25, Ph.D.en poche, il obtient un poste dans une prestigieuse institution dont il démissionne bientôt pour mener une vie d’ermite.Cette vie d’ermite, il la consacre à envoyer des colis piégés à des gens qui lui déplaisent Cela durera 18 ans, fera des morts et des blessés.Ses cibles?Essentiellement des universitaires et des gros pontes de grandes compagnies, notamment aériennes.D’où le surnom dont l’affuble très vite le FBI: unabomber, «un» pour universités et «a» pour aviation.On lui a mis la main au collet, il y a quelques mois.Surtout à cause d’un long texte dont il avait exigé la publication dans des quotidiens américains en échange d’une promesse de cesser ses «activités».Ce texte était une longue justification des attentats commis.Car ceux-ci étaient mûris et la résultante d’une théorie politique en vertu de laquelle notre civilisation court à sa perte.Les attentats visaient des responsables présumés de cet état des choses.C’est ce manifeste, paru d’abord dans le Washington Post, que publient aujourd’hui les Éditions du Rocher, sous le titre: L’Avenir de la société industrielle.Il y a là-dedans beaucoup de poutine, une tonne d’insignifiants galimatias.Ça ressemble à ce que Ferré appellerait une formulation politique du désespoir.De plus, les attentats de ce fou furieux sont indéfendables et absolument condamnables.Et le peu qui sonne juste dans ce texte a déjà été dit ailleurs.En mieux.Reste quoi?Un symptôrqe.De sa folie et un peu de la nôtre.A lire?Sans doute pas, à moins d’être psychiatre.?Un utopiste du siècle dernier assurait que le droit d’héritage était ce qui perpétuait le privilège du petit nombre et l’esclavage du grand nombre.Il demandait donc son abolition.11 manque au moins 358 copies des œuvres corn plètes de Bakounine.?Plus que 14 jours avant la fin des JO.PROPOS -4- .de prescriptions abusives Même si les personnes âgées représentent 12 % de la population canadienne, elles reçoivent de 28 à 40 % de toutes les ordonnances médicales.Selon les estimations, d’ici l’an 2025,18,1 % de la population fera partie du troisième âge.Cette évolution de la composition par âge aura un effet percutant sur le budget de la santé, fera augmenter la consommation de médicaments d’ordonnance et entraînera des problèmes de prescription et de consommation abusives.Les prescriptions superflues, le mauvais usage des médicaments et les prescriptions inadéquates augmentent le risque de maladie médicamenteuses et font indûment augmenter les coûts de prestation des soins de santé.Robyn Tamblyn et Robert Perreault, in La santé et ses déterminants, Forum sur la santé, juin 1996 LE DEVOIR R 0 K D E PAR E N R I BODRASSA LE 10 JANVIER 1910 Directrice LISE BISSONNETTE Rédacteur en chef BERNARD DESCÔTEAUX Vice-président, finances et administration FRANÇOIS TH0UIN Directeur de l’information CLAUDE BEAUREGARD Directeurs adjoints de l'information PIERRE BEAULIEU, GUY TAILLEFER, NORMAND THÉRIAULT Rédacteur en chef adjoint JEAN-RO BE RT SANSFAÇON Directeur artistique ROLAND-YVES CARIGNAN 2050, rne de Blenry, 9' étage.Montréal (Québec) H3A 3M9.TéI.: (5 I 4) 985-3333 FAIS CE QUE DOIS I, E I) E V 0 I R .I.E I.U N D 1 2 2 .1 II I I.L E T 1 !) !) fi IDEES Alt I M< I" M AI II VA^* I MEURT partir !>£ im h.naST ci-st MEUR éetoimm PHOTO JACQUES NADEAU Des personnes âgées et des assistés sociaux ont occupé le bureau du ministre délégué aux Relations avec les citoyens, André Boisclair, au début juillet, pour protester contre l'entrée en vigueur, dans leur cas, de l'assurance-médicaments.Lettre ouverte à Lucien Bouchard Les personnes âgées et les démunis se sont sentis méprisés HENRI GERVAIS Secrétaire général du Forum des citoyens aînés de Montréal onsieur le premier ministre Lucien Bouchard, nous voulons pro-tester contre votre attitude arrogante à l’égard des aînés et des démunis de la société qui ont tenté de vous rencontrer, le 10 juillet, en occupant les bureaux du ministre Boisclair et que vous avez renvoyés du revers de la main.Les aînés et les pauvres n’ont aucune objection à ce que vous preniez des vacances qui, dans votre cas, sont bien méritées, mais ils ne vous pardonnent pas de les avoir méprisés comme vous l’avez fait lors de votre apparition à la télévision de R adio-Ca-nada et comme l’a fait votre porte-parole, qui n’a rien trouvé de mieux à leur dire que le gouvernement avait décidé de faire entrer la Loi 33 en vigueur, dans leur cas, dès le 1er août 1996, parce qu’ils étaient déjà fichés dans les ordinateurs du gouvernement.Or, vous savez fort bien que tout Québécois est fiché dans l’ordina- teur de la Régie de l’a ssurance-mala-die qui sera chargée de l’administration du régime de l’assurance-médica-ments.Dès sa naissance, un enfant est fiché à cette Régie qui lui émet une carte-soleil qui lui permet de recevoir des soins de santé gratuitement comme tout autre Québécois.Il faudrait trouver une meilleure raison que celle-là.Je me permets de vous rappeler que les aînés et les démunis à qui vous avez refusé de parler, le 10 juillet, représentent quelque 1 600 000 électeurs.Vous les avez méprisés.Ils vous mépriseront, à leur tour, le moment venu.Tout ce que ces gens demandaient était d’être entendus, car le ministre de la Santé, M.Rochon, les a passablement ignorés lors de leur comparution devant la Commission parlementaire, il y a quelque temps.Ils se seraient montrés satisfaits si vous leur aviez fixé une date pour les rencontrer à votre convenance à votre retour de vacances.Nous doutons très fort que vous vous permettriez de mépriser une personne comme Paul Desmarais, le Québécois le plus riche, à cause du rôle qu’il joue dans la société.Souvenez-vous, cependant, que le jour du prochain scrutin, M.Desmarais ne disposera que d’une voix en dépit de sa grande richesse, alors que les aînés et les démunis en disposeront de plus de 1600 000.L’exemple de René Lévesque Souvenez-vous, aussi que le pouvoir gris et les démunis ont la mémoire longue et qu’ils pardonnent difficilement à ceux qui les méprisent, surtout quand le mépris vient de leur premier ministre qui est le premier ministre de tous les Québécois.Vous vous réclamez souvent de René Lévesque, qui semble être le modèle dont vous vous inspirez pour ne pas dire votre mentor.Or, M.Lévesque avait, sans doute, de nombreux défauts, mais il n’a jamais méprisé les petites gens.De plus, au moment où vous assumiez les rênes du gouvernement, vous disiez que vous vous attelleriez à l’assainissement des finances de la province et à la création d’emplois.En ce qui concerne ce dernier objectif, les résultats ne sont pas encourageants, puisqu’en juin le chômage a grimpé de près de 1 % au Québec, et qu’au Canada, il s’est perdu plus de 40 000 emplois dont le plus grand nombre au Québec.Vous vous êtes certes attelé à l’assainissement des finances.Mais vous aviez dit que vous éviteriez l’exemple de l’Ontario.Or, nous voyons difficilement en quoi votre façon de faire diffère de celle de la province voisine.Car tout comme M.Harris, vous attaquez les petits et les pauvres.Une façon d’assainir les finances serait de percevoir, sans plus de délai, les quelque 2 milliards d’impôts et de taxes qui n’ont pas été acquittés, parti- culièrement par les petites et moyennes entreprises.Or, votre inepte ministre du Revenu, un M.Landry, n’a trouvé rien de mieux à dire qu’il fallait agir avec prudence pour ne pas pousser ces entreprises-contribuables à la faillite.On pourrait, dès lors, croire que vous encouragez la fraude, puisque dans un grand nombre de cas de taxes non payées, il s’agit de taxes perçues de monsieur tout le monde (taxe de vente, par exemple) et dont on s’est servi, frauduleusement, pour financer son entreprise.Dans son éditorial dans Le Devoir, intitulé Mauvaise nouvelle, Jean-Robert Sansfaçon, écrivait, le 9 juillet 1996, en conclusion: «L’économie canadienne (ça vaut aussi pour la québécoise) ne vit depuis quatre ans que de la bonne santé de son voisin américain.Les consommateurs d’ici, qui devraient être les premiers joueurs, ne sont toujours pas capables de soutenir la production et la création d’emplois.C’est à croire que nos gouvernements prenaient une telle place dans la dépense de la nation que la seule décision d’équilibrer leurs budgets respectifs vient remettre en cause l’équilibre de l’ensemble de l’économie.«Plus que jamais les consommateurs ont-ils besoin d’être rassurés quant à l’avenir, rassurés quant à leur emploi.Un sentiment qu’aucun des gouvernements au pays ne semble en mesure de générer.» Quelle solidarité ?Le climat dominant au Québec est en voie de revenir à l’«union nationale», alors qu'une partie importante de la société est laissée pour compte EDWARD BANTEY, GUY BOUTHILLIER, MICHEL CHARTRAND, PIERRE DE BELLEFEUILLE, FRANÇOIS CYR, MICHELINE , LAPERRIERE, LÉO-PAUL LAAJZON, GORDON LEFEBVRE, JACQUES-VICTOR , MORIN, LEA ROBACK, SERGE WAGNER f e climat dominant au L Québec est en voie de revenir à l’«union nationale», alors qu’une partie importante de la société [l====J est laissée pour compte, -es affaires de l’État sont dirigées par une alliance des nouvelles élites, qui profite bien souvent de la complaisance de la presse, fait preuve d’une absence étonnante de compassion et accepte mal toute contestation publique.Plusieurs faits récents conduisent à conclure à l’existence d’une gangrène au sein du gouvernement, au sommet du Parti québécois, de la classe politique et des mandarins de la fonction publique.On vide de tout leur sens les principes fondamentaux du Parti québécois, entre autres, en ce qui a trait à la démocratie sociale.On pense à ces ministres, petits potentats, qui se mettent en scène, utilisant le «je» emphatique, oubliant qu’ils ne sont en réalité que les fiduciaires du bien public.On pense aussi au saccage du pavillon du Québec, joyau du patrimoine du Québec moderne, qui symbolisait l’affirmation de la société québécoise et sa volonté d’ouverture au monde.Le nouvel édifice, mutilé, constitue maintenant, avec ses dorures et son clinquant, le triste symbole de l’appât du lucre et de la perte de toute conscience sociale qui caractérisent nombre de nos dirigeants.Et voici que le gouvernement, dans le cadre de sa loi sur l’assurance-mé-dicaments, a décidé de s’en prendre à la hâte aux assistés sociaux et aux personnes âgées pauvres.Le premier ministre ne peut recevoir leurs représentants, car il part en vacances; mais c’est pourtant son gouvernement qui a décidé d’agir avec précipitation, précisément en période de vacances.Le ministre de la Santé et des Services sociaux, grand cynique et expert en sophismes, se lave les mains en disant qu’il n’ira pas rencontrer des personnes posant un geste illégal.Quant au ministre des «Relations avec les citoyens», partant à son tour en vacances, il coupe la climatisation et le téléphone aux personnes qui tentent de faire entendre leur voix.Quelle mise en scène pitoyable! Ce gouvernement se paye de mots, lui qui a créé un ministère de la Solidarité dont la titulaire apparaît plus solitaire que solidaire.Bien sûr, l’accès universel aux médicaments est une excellente initiative, mais elle ne doit pas d’abord constituer une façon de réduire les dépenses de l’État.Et surtout, tous les segments de la société doivent être mis équitablement à contribution — ce qui n’est manifestement pas le cas présentement.Dans sa loi, le gouvernement a abaissé de plus 5000 $ le seuil reconnu de la pauvreté, de manière à forcer assistés sociaux et personnes âgées recevant le supplément de revenu à contribuer financièrement au régime.Puis il accroît la discrimination en mettant la loi en vigueur pour ces deux catégories dès le 1" août, alors que l’ensemble de la population ne sera touchée que le 1" janvier 1997.Il existe pourtant des solutions alternatives, comme une révision des pratiques médicales, une modification de la loi sim les brevets qui protège de façon démesurée l’industrie pharmaceutique et fait grimper le coût des médicaments.Les agissements du gouvernement démontrent que le Québec tend vers le modèle «dual» américain qui marginalise les plus pauvres.Les assistés sociaux et les personnes âgées devront «s’habituer à cette nouvelle réalité», a déclaré le premier ministre en refusant de les rencontrer.Dans plusieurs décisions politiques récentes, on cherche en vain la manifestation d’une solidarité sociale.Et nomore de partenaires sociaux semblent avoir perdu leur sens critique.La règle du «consensus québécois», qui paraît maintenant s’imposer, semble même partagée par plusieurs leaders syndicaux et populaires qui, lors du dernier sommet socio-économique, ont opté pour l’unisson avec le gouvernement, le monde des affaires et le mouvement dit coopératif.Ce «consensus québécois», lorsqu’il affecte les démunis, ressemble beaucoup à l’unanimité ayant marqué la pire période du du-plessisme.On a peine à croire qu’il n’y ait plus au sein du conseil des ministres et du Parti québécois que des personnes insensibles au sort aménagé aux plus vulnérables de la société.Il nous reste à souhaiter que, dans la société québécoise, se manifestent et se mobilisent les personnes soucieuses de justice sociale, préoccupées d’un «projet de société» plus équitable.Les agissements du gouvernement démontrent que le Québec tend vers le modèle «dual» américain qui marginalise les plus pauvres République dominicaine La détresse des femmes des bateyes y LOUISE MAILLOUX L’auteur est ethnologue et poursuit ses études en maîtrise à l’université Carleton d’Ottawa.Elle a séjourné deux fois en République dominicaine où elle a passé six semaines à travailler avec des groupes de femmes dominico-haïtiennes A,î======| ce jour, la vie est dure dans les plantations de canne à sucre (bateyes) de la République dominicaine.Pour les Haïtiens -et Haïtiennes qui y travaillent, c’est la pauvreté la plus abjecte.On connaît peut-être un peu mieux la situation des hommes haïtiens dans les bateyes dominicains car, depuis plusieurs années, un nombre croissant d’organismes non gouvernementaux et de syndicats dénoncent les violations commises contre les droits des travailleurs haïtiens.Cependant, on est peut-être moins au fait de la situation des femmes haïtiennes.Les travailleurs haïtiens et leurs familles sont forcés de vivre dans de misérables baraques de bois et de tôle où l’on étouffe de chaleur.Les habitations ne disposent généralement pas d’électricité ni d’eau courante.L’eau provient de cours d’eau contaminés par les déchets animaux et humains.Dans certains cas, l’eau est apportée par camion citerne toutes les deux ou trois semaines et transvidée dans des barils insalubres.Les latrines, lorsqu’il y en a, sont en nombre grandement insuffisant.Rares sont les bateyes qui disposent de plus d’une latrine pour chaque cinquante personnes.Un travail harassant En République dominicaine, contrairement à d’autres régions du monde, le dur travail de la coupe de la canne est réservé presque exclusivement aux hommes.On embauche parfois les femmes durant la saison morte pour désherber, repiquer la canne et appliquer des fertilisants ou des insecticides.Le travail domestique occupe une grande partie du temps des femmes.Levées avant l’aube, elles doivent cuisiner, nettoyer, laver, repasser, chercher de l’eau et du combustible, prendre soin des enfants dans des conditions insupportables.Le manque de travail, l’isolement et l’absence de soins médicaux maintiennent les femmes dans un état de dépendance et de vulnérabilité qui peuvent même leur coûter la vie.Les femmes dont le conjoint dépense sa maigre paie à boire et à jouer doivent trouver des stratégies de survie.Pour subvenir aux besoins de leur famille, certaines préparent de la nourriture qu’elles vendent aux travailleurs.D’autres prennent du linge à laver.Celles que le mari abandonne n’ont plus droit à un logis.Ces femmes n’ont pas d’autre choix que de quitter le batey ou de se trouver un nouveau partenaire.Le courage des femmes Noires et analphabètes, 96 % des femmes des bateyes sont haïtiennes ou dominicaines de descendance haïtienne.La famille est composée en moyenne de sept à douze personnes.Victimes de discrimination salariale, les femmes ne touchent que 75 % du revenu des hommes.De plus, elles subissent la violence des autres coupeurs, des «superviseurs» et gardes dominicains.Pour la survie, la prostitution devient souvent la seule solution.«Dans ce contexte, la maternité devient très précoce (12-13 ans) et la progéniture nombreuse», écrivait André Séléanu, dans La Presse du 9 juillet 1988.Les femmes enceintes n’ont droit à aucune visite médicale avant ou après l’accouchement, sous prétexte qu’elles sont porteuses du virus du sida.Le taux de mortalité des mères et des enfants est élevé.Les femmes ont plus de chance de trouver du travail lorsque le ba- tey où elles habitent se trouve à proximité d’une ville ou d’une ^Qhe touristique.Il n’est pas rare de v,ôir des Haïtiennes vendre des fruits bu des arachides aux passants ou:snr les plages.Certaines trouventdu travail comme domestique ou Vendeuse ambulante.D’autres se livrent à la prostitution.C’était le cas de Violeta, jeune Do-minico-Haïtienne de vingt-deux ans, née en République dominicaine de parents haïtiens.Mère de trois enfants, Violeta vivait jusqu’à récemment de prostitution.,, Laissant ses enfants avec sa mère dans le batey, Violeta se rendait: à San Pedro, la ville la plus proche; où il existe des réseaux de prostitution.Toutes les deux ou trois semaines, elle venait rendre visite à sa famille.Elle s’est fait blesser à plusieurs occasions durant ses trois années'de prostitution.Elle a contracté des maladies vénériennes mais elle espère ne pas être atteinte du sida.Victimes de violence La prostitution se pratique également dans les bateyes.Étant donné le haut niveau de tension sociale,ries femmes qui se livrent à cette activité courent encore plus de risques que dans les villes.Outre les maladies vénériennes, elles s’attirent la colère des autres femmes et se trouvent fréquemment au centre de querelles qui se terminent parfois de façon tragique.L’isolement rend les femmes vulnérables à toutes sortes de violence.Les chemins de terre battue qui longent les champs dé canne constituent un danger pour les femmes et les fillettes.Beaucoup d’entre elles n’osent pas s’y aventurer seules, car elles courent le risque d’être violées.Lorsque cela arrive, on fait tout pour garder le viol secret.Lorsqu’une fillette ou une jeune fille a été violée et que cela se sait, celle-ci risque d’être violée de nouveau en plus de devenir un objet de dérision.c,{j Des soins inadéquats , L’absence de soins médicaux est responsable de ja mort de nombreuses femmes.A 23 ans, Sonja attendait son troisième enfant.Émaciée par la malnutrition et une maladie durant sa grossesse, elle ne pouvait compter sur l’aide de sqn conjoint qui buvait toute sa payé.Ses voisines lui apportaient un pé'u de nourriture chaque jour.Mais la maladie et l’absence de soins lui ont été fatales.Sonia est morte d’épuisement durant l’accouchement, laissant deux enfants en bas âge à un mari indifférent.Filiane a eu plus de chance lors-qu’est venu le moment d’accoucher.Les douleurs ont commencé dans la nuit.Le batey se trouvait à sept kilomètres du village voisin.Filiane et son mari se sont mis en marche pendant la nuit.Au village, on a refusé de l’accoucher et on lui a dit de se rendre à la ville, dix kilomètres plus loin.Filiane a dû accoucher dans l’autobus qui la menait à la ville.Même lorsqu’elles accouchent dans le batey, les femmes perdent beaucoup d’enfants à la naissance en raison du manque de propreté et de soins adéquats.Si l’enfant survit, il a de fortes chances de succomber à une maladie avant l’âge de cinq ans.Un avenir sans lendemain De quoi peuvent donc rêver les femmes des bateyes?Plusieurs rêvent de retourner en Haiti avec suffisamment d’argent pour ouvrir un petit commerce et habiter un logè-ment adéquat.Elles rêvent d’enfants qui grandissent en santé, bien nourris et habillés convenablement.Mais pour presque toutes ces femmes, c’est un rêve inaccessible.La plupart d’entre elles ne pourront jamais échapper aux conditions de vie dégradantes que leur imposent les bateyes.Mais ces conditions changeraient-elles après la récente élection de Leonel Éemandez à la magistrature de la République dominicaine?L’ÉQUIPE DU DEVOIR LA RÉDACTION Journalistes à l’information générale et métropolitaine: Sylvain Blanchard, Paul Cauchon, Jean Chartier, Louis-Gilles Francoeur (environnement), Kathleen Lévesque, CaroB-.ne Montpetit.Brian Myles, Isabelle Paré, Louis Lapierre (adjoint au directeur de l'information) ; Jean-Pierre Legault (responsable des pages thématiques), Diane Précourt (pages éditoriales, respon-1 sable de la section Tourisme)', Martin Duclos et Christine Dumazet (relecteurs); Jacques Grenier et'.Jacques Nadeau (photographes); à l'information culturelle: Michel Bélair (responsable), Stéphane , Baillargeon, Pierre Cayouette, Mario Cloutier, Paule des Rivières, Louise Leduc.Benoît Munger, Odile Tremblay; à l’information économique: Gérard Bérubé (responsable), Robert Dutrisac, Claude Lévesque, Serge Truffaut, Claude Turcotte; à l’information internationale: Sylviane Tra-.-mier (responsable), François Brousseau (éditorialiste), Jocelyn Coulon, Clément Trudel; à l'information politique: Pierre O’Neill, Jean Dion (correspondant parlementaire à Ottawa), Gilles Lesage (correspondant parlementaire et éditorialiste à Québec).Michel Venne (correspondant parlementaire à Québec); à l’information sportive: Yves d’Avignon; Marie-Hélène Alarie (secrétaire à la rédac-tion); Marie-Claude Petit, Julie Tremblay (commis).La documentation: Gilles Paré (directeur): Bri-' gitte Arsenault.Manon Derome, Serge Laplante (Québec).Rachel Rochefort (Ottawa).LA PUBLICITÉ ET LE MARKETING Martine Dubé (directrice), Daniel Barbeau (directeur adjoint), Jac-, queline Avril, Jean de Billy, Brigitte Cloutier, Gyslaine Côté.Marlène Côté.Sylvie Hanna, Christiane Legault, Jacques A Nadeau, Guylaine Ouellet, Micheline Rueüand.Monique Verreault (publia-, taires); Sylvie Laporte, Nathalie Lemieux, Pierrette Rousseau, Micheline Turgeon; Francine Ouet, let (secrétaire).LA PRODUCTION Jocelyn Arsenault (directeur des approvisionnements, distribu-‘‘ lion et production), Marie-France Turgeon (responsable de la production), Claudine Bédard, Johanne Brunet Danielle Can tara.Richard Des Cormiers, Marie-Josée Hudon, Sylvain Lesage.Chris-tian Vïen.Olivier Zuida.SERVICE À LA CLIENTÈLE Johanne Brien (responsable), Evelyne La-Vmté (responsable à la promotion des abonnements).Manon BlanchetteTurcotte.Monique UHeu- -¦ reux.Lise Lachapelle.Rachelle Leclerc-Venne.L’ADMINISTRATION Yves Bouthiette-(contrôleur).Dany Depatie (adjointe à I administration et responsable des ressources humaines), Ne I cole Carmel (responsable des services comptables).Jeanne-d’Arc Houde (secrétaire à la direction); Cé- ! I line Furoy.Ghislaine Lafleur.Nathalie Perrier.Danielle Ponton.Danielle Ross.LE CONSEIL DU I DEVOIR INC.Yves L Duhaime (président).LA FONDATION DU DEVOIR Marcel Couture (président).Roger Boisvert (vice-président exécutif et directeur général).-f I.E I) E V 0 I K , 1, E L II N I) I 2 2 .1 II I I, L E T I 9 !) (i A 8 -?Le devoir - ACT DAL IT.Ë PETIT Incrédulité SUITE DE LA PAGE 1 ville de Chicoutimi, a été évacuée dans la nuit de samedi à dimanche.Cette nuit-là, elle l’a passée à errer dans les quartiers touchés de la ville.«J’ai marché aux alentours, je ne savais pas où aller.Et puis je suis partie.J’en avais assez, ça-me débordait», raconte-t-elle.Une Montréalaise en visite chez des cousines, Méla-nie Kfoury, n’avait, elle, qu’une envie hier: retourner chez elle! «J’aime mieux les criminels de la rue Sainte-Catherine, ils sont moins dangereux! Et puis, à Montréal au moins, on ne court pas de risques en restant chez soi!» A l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), des matelas sont posés sur le sol du complexe sportif.Quelque 700 personnes — sur près de 6000 évacuées dans cette ville — y dorment depuis samedi.Les autres sont prises en charge par des amis, de la famille ou par des âmes charitables.Des appartements libres sont aussi rpis à la disposition des familles sinistrées.À l’UQAC, l’incrédulité peut se lire sur le visage de plusieurs.Et tous se demandent quand ils pourront rentrer chez eux.si jamais leur maison tient le coup.«C’est incroyable! Ici, à Chicoutimi! On le voit à la télé, mais on ne pense pas que ça peut nous arriver», lance un jeune homme.Près de lui, une dame semble toujours se demander ce qui lui arrive.Elle a été évacuée si rapidement qu’elle a encore des bigoudis dans les cheveux.Dans une petite cafétéria, une vingtaine de personnes ont les yeux rivés sur un grand écran qui diffuse, en direct, les dernières nouvelles.Pour l’occasion, toutes les stations régionales semblent s’être transformées en RDI loqil.Exit Atlanta.A la radio, une ligne est ouverte pratiquement en permanence et des gens qui s’inquiètent de leur famille les supplient de donner des nouvelles.Mais dçms un village coupé du reste du monde comme Rivière-Éternité, où ni le téléphone, ni l’électricité, ni les routes ne sont fonctionnels, la tâche semble plutôt ardue.Une forte solidarité L’entraide et la solidarité étaient palpables hier dans tous les endroits où étaient accueillis les sinistrés.Des dizaines de bénévoles se sont spontanément portés volontaires pour venir en aide aux délogés, comme Nancy Simard, qui a guidé des gens samedi, jusqu’à minuit.Elle était de retour au poste à 6h30 du matin hier.et disait vouloir encore y passer la nuit.«C’est dans ces moments-là qu’on voit que tout le monde est vulnérable», dit-elle simplement.Deux grands HLM, situés au centre-ville de Chicoutimi, ont dû être évacués.Parmi les locataires, beaucoup de gens âgés — qui, pour la plupart, n’ont pas eu le temps d’emporter leurs médicaments — et de personnes handicapées, ce qui ne facilite pas la tâche des bénévoles.Une garderie a été aménagée dans les locaux de l’université, et des bénévoles ont même été affectés à la surveillance des animaux délogés! «Tout le matériel disponible (lits, couvertures et médicaments) en province est actuellement dans la région», affirme Claudie Laberge, responsable des services aux sinistrés du Saguenay.Un peu fatiguée après une trop courte nuit, elle tente de calmer les esprits: «C’est beaucoup, parler de panique, c’est plus de la détresse.Les gens ont dû partir de chez eux sans avoir tout ce qu’il faut et ils ne savent pas quand ils pourront rentrer.» Effectivement, l’atmosphère est fébrile, mais plusieurs réussissent à garder le sourire malgré leurs malheurs.«Notre village va être dans la “gazette”, s’exclame, tout joyeux, un vieil homme de Ferland-Boileau, qui a dû être évacué par hélicoptère jusqu’à la base militaire de Bagot-ville, près de LaBaie.La aussi des matelas sont étendus dans un gymnase.On y attendait hier des centaines de personnes.Ironie du sort, le manque d’eau se révèle être l’un des plus graves problèmes des habitants de la région.«Nous n’avons plus d’eau depuis hier et nous avons fait le tour des dépanneurs de la ville: il n’y en a plus nulle part», affirme Collette Maltais, qui demeure chez sa sœur de peur de se retrouver isolée dans sa maison du rang Sainte-Famille.«Ce matin, je me suis brossé les dents avec du Seven Up!» Derrière sa maison, la rivière Langevin est déchaînée: elle a emporté un pont, une maison et en menace sérieusement une autre.Même si aujourd’hui il y a un toit dans sa cour, Collette garde son humour, bien qu’un peu cynique: «Nous avons la région qui a le plus haut taux de chômage au Canada.Mais avec tout le travail de réparation que nous aurons à faire, ça ne sera bientôt plus le cas!» MORTS Phénomène exceptionnel SUITE DE LA PAGE 1 Les dommages matériels sont estimés à au moins une quinzaine de millions de dollars, mais ce montant pourrait doubler dans les prochains jours.Les inondations sont principalement provoquées dans la région du Saguenay par le débordement des rivières Chicoutimi et Aux Sables, qui puisent leur source du lac Kénogami — situé au sud de Jonquière.Il serait tombé ~>~près de 277 mm de pluie au Saguenay au cours des derniers jours.Selon les autorités, il s’agit d’un phénomène météorologique d’une ampleur encore jamais observée auparavant.En quelques heures, les cours d’eau se sont transformés en torrents déchaînés.Le force du courant de plusieurs d’entre eux a même atteint un débit destructeur de 500 m3 à la minute — 900 m3 pour la rivière Chicoutimi et 650 m3 pour la rivière Aux Sables.La Sécurité publique évaluait hier le nombre total de sinistrés à quelques quinzaines de milliers.Hier, 5000 personnes ont été évacuées à Chicoutimi; 8500 à Arvida-Jonquière, dont plusieurs auraient pu réintégrer leur résidence hier soir; et 2000 à La Baie.Ces gens ont été logés dans les gymnases des polyvalentes de la région, sur la base de Bagotville — environ 1000 personnes —, et dans les familles et chez les amis des sinistrés.Le petite municipalité d’Anse-Saint-Jean est quant à elle complètement isolée du monde.Les lignes téléphoniques et l’électricité ont été coupées et la route pour s’y rendre a été détruite.Paul Saint-Pierre, coordonnateur de la Sécurité civile au Saguenay, a déclaré «qu’un pont aérien serait créé pour acheminer de la nourriture à ces sinistrés».Pour évacuer ou acheminer de la nourriture à des populations isolées, la Sécurité civile a à sa disposition des hélicoptères de l’armée canadienne, de la Sûreté du Québec et d’entreprises privées.Plusieurs étaient inquiets concernant la capacité d’accueil des hôpitaux de la région.Le sous-ministre adjoint à la direction générale de la Sécurité civile, Charles Côté, a précisé hier en conférence de presse, à Jonquière, «que les effectifs actuels étaient suffisants».Afin d’aider les autorités locales et les sinistrés, 175 militaires de la base de Valcartier devaient installer hier, à la base de Bagotville, un hôpital de campagne.Les autorités se sont dites inquiètes concernant le choc psychologique posttraumatique chez plusieurs personnes qui ont tout perdu.À cet effet, des services de psychologues seront à la disposition de la population au cours des prochains jours.Le vice-premier ministre du Québec, Bernard Landry, s’est rendu hier à Jonquière en compagnie de Jacques Brassard et Robert Perreault, respectivement ministre des Transports et ministre de la Sécurité publique.M.Landry, qui a survolé la région en avion et en hélicoptère, s’est dit stupéfait par l’ampleur de la dévastation, la qualifiant «d’apocalyptique».Il a déclaré que la situation semblait se stabiliser pour l’instant, mais que tous les «ouvrages» menacés — les digues de terre et de béton puis les barrages — étaient sous «surveillance constante».«La situation pourrait se détériorer si jamais ces ouvrages venaient à céder sous la pression des eaux», a-t-il ajouté.Il estime par ailleurs qu’il faudra plusieurs jours et.dans certains cas, plusieurs semaines avant que la circulation et l’activité économique de la région puissent revenir à la normale.A la suite du bris du réseau ferroviaire et de la destruction de plusieurs ponts sur les routes, les compagnies Alcan et Abitibi Price devaient arrêter hier momentanément la production dans leur usine.Hier matin, la Sécurité civile craignait que le niveau du lac Kénogami — au nord du parc des Laurentides — monte encore et déverse un débit d’eau supplémentaire dans les rivières Chicoutimi et Aux Sables, mettant de la pression sur les barrages des deux rivières.Hier, vers 17h, le niveau du lac s’était stabilisé à 165,80 mètres, 20 cm au-dessus de son niveau habituel.Selon un porte-parole de la Sécurité civile, les barrages et les digues des rivières devraient tenir le coup.àgM§||æ ; tffiî ' • IRlj i.; k.âpïç%; £•>ft WW, PHOTOS PC Images du drame Jamais un tel désastre n’avait frappé les régions du Saguenay, de Charlevoix et de la Côte-Nord.Dans la photo du haut, une maison est en train de s’écrouler dans la rivière Aux Sables, à Jonquière.La moitié de cet édifice de 18 appartements avait déjà été emportée par la crue.Ci-contre, une dame en larmes au moment où elle arrive avec sa famille au Centre de crise de Bagotville, après avoir été évacuée.MATHILDE Une assiettée de moutarde SUITE DE LA PAGE 1 — Chez Chariot?demande Samm.C’était quoi?— Une manière de restaurant: deux tables bancales et un long comptoir sur lequel on retrouvait de gros pots remplis d’œuJfs dans le vinaigre, de ketchup, de relish et de moutarde.Après avoir convaincu Mathilde de s’asseoir avec moi à l’une des tables, je lui ai demandé ce que je pouvais bien lui offrir.C’était la première fois qu’elle mettait les pieds dans un restaurant L’un après l’autre, elle a regardé les gros pots sur le comptoir, s’imaginant sans doute que c’était là tout ce que Chez Chariot on était en mesure d’obtenir.Mathilde a allongé le bras dont je devinais le satiné de la peau sous le tissu qui l’enrobait et, après quelques moulinets de sa main gantée, elle a montré le gros pot de moutarde.J’ai fait venir Chariot à la table et j’ai commandé pour Mathilde et moi deux assiettées de moutarde.Mathilde n’a même pas grimacé en mangeant toute cette moutarde-là à la petite cuiller.Mais rien qu’à voir Chariot se tordre de rire derrière son comptoir, elle s’est bien rendu compte que je n’avais pas été à la hauteur des usages du manger et tel que même aux Trois-Pistoles, ça devait se vivre.Mathilde ne m’en a toutefois laissé rien voir, préférant attendre le join- de sa revanche.— C’est-à-dire?Mon père se penche pour prendre le portuna qui, à ses pieds, est sous le tableau de bord.Il y glisse la main, à la recherche du petit fiasque de gros gin qui s’y trouve.Il le débouchonne avant de porter le goulot à ses lèvres.Puis, après s’être essuyé la bouche du revers de la main, il dit — J’étais amoureux de Mathilde.Une semaine après sa visite aux Trois-Pistoles, j’ai loué un cheval et son attelage, et je suis monté à Saint-Jean-de-Dieu.Il neigeait comme aujourd’hui.Avant de me laisser passer au salon où Mathilde m’attendait, ma future belle-mère m’a dit: «Tu vas d’abord retourner dehors afin d’y trouver avec ta langue la corde à tisser la neige.Sinon, jamais ma fille ne sera pour toi.» Je me suis donc retrouvé sur la galerie, à essayer de deviner ce que pouvait bien être cette fameuse corde à tisser la neige avec ma langue.J’aurais sûrement passé toute la soirée là si mes futurs beaux-frères n’étaient pas sortis à leur tour.Ils ont ouvert démesurément leur bouche, tiré la langue et avalé de la neige.J’ai fait comme eux.Puis ils se sont mis à rire de moi, heureux du tour que ma future belle-mère m’avait joué pour venger Mathilde et l’assiettée de moutarde que je lui avais fait manger Chez Chariot.Après, il y a eu les fiançailles, puis le mariage.a c’est passé comment?omme pour n’importe quelles fiançailles et n’importe quel mariage, surtout quand ça a lieu dans la période des Fêtes.Assis dans des fauteuils braquettés de bra-quettes dorées, ton grand-père Antoine et ton grand-père Bartholomée trônaient au milieu du salon, Bartholomée un brin mal à l’aise parce que, petit de taille, il avait mis sous ses fesses deux gros catalogues pour ne pas paraître trop dépareillé à côté de mon père autrement plus grand que lui.Je me rappelle surtout la musique dont tout le monde jouait, ma mère à l’accordéon et ma belle-mère au violon, qu’elle tenait sous son sein droit parce qu’elle était gauchère.De mon mariage avec Mathilde, je ne me souviens pas d’autre chose.Je sais bien que mon père ne dit pas toute la vérité.Il ne veut pas parler de toute la bagosse qui s’est bue ces jours-là dans la maison du huitième rang de Saint-Jean-de-Dieu.Les coudes se levaient haut et fort, les tasses de faïence vidées dès que remplies.L’oncle Phil, pourtant lacordaire, était à l’abreuvoir et ne ménageait pas sa peine pour que le monde ait tout son content de bagosse.Au petit matin, la maison s’était perdue dans ses entournures, devenant le haut lieu d’un théâtre sauvage, celui que mon père et l’oncle Phil maîtrisaient quand, aux Trois-Pistoles, ils se déguisaient en femmes pour acter follement dans ces séances qu’au temps des Fêtes, ils improvisaient sur la petite scène de la salle paroissiale.Enfant, j’ai assisté à quelques-unes de ces séances-là, fasciné: cette robe fleurie que mon père portait, deux gros pamplemousses en guise de seins, et que l’oncle Phil voulait lui voler.Ça n’avait évidemment aucun bon sens, sauf pour l’enfant que j’étais et qui rêvait sans doute aux seins de sa mère qu’il n’avait jamais vus.Mais comment le faire maintenant assavoir à mon père?Et quoi lui dire pour qu’il me parle vraiment de ce qui s’est passé dans cette maison du huitième rang de Saint-Jean-de-Dieu quand il a épousé ma mère?Plutôt que d’interroger mon père, je voudrais me retrouver avec Samm sur la banquette arrière de la vieille Cadillac blanche aux grands ailerons lumineux.J’ai besoin de la chaleur de Samm pour que la maladie de mon père ne refasse pas surface, ni dans son corps ni dans le mien.Je vois bien que parler autant l’épuise: son grand corps osseux s’est affaissé, les nerfs tressautent dans son cou, un petit filet de bave coule sur son menton.Je dis: — Peut-être voudrais-tu qu’on entre maintenant dans la maison?— Je souhaite seulement qu’on s’en aille.Sur la route qui va nous mener à Saint-Paul-de-la-Croix, je raconterai la fin de notre nuit de noces, à Mathilde et à moi.— Ne te sens pas obligé en rien.— Se sentir obligé pour quoi que ce soit n’est plus de mon âge.Assise sur la banquette arrière, Samm me passe la main dans les cheveux, comme pour abolir la distance qui me sépare d’elle.Elle ne doit pas comprendre grand-chose à la complicité qui me lie à mon père.Nous sommes si loin de la Pointe-Bleue et du Lac Piekouaga-mi, si loin de la vie rouge et montagnaise! Comme elle doit trouver le temps long! Quand je le lui dis, elle m’embrasse dans le cou: — Je suis avec toi, je suis avec ton père et je ne m’ennuie pas.J’ai hâte de voir Saint-Paul-de-la-Croix.Je la vois qui me sourit dans le rétroviseur puis mon père me frappe la cuisse de son poing fermé pour m’inciter à lancer la vieille Cadillac blanche aux grands ailerons lumineux vers le pays de Saint-Paul-de-la-Croix.La neige tombe toujours, mais comme par couettes filandreuses.A mon tour, je ferme le poing et frappe la cuisse osseuse de mon père: — Raconte maintenant la fin de votre nuit de noces, à Mam et à toi.Tu veux bien?let aiaérot de téléphone initiais tout valibles pou le service de llvtilsM per taeelel et poor les abonnements postier DU LUNDI AU VENDRA PE 8H00 À 16H30 Montréal (514) 985-3355 / télécopieur (514) 985-3390 Extérieur (sans (rais) 1 800 463-7559 LES BUREAUX DU DEVOIR SONT OUVERTS DU LUNDI AU VENDREDI DE 8H30 A 17H00 2050, RUE DE BLEURY, 9E ÉTAGE, MONTRÉAL.(QUÉBEC) H3A 3M9 RENSEIGNEMENTS H ADMINISTRATION : (514)985-3333 PUBLICITE AVIS PUBLICS ANNONCES CLASSEES PUBLICITE (514) 985-33991télécopieur (514) 985-3390 NUMERO SANS FRAIS 1 800-363 0305 (514) 985 3344
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