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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1996-07-13, Collections de BAnQ.

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?LE DEVOIR ?Le feuilleton Page D 3 La page d’écriture Page D 5 ?ARTS VISUELS Louise Bourgeois Page D 6 Formes Page D 8 E I) E VOIR, I, E S S A M E I) I 3 E T I) I M A N G II E I 4 ,1 U I I, I, E T I !» 9 (i Atlanta 1996 Le mirage olympique ROBERT SALETTI Les XXVIe Jeux olympiques de l’ère moderne s’ouvriront dans quelques jours à Atlanta.Exactement cent ans après les premiers du genre, tenus à Athènes en 1896 sous l’égide du bon baron de Coubertin et d’une aristocratie décadente attelée à éduquer (contrôler?) les classes laborieuses grâce à de vigoureux préceptes moraux, dont l’antique «Un esprit sain dans un corps sain» ou l’immortel «L’important n’est pas de gagner mais de participer» (aphorisme attribué à tort, semble-t-il, à de Coubertin et qui aurait été en fait prononcé par l’évêque de Pennsylvanie au cours d’un sermon à Londres en 1908).Ces préceptes, l’écrivain suédois Çer Olov Enquist les a critiqués dans Ecrits sur le sport.Comme toute médaille, ils ont un envers qu’on pourrait résumer par un autre aphorisme, moins glorieux celui-là: «La performance sans la récompense».Traduisons, en termes plus crus (ou plus capitalistes) par «L’important n’est pas le salaire mais d’avoir le droit de travailler».Que voulez-vous, chers travailleurs, ceux qui gagnent méritent la victoire; la vie est une pyramide, les perdants en bas et les gagnants en haut.C’est comme ça.Tout comme Enquist, Laurent La-plante ne croit pas, n’a jamais cru à l’idéal olympique.Dans Pour en finir avec l’olympisme, le polyvalent journaliste — on lui doit notamment des essais sur la police, le suicide, l’information et la gestion — tente de river au tapis pour le compte un mouvement olympique qui, selon lui, constitue surtout «une école de démission, d’irresponsabilité et d’obéissance aveugle aux caprices d’un prince coopté».Le jugement est dur et s’appuie sur une argumentation qui puise principalement aux origines, au fonctionnement et à l’idéologie du mouvement olympique.Les adorateurs de la flamme olympique doivent savoir que la réflexion de M.Laplante laisse en définitive peu de chance au coureur.Québec d’abord À la ligne de départ tout comme au fil d’arrivée de Pour en finir avec l’olympisme, il y a la mise en candidature de la ville de Québec aux Jeux d’hiver de 2002, qui s’est soldée, on le sait maintenant, par une verte déconfiture.Pour Laurent Laplante, tout le dossier de Québec 2002 sentait l’amateurisme (sic) à plein nez et un manque de rigueur flagrant a marqué les agissements des promoteurs.Une étude préliminaire aux conclusions négatives mise de côté, un recteur d’université qui se lance dans la mêlée sans réfléchir, une presse qui perd tout sens critique et qui ne demande pas mieux que de joindre la parade olympique: l’ensemble du projet suggère une grande méconnaissance des règles et de l’idéologie olympiques.Mais quelles sont ces règles et cette idéologie?C’est ce que s’applique à analyser le corps de l’ouvrage de M.Laplante.Ces règles sont par exemple celles, incestueuses, de la cooptation pratiquée par les dirigeants du Comité international olympique (CIO).Elles sont celles, commerciales, qui mettent la télévision sur un piédestal et qui font inscrire des sports comme le ski acrobatique ou le patinage sur courte piste à cause de leur aspect spectaculaire.VOIR PAGE D 2: LAPLANTE Kant, Platon, Heideger iinr Il y avait l’été dernier en librairie un succès dont le titre est connu de tous.Le Monde de Sophie faisait non seulement de son auteur, Jostein Gaarder, une vedette, mais il ramenait sur la place publique, sur l’agora pourrions-nous dire, un discours où étaient interpellés les Platon, Socrate, Aristote, Newton ou Kant.Ce livre, une introduction générale à la philosophie, vulgarisait des propos normalement confinés aux salles de classe.Pourtant, il existe toujours des chercheurs, des universitaires, qui se sont donné pour mandat de revoir les fondements même de la pensée philosophique, voire de remettre en question ses conclusions.Luc Brisson, un Québécois dont les travaux se retrouvent imprimés par l’édition française, est l’un de ceux-là.HEINZ WEINMANN Paris — Nous nous sommes donné rendez-vous dans un café du Boul’ Midi’ à l’intersection du bruissant boulevard Saint-Germain.Cliquetis des tasses, sifflement des machines à espresso.La sortie de ses deux derniers livres a fait de cette rencontre avec Luc Brisson un événement: une nouvelle traduction du Parménide de Platon, précédée d’une introduction substantielle qui propose une réinterprétation de son influence décisive dans l’histoire de la philosophie occidentale jusqu’à l’idéalisme allemand, et surtout Puissance et limites de la raison, le problème des valeurs, en collaboration avec F.Walter Meyerstein.Plus qu’un simple phénomène de mode, témoignant du «retour de l’éthique», ce livre réfléchit sur les conditions de possibilité d’une éthique fondée sur la raison.Deux questions fondamentales, tenues trop facilement pour acquises, sont en permanence présentes dans l’esprit des auteurs, faisant de cet ouvrage une interrogation au sens premier du mot Pourquoi, depuis le «miracle grec», la philosophie occidentale a-t-elle jeté son dévolu sur le logos, traduit de façon simpliste par «raison» en français?Enfin, pourquoi la raison, arrivée à ses propres limites, est-elle impuissante à fonder une éthique, des valeurs engageant toute une collectivité?A travers trois oeuvres emblématiques, véritables œuvres carrefours philosophiques — Phédon de Platon, La Critique de la raison pure de Kant et Être et Temps de Heidegger —, les auteurs montrent que le discours philosophique reste désespérément muet sur ces deux questions, tournant en un cercle vicieux que force arguments et postures intellectuelles n’ont pas su rendre «vertueux».Le cercle saute aux yeux, lorsqu’on scrute à la loupe la démarche philosophique des trois auteurs.La survie après la mort «Notre interrogation commence avec Phédon de Platon, récit de la mort de Socrate.Pour nous, me répond Luc Brisson, cette démarche est emblématique de la philosophie.On refuse un mythe — survie de l’âme après la mort —, jugé comme irrationnel.On essaie de remplacer le mythe par une déduction rationnelle.Arrivé dans un cul-de-sac méthodologique, on introduit sournoisement un autre mythe qui semble plus rationnel, ce qui est une contradiction dans les termes.Il n’est pas faux de dire que VOIR PAGE D 2: BRISSON U J n Pourquoi, depuis le «miracle grec», la philosophie occidentale a-t-elle jeté son dévolu sur la raison?Des Italiens et de l'impossible origine La littérature d'aujourd'hui dans la péninsule Des inédits de Pasolini, Manganelli et tutti quanti LIBERTÉ 225 juin 1996 190 pages 6$ En vente partout où on aime les livres t elTanwJn Douglas BairyUiar « Le guide idéal pour visiter Montréal » DE CHARLEVOIX ’nr&p FIDES DISQUES COMPACTS, LIVRES, CASSETTES, DISQUES, BD CHOIX ET QUALITÉ 7i3 Mont-Royal Est, Mtl I Métro Mont-Royal 523-6389 3694 St-Denis, Montréal * Métro Sherbrooke 849-1913 :*-§5 mm mmmm mmi OUVERT 7 JOURS 10hà22h mm XYZ éditeur 128 I jut Saint-Hubert Montréal (Québec) H2L 321 L abc de la littérature Téléphone : 525.21.70 • Télécopieur : 525.75.37 A: XXI éditeur Barry Lazar et Tamsin Douglas Le guide du Montréal ethnique 372 p.' 17,95$ LAPLANTE Une critique nécessaire du sport SUITE DE LA PAGE D 1 Les bons préceptes moraux servent donc ici à cacher — c’est la fonction de-l’idéologie — la véritable finalité du mouvement olympique, qui est d’être une «transnationale du spectacle sportif».Il n’y aurait donc pas de différence essentielle entre le mouvement olympique et les autres grandes manifestations sportives occidentales.Au tour d’Atlanta A Atlanta, il y aura 197 pays représentés, c’est presque autant que le nombre d’athlètes qui participaient aux Jeux d’Athènes à la fin du siècle dernier.Depuis les Jeux de Tokyo en 1964, les revenus de la télévision ont été au bas mot multipliés par cent.Ces seuls chiffres sont une mesure du gigantisme des Jeux actuels.Plutôt que la persistance d’un idéal, ils reflètent le mirage originel de l’olympisme.Globalement, la critique de Laurent Laplante est très sévère, car elle ne tient pas du tout compte de la dimension symbolique du sport.Cela dit, elle méritait d’être faite.S’il est improbable que cette critique empêche l’amateur de sport de suivre les Jeux d’Atlanta, il e$t par contre certain, si celui-ci a bien lu Pour en finir avec l’olympisme, que son regard sera moins béat qu’à l’accoutumée.POUR EN FINIR AVEC L'OLYHPISHE ' Laurent Laplante, Boréal, Montréal, 1996,221 pages BRISSON Du mythe au discours SUITE DE LA PAGE D 1 la démarche proprement philosophique que je viens d’évoquer, commence au moment de la mort de Socrate.En effet, Socrate qui va mourir critique la conception traditionnelle de l’âme comme une espèce d’idole qui quitte le corps à sa mort, et vit ensuite une existence crépusculaire sans mémoire.» «Le mythe, basé sur une persuasion du plus grand nombre, Socrate le remplace par un discours argumentatif, marqué par la rigueur de sa démarche, inspirée de la géométrie.Pour y arriver, Socrate postule un domaine aux formes immortelles, immuables, intelligibles, séparées par un fossé infranchissable du domaine des réalités sensibles qui ne cessent de changer.L’âme est identifiée à une telle forme, dont jugée immortelle.Sous le couvert de cette démarche rationnelle s'insinue imperceptiblement un autre mythe, celui de l’immortalité de l’âme, “noble espérance” qui ne saurait être prouvée rationnellement.» Le fameux «beau risque», pari pas-calien avant la lettre sur l’immortalité de l’âme, constitue un échec flagrant de la méthode déductive qui devait guider la démarche de Socrate.Echec reconnu par ce dernier.«Si du moins l’âme est vraiment une chose immortelle», ose-t-il dire en effet quelques moments avant de mourir.«Par sa mort cependant il apporte le témoignage que ce mythe ‘fonctionne”; sa mort noble — suicide en buvant de la ciguë — et sans peur constitue la preuve, expérimentale si j’ose dire, d’un tel mythe.» Le retour au mythe Après avoir déclaré haut et fort, dans La Critique de la raison pure, la puissance de la raison, Kant se sent acculé, tel Platon, à sacrifier au mythe répudié et par là à saper ses propres fondements.Ou pour user d’une image chère à Kant: «Si je considère l’ensemble de toute la connaissance de la raison pure et spéculative comme un édifice.[.] il s’est trouvé que, bien que nous ayons songé à une tour qui devait s’élever jusqu’au ciel, la provision de matériaux a suffi uniquement pour une maison d’habitation.» Ce manque de matériel «phénoménal» oblige Kant à regarder du côté du «nouménal» et postuler comme fins suprêmes de la raison trois domaines qui échappent complètement à son règne: la liberté de la volonté, l’immortalité de l’âme et l’existence de Dieu.Enfin Heidegger s’attaque précisément à l’une des postulations les plus fondamentales de Platon et de Kant, à savoir l’existence de deux mondes séparés, l’un accessible à l’expérience, l’autre relégué à la transcendance.Heidegger commence son enquête avec la question de l’être.L’élaboration de la structure formelle de la question de l’être veut dire: rendre transparent un étant, celui qui questionne en son être.Or, cet être, défini par son être-au-monde, l’est aussi par sa temporalité, étant, dès sa naissance, destiné à la mort.C’est la mort qui chez Heidegger donne son «sens» à la vie.«Ici encore un philosophe qui a voulu s’en tenir de l’«être-là» (Dasein) bute aux limites de la rationalité, ma mort à moi, évidemment, étant ce dont aucun concept ne peut rendre compte, ce qui est absolument dépourvu de sens, fa question que pose Heidegger dans Etre et Temps: quel est le sens de la vie?est tout simplement dépourvue de sens! Sinon il faut dire: le sens de la vie, c’est la mort, proposition qui est aussi absurde, sauf, bien évidemment, si on fait l’hypothèse d’une âme immortelle et indestructible, comme c’est le cas pour le Socrate de Platon et pour Kant.» Notre Sophie, du début, savait-elle qu’une affirmation présuppose un questionnement?Il ne faut pas oublier qu’elle apprend rapidement que la philosophie-réside dans l’art de mettre en cause l’apparente réalité et ses perceptions, indépendamment des craintes et des vérités reçues.PARMÉNIDE Platon, traduction et présentation de Luc Brisson, Garnier-Flammarion, 1995, 336 pages PUISSANCE ET LIMITES DE LA RAISON, LE PROBLÈME DES VALEURS Luc Brisson et F.Walter Meyerstein, Les Belles-Lettres, 1995,238 pages Erratum Une coupe malheureuse a modifié le texte de la nouvelle Mary La-catoze de Gérald Tougas reproduite dans le cahier livres du 6 juillet dernier.Le début du dixième paragraphe de la page D 5 aurait dû se lire ainsi: Chacun reçut une généreuse portion de purée.Ne pouvant freiner leur faim, ils en mangèrent d’abord un peu, puis en redemandèrent aussitôt, assez, dirent-ils pour faire une tarte.Faire une tarte de patates?Elle ne savait ce qu’était une tarte de patates?Nos excuses à l’auteur.Outils indispensables sur la Jean des Gagniers MONSEIGNEUR DE CHARLEVOIX petite table — «petite, autrement ce serait le fouillis» — directement face à la mer.Univers d’écriture / -^- Ecriture avec vue Cet été, Le Devoir devient indiscret et s’infiltre dans l’univers d’auteurs québécois, histoire de savoir quel environnement inspire les petits et grands chefs-d’œuvre de notre littérature.Cette semaine, Marie Laberge, en pleine correction de son prochain roman, Annabelle, a accepté de parler de son bonheur d’écrire.LOUISE LEDUC LE DEVOIR Quatre heures du matin, quelque part dans le Massachusetts, au bord de la mer.Marie Laberge se réveille, s’assied à sa petite table de travail devant la fenêtre, face à la mer.Elle prend son stylo-plume Schaeffer et le remplit d’encre.Le jour bouscule la nuit et les mots se hâtent sur la feuille.C’est l’aurore, l’aurore sans horaire, le moment préféré de Marie Laberge, auteure de vingt pièces de théâtre et bientôt de quatre romans.A moins, que ce ne soit quarante?A onze ans déjà, Marie Laberge signait en effet au crayon son premier manuscrit, «l’histoire de la rencontre de mes parents, des parents sérieux, mais que je me plaisais à imaginer fous et amoureux».Suivirent cinq ou six romans d’amour avec les BeaÜes, de soixante ou soixante-dix pages dactylographiées chacun.«Déjà, petite fille, j’avais une imagination débordante et des dialogues plein la tête.Mais je ne pouvais imaginer qu’on puisse gagner sa vie à écrire.J’ai toujours pensé qu’on écrivait de toute façon.» A une lettre près, écrire, souligne-t-elle, c’est l’anagramme de crier.Au fil de ses pages manuscrites, note Marie Laberge, sa graphie change.«Si l’émotion ressentie est très violente, j’écris comme si je chuchotais, j’ai peine à me relire tant mes lettres se font petites.Quand j’écrivais du théâtre, au contraire, certaines répliques sortaient en très grosses lettres.» Personne ne Marie Laberge verra jamais ses manuscrits, c’est écrit noir sur blanc dans son testament: aucun d’eux n’est publiable.«Le premier jet, ça se passe entre la poubelle et moi.Ça me rassure de savoir que je pourrai jeter ce que j’ai composé.Cette assurance me permet de m’abandonner complètement.» Quand elle s’y met, elle écrit donc à partir de quatre heures du matin, peu importe l’heure du coucher, et continue jusque vers 13 heures, tous les jours comme ça, isolée du monde, jusqu’au mot fin.Elle relit chaque jour ses pages de la veille, puis les éloigne d’elle, de ses «corrections meurtrières».Elle marque une pause, qui peut durer un an comme dans le cas d’Annabelle, avant de transposer le tout sur ordinateur.Il lui faut, avant de passer à cette étape, «se réconcilier avec ce qu’elle vient d’écrire».Les vraies corrections, «et la grosse crise d’humilité qui vient avec elles», viendront une fois le manuscrit terminé.«Hier, j’ai passé trois heures sur 21 pages et j’en étais déjà à ma quatrième ou à ma cinquième correction ^’Annabelle», mentionne-t-elle à titre d’exemple.Aucun détail ne doit lui échapper.Ce jour-là, elle était en train de chercher le nom de la salle de concert la plus prestigieuse de Londres pour Annabelle, qui racontera la vie d’une jeune pianiste prodige songeant, à 13 ans, à abandonner son art.«Si je me trompe de salle, seuls quinze lecteurs avisés s’en rendront peut-être compte.Mais j’aurai perdu ces quinze lecteurs.» PHOTO MARIE LABERGE De quatre heures du matin jusque vers treize heures.Les passages les plus difficiles à rendre, pour Marie Laberge?Les passages de sexualité et de sensualité de même que «les pages où il faut rendre un gros plan d’une émotion».Ses pièces de théâtre, au contraire, s’écrivaient rapidement.Du théâtre, elle parle au passé.«J’ai eu un gros chagrin d’amour avec le théâtre.Autant j’ai pu aimer passionnément ce monde, autant je le trouve trop difficile à vivre aujourd’hui.» Pause momentanée ou pause éternelle, Marie Laberge l’ignore encore.Le nuage gris passe, puis Marie Laberge redevient enthousiaste, joyeuse.Comment pareille gaieté peut-elle engendrer tant de drames sur papier?Comment peut-elle dire cette femme mourante, ce chagrin d’enfant, ces liens familiaux tortueux, ces histoires d’amour en forme de précipice?Et, le pire du pire, comment peut-elle laisser ses lec- teurs sur un drame, comme dans son roman Juillet?«Je me suis levée trois matins pour tenter sauvagement de changer la fin de Juillet.Mais c’étflit la seule fin logique possible.» A son avis, chaque écrivain n’a pas plus de trois ou quatre obsessions.Elle cite les siennes du tac au tac: la vie, l’amour, la mort.«C’est un cliché, je sais.Mais comme les notes de la gamme, c’est fou toutes les variations de musique que l’on peut composer à partir de ces trois thèmes.» «Je ne relis jamais ce que j’ai publié.Pour moi, ce serait comme rouvrir l’album photo de ses premières noces quand on en est au troisième époux.Une fois un roman terminé, je n’éprouve ni regrets, ni impression de perfection.Je sais simplement que c’est toujours la meilleure chose que je pouvais écrire à cette époque-là de ma vie, avec le poids de mon expérience, à un âge donné.» Félix-Antoine Savard 1896-1982 L’auteur de «Menaud maître-draveur» a laissé une œuvre riche et diversifiée que Jean des Gagniers nous fait redécouvrir avec la précision de l’érudit, la sensibilité de l’artiste et la chaleur de l’amitié.Abondamment illustré de photos, reproductions de dessins et de manuscrits.288 payes — 29,95 $ Jean des Gagniers MONSEIGNEUR ¦BÊE « » I, E I) E V Oil!, L E S S A M EDI I A E T I) I M A N C II E II .1 11 I I, I, E T I II !» (i I) 3 - LIVRES - LE FEUILLETON Un roman pour une fin de siècle LA FAIM DE HOFFMAN Leon de Winter, traduit du néerlandais par Philippe Noble avec la collaboration de Daniel Cunin, Editions du Seuil, Paris, 1996,297pages PIERRE CAYOUETTE LE DEVOIR Ce roman nous arrive des Pays-Bas.Né en 1954 à Bois-le-Duc, l’auteur, Leon de Winter, est très célèbre là-bas, dans son pays, où il est connu et reconnu à la fois comme écrivain, scénariste et metteur en scène.Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a un profil international.Cinq autres de ses romans sont en cours de traduction.L’un d’eux, son premier, La Place de la Bastille, a été porté à l’écran.Le film (La Frontière), qu’il a lui-même scénarisé et réalisé, a été présenté à Cannes en 1982.La Faim de Floffinçin a également fait l’objet d’un film.A le lire, on comprend très vite pourquoi.En Europe, on l’a vite situé dans la lignée des Milan Kundera et Gunter Grass.Vu d’ici, on pense aussi à John Irving.Parfois même aussi à John Fante.C’est que ce Leon de Winter est un conteur extraordinaire, doté d’une imagination inépuisable et d’un humour impitoyable.Une chute en toile de fond Ecrit avec une ardeur peu commune, son roman a pour toile de fond la chute du régime communiste en Tchécoslovaquie.Vous vous souvenez?C’était en 1989.La «Révolution de velours» avait pennis les plus fous ' espoirs et les images, encore toutes ! fraîches, de la place Venceslas en liesse faisaient la une de tous les journaux de la terre.Cette période euphorique de l’histoire, marquée par l’écroulement du mur de Berlin et la chute des régimes communistes, poussait même certains naïfs à proclamer la «fin de l’Histoire».La réalité fut tout autre.Le désenchantement, brutal.Comme le découvrira d’ailleurs Hoffman lui-même en bout de piste: «Il n’avait pas prévu que l’orage éclaterait également en Tchécoslovaquie, mais qui aurait pu le prévoir?Avec le recul, il comprenait que l’assaut du Mur était pour tous les pays du bloc de l’Est le signal de la curée.Il avait lu la presse et regardé les télévisions allemandes.Les Allemands de l’Est étaient allés faire des emplettes.Ils avaient garé leur Trabant et fait du lèche-vitrine.La liberté de consommer, voilà ce qu’était la liberté.(.) Non seulement les Allemands, mais les Tchèques aspiraient à régler un jour leurs achats avec une Goldcard d’American Express.» (page 289) Comme tous les grands conteurs, le jeune écrivain des Pays-Bas a organisé son roman autour d’un personnage central extrêmement fort; personnage dont il creuse magistralement la psychologie.Trente ans après avoir amorcé sa carrière aux Affaires étrangères, Félix Hoffman voit enfin sa carrière couronnée.On le nomme, en 1989, ambassadeur des Pays-Bas à Prague.Or notre Hoffman n’est pas un diplomate comme les autres.C’est un iconoclaste, une sorte de fumiste.Et c’est d’ailleurs ce qui le rend à ce point intéressant.Insomniaque, boulimique chronique, mal marié, il passe ses nuits à boire du Moët au goulot, à avaler le beau caviar salin que les invités à ses réceptions n’ont pas mangé et à se farcir le Traité de la réforme de l’entendement, de Baruch Spinoza-Rien de moins! On comprend vite que le pauvre homme a mille raisons de se lancer dans cette insatiable quête métaphysique.Il porte, en lui toutes les épreuves du siècle.A commencer par l’Holocauste.Juif, on l’a très jeune arraché à ses parents qu’il n’a jamais revus.Plus tard, il connaîtra la pire épreuve qu’un homme puisse subir.Ses deux filles, Esther et Miriam, mourront, à 15 ans d’intervalle, l’une de leucémie, l’autre d’overdose.Hoffman trouve donc un précieux réconfort dans la prose de Spinoza qui, comme lui, avait douloureusement éprouvé «la vanité et la futilité des choses».Au début, quand on voit les enseignements de Spinoza envahir le roman, on se dit: «Pas un autre qui vient nous assommer avec ses leçons de philosophie; on en avait assez avec Le Monde de Sophie! Plus moyen d’avoir du plaisir sans s’instruire.Plus moyen de lire un bon roman sans avoir, en prime, son petit cours de philo 101 pour se rendre intéressant dans les salons!» Et puis on comprend très vite que cette quête métaphysique n’est pas le seul axe du roman, bien qu’elle soit essentielle.L’espionnage comme cadre C’est que La faim de Hoffman se veut aussi un roman d’espionnage — au dénouement imprévisible.Parallèlement au drame personnel de Félix Hoffman, Leon de Winter mène, fort habilement, une intrigue complètement folle.Au moment même où Hoffman dépose ses lettres de créance au président, Freddy Mancini, un touriste californien non moins boulimique (capable de manger quatre steaks!) et obèse, séjourne à Prague avec son épouse.Une nuit, alors qu’il cherche désespérément un hamburger pour calmer sa faim maladive, il assiste à l’enlèvement d’un compatriote, Michæl Browning, un garagiste du Wisconsin.L’œuvre des il Winter La FAIM DE HOFFMAN roman Seuil services secrets, sans doute.Mancini se retrouve plus tard en captivité dans une safe house située dans un village des environs de Washington où il doit tout raconter.L’ambassadeur Hoffman, son épouse, les deux Américains, de même qu’une journaliste se retrouvent par la suite les héros d’une histoire qui marque les derniers soubresauts de la guerre froide.Par amour pour une femme, Hoffman se rendra coupable de trahison.Il s’en tirera somme toute assez bien.Il retrouvera le goût de vivre, de survivre, de se rendre à l’an 2000.Pourquoi?Grâce à Spinoza, bien sûr.Mais aussi parce que ce XX1 siècle dont il a tant souffert sera terminé! Mise en garde: l’écriture de Leon de Winter, malgré toute son ardeur, est parfois empesée, compassée.Est-ce attribuable à la traduction?Par ailleurs, l’histoire est extrêmement dense.Quand on'la lit en journaliste — c’est-à-dire vite et mal.! — on s’y perd parfois.J’ai la certitude, toutefois, que bien assis sur la plage, on en savoure chaque ligne goulûment.La faim de Hoffman est une lecture d’été de choix.En Europe, on l’a vite situé dans la lignée des Milan Kundera et Günter Grass.Vu d’ici, on pense aussi à John Irving et John Fante VITRINE DU LIVRE DE POCHE La vie des gens riches et célèbres LITTÉRATURE FRANÇAISE Le retour de l’insupportable Léa Longtemps, le roman a tenu le haut du pavé auprès des lecteurs.Mais, voilà que depuis quelques années, les biographies semblent plaire au moins autant que les aventures romanesques.L’édition de poche — et c’est bien normal — est sensible à cette tendance.Voici donc une sélection des meilleurs titres parus au cours des dernières semaines.À LA RECHERCHE DE J.D.SALINGER Ian Hamilton, traduit de l’américain par Sophie Foltz, Éditions de l’Olivier, Paris, 1996,281 pages Voici un livre passionnant.J.D.Salinger, l’auteur de L’Attrape-Cœur, est à la littérature américaine ce que Réjean Ducharme est aux lettres québécoises.Répondant à une commande de l’éditeur Random House, Ian Hamilton a commencé à travailler à une biographie de ce personnage secret, avec toutes les difficultés que cela suppose (amis qui refusent de parler, etc.) jusqu’à ce que Salinger tente, par des moyens juridiques, de faire empêcher la publication du livre.C’est alors qu’on passe à une réflexion sur la mécanique même de la biographie, Hamilton relatant ses démêlés juridiques avec le célèbre romancier.JUDITH JASMIN DE FEU El DE FLAMME Colette Beauchamp, Boréal, Montréal, 1996,426 pages Publiée à l’origine en 1992, la biographie que Colette Beau-champ consacre à Judith Jasmin avait été chaleureusement accueillie.La critique avait alors souligné l’empathie manifestée par l’auteure à l’endroit de la pionniè ré du journalisme, ainsi que l’aisance avec laquelle elle décrit l’ensemble .de la société québécoise à travers le prisme de son sujet.Une soixantaine d’illustrations accompagnent un texte généreux.LA DYNASTIE ROTHSCHILD Herbert Lottman, traduit de l’américain par Marianne Véron, Seuil, Paris, 1996,518pages Vieux routier de la biographie, spécialiste des sujets français (il a notamment à son crédit un Pétain, un Camus et un Flaubert), Herbert Lottman s’est penché sur la plus célèbre des riches familles de France.L’épopée des Rothschild débute en 1744, à Francfort, et va jusqu’à nos jours, alors que les Rothschild ont des ennuis avec les socialistes.Plus de deux siècles d’histoire sont racontés dans un style alerte par un auteur qui, en Gdctu: Beauchamp Judith Jasmin plus de Paris, nous emmène à Londres, à Vienne et à Naples.HILDEGARDE DE BINGEN Régine Pemoud, Le Livre de poche, Paris, 1995,192pages Le Petit Robert des noms propres consacre quatre lignes à Sainte Hilde-garde, cette religieuse allemande du XII1'siècle d’abord connue pour ses ouvrages spirituels.C’est une injustice, si l’on fait confiance à Régine Per-noud, qui nous explique que la sainte en question était aussi une grande musicienne (auteur de 77 symphonies) et l’auteur de traités de médecine douce qui font encore autorité.Madame Pernoud, qui a signé pne trentaine de livres sur le Moyen-Age, mérite qu’on respecte ses propos.Voilà pourquoi on plonge avec un plaisir certain à la découverte d’une femme qui, d’évidence, a occupé une place de choix dans la culture européenne médiévale.JE SUIS VIVANT ET VOUS ÊTES MORTS Emmanuel Carrère, Seuil, Paris, 1996,373 pages Ou quand un excellent écrivain en rencontre un autre.Emmanuel Carrère, auteur inspiré de La Moustache et de La Classe de neige, a signé en 1993 une biographie du plus grand écrivain de science-fiction américain, j’ai nommé Philip K.Dick, auteur de Blade Runner, Ubik et de quelques autres classiques du genre.Mort à 54 ans, en 1982, Philip K.Dick a été une sorte de gourou associé à la contre-culture, tant ses livres ont fasciné parce qu’ils étaient marqués par son expérience de la drogue qui débouchait sur une sorte de quête spirituelle.Dans la biographie qu’il lui consacre, Carrère plonge littéralement dans le cerveau de l’écrivain pour entraîner le lecteur dans une odyssée enivrante.RAYMOND ARON Nicolas Baverez, Flammarion, Paris, 1995,542pages Dans un registre plus lourd, les passionnés de politique seront heureux d’apprendre que la biographie que Nicolas Baverez a consacrée a celui qui fut le critique le plus éclairé de Jean-Paul Sartre est maintenant disponible en format de poche.Le sous-titre de l’ouvrage, «Un moraliste aux temps des idéologies», indique bien l’angle sous lequel Baverez a choisi de dépeindre Aron, qui prenait parti pour la décolonisation tout en étant un fervent anticommuniste, et qui était classé à droite tout en ayant une sensibilité de gauche Marcel Jean.EMMANUEL I CARRERE JE SUIS VIVANT ET VOUS ETES F .j • LA DERNIÈRE COLLINE ( 1 9 5 0 - 1 9 54) Régine Desforges, Fayard, Paris, 1996, 435 pages MARIE-CLAIRE GIRARD cette guerre coloniale semblent parfois obscurs et difficiles à démêler.Mais qu’à cela ne tienne, lorsque Léa apparaît dans le paysage la situation devient, derechef, encore plus compliquée, mais au niveau sentimental cette fois-ci, ce qui nous change un peu du cours Indochine 101.Passions inassouvies AV.M» tJrt-.iX!' la Dmiièrr Colline LIBRAIRIE HERMÈS .Depuis 1976 9h»22h annee 362 jours pu» 1120, ave.laurier ouest outremont, montréal tel.: 2/4-3669 télec.: 274-5660 Voici le retour de l’insupportable Léa Delmas, celle que nous avions d’abord connue travestie sous les traits de caractère de Scarlett O’Hara dans La Bicyclette bleue et qui avait valu à son auteur, Régine Desforges, un procès de plus.Pour plagiat cette fois.Ce qui change un peu tout de même des accusations de pornographie qui s’étaient abattues sur la tête de madame Desforges à l’époque où elle possédait une maison d’édition et publiait des choses bien irrévérencieuses.Après avoir soumis Léa aux affres de la Seconde Guerre mondiale et lui avoir fait découvrir la passion avec un grand P dans les trois tomes de La Bicyclette bleue, sa créatrice l’a expédiée en Argentine à la recherche de criminels nazis dans Noir Tango et lui a fait connaître les colonies françaises d’Indochine dans Rue de la soie.Continuité historique oblige, Léa et son François Tavernier de mari se retrouvent cette fois-ci au cœur de la tourmente de la guerre d’Indochine, Tavernier ayant été nommé envoyé spécial du gouvernement français, et Léa, avec le sale caractère qu’on lui connaît, ayant refusé de rester à Bordeaux, le suit avec armes, bagages et enfants.Historiquement, et dans la mesure où je peux en juger, rien à reprocher à ce roman en ce qui concerne les faits et le déroulement des événements qui mèneront à cette guerre où la France, qui se relevait à peine du deuxième conflit mondial, avait tout à perdre.Madame Desforges s’est manifestement bien documentée, la liste des remerciements à la fin du roman en faisant foi.Je lui reprocherais cependant le ton un peu trop scolaire que prennent parfois les exposés de la situation politique, l’un des pièges difficiles à éviter dans le roman historique, et auquel elle n’échappe pas toujours.Surtout pour nous, les petits cousins d’Amérique, qui, n’ayant point vécu ce conflit, ne possédons pas cette culture de l’Indochine et la nostalgie que semble éprouver la métropole à l’évocation de tous ces comptoirs et protectorats envolés, because les velléités d’indépendance de peuples niant l’importance de la mission civilisatrice de ce phare lumineux que constituait la France de l’époque.De ce fait, les écheveaux complexes qui composent les données de Léa Delmas possède le génie de susciter des passions inassouvies, de troubler les eaux les plus limpides et, en général, de mettre la pagaille partout où elle passe.Elle n’y manquera pas à Hanoï, soyez-en assurés, allant de malheurs en tragédies, en passant par tous les drames possibles et imaginables qui feraient pâlir n’importe quelle pièce du répertoire racinien.Elle sera encore séparée de son beau François, l’amour de sa vie.Mais ces deux-là, je vous jure, à chaque fois qu’ils se retrouvent, ne résistent pas à l’appel du stupre et se lancent dans une fornication que j’irais jusqu’à qualifier de graphique, avis aux intéressés, ce qui risque de laisser le lecteur rêveur s’il a le moindrement réfléchi sur l’usure de l’amour dans le couple.Manifestement, Léa et François n’ont pas (encore) besoin de thérapie matrimoniale pour tenter de réveiller un désir en train de s’éteindre.Bien au contraire, c’est inquiétant combien ils s’aiment, ces deux-là.Bon, cela étant dit, c’est sûr que nous retrouverons Léa et François dans un prochain roman qui, voyons voir, devrait probablement avoir comme toile de fond la guerre d’Algérie.Cela semble plausible.Et après il y aura toujours mai 68.Jusqu’au jour ou Régine Desforges décidera qu’après une existence aussi remplie et tumultueuse, Léa mérite bien de prendre sa retraite.Elle se mettra au point de croix et aux confitures et racontera ses souvenirs à ses petits-enfants auprès d’un François vieilli mais, n’en doutons pas, toujours aussi fougueux.PP*8 Us®»»»®®** BATISSEURS du SI H A N S O N O 1- A N n Une première saison dans la vie de LANCTÔT EDITEUR •«ligues distan Cl.Ainil Iasmis Pâques à Miami lAvirrOI irvïi'ii* I.JkH**' sans ufpsfcuvt OU Ml NV "n rox K llll R f.yyAjvÿ.f.Jpel Vaste! LUCIEN W bouchard^ f" attendant la suite.¦ ROStMONDf Essais, romans, théâtre, poésie, biographies, chansons.LANCTOT ÉDITEUR, mi carrefour de toutes les expressions en écriture! Diffusion Prologue Claude Corbo LETTRE FRATERNELLE, IIAISONNEE ET URGENTE A MES CONCITOYENS IMMIGRANTS Un court essai généreux et plein de gros bon sens, qui tend un pont entre des citoyens d’un même pays, pour que cesse l}incompréhension.É.Bigras, M.-C.Lanctôt Bélanger, J.Mauger, J.-B.Pontalis LA BÊTISE DE L’INCONSCIENT Qjiatrc psychanalystes s’interrogent sur le sens de l’inconscient et du rêve, «afin de retrouver ce qui est perdu et persiste à se perdre».Pierre Turgeon LES BÂTISSEURS DU SIECLE Un livre prestigieux, tout en couleurs, qui raconte les cent dernières années de Montréal à travers l’histoire de ses grands bâtisseurs.Michel Vastel LUCIEN BOUCHARD EN ATTENDANT LA SUITE.L’histoire de l’homme politique actuellement le plus populaire du Qiiébec.Un portrait sympathique, passionnant et sans complaisance de Lucien Bouchard par un journaliste honnête.Claude Jasmin PÂQUES À MIAMI Un roman plein de rebondissements, qui entraîne le lecteur à toute vitesse, entre Chicoutimi, Montréal et Miami.Une longue quête amoureuse, «une ode sensible et intelligente au pays du Qitébec et à ses habitants», Louis Cornellier.José Leandro Urbina LONGUES DISTANCES Un roman qui parle d’exil avec humour, de l’amitié avec tendresse et de l’amour avec volupté.«Un roman extrêmement intéressant, joliment écrit, qui jette un regard instructif sur le milieu des exilés latino-américains à Montréal.» René Homier-Roy, VSD.Dany Laferrière PAYS SANS CHAPEAU Un écrivain revient dans son pays après vingt ans d’absence.«Le plus puissant, le plus bouleversant de tous les livres de Laferrière.De la même mouture que L’odeur du café, mais encore plus fort.Vive l’écriture primitive!» Pierre Cayouette, Le Devoir.Michel Garneau L’ÉPREUVE DU MERVEILLEUX Quoi de plus normal que de commencer cette nouvelle collection «Théâtre» avec un texte du grand dramaturge Michel Garneau! Cette pièce nous convie à une rencontre fabuleuse avec Michel de Montaigne.LA CHANSON DE ROLAND Version moderne en prose de Jean Marcel Au moment où les Qiiébêcois redécouvrent le Moyen Age et se passionnent pour les fêtes médiévales, revoici Roland qui était preux et Olivier qui était sage.Michel Rivard CHANSONS NAÏVES (ET AUTRES MOTS D’AMOUR.) Ses chansons ont influencé toute une génération d’auteurs-compositeurs.Les voici enfin réunies dans ce recueil.Ses textes tracent d’inoubliables portraits, transforment nos amours et nos vies.Un livre à lire et à firdonner.Louis-Dominique Lavigne ROSEMONDE Cette pièce de théâtre de l’auteur prolifique Louis-Dominique Lavigne aborde des questions graves — la vie, la mort, l’immortalité —sur un mode ludique et dans un style accessible à tous. I, E I) E V 0 I R.I, E S S A M E I) I I :i E T I) I M A N C II E I 4 .1 11 I L L E T I » !) (I I) 4 L I Ennemis par ignorance, amis par nécessité ENNEMIS EN TERRE PROMISE Bassam Abou-Sharif et Uzi Mahnaimi, traduit de l’anglais par Valérie Rosier, Éditions Robert Laffont, Paris, 1996,335 pages NAIM KATTAN Nés dans la même région, deux hommes, Bassam Abou-Sharif et Uzi Mahnaimi, étaient destinés à s’éntretuer.De par leur formation, ils étaient lancés à la poursuite l’un de l’autre et, pendant toute une partie de leur vie, ils se sont pourchassés.Mais, ô miracle, un jour, chacun de'son côté, ils se sont rendus compte qu’ils avaient plus à gagner, pour eux-mêmes et pour leurs peuples, à se" rapprocher, à unir leurs forces, leurs énergies dans une commune volonté: la paix.Subite révélation?Que non! En effet, ils ont dû d’abord passer par de longues épreuves, traverser de périlleux obstacles et, pour finir, affronter l’hostilité d’une partie de leurs compagnons et amis.Bassam Abou-Sharif et Uzi Mahnaimi, un Palestinien et un Israélien, ont décidé non pas d’unir leurs voix en chœur mais plutôt de nous les faire entendre en parallèle, chaque événement faisant écho à une révélation; chaque déflagration, à une bombe.Uzi appartient à l’élite israélienne, à l’aristocratie des fondateurs de l’État.Son grand-père a été l’un des pionniers des débuts du sionisme.Quittant sa Lituanie natale avant la Première Giierre mondiale, il avait dû affronter la dureté du sol à défricher en même temps que l’hostilité d’une population arabe.Poursuivant la lutte sous d’autres formes, son fils, le père d’Uzi, s’était joint au Palmach, l’armée clandestine de défense.Il avait, parmi ses compagnons, Itshac Rabin.S’inscrivant dans cette tradition familiale, Uzi mena un autre genre de combat, s’enrôlant dans les services de renseignements de l’année.Bassam Abou-Sharif, lui, est le fils d’un notable palestinien.Homme d’affaires, ce dernier s’était installé à Amman, en Jordanie, et avait envoyé son fils faire ses études universitaires à Beyrouth.C’est là que Bassam prit conscience du passé arabe et de l’état actuel de son peuple.Humilié par les défaites successives de son peuple, il décida de se joindre aux forces de lutte contre Israël avec Georges Ha-bache, le chef du Front populaire de la libération de la Palestine qui était, à cette époque, l’allié et l’ami de Yasser Arafat, chef de l’Organisation de libération de la Palestine (l’OLP).Le métier de terroriste Après avoir reçu une formation militaire, Bassam fit le dur apprentissage du métier de terroriste.Il devint à la fois homme de terrain, participant à defe détournements d’avions et à d’autres actions terroristes, porte-parole de sa formation et rédacteur en chef du journal du FPLP de Habache.Jusqu’au moment où le service secret israélien, le Mossad, lui envoie un colis piégé qui lui éclate à la figure.Pendant des mois, Bassam lutte avec acharnement contre la mort.Il sort de l’épreuve marqué, d’abord dans son corps, à son visage (mais la chirurgie plastique vient à sa rescousse), mais aussi et surtout dans son âme et son esprit II revoit alors son itinéraire.Gomment en était-il venu au terrorisme?Au terme de l’humiliation de la défaite, du désespoir de voir les pays arabes ne pas tenir leur promesse d’aider le peuple palestinien, Haddad, un chef palestinien, avait persuadé ses compagnons d’armes qu’ils ne pouvaient plus compter que surjeux-mêmes.Ne disposant pas destforces nécessaires pour affronter l’anhée israélienne, il ne leur restait d'autres recours que des gestes d’état, des actes spectaculaires pour attifer l’attention de l’opinion publique mondiale sur leur sort.Cela avait été le point de départ des détournements d’avions et des bombes lancées dans des lieux publics.Sur son lit d’hôpital, alors qu’il rêve de vengeance et d’autres actions d’éclat, Bassam en vient à la conclusion que la violence est destructrice d’âmes et surtout qu’elle ne résout rien.Le moment est venu de proclamer que non seulement son peuple accepte de vivre à côté du peuple israélien mais que l’avenir des deux peuples est commun et qu’il n’y a d’autre voie que celle de la pape.A peine exprime-t-il cette pensée qu’il est exclu du FPLP.Il se met alors au service de Yasser Arafat, devient son conseiller, son représentant et rédige pour lui les premiers appels à la paix.La même guerre Uzi mène son combat sur le front opposé.Il fait le siège des terroristes, recrute des agents palestiniens pour infiltrer les groupes terroristes.Il est sur tous les fronts, au Golan, au Liban.Il échappe de justesse à la mort à plusieurs reprises et en vient à la conclusion que la route de la violence ne mène nulle part.Il démissionne des services de renseignements de l’armée et se lance dans le journalisme, d’abord pourri/ Hamishmar, l’organe du Mapam, les travaillistes de gauche, puis comme correspondant à Londres du quotidien à grand tirage.Yedioth Aharono-th.Il cherche à entrer en contact avec des représentants de l’OLP et, bravant l’interdit qui frappe tout contact entre Israéliens et membres de l’OLP, il décide d’interviewer Arafat.Malgré le péril que cela représente, il se rend à Tunis, l’antre et le refuge de l’OLP.Son entretien produit l’effet d’une bombe.Mais les temps sont en train de changer.Il fait la connaissance de Bassam, se lie d’amitié avec lui.A l’instar des destins des deux protagonistes, les chapitres de ce livre sont juxtaposés en parallèle.Ils révèlent les dessous des événements, jetant un éclairage double sur les difficiles relations entre Israéliens et Palestiniens.Il y a tout d’abord la découverte de l’autre: «Plus je passais du temps en compagnie des Arabes, dit Uzi, plus je prenais conscience de mon ignorance.L’éducation qu’on m’avait donnée ne valait rien.Elle ne voulait rien dire et n’avait aucun rapport avec la réalité, cq qui était dangereux pour Israël.A force de côtoyer les Arabes et d’avoir avec eux des rapports humains, je sentais mon antipathie, si ancrée pourtant, se dissiper peu à peu.» Les deux auteurs évitent l’un et l’autre le/louble piège de noircir l’ennemi ou l’embellir, de noircir son propre peuple ou chanter ses mérites et son héroïsme.Ils sont lucides.Ils ont risqué leur vie dans la lutte et ne le regrettent pas.Ils expliquent leur démarche sans éprouver le besoin de se justifier.Ils sont parvenus à une autre étape, la plus difficile, la plus ardue: la paix.Uzi ne se berce pas d’illusions.Il serait, au contraire, plutôt pessimiste: «Comment gagner une guerre: c’est tout ce que nous avons appris, et à peu près tout ce que nous savons faire encore aujourd’hui.Pour la génération d’Israéliens à venir, la paix risque d’être une épreuve bien plus difficile.Quant à moi, je crois que les chances de survie d’Israël au XXIe siècle ne dépassent pas 50 %.» Plus optimiste, Bassam fait confiance aux forces de paix: «Ceux qui s’accrochent à la violence et à l’extrémisme compteront de moins en moins dans la balance.Ils auront beau se cramponner au dernier wagon en freinant des quatre fers, le train de la paix est en marche et ses rails le mèneront à bon port.» Ce livre abonde en pages palpitantes.Les dessous du terrorisme et de l’espionnage ne sont pas présentés comme un divertissement, fut-il spectaculaire.Le réel nous est donné dans sa crudité.Effroyable, sombre, mais le miracle est dans la transformation des protagonistes, le renversement de leur démarche.Ils se sont détestés, jusqu’à ce qu’ils réalisent l’importance d’unir leurs forces pour la paix PHOTO AP C’était en 1994.Depuis, la paix ne s’est pas encore installée à demeure.-LIVRES- PHOTO AP Combien ont oublié les douceurs de la vie dans ces pays en guerre?Mahmoud Darwich, poète et militant Son dernier recueil dit la mémoire, la fierté, la tristesse POURQUOI AS-TU LAISSÉ LE CHEVAL À SA SOLITUDE! poèmes de Mahmoud Darwich traduits de l’arabe par Elias Sanbar, Éditions Actes-Sud, Arles 1996,124 pages Au terme d’une réunion tenue à Tolède entre Palestiniens et Juifs d’origine arabe, Mahmoud Darwich fut chargé de prononcer le discours final.Nous étions à quatre ans des accords d’Oslo et les représentants de l’OLP étaient présents en nombre dans cette ville d’Espagne où, à une époque lointaine qui paraissait pourtant si proche, juifs et musulmans se parlaient en une langue commune.L’époque où la rencontre eut lieu à Tolède semble aujourd’hui bien lointaine.Il était alors interdit aux Israéliens, par leur gouvernement, d’établir des liens avec des membres de l’OLP.Ainsi, Israéliens et Palestiniens s’attablaient à des coins distincts de la salle à manger et occupaient, à l’hôtel, des chambres à des étages différents.Ni Israéliens ni Palestiniens, nous semblions, Juifs originaires des pays arabes, plus libres de nos mouvements, ce qui n’éliminait en rien le malaise que nous ressentions, malaise souvent balayé, il est vrai, par l’attente et l’espoir.Je vois encore Mahmoud Darwich, soigneusement vêtu et coiffé, élégant, montant à la tribune et s’adressant, en arabe, aux Israéliens, aux Juifs d’origine arabe venus de divers pays et, bien sûr, à ses amis palestiniens.Poète parmi les plus marquants du monde arabe, il était alors membre du comité exécutif de l’OLP et conseiller personnel de Yasser Arafat.Un discours improvisé Improvisé, son discours était d’une beauté, d’une tension qui égalait, en force, la gravité de son propos.Il avait écrit, quelques mois auparavant, un poème incendiaire, un appel à la violence qui, publié dans la presse israélienne, avait soulevé une levée de boucliers et fortement embarrassé les nombreux amis qu’il comptait parmi les intellectuels d’Israël.Son discours de Tolède était un appel au dialogue, à un retour à la parole.De plus, par son rythme, il faisait remonter à la surface la longue mémoire de la poésie arabe de tous les siècles.Avant l’avènement de l’Islam, dans le marché de la Mecque, les poètes improvisaient et suspendaient leurs poèmes, d’où le mot qui désigne la poésie pré-islamique, mouallaqat, les suspendus.Pour Darwich, cette poésie est présente.Après les accords d’Oslo, sans faire de discours, Darwich se sépara d’Ara- fat, poursuivant l’œuvre poétique qu’il n’avait jamais abandonnée.Dans le recueil Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude?je retrouve, dans l’intégralité de ses dimensions, l’homme-poète et militant.Je lis l’appel et la mémoire, la fierté et la tristesse, l’évocation du village natal à proximité de Saint-Jean-d’Acre et le retour au mouallaqat, au poète Imrul-Qays.Dans l’exil, il rappelle son père, figure emblématique du passé et de la tradition: «— Mais alors, père?/ Resterons-nous ici, entre deux et mer, sous le saule du vent?/— Mon enfant, Tout ici/ Ressemblera à quelque chose là-bas/ Nous serons à notre image dans les nuits et/ L’étoile éternelle de la ressemblance nous consumera».Puis, il évoque sa mère: «Ma mère illumine les dernières étoiles de Canaan autour de mon miroir/ Et jette son châle dans mon dernier poème».Réapprendre le monde Dans cette terre qui vit de ses images, le poète doit réapprendre le monde.Dans l’intimité, dans sa quête d’amour, dans cette fusion des corps, prélude à celle des cœurs et des esprits, il est tiraillé entre la solitude et la figure mul- tiple qui l’habite.Les yeux levés au ciel, il interroge les étoiles: «Les étoiles n’avaient qu’un rôle:/ M’apprendre à lire/ J’ai une langue dans le ciel/ Et sur terre, j’ai une langue/ Qui suis-je?Qui suis-je?» Mahmoud Darwich n’oublie pas qu’au-delà du village, de la terre, de l’enfance, de la famille et du peuple, il appartient aussi à l’histoire, ce temps présent dans la parole.Dans le poème Une rime pour les Mouallaqat, il célèbre ses ancêtres qui, du fond du désert puisaient dans les inépuisables et profondes sources des mots: «Poèmes suspendus dans le livre de sable/ Du passé, ce que je vois/ L’homme possède le royaume dp la poussière et une couronne/ A ma langue de l’emporter sur le siècle adverse/ Mais viendra le temps où l’espace, habité par l’esprit sera le temps de la prose et ce sera la naissance du Prophète/ Il faudra donc une prose/ Une prose divine pour que triomphe le Prophète».Darwich évite la rhétorique qui se contemple et l’éloquence redondante.Chaque mot est une chose qui frappe par une musique illuminée de l’intérieur par une irrépressible aspiration au poème.Mélancolique par moments, Darwich assume la sensualité et même quand ils plongent dans le rêve, ses poèmes renvoient perpétuellement à la vie.N.K.Par son rythme, il fait remonter à la surface la longue mémoire de la poésie arabe de tous les siècles Un nom pour emblème Ossyane, dans sa chair et dans sa vie, incarne d’impossibles croisements et rencontres LES ÉCHELLES DU LEVANT roman d’Amin Maalouf Éditions Grasset, Paris 1996,299 pages Dans ses romans, dont le dernier, Le Rocher de Tanios, fut couronné par le prix Goncourt, ainsi que dans son essai, Les Croisades vues par les Arabes, Amin Maalouf a cherché des lueurs d’espoir dans les dessous de l’histoire.Né au Liban, il a exploré, dans ses écrits, les rencontres des peuples, des religions et des civilisations dans une région marquée par les conflits et les affrontements sanglants.L’qction de son dernier roman, Les Échelles du Levant, se déroule au Liban et en France.Le principal protagoniste, Ossyane, incarne, dans sa chair et dans sa vie, d’impossibles croisements et rencontres.Il est né à Beyrouth et ses parents, un Turc ottoman et une Arménienne, contrent, sans le nier, le génocide des Arméniens par leur union, par leur amour.Ossyane n’est pas un simple nom.C’est aussi une volonté de destin et, de la part de son père, une décision.Ossyane veut dire révolte, refus de l’autorité.En marquant son fils de cet emblème, son père a voulu que son fils s’oppose à la haine et aux guerres fratricides.Turc et Arménien en même temps, Ossyane n’avait, dans sa vie, d’autre choix que la réconciliation.Il se serait autrement condamné à un perpétuel déçhirement.A peine arrivé à Montpellier pour faire des études de médecine, Ossyane est pris dans l’engrenage de la Deuxième Guerre mondiale.D’instinct il ne peut que s’opposer au nazisme et c’est par conviction qu’il se joint ensuite à la Résistance à Lyon.Dans les heures sombres et héroïques de la lutte clandestine, il fait la connaissance de Clara, une juive autrichienne, engagée elle aussi dans la lutte contre la barbarie nazie.A la fin de la guerre, Ossyane rentre à Beyrouth et Clara s’installe à Haïfa.Elle rend visite à son ancien compagnon d’armes, à celui qu’on célèbre comme un héros de la Résistance, et l’amour ressenti dans le mutisme éclate au grand jour.Ils se marient et Clara, enceinte, rejoint son oncle malade dans le pays qui vient de naître: Israël.La guerre israélo-arabe sépare les deux époux.Seul, Ossyane est victime d’une dépression et son frère, qui avait passé des années derrière les barreaux pour escroquerie, le fait enfermer afin de le priver de son héritage.Ossyane passe 20 ans dans l’ombre, dans le mutisme imposé et l’oubli forcé jusqu’au jour où la fille née de l’union de l’Arabe turco-arménien et de la Juive israélienne découvre ce père oublié.Le livre se termine par un nouveau rendez-vous à Paris entre Ossyane et Clara, et c’est la renaissance de l’espoir, l’attente et l’amorce d’un nouveau départ Dans cet ouvrage, la métaphore est transparente.Ossyane est un résistant qui rassemble dans son corps et dans son existence de nombreuses fractions de la région.A l’instar du Liban, son pays, il paie un lourd prix.Vingt ans de sommeil forcé.Vingt ans au cours desquels le Li- ban, cette terre de rencontre et de fraternité, sombre dans l’agonie d’une âme et l’effacement d’une tradition.Cependant, Ossyane porte bien son nom: il se révolte contre la haine et s’oppose au malheur.Amin Maalouf choisit le subterfuge d’une rencontre de hasard dans un métro parisien entre Ossyane et le narrateur.Dans une chambre d’hôtel, Ossyane fait pendant quatre jours le récit de sa vie et de ses pérégrinations.Le livre se termine par le rendez-vous parisien d’Ossyane et de Clara.Pour échapper à la malédiction de la division, leur fille est partie au Brésil.Les deux parents ont traversé les années d’épreuves.Ils s’étaient attendus et ils se rejoignent.Sauront-ils reconstruire une nouvelle vie?Pourront-ils affirmer un nouvel espoir de paix?Leur rencontre sera-t-elle l’annonce et la construction d’un avenir?Saluons la ténacité d’Amin Maalouf qui, à l’instar de tant de Libanais, en dépit des soubresauts qui accablent cette partie du monde, proclame sa foi en un avenir de paix et de rencontres fraternelles.N.K.En appelant son fils Ossyane, ce qui signifie révolte, son père a voulu qu’il s’oppose aux guerres fratricides I I.K I) K V 0 I li , I, E S S A M EDI I 3 E T D I M A N C II E I I .1 U I I, I.E T I !) 9 LIVRES I) 5 La page d’écriture Galia venait de loin Un texte d’Anne-Marie Alonzo Le Devoir publie cet été des nouvelles et textes d’auteurs québécois.Place cette semaine à un texte d’Anne-Marie Alonzo, écrit tout spécialement pour la marche du 1er octobre 1995 organisée par la Fondation Farha de la lutte contre le SIDA.Vingt-cinq mille personnes ont marché ce jour-là pour montrer leur solidarité à la cause.Galia venait de loin a été lu sur scène par Isabelle Miquelon et Daniel Gadouas dans une mise en lecture de Denys Paris.À Josée Yvon in memoriam Galia se leva au creux du désert, des chants de noirceur l’avaient bercée toute la nuit, elle avait entendu pleurs et lamentations et cris de guerre aussi pour combattre, une mort veillait sur la terre entendait-elle, une mort rouge comme les rubis les plus beaux, une mort lente et langoureuse, une mort née de l’amour, une mort nommée et longuement annoncée.Galia venait de loin, de ces pays luxu-riants où l’eau dansante caresse les rochers, où les fruits se cueillent à l’aube pour déjeuner, où les chants du rossignol apaisent les âmes affligées, où le temps glisse sans se perdre d’un jour à l’autre comme une portion d’éternité.Galia venait de loin, elle avait mis sa longue robe blanche des jours de marche, avait épinglé un minuscule ruban rouge sur son sein gauche et rempli son sac de milliers de billets de monnaie de tous genres, cette monnaie aiderait à payer des remèdes contre le poison qui tuait en cette fin de siècle.Galia arrivait de loin.Galia avait entendu l’appel des marcheurs, l’appel de cette marche, celle qui va de la naissance, celle qui naît, celle dont le cri est premier, cette marche lente et longue, une marche difficile à marcher, difficile à monter, une marche de mille jours et de mille et une nuits.Galia entendit l’appel des hommes, des femmes et des enfants que le poison étouffait, elle avait entendu toutes les douleurs, tous les tourments, toutes les tortures et elle avait voulu se joindre à tous ceux qui marchaient pour la vie, en ce début d’automne.Galia se dit il est des êtres par milliers, il est des peuples et des pays, il est des continents qui vibrent au moment même, cet exact moment de marche où tous les pas partent du même pied, au même rythme, au même chant.Galia vit un funambule vêtu de rouge, le fil est là, tendu, solide, entre ciel et terre, entre arbres et fleurs, entre lui et rien, entre vie et mort.Galia vit tomber de son bras trois gouttes rouges, petits rubis, grenats de cœur, gouttes de temps ou gouttes de sang, gouttes vivantes et gouttes mortelles.Galia entendit une voix lui murmurer tu es là, le reste compte peu, je suis là, je compte pour tout, pour tous, je suis rivière, tu es la source, je suis fleuve et océan, tu tangues, je bouge, tu navigues, la mer tempête, tu restes là, et dans la force du vent, je défie, je provoque, ma vie est une histoire simple.Galia se tourna et vit un enfant qui dit je te chante une comptine, je te raconte une histoire d’ange à faire rêver, une histoire d’ombre, de lumière, une histoire courte qui fait urgence.Galia écouta puis elle dit: enfant, ta voix calme toutes les fureurs, tu chantes la fin des floraisons, les feuilles s’épuisent, le sol se couvre de gel, enfant, ta vie pourtant est une offrande, ta vie est un miracle de vivre, toi qui meurs déjà de trop aimer.Galia suivit l’enfant à travers les rues de cette ville inconnue, l’enfant avançait sans crainte, saluant des groupes assis sur les trottoirs, fumant, parlant, riant parfois, elle tenta de savoir où l’enfant la menait mais il continuait à marcher fredonnant un air triste, l’enfant marchait et Galia marchait derrière lui.Galia vit alors des hommes enlacer la PHOTO JACQUES NADEAU A.M.Alonzo Repères biographiques Anne-Marie Alonzo est née à Alexandrie, en Egypte, le 13 décembre 1951.Elle vit au Québec depuis 1963.On lui doit vingt livres, dont Bleus de mine qui lui valut le prix Emile-Nelligan en 1985.Finaliste à plusieurs prix de prestige, Anne-Marie Alonzo est également cofondatrice et directrice de la revue et des éditions Trois depuis 1985.En 1987, elle fonde les productions A.M.A., une entreprise de livres-cassettes dont elle assure la direction.En 1989, elle crée un événement de longue durée sur une période estivale, le Festival de Trois.Certains des livres et textes d’Anne-Marie Alonzo ont été traduits, entre autres, en anglais, en allemand, en italien, en espagnol et en gallois.taille fine de leurs amants, elle les vit se dire des mots tendres et mots d’amour, elle vit aussi des hommes aider d’autres hommes à marcher, à boire, à manger tant leur faiblesse était grande, tant leur grande faiblesse était grande.Galia vit la mort dans les yeux.Galia vit des jeunes femmes vomir un sang noir, les bras repliés sur des veines éclatées, elle vit des jeunes maudire l’aiguille qui fouillait leur peau, enfonçant sans cesse l’aiguille souillée, piquant, repiquant, déchirant désespérément ce qui leur restait de chair fraîche.Galia vit des enfants squelettes, elle vit des enfants au crâne nu, elle vit des mères effondrées, des pères affolés, elle vit tant et tant, elle vit les ravages du poison sur les rides des bébés naissants, elle vit des couples mourants, elle vit des couples mourant de ne plus vivre ensemble.Galia vit des femmes léchant les plaies de leurs amantes, elles les vit implorer les cieux de purifier leur sang, elle les vit prier en silence pour le salut de leurs corps putréfiés.Galia vit et voir la rendit aveugle.Galia sut la violence du poison, elle sut le massacre qui sévissait sur la terre endolorie, elle sut la force de cette épidémie mais Galia ne sut plus comment dire ni quoi faire tant le mal la dépassait.Galia elle avait remis toute la monnaie de son sac, elle avait épongé de sa manche le front des femmes alitées, elle avait porté des bois de soupe aux hommes accroupis, mais les mains de Galia étaient vides d’essence et son âme était triste.Galia se dit que tout l’or, tout l’argent ne suffirait à diluer le poison qui noircissait le sang, elle se dit aussi que chaque souffle allégé était une victoire de plus sur la fôrce du mal, elle rattrapa donc l’enfant pour le suivre.Galia promit à l’enfant de mieux vivre en vivant, elle offrit de traduire en vingt langues tout ce qu’elle avait vu, d’écrire sur mille feuilles ce qu’elle avait ici vécu, elle dit à l’enfant donne-moi ta parole à porter et je la porterai d’un monde à l’autre, d’une ville à l’autre, d’une mer à l’autre, jusqu’à la fin du carnage, jusqu’à l’épuisement du poison, jusqu’à la purification du sang et des corps, jusqu’au retour de la vie.Galia promit cela à l’enfant et Galia rejoignit le rang des marcheurs, Galia reprit la marche, celle qui va de la naissance, celle qui naît, celle dont le cri est premier, cette marche lente et longue, une marche difficile à marcher, difficile à monter, une marche de mille jours et de mille et une nuits.Tiré de Trois, volume 11, numéros 1-2, Laval, 1996.Les sam^iis fous de un concours LE DEVOIR/ f Malgré les J milliards d’activités de tes vacances, trouve-toi cinq minutes pour résoudre cette charadei .Héniiaqt jeune&ôr Sur cette page du livre, Minus saute sur un sac gui contient un TT?Tu trouveras de quoi il s’agit si tu résous cette charade.1.Mon premier fait partie de l’expression à____de loup.2.Mon deuxième est un rongeur.3.Mon troisième se dit lorsqu'il ne faut pas faire de bruit, en posant un doigt sur ses lèvres.Les Braves Brisemotte GRABUGE DANS LA SAVANE John Bianclii rç A?csz Dans cette nouvelle aventure des Braves Brisemotte, nos quatre drôles de numéros vivent toutes sortes d’aventures dans la savane avec les Branchus et.leurs arbres-éléphants de 1 Tanzanie ! il Poste ta réponse avant le 4 août 1996 et cours la chance de gagner un des dix exemplaires de Grabuge dans la sarane.de la série Les Braves Brisemotte.Inscris ton nom, ton âge, ton adresse complète et le numéro du jeu.Les dix gagnants seront choisis au hasard parmi les (tonnes réponses, le 8 août 1996 à midi.Les règlements détaillés du concours sont disponibles au siège social des éditions Héritage.Les Éditions Héritage inc.Concours LE DEYOlK/éditions Héritage 300, rue Arran, Saint-Lambert (Québec) J4R1K5 P E R P E C T I V E S HERODOTE l’KHII.S i;EOI’( HJTlQlJEf UN FRANCK PÉRILS GÉOPOLITIQUES EN FRANCE Hérodote, Paris, 1" trimestre 1996,208 pages Il y aurait en France deux problèmes de géopolitique interne: celui de la Corse et celui des mouvements islamistes.Deux problèmes d’une bnilante actualité, il faut le reconnaître.Selon les collaborateurs de cette prestigieuse revue de géographie et de géopolitique, ces deux problèmes sont en fait des mouvements séparatistes qui se manifestent plus ou moins ouvertement par la violence armée et diverses formes d’intimidation, tout en se réclamant du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.Le premier mouvement réclame l’indépendance alors que le deuxième récuse l’appartenance à la société française.Devant ces menaces, l’Etat français répondrait par la création d’une zone franche en Corse et de zones spéciales pour les quartiers défavorisés.Des solutions lourdes de conséquences, disent les auteurs, car elles ouvrent la porte à l’apartheid et au règne des mafias.ALLEMAGNE, LA FIN D’UN MODÈLE Serge Milano Éditions Aubier, 1996,417pages Au moment où la contestation sociale prend de l’ampleur en Allemagne, l’ouvrage de Serge Milano arrive à point pour expliquer comment le fameux modèle allemand fonctionne.Ce livre dense n’est pas un ouvrage pour la plage mais une étude sérieuse qu’il faut potasser avec soin.L’auteur s’interroge sur le droit de cogestion, l’autonomie de négociation, le fonctionnement du syndicalisme, le rôle de l’État.Si le modèle social allemand représente un type de capitalisme ordonné il n’est pas exempt de conflits.Et ceux-ci vont se multiplier, nous dit l’auteur, puisque «les perspectives économiques de l’Allemagne sont plutôt sombres pour les dix prochaines années.» LA FAILLITE DES «MACHINS» Yves-Marie Laulan, Éditions Les Belles Lettres, Paris, 1996,234 pages Longtemps fonctionnaire international, Yves-Marie Laulan connaît bien les rouages des grandes institutions mondiales comme l’OTAN et le Fonds monétaire international.L’auteur tente de répondre à deux questions au sujet des organisations internationales: à quoi ont-elles servi?à quoi peuvent-elles servir?A sa première interrogation, Laulan répond que leur action n’a été que marginale.D’où la crise que connaîtraient la plupart des organisations.A la deuxième question, l’auteur répond que les grandes organisations doivent s’ajuster pour faire face aux nouveaux défis du XXIe siècle.Il propose trois axes de réflexion: supprimer entièrement certaines organisations et en fusionner d’autres; réformer la bureaucratie et amender les chartes; créer des groupes ad hoc de pays pour résoudre des problèmes et tisser des liens avec les ONG dont la vitalité doit être utilisée.POLITIQUES tA TURQUIE EN MOUVEMENT Semili Vaner, Deniz Akagul et Balia-dir Kaleagasi, Éditions Complexe, Paris, 1996,151 pages.Après soixante-dix ans de régime laïc, la Turquie s’est donné récemment un gouvernement islamique pour la plus grande inquiétude de nombreux observateurs.Pourtant, il ne faut pas croire en une dérive algérienne ou iranienne, peut-on lire dans cet ouvrage signé par trois auteurs d’origine turque mais travaillant en Europe.Même si la démocratie à l’occidentale traverse parfois des périodes de tensions dans ce pays, les élites, y compris celles qui se réclament de l’islamisme, chérissent leur héritage européen.Cela dit, la Turquie a ses problèmes.Le premier d’entre eux est le sort des Kurdes.Et il semble pour l’instant insoluble.Lo Turquie en mouvement LES ETATS-UNIS ET LE PACIFIQUE.HISTOIRE, D’UNE FRONTIÈRE Jean Heffer, Éditions Albin Michel, Paris, 1996,505 pages Dpns leur course vers l’Ouest, les États-Unis ne pouvaient se laisser arrêter par l’immense océan Pacifique.En moins d’un siècle, ils en ont fait un lac américain où la bannière étoilée flotte toujours.Jean Heffer explore cette aventure.Dès 1784, des navires battant pavillon américain abordent les côtes chinoises.Ils seront les avant-courriers d’une expansion qui contribuera au glissement progrès-1 sif du point de gravité de la planète de la zone atlantique à celle du Pacifique.Un récit fascinant, peuplé de marins, de négociants, de diplomates et d’évangélistes.L’ETAT DU JAPON Sous la direction de Jean-François Sabouret, Éditions La Découverte, Paris, 1996, 455 pages JAPON: LE DÉCLIN! Jean-Marie Bouissou, François Gi-pouloux et Eric Seizelet, Editions Complexe, Paris, 1996,152pages Le Japon a, au cours des dix dernières années, beaucoup changé.Il a traversé une rude récession économique et son système politique a connu de spectaculaires bouleversements après un demi-siècle d’,im-mobilisme.L’État du Japon nous le présente sous toutes ses facettes.Il constitue une refonte totale de l’édition de 1988.Dans Japon: le déclin?les trois auteurs se demandent si la deuxième puissance économique du monde peut poursuivre son développement spectaculaire indéfiniment.Cette interrogation est tout à fait légitime, écrivent-ils, «car l’avenir du Japon est aussi un peu le nôtre».Japon : le déclin?Jocelyn Coulon EST-S EL LE R S CHEZ ROMANS QUEBECOIS 1.LE PAYS SANS CHAPEAU, Dany Laferrière - Lanctôt éditeur 2.OÙ VONT LES SIZERINS FLAMMÉS EN ÉTÉ?, Robert Lalonde - éd.Boréal 3.AURORES MONIRÉALES, Monique Proulx - éd.Boréal 4.LE SECOND VIOLON, Yves Beauchemin - éd.Québec/Amérique «r ESSAIS QUÉBÉCOIS 1.LUCIEN BOUCHARD, EN ATTENDANT LA SUITE, Michel Vastel - Lanctôt Éditeur 2.LE TOUR DE MA VIE EN 80 ANS, Marguerite Lescop - éd.Marguerite Lescop 3.POUR EN FINIR AVEC L’ÉCOLE SACRIFIÉE, Benoît Séguin - éd.Boréal «r ROMANS ÉTRANGERS 1.LA MAISON DU CLAIR DE LUNE, Mary Higgins Clark - éd.Albin Michel 2.LA PROMENEUSE D’OISEAUX, Didier Decoin - éd.Seuil 3.LE MONDE DE SOPHIE, Jostein Gaarder - éd.Seuil 4.LE PÈLERIN DE C0MP0STELLE, Paulo Coelho - éd.Anne Carrière m?' ESSAIS ÉTRANGERS 1.LA 10’ RÉVÉLATION DE LA PROPHÉTIE DES ANDES, Jantes Redfield - éd.Robert Laffont 2.VOTRE CHEMIN DE VIE, Dan Millman - éd.du Roseau 3.LES NEUF VISAGES DU CHRIST, Eugène Whitworth - éd.Ariane 4P LIVRE JEUNESSE 1.LE BOSSU DE NOTRE-DAME, Walt Disney - éd.Phidal LIVRES PRATIQUES 1.PROMENADES DANS LES JARDINS ANCIENS DU QUÉBEC.P,L.Martin et P.Morisset - éd.Boréal 2.RÉPERTOIRE DES MUNICIPALITÉS DU QUÉBEC 1996 - Pub.du Québec LE COUP DE COEUR 1.L’Estrie.ses trésors - Promotion Ad Libram 65, Belvédère Sud.Sherbrooke (Québec) J1H 4B3 (819) 566-0344 mwm ’’ .\,* ¦ K"W'*4.4 3 , wsm* ?*5«>!•* ¦v< *7îft®eaK« &êàté&HitS3k&m .irtf.kt '’*—>**¦ U****»' -'Ji f j* Æ - WJSfflW' :wp3S5N».5*^ :s l-^v.*.¦> ms&sm asss a>.T;- fHîilHIf-H! - ! .V lif f I ! I CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT DU DEVOIR A PARIS L es gares c’est con et dégueulasse», chantait Léo Ferré qui disait préférer les trains de la NRF, en forme de livres, à ceux de la SNCF, la Société nationale des chemins de fer français.Comment peut-on aimer le train lorsque pour monter à bord, il faut s’engouffrer dans de sombres corridors qui mènent à des salles d’attente glauques qui font penser à des salles d’opération, la propreté en moins?Gare centrale à Montréal, Montparnasse à Paris, le train s’ennuie des anciennes tours de briques rouges qui indiquaient l’heure et .donnaient le goût de partir pour le bout du monde.Désertées pour des aéroports anonymes et les péages d’autoroutes, les gares n’ont cessé de dépérir depuis un bon demi-siècle.Jusqu’à ce que quelques architectes se mêlent de leur refaire une beauté dans le sillage des trains à grande vitesse.Le renouveau des gares • «On assiste à un renouveau de l’architecture des gares sous l’impulsion des trains à grande vitesse», explique Étienne Tricaud.L’agence d’étude et de développement des gares de la SNCF qu’il dirige ne construit pas des gares qu’en France, mais aussi à Séoul, Londres, et Athènes.Elle a aussi servi d’expert-conseil à Rome et Los Angeles.Récemment, la société Amtrak a utilisé ses services pour la modernisation de Pensylva-nia Station à New York.Il faut dire qu’en deux ans, la France a inauguré pas moins de quatre nouvelles gares TGV: à Lyon, Marne-la-Vallée, Lille et Roissy.Deux d’entre elles sont les premières au monde à être construites directement sur le site d’un aéroport (Lyon-Satolas et Roissy-Charles-de-Gaulle).Ces réalisations ont de quoi faire pâlir d’envie les concepteurs des boîtes à savon que sont la plupart des aéroports.La toute nouvelle gare de Lyon-Satolas ressemble à un La toute nouvelle gare de Lyon-Satolas ressemble à un oiseau sur le point de prendre son envol alors que les TGV filent sous ses ailes à 300 km/h.1988, cette sculpture d’acier a 120 m de long et 40 m de hauteur.Pour son exécution, l’entreprise Eiffel C.M.a obtenu le prix spécial du jury au concours 1994 des plus beaux ouvrages de construction métallique.Santiago Calatrava excelle particulièrement dans les déliés et les grandes courbes tendues.Cette couverture monumentale s’oppose aux formes épurées de l’intérieur où le béton blanc offre des lignes dénudées.La toiture de verre par laquelle la lumière filtre de partout a été spécialement étudiée pour tamiser l’éclairage et conserver une certaine chaleur au lieu.La SNCF s’est réservé les espaces d’embarquement alors que Calatrava s’est chargé du hall dominé par un superbe panneau qui n’affiche encore malheureusement que quelques trains par jour.voyaient les plans initiaux, les architectes (dont l’urbaniste néerlandais Rem Koolas) ont choisi de l’ouvrir au grand jour.Son toit, une verrière en forme de tapis volant, veut évoquer les mille et une nuits.Là aussi, les éclairages ont été savamment étudiés.On a tout prévu pour que les passagers puissent contempler le vieux Lille en traversant la ville.Des études ont même permis de créer une animation sonore qui comporte des sonneries particulières pour marquer les heures et un bassin où le bruit des vagues artificielles devrait permettre de masquer le passage des TGV! Renouer avec la tradition Mais il ne suffit pas d’établir des passerelles avec la ville, il faut aussi le faire avec l’histoire.«Les gares ont beau être modernes, elles doivent s’inscrire dans la continuité historique et renouer avec l’image inconsciente que les gens se font du voyage», dit Étienne Tricaud.Pour ressusciter la tradition ferroviaire, à Lille et à Roissy, on a pour ainsi dire réinventé la halle et cherché à en faire un lieu convivial.Faite de tubulures d’acier et de verre, ces grands hangars modernes offrent une luminosité unique.A Roissy, la verrière de 5,6 ha est en verre sérigraphié bleuté qui filtre les rayons du soleil le jour et les renvoie vers le bas la nuit.Soutenue par un jeu complexe de tubulures d’acier, elle a été conçue sur ordinateur grâce à un type de logiciel particulier mis au point par l’ingénieur Peter Rice.Le voyageur qui débarque à Roissy après une nuit blanche et s’apprête à sauter dans un train vers le soleil découvre ainsi un lieu serein et lumineux.Un peu comme s’il sortait d’un rêve.«Dans ces lieta complexes et riches, l’organisation de l’espace doit être poétique autant que fonctionnelle.[.] Nous avons cherché à concevoir un espace qui donne une idée d’infini», disait l’architecte Paul An-dreu.Une façon comme une autre d’inviter au voyage.Qu’est-ce qu’une gare?oiseau sur le point de prendre son envol.Ses grandes ailes de verre et d’acier, qui reposent sur deux arcs de béton, s’élèvent dans le ciel de la banlieue lyonnaise alors que les TGV filent sous les voûtes à 300 km/h.Œuvre de l’architecte catalan et suisse Santiago Calatrava qui a remporté un concours international lancé en La nouvelle gare Lille-Europe est en bordure du centre-ville.Son toit, une verrière en forme de tapis volant, veut évoquer les mille et une nuits.«L’aménagement des gares pose des difficultés particulières, dit Étienne Tricaud.Elles ne sont pas des lieux clos, mais ouverts, véritablement construits sur trois dimensions et où l’on ne fait que passer.En fait, une gare, c’est un lieu où l’on débarque de sa voiture, du métro ou de l’autobus pour aller prendre un train.Entre les deux, c’est la gare.» Le danger, dit-il, c’est de réaliser des constructions «qui n’ont aucun ancrage, aucun lien avec le quartier et les environs».Pour cela, les architectes travaillent avec un urbaniste local afin que ce lieu où se déversent des milliers de passagers par jour ne vienne pas, comme c’est souvent le cas, désorganiser un quartier et en faire un repoussoir qui ne sera plus fréquenté que par les clochards.Loin du baroque de Lyon-Satolas, la nouvelle gare Lille-Europe est en bordure du centre-ville.Plutôt que de l’enfouir sous terre, comme le pré- Les gares de an 2000
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