Le devoir, 30 octobre 1993, Cahier D
1.K i> K voir.i i: s s a m k h i :i U i: r n i ni a x i ii t: :i i ni i u n n i: i n h Les Petits bonheurs Page D2 Le Feuilleton Page D3 Essais québécois Page 1)4 Visas Page 1)10 ?Marie Cardinal Le désir fou du vrai grand livre HERVÉ GUAY Par un matin froid, enrhumée et emmitouflée, dans un petit café du Vieux-Montréal, Marie Cardinal boit non pas un café noir mais un thé au citron.Hile toussote, sa voix fumeuse rendue sans doute plus grave encore à cause de son rhume.Ses premiers mots sont clairs.Pourquoi continuer à écrire?«Pour moi, je ne me pose pas la question.Je suis vivante donc j'écris.» Comme l’est son écriture, les réponses chez elle imposent leur évidence.Pas de détours.Cependant, elle ne sait toujours pas ce qui a valu à ses romans des centaines de milliers de lecteurs.Son hypothèse: «Je pense que j’ai sorti des livres à un moment où j’étais intéressée —mais je ne le savais pas— par des problèmes qui intéressaient des millions de femmes.» Marie Cardinal rappelle que lorsqu’elle a remis à son éditeur le manuscrit des Mots pour le dire, qu’avait tout de même précédé le succès de Im clé sur la porte, Bernard Privât lui avait dit avec une sorte de condescendance gentille: «Mais pourquoi écris-tu des livres comme ça, ma petite chérie?» Commentaire qui n’a pas empêché tous les livres de Marie Cardinal de connaître les tirages phénoménaux que l’on sait en France et à l’étranger.Ht ça continue.Ainsi, quelques semaines à peine après sa sortie, Acs jeudis de Charles et de Lula, son dernier roman, est déjà vendu a trois ou quatre pays.Ht Marie Cardinal estime que les autres sont, comme d’habitude, sur le point d’emboîter le pas.«J’ai des lecteurs d’une fidélité absolue», explique-t-elle.Hn dépit de ses succès de librairie, Marie Cardinal fait encore le rêve d’écrire «un vrai grand livre».«Il me semble toujours qu’il y a un livre à l'intérieur de moi qui va sortir et qui va être formidable.Chaque livre que j’écris, je crois que c’est celui-là et puis à chaque fois, je suis déçue.Alors je remets ça à la prochaine foi.» Hile avoue que le moteur principal de son écriture est le désir.«Là-de-dans, y a du désir de cette chose intérieure jamais exprimée.Ht j’essaie toujours de l’exprimer à travers mes livres.Ix' désir du vrai grand livre.» Hile ne trouve plus les mots, se répète un peu.«Devant certains livres des autres qui m’émerveillent, je me dis que, moi aussi, j’en ai un comme ça en moi.Ht je le cherche tout le temps, sans savoir où il est, sans le connaître.Ht ce livre-là, j’ai un désir fou de le réaliser.» Par contre, de n’avoir pas gagné de grand prix littéraire la fait rigoler.«C'est un deal, cette affaire-là, c’est un marchandage entre trois éditeurs et leurs satellites.Croyez-vous vraiment que le meilleur roman de France obtient le Concourt ou le Renau-dot?Bien sûr que non!» Ht elle ajoute narquoise: «De toute façon, vous savez que j’ai été nègre pendant longtemps.J’ai aide bien des écrivains à faire leur livre.Alors, d’une manière indirecte, j’ai déjà eu le (ion-court ou l'interallié.» Comme écrivain, Marie Cardinal a l’impression de ne pas se situer vraiment dans la littérature: «Je n’ai pas cette prétention.Je pense plutôt qu’il y a des livres qui disent leur époque, qui la traduisent.Quoique curieusement, mes vieux livres continuent a être lus et constamment réimprimés dans le monde entier».Ses lecteurs VOIR PAGE U-2 DÉSIR ) J ?une sorcière D O M IN I U l) E I) E M E R S es balais de sorcières ne durent pas éternellement.Ils vieillissent.Même les meilleurs d'entre eux, meilleurs d'entre W I J un j°ur ou l’autre finissent par XJ perdre leur pouvoir magique et ne peuvent plus voler.» Ainsi débute, sur ton de confidence, Le balai magique (L’école des loisirs), dernier de Chris illustrateur américain de hantent les librairies tous les ans à l’Halloween.Ecrivains et illustrateurs inventent dé-sormais des dames noires a chapeau pointu pour tous les goûts: horribles et crapuleuses, drôles et ingénieuses, sympathiques et gaffeuses.La sorcière de Chris Van Allsburg est dessinée en noir et ^0.blanc, *a l’llù,arl (1( ' images que nous livre l’artiste depuis près de quinze ans.Mais attention: c’est une sorcière immense, magnifique et lumineuse.L’histoire est toute simple.Un balai magique rend l’âme en plein ciel.Sa cavalière gravement blessée est recueillie par une brave qui elle laisse avant de repartir guérie, un souvenir inusité.Le texte est efficace; les S images époustou- B liantes.L’illustration sur double page de la chute de la sorcière en plein vol trahit bien le talent et l’incomparable maîtrise de l’artiste.Il y a, dans cet album, une sorcière à qui l’on confierait son âme.En une image, sans tache de couleur, r mmm ÜÉ graa fin ce et rend hommage à toutes ces femmes marginales que l’histoire a blessées.Ceux qui auront un coup de coeur pour cette sorcière radieuse devraient s’offrir au plus tôt, pour préparer Noël, le merveilleux Boréal-Express du même illustrateur.L’album a valu à Van Allsburg sa deuxième médaille Caldecott en 1986.la plus haute distinction offerte à un illustrateur aux Etats-Unis.Chris Van Allsburg était sculpteur et professeur d’art au Rhode Island lorsqu’il a signe son premier album pour enfants en 1979.Deux ans plus tard, il remportait une première médaille Caldecott avec Jumanji réédité récemment à L’école des loisirs.Depuis, il livre un album par année et les critiques ont beau s’armer contre l’immense pouvoir séducteur de ses images, ils succombent inévitablement.A tous les ans.ou presque, un album de Van Allsburg figure parmi les dix meilleurs livres pour enfants VOIR PAGE D-2 : BALAI -jK* ' *T- mi mm WBM *V ;-sition intitulée «Ix génération de l’Hexagone».Nous y reviendrons.BEAUCHEMIN: A SMART WRITER.Traduit en anglais sous le titre de Juliette (McClelland & Stewart), le roman Juliette Pomerleau d’Yves Beauchemin a reçu un accueil extrê-ment chaleureux au Canada anglais.Le Globe and Mail, le Ottawa Citizen et le Calgary Herald ont été dithyrambiques.Toutes éditions confondues, les ventes de Juliette Pomerleau atteignent 600 000 exemplaires.Yves Beauchemin avait vendu 1,3 million d’exemplaires du Matou.SÉANCE DE SIGNATURE AU MBA Le peintre Jesus Caries de Vilal-longa sera présent demain, de 15h à 17h, à la Librairie du Musée des beaux-arts de Montréal (1368, rue Sherbrooke oues) à l’occasion du lancement du livre que lui consacre Lpis de Moura Sobral.Publié aux Editions Broquet, dans la collection Apogée, la monographie Jesus Caries de Vilallonga représente le travail le plus approfondi jamais effectué sur l’oeuvre de: cet artiste de réputation internatkK nale né en Catalogne le 10 mark-' 1927.x | I Jean Royer El»__ .j POUR ENFANTS SEULEMENT Les auteurs de Québec/Amérique Jeunesse seront à la Librairie Champigny, aujourd’hui, de 14h à 16h.Les jeunes pourront y rencontrer Paule Daveluy (Sylvette sous latente bleue ), Mimi Barthélémy (?jé mariage d’une puce ), Jean Lemiepjq (Im cousine des Etats ), Jacques t44 zure (Monsieur n'importe qui ), (jé-’ line Cyr (Tu rêves Coma ) , Carmêh Marois (Les Botero ), Daniel Ixver-dure, Jean Lemieux, Louise Lévesque, Cio Morin, Réal Tremblpÿj (Ici ) et Viviane Julien (Dangpjj Pleine lune).TRIPTYQUE en vente chez votre libraire Téléphone et télécopieur: 524-5900 « « le comédon François Landry LE COMÉDON (roman) 22,00 $, 414 pages Un divertissement total M Landry sait accrocher son lecteur Le rythme est bon, le suspense est bien dosé, l’humour arrive à point et les dialogues sont nets, vivants Il suffit donc de se laisser embarquer dans les bateau* que montent les héros, d’apprécier la psychologie très juste des personnages, surtout celle du policier Mourhu et d’essayer d’imaginer peu à peu, tandis que passent les heures et que vient l’aube un dénouement qui sera évidemment contredit Rêginald Martel.La Presse absente 1 Lise Blouin L’ABSENTE (roman) 15,95 $, 169 pages Alicia s’est juré que sa tille à elle, ma mère Danielle, aurait des contes de fées en héritage, mais comme Danielle n’avait rien d’une entant rose, elle a brouillé toutes les cartes, c’est ainsi que je suis arrivée dans sa vie è son grand regret, moi qu’elle a nommée Eve-Line Je ne sais pas encore si c’est un cadeau d’être une temme Prix Gaston-Gouin 1993 DI.EI.KURS Aj ni.Ms et RH Denise Neveu DE FLEURS ET DE CHOCOLATS (récits) 14,95 $, 93 pages Quinze récits, quinze voix différentes qui se répondent les une» » ’ au* autres; Denise Neveu réussit le tout de force do créer, eri i ; i une centaine de pages, un univers coloré et grouillant de personnages qui n’ont pas la langue dans leur pocho Une iJ ! écriture d’une maturité certaine.Un regard tendre et Ironique 1 sur un monde où cohabitent la générosité, la colère et la il compassion, {,‘ j • • • » • ) I • » * ______________ I » » A L K I) E V 0 I H , 1.K S S A M K I) I 3 0 E I' I) I M A X ( Il K 3 I (I (' ï (I 15 it E I !l !l 3 I) W - LIVRES - I.E F E II I L I.E T 0 N La libération de Lee Miller L'OEIL OU SILENCE Marc Lambron Flammarion 1993, 471 pages Un jour de 1929, à l’étage du Bateau ivre, un bar du boulevard Raspail où les surréalistes se pointaient entre chien et loup, une jeune Américaine s’approcha de la bible de Man Ray.Elle était d’une beauté qui allait faire des ravages.Elle avait 20 ans.Aux Etats-Unis elle éfait mannequin et avait pojsé pour Edouard Steichen.Elle voulait devenir photographe.Elle se,pencha et lui dit: «Je m’appelle Lee Miller et je suis votre nouvelle élève».On ne sait trop ce que Man Ray répondit, il fut séduit.11 l’engagea, et dans son studio de la rue Campagne-Première la belle Américaine devint assistante, cuistot, élève et tout de suite plus.Lee Miller prit la place de Berenice Abbott dans la chambre npjre, et celle de Kiki de Montparnasse dans la chambre.à coucher.Durant trois ans elle sera l’amour le plus intense de Man Ray, sa disciple qui lui fera découvrir le procédé de la «solarisation» le jour où, développant un portrait de Suzy Solidor et ayant senti une souris lui passer sur le pied, elle hurlera et allumera la jumière, faisant passer au blanc lo4 parties non exposées des négatifs, créant ainsi un contour immaculé, comme un halo, qui allait être une signature Man Ray.Cette Lee Miller, on la connaît bîéntôt dans le tout-Paris des surréalistes et des émigrés américains.Muse et mannequin, elle va poser pour Picasso et pour le photographe Hoyningen-Huene; elle va jouer pour Cocteau le rôle de la statue parlante (Mis Le Sang d'un poète, Man Ray pour un ready-made va accrocher la photo découpée de son oeil à un métronome; elle va circuler dans les salons des banquiers esthètes et s’inventer un père cow-boy en faisant des jalouses - un soir l’une d’elles lui écrase sa cigarette (huis le boa qui va prendre feu; vive, ambitieuse et douée, Lee Miller va devenir dans les années 30, avant de retourner à bjçw York, une des étoiles fdantes du Pans de l’entre-deux-guerres.Mariée par désoeuvrement à un gros légume égyptien qui la cueille à New York pour la déposer au Caire, elle reviendra à Paris en fugueuse tout juste avant la guerre et tombera sur son futur second mari en plein bal costumé (Man Ray y était en brigand, Dali en écrevisse)., L’on sait qu’avant d’aller finir ses jours a Londres (elle meurt d’un cancer en 1977), épouse de Sir Roland Penrose, surréaliste anglais et biographe de Picasso, Lee Miller avait photographié pour Vogue la libération de Paris en août 1944 et avait spivi un correspondant de guerre américain sur les routes de l’Allemagne vaincue.Ce journaliste s’appelait David E.Sherman, et travaillait pour Life.Des photos de ce périple deviendront célèbres, dont celles que Ixe Miller prit d’un appartement munichois où avait vécu Hitler, et celles de la découverte du camp de Dachau.?i- année 1120, àve.laurier ouest outremont, montréal tel.: 274-3669 • téléc.: 274-3660 ANDRÉE RU F l’C) «LES ENFANTS DE L’INDIFFÉRENCE» Editions de l’I lomme 'Samedi 6 novembre Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS ROHE R T L É V E S Q l! E ?r.-v» Tout ce qui précède est réel, et relève de la petite histoire de Paris, de la guerre et des beaux-arts.Elizabeth Lee Miller, née en 1907 à Poughkeepsie, Michigan, a bel et bien existé, et elle était d’une beauté à faire rêver les insomniaques.Des pages de Vogue à celles de la littérature, et des chambres noires aux villes en black-out, elle a vu et montré son siècle.Quinze ans après sa mort son charme opère encore (regardons les photos de Huyningen-Huene, le tableau de Picasso), à tel point qu’un des écrivains de l’automne 93, Marc Lambron, le candidat Flammarion au Concourt, en a fait le sujet de son roman, imaginant Lee Miller dans les années de guerre, se «Actionnant» dans la peau de ce reporter américain qui l’a accompagné à travers l’Allemagne vaincue, créant de toutes pièces une virée excitante (la guerre est excitante pour les correspondants de guerre et les photographes.) qui lui a permis, tout transfert opéré, de signer avec ferveur un éloge amoureux de la belle Américaine, (d) écrivant ses beautés et ses silences.Marc lambron, qui signe un roman dense et emporté, un des ouvrages les plus remarquables de la rentrée littéraire, crée son stratagème de romancier.Il nous transporte à Madrid, dans un colloque sur le Guernica de Picasso qui vient de revenir d’Amérique, où un jeune homme qui prépare une thèse sur Mark Rothko veut rencontrer David Schu- man, célèbre galeriste américain et ami de Rothko.Ils vont prendre un verre dans un hall d’hôtel, se revoir à New York quelques années plus tard alors que le galeriste est, à 78 ans, près de sa mort.Dans son testament, David Schuman lègue au jeune homme, pour qu’il le traduise en français, un long texte qui est le compte-rendu de sa rencontre avec Lee Miller, dans le hall de l'hôtel Scribe en août 44, des nuits «aveuglantes» de la Libération et des mois qui suivirent lorsqu’ils firent route vers Colmar, vers Francfort, Berlin, Vienne, Dachau., Budapest, Bucarest, et Sinaïa, journaliste et photographe avançant dans l’Europe de 1945 et 1946, dans la Mitteleuropa oii l’on constatait l’abîme.Donc on entre dans le texte de Schuman écrit par Lambron.Ce David Schuman, double romanesque de Lambron, est le clone du David E.Sherman de Life qui a existé.Lambron le résume en journaliste désabusé, qui sait qu’il rompt avec son métier avec la fin de la guerre, pour le métier de marchand d’art; deux métiers du regard.Ix jeu de Lambron, dans ce subterfuge, est d’arriver à créer à partir de faits réels et imaginés une image de Ixe Miller, un personnage Lee Miller, un drame Ixe Miller.libérée de la réalité, emportée dans une rafle romanesque.On verra une femme qui fuit, ses amours, ses amarres, ses métiers, qui trouve dans la guerre des chocs à encaisser, des peurs à dépasser, qui ne s’attache à rien sinon, dans l'instant, à la camaraderie amoureuse d'un homme qui avance avec elle dans des villes dévastées, avec des bouteilles d’alcool et des cartes routières, des capsules de films et des sacs de couchage.Une femme que son camarade - que Lambron - admire, aime, et dont il va jusqu’à rêver lorsqu’il dort contre elle dans des chambres d’hôtel sans chauffage ni lumière ni eau.On apprendra peu à peu les chocs et les morts de cette femme - un gamin qui se noie devant elle à sept ans, I L'Androgyne et la lilirnirie Gallimard vous invitent a venir rencontrer EDMUND WHITE Auteur de la première grande biographie de JEAN GENET m le mardi 2 novembre à 17 heures à la lit,, ‘aine GALLIMARD 3700.boni.Suini-Ljiim'iu Mniiimil.Québec II2\ 2\4 ici.: (514) 4W-2012 téléc.: (514) 499-1535 un jeune soldat qui la viole à huit ans -mais jamais n’arrivera-t-on à ixnétrer vraiment son silence, à démasquer les cibles de son oeil, à connaître cette femme si belle et fuyante, libérée mais inquiète, dont le visage va flotter dans les nuits de 1946.Marc Lambron s’est laissé aller, en tout admirateur, à imaginer «une créature de rêve» à partir des éléments réels d’une biographie non écrite.Il y a trouvé son plaisir, et nous y trouverons le nôtre.Ces deux années de fuite dans une guerre qui achève et finit, cette parenthèse de cendres dans la vie d’une photographe de Vogue, et ce choc de Dachau quand Lee Miller photographie le camp en se pinçant le nez, et télégraphie à sa chef de service 1 Implore you to believe this is true, toute cette furie traversée par un couple de hasard forme un roman parmi les plus séduisants et les plus particuliers de l’automne.Au-delà d’une biographie romancée, dont le genre peut horripiler, Marc Lambron a signé un roman d’amour à une belle absente, et il a fabriqué un roman d’évasion pour tenter de la rejoindre.Quinze ans après sa mort le charme de Lee Miller opère encore et les photos de George Hoyningen-Huene, dont celle-ci prise en 1932, fascinent toujours.PHOTO GEORGE HOYNINGEN-HUENE.O 1986 HORST P.HORST.NEW YORK Éditions Libre Expression 2016, rue Saint-Hubert Montréal H2L 3Z5 Un livre étonnant qui ne doit rien V | f» - • L'épidémie de variole qui frappa Montréal à I l’hiver de 1885 fut un véritable fléau.En plus de faire des milliers de victimes, la «mort rouge» mit la grande métropole en déroute: les autorités politiques, religieuses et médicales s’affrontèrent.Les tensions sociales éclatèrent, opposant riches et Il était une fois.histoire de l’épidémie de 1885 tient le lecteur en I haleine pendant plus de 300 pages.C’est sous la forme d’un roman-reportage que Michael Bliss met en scène les protagonistes et les événements de ce drame qui débuta le soir du 28 février 1885, à l’Hôtel-Dieu.pauvres, catholiques et protestants, anglophones et francophones.L’historien Michael Bliss ressuscite cette facette méconnue de notre histoire dans Montréal au temps du grandJléau.Montréal ait temps du grand fléau L’histoire de l’épidémie de 1SS5 de Michael Bliss Éditions Libre Expression 348 pages, 24,95$ Éditions JCL dessous de /' s-Philippe Oelorm ill M unsmger Danielle Roy 494 pages, 19,95 S Gabrielle Lavallée, rescapée de la secte de Moïse Éditions JCL UN LIVRE RESERVE AUX 441 pages, 19,95 S J I.K l> K V 0 I li .I.K S S A M !•! I) I li II !• T I) I M A X ( Il K A I (I C T II II II E I !» ! I) I L I V R E S Jacques Lacan : portrait d’un génie Elizabeth Roudinesco livre un portrait magistral du célèbre psychanalyste français Salon du LIVRE de Montréal .JACQUES LACAN Elizabeth Roudinesco, Esquisse d'une vie, histoire d'un système de pensée, Paris, Eayard, 1993, 723 pages.Comme d’autres grandes figures intellectuelles de son temps — Sartre, Foucault, Athusser, Barthes —.JacquesLacan (1901-1981) était devenu, à la fin de sa vie, un maître à penser, révéré par les uns et honni par les autres.11 y avait foule à ses séminaires de l’Ecole Normale Supérieure: on l’écoutait religieusement sans toujours comprendre.Ceux qui suivaient avec Lacan des analyses se bousculaient à son cabinet, pour ne le voir le plus souvent que quelques minutes.Son discours, rempli de calembours, de mots-valises et de néologismes, fascinait les uns, et énervait les autres: jaclaque, pour en avoir sa claque de Jacques Lacan, fo-lisophie, affreud, ajoyce, etc.Sans compter ses célèbres aphorismes: «L’amour, c’est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas».Un génie, pour certains et pour d’autres, un beau parleur et un séducteur.Historienne et chargée, de cours à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Elizabeth Roudinesco connaît bien la psychanalyse: vice-présidente de la Société internationale d'Histoire de la Psychiatrie et de la Psychanalyse, elle a publié, en deux volumes, une Histoire de la psychanalyse en France (Seuil, 1986).Une étude bien menée, solidement documentée, bref importante, mais aussi controversée, car, il n’est pas facile d’analyser le lacanisme comme mouvement et organisation sans se mettre à dos les héritiers de Lacan et en particulier son gendre, Jacques-Alain Miller.«L'oligarchie a déjà, écrivait alors Roudinesco, succédé à la monarchie».Le monarche était, on l’aura compris, Lacan.Tout comme l'Histoire de la psychanalyse en France, la biographie de Lacan aurait dû paraître au Seuil, qui est aussi l'éditeur des Séminaires de Lacan.Mais fidélité oblige: l’on a préféré ne pas publier une biographie qui risquait de déplaire a Judith Lacan-Miller et a son mari.L’ouvrage révèlent certains faits ou comportements troublants au sujet de celui qu’Elizabeth Roudinesco appelle «Sa Majesté»: refus de remettre des manuscrits à une patiente qui présentait des signes de paranoïa et qui fut l'objet de sa thèse (le cas Aimée), double vie.rencontres avec Heidegger, séances d'analyse très courtes Tune moyenne de K) patients a l’heure), relations d’amitié avec ses patients, goût de la vitesse, attirance pour l'or.L'on apprend que la psychanalyse peut être une profession fort bien rémunérée — près de 4 millions de francs par an — et qu’elle a fait de Lacan un homme riche: trois appartements, une résidence secondaire, une magnifique collection d'objets d’art et de tableaux (Picasso, Masson, Balthus).Lacan est sans aucun doute le plus célébré psychanalyste français; il est aussi celui dont la contribution théorique est la plus importante.Issu d’une famille bourgeoise, Lacan a PHOTO FRANÇOIS LECLAIRE Jacques Lacan, un génie, pour certains et pour d’autres, un beau parleur et un séducteur.d’abord entrepris des études en médecine pour s’orienter vers la neurologie et découvrir la psychanalyse.Tout l’art de ce jeune médecin qui fréquentait les milieux de l'avant-garde, fut, comme le note Roudinesco, de «prendre en compte, dans ses travaux, de la démarche surréalistes, puis d’opérer, à partir de là, une synthèse entre la découverte freudienne et le savoir psychiatrique».S’appuyant sur les travaux des philosophes Alexandre Koyré et Alexandre Kojève, celui-ci s’intéressa à la question du stade du miroir, il inventa une nouvelle théorie du sujet, et il introduisit les concepts baroques de forclusion et de nom-du-père.Enfin, la rencontre de Claude Lévi-Strauss et la lecture des oeuvres du linguiste Roman Jakobson furent déterminantes et le conduisirent a élaborer une conception «postsaussurienne» ou structuraliste de l’inconscient: «L’inconscient est structuré, aimait-il à répéter, comme un langage».En raison à la fois de ses innovations intellectuelles et de son incapacité a se soumettre a des règles, Lacan s’est marginalisé des milieux officiels de la psychanalyse et il a créé sa propre écqle: «Je fonde, déclara-t-il en 1964, l’Ecole française de psy- Le jugement est parfois sévère, mais jamais Roudinesco ne cache son admiration: Lacan était un génie.CHEZ air chanalyse.».Cette École n’a vécu que 16 ans: elle fut, selon Roudinesco, «l’école du rêve, l’école de l’utopie, l’école de la révolution, lecole du,désir».L’expansion de l'Ecole fut rapide: entre 1966 et 1979, le nombre de membres est passé de 80 a plus de 600.Certes pour la plupart, des Français, mais aussi des Américains, des Sud-Américains et quelques Québécois.Ce qui n’est pas mal comme bilan! Et en janvier 1980, Lacan envoya par la poste la fameuse missive, dite «Lettre de dissolution».Était-il, se demande Roudinesco, l’auteur de la lettre?Était-il, se demande-t-elle aussi, l’auteur des textes qu’il lisait dans ,ses derniers séminaires?A la fin de sa vie, celui qui pendant plus de 40 ans avait été à l’écoute des autres sombra dans le silence et devint aphasique, passant son temps a jouer avec des anneaux ou a dessiner des noeuds (borroméens).I.e lendemain de sa mort, le journal Libération titra: «Tout fou Lacan».La dernière partie de l’ouvrage d'Elizabeth Roudinesco a pour titre «Héritages».Le pluriel s’impose.De la dissolution est née une multitude de groupes — plus d’une trentaine aujourd’hui —, dont l'Ecole de la cause freudienne (tendance millé-rienne).Tout était prévisible: «Obli- gé à la dissidence alors qu’il voulait être orthodoxe, le mouvement laca-nien a été enfermé dans une histoire marquée par un scissionnisme récurrent».C'est la fin de l’histoire de ce qu'on peut appeler «l’exception française»: la psychanalyse devait avoir, en France, une portée subversive et une dimension théorique; elle a «perdu son élitisme pour se replier sur un professionnalisme marqué par un vocabulaire de technocrates, tendanciellement illisibles».Roudinesco ne cache pas son désappointement, au risque de donner à la dernière partie de son ouvrage une allure de règlement de compte: l'oeuvre de Lacan est, regrette-t-elle, maintenant investie comme un texte sacré.Le rapport au texte que propose Elizabeth Roudinesco est celui de l’historien: il faut les lire en tenant compte de la vie des auteurs, des débats intellectuels et institutionnels dans lesquels ils ont été entraîné et enfin, du contexte socio-politique.L’ouvrage de Roudinesco ne manque pas d'anecdotes et présente de Lacan un portrait qui ne cherche pas à cacher les travers ou les petitesses d’un personnage complexe, à la fois bourgeois et marginal, mesquin et généreux, colérique et pompeux.Le jugement est parfois sévère, mais jamais Roudinesco ne cache son admiration: Utcan était un génie.Son Lacan est plus que l’«esquisse d’une vie»; c’est aussi, comme l’indique le sous-titre, 1’"histoire d’un système de pensée».Une double réussite.ROMANS QUEBECOIS 1 HOMME INVISIBLE A LA FENETRE, de Monique Proulx-éd Boréal 2 AVALEUR DE SABLE, de Stéphane Bourguignon - éd.Québec Amérique 3 LE SORCIER, de Francine Ouellette - éd La Presse 4 LE TEMPS DES GALARNEAU, de Jacques Godbout — éd du Seuil «r ESSAIS QUÉBÉCOIS 1 ALLIANCE DE LA BREBIS, de Gabrielle Lavallée - éd.J C L.2 JOURNAL D'UN HOMME fAROUCHE.de Jean-Paul Desbiens-éd Boréal 3 LA DÉROUTE DES SEXES, de Denise Bombardier - éd du Seuil W ROMANS ÉTRANGERS t LE MAITRE DES ILLUSIONS, de Donna Tarit - éd Plon 2 UN JOUR TU VERRAS, de Mary Higgins Clark - éd Albin Michel 3 GERMINAL d'Émile Zola - éd Folio 4 LA LYRE D'ORPHÉE, de Robertson Davis - éd de l’Olivier «ü» ESSAIS ÉTRANGERS 1 CONTES A GUÉRIR.CONTES A GRANDIR, de Jacques Salomé - éd Albin Michel 2 VIVRE DEBOUT, de Martin Gray - éd Robert Laffont 3 AIME-TOI, LA VIE T'AIMERA, de Catherine Bensaid - éd Robed Laflont «r LIVRE JEUNESSE COMMENT ON FAIT LES BÉBÉS, Babette Cole - Éd du Seuil «r LIVRES PRATIQUES 1 BON GRAS, MAUVAIS GRAS, de Louise Lambert Lagacé - Éditions de l'Homme 2 DICTIONNAIRE PETIT LAROUSSE ILLUSTRÉ 1 994, Collaboration - éd Larousse «T COUPS DE COEUR 1 LE TRES BAS, de Christian Bobin - éd Gallimard lib, Helvédere Sud.Sherbrooke, ()uè.J III 4H3 (Ht9) 566-0344 Le Devoir publiera son Cahier Spécial à l'occasion du Salon du livre de Montréal.Une large place sera consacrée au Salon du livre de Montréal 1993, nos rubriques hebdomadaires seront au rendez-vous et, nous nous attarderons particulièrement sur un ami (e) souvent oublié (e), Votre Libraire.Date de publication: le 6 novembre 1993 Tél.: (514) 985-3399 Fax.: (514) 985-3390 ESSAIS C) U É B É COIS Pas nécessairement la sécession, la sécession si nécessaire Une analyse à chaud mais originale des années Meech-Charlottetown K O H K K T S A l.K T T I GlIY LA F O R EST DE LA PRUDENCE (TEXTES POLITIQUES) Boréal, 209 p.On se souvient de la maxime lancée par Mackenzie King aux Canadiens en 1942: pas nécessairement la conscription, mais la conscription si nécessaire.Bien qu’il se trouvait ainsi à renier certains engagements pris quelques années avant le fameux plébiscite —au grand dam des Canadiens français, André Laurendeau en tète—, le premier ministre du Canada adoptait, selon M.Guy Laforest, une position prudente au sens aristotélicien du terme.Vu les dilemmes qui sont les siens aujourd’hui, la communauté politique québécoise devrait suivre l’exemple de Mackenzie King et envoyer un message similaire au reste du Canada: pas nécessairement la sécess-sion, mais la sécession si nécessaire.Au fond, étant donné leur ambivalence légendaire, et n’en déplaise à Lucien Bouchard, peut-être est-ce le message que les Québécois ont voulu transmettre à Ottawa en y déléguant autant d’élus du Bloc?\ A nationaliste, nationaliste et demi Politicologue de l’Université üival et auteur du récent Trudeau et la fin d’un rêve, M.Laforest récidive avec une chronique des années Meech-Charlottetown intitulée De la prudence.Il s’agit d’articles de revues remaniés et regroupés pour la circonstance.Il y a là quelques portraits —Pierre Elliott Trudeau bien sûr, René Lévesque, Robert Bourassa et Daniel Johnson père— mais aussi des études de philosophie politique inspirées par cette notion de prudence qui faisait dire à Aristote que la justice consiste moins à appliquer la même règle à tous qu’à traiter les égaux également et les inégaux inégalement.C’est dire que l’auteur affiche un parti pris pour.le relativisme: relativisme de droits présumé-ment universels et immuables, soutenus par une Charte qui équivaut à une vision platonicienne de la réalité politique, mais également relativisme de la souveraineté du Québec qui n’est jamais comprise, dès lors, comme un but en soi, comme l’aboutissement inéluctable d’un processus irréversible d’accomplissement na- tional.L’histoire n’a jamais été linéaire, elle ne sera jamais un vecteur à sens unique.Cela dit, M.Laforest croit que les circonstances actuelles sont propices à la réalisation de la souveraineté.Bien que la société québécoise ait atteint une maturité certaine, son caractère particulier n’est plus protégé.Depuis l’adoption en 1982 de la Charte canadienne des droits sans le consentement du Québec, des as pects de la culture québécoise sont menacés, la langue au premier chef.Sous des dehors démocratiques, cet te Charte constitue l’assise première de ce nouveau nationalisme canadien selon lequel le Québec n’a de caractéristique distincte que son nom.Pour l’auteur rien n’illustre mieux «le blocage canadien devant le fait national québécois» que la substitution dans l’article 28 de l’Entente de Charlottetown, sur la formation et le perfectionnement de la main-d’oeuvre, du mot «national» au mot «fédéral».Si le nationalisme québécois a aussi mauvaise presse, c’est qu’on oublie souvent que la partie politique ne se joue pas toute seule.En face de celui-ci, bien ancré par des principes et dans des institutions, le nationalisme canadien per siste et signe.On est toujours le nît tionaliste de quelqu’un d’autre, L’Halloween à Ottawa Malgré le peu de recul que suppose une analyse des années Meech-Charlottetown, De la prudence offre matière à réflexion sur la politique et ses accents stratégiques (via Machiavel), sur le nationalisme (via Johann Gottlieb Herder et le romantisme), sur l’anti-nationalisme (via Elie Kedourie, un des maîtres à penser de Trudeau, semble-t-il) et sur la justice libérale (via John Rawls et Charles Taylor).Mais la discussion théorique n’empêche pas M.Laforest de se mouiller sur des questions plus pragmatiques.Son étude comparative des frères ennemis Lévesque et Trudeau permet d’avancer que le second fut un meilleur politicien que le premier.De plus, en dépit d’une stratégie fructueuse sur le plan interne du Parti libéral et sur le plan provincial, il appert que Robert Bourassa passera a l’histoire comme celui qui «a sauvé le Canada en mettant un terme a l’esprit de la Revolution tranquille».Après le plébiscite de Mackenzie King, la Charte de Trudeau, l’échec de mai 1980, le recul de Bourassa sur la souveraineté, après tous ces «pas nécessairement Québécois», le moment politique pointe vers le «souverain si nécessaire».Reste à savoir si I-ueien Bouchard sera un spectre suffisamment convaincant pour que le Québec reçoive sa part de bonbons constitutionnels.Après tout, c’est l’Halloween et il y a beaucoup de monstres (politiques) à Ottawa.Une minutieuse enquête sur les relations internationales du Québec TRENTE ANS DE POLITIQUE EXTÉRIEURE DU QUÉBEC I960 1990 Louis Balthazar, hmis Bélanger, Gordon Mace.Centre québécois de relations internationales, h’s Editions du Septentrion.SYLVIAN K TRAM 1ER LE DEVOIR Les auteurs, professeurs de sciences politiques a l’Université Laval, ont dressé un tableau exhaustif de l’action internationale du gouvernement québécois, qu’ils font remonter au gouvernement Lesage, avec la visite en France du ministre québécois des affaires culturelles Georges-Emile Dtpalme, en I960.L’analyse est pointue et la méthodologie rigoureusement appliquée.Des milliers de documents gouvernementaux ont été dépouillés et soumis à une grille de lecture qui isole les objectifs de politique extérieure que se sont fixés les différents gouvernements, et les moyens (budgets, effectifs.) qu’ils ont engagés pour les réaliser.L’étudiant et le chercheur trouveront dans cet ouvrage ample matière brute sur laquelle exercer leur réflexion: des tableaux et des graphiques illustrent de ma nière concrete l’activité gouverne mentale à l’égard de l’étranger.Ils trouveront en outre des bilans qui dégagent les grandes tendances du comportement du gouvernement québécois en matière de relations internationales.Il en ressort plusieurs constats: la croissance «continue et même exponentielle des activités internationales du Québec (.) indépendamment l MtJIS IWLTHAZAK 1.01 IIS BÉLANGER GORDON MACE ri nillaboratfür» ~l TRENTE AN S DE POLITIQUE EXTÉRIEURE DU QUÉBEC l%0-19!)ü Kt des gouvernements en cause et de leurs orientations politiques ou idéologiques, indépendamment de l’éial des relations ledéralcs-provinciales et peu importe les soubresauts sue fa scene internationale (.)» On observe aussi la prépondériû ce des relations avec les Etats-Uilïs qui sont cependant«pour une très grande part, des relations peu empreintes de publique, mais frappées au coin du pragmatisme.» Les auteurs montrent en oiiIjt que la promotion de la souveraiiuîté du Québec par les gouvernemeitfr du l ’Q n’a pas contribué a une accdii fualion de l’activité internationale flji Québec.Chiffres a l’appui, les :^q leurs soulignent «la distinction ont)}' les relations internationales du Que bec et la dynamique de la souvenu neté.» .Cet ouvrage comble une lacurfé: c’est la première enquête miuutieukc et systématique sur le sujet.CLICHE REPETE A ECLAIRAGE DIFFÉRENT.EN RAISON DU TEXTE MAL IMPRIME I.K I) Y V II I I! I ILS S A M K It I :s (l K r I» I M A X ( Il K :i I n C I' n li II Y I !l II :i Une sotie délectable sur le couple France-Québec Thème capital mais souvent refoulé, la France refait surface dans notre littérature SUR IA PISTE DES JOLICOEUR Pierre Mon, roman, vlb éditeur, 1993,277pages Thème capital mais souvent refoulé de notre littérature depuis ses origines, la France a refait surface depuis une trentaine d’années.On pensera peut-être à l’apparition nocturne, plutôt magique, du quai du Havre au jeune Théodore Salan-don quand jl aborde le vieux continent (Jean-Fthier Blais, Mater Euro-pa, 19(58); à l’initiatique Liaison parisienne de l’écrivain québécois Mathieu Lelièvre (Marie-Claire Blais, 1975); à la course photographique et Rachel Jobin à travers le pays (Claude Jasmin: Maman-Paris, Ma-man-la-France, 1982); aux déconvenues de la «duchesse» de Michel Tremblay dans le Paris des putes, en 1947 "(Des nouvelles d'Edouard, 1984).Ou encore, plus récemment: au carnaval des chevaux de Robert Biondin sur les pavés de la même ville (Le Sabot de Hrel, 1992).Autant d’évocations de la France québécoise, pourtant assez rarement [irises ert compte, même chez les chercheurs.C’est que la référence française nous gêne profondément quand il s’agit de dépasser le show médiatique.«France fantôme», comme la désignait Michel Piers-sens, en avril dernier, au premier colloque des québécistes chinois, à Nanjing.La voici qui revient, en riant, dans le roman satirique de Pierre Léon, bien connu comme linguiste de Toronto (une vingtaine d'ouvrages en phonétique, phonologie et stylistique) et astucieux auteur.Ecoutez son narrateur (d'origine française mais connaisseur du Québec) qui dit publier le roman d'une Québécoise, Julie Jolicoeur, laquelle hésitait à le faire, craignant le manque d’humour de ses compatriotes et préférant vivre sa vie de femme libérée.Ce roman d’une femme sensuelle (à qui ce Pierrot prêtera évidemment sa pudique plume) peut donc être dédié «Aux plus maudits des maudits Français, mes bons cousins chinonais, francs buveurs ripailleurs et joyeux drilles!» Une féministe et un branleur; un coureur et une charcutière Ainsi se met en train une délec- «taSE».Pierre Léon Sur la piste des Jolicœur roman Ylb éditeur table sotie sur les moeurs françaises et québécoises.La façon est un peu rabelaisienne, puisque nous voilà au pays Tourangeau, à Chi-non, la ville natale du créateur de Pantagruel.Nous y accompagnons la Julie et son Joseph, des Jolicoeur de Chicoutimou (lire Chicoutimi) partis à la rencontre de cousins chinonais qui seront Suzon et Jacquot.Les deux couples sont bien typés, comme les aussi remarquables personnages secondaires qui les entourent.Côté québécois: Julie, la quarantaine aussi féministe que sensuelle, institutrice et apprentie romancière, ne vil de fait que pour l’aventure.Elle fait songer à la nouvelle Québécoise (dans notre société imaginaire), celle qui prend l’homme pour une valse (Pauline Harvey, Un homme est une valse).Son mari, plus âgé, retraité de la police au profil gaullien, est notre classique branleur utopiste (genre Ga-larneau de Godbout), qui a toujours finalement peur de son désir.Du côté français: Suzon, «bonne grosse irascible», d’allure gitane, gère énergiquement la charcuterie familiale; Jacquot, son mari, gratteur de guitare empêché, obsédé par les rillettes à manger ou à livrer, les femmes à courir mais souffrant d’un complexe de Cendrillon, est une sorte de Brassens frustré.Ixs cent mots grecs du Mas de Thelème On imagine les scènes que peut susciter le croisement des couples: Suzon-Joseph, les deux coincés et Julie-Jacquot, les deux énervés.Suffira-t-il que Julie s’amène pour L’auteur, tout en exploitant le filon du choc franco-québécois, reste toujours étonnant de verve et de joyeusetés verbales.que Jacquot en ait assez de faire l’andouille?que Joseph fasse la cour à Suzon après la fugue des conjoints?Tout n’est pas aussi simple ou prévisible, car l’auteur, tout en exploitant le filon du choc franco-québécois, reste toujours étonnant de verve narrative (on se baladera à travers la France mais aussi au Canada) et de joyeusetés verbales (blagues, calembours mais aussi le plus rare: de la finesse, de l’esprit).On a donc plaisir à le suivre dans ses fantaisies même enfantines ou attendues: le combat rabelaisien contre les andouilles s’y trouve.comme tout ce rapport de la chaire à la chair.Et dans cette célébration aussi remuant que généreuse du cochon, il y a une «gaie science» qui aurait plu à maître Alcofribas Nasier autant qu’à André Belleau.Panurge est ici «lingouiste» (comme disait un recteur de l’UQAM), Chomsky échappé de Vincennes (Université de Paris VIII), recyclé dans le commerce de la drogue et autres trafics.Dans son provençal Mas de Thélème, où séjournent les intellos de gôche («les plus sympa et les plus cons»), il fera connaître à Jacquot et Julie tous les colloques désirables.Par exemple: «Psychanalyse et vie quotidienne dans la littérature romanesque».Pour survivre là, il suffit, comme l’explique Panurge à Julie, de connaître «un vocabulaire fondamental.(.) Se le farcir.Cent mots grecs de préférence aux latins aujourd’hui.(.) Si t’as envie d’un mec, tu lui dis que tu fais une fixation sur son égo.C’est plus poli que: «Tu viens, on baise?».Il y a bien d’autres scènes plus hilarantes sur les mentalités, les tics de langage et habitudes propres aux deux univers représentés.Les rapports France-Québec n’ont jamais été aussi drôles.Inutile de chercher là quelque roman de la quête intellectuelle.Voilà plutôt, on sus du périple de nos chères retrouvailles (cette fois menées de part et d’autre de l’Atlantique), un récit aussi amusé qu’amusant du couple franco-québécois.France Daiqlf La vraie vie Journal jhhii mémoire I l SI’.U I I l I \ DI N SI 1 1 • l|lt\V 24 heures du livre du Mans Le Québec fait un malheur ST A N LE X I» KAN COLLABORATION SPECIALE Le Mans — Pendant 19 jours, 1rs Manor aux rt Manrrllrs avides dr découvrir Ir Québec, scs écrivains et sa culture auront été bien servis.Tout au long de la seizième édition (1rs 24 hrurrs du livrr du Mans, qui avait liai du 8 au H) octobre, ils ont vécu à l'heure du Québec.Une importante délégation d’écrivains, éditeurs, libraires et autres intervenants des milieux culturel et littéraire participaient à l'événement à titre d’invités d'honneur.Depuis deux ans.de solides liens de convivialité ce sont tissés entre les organisations du Salon du livre de Québec et tics 24 heures du livre du Mans, de sorte qu’une délégation semblable du Mans avait été reçue dans la Vieille capitale, le printemps dernier.Cet automne, M.François Blet, président de l'Association des 24 heures et ses collaborateurs tenaient à rendre la politesse à leurs 'petits cousins d’outre-Atlantique», comme on dit.l à au-delà des courtoisies et sympathies obligées qui servent à ponctuer les déclarations officielles, mes compatriotes québécois et québécoises et moi avons pu verifier la sincérité de ces discours.En d'autres mots, nous nous sommes vus littéralement «bichonner» par nos hôtes européens.Outre l'équipe du Salon du livre de Québec dirigée par M.Denis Ixbrun et Mme Hélène Garnier, les membres du groupe vocal «la Bande Magnétik», la délégation regroupait les écrivains, Yves Beauchemin, Chrystine Brouillet, Louis Caron, Guy Champagne, Jacques Desautels, Jean-Pierre Girard, Marie Laberge, Gabrielle Ut-londe, Gilles Pellerin, Monique Proulx, Guylène Saucier et Denis Vau-geois.En plus de présenter leurs oeuvres au public sarthois, tous les auteurs ont participe a diverses activités d’animation, tables rondes et interviews dont les discussions du «Café du Monde», animées conjointement par Chrystine Brouillet et Marie Dtberge.Du côté de l’espace jeunesse, les enfants de la Sarthe ont eu grand plaisir à faire la connaissance de la mascotte du Salon du livre de Québec, le «Carne-lat», incarné par le comédien et chanteur montréalais Sylvain Dodier.Créé par la coopérative du livre animé expressément pour le Salon de Québec, ce sympathique personnage vêtu d'une veste de cuir barbouillée de peinture a su gagner le coeur des jeunes.«Il est drôle et gentil, raconte un enfant.C’est comme un grand frère».Toutefois, c’est le spectacle à guichets fermes de la Bande Magnétik au Theatre municipal, le vendredi 8 octobre, qui demeurera comme le moment fort de cette visite du Québec au Mans.Les cinq membres de la troupe de chanteurs à capella ont subjugué la foule émerveillée qui s'entassait dans l’auditorium.Un coup d’oeil sur les manchettes locales suffit pour verifier l’enthousiasme du public man-ceau.Que des louanges fort méritées qui augurent bien pour le tour de chant que présentera la Bande le mois prochain à Paris, lorsqu’elle reviendra y présenter son premier disque.Ce type de jumelages entre foires du livre françaises et québécoises, (le plus en plus fréquents, témoigne d’une volonté d’ouverture du marché européen au produit québécois.«On n’v allait pas pour brasser de gros sous», affirme Denis Ix'brun.Pour lui, des initiatives de ce genre, si modestes soient-elles, ont davantage pour but de mieux faire connaître le Quebec, sa société et sa culture.l à pourtant, selon la responsable de la gestion du stand du Québec, Mme Françoise Careil de la librairie du Square à Montréal, l’expérience s’est soldée par un franc succès et ce malgré une organisation un peu boiteuse a certains égards.D's chiffres de vente ont dépassé toutes les attentes, si bien que certains auteurs se sont retrouves en rupture de stock dès la première journée.Timidité ou manque de prévoyance de la part des maisons québécoises, membres de l'association pour les salons et foires à l'étranger?Mme Careil croit que les éditeurs ont été prudents parce qu’il s'agissait d'une première.«On saura ajuster le tir pour les prochaines fois»,.Au cours de la semaine qui a suivi les 24 heures, certains membres de la delegation, dont Chrystine Brouillet, le Camelot, Gilles Pellerin et moi-même, sommes demeurés au M;uis pour une tournée des collèges et lycées visant à poursuivre la promotion de la littérature québécoise.Tous et toutes se sont toutefois donne rendez-vous à Paris pour assister aux activités du Festival «Ui fureur de lire» auxquelles ont participé Jean-Pierre Girard.Monique Proulx et quelques autres Oampigny QUÉBEC/AMÉRIQUE JEUNESSE vous invitent ainsi que vos enfants à rencontrer des auteurs jeunesse le samedi 30 octobre de 14h à 16h D'iMpctl * a J* ê ¦ 1 SYLVKTTH - I A TT.NT F U H MUU DAVtUSY Mimi Barthélémy Paule Daveluy Céline Cyr • Daniel Laverdure • Jean Lemieux • Louise Lévesque •Cio Morin • Réal Tremblay S?OTf«o Carmen Marois iAÇOUtt LAXIMI ! ifjstru Viviane Julien Jacques Lazure Jean Lemieux LA COUSINE DES ÉTATS tannvirmnBi OANC.I» »lllNt (UNI sgjoEm.?Tous les romans jeunesse de Québec/Amérique 6,95$ (ord» 7,95$) jusqu’au 3 nov.93 y y Nous vous attendons! y y — REVUES LIVRES DISQUES ¦¦ Oampigny ® Mt-Royal 4380 ST-DENIS, MONTRÉAL 844-2587 1 K 11 l: V 'I I H ¦ I- I'.s S \ M i: I) I :î I) |{ T I) I M \ \ (• p |.; :i | ,, , r ,, |, |, K | „ ,, ;; I) (i mr LIVRES- H A N I) E S DESSIN È E S T R U F O MIS T I) Morris et Lucky Luke: un couple inséparable Le célèbre dessinateur se bat contre l’obsession du héros idéal Lucky Luke ie?MiwÀ m Noce X.m/ene.«S J.i£.tijr&æ il 3^ i 3» I’ I E K U E E E F E H V R E Morris, créateur de Lucky Luke est un homme plutôt timide.Issu de cette génération qui a débuté dans la BD alors que celle-ci était une activité presque honteuse, il semble s’étonner qu’on s’intéresse encore à lqi aujourd'hui.A l’occasion de la parution de son dernier id-bum, lus Dalton à la noce, Maurice De Bevere était a Montréal, il y a de cela quelques semaines, dans le cadre de la symphonie de la BD francophone, où je l’ai rencontré.On a glosé à qui mieux mieux sur l’infatigable fidélité que Morris voue à Lucky Luke.Quand on pense en effet à Franquin qui ne pouvait plus, au bout de 20 albums, souffrir Spirou, ou que Hergé lui-même a lait des cachotteries à Tintin avec Jo, Zette et Jocko, on a tendance à se demander ce qui a pousser Morris à réaliser un tel exploit.La question pourtant, ne se pose qu’à demi.Car au fil des ans Lucky Luke s’est tant transformé, qu’en relisant les albums de la première heure, on a pratiquement l’impression d’avoir affaire à une autre série.«Au début, ma bande n'était pas encore la parodie des westerns qu’elle est aujourd’hui», m’explique Morris.«Même si elle était humoristique, elle se voulait une série d’aventure.Lucky Luke était un vrai cow-boy et Jolly Jumper un vrai cheval.Lucky Luke alors n’était pas très sophistiqué.11 était plutôt du genre coup de poing sur la gueule.C’est sous l’influence de René Gos-cinny (créateur d’Astérix) que la bande s’est enrichie d’un deuxième degré.«Goscinny était véritablement un scénariste de génie.Nous avons travaillé ensemble jusqu’à sa mort et bien sûr, son absence me pèse.Je me suis trouvé drôlement embarrassé par la suite, mais si je n’avais pas rencontré Fauche et Léturgie (ses nouveaux scénaristes), j’aurais repris la série seul, comme à mes débuts, bien que cette idée ne m'enchantait guère.Ce fut toujours un grand soulagement pour moi lorsque quelqu’un prenait en charge le scénario, parce qu’enfin je pouvais me concentrer sur le côté graphique à 100%; choisir le meilleur angle, créer des personnages secondaires amusants, bref, faire somme tout le travail d’un metteur en scène de cinéma», raconte-t-il.«Je me suis toujours considéré comme un dessinateur avant d’être un conteur poursuit Morris.Côté dessin d’ailleurs, je n’ai pas fait que du Lucky Luke.A un certain moment, comme je n’ai jamais fait d’école d'art ou d’académie d'aucune sorte, j’ai voulu me prouver que j'étais capable de faire du dessin réaliste, et j’en ai fait finalement pas mal.J'ai illustré entre autre des romans d'amour, qui étaient d’ailleurs illisibles, uniquement pour pouvoir m'exercer.Le nombre de couples qui s’embrassent que j’ai pu dessiner est astronomique!», s’exclame-t-il en rigolant.Morris rappelle qu'il a même déjà travaillé pour un de nos romanciers, Claude-Henri Grignon, dans les années 50, pour le compte de Bonnes Soirées, un magazine belge où paraissaient les Belles Histoires du Pays d’En Haut.«Je suis même allé le rencontrer a Sainte-Adele, et j'ai fait quelques illustrations pour ses récits, mais il n’avait pas apprécié le résultat, car je ne respectais pas assez selon lui les costumes et les intérieurs de son univers.Il était a cet égard très pointilleux, mais avec raison, car je ne m’étais pas documenté outre-mesure, et j’en avais carrément fait du western!».Claude-Henri Grignon n’est d’ailleurs pas le seul à avoir émis quelques réserves sur travail de Morris.Bien que cela puisse paraître farfelu, Lucky Like est l’un des héros de BD ayant le plus eu de démêlés avec les censeurs.11 y eu d’abord une série de confrontations dans la France des apnées 50.Puis, plus récemment, c’est aux Etats-Unis qu'il s’est frotté aux bien-pensants.••Il s'agit tout de même de deux choses différentes, précise Morris.Dans les années 50, en Belgique, nous avons eu pas mal d’ennuis avec la censure française, mais cette commission, qui nous faisait des misères inimaginables, était en fait un instrument protectionniste.On voyait ' ‘ mal, en France à l'époque, que les deux principaux journaux de BD (Spirou et Tintin) soient belges.Cette commission leur permettait ni plus ni moins de saboter notre travail.Si je vous dis par exemple que Roba, l’auteur de Boule et Bill a été accusé de cruauté envers les animaux, cela vous donne une idée du niveau où volaient leurs attaques.Ils me forçaient ainsi à reprendre une couverture, tantôt parce qu’on y voyait une bouteille d’alcool, tantôt parce qu’on tirait un coup de révolver, cela n’avait aucun sens, la* plus engageant dans tout cela est que pendant ce temps-là, ce qui se publiait sur le territoire français frôlait parfois le n’importe quoi sans que personne ne soit embêté.Fort heureusement, le comi- té a perdu de son autorité au fil des années, jusqu’à ce qu’il devienne complètement inopérant».Pour ce qui est des Etats-Unis, les restrictions furent imposées à Morris au moment où il travaillait sur une adaptation de Lucky Luke pour la télévision.«Ii-bas, tout ce qui est produit dans le cadre des émissions pour enfants doit subir une censure généralement assez sévère, sous prétexte que les enfants ont tendance à imiter sans jugement ce qu’ils voient à la télévision.Alors il n’était plus question que Lucky Luke fume ou qu’il boive de l’alcool.Il y avait aussi une règle stipulant que les groupes ethniques ne pouvaient pas être représentés de manière négative.On m’a interdit ainsi de représenter des Chinois propriétaires de blanchisseries, alors qu’historiquement beaucoup d’entre eux tenaient dans l’Ouest ce genre de commerce.Je dois vous avouer que je n'ai pas encore saisi ce qu’il y a de dégradant à avoir une blanchisserie», ironise-t-il.«Je peux toujours comprendre qu’on ait quelques scrupules pour les çnfants, mais enfin il ne faut pas exagérer.A force d’être parfait et sans défaut, un personnage devient vite ennuyeux.Mais ce qui est amusant, en un sens, dans tout cela, c’est que cette obsession du héros idéal était la même chez les éditeurs européens lorsque j'ai débuté.Or je dois vous avouer que si c’était à recommencer, je ferais un Lucky Luke beaucoup plus drôle, beaucoup plus dérisoire», avoue Morris.Marc Behm fou à lire H NE CHERCHE PAS À SAVOIR Marc Behm Ed.Rivages/Thriller Polar no 10 Dossier Wetering Ed.Rivages Marc Behm est un type bien, parce qu’il est un type qui cultive la folie surréaliste.Il a le neurone trop original pour se contenter de la folie ordinaire.Depuis son entrée en langue française, qu’on songe par exemple à Mortelle randonnée, cet Américain qui n’est pas un Américain tranquille instille une grâce, une finesse qui en fait un type très singulier.Si singulier qu’il est incomparable.Il y a un an tout juste, Marc Behm s’était servi de Tarzan pour confectionner un roman faussement hilarant.Il s’agissait de A côté de la plaque paru dans la collection Rivages/Thriller.Aujourd’hui, il s’est servi de Moby Dick et de Hamlet pour composer un ouvrage complètement sauté.Le titre est d’ailleurs très clair: Et ne cherche pas à savoir.Tu parles! On veut savoir.On veut.On veut tout savoir parce que l’histoire d’une femme belle chargée par la compagnie du Diable de récupérer les âmes des zigues à la minute, à la seconde même où leur délai terrestre arrive à son terme, c’est pas commun.Encore faut-il, quand le temps est venu de s’approprier les physiques des quidams ayant pactisé avec Lucifer, que les bipèdes en question soient au rendez-vous et qu’ils n'offrent pas de résistance.Règle générale, Lucy, c’est elle la femme belle ayant des jambes à faire loucher d'envie les sujets peints par le père Renoir, n’a pas de problème.Quand c’est terminé pour Dupont, elle s’approche de Dupont, se présente à lui.Parfois, s’ils ont cinq minutes de temps mécanique à dépenser avant l’heure fatidique, ils boivent un coup avec une avidité, un plaisir d’autant moins innocent que îa Lucy aime bien boteun coup.Tout va bien.Tout va pour le mieux jusqu’au jour où un petit malin du nom de Walter Gosta décide de faire faux bond à Lucy en usant de l’eau bénite comme système de défense.Et si la Lucy aime bien se taper quelques rasades de scotchs, elle n’aime pas, mais vraiment pas, le goût de la bénite.Faut maintenant vous avouez deux ou trois choses que l’on sait de Walter.Voilà, Walter aimait beaucoup les femmes mais il n'arrivait jamais à les aimer vraiment parce que.parce qu’il avait, pour rester poli, la prostate en bandoulière.On se comprend?Bon.Lucy se pointe.Elle lui signifie quelle est en mesure de favoriser la multiplication des petites morts freudiennes en prenant une option sans équivoque sur la mort définitive.Il dit OK.Elle arrange le tout.Et Walter devient un Rantanplan du sexe.11 en tape et en retape.Une vraie machinerie.Bon.C’est l’heure.Walter fait dans l’escapade.Lucy le file.Et elle découvre qu’elle est en concurrence avec Nan Corey, une «fiique», pour être linguistiquenieht correct, qui se demande si le Walter ne serait pas le zigoto qui a truçi^lè quelques belles femmes qui font; par ailleurs, la joie, du Dr Hegel, le médecin légiste complètement zinzin qui est mariée à Véronique, une; ancienne copine de Nan qui, ;par ailleurs (bis), aimerait beaucoup que Lucy trouve le moyen de convaincre le crocodile, que son mari entretient, de bouffer le mari histoire, de mieux.de mieux s’aimer eqtre femmes.C’est compliqué?Ben non.Pas du tout.Parce que le Marc Behm donne la possibilité à chacun des acteurs — ^ •* ;.¦ -, "inr-T »i Dans mon livre à moi, il y a trois types d’hébergement agréable: les grands hôtels urbains, les grands hôtels de villégiature et les auberges.¦ Les grands hôtels urbains Ils existent dans toutes les métropoles du monde, depuis le Raffle’s de Singapour jusqu’au Savoy de Londres.Y séjourner n’est lias donné.Mais il faut savoir qu’à qualité égale les grands hôtels du Québec et du Canada sont parmi les moins chers du globe: une chambre, par exemple, au Quatre Saisons ou à l'Inter-Continental de Montréal coûte de quatre à cinq fois moins cher qu’en Europe, en Asie ou ailleurs.Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que ces établissements offrent, surtout en cette période de l’année, des rabais weekends fort attrayants.Avez-vous déjà essayé de vivre en touristes — aisés — dans votre propre ville?Ou encore, regardez du côté de Québec, du côté du Château Frontenac, l'hôtel — oui, oui — le plus photographié du monde: il fête cette année son centenaire et offre aussi de semblables forfaits.¦ Les grands hôtels de villégiature Certains ont disparu, tel le Château Murray, tout de bois.D’autres ont duré, avec des fortunes et destinées diverses: le Manoir Richelieu aussi en Charlevoix, le Chantecler à Sainte-Adèle, le Château Montebello au bord de l’Outaouais.Dans son livre, Henri-Paul Garceau raconte dans le détail la construction de ce qui fut le très privé Seignory Club: les bois précieux importés de fort loin, le nombre de clous utilisés, les prouesses des charpentiers et des ébénistes.Aujourd’hui, l’un des fleurons du groupe Canadien Pacifique, cet hôtel s’est démocratisé et propose même des forfaits thématiques, tel celui de ce week-end (fêter l’Holloween pour 244$ par personne: bal costumé, soirée Meurtre et mystère, hébergement pour deux nuits, deux repas par jour).Mais nul n’est parfait: le 31 août dernier, le Château Montebello a écopé d'une amende de 7000$ pour avoir offert à sa clientèle des aliments «impropres à la consommation humaine».¦ Les auberges Par un étrange pléonasme, sans doute pour accentuer le caractère intime qu'on leur accorde, on dit petites auberges, alors qu’en soi les établissements de ce genre ont un nombre limité de chambres.Autrefois, rappelons-nous, le terme d'auberge réferait à un établissement de qualité inférieure, impropre a recevoir l’appelation d’hôtel.Il n’en est plus ainsi depuis une vingtaine d'années: dans Charlevoix, les Laurentides, les Cantons de l’Est, dans toutes les régions du Québec mais aussi au Canada anglais, en Nouvellç-An-gleterre et dans le reste des Etats-Unis, les voyageurs et vacanciers peuvent aisément trouver ces auberges nouvelle formule associant chaleur de l’accueil, décor personnalisé, détente.Et une bonne cuisine, le plus souvent à saveur régionale.N.C.L’auberge Chez Sam , aux Iles-de-la-Madeleine.PHOTOS NORMAND CAZKI.AIS AU PAYS 5 DE L HEBERGEMENT Combler le pacha qui sommeille en nous LN O H M A N I) es aubergistes de Bethléem ont mauvaise réputation depuis qu’ils ont fermé leurs portes à la Sainte Famille.À leur défense, rappelons que la ville débordait de visiteurs venus, eux aussi, s’inscrire pour le grand recensement et qu’ils ne pouvaient connaître l’identité de ces voyageurs si spéciaux.L’hébergement n’est pas un métier de tout repos.Il s’agit, bien sûr, d’offrir un gîte a des hôtes de passage — feu et lieu, comme on disait élégamment en d’autres temps.Mais si ce n’était que cela: héberger, c’est aussi accueillir, offrir des services, un décor, une ambiance, qui constituent pour tout voyageur, quelque part dans son imaginaire et ses attentes les plus avouées ou les plus secrètes, un autre chez-soi.L’hébergement — faut-il le répéter?— constitue la moitié du voyage.Pour paraphraser la célèbre interrogation, on pourrait demander: «Que sert au voyageur de visiter l’univers s’il en vient à être mal logé?» Par delà les espaces à traverser, les beautés et merveilles a découvrir, les gens à rencontrer, les voyageurs de toute origine se préoccupent de jalonner leurs itinéraires de toits ponctuels et temporaires, si possible agréables.Lisez les guides touristiques.Voyez leur histoire.Dans toutes GAZE I.A I S les langues, ils ont fait leur fortune — pensez au Michelin, au Froemmer des premiers Five dollars a day — en décrivant les attraits dignes d’intérêt mais surtout en répertoriant, parfois avec un soin maniaque, des endroits où les voyageurs fourbus puissent poser leurs têtes fatiguées sur des oreillers accueillants.L’hébergement n’est pas un métier facile.Regardons la filiation des mots, en français comme en d’autres langues: hôte, hôtel, hostel, hostellerie, ospedale, hôpital, hospitalier, hospitalité.Tout est dit: quand il pose sa valise, le voyageur veut qu’on prenne soin de lui.Il y a, bien sûr, les hôtels de passe, les motels où dormir quelques heures, les chambres tristes et sans nom, pas chères et inintéressantes, qu’il faut fréquenter pour respecter son budget.Bien sûr, bien sûr.Mais, quand on a le temps et qu’on s’en donne les moyens (même au prix de s’endetter un peu), qu’est-ce qu’on recherche?C’est simple, presque trop simple: être, l’espace de quelques heures ou de quelques jours, quelqu’un de si important qu’il lui soit prodigué déférence, petites et grandes attentions.Que ce soit dans une auberge au fond d’un rang ou dans un grand hôtel au milieu d’une métropole, le désir d’être chouchouté, dorloté, bichonné.De sentir s'éveiller en soi le pacha qui sommeille.Le manoir Charlevoix.D’autres textes sont hébergés page I) 9 SALON INTERNATIONAL 29, 30, 31 OCTOBRE 1993 PLACE BONAVENTURE • MONTRÉAL • conférences Super «spéciaux salon Venez magasiner votre prochain voyage
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