Le devoir, 30 juillet 1993, Cahier A
ATTERRE, L’AMERICAIN JIM COURIER, deuxième joueur au monde, s'est écroulé après son élimination surprise en huitièmes-de-finale des Internationaux de tennis du Canada, au parc Jarry.Le Suédois Mikael Pernfors, 95e joueur mondial, l'a emporté en deux sets de 6-3, 6-2.Nos infonnations en page B-4.HP®® Éllfp i'" i 2m mm mmâ FONDE 1 9 1 0 •ri,-' .V**.4 • ( ‘ Vol.I, XXXIV .No 17 I PERSPECTIVES La controverse no 3 Le débat reprend sur la valeur de l'art contemporain S t é p II a il e Baillarge o n On pouvait s’y attendre et le «drame» s’est produit: le Musée des beaux-arts de Canada (MBAC) est à nouveau l’objet de nombreux jugements noirs et blancs pour l’annonce, le 15 juillet, de l’achat, à fort prix, d’une toile abstraite et bicolore.oeuvre de 1957 du [xiintre américain Mark Rothko, intitulée No.16, tout simplement, a coûté 1,8 millions, l'équivalent de plus de la moitié du budget annuel d’acquisition du musée.I jes sarcasmes n’ont pas tardé.Ils ont au moins :1e relancer des questions essentielles: à qui s’adresse l’art actuel et pour qui au juste les artistes et les conservateurs travaillent-ils?Des questions d’autant plus à promts que la controverse entourant le Rothko suit de prés l’affaire Voice of Fire, de Barnett Newman et le scandale de la Robe de viande, de la Montréalaise Jana Sterbak.Le député conservateur Félix Holtmann a déclaré que le No.16 avait été fait avec une seule boîte de peinture, un rouleau et la moitié d’une bouteille de scotch.Un tabloïd d’Ottawa a mis ses lecteurs au défi d’en faire autant.La récompense comprend notamment 16 sacs de chips.1ms lignes ouvertes ont également donné la parole au bon peuple ciui ne s’est pas gêné pour claironner qu’«un enfant de trois ans serait capable d’en faire autant» Certains des plus grands, comme Paul Klee, s’accommodaient très bien de cette accusation d’enfantillage, revendiquaient même l’idée de s’inspirer de la naïveté enfantine.Picasso avouait qu’il avait passé sa longue vie à «essayer de peindre comme un enfuit».C’est une image.Aucun enfant ne pourrait peindre Guernica.Aucun enfuit ne se suicide, comme Rothko le L’oeuvre de I'1 en 1970, après avoir «barbouillé» Mark Rothko, des mètres et des mètres de toiles, No.16.' pour «détruire l’illusion en révélant la vérité.» Personne, jeune ou vieux, ne regarde la vérité en pleine face sans vaciller.Cependant, cette «vérité» ne dit plus rien à la majorité des contemporains.C’est a dire rien d’immédiatement sensé, rien d’immédiatement accessible.On ne peut pas balayer du revers de la main ces critiques du gros bon sens, symptômes du mal profond qui gangrène l’art du siècle.Des critiques sérieux ont d’ailleurs théorisé le diagnostic depuis longtemps en parlant de non-sens esthétique, de déshumanisation de l’art, ou, plus catégoriquement, de la mort de l’art.Ije formalisme outrancier de Rothko et de ses compères offre une terrible et mortelle illustration de l’évanescence des temps anciens où tout était beau et simple à la fois.Mais bien des observateurs de notre scène esthétique ont aussi souligné que la richesse du monde actuel réside (fuis une ébullition inégalée (fuis l’I listoire de courants et d’écoles, dans une «ouverture de l’œuvre» qui pemiet la multiplicité des lectures, la transformation perpétuelle de son sens pluriel.Ix contemporain pousse même la logique jusqu’au bout: comme chez Rothko, c’est alors une parabole de l’art qui se montre, un jeu aux limites de la signification, de la liberté et de la création.L’art contemporain est ouvert jusqu’au dérèglement et offre à chacun le soin de son interprétation.Encore faut-il vouloir regarder, interpréter.Cela aussi on l’a souvent remarqué: l’homme de masse, l'homme d’aujourd’hui, ne cherche pas tant à se cultiver et à comprendre qu’à se distraire.( )n n’a |xis entendu autant gueuler contre l'engloutissement de dizaines de «1,8 million de dollars de nos impôts» dans des jeux télévisés abrutissants ou des films à Ni Honda.A une dame qui lui avouait un jour ne rien comprendre à sa peinture, Picasso répliquait: «Comprenez-vous le chinois?Non?Eh bien apprenez, chère madame!» Rothko lui-même a écrit que «l'art est une aventure (fuis un monde inconnu qui ne peut être exploi é que par ceux qui sont prêts à en prendre le risque».Voilà le drame: l’art moderne et l’art contemporain ne se «comprennent» pas parce que trop de philistins ne veulent lias les «apprendre».L’art contemporain, la peinture de Rothko, comme la mécanique quantique ou la culture du brocoli, ça s’ap-prend.Et ce n’est qu’une fois cet apprentissage effectué que la véritable critique peut commencer et aller, intelligemment, jusqu'au refus, voire à la négation, que cet art, que celte peinture, méritent si souvent par ailleurs.le mérite 1 D'S Actualités.N 1) K X .A2 Idées Agenda culturel.115 Ia> Monde .113 * Aimnnoes classées .114 Montréal .A3 % * * Avis publies.112 Mots croisés.AI Météo Culture .117 Plaisirs .111 Averses Économie .A5 Politique .A4 Max.: 24 Éditorial .Ali Ixs Sports .111 1 détails en H-2 MONTREAL.LE VENDREDI PLAISIRS L'art de piloter un avion «miniature» PAGE B-l » » .1 r i 1.1.E t i il ii LE MONDE Les blindés d'Israël entrent au Sud-Liban PAGE B-3 .6 5 e + T P S + T V (j / To r o u I o S 5 e MONTRÉAL Léa Cousineau: les Montréalais à l'heure des choix PAGE A-3 La violence envers les femmes atteint un niveau critique Le rapport du comité fédéral ne convainc pas les groupes féministes LE DEVOIR ET PRESSE CANADIENNE Loin de s’amenuiser, la violence envers les femmes atteint aujourd’hui un niveau critique.C’est ce qu’affirme le Comité canadien sur la violence faite aux femmes, qui a rendu public, hier, son rapport de 500 pages attendu depuis plusieurs mois.Un travail qui a nécessité la rencontre de plus de 4000 personnes et organisations en deux ans, dans 139 collectivités, pour un coût de 10 millions$.Le comité, qui a émis 494 recommandations qui visent littéralement tous les secteurs de la société, a choisi d’adopter une approche «globale, radicale et féministe», mais les premiers commentaires recueillis hier auprès de groupes de femmes critiquaient plutôt le caractère vague des recommandations.Four l’une des coprésidentes du comité, Mme Marthe Asselin-Vaillancourt, «ce rapport est un outil important qui va changer la vie des femmes.11 est exhaustif, vise toutes les catégories de femmes et toutes les fonnes de violence.En ce sens, c’est une première mondiale.» La réplique ne s’est pas fait attendre.«C'est un vrai gaspillage de fonds publics que de consacrer 10 mil-lions$ pour nous faire resservir des recommandations connues depuis longtemps.Au moment où nous finançons ces groupes de recherche, nous assistons à la réduction de l'aide financière accordée aux groupes de femmes.», a soutenu Mme Sunera Thobani, présidente du Comité national d'action sur le statut de la femme, le plus important groupe de pression féministe au pays.Les neuf membres du comité ont pris pour prémisse que la violence faite aux femmes est un problème de société qui trouve sa source dans l'inégalité des sexes.L'objectif fixé par le comité est un degré de tolérance • zéro et l’élimination de la violence d’ici l’an 2000, avec une attention particulière apportée aux femmes dites désavantagées: autochtones, handicapées, des communautés culturelles, lesbiennes, des minorités officielles, etc.Pour y arriver, le comité propose des moyens de tout ordre, du très concret au beaucoup plus flou, qui sortent PHOTO PRESSE CANADIENNE Le rapport du Comité canadien sur la violence faite aux femmes a choisi d’adopter une approche «globale, radicale et féministe», mais les premiers commentaires recueillis hier critiquaient plutôt le caractère vague des recommandations.du champ traditionnel de ce que l’on considère la violen- quait hier au DEVOIR la vice-présidente, Mme Vaillance.Il s’agit plutôt de changer la société.court.Notre rapport dit que c’est fini le temps où on par- «Nous voulons changer radicalement la société.Pas par morceaux et pas avec des réponses mitigées, expli- VOIR PAGE A-8: VIOLENCE John Demjanjuk n’était pas le «boucher de Treblinka» La Cour suprême israélienne a acquitté hier matin, en appel, le détenu d’origine ukrainienne John Demjanjuk, condamné à mort en 1988 lors d’un premier procès.Le second procès a permis d’établir qu’il y avait un doute raisonnable sur l’identité du fameux «Ivan le Terrible» ayant sévi au camp d’extermination de Treblinka.PATRICE CLAUDE LE MONDE Convaincu de crimes contre l'humanité pour ses activités supposées au camp d'extermination de Treblinka.entre 1942 et 1943, John Ivan Demjanjuk fut condamné à la pendaison le 25 avril 1988.Au terme de quatorze mois de débats publics, c’est «sans hésitation ni doute» que les trois juges du tribunal spécial créé pour l’occasion déterminèrent «en conscience», dans un verdict de près de 500 pages, que celui qu’on appelait alors «la bête d’Ukraine» méritait la pendaison.Un peu plus de cinq ans plus tard, des «doutes raisonnables» ayant fait surface quant à l'identité présumée du «boucher de Treblinka», la justice d’Israël se dédit.C’est son devoir et son honneur.Nul ne saura sans doute jamais avec certitude ce que furent vraiment les activités de l’ancien condamné pen- dant ces années de sang.Aucune preuve irréfutable n'ayant été fournie par l’accusation de sa présence à Treblinka, dans la période où plus de 800 000 juifs sont morts dans les chambres à gaz, Demjanjuk n'est plus, au regard de la loi, cet «Ivan le Terrible» qui prenait un plaisir sadique à torturer des innocents promis au pire.Au moins cinq survivants de la mort, frêles et émouvantes silhouettes venues dire l’indicible sous les caméras de la télévision israélienne, ont formellement reconnu l’accusé au cours du procès initial.«C’est bien lui, c’est le bourreau de Treblinka, celui qu’on appelait Ivan le Terrible!» Dramatiques dépositions sur lesquelles reposera l’essentiel du dossier d’accusation.L’Histoire a de curieuses ironies.C’est l’écroulement de l’Union soviétique et l'ouverture de certaines archives du KGB et de l’ancienne justice d'URSS qui auront finalement sauvé Demjanjuk de la potence.En allant chercher sur place les pièces à conviction, le procureur Michael Shaked a en effet découvert et transmis à la défense certains documents qui allaient, sinon l’innocenter, du moins renforcer le doute sur la culpabilité de l’intéressé.Trente-sept témoignages écrits, 37 Ukrainiens arrêtés et jugés dans les années 50 pour avoir collaboré avec l’ennemi nazi et servi à VOIR PAGE A-8: DEMJANJUK Le front commun des policiers rend Fame DANNY YEAR LE DEVOIR Le front commun de tous les policiers du Québec est mort avant même d’avoir vu le jour.L’Association des policiers provinciaux du Québec, qui représente les 4530 agents de la Sûreté du Québec, a annoncé hier qu’elle ne participerait à aucun front commun intersyndical, policier ou non, et ne reprendrait pas ses moyens de pression à la fin des vacances de la construction.Le ministre de la Sécurité publique Claude Ryan a réagi favorablement à cette nouvelle.«C’est une déclaration qui témoigne du sens des responsabilités des policiers de la SQ», a-t-il dit.Et la mort du front commun de VOIR PAGE A-8: POLICIERS Démission surprise du pdg de Radio-Canada ISABELLE PARÉ LE DEVOIR Le président-directeur général de la Société Radio-Canada, M.Gérard Veilleux, a remis sa démission hier à la première ministre du Canada, Mme Kim Campbell, quittant ainsi son poste un an avant la fin de son mandat de cinq ans.M.Veilleux, qui avait été nommé avec le journaliste Patrick Watson le 26 septembre 1989 par le gouvernement Mulroney pour voir aux destinées de la Société Radio-Canada, ne devait terminer son mandat que le 1er no- VOIR PAGE A-8: VEILLEUX John Demjanjuk -H- A 2 I.K l> K V OIH.I.K V K X I) H R |) | :i il .1 I | |.|.|; T | !» C r,.houette du brûleur (ici on l’appelle l’enfer) et ses montagnes de copeaux et de biomasse juste à l’entrée de la ville, il n’y aurait pas grand travail dans le coin.Meus Barrette-Chapais emploie 400 ouvriers.Une manne.Drôle de défi que de miser sur la foresterie dans une région nordique de petit bois maigrelet.On est loin des billots de douze pieds chantés par Vigneault et de la bonne grosse pitoune de par chez nous.L’é|>inette est un arbre malingre, qui est loin de produire les belles grosses planches convoitées par les entreprises de construction.Les petites planches peuvent surtout donner du bois de colombage, moins cher.Seules deux scieries appartiennent à des entrepreneurs indépendants dans la région.Une a Chibougamau: celle du clan Eilion, et une a Chapais: Barrette.Quand Yves Barrette ei acquis l’usine, en 75, il avait 21 ans, venait de vendre son héritage, la scierie paternelle en Abitibi, et s’était mis en télé d’en acquérir une autre.Celle de Chapais, nouvellement construite, cherchait preneur.Sans trop savoir dans quoi il s’embarquait, Yves Barrette l’a achetée, pour se retrouver pris à résoudre la quadrature du cercle: faire rouler une usine de sciage avec du bois à pâte.Et ce, a une époque où le marché du bois, cyclique et tributaire des aléas de la construction, était dans le creux de la vague.700,00(1 metres cubes de bois par année y sont abattus aujourd’hui.Son territoire de coupe est rendu a 120 kilometres de l’usine.La forêt s’éloigne.Le visiteur qui parcourt une région aussi boisée que celle de Chibougamau-Chapais, peut avoir l’imijression que la ressource est in-éjjuisable, ce qui n’est p;is le cas.De toute façon, on ne peut en couper partout, ni aussi sauvagement qu’au-trefois.Il est loin le leni|>s des coupes ;i blanc, quand 1rs bûcherons rasaient tout.La loi de 87 oblige les scieries a reboiser et a épargner les abords des cours d’eau.Au moment de la signature de la Convention de la Baie James, Barrette a dû redonner une partie de ses territoires de coupe aux Cris, encore un peu lors de la récente érection de la réserve d’Oujé-Bougoumou.«Sans doute n’y aurait-il pas de place pour une autre scierie dans la région», me dit Yves Barrette.A Chibougamau, tout le monde me parlait de son entreprise qui psis se pour un modèle d’avant-gardisme.A 38 ans, Yves Barrette est un audacieux et un risque-tout.Plutôt que d’encaisser tranquillement ses profits, il les réinvestit, certaines années entièrement ou même jusqu’à 150%-dans la recherche.Ça coûte bien plus cher d’opérer une usine avec du petit bois qu’avec du gros.Il faut plus d’opérations pour parvenir au même résultat, couper davantage de planches.Dans l’usine qu’il a acquise, tout l’appareillage était conçu pour du gros bois.Il lui fallut convertir, accélérer le processus.La hantise des propriétaires de-moulin a scie, ce sont les copeaux, Les papeteries constituent les seuls clients possibles et un goulot d’étranglement pour toutes les scieries du Quebec, qui n’arrivent pas à écouler la totalité de leur stoc.Or, dépendani-ment de la technologie utilisée, un moulin peut produire deux ou trois lois moins de copeaux.Barrette-C hapais embauche huit informaticiens et une vingtaine d’ingénieurs mécaniques à temps plein.Leur rôle est de concevoir une machinerie qui optimisera la coupe et réduira la qmmtité de résidus.Une autre partie de la recherche est effectuée par des équipes californiennes, La machinerie utilisée est unique a Barrette et sans cesse reprogrammée.remise a jour.•¦( )n produit deux fois moins de copeaux qu’il y a dix , ans, et mon entreprise enregistre une croissance de 15% par année.» t online quoi il n’y a pas de région ingrate, mais trop souvent des mauvaises façons de l’exploiter.CLICHE REPETE A ECLAIRAGE DIFFERENT.EN RAISON DU TEXTE MAL IMPRIME I.K I) [ V II I II .I.K V K X I» K K l> I :tll .III I I K | | il il A A ?LE DEVOIR » MONTREAL I x.*
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