Le devoir, 17 juin 1993, Cahier A
Vol.LX X XIV , N o 1 3 !) T V y / T o r o il I o 8 f> c LE DEVOIR PERSPECTIVES , Une débandade annoncée Reste-t-il quelque espoir pour le NPD après les élections albertaines?MONTRÉAL Léa Cousineau contre-attaque PAGE A-3 ÇZ { L'ÉCONOMIE Les caisses de retraite devront mieux se protéger PAGE A-5 CULTURE Les auteurs-compositeurs seront enfin payés PAGE B-8 Les négos bloquent, la rue écope M On a le droit, dit le Front commun H Pas d’autobus Le Nouveau Parti démocratique vient d’être effacé de la carte politique albertaine.De là à penser qu’un sort identique attend cette formation sur la scène fédérale.Chantal Hébert Oasis de stabilité dans la mouvance politique actuelle, l’Alberta est restée solidement dans le giron des conservateurs aux élections provinciales mardi.Mais, en cours de route, il s’y est également produit une tempête de sable qui a transformé le paysage politique de la province.Comme un rouleau compresseur, le Parti libéral a passé sur le corps du NPD.Pour faire face aux 51 conservateurs du gouvernement à l’Assemblée législative d’Edmonton, il y aura désormais seulement des libéraux, 32 en tout, alors qu’ils étaient à peine neuf au déclenchement des élections.Les néo-démocrates qui comptaient 15 députés ont été complètement rayés de la carte de l’Alberta.Sous ce lugubre éclairage, Audrey McLaughlin a lancé hier une tournée préélectorale.Il pourrait bien s’agir d’une tournée d’adieux.S’il en va du Canada à l’automne, comme de l’Alberta mardi, les néo-démocrates devront faire leur deuil de l’essentiel de leur formation politique.A en juger par la rancoeur accumulée contre les gouvernements du NPD en Ontario et en Colombie-Britannique, l’hypothèse de la mort prochaine du Nouveau Parti démocratique comme formation politique influente à Ottawa en est une que même des vétérans du parti n’écartent plus.De passage au congrès conservateur en fin de semaine, plusieurs observateurs du NPD avouaient franchement appréhender la débâcle.John Richards, un néo-démocrate de la Colombie-Britannique, croit même que son parti sera chanceux s’il s’accroche aux douze sièges essentiels pour avoir le statut de parti à la Chambre des communes.Pour autant, la catastrophe qui s’est abattue sur le NPD albertain constitue seulement le plus percutant des éléments à retenir du vote de mardi.Il y en a bien d’autres.Que ce soit le septième mandat consécutif obtenu par les conservateurs grâce à l’arrivée d’un nouveau chef ou la remontée spectaculaire des libéraux, l’Alberta a donné une leçon à ceux qui préparent de futures élections.Les conservateurs, d’abord, ont raison de se réjouir des résultats.Après tout, quand l’ancien premier ministre Don Getty avait passé la main à Ralph Klein à la fin de l’an dernier, personne ne donnait cher de la peau de son gouvernement.En l’espace de seulement quelques mois, le nouveau chef a complètement renversé la vapeur.Avis aux intéressés de l’entourage de Kim Campbell, tout indique cependant que les électeurs de l’Alberta ont d’abord récompensé l’audace.Le premier ministre Klein a en effet réalisé son tour de force grâce à des gestes souvent symboliques, destinés à le démarquer radicalement de l’administration de son prédécesseur.Il y a ainsi fort à parier que le jour où Ralph Klein a abrogé pour toujours les grasses pensions des députés de sa province, il a gagné son élection.A en juger par les résultats, son exemple, qui constitue une première au pays, ne sera pas longtemps un cas isolé.En passant, contrairement aux conservateurs fédéraux, les troupes de Ralph Klein n’ont pas eu à défendre leur flanc droit d’une percée du Parti réformiste puisque Preston Manning n’a pas de succursale provinciale.Comme leurs cousins de la Nouvelle-Ecosse, et bientôt leurs grands frères fédéraux, les libéraux, eux, sont allés au feu avec une valeur aussi sûre que prévisible.Laurence Décoré, un ancien maire d'Edmonton, est universellement respecté en Alberta, mais il ne soulève pas les foules.Le fait que les libéraux aient réussi à récolter 40% du vote populaire sous sa direction en dit long sur l’attrait actuel de leur formation.D’ailleurs, Laurence Décoré aurait peut-être obtenu de meilleurs résultats, disent des observateurs, s’il n’avait dû livrer bataille au cancer l’an dernier.Même s’il est remis d’aplomb, sa maladie aurait inspiré à des électeurs un doute sur sa capacité physique d’aller jusqu’au bout d’un mandat.Pour l’essentiel, finalement, l’Alberta n’a pas bouleversé mardi les prémisses de la prochaine élection fédérale.Cette élection aura plutôt confirmé en bloc les pires craintes du NPD et les meilleurs espoirs des conservateurs et des libéraux.Les plus vaillants efforts d’Audrey McLaughlin risquent ainsi de ne pas suffire à éviter la débandade de son parti.Les libéraux, pour leur part, ont raison de penser que, face à des conservateurs usés par le pouvoir, leur formation a le vent dans les voiles.Mais les conservateurs également ont raison de conclure que leur changement de chef ne pourra que leur être salutaire.En Alberta, en tout cas, un solide coup de barre a suffi à permettre à leur parti de rentrer à bon port.L’Alberta a donné une leçon à tous ceux qui préparent des élections INDE X Ixs Actualités .A3 Idées .A7 Agenda culturel .B7 Le Monde .B3 Aimonoes classées .114 Montréal .A3 Avis publics B5 Mots croisés.B4 Culture B8 Politique .A4 Économie A5 Les Sports .Bfi Éditorial A6 Société .Bl Météo Ennuagement max.: 24 Détails en B4 MICHEL VENNE DE NOTRE BUREAU DE QUÉBEC Les leaders syndicaux du front commun ont demandé hier à la population de comprendre que si un groupe de travailleurs est lésé, il a le droit, et même le devoir, de protester.Pendant ce temps, le gouvernement faisait adopter, à la vapeur, le projet de loi 102 sur le gel des salaires.Les manifestations d’hier sont «des sursauts d’indignation» qui résultent de ce «geste provocateur» du gouvernement, a soutenu le président de la FTQ, M.Fernand Daoust.«C’est le gouvernement qui est responsable de ça, dit- il.Quand on reçoit un coup de bâton sur la tête, on n’attend pas d’en recevoir une douzaine pour réagir».M.Daoust fait valoir que ces moyens de pression ont été «relativement légers et n'ont duré que quelques heures ici et là.Ce sont des avertissements».«La colère est immense, prévient-il.Elle s’est manifestée ce matin (hier).Elle continuera à se manifester dans les jours, les semaines, les mois qui viennent.11 n’est pas question d’empêcher ça quant à nous.» «Si la population réagissait à l’égard de tout ce qui se passe, du problème du chômage, du climat économique, les gouvernements entendraient raison», note le syndicaliste.VOIR PAGE AS: FRONT Mais où est-il passé?PHOTO JACQUES GRENIER -s**!—m \\ ri O i.1.,~2L.ïëk'-ftL  £ Les moyens de pression des employés du secteur public ont pris les gens par surprise hier matin à Montréal: à l’heure de pointe, les autobus ne se sont pas présentés.Les mots d’un éditeur, la colère des «bleuets» Des propos de Roger D.Landry soulèvent la colère au Lac-Saint-Jean DANNY V EA R LE DEVOIR On n’attaque pas impunément la fierté des gens du Lac-Saint-Jean.Le président et éditeur de La Presse, Roger D.Landry, l’a appris hier après avoir affirmé que les «plus grands défenseurs de la langue française» sont des «étrangers» qui «viennent tous du Lac-Saint-Jean» et qui n’ont jamais vu un Anglais.En moins de temps qu’il n’en faut pour cueillir une poignée de bleuets au mois d’août, le chef du Bloc québécois, Lucien Bouchard, a qualifié les propos de M.Landry de «mépri- Roger D.Landry et Lucien Bouchard étaient hier en complet désaccord.sants», «incroyables», «inadmissibles», «outrageants».«Ça ne se peut pas que le président et éditeur d’un grand quotidien se permette de tels propos», a-t-il dit.M .Landry, a émis ce commentaire devant 270 personnes qui n’ont pas hésité à débourser 125$ pour prendre part, tôt hier matin, à un déjeuner-bénéfice du Parti civique de Montréal.Lors de son allocution, le président et éditeur du «plus grand quotidien français d’Amérique» a expliqué qu’il pourrait critiquer les Anglais s’il VOIR PAGE A-8 : ÉDITEUR JOSÉE BOILEAU STÉPHANE BAILLARGEON MICHEL VENNE LE DEVOIR Les syndiqués du secteur public sont en colère et hier la population l’a appris, parfois à ses dépens.A Montréal, la journée a commencé par un coup d’éclat syndical alors que de façon inattendue, le service d’autobus de la STCUM a été complètement paralysé en pleine heure de pointe matinale.Des milliers de Montréalais, non prévenus, ont ainsi vainement attendu un transport qui ne venait pas, pendant que les automobilistes, eux, voyaient la circulation ralentie sur les voies rapides par des manifestations d’autres syndiqués.D’autres manifs ont suivi à travers tout le Québec, de Gaspé jusqu’à Hull, souvent symboliques, mais surtout fort nombreuses.Les syndiqués ont bloqué des routes, occupé des parcs, défilé devant des bureaux gouvernementaux ou de députés et des hôtels de ville de dizaines de municipalités.Les cinq groupes syndicaux membres du front commun — la CSN, la FLQ, la CEQ, le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec et le Syndicat de la fonction publique du Québec — entendaient ainsi protester contre l’adoption, hier à l’Assemblée nationale, du projet de loi 102 qui impose au secteur public un gel salarial de deux ans.Dans la région montréalaise, les manifestations ont pullulé lorsque midi a sonné.Il y en a eu devant l’hôpital Sainte-Justine, l’Hôtel-Dieu, la Cité de la santé à Laval, mais aussi devant l’Université Concordia, le Complexe Desjardins, le Palais de justice, la CECM, les édifices gouvernementaux des boulevards René-Lévesque et Crémazie, des cégeps.VOIR PAGE A-8 : AUTOBUS Kim Campbell devra encore gagner la bataille de son comté DOMINIC MA U RAIS COLLABORATION SPÉCIALE Vancouver — Jean Chrétien n’est pas le seul leader d’un parti national à être en mauvaise posture dans sa propre circonscription.Trois jours après sa victoire, Kim Campbell se retrouve devant un défi encore plus imposant que celui quelle vient de relever car sa réélection dans Vancouver-Centre est loin d’être assurée.Elle qui avait remporté ce comté par seulement 269 voix, le 21 novembre 1988, devant la candidate néo-démocrate devra cet automne mener une guerre sur plusieurs fronts.Reconnu comme l’un des comtés les plus volatiles au pays, Vancouver-Centre présentera une course entre trois candidates et un jeune réformiste qui promet d’être épique, si l’on se fie aux résultats des élections générales depuis 1980 de même qu’à la nature des sondages à l’échelle nationale.Le comté appartient aux conservateurs depuis 13 ans, mais Pat Carney, la député de ce comté entre 1980 et 1988, n’a jamais obtenu de majorité écrasante.VOIR PAGE A-8: CAMPBELL Le projet de la Ste-Marguerite A Sept-Iles y tient CLAUDE TURCOTTE LOUIS-GILLES FRANCOEUR LE DEVOIR Les gens de Sept-îles sont conviés aujourd’hui à une manifestation en faveur du projet d’Hydro-Québec sur la rivière Sainte-Marguerite.Et les gens de Port-Cartier ont annoncé qu’ils seraient de la.fête.Vers midi, l’hôtel de ville de Sept-Iles ferme ses portes pour la journée et le maire, M.Jean-Marc Dion, se met à la tète d’un défilé avec d’autres intervenants des milieux sociaux-économiques, suivi des équipements lourds disponibles de la région, des travailleurs et de tous ceux qui veulent la mise en marche du projet de 3 milliards$ proposé par Hydro-Québec.«Le rapport du BAPE ne reflète pas ce qui s’est passé aux audiences publiques.Sur 125 mémoires qui ont été présentés, il y en avait plus de 100 qui approuvaient le projet d’Hydro-Québec», déclarait hier le maire de Sept-Iles, en rappelant que ce méga-projet représentait 900 emplois pendant 10 ans.Les manifestants vont se rendre à la rivière Sainte-Marguerite jusqu’au point où l’on devrait construire une route qui conduirait au barrage projeté.Les gens de Port-Cartier les auront alors rejoints.VOIR PAGE A-8 : SEPT-ILES I.E I) E V 0 I H , I.E JEUDI 17 J U I X I !) !» 3 r ; ; ;• ¦ wmM .'.viÛ .•’ ' ffiwjm I 11 ÎAWrMjjt ¦, >¦;¦¦?>*! wra WmmwMII I li«i If&uh J'j- ’ Tfc/V‘'*K& g SOH ¦ 1 ;• ;¦ Ï ¦ ' ; • -Vi - y/f/mUi #K/C£&/tM- mUm MÈÈËÊÈ mm wÆm :,p •>:.! ¦ - ¦ ¦¦¦'.i.-.: Applicable sur les appels effectues au moyen de l’interurbain automatique.Une facturation minimale de 200$ est requise.fe v, .: L-i'v-.- ÿsêfiêi&fïffi.tri** H ' £*: KW "WWW, .II up IHÉ «•7 • A • «««K.' 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