Le devoir, 19 mai 1993, Page(s) complémentaire(s)
(/ -?FONDE EN 1910 ^ LE DEVOIR Vol.I.X X X I V .No I I .1 ( i, i s i M () N T II E A I,.I.E M E II ( II E DI I II M Al I il II I! ;* c T I1 S T V Q T o r o ii I o 8 ô c PERSPECTIVES Du bout de la langue Jean Dion «C’est la dernière chose dont nous ayons besoin», affirment les ténors nationalistes en parlant de.la réouverture du débat linguistique et des déchirements qui accompagnent toujours cet exercice.Mais est-ce, comme on le dit officiellement, parce qu’on a la «paix» linguistique et qu’on devrait s’occuper d’économie?Ou devrait-on plutôt observer que la montée aux barricades se fait attendre?En annonçant que le premier effort de mobilisation consistera en un «blitz d’information» dans les régions du Québec, les responsables de la Coalition contre le projet de loi 86 se trouvent, bien malgré eux, à renvoyer l’image d’un mouvement qui n’a pas su, dès le départ, ameuter suffisamment l’opinion publique montréalaise.Pourtant, on n’apprendra rien à personne en rappelant que Montréal est le coeur, l’âme, le noeud et le théâtre de toute bataille linguistique.Depuis 30 ans, c’est dans ses rues, ses commerces et ses écoles que les lois 63, 22, 101 et 178 ont subi le test du réel.En échouant quelquefois, en réussissant à d’autres moments, mais toujours en suscitant la plus viscérale des réactions.Or, voici que les gardiens de la francité appellent les Rouyn-Noranda, Chicoutimi, Rimouski et autres Trois-Rivières à la rescousse de la grande cité cosmopolite qui se fait tirer l’oreille malgré le «danger», voire la «catastrophe», qui la guettent.Et à l’objection qu’il n’y a pas l’ombre du reflet d’une menace de l’envahissement de l’anglais dans ces villes, la parade est toute trouvée: en dépit des apparences, elles ne sont pas à l’abri.Car, prédisent-ils, lorsque le conseil d’administration de XYZ Corporation, à Toronto, élaborera une politique d’affichage ou de publicité pour le Québec, il ne s’empêtrera pas dans les fleurs du tapis et adoptera la même stratégie résolument bilingue pour Matane et Beaconsfîeld.Bien que lointaine, l’hypothèse reste plausible.Mais la question se pose quand même: à cent lieues du baril de poudre montréalais, les régions seront-elles assez altruistes — et conscientisées — pour accepter d’aller au front au nom de la métropole?Et d’abord, pourquoi celle-ci ne «lève»-t-elle pas?Là encore, la réplique est prête.Elle exhale d’ailleurs des parfums de psychanalyse collective qui ne sont pas sans rappeler les grandes heures du mouvement de décolonisation des peuples opprimés.Ainsi, à propos des régions, Sylvain Simard, du Mouvement national des Québécois, parlera de «sentiment de fausse sécurité».Reprenant les sondages favorables à l’assouplissement de l’unilinguisme, Jean Dorion, de la SS-JBM, évoquera de son côté «l’honnête homme, généreux mais qui n’a pas réfléchi».Et Camille Laurin d’ajouter qu’on a «culpabilisé» les Québécois à renforts de clause nonobstant et d’avis des Nations unies.En d’autres termes: nous allons vous expliquer scientifiquement le problème, vous allez tout comprendre et vous adhérerez dès lors à notre cause.C’est sur cette force de persuasion, justement, de même que sur la précision de la menace qu’a représentée le dépôt du projet de loi 86, que jouent les nationalistes pour se dire assurés de gagner le combat de la mobilisation.Pour se convaincre du succès de l’entreprise, font-ils valoir, on n’a qu’à regarder ce qui s’est produit en transformera 1988, lorsque l’opinion publique a effectué un virage à 180 degrés en l’es-en pace de quelques semaines.Mais en ces temps-là, c’étaient les effervescence balcons et les fenêtres de Montréal „ , qui scandaient silencieusement Ne avec 1 appui touchez pas à la loi 101, et les rues de H r'oi n Montréal qui accueillaient les manifs ties regions.monstres, Aujourd’hui, on espère que l'indignatiop et le soulèvement naîtront dans un sous-sol de Sept-îles ou un club social de Drummondville, là où la francisation des immigrants et la langue des contrats de travail peuvent difficilement être considérées comme des problèmes quotidiens.En portant la lutte en terrain conquis, la Coalition contre le projet de loi 86 fait donc le calcul que le relatif désintéressement des Montréalais se transformera en effervescence lorsque les régions auront témoigné haut et fort de leur appui, lorsque la métropole ne se sentira plus seule dans l’adversité.Certains y verront une stratégie logique, susceptible de donner lieu à un crescendo dont Montréal serait le paroxysme.D’autres, probablement plus nombreux, n’y verront qu’une manoeuvre de dernier recours.Dans un cas comme dans l’autre, la tâche est lourde.Car si le sondage que publie aujourd’hui LE DEVOIR montre que l’unilinguisme a la faveur d’une mince majorité de francophones du grand Montréal, il reste à «impliquer» ces gens, seule façon de faire éventuellement plier le gouvernement.«Rien n’est exclu» en termes d’activités, a indiqué lundi Guy Bouthillier, du MQE.Y compris d’autres manifestations.Mais si la tendance se maintient, les chances sont bonnes qu’il y ait plus de monde au défile de la Coupe Stanley.En portant la lutte en terrain conquis, la Coalition fait le calcul que la relative apathie des Montréalais se 1 N I) Les Actualités .A2 Agenda culturel .117 Annonces et tué*-s.IM Avis publics.B2 Culture.B8 Découverte.B1 Économie.A6 E X Éditorial.A8 Idées.Ai) Le Monde.B3 '(P Montréal.A3 Météo Mots croisés B2 Ciel variable Politique.A5 Max.: 16 Ixs Sports.B6 Détails en B4 DÉCOUVERTES 3000 cerveaux au rendez-vous de Rimouski LE MONDE va c, Le OUI danois soulage l'Europe ïïÆey LES SPORTS Le Canadien gagne en 5e période PAGE B-l PAGE B-3 PAGE B-6 Sondage LE DEVOIR-SONDAGEM Le bilinguisme divise les Montréalais L’affichage dans les deux langues obtient l’appui de la majorité, mais pas celui des francophones PIERRE O’NEILL LE DEVOIR Le bilinguisme dans l’affichage commercial reçoit l’appui de la majorité(56,9%) des Montréalais de la grande région métropolitaine, anglophones, allophones et francophones confondus.En contrepartie, les Montréalais francophones sont majoritairement (56,4%) favorables à l’affichage unilingue français.Ces conclusions ressortent d’un sondage dont Le DEVOIR a confié la réalisation à SONDAGEM, en collabo- ration avec Guy Lachapelle, professeur de science politique à l’Université Concordia.Cette enquête d’opinion publique, portant principalement sur la question linguistique, et dont la méthodologie parait en page A-10, a été effectuée auprès de 508 résidants de la grande région montréalaise, entre le 12 et le 16 mai, soit une semaine après que le ministre Claude Ryan eut déposé le projet de loi 86 devant l’Assemblée nationale.«Personnellement, préférez-vous que l’affichage commercial au Québec demeure en français comme présentement, ou qu’il puisse se faire en français et en anglais, comme le propose le gouvernement?» En réponse à cette ques- tion, 56,9% des Montréalais ont dit préférer l’usage des deux langues, alors que 43,1% ont opté |x>ur le français seulement.lx“ bilinguisme a recueilli la faveur de 43.6% des francophones, 95,3% des anglophones et 79,6% des allophones.Pour sa part, l’unilinguisme obtient la préférence de 56,4% des francophones, 4,7% des anglophones et 20,4% des allophones.Ijes sondeurs avaient en outre pour mandat de s’enquérir des angoisses socio-linguistiques de celte population, de vérifier sa compréhension et son appréciation VOIR PAGE A-10: SONDAGE La vie en rose im PHOTO JACQUES NADEAU IL FAUT ARRIVER au bon moment pour admirer la floraison spectaculaire du pommetier décoratif, qui ne met que 10 jours à passer du blanc pur aux dégradés de rose, puis au pourpre.Notre photographe n'a pas manqué l’occasion de croquer le végétal haut en couleur, hier, au Jardin botanique de Montréal, à l’occasion de l'arrivée des arbres fleuris.Mme Yolande Désourdy en a aussi profité pour aller y voir de plus près.Augustin Roy subit les foudres du ministre Savoie ISABELLE PARÉ LE DEVOIR Les propos controversés tenus par le grand patron des médecins, le Dr Augustin Roy, ont déclenché hier une tempête de réactions et les foudres du ministre Raymond Savoie, responsable de l’application des lois professionnelles, qui a réclamé une enquête sur ces déclarations.«On va donner des suites à cette déclaration qu’on juge déplorable et inacceptable», a déclaré hier à Québec le ministre Savoie, après avoir pressé l’Office des professions de lui faire rapport, dans les meilleurs délais, sur les commentaires faits par le président de la Corporation des médecins.Vendredi dernier, le Dr Roy a tourné en dérision devant quelque 200 médecins réunis en assemblée le cas d’une plainte pour agression sexuelle rejetée par sa corporation.Dans son allocution, il a laissé entendre VOIR PAGE A-1U: FOUDRES Il cacciatore ne cavale plus La police italienne arrête le numéro 2 de la mafia D’APRES REUTER ET AFP Rome — L’ex-représentant en chaussures Benedetto «Nitto» Santapaola a su jouer des coudes pour passer des tentacules à la tête de la «pieuvre».Le bras droit du parrain Salvatore «Toto» Riina a été arrêté hier après une cavale de 12 ans.On pense qu’il avait pris les rênes de la mafia après l’arrestation de son patron le 15 janvier dernier.«Santapaola était le numéro deux dans la hiérarchie, l’allié le plus féroce de Riina», a déclaré le ministre de l’Intérieur Nicola Mancino.Surnommé «il cacciatore» (le chasseur), Santapaola était recherché pour le meurtre du général Carlo Alberto Dalla Chiesa à Palerme en septembre 1982.Le général avait été dépêché en Sicile pour diriger la lutte contre «l’honorable société».Le ministre de l’Intérieur, quelques heures après l’arrestation de Santapaola, a tenu VOIR PAGE A-10: MAFIA Les ailes d’un ange déchu Une quasi émeute à Cannes pour voir le dernier WimWenders: Si loin, si proche ODILE TREMBLAY ENVOYÉE SPÉCIALE DU DEVOIR À CANNES A l’encontre du Ffm de Montréal, le festival de Cannes n’est pas destiné au grand public.Il s’adresse plutôt aux professionnels du milieu: producteurs, acheteurs, cinéastes, acteurs, critiques, etc., qui s’avèrent fort nombreux au demeurant, et pro- viennent du monde entier: 25 000 accrédités arborent à la boutonnière ou au cou la carte don- >v nant accès au fameux Palais.Sur ce nombre, ^ une faune s’agite particulièrement comme des abeilles dans leur ruche, faune levée au chant du coq pour les visionnements de huit heures C et demie — on la reconnaît à la blancheur de son teint — qui fréquente les salles obscures plutôt que les plages de la Croisette: les journalistes.Nous sommes 4000 représentants de la presse écrite et électronique, accrédités durant les 11 jours du marathon cinéphilique.4000 classés en cinq catégories, plus ou V u r / 4 N ^ moins «gratas», selon qu’on nous a octroyé des cartes jaunes, roses ou blanches, avec ou sans pastilles (la pastille jaune collée sur la carte est un sésame autorisant un plus grand nombre de visionnements).La blanche, c’est le fin du fin, celle qui permet d’assister aux projections de galas (et que les happy few du Monde ou du Figaro arborent avec hauteur).Les sous-classes (jaunes et bleues) sont quant à elles reléguées au balcon par un placier dédaigneux, ou même refoulées si la place manque.Le tirage, la périodicité, l’importance réelle ou présumée du média — les critères semblent un peu fluctuants — (incidemment LE DEVOIR est bien coté) déterminent ces catégories.Cannes est la société la plus hiérarchisée du monde, et mieux vaut se voir bien classé.Cette horde journalistique se pile un peu sur les pieds.VOIR PAGE A-10: CANNES PHOTO AP Nastassia Kinski, une des têtes d’affiche de Si loin, si proche, de Wim Wenders, était de passage à Cannes, hier.I A 10 I.E 1) E V I) I R, I, E M E It C It EDI I !) M Al 19 9 3 -* LE DEVOIR ?-—- ACTUALITES SONDAGE Méthodologie 56,4% des francophones favorisent Vaffichage unilingue SUITE DE LA PAGE 1 des politiques gouvernementales.Enfin, de voir clans quelle mesure le débat linguistique préoccupe ou irrite les divers groupes linguistiques.Les derniers sondages sur la question linguistique remontent au mois dernier et ont tous été réalisés auprès de l’ensemble des Québécois.Celui-ci a la caractéristique de s’adresser aux premiers concernés, les gens de la grande région de Montréal.Par delà les préférences qui y sont exprimées en faveur de l’affichage bilingue, le sondage indique que 79*16 des Montréalais croient que le français «a besoin» d’être protégé, une opinion qui est partagée par 90% des francophones, 49,3% des anglophones et 65.9% des allophones.Dans le même ordre d’idées, 56% des Montréalais sont d’avis que les lois sur la langue française «ne sont pas suffisamment appliquées».Point de vue que partagent 75,2% des francophones mais que contestent 83,7% des anglophones.La décision du ministre Ryan de relancer le débat public et de modifier la législation inspire des sentiments contradictoires.Plus des deux tiers des Montréalais (64,6%) croient que c’est «dangereux».Seulement 62,7% des francophones sont de cet avis, mais 88,9% des anglophones y souscrivent.Par contre, pour plus de la moitié des Montréalais (53,1%) c’est un «mauvais moment» pour abaisser les exigences des lois qui protègent le français.Préoccupation que partagent 68,2% des francophones, alors que 72,8% des anglophones estiment que c’est «un bon moment».Si les Montréalais ne voient pas l’initiative gouvernementale d’un bon oeil, c’est qu’ils sont aussi nombreux (61,9%) à juger que les lois linguistiques actuelles respectent les droits de la minorité angîophone.Un jugement endossé par 77,9% des francophones mais contes- té par 70,5% des anglophones.Dans ce cas-ci, les allophones (50,6%) se rangent derrière les francophones.Pour 65% des Montréal, une autre raison prêche pour que le gouvernement s’abstienne d’intervenir à nouveau dans ce dossier: «Accorder l’affichage bilingue maintenant va encourager les anglophones à réclamer d’autres changements à la loi».75,1% des francophones et 58% des allophones sont d’accord avec cette affirmation, tandis que 60,9% des anglophones la rejette.Les Québécois sont-ils démotivés présentement pour réagir aux questions linguistiques?Sur ce point, il y a consensus: 60,2% des Montréalais, 77,7% des francophones, 59,2% des anglophones et 50,8% des allophones souscrivent à cette analyse du climat social.Quant à l’avenir du français au Québec, 57,2% des Montréalais se disent optimistes.Les anglophones à 67,2% le sont davantage que les francophones à 54,7%.Les Montréalais sont plus nombreux à trouver que la situation du français s’est améliorée à l’école, au travail et dans les commerces.Le politicologue Guy Lachapelle note que le sondage fait ressortir l’ambiguïté des Montréalais en ce qu’ils se montrent préoccupés par la protection du français tout en reconnaissant la nécessité d’une ouverture sur le bilinguisme.Il s’étonne par ailleurs de la méfiance des francophones à l’égard de l’action gouvernementale ainsi que du pessimisme qui les habite.Il lui paraît évident que les francophones craignent que les anglophones formulent de nouvelles revendications au détriment du français.Enfin, le professeur Lachapelle fait observer qu’il est toujours difficile à travers cet instrument du sondage de cerner la relation en,tre l’attitude des gens et l’action gouvernementale.A cet égard, il rappelle que le sentiment populaire sur la question linguistique est tributaire des événements et peut varier sensiblement en très peu de temps.57,2% des Montréalais se disent optimistes quant à l’avenir du français au Québec.Ce sondage a été réalisé par LE DEVOIR en collaboration avec Guy Lachapelle, professeur de science politique à l’Université Concordia.Au total, 508 entrevues ont été réalisées dans la région métropolitaine de Montréal par SON-DAGEM Inc.L’échantillon probabiliste généré par ordinateur couvre l’ensemble de la région métropolitaine, jusqu’à Ri-gaud vers l’ouest, Repentigny et Le-gardeur vers l’est, le sud jusqu’à Candiac et Mirabel au nord.Il a été découpé en trois strates proportionnelles et pondéré de façon à neutraliser les fluctuations du taux de réponse traditionnellement plus élevé à Laval et sur la Rive-Sud qu’au centre-ville de Montréal.Les répondants étaient sélectionnés dans le ménage au moyen d’une grille aléatoire appliquée auprès des personnes de 18 ans et plus résidant en permanence dans ce foyer.Aucune substitution de ménage ou de personne n’était permise dans ce sondage.Des 877 numéros de téléphone valides, il a été possible de compléter 508 entrevues donnant un taux de réponse de 57,9%.Les ménages sélectionnés qui n’ont pas participé au sondage se distribuent ainsi: 205 ont refusé de collaborer, 130 sont demeurés sans réponse après plus de 8 appels et 34 personnes étaient absentes du foyer du 12 au 16 mai, période au cours de laquelle le sondage fut réalisé.On estime que la marge d’erreur maximale d’un tel sondage est comprise dans un intervalle de plus ou moins 4,4%, 19 fois sur 20.MAFIA 25 mafieux toujours parmi les plus recherchés FOUDRES Des propos cités hors contexte, dit Roy SUITE DE LA PAGE 1 à mettre en garde le Parlement italien contre d’éventuels attentats destinés à détourner l’attention des bastions traditionnels de la mafia dans le Sud.Le mafioso Santapaola avait été reconnu coupable de meurtre, trafic de drogue et association de malfaiteurs et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité lors du grand procès collectif de la mafia en décembre 1987.Il fut par la suite acquitté en appel.D’après la télévision italienne, Santapaola serait également impliqué dans l’assassinat des juges anti-mafia GiQvanni Falcone et Paolo Borsellino l’année dernière.Agé de 54 ans et natif de Catane, le marchand de chaussures ambulant s’était d’abord reconverti dans le racket avant de passer au trafic d’héroïne et de cocaïne, mais il était surtout connu en tant que chef de l’une des unités armées les plus féroces de la Mafia.Un mandat d’amener pour le meurtre, en 1980, du maire de la ville sicilienne de Castelvetrano l’a poussé à prendre la clé des champs.Il fut arrêté à un barrage de police, non loin du lieu du crime, mais relâché dans l’attente d’un complément d’enquête.La photographie la plus récente que la police possédait de lui datait de 15 ans.Bien qu’étant en fuite, Santapaola a accédé au sommet de l’échelle mafieuse par le biais de règlements de compte et s’est imposé comme le chef incontesté de la pègre de Catane, à l’ombre de 1’Etna.L’arrestation de Santapaola lui-même a eu lieu en douceur à l’aube dans une ferme non gardée de l’Est de la Sicile, où le mafioso passait la nuit avec son épouse.La direction de la Cosa Nostra semble désormais revenir à Leoluca Bagarella, beau-frère de Riina, Pietro Alieri et Mariano Troia.Ce dernier était totalement inconnu de la police jusqu’à ce qu’il soit dénoncé par des mafiosi repentis en 1992.Regain de confiance des Italiens Benedetto Santapaola Un an après l’assassinat du juge Falcone, les autorités italiennes ont donc appréhendé les principaux chefs de la mafia, mais l’attentat à la voiture piégée vendredi dernier à Rome montre que la criminalité organisée est toujours capable de frapper.L’arrestation de Santapaola a redonné confiance aux Italiens à quelques jours d’un anniversaire qui rappelle certaines heures parmi les plus sombres du pays.Le 23 mai 1992, Giovanni Falcone est assassiné en compagnie de son épouse et de trois hommes d’escorte, près de Palerme, dans un attentat d’une incroyable violence.Le «massacre de Capaci», du nom de la localité, bouleverse l’Italie.Pour éliminer le juge symbole de la lutte contre la mafia, les clans n’ont pas hésité à pulvériser 100 mètres d’autoroute.Le pays à la dérive se dote deux jours plus tard d’un nouveau président de la République, Oscar Luigi Scal-faro, pour tenter de restaurer l’autorité de l’État.Mais la mort du juge Falcone ne provoquera pas la mobilisation nécessaire pour ébranler la forteresse mafieuse.Deux mois plus tard, le juge Paolo Borsellino et cinq agents d’escorte sont à leur tour assassinés, Via D’Amelio à Palerme.La fracture entre la population italienne, notamment en Sicile, et la classe politique, accusée de protéger la mafia, éclate alors au grand jour.Les politiciens conspués doivent battre en retraite lors des funérailles des victimes.Début août, le gouvernement de Giuliano Amato an-ponce une série de mesures spectaculaires: déploiement de l’armée en Sicile pour reprendre le contrôle du territoire, limogeage des chefs des services secrets ét des préfets de Palerme, vote d’une nouvelle loi renforçant la lutte contre la Cosa Nostra.J La nouvelle donne va ouvrir «le temps des repen- !is».Assurés d’une meilleure protection, dégoûtés parois par la dérive terroriste de l’organisation, des dizaines de mafieux acceptent de collaborer avec la justice.La police multiplie les arrestations.Giuseppe Madonia, puissant chef de clan, membre de la Coupole, le «gouvernement» occulte de la mafia, est appréhendé le 6 septembre.Le chef de la Camor-ra, la mafia napolitaine, Carmine Alfieri, tombe le 10 septembre.Des membres des autres familles mafieuses, comme la N’drangheta (calabre) et la Sacra Corona unita (Pouilles) sont arrêtés en Italie, mais aussi en France et dans plusieurs pays d’Amérique du Sud, avant d’être extradés.Au total, plus d’une centaine de dangereux mafieux ont été arrêtés en moins d’un an.Point d’orgue le 15 janvier dernier, avec l’arrestation de Toto Riina, 62 ans, chef présumé de la mafia, en fuite depuis plus de 20 ans.La capture du «boss des boss» porte un coup très dur à l’organisation, ébranlée par la capacité de réaction des autorités.Premier visé: Andreotti Les «repentis» acceptent enfin d’évoquer les liens entre mafia et pouvoir politique que les plus aguerris d’entre eux, comme Tommaso Buscetta avaient toujours refusé d’aborder.Premier visé: Giulio Andreotti, chef du gouvernement il y a tout juste un an, est accusé de complicité avec la mafia.Les autorités multiplient les mises en garde contre une réaction sanglante de la criminalité.La réponse arrive vendredi dernier, une voiture piégée explose dans un quartier résidentiel de Rome, faisant 23 blessés.Le carnage est évité de justesse.Cible probable de l’attentat: le journaliste Maurizio Costanzo, connu pour ses prises de positions et ses campagnes anti-mafia.L’explosion rappelle les massacres de Capaci et de Via D’Amalio.La mafia a raté son coup, mais elle a montré qu’elle pouvait frapper où elle veut, quand elle le veut.L’arrestation 4 jours plus tard de Nitto Santapaola, chef du clan des Catanais, candidat à la succession de Riina à la tête de l’organisation, montre que les autorités n’ont pas baissé les bras.Pour le ministre de la justice Giovanni Conso, «c’est le meilleur hommage que l’on pouvait rendre à Giovanni Falcone».Vingt-cinq dangereux mafieux figurent toujours sur la liste des personnes les plus recherchées d’Italie et la bataille pour la succession a déjà commencé.Quelques heures après l’arrestation du «boss», des détenus de la prison de Palerme ont manifesté dans leurs cellules, lançant des morceaux de chiffons enflammés dans la cour, suspendant aux fenêtres un drap avec l’inscription: «nous avons faim, nous manifestons pour nos droits», selon des sources au sein de l’administration pénitentiaire.Ix*s détenus contestent notamment, selon leurs déclarations, les mesures de restrictions décidées par le gouvernement il y a quelque temps dans le cadre d’une série de mesures anti-mafia.Ils s’insurgent notamment contre la lenteur des procédures pour obtenir l’autorisation de visite des parents, dit-on de mêmes sources.D’importantes forces ont été déployées autour de la prison.Le calme est progressivement revenu dans le pénitencier, a-t-on ajouté.D’autre part, un juge a été arrêté lors d’une opération lancée contre la camorra (mafia napolitaine) qui s’est soldée au total par treize arrestations.Le juge Alfonso Lamberti, président de la section des mesures de surveillance de la cour d’appel de Naples, est accusé d’avoir à plusieurs reprises annulé des mesures d’incarcération et de saisie de biens appartenant a des chefs de la camorra dont le «boss» Carmine Alfieri.Mais le magistrat aurait aussi commandité à la camorra des attentats à l’explosif contre son ex-épouse, une enseignante, ainsi que contre un professeur qu’il soupçonnait d’être son amant.Il aurait enfin reçu de la camorra, en échange de ses bons services, de très fortes sommes et des bijoux.L’arrestation du juge I-amberti — qui avait déjà eu maille à partir avec ses confrères, et avait affronté, avec succès, une enquête disciplinaire du Conseil supérieur de la magistrature (organe exécutif des magistrats) — et l’arrestation des «camorristes» dont son cousin Domenico Lamberti, propriété d’une société pétrolière, et un constructeur, Antonio Di Donato, ont été rendues possibles grâce aux révélations du «repenti» de la camorra Pasquale Galasso.PHOTO AP SUITE DE LA PAGE 1 que la plaignante était «folle» et que le fait d’être avocate ne l’empêchait pas «d’être malade».Le ministre Savoie a dit toutefois ne détenir aucun pouvoir lui permettant d’exiger la démission du Dr Roy, sinon un «pouvoir moral considérable».Les réprimandes et les sanctions, si elles viennent, ne pourront venir que de la Corporation des médecins elle-même, a fait remarquer hier le député Rémy Trudel, critique de l’opposition en matière de santé.Sans réclamer la tête du Dr Roy, ce dernier a invité les médecins à faire en sorte que «le iinge se lave à l’intérieur de la corporation des médecins».«Nul ne peut prétendre se faire justice soi-même au Québec.Ça fies déclarations) reflète l’attitude dans les corporations.Le public va s’imaginer toutes sortes de choses sur ce qui se passe dans les comités de justice entre pairs.Il faut sortir les comités de disciplines des corporations», a insisté le député.Ses commentaires déplorables, croit l’opposition, rappelle l’urgence de réformer le Code des professions de «A à Z», notamment le système de traitement des plaintes.Pris à parti sur les lignes ouvertes à la radio, le Dr Roy s’est défendu hier en répétant que ces propos avaient été faits «hors contexte».Pas question de démissionner, a-t-il déclaré à la radio, dénonçant le «sensationnalisme» des médias dans cette affaire.Visiblement consterné, M.Thomas Mulcair, président de l’Office des professions, a dit hier qu’il ne «trouvait pas les mots pour décrire cette situation».«C’est déso-îant», a-t-il dit.Limité dans ses pouvoirs, l’Office des professions souhaiterait obtenir ceîui d’enquêter et même de recommander la mise sous tutelle des corporations qui agissent à l’encontre de l’intérêt public.Le Protecteur du citoyen, Me Daniel Jacoby, a jugé tout aussi gravement la bévue du président de la corporation.«A partir du moment où il y a des écarts de langage aussi forts, on peut s’interroger sur le respect des droits», a-t-il déploré.Le Dr Roy a dérogé à l’éthique de sa propre profession en brisant la confidentialité devant être accordée à toute plainte examinée par le syndic de sa corporation.«D y a là une forme d’ingérence qui créé l’intimidation, croit Me Jacoby.Le président ne démontre pas l’impartialité et la sérénité attendues de la part d’un président de corporation.Ceux qui se plaignent vont-ils retrouver leur caq dévoilé sur la place publique?».A la demande de la plaignante, le Protecteur du citoyen fait maintenant enquête sur la façon dont les deux plaintes faites à la Corporation professionnelle des médecins ont été étudiées.Me Jacoby a pressé cet hiver le gouvernement de md-difier le Code de professions pour faire en sorte que les syndics chargés de faire enquête sur les plaintes soient indépendants des corporations professionnelles et que des citoyens siègent sur les comités disciplinaires.A son avis, le manque de transparence du processus actuel explique le petit nombre de plaintes traitées par les comités de discipline.Dès quelque 3225 plaintes faites aux 41 corporations en 1990-91, seulement 222 ont abouti devant les comités de discipline, fait remarquer Mq Jacoby.A la Corporation des médecins, 30 plaintes de nature sexuelle ont été faites au syndic en 1992:14 ont été rejetées, quatre autres «retenues» mais non référées, faute de preuve.Somme toute, 14 seront jugées par le comité de discipline.Par ailleurs, le groupe RAPT, qui vient en aide aux victimes d’abus sexuels de la part de médecins, de psychologues et de thérapeutes, estime que le Dr Roy fait montre «d’un manque total de jugement et de compassion envers les gens qui s’estiment lésés».«Tourner cela en dérision, ce n’est pas humain», a dit, hébétée, Mme Hélène Dufresne, présidente de RAPT.Cette dernière a d’ailleurs fait savoir que la plaignante, aidée par son association, n’avait jamais été rencontrée par qui que ce soit à la Corporation des médecins.Tous les échanges se sont faits par lettre.«On lui a répondu que ces preuves étaient étanches», a dit Mme Dufresne.: CANNES Piétinée pour un mauvais film SUITE DE LA PAGE 1 Ne serait-ce que parce que les plus grandes salles de visionnement contiennent seulement 2000 places, d’autres, à peine 1000.Parfois la foule médiatique se rue au portillon.Les projections de presse sont du sport, pas toujours d’équipe, et le journaliste a tout intérêt à se lever de bonne heure pour réserver sa place.Dans le pire des cas, quand la séance est très courue, le retardataire devra jouer du coude, voire piétiner son voisin.A la guerre comme à la guerre! Lundi soir dernier, il y eut quasi émeute au cinéma Ambassade, bousculade et étouffement, et même coups de poings échangés entre deux dignes journalistes qui revendiquaient le même siège.Grattez le vernis de civilisation, la bête réapparaît.La raison de cette cohue était la représentation de la suite tant attendue des «Ailes du désir» de Wim Wenders.Si loin, si proche.Or, le plus opaque secret entourait l’oeuvre en question et les commères de la Croisette n’avaient récolté aucune fuite permettant par anticipation de se faire une idée de la valeur du film, Bon?Pas bon?Le mystère demeurait complet.Pour les cinéphiles, Les ailes du désir (réalisé en 87) est demeuré un mythe, film culte par sa qualité, sa poésie, mais aussi par sa portée désormais historique, en tant que reflet d’une époque.Le chef-d’oeuvre de Wim Wenders racontait Berlin sur fond d’un mur survolé à ailes d’anges, un Berlin désormais disparu de la face du monde.Disons-le tout de suite: Si loin, si proche m’a amèrement déçue, en me faisant regretter d’avoir été quasi piétinée pour le voir.Je vous ferai grâce du récit détaillé de cette intrigue échevelée qui part en tous sens, mêlant des poursuites policières à des réflexions philosophiques, en une grande marmite de genres.L’action se situe dans un Berlin réunifié, en proie aux démons occidentaux: violence, soif du lucre, drogue, etc.L’ange numéro deux Cassiel (Otto Sander) tombera à son tour du ciel pour joindre les rangs des mortels éphémères, assister à leur dégradation et se clochardiser, son copain Damiel ne pouvait rien pour l’aider à se faire au monde des hommes.Hélas, Si loin, si proche se révèle sentencieux, préten- tieux, rempli d’aphorismes bavards et creux déversés à pleine volée.Il y a bien partout des reflets des thèmes anciens, un même traitement aussi, avec les acteurs déjà présents dans Les ailes du désir les Otto Sander, les Peter Falk, les Bruno Ganz, les Solveig Dommartin, à qui on a adjoint — ce qui n’est pas rien — une Nastassja Kinski, et même, clou du spectacle.un Mikhail Gorbatchev qui y va de quelques répliques, prouvant — comme Reagan avant lui — que politique et art dramatique sont frères.C’est peut-être le début d’une grande carrière pour l’ex-chef du Kremlin.On verra.Ce qui ne fait pas avancer le film de Wenders pour autant.Les ailes du désir si sublimes, nous sont resservies froides sans la grâce, sur le mode pesant, et sans rien ajouter de neuf à la lumineuse performance de jadis.Une suite mal bâtie, confuse, et qui pourtant offre ça et là des images superbes et éparses, des scènes d’acrobates dans des hangars de fin du monde, des vols d’anges entre les statues ailées de Berlin, qui nous donnent la nostalgie de l’oeuvre initiale.Mais le chaos du film reprend vite son cours, et ça dure et dure.près de trois heures.Vraiment, depuis Jusqu’au bout du monde, Wenders semble voir tellement grand qu’il en perd de vue l’essentiel: créer une oeuvre cohérente, belle, faite de l’art.Donnez l'espoir ! qui fait vivre.La Fondation canadienne DU REIN s lî (i I.K I) K V 0 I II .I.K M K It I II K II I I II M Al I II II II LE DEVOIR LES SPORTS Dixième victoire de suite du Tricolore dans les séries G i l l e s - c .MARCOTTE ?T i L es Glorieux sont des jeunes hommes plutôt sérieux, livrés à de graves besognes, à quelque mission même, celle surtout de porter bien haut le vaste flambeau tricolore, lourd d’une tradition d’excellence reconnue à travers le continent et inscrite en grosses lettres dans le grand livre des records: 23 Coupes Stanley.Plus que quiconque.„ ; Ces athlètes-là sourient pourtant, comme rarement, ces temps-ci, s’amusent même, sur la patinoire, dans le vestiaire, enfin, partout où on peut les apercevoir.Neuf victoires d’affilée avant-hier soir, même si les plus importantes restent à venir, cela donne une assurance.Tout respire donc ce fameux esprit d’équipe, sans lequel, on leur à répété à satiété depuis qu’ils jouent pi-oui, sans lequel, on ne peut aspirer aux plus grands honneurs.A la grande parade.Ils ont tous appris, très jeunes, la leçon et jjs la récitent, et la débitent avec •d’autant plus de foi qu’il n’y a pas chez eux ni Lemieux, ni Gretzky, aucun joueur dominant, pas de méga-vedette qui gagne 10, 20, 30 /pis plus que son ailier gauche.Une harmonie, une confiance, la Àpie même de faire son métier, dégoulinent, discrètement, de haut tin bas du gr
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