Le devoir, 10 avril 1993, Cahier D
f ¦ r,: ¦.• ¦Ml.>•* fcisi; iêÊSm j»sgç «&¦ ÉÉiÉfa*** X é*Sÿ t .*.* .:¦< ¦»», mÉÊÉm mm ^ # Québec, foyer littéraire Depuis le temps que la ville | est muse.* i FRANCINE BORDELEAU De passage à Québec en 1839, William Kirby, loyaliste anglais que rendra célèbre, bien des années plus tard, un roman gothique intitulé Le Chien d'or, s’arrêtera souvent, rue Buade, devant ciette maison construite pour le chirurgien Thimothée Roussel à la fin du XVIIe siècle; c’est son bas-relief iijnité d’une résidence située dans la petite ville française de Pézenoas, et représentant la figure d’un chien accompagné de ces vers: «Je suis un chien qui ronge l’os/En le rongeant je prends mon repos/Un temps viendra qui n’est pas venu/Que je mordrai qui m’aura mordu», qui fascine tant le futur romancier.• Il n’oubliera jamais la maison et spn bas-relief, et Québec, pour l’une c^es premières fois de son histoire, servira de cadre romanesque.Près q un siècle après Kirby, l’étrange Lo-v)ecraft fera à son tour le voyage, y vierra «la seule ville qui pourrait me f lire oublier un moment Charleston», et de retour dans sa Nouvelle-4nglelerre natale écrira, pour son sèul agrément, une description de la vjille de Québec.L’ouvrage n’était pas destiné à être publié, il le sera tput de même, et plus d’un bouqui-riiste de la rue Saint-Jean a eu l’opportunité de le placer — de surcroît dans la version originale To Québec and the Stars — bien en évidence d ans sa devanture, j Dans la foulée de Kirby et Love-cjraft, bon nombre d’écrivains d’ici qnt utilisé la capitale comme cadre, vioire «personnage» littéraire.! Parmi les plus célèbres chantres de Québec, on compte bien, il est vrai, quelques notes discordantes, (telle, par exemple, de Roger Leme-lin, dont toute l’oeuvre est un cri d’amour/haine adressé aux quartiers ouvriers de la basse ville, ces quartiers qui aujourd’hui encore embarrassent l'administration municipale.«11 se dégageait des habitations tassées une odeur de vie tenace, rétive au progrès (.).Des hommes étrangers s’étaient brûlés pour avoir voulu remuer le quartier et l’embellir.Seuls lès prêtres y étaient écoutés», lit-on ainsi dans Am pied de la pente douce.On ne saurait, non plus, faire fi du Ciel de Québec, une décapante chronique politique des années 1938-1939 que Jacques Ferron publiait aux éditions du Jour en 1969.Dans cette charge féroce et satirique contre les élites — clergé, politiciens et notables — de la capitale, Ferron dévoile cet esprit snobinard, bien «^bourgeois» qui a toujours été le grand travers de la ville.Pardonner à la belle Détails.Québec est belle et on lui pardonne tout.Avec sa «fenêtre ouverte sur le fleuve» (le quartier Petit-(thamplain), comme le dit l’expression consacrée, son arrondissement historique qui a conservé son caractère vieille France, ses sites naturels extraordinaires, elle est ce genre de vtille avec laquelle on entretient une relation passionnelle.Ici, sur la première marche d’un escalier public menant de la rue Saint-Denis à la rue Dufferin, le Pierre Morency de Lumière des oiseaux aura fait «une VOIR SUITE PAGE D-4: FOYER @ SPÉCIAL SALON DU LIVRE DE QUÉBEC MARIE LABERGE uébec n’est pas une ville, anodine.Est-ce parce que j’y suis née et que cela change définitivement la vision qu’on peut avoir d’une ville?J'y suis née mais je ne l’ai pas habitée tout de suite.Québec est une ville que j’ai désirée longtemps.Je l’ai rencontrée, rêvée, imaginée avant de m’en approcher.C’était à L’Ancienne-Lorette, la dernière maison de la rue St-Gabriel.Quand j’avais six ou sept ans, cette rue était encore en gravier et au bout, après notre maison, s’étendait le bois.O’ose à peine imaginer le petit développement propret qu’il doit y avoir là maintenant).Au deuxième étage, dans la grande chambre des filles (le dortoir: on était six filles et un garçon!), il y avait deux fenêtres.Mon père installait les «passes» au printemps confirmé, presqu’à l’été (pourquoi disons-nous les «passes», je ne sais plus; je me souviens du mot qui pour moi signifiait: laisser-passer-l’air-sans-laisser-passer-les-moustiques.On ne disait ni moustiquaire, ni screen).Ma mère sortait les passes vertes de la cave, elle les arrosait copieusement pour les dépoussiérer et on laissait entrer l’été dans la maison.La nuit venue, dans nos «baby-doll» sortis en même temps que les passes, la camisole enfin remisée avec la flanellette, je m’appuyais à la lucarne et je regardais la nuit en compagnie de ma soeur Francine.On entendait des grenouilles, des grillons.Quelquefois, l’air sifflait en traversant le fin grillage.On regardait la nuit sans rien dire, seulement ravies de cette splendeur.Si on fixait plus loin que la coulée (un abîme, un précipice dans ma mémoire d’enfant, probablement un simple affaissement de terrain au fond duquel la rivière coulait), plus loin que le clocher de l’église paroissiale qui pointait sévèrement vers le ciel, si on allait droit à l’horizon, au-delà des arbres touffus, on pouvait voir une traînée de lumières.Pas une centaine, non, des milliers de petites lumières serrées, compactes qui scintillaient inégalement, créant un mouvement imprécis, sorte d’ondoiement, comme si un tissu lumieux vibrait au loin, agité par une brise que de la lucarne, je ne pouvais pas sentir.Je croyais naïvement que c’était une robe du soir, un strass qui collait au paysage, définissait ses contours volup- tueux, je croyais que cette ville que j’aperçevais de si loin était faite pour les plaisirs nocturnes et la luxure.Quand ma mère sortait avec mon père, quand elle portait cettê robe de taffetas noire décolletée, ses bijoux de cristal de roche (ses diamants) et ses petits souliers à talons hauts, quand Shalimar de Guerlain nous bordait, je courais regarder la ville briller au loin, certaine que ma mère avait sa part de lumière dans cette pléiade.J’ai observé ces lumières longtemps.Presque chaque soir.Je les regardais et je rêvais à Québec, la ville qui me faisait ces clins d’oeil.Je rêvais d’en faire partie et je me demandais si on «sentait» la brillance de la ville quand on y habitait.Plus tard, vers neuf-dix ans, le samedi matin, mon père m’emmenait avec lui dans la Plymouth noire et il me déposait rue Ste-Anne coin Ste-Angèle, en plein coeur de la ville, à la porte où mademoiselle Francis donnait ses cours de ballet.En fait, Mlle Francis donnait un cours de diction-ballet on ne faisait nos pliés et nos entrechats qu’au prix de longs exercices de prononciation.Je me souviens encore de l’odeur du vieux théâtre, du VOIR SUITE PAGE D-4: LUMIÈRES Entrée du Séminaire de Québec, circa 1900.PHOTOGRAPHE INCONNU/COLLECTION ARCHIVES NATIONALES DE QUÉBEC Les photographes autant que les écrivains ont été inspirés de tout temps par la beauté de la vieille ville.until oi utGAUrt \* unie mentale des hommes ri des femmes LES LUMIÈRES DE MA VILLE Des ouvrages éclairants en SANTÉ MENTALE En vente en librairie ou au (514) 449-7886 *aëtan morin ïditeur (%)) IA READAPTION PSYCHOSOCIALE EN PSYCHIATRIE Lise Tessier, Michèle Clément et Vesta Wagener-Jobidon mars 1992.25 $ IA SANTÉ MENTALE ET SES VISAGES G.Bibeau, A.M.Chan-Yip, M.Lick, C.Rousseau, C.Sterlin et H.Fleury avril 1992, 30 $ POUR DONNER UN SENS AU TRAVAIL M.Vézina, M.Cousineau, I).Mergler, A.Vinet et M.-C.iMtirendeau mai 1992, 25 $ LA VIEILLESSE: VOIE D’ÉVITEMENTOU VOIE D'AVENIR R.Champagne, F.ixtdouceur, H.de RavinelJ.Stryckman et D.Paul novembre 1992, 26 $ LE DÉFI DE L'ÉGALITÉ N.Guberman,].Broué, J Lindsay, L.Spector, L Blanchet, F.Dorion et F.Fréchette avril 1993,22$ LE SALON DU LIVRE DE I.K I) K V O I li , I.K S S A M K I) I I O H T I) I M A N C II K II A V H I I.I !) !) A L I V R E S STÉPHANE BAILLARGEON Salon du livre de québec L’édition 93 du Salon du livre de Québec est officiellement inaugurée cette semaine, jeudi le 15 avril à llhOO, au Centre municipal des Congrès de Québec.La formule est connue: pendant quelques jours, jusqu’au dimanche suivant en fait, les visiteurs peuvent bouquiner dans une sorte d’immense librairie (475 éditeurs représentés!), s’abandonner à une foule d’activités d’animation, et surtout rencontrer des dizaines et des dizaines d’écrivains, parler de leurs oeuvres, quémander des dédicaces.Les écrivains se ramassent à la pelle Des auteurs, il y en a pour tous les goûts.D’abord une quinzaine d’étrangers dont Anne-Marie Carat, prix Fémi-na 1992 pour Aden, Alexandre «Le Zèbre» Jardin, Bernard Weber qui a pondu les célébrissimes Fourmis, le poète et romancier belge Gaston Compère, Serge Filippi-ni auteur de Comoedia (Phébus), Irène Fabin, qui a le secret de grands succès romanesques comme Le Nabab et Secret de famille.Et puis, le gros du lot, 225 Québécois, parmi lesquels la journaliste Colette Beauchamp, auteure de Judith Jasmin, De feu et de flamme, le sociologue Jacques Grand’Maison qui arrive avec une enquête sur les baby-boomers intitulée Une génération bouc émissaire, le romancier Louis Hamelin et son Cowbow, le comédien-écrivain Robert Lalonde, le chansonnier-écrivain Plume La-traverse et son second roman, Pas d'admission sans histoire (VLB) et David Homel, qui a fait un malheur avec II pleut des rats (Leméac/Actes Sud).Les écrivains de Québec Ije Salon fait une place toute spéciale aux écrivains de la ville de Québec, parmi lesquels Marie Laberge, Yvon Brochu, Chrystine Brouillet, Denis Côté, André Ricard, Monique Proulx, Paul Ohl et Hans-Jürgen Greif.Café Alcan Cette année encore, le Café littéraire Alcan propose des rencontres avec des auteurs de différents genres littéraires: romans, essais, biographies, bandes dessinées, poésies, livres pratiques.Le 18 avril à 20h00, on y recevra même le chanteur Dan Bigras, qui a mis en musique des textes de plusieurs écrivains, Gilbert Langevin, Christian Mistral et Sylvie Massicote.Des prix Pas de salon du livre sans prix.Le soir même de l’ouverture, on dévoile tous les prix littéraires Desjardins, le Robert-Cliche, remis à un roman de la relève, le Adrien-ne-Choquette pour une recueil de nouvelles inédit, le Oc-tave-Crémazie pour un premier recueil de poèmes, le Monique-Corriveau, remis au meilleur livre jeunesse.On distribue deux autres récompenses au salon: le prix du 9e concours de nouvelles de Radio-Canada et celui du Concours littéraire Richelieu.Le salon du livre de Québec ferme ses portes le 19 avril, à 18h00.Admission générale: 5$; tarifs réduits (étudiants et âge d’or): 4$.Anne-Marie Garat Au Salon du livre de Québec ADEN «Un roman attachant, à la mécanique implacable.» Thierry Bayle, Lr Fierro miyasitr roman 2 M) paÿes, 29,95 S Anne-Marit Carat sera au Seuil le 16 avril, de 17 à 1H b le \ 7 avril, de u h 15 h de 19 à 20 h le 1H avril, de 15 à 16 b ITIONS DU SEUIL entre: les lignes t Ecrivain, mon semblable, mon frère LETTRE À MON ÉCRIVAIN éd Lacombe, comm.Claire Iximarche et ass.des libraires du Québec, 109 p.L’an dernier, venu de France, un petit ouvrage intitulé Lettre à l’écrivain qui a changé ma vie tombait comme un pavé rose dans la mare opaque des idées du jour voulant que la génération montante soit uniquement composée d’analphabètes vautrés devant leur petit écran.Les jeunes ne lisent plus?Allons donc! Et si on donnait la parole aux exceptions silencieuses.L’initiative avait été lancée par le Salon du livre de Paris qui invitait les 16-22 à écrire à leur auteur préféré.En avait résulté une pluie de missives enflammées, souvent d’une étonnante valeur littéraire, dans lesquelles les épistoliers évoquaient leur rencontre fulgurante avec la littérature.Ces lettres, publiées chez Gallimard s’adressaient aux plus grands maîtres: à Proust, à Balzac, à Claudel et révélaient le rapport intime tissé entre ces jeunes et leurs livres de prédilection.«Vos mots purs me tenaillent», confiait une Natacha à Marguerite Duras.J’avais dans cette chronique émis le désir que l’initiative soit reprise au Québec.Comme un écho à mes voeux, lancé conjointement par les éditions Lacombe, les communications Claire Lamarche et l’association des libraires du Québec, un concours invitait cette année les moins de 25 ans à écrire à leur auteur favori.Deux mille jeunes ont répondu à l’appel.Les meilleures lettres, désormais publiées, seront lancées la semaine prochaine au Salon du livre de Québec sous le titre Lettre à mon écrivain.Le comité de lecture fut stupéfait: Quels sont les trois écrivains qui reçurent la plus épaisse correspondance?Lucy Maud Montgomery, sa Anne et ses pignons verts, Stephen King, ses monstres et ses squelettes.Et qui d’autre?je vous le donne en mille.Nelligan, le poète noir du Carré Saint-Louis dont les neiges neigeantes, le cristal qui chante, et les abîmes du rêve trouvent encore résonnance dans le coeur des jeunes Québécois.Ils ont écrit à Jules César comme à Pierre Morency, à Goscinny comme à Hermann Hesse, à Guy de Maupassant comme à Christian Mistral, à Albert Camus comme à Ginette An-fousse: Tous siècles, genres, pays et modes confondus.«Il y a tant de ferveur dans ces lettres qu’on se surprend à avoir peur, déclare l’auteur jeunesse Dominique Demers, en préface de l’ouvrage.Peur que des milliers d’autres jeunes ne découvrent pas ce bonheur fou, n’aient pas accès à cette merveilleuse amitié de papier, ne rencontrent pas les mots qui font voyager, rêver, pleurer, rire, aimer, crier».Angoissante perspective.De quoi causent ces épistoliers?Du choc amoureux de la lecture et d’un monde qui s’est ouvert à eux au milieu des pages d’un livre, comme le sol se craquelle lors d’un tremblement de terre.«Jamais je n’aurais cru qu’un écrivain pourrait faire vibrer en moi ces cordes d’émotion et de passion», confie Patricia, 16 ans, à Jeanne Bourin.«J’ai appris à rê- O I) I I.K T R K M H I.A Y LETTRE À MON fi ÉCRIVAIN & ItCtIII /lit C0MNHUCIH9II CI1III IMUCII micuiiiN m iiiuim •mkiic ver grâce à toi, à tes livres, à tes personnages, à tes aventures et à tes rêves.C’est pour cela que je t’écris.Ne m’abandonne pas», lance, pathétique, Jean-Sébastien à Jack Kerouac.Et qu’importe après tout que ce choc soit venu à ces jeunes d’Henri Vemes ou d’Alexandre Dumas?Qu’importe que l’initiateur ne soit pas toujours un écrivain de premier plan, puisqu’ensuite l’amour des mots est né, puisque sous les caractères d’imprimerie ont fleuri des images, est née une transe, puisque l’imagination a désormais pris en eux le pouvoir.«Je sais par dessus tout qu’avec un livre qu’on aime, on n’est jamais complètement seul», confiera à Hemingway un de ses admirateurs.C’est le Québec de Félix, c’est celui de Poulin, qui les a touchés à travers ses chantres.«Les grandes marées sont arrivées à l’hiver de mon adolescence et ne sont jamais reparties».C’est celui du Pierre Morency si incandescent de Lumière des oiseaux.A lui, on confie qu’à sa suite, aux abords du champ, on a tendu l’oreille en s’agenouillant dans les joncs de la batture.La lec- âture, c’est aussi une porte ouverte sur le monde, sur la nature, par où s’engouffre la beauté.Mais les lettres nous parlent également d’un mal de vivre.A leur écrivain favori, la génération du «no future» confie sa détresse, son désarroi, sa solitude douloureuse.Parfois, ils n’ont personne d’autre, en dehors de l’écrivain-ami souvent englouti dans un temps passé, à qui la confier.«Ce siècle, nous le terminons la tête basse», estime un épistolier.Qu’y a-t-il au-delà du trou noir?«Parfois je souhaiterais avoir vécu à une autre époque où la vie semblait plus belle et plus vraie.Mais après réflexion, je me rends compte que si tel avait été le cas, je n’aurais jamais pu avoir l’espoir de changer le monde».L’amour, souvent ils n’y croyaient plus «après avoir vu tant de couples se déchirer», et parce qu’un écrivain leur dit que oui, c’est possible, soudain, ils reprennent foi.«Tes mots comme un kaleidoscope/ Jonglaient avec mes rêves/ J’ai aimé d’un amour fou/ Je ne sais qui».Un monde ne saurait être complètement absurde, dans lequel des jeunes filles envoient encore des vers à Prévert.Erratum: dans ma dernière chronique, j’avais écrit qu'on ne pouvait se procurer la série des livres-jeux Sabine&Griffin de Nick Ban-tock dans les librairies francophones.Erreur! Renaud-Bray en vend.Mille excuses.L A V I T R 1 N E DU LI V R E LE PEUT FU1É MONTRÉAL 1993 , Odile Jouanneau Nouvelles Éditions de l'Université, 288 p.Le guide se veut complet, comme tous les autres de la série.On y trouve effectivement de tout, en quantité, et à bon prix (moins de 13$ pour cette première édition): loisirs, magasinage, restos, et une section «bon à savoir».On y apprend où faire soigner son chien, louer un habit de soirée, trouver mari ou femme par lettres, divorcer sans avocat, suivre une cure de désintox.L'UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL LA QUETE DU SAVOIR Hélène-Andrée Bizier Libre Expression, 311 p.None (*tr vwnt A* venir du berutnu C eu le inomen Je le fâ»L'i:>ef te, i Tmuructon, dnt»vn: i le «urMSK de» honxeni plu* veilc» i POtftiçmçu Le valeur dur.homme w ntrrire k u pesaence de «ivrf*.cele € un peiifAe eu rendement de vtf tcr.lci ÏPLAISIR ^LIRE Animatrice: Danièle Bombardier Monique Proulx auteur de «Homme invisible à la fenêtre» qui vient d'être publié chez Boréal, sera mon invitée cette semaine.Monique Proulx, qui a déjà publié des recueils de nouvelles et un premier roman «Le sexe des étoiles» signe ici un très bel ouvrage où la vie et l’art s'entremêlent dans une nécessité poignante pour Max, le héros, peintre et paraplégique.Monique Proulx n ’est pas une experte en peinture même si elle a choisi d'écrire son roman comme on peint un tableau.Elle nous transmet la véritable connaissance de l’art, celle de l’intuition et de l’émotion à travers une galerie de portraits d’êtres humains aussi fragiles les uns que les autres.Des êtres humains qui se déplacent comme un tableau vivant dans le musée imaginaire de Monique Proulx.Sans porter de jugement sur la culture de nos hommes politiques, on peut dire qu 'il n 'est pas fréquent qu 'on puisse s'entretenir avec l'un d’eux de littérature.Le chef du Bloc Québécois, Lucien Bouchard, est un lecteur passionné depuis sa petite enfance.Dimanche il nous parlera de Marcel Proust et du Quatuor d'Alexandrie de Lawrence Durrell.Et, à travers la Justine du Quatuor d’Alexandrie, des femmes, qui demeurent pour monsieur Bouchard, un mystère insondable.PLAISIR DE LIRE Le dimanche à 19 h 30 .Radio L’autre télé.L’autre vision.Québec Une saine alimentation fait aussi partie de la prévention Un autre volet de l’histoire du Québec, à travers le portrait d’un de ses pôles institutionnels majeurs, des circonstances de sa création aux différentes étapes de son développement, jusqu’à nos jours.Tout y est, la grande et la petite histoire de l’université, les grands et les petits débats scientifiques en son sein, ses relations plus ou moins tendues avec la grande et la petite société d’ici et d’ailleurs.Le texte est bourré d’anecdotes et de renseignements, les photos, pour la plupart tirées des archives de l’institution de la montagne, sont magnifiquement reproduites.Un régal pour les anciens «UdeMistes».j LAROUSSE DU JARDIN Pierre-Yves Nédélec Imousse, 607p.Toutes les techniques.Mille plantes de A à Z.Le gros bouquin se présente à la fois comme un outil de travail et d’initiation.Les tours de mains du jardinier sont expliqués un à un, étape par étape, avec rnoqjt illustrations.Comment planter une clématite?Comment tailler un pommier?Comment greffer un rosier, semer du gazon, rempoter une plante d’intérieur ou entretenir un bonsai?Le dico des plantes, agrémenté de superbes photos, devient un guide merveilleux: comment les choisir, les planter, les entretenir et, plaisir suprême, les faire se multiplier en grand nombre.Merci Larousse! HENRI MATISSE Vincent Labaume Hazan, 94 p.A l’heure où Paris, la France et toute l’Europe célèbrent Matisse au point d’en faire un égal du super-géant Picasso, le catalogue présente environ 80 reproductions d’oeuvres sélectionnées tout au long de l’impressionnant parcours du peintre, du temps des «Fauves» au tournant du siècle, jusqu’aux limites de l’art moderne, dans les années 1950.Un texte simple d’une quinzaine de pages accompagne le tout.EN USANT TOURGUENIEV William Trevor Phébus, 236 p.Le romancier de la folie ordinaire raconte l’histoire de la pâle et touchante Marie-Louise qui finit ses jours dans une clinique psychiatrique.Comment cette fille de la campagne irlandaise épouse un homme médiocre et subit les sarcasmes sadiques de son entourage.A qui elle rêve secrètement, son amour manqué, son cousin, qui l’initia à la beauté des choses.en lisant Tourgueniev.S.B.PLAINES D'IMAGES ET DE LECTURE u cm ot Un texte de Jacques Mathieu % assisté :: * d’une dizaine d’experts.Des photos signées Eugen KedL Plus de 300 illustrations dont les deux tiers en couleurs Reliure caisse et couverture de toile Version anglaise disponible Édition courante 75 $ Édition de luxe accompagnée d’une ( sérigraphie d’Antoine Dumas 450$ l es éditions du’'Septentrion I.Alm.jwinic M.igunv.sill,tv i-i i (.11 |/i kiosque 1.8 ^ 5252 L E D E V 0 I H , LE S S A M EDI 1 0 ET I) I M A X C HE II A V K I L I !l !) 3 I) LIVRES Nuée de sauterelles Le volet jeunesse est en effervescence.et prend d'assaut le Salon du livre ÏKuWlffsttnt Lvs Editions logiques **Xtro*»* Jean-François Vilar Au Salon du livre de Québec Jutm Uijn|wiit\ DÉCOUVRIR L’EVANGILE SANS SE TROMPER Kol.oé I «tri:, ptHrr L»s Édition» LOGIQUES GISÈLE DESROCHES Depuis quelques minutes, il tourne autour du stand.Blouson de cuir et allure de rocker.Il jette des regards furtifs à l’auteure installée là pour une séance de signature.11 hésite.Se donne un air détaché, puis s’approche comme on se jette à l’eau.«Le prof voulait qu’on t’écrive.Moi, c’est pas mon fort, l’écriture.Mais je voulais te dire que j’ai bien aimé ton livre.» Puis il se sauve sans attendre de réponse.Les jeunes lecteurs et lectrices forment un public bien différent de celui des adultes.Quand il aiment, c’est sans retenue.Leur enthousiasme est total, fulgurant.Leur admiration inconditionnelle.Plusieurs sont impressionnés de rencontrer en personne, à l’occasion d’un Salon du livre, leur auteur(e) préféré (e).Dominique Demers raconte cette jeune fille qui, les larmes aux yeux, vint la supplier: » ; «Je n’ai pas de papier, veux-tu signer ton autographe sur ma main?Je te promets que je me laverai pas! J’ai tellement aimé ton livre!» Et que dire de ce petit mot, adressé à une autre, laissé au stand en son absence, et signé: «Celle qui t’aime le plus au monde».Les fleurs et le pot Un Salon du livre représente pour un auteur ou une auteure l’occasion en or de rencontrer ses lecteurs et lectrices, de tâter le pouls de ce jeune public de recevoir ses commentaires et ses hommages.«Où t’as pris tes idées?» • «C’est-tu payant?» Ça questionne, démystifie les écrivains.«As-tu un mari?» «Tu as quel âge toi?», «As-tu encore peur dans le noir?» C’est candide, déroutant parfois, d’une impertinence désarmante.Public plus spontané, plus direct, impitoyable aussi.On aime un livre ou on n’aime pas.Et on le dit sans détour à l’auteur (e): «Moi, je ne lis pas des livres comme les tiens.C’est pas mon genre.» D’autres ne sont pas d’accord avec tel dénouement, avec les agissements de tel personnage.Et ils ne se gênent pas pour le faire savoir.Michèle Marineau a reçu un jour, la lettre d’un adolescent qui, n’ayaqt pas apprécié le dénouement de L'Etat des baleines, (Cassiopée, l’héroïne, choisit entre deux amoureux), lui proposait son aide pour aller casser les deux jambes au gars choisi.11 y a quelques années, en plein Salon du livre, un jeune de 14,15 ans, s’avance vers un auteur, l’air furieux.«C’et toi, Denis Côté?Ben t’es un chien! T’as fait mourir Hendrix!» Le Hendrix en question, vous l’aurez deviné, est un personnage de livre (Nocturnes pour Jessie).Les jeunes abordent les livres de façon viscérale, en s’y projetant sans réserve.Ils diront aux auteur(e)s: «Tel personnage, c’est moi! Comment t’as fait pour connaître ma vie?» Décharge d’adrénaline «Un Salon du livre, c’est une décharge d’adrénaline extrêmement réjouissante», commente Marie-Francine Hébert.«Bien sûr, les journées scolaires sont épuisantes.Une minute après l’ouverture du Salon, une nuée de sau- Au Québec, le moindre écrivain pour jeunes tirera 10 fois plus d’exemplaires qu’un auteur pour adultes.terelles s’abat sur toi, tout le monde t’entoure, te parle en même temps, et on attend en file pour obtenir ton autographe».Au dernier Sa-ion du livre de Hull, Robert Soulières a signé plus de 800 autographes en une journée.Et les demandes ne sont pas toutes polies: «Signe-moé ça!», ordonne-t-on parfois avec brusquerie.La plupart des jeunes, en effet, tutoient d’emblée les auteurs et auteures.Pour les auteur(e)s, les cauchemars, ce sont les rallyes ou les questionnaires que les jeunes doivent compléter lors de leur visite au Salon.«Tes sûr, là, que c’est bien toi qui a écrit ça?», on oublie de remercier, et on repart en coup de vent, happés par la question suivante.Il y a aussi la course aux signets.En une année, les éditions La courte échelle ont distribué 150 000 signets uniquement dans le cadre de Salons du livre.Malgré les inconvénients d’un bain de foule, les auteurs et auteures craquent devant des réactions aussi spectaculaires.«On est ému, on se sent utile, apprécié.» «On repart de là chargé à bloc, gonflé de tout cet amour témoigné, fébrile de toutes ces énergies.» «D faut voir les yeux des jeunes qui découvrent une nouveauté.Cela tient de la fascination, on dirait presque de la magie.» Fureur de lire Un phénomène, cet engouement du jeune public?Ce qui se passe dans les salons du livre n’est que le reflet du secteur de l’édition.Au Québec un auteur pour adultes, non connu, connaît des tirages variant entre 300 et 800 exemplaires.Le moindre écrivain pour jeunes tirera à 3000 exemplaires, et aura très — souvent des rééditions subséquentes.À La courte échelle, maison spécialisée en littéra-ture jeunesse, les tirages de départ grim- | pent à 8000, souvent 10 000 exemplaires.1 Les salons du livre se sont vite mis au \ diapason de cette fureur de lire en consacrant de plus en plus d’espace et T en offrant de plus en plus d’activités l d’animation au public jeune.On raconte, X-, dans le milieu cette anecdote, survenue il y a quelques années.Le président honoraire d’un Salon invite les auteurs et auteures sur la scène lors de la cérémonie d’ouverture.«Les écrivains pour la jeunesse à ma gauche, les vrais écrivains à ma droite».On s’éloigne définitivement de cette discrimination en intégrant de plus en plus maintenant, le auteurs et au-teqres aux activités dites grand public.À Québec, on a mené une offensive convainquante sur le front jeunesse.Un journal Le Camelot, entièrement consacré aux livres et activités pour la jeunesse, a été distribué dans 40 écoles par le camelot-mascotte en personne.«Cette année, on a ouvert les valves, explique Marie-Hélène Beaupré, la responsable des communications du Salon du livre de Québec.Nous avons des réservations pour 5 000 jeunes lors des journées scolaires, 2 000 de plus que l’an dernier.» Des séances de signatures, des entrevues, des jeux, des ateliers d’animation, des invités, des concours sont au programme.L’entrée sera gratuite pour les 12 ans et moins.Le secteur jeunesse est en effervescence.Les auteurs et auteures seront là à Québec, pour en témoigner.Découvrir l’Évangile sans se tromper John Wijngaards Présenté par Roland Leclerc LX-165 - ISBN 2-89381-147-7 300 pages - illustré - 18,95 $ Cet ouvrage inspiré nous fait voir la Galilée à travers les yeux du Jésus historique.Des jeux, des questionnaires nous font participer directement à la parole de l’Evangile.Au fil des jours Roland Leclerc, prêtre LX-134 - ISBN 2-89381-098-5 191 pages - 16,95 $ «Chaque jour apporte son espérance.» Journaliste du quotidien, Roland Leclerc débusque l’espérance dans tout ce qui nous arrive.Il trouve Dieu et il est certain que Dieu bénit son audace.LOGIQUES Dist.excl.: LOGIDISQUE Tel.: (514) 933-2225 FAX: (514) 933-2182 Venez nous voir au Salon du livre de Québec: STAND 150 Alexandre Jardin sera à Montréal du 13 au 15 avril et au Salon du livre de Québec les 16 et 17 avril 1993.II rencontrera ses lecteurs au stand Gallimard, le vendredi 16 avril à 18h30 et le samedi 17 avril à 12h00.Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués «Jean-François Vilar nous donne un roman noir surréaliste.» Dominique Durand.Lr Canardmbainf roman 480 pages, 37,95 s Jean-François Vilar sera au stand du Seuil le 16 avril, de 19 à 20 b le 17 avril, de 18 à 19 b le 18 avril, de 14 à 15 b Écrivains se préparant à l’assaut.m CX2 «Un Salon du livre, c’est une décharge d’adrénaline extrêmement réjouissante, commente Marie-Francine Hébert.Et bien sûr, les journées scolaires sont épuisantes.» LES LIVRES CHANGENT VOTRE VIE ( L E I) E V 0 I R .LES SA M EDI 1 0 E T I) I M A X C II E 11 AVRIL 199 3 I) 4 I LIVRES • • IIIM ll Hill II lillll IS il IS Hill ISS3 h (inn in (mill h mm \ Entrevue avec Marc Chabot Parler des hommes FRANCINE BORDELEAU Comment en arrive-t-on à se mériter les titres, à connotation évidemment péjorative, d’«homme rose» et de «chantre de la condition masculine»?Au philosophe Marc Chabot, professeur au cégep François-Xavier-Gameau, à Québec, il a suffi d’élaborer un cours de philosophie de la sexualité et de commencer à réfléchir sur la notion de l’amour en Occident.Prenant connaissance de ces travaux, des gens de la Télé-Universitaire lui demanderont très vite un cours sur la condition masculine.Dans la foulée, Chabot écrit Chroniques masculines, un essai paru aux éditions Pantoute en 1981, et récidive avec Des hommes et de l’intimité, publié par les éditions Saint-Martin en 1987.Les livres de Chabot ne passeront pas inaperçus: un homme qui parle des hommes, c’est-à-dire d’un sujet que les femmes ont fait leur, attire forcément l’attention.Le philqsophe se retrouve aujourd’hui à nouveau sur la sellette à cause de A nous deux'., un essai sur la condition des hommes et des femmes qu’il signe conjointement avec sa compagne Sylvie Cha-put.Preuve que nous sommes encore en attente de définitions ou de modes d’emploi, l’essai, tout juste sorti pour le Salon du livre de Québec, est déjà best-seller dans certaines librairies.Chabot, qui plaide maintenant pour «l’homme flou» (quant à la femme et à la condition féminine, il dit n’avoir pas à s’en mêler), n’a cependant que faire des définitions.«Toute entreprise de définition est douteuse, insiste-t-il.Du reste, ça ne vaut pas la peine de faire un effort fondamental pour concocter une définition de la condition masculine qui satisfasse tout le monde».Il y a plus urgent.«Hommes et femmes doivent sortir de leur solitude respective», soutient le philosophe.A-t-on cru un moment que les deux sexes étaient en voie de se rejoindre?Des phénomènes tout à fait récents prouveraient plutôt le contraire: ainsi ces hommes qui tuent femmes et enfants avant de se suicider.«C’est le geste ultime du propriétaire dont le monde s’écroule», commente Sylvie Chaput.Di cosignataire de À nous deux propose une interprétation du geste de Marc lapine à partir de la lettre qu’il a laissée.«Ses propos sont ceux d’un homme qui se sent dépossédé, qui prend terriblement au sérieux la réécriture féministe de l’histoire».Or des hommes comme Lépine, ou comme Jean-Guy Tremblay, qui «mêle complètement les rôles de femme, d’amante et de mère», analyse pour sa part Marc Chabot, sont de moins en moins rares dans notre société.Et montrent en somme qu’après 25 ans de féminisme, «les comportements, les idées et les discours n’ont pas vraiment évolué».«Hommes et femmes ne se lisent pas entre eux, et ne se parlent pas davantage», poursuit le philosophe.Celui-ci se méfie des groupes masculins (ou masculinistes) qui prétendent réfléchir sur la condition masculine.«Ils sont plutôt en train de remplacer les tavernes», et contribueraient ainsi à maintenir la distance, le soliloque.Le seul moyen de sortir de l’impasse?Mettre en place une pensée hétérosexuelle, soutiennent Chabot et Chaput.«Arrêtons de dire qu’il y a des problèmes féminins d’une part, et des problèmes masculins d’autre part.Il y a des problèmes de société qui doivent être pensées en même temps par les hommes et les femmes.» Dans la foulée, les deux auteurs invitent à une relecture des textes féministes.«Pour voir ce qui s’y révèle des hommes, pour y reconnaître, maintenant que nous avons pris du recul, les idées généreuses.» Pour Marc Chabot, il.faut mettre en place une pensée hétérosexuelle.«Il y a des problèmes de société qui doivent être pensées en même temps par les hommes et les femmes», estime-t-il.Voir aussi la critique de Robert Saletti À nous deux! (Hommes femmes: la tin du combat?) Page D-12 LUMIERES Le Québec de Marie Laberge SUITE DE LA PAGE D-l rouge passé des sièges, de la coulisse poussiéreuse et sombre par laquelle on entrait.Je me souviens du chuintement du tourne-disque posé à l’arrière-scène quand Mlle Francis plaçait lourdement l’aiguille sur un Chopin tout rayé.Seul le ballet m’intéressait, mais je pourrais encore re dire mot pour mot le premier poème d’Appolinaire que j’ai appris et récité devant Mlle Francis.Après le cours, deux plaisirs m’attendaient: je traversais à la bibliothèque, rayon des enfants et j’allais me choisir deux livres pour la semaine.Ensuite, j’allais attendre mon père «sur les remparts» en jouant sur les canons qui visent le fleuve.Mon père travaillait à l’Université qui, à cette époque, partageait ses locaux entre le quartier latin et les nouveaux bâtiments de Ste-Foy.Les murs gris rapprochés de la rue de l’Université produisaient un écho formidable et je marchais en faisant claquer mes souliers bien fort.Deux ans plus tard, alors que l’Université avait totale ment émigré à Ste-Foy et que le quartier latin n’avait plus rien d’universitaire, nous avons déménagé.La ville n’était plus seulement une échappée du same di matin ou une robe de strass qui luit dans la nuit, c’était ma ville et j’allais avoir douze ans.J’en ai maintenant quarante-deux et j’ai vu bien des villes depuis, niais jamais aucune ne m’a parue plus belle, plus enviable que Québec, vue de la lucarne de la rue St-Gabriel, rêvée du haut de mes six ans, Québec qui brillait doucement au-dessus de la masse sombre des arbres.Québec, où plus tard, Chopin et les livres usés de l’Institut canadien, Appolinaire et les canons figés des remparts sous le clocher argenté du Séminaire m’ont permis de rêver encore, m’ont appris à m’échapper à travers l’imaginaire.Et s’il m’arrive parfois de parler de Québec avec dépit, d’exalter ses mauvais côtés, de m’acharner sur les failles, c’est qu’elle a, plus que tout autre, une possessivité qui m’entrave.Elle m’a montré à m’enfuir, mais elle ne me laisse pas partir.Elle contient toute mon enfance et mon adolescence, elle peut chanter, rien qu’avec ses noms de rues, les plus belles chansons d’amour de ma vie que c’est là que l’amour est né, dans ses vieilles pierres tranquilles.Mais l’enfance, l’adolescence et les premières amours sont loin déjà, et le décor n’est plus qu’un décor.Je ne peux pas m’obstiner à retrouver ce qui n’est plus.Les mes ont changé, les remparts aussi, la vieille ville qui faisait résonner le claquement de mes souliers n’existe plus ailleurs qu’en mon souvenir.Et c’est très bien ainsi.Non, on ne sent pas la brillance d’une ville quand on y marche la nuit, mais si on s’en laisse pénétrer, peut-être un jour peut-on l’émettre légèrement, petit scintillement fragile dans la nébuleuse humaine, petit éclat d’enfance à jamais disparue.«La haute ville dressée sur son cap, verte et chevelue comme une campagne.» — Anne Hébert, Le Premier jardin.FOYER Tant d’écrivains ont chanté Québec SUITE DE LA PAGE D-l expérience capitale: regarder (son) propre regard en train de s’envoler».Privilège conféré par une ville horizontale: ce regard, «Aucune barrière ne l’arrête.Il survole tout en bas la terrasse Dufferin, il frôle le château Frontenac, saute le garde-fou de la promenade, survole la place Royale, le Vieux-Port et le voilà déjà au-dessus du fleuve: il plane, il se déploie, il s’ouvre sur cette trouée prodigieuse que le Saint-Laurent pratique dans le « Le NOROIT souffle où il veut C.P.156, Suce.De Lorimier Montréal Qc H2H 2N6 (514) 563-1644 Anne-Marie ALONZO Margie Gillis LA DANSE DES MARCHES 12$ Denise DESAUTELS LE SAUT DE L'ANGE Prix de poésie Terrasses St-Sulpice de la revue Estuaire 1993 12$ Louise DUPRÉ NOIR DÉJÀ avec quatre tableaux de Nycol Beaulieu 12$ Pt)f.Ml.> VIIHlIMI Saisissante par la force évocatrice de ses images, la richesse du propos et son accomplissement formel, cette poésie fait entendre une voix singulière dont la nécessité s'impose à nous.La présente édition comprend aussi les textes originaux yiddish.Jacob Isaac SEGAL 15$ POEMES YIDDISH ECRIRE Tous ceux et celles qui s'intéressent à la création littéraire trouveront ici une réflexion des plus pertinentes.Jean-Noël PONTBRIAND ÉCRIRE en atelier.ou ailleurs 15$ CASSETTE-AUDIO du spectacle ALTERNANCES Dorion • Corradi* Desautels enregistrée en studio seulement 125 ALTERNANCES I » -Irl éjf paysage.Tout est offert: les Lauren-tides venant rejoindre le fleuve avec le cap Tourmente, l’anse de Beau-port derrière le bassin Louise, la proue de l’île d’Orléans, la pointe de Lauzon et, entre les deux, l’ouverture sur l’estuaire, sur l’illimité».C’est toujours cette même relation passionnelle que l’on sent chez Flora Fontanges, l’héroïne du Premier jardin d’Anne Hébert.De retour dans sa ville natale pour y jouer dans une pièce de théâtre, l’actrice vieillie explore la ville comme si elle pouvait trouver les clefs d’elle-même dans «le fleuve, d’allure océane, à l’odeur de vase, d’huile et de goudron», dans «la haute ville dressée sur son cap, verte et chevelue comme une campagne», ou sur la terras- se Dufferin qui, l’été, accueille, confondus, ceux de la haute ville et ceux de la basse ville, permettant alors que «deux courants se rencontrent, se heurtent et se mêlent sur les planches sonores, pareils aux mouvements du fleuve lorsque les eaux douces rejoignent les eaux salées, se brouillent un instant et suivent leur cours saumâtre».Les dessous de la ville glauque Mais c’est encore trop souvent l’apparition d’une ville qui conserve sa trop belle allure de carte postale.Il faudra attendre de jeunes écrivains pour en investir la vie glauque, véritablement urbaine.Ainsi le Vieux-Québec qu’habite le E S T - S E L L E R S LES LIEUX DU CŒUR • Jacques Gauthier LA FIN DU JOUR • Daniel Guénette VOIX TRANSITOIRES • Paul Chanel Malenfant L UN ET L’AUTRE •Jean-Yves Théberge AUTRES NOUVEAUTES VOYAGES D UN ERMITE ET AUTRES RÉVOLTES • Joël Pourbaix LA SECONDE VENUE • Diane Régimbald RUPTURES SANS MOBILE Tant «Nicole Richard [Disponibles en librairie, chez l’éditeur ou au stand 186 du Salon du livre de Québec.0Parchemin y: ROMANS QUEBECOIS 1 L'HOMME INVISIBLE À LA FENÊTRE, de Monique Proulx - Boréal/Seuil 2 QUELQUES ADIEUX, de Marie Laberge - Boréal 3 SEP! LACS PLUS AU NORD, de Robert Lalonde - Seuil 4 AU NOM DU PÈRE ET DU FILS, de Francine Ouellette - La Presse «Ü'- ESSAIS QUÉBÉCOIS 1 RETROUVER L'ENFANT EN SOI, de John, Bradshaw - Le Jour 2 PLEINS FEUX SUR LES SERVICES SECRETS CANADIENS, de Richard Cléroux ¦ L'Homme 3 LA GÉNÉRATION LYRIQUE, de François Ricard - Boréal -lli/i' -h".i- n ! I !• h -SIX! ¦l’P ,-/ib •jî) Jili/ • M ,;ict - : /i.-, •nm ?.on ijiii rfjfi; HMU Mil ;::'U ¦II» » rufn v un JflM.I I •) .Marie I aberyi- Junior #25 7,95$ -il/f liiiij Junior #23 7,95$ M Pmiiippi Chauviau LA NUIT DES Icmum Ounuu LES MIRAGES DU VIDE Junior #26 7,95$ Inter #24 Volumes doubles 10,95$ Raymond Punk LA FILLE EN .CUIR Inter #23 Volumes doubles 10,95 $ f'ctrt Krtlinj LA SCIENCE DU MAL R(MT SlKAtft LE LÉOPARD À LA PEAU DE BANANE Luai Papiwau LA DOMPTEUSE DE 0UA0UAR0NS I «Mtruim àr U pwIumm m ijsehsc 'Wi 1*14 I >•; Junior #24 7,95$ Jacouis Binoh RODOLPHE STIBOUSTINE Carole Tremblay Musique dans le sang Une œuvre ou le suspense et I humour tressent une intrigue forte.Tendez l’oreille il y a de la musique dans ce roman.296 pages, 19,95$ Gilles Archambault Un après-midi de septembre Une œuvre personnelle où le ton intimiste propre à Gilles Archambault est plus émouvant que jamais.112 pages, 15,95$ .Iran Burin* « n il o \ I g l I .- n I l'in III Chroniques de l’air du temps Des histoires vraies ou inventées qui témoignent de la saveur de la vie urbaine et contemporaine.220 pages, 19,95$ LA SOMBRE ÉPOPÉE Thomas R.Berger La Sombre Epopée Valeurs européennes et droits ancestraux en Amérique ( 1492-1992) 236 pages, 22,95$ LD LD Venez rencontrer les auteurs du Boréal au salon du livre de Québec du 15 au 19 avril LE SALON DU LIVRE DE I V ‘D 6 I.K I) K V O I R , LES S A M EDI I O E T 1) I M A X C II E 11 AVRIL 1 !) !) 3 LIVRES Il Hill II Uni || lilin Il IS H IS Iff II ISS) h min m tniiii h hum Garneau la vénérable Institution de la ville de Québec, la Librairie Garneau n'est plus ce qu'elle était.FRANCINE BORDELKAU En 1944, toute la bonne société de Québec, à commencer par le Premier ministre de l'époque, se presse à la célébration du centenaire de la librairie Garneau.Rien là d’exceptionnel: l’établissement du Vieux-Québec fondé par le poète Octave Crémazie (celui-là même qui donne son nom au prix de poésie décerné par le Salon du livre de Québec) et son frère, qui fit un temps figure de cénacle littéraire où se réunissaient quotidiennement les Pamphile Lemay, François-Xavier Garneau, Jean-Charles Taché et autres Louis Fréchette, qui compta Louis Saint-Laurent dans son bureau de direction, avait l’habitude du beau linge.C’est dans sa librairie que Crémazie écrira ses plus célèbres poèmes, rapporte la chronique.C’est aussi à cause d’elle qu’il connaîtra une fin déshonorante.Le poète n’était guère doué (jour la gestion et la librairie fera faillite en 1862.«Un bon matin, celui du 11 novembre de cette année-là, on apprit avec stupeur qu’Octave Crémazie avait disparu et qu’il avait été forcé de s’enfuir devant le bras de la Justice qui se dressait avec colère devant lui», écrit un Damase Potvin doué, lui, pour l’enflure.Octave s’exile en France, Joseph meurt, le fonds de commerce est racheté par un certain Chaperon, homme lymphatique qui n’a pas davantage le sens des affaires.Pierre Garneau ressuscite la librairie en 1897.Ix^s livres religieux y côtoient Le chien d’or, de William Kirby, Les Anciens Canadiens, de Philippe Aubert de Gaspé, Le dernier des Mohicans, de John Fennimore Cooper; puis viendront rapidement les livres européens, importés - une première provinciale - directement par Garneau.C’est autant à cause de son histoire, à laquelle a participé toute l’intelligentsia de Québec, qu’à cause de libraires comme Jean-Jacques Desrochers, que Garneau a acquis le statut d’institution.Grâce à elle et à l’Université Laval alors située à l’intérieur des murs, le Vieux-Québec a eu, jusque dans les années soixante, une véritable allure de Quartier Latin français.Le nouvel antre du livre, côte de la Fabrique.^sssa*0 :ÏS3Z:L ift.irnf.iu Méconnaissable, l’institution Garneau a conservé son vieil esprit jusqu’en 1990.Le 1er juin de cette année-là elle quitte ses locaux de la rue Buade, qu’elle habitait depuis 1911, pour s’installer presque en face, côte de la Fabrique.Méconnaissable, l’institution! La papeterie, un secteur important chez Garneau, occupe le rez-de-chaussée du nouveau local; deux escaliers, un mobile et un pédestre, mènent à l’étage des livres.Mais en se modernisant, la librairie a passablement changé sa vocation première.Les livres y sont toujours, mais accompagnés de «produits culturels connexes»: disques, vidéocassettes et même laboratoire de développement de photos! De plus on y bouquine maintenant au son d’un discrète musique d’ambiance.Les rénovations de la «maison-mère» du Vieux-Québec auront donné le coup d’envoi a la modification d’un réseau qui compte aujourd’hui huit succursales (dont une à Chicoutimi) et une centaine d’employés.Le processus devrait être terminé cette année, alors que toutes les librairies de la bannière Garneau seront dotées d’un système informatique.Octave Crémazie serait-il d’accord avec tout ce qu’il verrait?Il devrait en tout cas admettre au moins une chose: ce Pierre Garneau-là avait décidément le sens des affaires.ENTREVUE Roman habité par une île «L'attente est une des composantes de la vie» W0r PHOTO ROBERT SKINNER Pierre Gobeil vient de publier Dessins et cartes du territoire.«J’espère que tout est là», lance-t-il.MARIE-CLAIRE GIRARD C’est une histoire d’errance et d’attente qu’a écrite Pierre Gobeil.Dessins et cartes du tenitoire publié à l’Hexagone, raconte le désarroi de deux enfants abandonnés par leur grand frère parti vers le nord, les laissant dans un état second où tout peut arriver et où rien ne se produit.C’est un roman habité par une île dont on ne revient pas, par un garage Shell, symbole de toutes les oasis du désert, de tous les motels américains, lumières dans la nuit, havre de chaleur et de nourriture où les rencontres recèlent des possibilités inouies.Et par le chagrin de deux enfants en manque de l’être qu’ils aiment le plus au monde.Dans le café où nous nous rencontrons, Pierre Gobeil explique: «C’est un portrait, une peinture du rapport entre trois personnes que je voulais faire depuis longtemps.J’ai tâtonné en cherchant la forme et puis un jour j’ai écrit une page où le héros était parti sur cette route du nord, où il travaillait dans ce garage Shell et j’ai su que je tenais mon roman en entier dans cette page.En quatre ans j'ai tout élaboré.Il n’y a pas beaucoup d’éléments majs j’espère que tout est là».A propos de cette attente douloureuse qui n’en liait pas Pierre Gobeil souligne que nous passons notre vie à attendre: «Je t’attendais; me dit-il, (j’étais en retard, j’avais oublié en ce dimanche ensoleillé qu’il fallait avancer nos montres d’une heure).«On attend que le café soit servi, on attend le facteur, le coup de téléphone qui va changer notre vie.Parfois c’est complètement hallucinant, mais tout le monde est comme ça.L’attente est une des com- posantes de la vie, c’est l’avenir, le manque à combler.Et en rapport avec les enfants c’est très important.Il s’agit de mon deuxième roman, après La mort de Marlon Brando, mettant en scène des enfants et ce ne pouvait être que cela: quand on est enfant tout est plus, le temps passe plus lentement, les coups font plus mal, les rires sont plus francs, les peines sont plus profondes.L’enfance est le lieu privilégié de la passion, de l’exagération, du désir absolu.Ne me parlez pas des amoureux excessifs de 40 ans, mais pariez-m’en si vous avez 12 ans.L'attente pour les enfants est du même ordre».De son propre aveu Pierre Gobeil n’est pas tellement différent de l’enfant qu’il a été.On le disait rêveur.11 raconte qu’il était certainement davantage intéressé à regarder par la fenêtre qu’au tableau où s’écrivaient des équations.Ses souvenirs d’enfance sont avant tout liés à la liberté, aux champs, à la route, à l’espace.«Si le nord, la neige bleue, les noms de lieux lointains occupent tant de place dans «Dessins et cartes du territoire», dit-il, c’est parce qu’ils représentent les seuls endroits inexplorés sur lesquels on peut encore rêver».El il faut peut-être lier cela au goût nouveau qu’éprouve Gobeil pour écrire de la poésie, territoire littéraire libéré des contraintes d’après lui, où tout est permis et qui crée une liberté que n’accorde peut-être la forme romanesque.Il concède être brouillon lorsqu’il écrit, aimerait se discipliner davantage.«Mais je mène une belle vie, ajoute-t-il, l’écriture est ce qu’il a de plus important pour moi et je peux m’y consacrer entièrement.Elle est dure et compliquée aussi, la vie, mais je l’aime malgré tout.Peuplée qu’elle est de belles attentes».«Le nord et la neige bleue représentent les seuls endroits inexplorés sur lesquels on peut encore rêver.» CAtv'ERS DE THLtTRF Dossier : le public de demain Représentations : «Leçon d'anatomie» de Larry Tremblay «Joie» de Pol Pelletier VV.NUh f t.MOV ' Camarade Staline Incursion dans le cerveau d’un dictateur LA PEUR traduit du russe par Antonina Roubichou-Stretz Anatoli Rybakov Albin Michel, 1992, 645 pages FRANCINE BORDELEAU Si l’on considère que depuis 1945, une bonne partie de la littérature allemande s’emploie à exorciser l’hor-, t reur nazie, il faudra laisser les ex-soviétiques, sans doute t pendant quelques décennies encore, régler des comptes avec leur Histoire.Cela nous vaudra quantité de témoi-.gnages — nécessaires — et de redites, comme le mon-i trent les nombreuses traductions arrivées en Occident ( ] depuis la perestroïka, et quelques grandes oeuvres., Les Enfants de l’Arbat (l’Arbat étant l’équivalent mosco-, vite de Saint-Germain-des-Prés ou de Montparnasse), le livre qui révéla Rybakov à l’Est comme à l’Ouest, appar-Jtient manifestement à cette dernière catégorie.Parallèlement à la description des aventures d’un jeune faune très sympathiques, l’auteur nous faisait littéralement entrer dans le cerveau de Staline et nous faisait voir, comme si nous étions lui, le regard du dictateur sur l’humanité, le , «peuple», ses alliés et ses ennemis.Le récit s’achevait ; aux premiers jours de décembre 1934, sur l’assassinat de \ Kirov (un personnage réel), alors secrétaire du PC à l.e-ningrad.La Peur commence au lendemain de cet événement .(dont se servit Staline pour inaugurer une vague d’arrestations, de purges et de procès qui devait affecter toutes les couches de la société soviétique.On y retrouve Sacha, le personnage central des Enfants de PArbat, condamné à trois ans de détention en Sibérie sous un prétexte futile.Alors qu’à l’époque, les prisonniers poli- ___tiques voient leur peine systématiquement renouvelée (ou augmentée), Sacha parvient à s’en tirer on ne sait trop comment.Il prend le chemin pour Moscou où il est interdit de séjour, s’enfuit à travers la taiga, bénéficie de refuges éphémères grâce à des compagnons et compagnes de rencontre, et cette longue fuite en avant de Sacha constitue l’une des trames principales d’un roman qui s’attache par ailleurs à la destinée des nombreux autres «enfants de l’Arbat».Ce voyage, qui s’étend sur des milliers de kilomètres, sera l’occasion de découvrir l’existence quotidienne en URSS sous la terreur stalinienne et d’assister à l’instauration d’une culture de la délation et du reniement.Même Sacha, qui incarne ici des valeurs comme la générosité, ^probité et la rigueur morale, devra participer — on verra alors à quels choix déchirés et désespérants oblige le régime — à une séance de dénonciation collective.L’autre trame c’est, comme dansLes Enfants de PArbat, Staline lui-même.Après avoir évoqué tous ces personnages, imaginaires ou réels, modestes ou grandioses, candides ou salauds, altruistes ou profiteurs pervers du régime, entraînés dans la débâcle de la terreur, Rybakov accorde dès lors au discours politique une place qui deviendra de plus en plus grande.Staline s’est fixé l’objectif de «créer un parti qui ne perdra jamais le pouvoir» ; la répression et la terreur en sont les seuls moyens, se persuade-t-il.Et le petit père des peuples de disserter sur la Terreur instaurée par Robespierre : ça n’était pas encore assez, voyons ! «Ut terreur l’est pas uniquement un moyen d’écraser toute dissiden-e, mais avant tout un moyen de créer le conformisme àbsolu découlant d’une peur collective.Ce n’est qu’ainsi qu’on peut gouverner un peuple dans l’intérêt même de cçlui-ci.La souveraineté du peuple a toujours été et sera toujours un mythe.La Peur nous conduit peu avant le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale.Il y aura une suite.Et les trois ouvrages formeront, pour peu qu’Anatoli Rybakov poursuive dans cette veine, l’un des meilleurs triptyques politiques contemporains.L’occasion de découvrir l’existence quotidienne en URSS sous la terreur stalinienne.\P« E ne du lézard vert, c'est Cuba à la fin des années quarante.C'est aussi un récit flamboyant et sensuel d'une éducation adolescente.Créature d’ombre et de perversité à la sensualité trouble.qui avait d’abord commencé d’écrire un roman dont le héros, Darvell, est un vampire.Il ne terminera pas l’histoire mais en révélera l’intrigue à Pq-lidori, son secrétaire et médecin personnel.Mais ce dernier déteste son employeur, se sépare de lui et rédige une nouvelle inspirée du récit inachevé de Byron; Darvell s’appelle maintenant lord Ruthven, il est un séducteur cynique et débauché, et rappelle étrangement la personne de Byron.«Le conte de Polidori est d’une importance capitale dans l’histoire du vampire en littérature, parce qu’il a créé la convention du vampire aristocrate, à la fois dominateur et séducteur, dont le Dracula de Stoker est un illustre avatar», écrit Jean Ma-rigny dans Le Réveil des vampires, un intéressant petit ouvrage paru cette année chez Gallimard.Créature d’ombre La rationnelle Europe des Lumières se gaussait du vampire; l’Angleterre du XIXe siècle , qui étouffe sous la puritaine Victoria, trouve un exutoire dans la littérature érotique, fantastique et d’horreur — le plus souvent diffusée sous le manteau —, et s’éprend de cette créature d’ombre et de perversité à la sensualité trouble.En littérature, le vampire n’aura jamais autant triomphé que vers 1850.Paru en 1897, Dracula aurait pu n’être qu’un énième roman exploitant des ficelles convenues.Mais Bram Stoker, homme original qui fraye avec Sir Richard Burton, l’une des figures les plus remarquables de son temps, fait beaucoup plus, et mieux, que ses prédécesseurs.Avec son atmosphère gothique incorpo- rée à la modernité du Londres de la fin du XIXe, avec ses détails plus vrais que nature sur la vie en Transylvanie, Dracula apparaît d’emblée, lors de sa publication, comme un livre singulier.Peu importe que son manichéisme fasse aujourd’hui sourire: Stoker a écrit rien de moins que le mythe moderne du vampire.En aura-t-on jamais fini avec lui?«Dans le mythe du vampire, chaque époque va trouver un reflet de ses obsessions», prévient Claude Aziza dans la dernière réédition de Dracula (Presses Pocket).C’est que les caractéristiques du vampire en font un mythe particulièrement riche de sens superposés.Ainsi, en sa qualité de «non-mort» ou «mort-vivant», il incarne la faille dans les rites mortuaires qu’ont mis en place les sociétés pour se débarraser de leurs cadavres.A preuve «ce mal-mort, de surcroît mal enterré ou n’ayant pas bénéficié des rites nécessaires à son repos, (.) finit d’ailleurs par mourir de mort rituelle, réduit en cendres en quelques secondes au moindre signe de croix, au moindre langage incantatoire», écrit l’anthropologue Jean-Thierry Maertens dans Le Jeu du mort, un passionnant essai d’anthropologie des inscriptions du cadavre.«Don Juan de la nuit ou Faust inversé», comme le qualifie encore si justement Maertens, Dracula «trangresse les tabous sexuels et rappelle qu’il n’y a pas de frontière entre désir d’amour et désir de mort».Vivant du sang des autres, transformant en morts-vivants ceux auxquels il s’abreuve, il est associé à la contagion, à la prolifération.Vampire sur pellicule Narcissique et solitaire, Dracula incarne aussi l’Autre absolu.Hollywood le devine bien qui, entre 1931 (année du Dracula de Tod Browning, avec Bela Lugosi dans le rôle-titre) et 1958, produit quantité de films de vampires.«Le lieu et l’époque ne procèdent pas du hasard: l’Amérique traverse alors l’une des périodes les plus noires de son histoire.Pour le grand public américain, Dracula, plus encore que les autres monstres du cinéma, cristallise sur sa personne toute la haine et toute l’angoisse que provoque la crise économique.Il est la représentation emblématique de l’étranger détesté que l’on rend responsable de tous les maux de la société», explique Jean Marigny.Sur-exploité au cinéma, le vampire a pratiquement disparu de la littérature après le roman de Stoker.Mais notre époque est la sienne: avec le sida, qui remet au premier plan la simultanéité d’Eros et Thanatos, fait du sang l’élément central de la tragédie, réintroduit l’angoisse de la contagion (rappelant en cela le temps des grandes pestes européennes) , le vampire est davantage qu’une métaphore.Voyez seulement ces faits divers qui présentent des séropositifs mordant les autres avec l’espoir de les contaminer.Le vampire a de beaux jours devant lui.On vient de le voir renaître sous la plume de l’écrivain québécois Louis Hamelin (Ces spectres agités, XYZ, 1991).Il est l’objet de la super-production de Coppola.Et au moment où l’on commence à parler d’une «culture-sida», il faut s’attendre à ce que la figure du vampire, incarnation de nos démons qui s’animent dans la nuit et la mort, alimente un nombre croissant d’oeuvres.Le vampire a encore de belles nuits devant lui.Sous les griffes des monstres psychiques L'ÉCHIQUIER DU MAL Dan Simmons, Denoël (Présences), 1992, vol.1,519 p., vol.2, 489 p.NORBERT SPEHNER Mille neuf cent quatre-vingt-dix aura été une année faste pour l’Américain Dan Simmons, la nouvelle étoile de la SF et du fantastique, puisque cette année-là, il a remporté trois des plus prestigieux trophées annuels : les prix Hugo et Locus 1990, pour Hypérion, une saga de science-fiction que les critiques ont comparé à Dune de Frank Herbert, et le prix Bram Stoker, pour Carrion Comfort, un thriller fantastique dont la traductiçn française est enfin disponible sous le titre L'Échiquier du mal (nettement moins macabre que le titre original qui se traduirait par «Confort putride».) Avec ces mille pages bien tassées, Dan Simmons s’est lancé un double défi, soit la création d’un «nouveau monstre archétypal.Quèlque chose dans le goût du Dracula originel ou de Frankenstein».Un archétype pour le siècle des charniers et des camps de la mort.Rien de moins.Il a voulu aussi bousculer les limites des genres : «Je voulais abattre les prétendues frontières entre les genres», affirme-t-il.Une chose est certaine, ce livre est remarquable et, dès les premières pages, il nous entraine dans une saga époustouflante et meurtrière qui nous tient en haleine.Roman fantastique ?Assurément.mais aussi thriller à la Ludlum, récit d’horreur, roman de guerre et d’espionnage teinté de science-fiction, histoire à suspense et j’en passe.Pas étonnant, alors, que les éditeurs américains aient hésité pendant près de trois ans avant de publier cette masse difficilement étiquettable, ce livre inclassable, hors norme, dont le titre original, plutôt inquiétant, est emprunté à un poème de Gerard Manley Hopkins.L’histoire ?Imaginez des gens comme vous et moi.en apparence, mais qui en réalité sont Quinzaine du livre-cassette du 15 avril au 1er mai t Plus de 700 titres disponibles En vente chez votre libraire participant.Comptoir de diffusion du livre Téléphone : 683-4102 s : • ” ¦ ' ‘' * des «vampires psychiques» dotés de pouvoirs paranormaux, capables de prendre le contrôle des esprits de leurs semblables et donc de les manipuler à leur guise, en les soumettant à tous leurs désirs même les plus tordus.Imaginez maintenant que ces monstres psychiques, avides de pouvoir, se mettent en tête de prendre en main les destinées de la planète, tout en se déchirant entre eux, par jeu ou par pure perversion.Du coup, nous comprenons de manière tragique le piètre état actuel du monde : guerres, assassinats, complots, famines, catastrophes en tous genres.Nos protagonistes tirent les ficelles de l’Histoire et nous sommes impuissants face à leur pouvoir absolu.Impuissants ?Ça reste à voir, puisqu’un personnage du nom de Saul Laski, un jeune juif de Varsovie, rescapé des camps de la mort (où on jouait aux échecs avec des pions vivants, abattus pour les nécessités de la partie.) va se donner comme mission de combattre et de détruire si possible ces marionnettistes de la mort sans lesquels la plupart des fléaux planétaires n’auraient jamais existé.David contre Goliath.C’est une partie d’échecs sanglante dont les joueurs sortent rarement vivants.Plein de suspense, de surprises et de scènes-choc, sinon choquantes, ce roman se lit paradoxalement comme réflexion sur la violence de ce siècle ! Toutes les formes de violence.A l’exception de son premier roman (excellent, quoi qu’on en dise.) Le Chant de Kali, qui n’a pas eu de succès notoire, toutes les oeuvres subséquentes de Simmons (4 romans) ont connu de forts tirages et un écho critique considérable.L'Echiquier du mal confirme son talent de façon magistrale.Le parcours littéraire d’un vampire célèbre FRANCINE BORDELEAU e toutes les époques, notre fin de siècle hantée par le sida est peut être celle qui colle le mieux à la figure du vampire, comme l’a si bien senti Francis Ford Coppola.Portrait d’un mythe immortel.Passionné de littérature fantastique depuis sa plus tendre enfance, il a des intérêts un peu bizarres tout de même, cet Abraham Stoker qui, rêvant d’écrire à son tour son histoire de vampires, a lu tous les livres qui traitent du sujet et s’est documenté à fond sur la Transylvanie.Le nom du personnage de son roman, il le trouvera grâce à Arminius Vambe-ry, professeur de langues orientales à l’université de Budapest.Paru en 1897, Dracula est un roman au style gothique composé uniquement de lettres et de journaux intimes, et n’a aujourd’hui encore rien perdu de son étrangeté; mais en même temps que de maladresses! que de personnages stéréotypés! que de ronflantes dissertations sur le Bien et le Mal! Le mérite voire le trait de génie de l’écrivain d’origine irlandaise, c’est d’avoir fixé, voire figé une fois pour toutes les caractéristiques du vampire.Dans la littérature, elle est d’abord féminine, cette créature satanique que dépeignent déjà Ovide et Pétrone, qu’évoqueront plus tard les Potocki (Le Manuscrit trouvé à Sara-gosse), Poe, Gauthier (La Morte amoureuse), Sheridan Le Fanu (Car-milla).En Occident le vampire, que de son côté le folklore roumain conjugue sur tous les modes depuis le XVe siècle au moins, prendra l’allure qu’on lui connaît aujourd’hui en 1819 seulement, avec une nouvelle de John William Polidori.Beau cas de plagiat d’idées: c’est lord Byron Ce Gremlin n’est pas un des vampires psychiques de Dan Simmons mais ne ressemble-t-il pas à ces «monstres du noir» des enfants?Les personnages de Simmons sont pires.«Ce roman fantasque et grave est une réussite totale.Le Cuba corrompu et paresseux d’Eduardo Manet, luxurieux et inquiet, étourdi et narquois, est magistralement ramassé en un portrait grouillant comme la littérature, de plus en plus mesquine, en offre peu.» Robert Lévesque, le Devoir L’éternel retour de Dracula t DESTINATION SU'«.jtrr-sA^s ' **-> ••"•"S-î-.^_.*#»?.‘J '•"»< ut.I l * 1 oui, ‘*^«K ( 0| |, «ao>, ROBERT REICH L’ECONOMIE MONDIALISÉE Pour valoriser et assurer la prospérité économique future, il faut fournir un effort spécifique en faveur de l’éducation et de la formation Ce livre permet de mieux comprendre ce qui se passe en Amérique du Nord, ainsi que la situation économique actuelle dans la Communauté européenne.Robert Reich est désormais au pouvoir et il va être en mesure de mettre en oeuvre les idées qu’il a énoncées dans ce livre.Et tous les pays, vont maintenant devoir en tenir compte.r= En vente chez votre libraire — Diffusion: Diffulivre inc Clinton I )l IN» >1 CRITIQUE D’un extrême à l’autre FRAGMENTS D’UN.MENSONGE Dominique Blondeau, Éd.de La pleine lune, Montréal, 1993,118 pages PIERRE SALDUCCI \ A travers Fragments d’un mensonge, Dominique Blondeau cherche «à revenir sur des étapes ou des événements de sa vie qui l’ont marquée, c’est pourquoi ces Fragments d’un mensonge sont présentés comme des récits.Mais partant du principe qu’«on ne ment pas, on se crée des vérités», Dominique Blondeau n’ignore pas que sa réalité littéraire diffère de celle quelle a vécue.Si bien que ces récits se rapprochent davantage du témoignage que de la fiction, d’où l’idée des fragments et des mensonges.Fragments, oui, d’aptant plus que le livre est divisé en deux courts récits: L'Emissaire et De sable et de sang.Paradoxalement, ces deux récits sont aussi différents que possible, opposés à la fois par leur ton, leur sujet copime par leur style.Par leur valeur aussi.Autant L’Emissaire est un texte maniéré, truffé de tics d’écriture, de procédés fatiguants et répétitifs, à l’ambiance étouffante, et dont le contenu lasse très vite sans susciter d’émotion; autant De sable et de sang est libre, fougueux, coule tout seul.Il est servi par une très grande beauté d’écriture, et son sujet nous emporte comme un vent chaud aux limites de la magie et de l’envoûtemenL Comment deux textes aussi dissemblables ont-ils pu être écrits par la même auteure et se retrouver si maladroitement assoc,iés dans le même livre?Dans L’Emissaire, une femme quitte Montréal pour retrouver en France son amie Aubry pour laquelle elle éprouve un sentiment très fort.Elle n’a que quelques jours à passer avec elle.Fascinée, elle évoquera sans cesse les yeux d’Aubry, les mains d’Aubry, la peau d’Aubry, les cheveux d’Aubiy, etc.au cours de longues pages où il ne se passe absolument rien et qui ne sont rythmées que par les battements de coeur de la visiteuse variant selon les émotions qu’elle éprouve.Finalement, comme Aubry s’obstinera à refuser le type de relation que propose son amis, les deux femmes n’auront d’autre solution que d’essayer de se rejoindre par le biais d’une fiction qu’elles vont s’inventer et qu’elles modifieront à leur guise.A partir de là Dominique Blondeau nous entraîne dans l’histoire de Nadège, ce qui ne fait qu’ajouter un second niveau d’ennui à un récit qui n’était déjà pas palpitant.Il en va tout à fait autrement dans De sable et de sang.Ici, Dominique Blondeau nous plonge dans le Maroc de son enfance pour raconter l’histoire d’un jeune homme en quête d’absplu qui choisit le voyage pour trouver un sens à sa vie.Epris d’une femme plus âgée que lui et de basse condition, il restera tiraillé entre elle, sa famille et les étapes de ses voyages, sans jamais parvenir à transformer cette rencontre en véritable accomplissement.Dominique Blondeau parvient avec une belle sobriété à doter ce personnage très touchant d’une grande sensibilité.Ses évocations d’un Maroc cosmopolite nous ramènent sans cesse à l’univers sensuel et complexe de Paul Bowles, tandis que sa vision de l’Egypte ne manque pas de rappeller celle d’Andrée Chédid.Pour cette réussite indéniable, Fragments d’un mensonge mérite l’attention mais en prenant garde surtout de commencer directement page 65.ENTREVUE La voix de l’exil Dominique Blondeau est fascinée par le temps et la mémoire MARIE-CLAIRE GIRARD Originaire du Maroc, Dominique Blondeau habite au Canada depuis 1969 où elle est arrivée en été heureusement.Beaucoup d’Arabes étaient venu visiter l’Expo 67 et, dans leurs discours, le Canada faisait figure de mythe, de paradis terrestre, de lieu d’exception où tout était possible.Montréal faisait rêver beaucoup de monde à cette époque, en tant qu’enclave francophone intégrée à l’Amérique, différence inclassable et tellement séduisante.Dominique Blondeau, après avoir songé au Liban et à l’Afrique du Sud, s’est donc retrouvée ici et a commencé, dès 1970, à publier des livres.«C’est récent que j’arrive à parler Dominique Blondeau fait partie de cette catégorie d’écrivains venus d’ailleurs qui parlent d’ici.«Je possède une structure qui peut être déroutante, comme les maisons: il y en a de simples et d’autres plus compliquées, ça dépend de l’architecte».du Maroc dans ce que j’écris.Je l’ai fait dans le roman Les feux de l’exil paru en 1991, et en filigrane dans quelques nouvelles, mais un blocage persistait».Pourtant il y a quelque chose de résolument oriental dans l’écriture de Dominique Blondeau, le style bien sûr, et l’évocation de ces villes exotiques, de ces climats chauds, de ces orangeraies: «Nous avons une culture tellement lourde, dit-elle, dans le monde arabe.Même si je suis chrétienne j’en ai été la victime.Plus on pénètre l’Orient, plus la culture se fait omniprésente, envahissant le quotidien, tout comme le Coran dicte les gestes de la vie de tous les jours.Toute mon écriture est habitée par ces réminiscences qui passent par les couleurs violentes et les passions excessives».Elle est d’ailleurs fascinée par le temps et la mémoire, la mémoire qui minéralisé et dont il est difficile d’extraire la part de vérité et de mensonge.On raconte quelque chose et l’événement s’amplifie ou perd de sa substance.Pour l’auteur de Fragments d’un mensonge, cela se rapproche de l’onirisme: «On a souvent dit que j’avais une écriture difficile mais ce n’est pas cela le problème: je possède une structure qui peut être déroutante, comme les rêves ou comme les maisons: il y en a de simples et d’autres plus compliquées, ça dépend de l’architecte».Dominique Blondeau fait partie de cette catégorie d’écrivains venus d’ailleurs qui parlent d’ici, avec un phrasé inimitable et ce thème de l’exil rejoignant inévitablement l’exil intérieur.«Plus j’écris, ajoute-t-elle, et plus je sors de Montréal, non pas que je veuille en partir mais parce qu’il s’agit d’une libération pour moi.Je sais maintenant que je peux parler d’ailleurs, ce qui va de pair avec accepter la différence de l’autre».Nous avons parlé du silence qui lui est nécessaire lorsqu’elle écrit, et du Üen bien précis qui la prédispose à enligner des phrases sur le papier, sur n’importe quel bout de papier et avec n’importe quel crayon.Et nous avons parlé d’un grand chagrin, de la mort de sa chatte, après 14 ans de fidélité.«Pour un écrivain qui les aime, les chats sont les compagnons parfaits, ils reposent, ils sont toujours beaux.Elle s’appelait Leila, qui veut dire «nuit» en arabe, un prénom qui a beaucoup inspiré les poètes de cette culture».Nous avons parlé aussi de poésie et des histoires que Leila a peut-être inspiré à Dominique Blondeau, des histoires qu’on raconte, un peu à la façon des Mille et une nuits pour empêcher l’autre de fuir ou de mourir.SÉDITIONS I 5 SAINT-MARTIN | SEANCE DE SIGNATURES LA COURSE DESTINATION MONDE Dans ce livre les jeunes de La Course nous livrent leurs impressions, leurs joies et leurs peurs.À la suite de leur périple, voici un dernier regard sur les visages qu’ils ont croisés et un premier diagnostic de leur rêve devenu réalité.• Venez les rencontrer au Salon du livre de Québec le jeudi 15 avril de 15 h à 17 h stand 188, 218 pages, 19,95$ Dans toutes les bonnes librairies 4316, bout.Saint-Laurent, Montréal, Québec H2W 1Z3 Tél.: (514) 845-1695 Téléc.: (514)845-1930 Les Belles Rencontres de la librairie HERMES Samedi 17 avril de 1-i li à 16 h Jean Marcel SIDOINE OU LA DERNIÈRE FÊTE I.ertiéac samedi 24 avril de H h à 16 li Stanley Réan SOMBRES ALLÉES Voix du Sud / CI DI MCA 1 120, ave.laucier ouest outremont, montréal tel.: 274-3669 • téléc.: 274-3660 LITTÉRATURE JEUNESSE Ni trop saignant, ni trop cuir LA FUIE EN CUIR Raymond Plante, Boréal inter, 219 pages GISÈLE DESROCHES Juste à point, le dernier Raymond J Plante.Un policier ni trop saillant, ni trop cuit.Dès les premières lignes, le ton est donné.Le temps froid, «indécis surtout, presque sans espoir» de février, nous fait frissonner.On se reconnaît.Esther Martin, 16 ans, «nage en solitaire» dans la foule des cégé-piens.L’auteur a soigné le style, a aiguisé son regard.C’est un policier à l’écriture esthétique.A son retour à la maison, ce vendredi-là, Esther apprend que Karen, la blonde de son frère Olivier, s’est suicidée.Toute la soirée, toute la nuit, elle attendra son frère, inquiète de l’absence de «signes de vie».Au matin, incapable de rester à se morfondre plus longtemps, elle partira à la recherche d’indices.Car, «entre frère et soeur, il arrive parfois que l’on s’aime.Profondément», (p.17) Et c’est elle qui remontera la piste, obstinément, furieusement, telle une lionne cherchant son lionceau.Elle flaire le danger sans penser à avoir peur, serrée de près par certain personnage louche, alerté par sa curiosité et sa détermination.Car tout ça trempe dans le meurtre déguisé, les se- ringues et les sectes religieuses.I Sur sa route, elle croise les poli-1 ciers, intelligents malgré leur allure d’enrhumés, et qui la prennent au| sérieux.Les personnages sont vivants, si I vrais qu’on les reconnaîtrait dans lai rue, on les connaît d’ailleurs.Cel sont nos voisins, nos amis, nos col-| lègues.Des personnages suffisamment bien typés pourl prendre vie, mais jamais! caricaturés: la chanteuse r noire, le collègue journa l liste, l’ami homosexuel, [ le saxophoniste à la voixl rugueuse.Juste assezI de mystère et d’inconnu | pour passionner sank retenue lecteurs et Mec I trices.Juste assez dè ré-1 flexions sur le nrofridc[ pour élargir notre iion.I Juste assez d’amouT et def pertinence pour se feèntir | concerné par les observa tions de l’auteur.Lé fécitl nous tient loin de Fà* vio-1 lence saignante'A lui mode, mais le dliriger| Eressenti n’a rien dé rose onbon.Juste à polrit, je| vous dis.Et si vous connaièse/.l Raymond Plante pour «sa série! des I raisins» (Le dernier des raisins; ZM'I hot dogs sous le soleil, Y a-t-il uii rai-1 sin dans cet avion?, Le raisin devient | banane), ne vous attendez à ri'eh de semblable.I^e ton et récriture sont | renouvelés, aussi différents (Je sesl autres livres qu’un raisin d’uh’bonl steak.•1 11.l.UST RATIO! A1AIN LONGl’RI Les Distributions Analekta vous! offrent la collection de disques ! 1695$ch, 21 TITRES DISPONIBLES Campra, Charpentier, Couperin, Debussy, ; i Gilles, Pergolesi, Purcell, Rameau, Messiaen#; Saint-Saëns, Scarlatti, Vivaldi Offre valable du 10 au 16 avril 1993 ! Oampigny 4380 ST-DENIS, MONTRÉAL, QC OUVERT 7 JOURS - DE 9H À 22H L E I) E V OIK.L E S S A M EDI I O E T D I M A N C HE 11 A V R I L 19 9 3 d; lo L IVRES iur que téxtes jeudi avril Alexandre l Vialatte POÉSIE La rassurante étrangeté Un recueil où l'art a son importance Aucune reproduction dans ce livre, sauf celle-ci en page couverture, alors que de très nombreux recueils de poésie en incluent epi sans toutefois les intégrer au texte, comme l’a fait Paul Chanel Malenfant 1E VERBE ÊTRE Paul Chanel Malenfant, l’Hexagone, coll.«Poésie», 1993, 120 pages FRANÇOIS DUMONT Parcourant un essai récent de Charles Taylor, Grandeur et misère de la modernité (Bellarmin, 1992), l’amateur de poésie en moi se réjouissait: il serait encore possible de réfléchir sur l’état du monde en se référant à la poésie.Malgré sa discrétion actuelle, la poésie ne serait pas pour autant devenue complètement anachronique; elle aurait partie liée avec les enjeux les plus actuels.Je précise tout de suite que Taylor ne se réfère qu’occasion-nellement à la poésie et que ses références n’incluent pas la poésie québécoise.N’empêche: le genre aide encore à penser; il n’est donc pas mort.C’est en songeant à cela que j’ai lu le plus récent recueil de Paul Chanel Malenfant.Je n’y ai pas cherché une interprétation — ce qui est affaire de philosophie et non de poète — mais plutôt la «matière première» que me promettait du reste la quatrième page de couverture.L’organisation de cette matière m’a d’abord frappé: l’agencement subtil des trois parties du recueil, et surtout la virtuosité de l’auteur dans l’écriture du poème en prose (seule forme qui est ici utilisée).Malgré quelques effets de surface un peu appuyés, l’écriture relie habilement les trois principaux objets d’une lente et attentive méditation: l’art, l’enfance et Dieu.Rarement ai-je lu un recueil de poésie où l’art, particulièrement pictural, prend autant d’importance.Cela est plutôt paradoxal, car aucune reproduction n’accompagne ce texte, alors que de très nombreux recueils de poésie incluent, sans les intégrer, toutes sortes de reproductions qui trop souvent n’ont qu’un statut ornemental.Mais ici le plus important, me semble-t-il, est moins le rapport avec certaines oeuvres particulières que l’appel à d’autres formes artistiques desquelles le poète attend des leçons sur l’art de regarder.Le regard de l’enfant est, lui aussi, mis à contribution.Dans ce «Commencement de la mémoire» s’entremêlent divers souvenirs familiaux, assez nettement autobiographiques, qui conduisent à une sorte d’aplatissement du passé.En effet, dans un même instant, «Christophe Colomb découvre l’Amérique et ton père fume sur la véranda».Le «verbe être» est constamment conjugué au présent et la mémoire devient ainsi, à la longue, d’une légèreté un peu terne.11 en est de même pour le recours à Dieu.J’avoue que sa présence, dans ce recueil, m’a un peu agacé; non pas à cause d’un athéisme forcené, mais parce que cette figure est constamment présentée comme «Une idée simple», comme une figure enfantine de la sécurité.Au risque d’exagérer, je dirais que le mystère sans conséquence du Dieu enfantin s’accorde avec l’étrangeté confortable de la poésie adulte.C’est du moins le lien que je vois entre cette parole de l’enfant: «Je crois à l’existence de Dieu, à la vérité sortie de sa bouche.Les mystères de la vie sont rangés comme des draps dans les armoires» et cette parole de l’adulte: «Petits traits précis de l’écriture, l’émotion du moment est rangée dans l'ordre du souvenir.Par bonheur dans l’espace des taches de couleur ne se posent nulle part».Ce bonheur dans les limbes de l’étrangeté m’a rappelé le dernier François Charron, bien qu’ici le parti pris prenne moins d’importance que l’écriture elle-même.Cela me ramène à l’essai de Taylor.Celui-ci soutient que pour recouvrer notre propre «sentiment de _ l’existence» nous devons le relier à «un tout plus vaste».C’est d’une certaine manière ce que propose le recueil de Malenfant.Toutefois, Taylor ajoute: «C’est vraisemblablement ce à quoi une grande partie de la poésie moderne a essayé de donner forme; mais nous avons peut-être aujourd’hui besoin de plus que cela».La phrase est ambiguë: avons-nous besoin de plus que la poésie oy de plus de la part de la poésie?A la première question, le recueil de Malenfant semble répondre que la poésie doit intégrer à son langage d’autres langages, ce qui est d’ailleurs sa dimension la plus réussie.I.a deuxième question concerne, me semble-t-il, outre le recueil de Malenfant, une large part de la poésie québécoise actuelle qui, pour avoir tellement bien assimilé l’étrangeté, élude parfois davantage qu’elle n’interroge.présents dont Alexandre Jardin (Le petit sauvage), Monique Proulx (Homme invisible à la fenêtre), Serge Filippini (Comoedia), Colette Beauchamp (Judith Jasmin), Bernard Werber (Le jour des fourmis), Plume Latraverse (Pas d'admission sans histoire), Jean-François Vilar (Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués), Louis Hamelin (Cowboy), Benoît Sokal (Canardo: l'ile noyée), Robert Lalonde (Sept lacs plus au Nord), Jacques Crand'Maison (Une génération bouc émissaire: enquête sur les baby-boomers), Maester, Yves Beauchemin, Anne-Marie Carat, Louis-Martin Tard, Caston Compère, David Homel, Robert Sabatier, Marie Laberge, Claude Michelet, Georges Jean, Henriette Major, Chrystine Brouillet.y Eloge de la chronique DERNIERES NOUVELLES DE L’HOMME Alexandre Vialatte, Paris, Julliard, 1978.’il est up genre fragile, c'est bien celui de la chronique.A l’heure d’aujourd’hui, le texte d’humeur est répandu.On peut se bâtir une solide réputation en écrivant n’importe quoi n’importe comment.Il suffit de paraître original, de ne pas dé-la vulgarité et de tirer sur tout ce qui bouge, en 1971, Alexandre Vialatte a consacré les vingt années de sa vie à écrire des chroniques.La plupart d’entre elles parurent dans un petit journal de province, La Montagne, de Clermond-Ferrand.Lui qui avait été traducteur d’allemand, ayant eu le rare mérite de faire connaître Kafka en France, romancier remarquable, a donné au genre ses lettres de noblesse.11 n’est pas facile de déterminer exactement ce qui fait le charme de son écriture.De prime abord, j’avancerais que c’est l’originalité de la vision.Vialatte n'avait pas à grossir le trait.Son interprétation du monde était insolite.Toujours là où on ne l’attend pas, d’une drôlerie profonde, d’une finesse sans faille.L’humour de l’auteur des Fruits du Congo est délicat.Presque toujours d’origine littéraire.Vialatte vivait entouré de livres.Le prétexte habituel de sa chronique, une nouvelle parution, est tellement camouflé qu’on l’oublie parfois.En quelques lignes, le chroniqueur nous dit l’essentiel sur Queneau, Buzzati ou Henri Pourrat, puis il nous fait entrer dans son monde.Parfois, l’actualité seule lui sert d’introduction.«Nous vivons dans une étrange période, où tout le monde meurt.Jusqu’aux plus grands.Le Général de Gaulle lui-même».Si Vialatte nous amuse tant, c’est qu’il est imprévisible.11 fait partie de ces écrivains qui ne se sont pas remis d’avoir quitté l’adolescence.«Vingt fois j’ai voulu dire adieu à ma jeunesse.Vingt fois j’ai craint de me montrer ridicule.C’était trop tôt.La fois suivante, elle était partie».Il nous amuse, nous inquiète tout à la fois.La chronique n’est pas pour lui une occupation passagère.Il consacrait à la rédaction de ses billets la même attention qu’il donnait à ses romans et à ses traductions.Il croyait fermement qu’une chronique réussie est tout aussi importante qu’un roman de deux cents pages.Vialatte avait connu l’internement psychiatrique pendant la guerre.Il avait tenté de se suicider.Cette aventure, il l’a racontée dans Le Fidèle Berger.Beaucoup de ses chroniques traduisent une plongée dans le désespoir.Il jouait à l’équilibriste pour ne pas sombrer.Il a fallu attendre sept ans après la mort de leur auteur soit publié ce recueil de chroniques dont je parti n’est pas sûr que Vialatte eût trouvé l’en-souhaitable.D’une extrême exigence, il travaillait textes avec minutie, les corrigeant jusqu’à la dernière L’idée d’une publication en livre l’aurait troublé.Peut-être est-ce à cause de ces scrupules qu’il écrivait merveilleusement Une chose est certaine en tout cas, a des allures de livre composé.Aucun des ne paraît inutile.Je reviens à ce livre quand j’ai le ’être ébloui.DONNEZ! La Société canadienne de la Croix-Rouge Division du Québec Université de Montréal Faculté des arts et des sciences Améliorez votre français écrit Cours sur mesure à la maison, au bureau, en vacances.Date limite d’inscription : 30 avril 1993 Pour recevoir le dépliant d’information, appeler au (514) 343-7393 ou remplir la formule suivante et la retourner à : Cours autodidactique de français écrit (CAFÉ) Université de Montréal, C.P.6128, succursale A, Montréal (Québec), H3C 3J7 En Afrique, la sécheresse gagne du terrain.Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants n’ont plus de quoi se nourrir.Faites parvenir votre contribution à: 5633, Sherbrooke est Montréal (Qc) H1N 1 A3 Tél.: (514) 257-8711 (Mentionner qu'il \ agit d’une contribution versée aux victimes de la famine en Afrique.Un reçu d’impôt vous sera envoyé sur demande).V I T R I N E JEUNESSE DOMINIQUE DEMERS ZAZA AU BAIN An toon Krings Éditions L'école des loisirs, 1992 Il existait déjà des souris et des alligators, des autruches et des perroquets, des ours bruns et des lapins, des girafes et des chats de gouttière.Tant de petits héros à plumes et à poils qu'on aurait juré qu’il n’y avait plus de place.Puis, Zaza est arrivée.Une petite guenon.Peste comme c’est pas possible.Délicieusement butée et bornée.Terriblement attachante.L’illustrateur Antoon Krings a créé une irrésistible fillette-singe qui, comme tous les enfants, déteste prendre son bain mais adore se faire raconter des histoires étonnantes.(A partir de 2 ans) .•m-h LES CHEVAUX SAUVAGES texte de Natalie Kinsey-Wamock illustré par Ted Rand, éditions Flammarion, collection Père Castor, 1992 En refermant les pages de cet album, il nous reste, bien sûr, l’histoire de ces quelques mois dans la vie d’une enfant, fille de pêcheur, en 1895, sur une île presque déserte au large du Nantucket.Une île peuplée de chevaux sauvages galopant furieusement crinière au vent.Une île où l’hiver est si cruel que les hennissements des bêtes affamées déchirent la nuit glacée.Mais en refermant les pages de cet album, il nous reste surtout les émotions en images de Ted Rand.Des illustrations généreuses où les jeux de lumière disent magnifiquement la détresse, l’espoir çt l’euphorie.Un livre important.(A partir de 4 ans) LES DERNIERS GÉANTS François Place éditions Casterman, 1992, 78 pages Les images de François Place rap-jrellent un peu celles de Philippe Dumas.Traits fins à l’encre noire, nourris d’aquarelle, dans des compositions très meublées où fourmillent les menus détails.Peu d’illustrateurs savent aussi écrire.François Place nous plonge dans un récit fantastique où la poésie se mêle à l’étrange pour créer l’envoûtement.L’histoire rend si bien justice aux 36 superbes images — et vice-versa — que l’album a déjà remporté le Grand Prix du Livre de Jeunesse 1992, le Totem Album 1992 et les Cerclqs d’Or du livre de Jeunesse 1992.(A partir de 10 ans) 1 .jJ.n Les images de François Place, dans Les derniers géants, rappellent un peu celles de Philippe Dumas.LE SANG DES ÉTOILES Anne-Marie Pol, éditions Flammarion, collection Castor Poche, 1993, 282 pages Les histoires de danseuses étoile ressemblent toujours à un conte de Cendrillon où les chaussons à pointe remplacent la fée marraine à baguette.Quête initiatique, métamorphose et prince charmant.Sauf qu’ici, Cendrillon découvre que son prince charmant ne suffit pas.Elle l’aime bien mais n’a j)as envie de se noyer en lui.Léonor, 16 ans, découvre qu’un feu intérieur l’anime et qu’elle doit, avant tout, aller au bout d’elle-même c’est déjà j)as mal.En plus, ce roman est joliment écrit et bien construit.Juste un peu fleur bleue.(A partir de 12 ans) a h C e n t ( e des Congrès de ü ué De c SALON DU LlÿRE DE QUÉBEC Jeudi, 15 avril-11 à 22h Vendredi, 16 avril — 9 à 22h Samedi, 1 7 avril-11 à 22h Dimanche, 18 avril — 11 à 22h Lundi, 19 avril-11 à 18h Nom et prénom Adresse Ville Code postal LIBRAIRIE LE BOUQUIN 395,Bout Cartier, Laval (Québec) H7N 2K8 Tél.: (514) 688-6036 Fax: (514) 688-8844 Nous vendons les publications du gouvernement du Québec: techniques -lois, règlements -livres administratits, -livres d’art, etc.Commandes téléphoniques acceptées.CONCESSIONNAIRE DES PUBLICATIONS DU QUEBEC LE DEVOIR.LES SA M EDI 10 E T D I M A X (' HE II A V R I L I !> !) 3 STANLEY PEAN Les Éditions du Cidihca" SONT REPRÉSENTÉES PAR Sotnbres allées i CEDILIV *.'- Centre de Diffusion du Livre de Montréal Inc.1751 rue Richardson, bureau 7519, Montréal, Qc, H3G1K6 s (514) 939-2660, 939-4189 Fax (514) 939-2661 «Plutôt que d'entreprendre un exercice de réflexion méthodique, le père Aristide nous convie ici au récit de la passion d’une vie.» Leonardo B off M.Stanley sera présent sur le stand du CLDII.IV.Il rencontrera le public'le jeudi 15 avril à 20h30 au Café littéraire.L’amant qui n’a pas la conscience tranquille L'INCERTAINE Pascal Lainé Paris 1993, Fayard 212 pages.L’auteur de La Dentellière (Prix Goncourt 1974) est un romancier prolifique.Tous les ans, ou presque, un roman de Pascal Lainé nous arrive, et pas toujours du même éditeur.En fait, ayant quitté Gallimard en 1982, il a publié depuis chez Denoël (Jeanne du bon plaisir, 1984), au Mercure de France (Plutôt deux fois qu’une — il s’agissait d’un polar commandé — 1985), chez Ramsay pour les crus çle 1985,1986,1987, et chez Denoël-Ramsay (Les Petites Egarées, 1988).Arrêtons-nous à ce dernier titre.D’une fidélité exemplaire dans sa production, Lainé fut infidèle à ses fidèles lecteurs, ayant promis une suite — qui n’est jamais, ou tout au moins pas encore venue — à ce très excitant épisode imaginé dans l’ombre de la Tour Eiffel.Il a préféré nous offrir Elena (Pré-aux-Clercs, 1989), Dîner d’adieu (1991) et Dialogues du désir (1992) chez Laffont, et le voici chez Fayard avec l’incertaine.L’Incertaine, cette confession d’un quinquagénaire qui fut l’amant d’une très jeune comédienne, et qui décidément ne peut s’en remettre, échappera-t-elle à l’élagage obligatoire des rayons, tous les trois ou quatre ans?Peut-être.et sans doute pour la toute première qualité de Lainé: le style sobre, rigoureusement tenu en laisse, d’un écrivain qui ne fut pas toujours si économe de ses moyens, mais qui retrouve ici le goût des intrigues serrées et sa compréhension de l’étemel féminin.Quel mot démodé selon certaines lectrices! Il faudrait sans doute, pour les convaincre du contraire, reprendre ce que Pascal Lainé confiait à une journaliste, en 1974, après l’attribution du Goncourt.«Au fur et à mesure que j’écrivais ce livre sur les femmes, je me suis pris au jeu, disait-il.Ma prise de conscience a été, en fait, une prise de mauvaise conscience.Je ne suis pas féministe.Pourtant, mis à part le mode de revendication outrancier, le féminisme me paraît justifié».Près de vingt ans et plus de douze romans plus tard, Pascal Lainé est-il encore persuadé de la «justification» du féminisme?En tout cas, l’amant écrivain, et terriblement bourgeois, de l’Incertaine, n’a pas réellement viré sa cuti à propos de l’émancipation féminine.Il adore sa très belle et très jeune comédienne, il n’est pas jaloux, ou si peu, de ses anciens amants, il voudrait qu’elle lui soit fidèle sans pour autant que sa grande passion pour le théâtre, sa première passion, en souffre le moins du monde.Aimer moins la scène, l’intense plaisir de jouer, que son amant-romancier?C’est la quadrature du cercle pour cette provinciale, débarquée un jour, de son Alsace natale, dans la jungle parisienne des «théâtreux».Observant sa compagne, le narrateur note qu’«il y a encore des personnes qui brisent les objets par maladresse ou par nervosité.Elle leur ressemblait, à ceci près que c’était elle, plutôt, qui se brisait aux choses.La souffrance était son état le plus courant».Toutes les aventures de l’amante, avant celles qu’elle connaît avec celui qu’elle quittera, inévitablement, sont narrées avec non seulement la précision du romancier mais avec toute la compassion que l’amant d’hier, et toujours épris, éprouve pour celle qu’il adula comme une enfant.Il partage ses doutes, sa peine quand elle est en «manque» — qu’elle est éloignée de la scène — et même ses petites manies domestiques: son culte pour les plantes, pour les chats: «Elle aurait voulu que nous adoptions un chat.Ce n’était pas pour elle, m’expliquait-elle, c’était pour moi car les écrivains et les chats sont faits pour vivre ensemble».Puérile, doutant constamment d’elle, vivant plus intensément dans l’imaginaire des créations théâtrales que dans le réel de sa vie avec celui qui l’aime sans doute trop.prosaïquement, cette héroïne dernière de Pascal Lainé est malgré tout fort attachante.Et l’auteur retrouve pour elle ce qui faisait, à mon sens, cruellement défaut à quelques-uns de ses précédents romans: la langue belle, extrêmement tenue, et même ce que Lainé est l’un des seuls contemporains, en France, à pratiquer avec autant de virtuosité (avec Françoise Sagan.): les temps du passé et de l’imparfait du subjonctif.Quelques lecteurs en seront peut-être agacés devant ce qu’ils considèrent sans doute comme de la préciosité.Exemple moins réussi de ce subjonctif: «On me le livrait de bonne grâce, de peur que je ne me misse à piller et à violer.» Beaucoup plus convaincant cet autre exemple (à la page 109): «Je ne voulais pas que mon ombre se portât sur toi et risquât de t’effacer, car tu n’étais au juste qu’une image sous le faisceau d’un projecteur».Belle image, somme toute, que cette idylle entre l’homme qui la contemple sans se lasser, et celle qui le fuira, qui n’a peut-être que fait cela pendant toute sa jeune existence: fuir.Triste constatation de l’écrivain-amant: «Chacun apprend ainsi, un jour ou l’autre, que si Dieu nous a quittés, c’est tout bonnement qu’il n’avait pas la conscience tranquille».L’amant de L’Incertaine ne l’avait pas davantage et, bizarrement, c’est ce qui fait le charme de ce petit roman.Pascal Lainé retrouve sa compréhension de l’étemel féminin.Uœil et le revolver Tonino Benacquista est un gourmand des mots «Il était sept heures du matin quand j’ai rencontré ce revolver.Une rencontre, c’est le mot.J’ai eu l’impression de faire la connaissance de quelqu’un.» LA MACHINE À BROYER LES PETITES FILLES Tonino Benacquista.Ed.L’instant même.138 pages.ELSENEUR Jerome Charyn.Ed.Denoël.279 pages.Quand il était petit, Tonino Benacquista fréquentait quotidiennement l’écran de la TV familiale.Il se gavait de séries policières parce que contrairement aux fictions engoncées dans la morale bourgeoise, elles racontaient les histoires de la rue ouvrière.Lorsqu’il devint adolescent, il alla au Lycée Romain Rolland.Cette plantation scolaire est située à Ivry, petite ville que l’on trouve au sud de Paris.Là, au Lycée s’entend, il rencontra Jean-Bernard Pouy.Celui-ci faisait alors office de surveillant.Plus tard, en fait récemment, il signa le très oulipien La Belle de Fontenay à la Série noire.Pour votre gouverne, la Belle en question n’est pas une dame, mais tout bêtement un type particulier de patate.Excellente, dit-on, pour la purée Soubise.Les deux aimaient le polar.Tonino à la TV; Jean-Bernard sur imprimé.Et comme le second était plus âgé 3ue le premier, il profitait es heures supplémentaires pour le convertir aux histoires écrites.Celles, surtout, de Raymond Chandler et Dashiell Hammet.Au fur et à mesure qu’il s’éloignait de son adolescence, Tonino Benacquista quittait la TV pour canaliser ainsi le temps libéré à la lecture des fictions païennes que lui refilaient Pouy.A 20 ans, la chose était entendue.Il ne serait pas médecin ou charpentier; il serait auteur de romans policiers.Samedi dernier, le téléphone aidant, il a assuré que cette certitude quant à son avenir a eu pour effet que «j’étais serein parce que je savais ce que je voulais faire.Je n’ai donc jamais connu, par exemple, d’angoisse à cause du chômage.J’ai fait plein de petits boulots, mais en sachant toujours que je serai écrivain.» De cette certitude vient probablement cette constance du Je dans ses romans anciens comme dans le recueil de nouvelles, toutes très brèves, qu’il vient de publier ici au Québec aux éditions L’instant même.Le titre?La machine à broyer les petites filles.Le Je est partout.«Le Je me vient spontanément.Cela provient sans doute de ma lecture de Chandler.Les dialogues intérieurs qu’ils construisaient pour Marlowe m’avaient immédiatement séduit.Mais cela vient également de ipa longue fréquentation de la TV.Ecrire à la première personne implique que toutes les informations passent par l’oeil du narrateur.» Et que voit-il cet oeil?Page 7: «Il était sept heures du matin quand j’ai rencontré ce revolver.Une ren- Casser la gueule au pays des mots, c’est la marque de commerce de Tonino Benacquista.contre, c’est le mot.J’ai eu l’impression de faire la connaissance de quelqu’un.» C’est l’oeil au début de la nouvelle Le jardin des mauvais garçons.» L’oeil de la fin?« Je me suis arrêté d’écrire un instant pour vérifier une dernière fois le barillet.Puis, j’ai essuyé le bout du canon pour éviter au mieux le goût de la rouille dans la bouche.» Composer au je favorise la dérive, celle des personnages évidemment, alors qu’écrire au mode impersonnel, «c’est les regarder de haut.C’est l’écrivain qui se prend pour Dieu.» Entre le Je de Chandler et les séquences TV, Benacquista s’est taillé un style, un rythme très vif.Parfois trop rapide.Parfois si rapide que le souvenir de ces histoires se met en bandoulière.Mais pas au point d’en perdre la mémoire.Car notre homme est un inventif.Un gourmand des mots comme l’est son complice en chose noire Jean-Bernard Pouy et son copain en chose policière Patrick Mosconi, auteur de Nuit apaclie.Comme il est aussi un amateur de dialogues.Ce qui.Ce qui donne ceci:, «Tous ces trucs-là, c’est plutôt les Etats-Unis, tu sais là-bas, ça se marie à tour de bras, ça se trompe encore plus vite, et ça divorce pendant la lune de miel, et les pensions coûtent la peau du cul.Ici on a le consentement mutuel, la France, c’est le pays des mots, on s’arrange, on fait pas de vagues.» Et mézigue de demander «Et si je te disais, là, brutalement, que je couche avec ta femme?» Et l’autre de rétorquer: « Si c’était vrai je te casse- Tonino Benacquista LA MACHINE A BROYER LES PETITES FILLES Lhisîant même rais immédiatement la gueule.» Ce petit extrait a été puisé à la page 53 de son recueil de nouvelles «tristes-sa-comique.» Casser la gueule au pays des mots, c’est la marque Benacquista.C’est l’empreinte de Benacquista qui fait du roman noir parce que faire du noir, c’est faire «de la dramaturgie.» Alors que faire du roman blanc, «c’est se regarder écrire.» Jerome Charyn, ne se regarde pas écrire.Jerome Charyn est un grand, un très grand du noir.Il y a un an, il nous avait régalés avec Un bon flic qui faisait écho à son célèbre Marilyn la Dingue.Aujourd’hui, il fait un autre coup d’éclat Son Elseneur, paru chez Denoël, répond à Frog, écrit il y a dix ans.C’est dire qu’on retrouve Sidney Holden, l’as flingueur qui voue une admiration au Duc de Windsor, celui d’avant la Deuxième guerre mondiale, à cause de la coupe de ses costumes Prince de Galles.Vous voyez le topo?Non! Sidney Holden est à la semi-retraite.Il vit toujours à New York, parce qu’avec Charyn il ne peut pas en être autrement.Howard Phipps, le roi de la pègre new-yorkaise, fait appel à ses services de mécano du sang parce qu’une bande de zigotos lui siphonne des dollars.On suit Sidney Holden.On découvre qu’une bande de schizos a un don particulier pour la mise en scène.Li théâtrale.Donc la vraie.Bon.Elseneur, comme les autres romans de Charyn, ne se raconte pas.C’est trop fou.C’est dingue.C’est givré.Et, surtout, c’est génial.C’est la première fois que l’on dit cela.Signer sji earle de don d*oi*gano.s.c'est pour la vie.LA FONDATION DIANE HÉBERT (814) 968.0333 TRIPTYQUE 524-5900 / 525-5957 Micfiel OoMclin 6 Triptyque Faop* Uadry LATOUR DE PRIAPE Les baigneurs de Tadoussac Michel Gosselin LE SCÉNARIO TÉLÉVISUEL Essai et fiction 181 p„ 17,95$ L'auteur de cet essai s'est penché sur cette écriture de contraintes, sous-jacente à l'image, nageant entre celle du théâtre et celle du cinéma, mais avant tout réaliste puisque l'écriture téléromanesque se veut un reflet de la société.Il termine son ouvrage en nous présentant un exemple de fiction télévisuelle.La tendresse des pierres.François Landry LA TOUR DE PRIAPE conte érotique 88 p„ 13,95$ La tour de Priape est un conte érotique qui atteint les limites de la fantasmagorie, sans jamais y céder.L'auteur maintient le lecteur pour ainsi dire sur la corde raide, l'entraînant malgré lui dans un monde où beauté et cruauté se chevauchent constamment.André Ricard LES BAIGNEURS DE TADOUSSAC Poésie 53 p.12.95 S Les algues, les moules, si puissamment s'agrippent aux falaises, aux récifs pour résister à la houle, aux vagues déferlantes des tempêtes, pourquoi pas nous?N'est-ce pas l'ordre meme des choses qu’à bien prendre les choses chacun s'efforce.Le monde, à la dérive des paramètres, n'a pas que l'on sache encore sombré.Nous sommes cependant profondément affouillés.La fiction postmodeme Tangence 39 Postmodernité : fiction ou réalité?; l Les articles de ce numéro « posent la question de la mort des dogmatismes et du délitement des codes.Tangence 39 : un document de référence î pour qui s'intéresse à la postmodernité » », En vente dans de nombreux points de vente; ' sélectionnés par Diffusion Parallèle ] (514) 434-2824.F 9, Hi I) I 2 S A M K I) I I) I M A X C II K A V H I I.LIVRES , P N R.C 0 II R S D'UN É CR I VA I N 0, .* *%' Carnet 31 * MARIE - CLAIRE BLAIS f ?C’est une note de plomb que l’on entend en franchissant le seuil de la maison de Ruth et Gardner, une note chromatique qui pourrait jaillir d’un opéra de Wagner, Tanhauser, peut-être, c’est une suite de sons hérissés et somp-tiieux, c’est la musique de Cardner lorsqu’il compose à âon piano dans la salle de musique.Si c’est l’heure du cocktail, nous entrons et sortons de la maison dans un tintement de verres et de voix, quand le soleil se couche sur la mer, que les petits-enfants de Ruth et Gardner reviennent joyaux de la baignade, en secouant lpurs cheveux mouillés sur la serviette qu’ils portent autour du cou, mais que ce soit le soir ou le matin, Gardner ést toujours au piano dans les hauteurs de la maison d’où l’on voit une ligne bleue à l’horizon.• Il écoute parfois la musique de Yves, de Schônberg dont il estime la puissance, l’exaltation, mais son exploration de la musique est une recherche forcenée de sons nouveaux, ce qui peut nous sembler à nous qui l’écoutons distraitement en passant dans sa maison, un incompréhensible chaos de notes.Gardner était jadis pianiste de concert, le musicien vieillissant, le compositeur à la tete d’oiseau penché tout le jour sur l’abstraction des notes, redevient parfois ce pianiste classique, le dimanche lorsqu’il joue, avec Mary à la flûte traversière, debout près du piano, les sonates de Telemann, de Mozart.De mon atelier sous les pins, j’écoute cette mélancolique musique des dimanches: Gardner interrompt parfois un mouvement en disant à Mary: «Recommençons.c’est si léger, si doux à entendre cette sonate.» et il chante tout en recouvrant de ses doigts un enchanteur glissement de notes.Lorsqu’il revient à ses compositions, l’allégresse mozartienne s’est évanouie, les doigts de Gardner se po-«Ne laites ser>tavec tireur sur un assemblage de touches rebutantes, les notes de pas de bruit plomb résonnent vers la baie, jusqu’au jardin où Ruth dit à ses petits-enfants, quand votre “Ne faites pas de bruit quand votre x grand-père travaille.» Ruth dit aussi à grand-pere sa fille dont elle prend la main, «Ton père compose, écrit un opéra, dit-il, et travaille.» jamais il ne montre ses partitions à personne.Encore une fois, c’est une musique qui ne sera pas jouée dans un concert.c’est trop unique.Quand donc ton père fera-t-il comme les autres?'fous les artistes doivent vendre leurs travaux.Nous ne pouvons pas vivre que d’air et de sons dans cette famille.» Gardner ne mange pas beaucoup, on le voit rarement autour d’un repas avec les siens.Sa bienveillance attire pourtant à lui tous ses petits-enfants vers son piano, parfois il caresse du bout des doigts le duvet de ces cheveux de bébés.Il est vrai aussi, comme le dit Ruth, que Gardner ne tient pas à entendre ses compositions en concert.11 dit d’un air vague.» Un jour, on comprendra ma musique.» mais les années passent et personne ne voit encore ce qu’il écrit.C’est en Bretagne que je commencerai, quelques années plus tard, une pièce de théâtre, dont Jean Faucher et Lucile Leduc feront la mise en scène dans laquelle Gardner devient le personnage Jean, un compositeur, un musicien lui aussi.En écrivant ce texte, l’Océan où il est surtout question de l’écriture, d’un père écrivain et de ses influences marquantes auprès de sa femme, de ses enfants, de son héritage spirituel, le doux visage de Cardner m’apparaît, ce sera Jean, le musicien candide et entêté, Gardner à la tête d’oiseau.Dans la pièce, comme dans la vie, avec Gardner la musique joue le rôle de la douceur, de la limpidité qui contrastent tant avec la dureté de Récriture, et de l’écrivain.Les mots de Ruth à ses petits-enfants, «Ne faites pas de bruit, votre père travaille.» sont prononcés par Judith, la femme du musicien, à ses enfants.Pendant qu’un compositeur travaille à cette musique de Jean pour le déroulement de la pièce, J’entends dans un café, pendant un voyage à San Francisco, les notes desendantes comme des glas, ces notes de Gardner.Longtemps après on joue enfin sa musique, Gardner a consenti à nous la livrer, ce chaos incompréhensible, c’était nous, notre temps.Loger sa solitude en l’autre Un discours qui réunirait l'homme et la femme, le père et la mère, est-il possible?À NOUS DEUX! (HOMMES ET FEMMES: LA FIN DU COMBAT!) Sylvie Chaput et Marc Chabot, Le Jour et VLB, «Des hommes en changement», 180 p.Du dégonflement actuel des discours durs, le féminisme est peut-être celui qui souffre le plus.De Roch Côté (le Manifeste du parfait salaud) à Camille Paglia (l’intellectuelle vedette aux fonnules-chocs), on assiste à une réhabilitation du génie masculin.On connaît le succès du livre de Guy Corneau sur les pères manquants et les fils manqués.Pendant que le féminisme se tire dans les pieds, la condition masculine se donne une nouvelle contenance.Y a-t-il lieu de parler d’un rapprochement homme-femme pour autant?Seulement si l’on aspire à dépasser un certain féminisme et un certain «masculinisme», selon Sylvie Chaput et Marc Chabot.Morceau bicéphale en trois mouvements Déjà auteur de Lettres sur l'amour, le duo Chaput-ChaDot récidive huit ans plus tard avec A nous deux!, un ouvrage moins personnel, plus philosophique, plus construit, sur les relations épineuses des hommes et des femmes.Je dis «construit» parce que le livre possède une nette dimension analytique et qu’il se présente comme un dialogue en trois temps, les six textes du recueil se divisant en trois parties analogues, intitulées «De l’hétérosexualité», «De la masculinité» et «De nos avenirs», dans lesquelles Chabot prend d’abord la parole, suivi de Chaput.Les deux auteurs ne cherchent pas à produire un discours homogène, n’utilisent pas les mêmes mots, ne parlent pas de la même chose (en apparence).Chacun a son style et sa façon de dire.Chabot est le philosophe, le théoricien, Chaput Ranalyste, la travailleuse de terrain.Chez le premier, il y a de la suite logique dans les idées, de la continuité, une pensée globalisante, centripète: une pensée de l’«hétérosexua-îité» qui veut prendre le contre-pied du.discours habituel sur la condition masculine; chez la seconde, il y a l’éclatement, le débordement de l’analyse vers des objets spécifique, comme l’essai mentionné de Guy Corneau, inattendu, comme la lettre de Marc Lépine, parfois banal, comme la méthode symptothermique de contraception douce.Derrière chaque cas court l’idée, cependant, que le discours féministe traditionnel est périmé.On est très vite frappé par la cohésion du propos et la simplicité du vocabulaire.Le lecteur en prendra pour preuve cette «pensée hétérosexuelle» que Chabot installe au centre de ces trois textes, pour pointer du doigt le lieu où la parole doit perdre son origine sexuée.Pour dépasser ce qui dans le féminisme oblige les femmes à la jouissance et ce qui dans la condition masculine est refus de l’autre, Chabot ne craint donc pas de choisir un mot au sens bien défini, hétérosexualité.Ce faisant, il assume l’ambiguité qui provient du fait de fonder sur un mot platement explicite une pensée, un mouvement, qui prétend aller au-delà de la sexualité?C’est que le philosophe moderne n’est pas bête.Il sait que les mots ne sont pas toute la vérité, qu’il y a l’exercice de la vie, et que philosopher est traditionnellement masculin.Alors, il ruse, il use de mots connus pour accompagner des concepts inconnus, il prétend au dépassement de l’opposition homme-femme tout en sachant que cette opposition n’existe que par méthode philosophique, c’est-à-dire par une pensée d’homme.11 a cette belle phrase pour décrire le fossé des sexes: «Nos après-jouissances sont encore silencieuses», mais je le soupçonne de vouloir continuer à jouir.Au total, la réalité hétérosexuelle est formée par la combinaison de quatre histoires: deux collectives, l’histoire des hommes et l’histoire des femmes, et deux individuelles, l’histoire d’un homme et l’histoire d’une femme.Dans toute idylle digne de l’avenir de l’humanité convergent ces quatre histoires.Qui a dit que les amoureux étaient seuls au monde?ROBERT S A L E T T I ?Du nouveau avec du vieux Mais ce n’est pas tout de réunir, sur le plan amoureux, un homme et une femme que des siècles de philosophies et quelques décennies de féminisme ont séparés, il faut aussi penser à leur rôle de concepteur, de géniteur.Le nouveau père, on le sait, est un homme volubile, expressif, qui veut prendre sa place auprès des enfants.Dans un texte au titre clair («Vieilles et nouvelles idées reçues»), Chaput décortique le portrait de ce nouveau père dont la popularité doit beaucoup, au Québec, au «père manquant» de Corneau.Elle y montre que cette image est un assemblage de vieilles idées sur la nature féminine chaotique et sur le père-gouvernail.Aux discours et aux réalités «hard», à l’obligation de jouissance et à la contraception qui déforme le corps des femmes, Chaput oppose la douceur, la tendresse et le contact humain, privé.Son analyse de la lettre de Marc lapine débouche sur la conclusion qu’outre l’horreur intrinsèque au drame dont elle est formulation informe et dont les femmes tW L /i ont été les premières et sanglantes victimes, une horreur plus profonde se profile qui concerne l’homme et la femme: l’idée que leurs rapports sont devenus strictement politiques.On comprendra que, si cette analyse est juste, il y a urgence de loger sa solitude en l’autre, selon le mot adapté de Rilke.Pendant que le féminisme se tire dans les pieds, la condition masculine se donne une nouvelle contenance.VHmcrMrc fcc l'homme et î>w militant BOUBOU HAMA Quand un vieil homme meurt, c'est une bibliothèque qui brûle, Amadou Hampaté Bâ Cette autobiographie d'un des grands hommes de notre siècle, qui se lit comme un roman, lève le voile sur un pan méconnu de l’histoire contemporaine.À découvrir.120 pages 15,75$ ¦ En vente chez voire libraire Les 'Éditions ‘Badzac 'll n NAÏM KATTAM LA RECONCILIATION COLLECTION CONSTANTES collection L’UNIVERS DES DISCOURS Robert Dion Le structuralisme littéraire en France 294 p.• 25 $ Pierre Laurette Lettres et Technè 270 p.• 32 $ A Gômez-Moriana Danièle Trottier L’«Indien» instance discursive 462 p.• 50 $ NAÎM KÂTTAN la Réconciliation Instrument délicat d’équilibre et de compréhension, la réconciliation est à la base de l’ordre social.Six essais sur la nature de l’homme et de la société qui incitent à la réflexion.122 pages 15,50$ H U P T U I I 3 t En vente chez votre libraire Anne Marie Miraglia L’écriture de l’Autre chez Jacques Poulin 252 p.• 25 $ collection L’ÉCRITURE INDOCILE Michèle Nevert Des mots pour décomprendre 180 p.*22$ et sous sa direction Les accros du langage 354 p.• 44 $ LA CULTURE À SI BAS PRIX L’enquête se poursuit Sous la direction de Jacques Grand’Maison et de Solange Lefebvre !W» » b-frbvtP Une génération bouc émissaire Enquête sur les baby-boomers Le procès des 35-50 ans ne fait que commencer.Après Le drame spirituel des adolescents et Vers un nouveau conflit de générations, cette nouvelle enquête explore les causes de ce procès et montre en quoi la génération des baby-boomers révèle les courants souterrains qui secouent dans ses fondements la société québécoise d’aujourd’hui.Volume de 440 pages - En librairie dès le 16 avril slides
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