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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1993-04-03, Collections de BAnQ.

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que ça lui donne des allures de skin- BAROQUES, head littéraire.Ses propos sont pourtant à mille pages des idées sectaires FA U N E et des principes d’exclusion.«Nous en avons assez des chapelles d’écri- URBAINE vains et des petites familles de poètes», affirme-t-il.ET NEO- «Gaz moutarde est ouvert à toutes __ __ les tendances, à toutes les paroles, POST- renchérit Jean-Sébastien Huot, qui siège lui aussi sur le comité de rédaction de la revue.On veut même accueillir des collaborateurs du Chili, des Blacks de Chicago, des immigrants.» néo-post-dada et des étemels ados.Mais la ville des versificateurs n’est pas que sale et méchante.Chez Serge Patrice Thibodeau, elle a même quelque chose de réconfortant, de lumineux, voire.de transcendant.Dans Le Cycle de Prague (Éditions d’Acadie), Thibodeau fait de la capitale tchèque le lieu de son questionnement du monde et des grands moments de l’existence, du retour sur soi et du désir de Dieu, ou de ce qui en tient lieu de nos jours.Le jeune poète avoue suivre des cours en religiologie à l’UQAM et s’être récemment intéressé à la littérature mystique persane.«On peut parler d’une timide résurgence du sacré, confie-il.En fait, je m’intéresse à l’errance en tant que métaphore de la quête spirituelle et de la conquête de soi.» C’est une autre constante de la plus récente production: elle se veut tout à la fois intime et globale, branchée sur la plus plate quotidienneté et la plus profonde cosmologie.De toute manière, on en est revenu de l’engagement marxiste et des outrancières constructions et déconstructions formalistes des années soixante-dix, une décennie qui a aussi légué à la postérité la musique disco et les chemises en polyester.DADA.Le syndrome de la Sainte-Catherine Pour l’instant, le dernier numéro se contente de huit Québécois «ordinaires».Gaz Moutarde publie également la collection Admirai 69, réservée aux «travaux individuels».Le dernier né de la série Héroïne est consacré à Josée Yvon, sorte de «matante» du groupe, qui traîne ses vers dans le cauchemar de l’urbanité montréalaise depuis une bonne vingtaine d’années.la critique y a vu «ce détachement fucké d’une écriture fuc-kée dans un monde fucké.» Ouf! La ville d’Yvon et de ses petits amis est obsédante avec ses saletés baroques et sa faune hétéroclite, prostituées enfants, écorchées vives, transsexuels sanguignolents.C’est le syndrome de la Sainte-Catherine, des bars, du bad-writing, de l’urbanité de pacotille, du LA REVUE GAZ MOUTARDE OFFRE À LA POÉSIE CE QUI LUI MANQUAIT CRUELLEMENT IUSQUTCI: DES INTERLOCUTEURS.Retour au sacré , Hélène Dorion codirectrice des Éditions du Noroît, elle-même excellente poète, juge que la poésie actuelle est «plus soucieuse d’éthique, plus imbue de sacré».Sa maison, présente depuis 23 ans, publie une vingtaine de titres par année, dont certains en coédition avec des éditeurs européens.Chacune des parutions est un petit bijou de travail d’éditeur, avec un effort tout particulier sur le choix de l’illustration en couverture.«On sent davantage la présence de l’auteur, du sujet, dans les récentes publications, dit Dorion.C’est une parole incarnée, une poésie du sens et de la sensibilité qui veut retrouver des valeurs sures, à contre-courant du matérialisme et du productivisme ambiant.» «Le ton est définitivement à l’intime et à la spiritualité», renchérit le professeur Pierre Nepveu de l’Université de Montréal, co-au-teur avec Laurent Mailhot de Im poésie québécoise, célébrissime anthologie de l’Hexagone.Nepveu voit là comme le prolongement d’une tangente dessinée au tournant des années VOIR SUITE PAGE D-2: POÉSIE ROBERT REICH L’ÉCONOMIE MONDIALISÉE Pour valoriser et assurer la prospérité économique future, il faut fournir un effort spécifique en faveur de l'éducation et de la formation.Ce livre permet de mieux comprendre ce qui se passe en Amérique du Nord, ainsi que la situation économique actuelle dans la Communauté européenne.Robert Reich est désormais au pouvoir et il va être en mesure de mettre en oeuvre les idées qu’il a énoncées dans ce livre.Et tous les pays, vont maintenant devoir en tenir compte.En vente chez votre libraire — Diffusion: Diffulivre inc.I T INK il ) I) 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 AVRIL 1993 LIVRES Janou Saint-Denis, «la maman de la poésie à Montréal».LA VI E L I T T É R A I R E STÉPHANE BAILLARGEON Janou Saint-Denis est, comme elle l’avoue elle-même «la maman de la poésie à Montréal».La dame organise ses soirées «Place aux poètes» depuis plus de dix-huit ans déjà.Pendant toutes ces années, des bars et des res-tos des quatre coins de la ville ont servi de lieux de refuge à ses réunions et des centaines de jeunes et de moins jeunes amoureux de la poésie ont pu y lire ou y écouter des vers plus ou moins célèbres, plus ou moins réussis, mais toujours sentis.Maintenant, ces mini-événements se déroulent au «Bistro Floresta», 4670 rue Saint-Denis, tous les mercredis, à 21h00.La programmation du mois d’avril a de quoi satisfaire toutes les oreilles.Le 7, Janou reçoit Jean-Marc Des-gent (On croit trop que rien ne meurt, Ecrits des Forges) et David Hince, une des âmes dirigeantes de Gaz moutarde.Le 14, c’est le tour de France Boisvert, qui vient présenter Mas-sawipi, son poème-manifeste, dont on dit le plus grand bien.Suivent ensuite, le 21, Daniel Guénette et Raymond Martin, puis, le 28 avril, une soirée «découvertes-poésie-jeunesse».Colloque sur la littérature canadienne Üne soixantaine d’écrivains, professeurs et traducteurs se réuniront à l’Université de Montréal les 16,17 et 18'avril prochain pour rendre hommage à un de leur collègues, Philip Stratford, à l’occasion de sa retraite.Le professeur Stratford est une figure dominante des échanges de toutes sortes entre les milieux littéraires canadien et québécois.Il a reçu le prix du Gouverneur général en 1988 pour sa traduction de Un second souffle.Le colloque questionnera les modèles binaires qui permettent traditionnellement d’analyser la littérature «d’un océan à l’autre».T .I ;* Je cours les concours I La revue Stop relance son concours annuel de nouvelles.Les textes de 7 à 12 pages (à double interligne) doivent obligatoirement débuter par les deux mots «La fenêtre».Un montant de 1000 $ est rattaché au premier prix.Les onze meilleurs textes sélectionnés par le jury seront publiés dans le numéro 133 (nov.-déc.1993) de la revue.Les enveloppes de participation doivent être envoyées à l’adresse suivante, avant le 1er juin prochain, où il faut également écrire pour se procurer un bulletin de participation: Concours de nouvelles de Stop, C.P.983, Suce.C., Montréal, H2L4V2.I Je cours les concours II En 1750 Jean-Jacques Rousseau assurait sa célébrité littéraire avec sa réponse à une question proposée par l’Académie de Dijon: «Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les moeurs».Jean-Jacques y démontrait que la civilisation avait corrompu la nature humaine, allant ainsi à l’encontre des croyances progressistes de son siècle.Voilà que la douce France profite du sentiment de crise de notre époque nihiliste pour poser à nouveau la question.Ce nouveau concours, «Le Concours Rousseau», est une idée de la très sérieuse revue La Lettre internationale.Il a été organisé avec la participation des mi- 3‘stères français de l’Education nationale, de la Culture, des Affaires étrangères.! Le texte doit s’inspirer de la société actuelle.Pour participer il faut envoyer deux exemplaires de son essai de 30 pages ou 75 000 signes maximum à l’ambassade de France, avant le 30 septembre 1993.Les dotations prévues pour cinq lauréats iront de 50 000 à 5000 FF.ENTRE LES LIGNES Lettres d’amour d’un artiste à son double GRIFFIN & SABINE et SABINE’S NOTEBOOK Nick Bantock, Raincoast Books, 1991,1992.Je ne sais pas si les livres-livres aves des vrais mots et rien d’autre, ceux où les lecteurs greffent les images qui naissent dans leur propre tête, sont une espèce en voie de disparition, mais je sais que les autres, les beaux, les illustrés, prennent de plus en plus de vogue dans notre monde si visuel.Tellement que chez nos voisins Anglos, on assiste aujourd’hui à la naissance d’un nouveau phénomène: le livre jeu.Nouveau?Dans l’univers adulte s’entend, puisque la littérature jeunesse, qui a des leçons de modernisme à donner à ses aînés, avait déjà innové dans le secteur.Le livre-jeu ressemble à ces musées interactifs, où le visiteur actionne une manette, pèse sur un bouton phosphorescent et modifie le parcours de son exposition.Ainsi va une certaine littérature à présent.Vous ouvrez le volume pour trouver dqs enveloppes, ornées et oblitérées.À l’intérieur de ces enveloppes, il y a des lettres d’amour, que vous parcourez en voyeur, porté par l’impression délicieuse de commettre une indiscrétion.Commence alors un périple amoureux à travers des cartes postales illustrées de collages insolites, où s’entremêlent des poissons siamois, des dirigeables dans le ciel d’Egypte, des samouraïs chevauchant des zèbres.Sur des mots enflammés.Par missives interposées, on suivra la montée d’une passion entre deux amants fictifs qui ne se sont jamais vus, dont l’un peut-être invente l’autre.Bizarre autant qu'étrange.Et visuellement très beau.C’est un raz-de-marée littéraire fondant ces tejnps-ci sur le Canada anglais et les Etats-Unis.Raz-de-marée qui prenait par surprise son auteur, un certain Nick Bantock, illustrateur de son état, Londonien transplanté en Colombie-Britannique.Le premier tome était intitulé Griffin & Sabine , le second a pour titre Sabine’s Notebook, le troisième volume de la trilogie The Golden Mean devrait paraître ce printemps.Vous n’en avez jamais entendu parler?Pas étonnant, en un sens, puisque les ouvrages n’ont jamais été traduits en français.Le seront-ils un jour?Pas sûr, car la calligraphie manuscrite de Nick Bantock, double selon qu’il tienne la plume de Sabine ou de Griffin, constitue un élément-clé du concept.Et qu’il faudrait tout redessiner pour l’adapter en langue étrangère.ODILE TREMBLAY ?Ne cherchez pas ces beaux ouvrages dans les librairies francophones.Même les grosses boîtes comme Champigny ne réservent aucun rayon à l’«autre» littérature.Il faudra vous tourner du côté des librairies anglaises.Avec un avantage au bout: le prix.22$.En français, chaque livre vaudrait facilement le double.Les Anglophones sont fous de ces beaux volumes étranges, à l’esthétique un peu décadente qui flirte ça et là avec le morbide.Les deux tomes confondus, il s’est écoulé près d’un million d’exemplaires de Griffin & Sabine et Sabine’s notebook, bien installés désormais sur la liste des best-sellers du Maclean et du Globe and Mail.Warner Bros vient d’acheter les droits cinéma de la trilogie.Est-ce l’histoire d’amour, est-ce le mystère, est-ce la beauté des collages, ou le goût satisfait du voyeurisme qui constitue l’ingrédient réussite de ce livre-jeu?Ou tout cela à la fois?La correspondance est une porte ouverte sur l’intimité d’un couple, dont on oublie au fil des pages qu’il est irréel.«Sabine, si tu lis cette lettre, alors tu existes.», écrit Griffin, dans Sabine’s Notebook.Elle lui répond sur un ton enflammé.«Je t’ai aimé de toutes les manières que mon imagination a pu forger.Je t’ai voulu si éperdument que mon corps chantait de peine et de plaisir».Son amant est parti comme une balle sur les routes du monde, lui envoyant ses lettres magnifiques du Japon, d’Australie, d’Egypte.Jusqu’au jour où mirage et réalité s’entremêlent.Sabine et Griffin seront-ils réunis un jour?Le suspense dure jusqu’à la fin.À Londres, Nick Bantock illustrait des couvertures de livres pour enfants avant d’immigrer en Colombie Britannique en 1987.L’idée d’une correspondance illustrée lui est ve nue au bureau de poste alors qu’il je tait un oeil jaloux sur la correspondance d’un voisin.Celui-ci recevait des missives roses et parfumées de l’autre bout de monde, alors que lui-même ployait sous les factures sinistres.Un peu pour s’amuser, l’illustrateur a imaginé l’histoire de Griffin, ce concepteur de cartes postales 3ui s’invente une correspondante ans une île du Pacifique Sud, et lui envoie des lettres d’amour ornées auxquelles elle répond avec le même art Et autant de passion.C’était en 1991.Nick Bantock ne croyait pas voir son projet accepté par la maison d’édition californienne Chronicle Books.Il ne croyait surtout pas qu’on lui laisserait composer les textes lui-même, n’étant pas écrivain.Mais l’éditeur fut emballé.Griffin & Sabine a tiré d’abord à 10 000.On ne compte plus les rééditions depuis.Ange noir ou fantôme, Sabine fascine aussi parce qu’elle n’existe pas et que les lecteurs, à la suite de Nick Bantock, ont pleine latitude de projeter sur elle leurs rêves et leurs désirs.Signe des temps, la muse d’aujourd’hui est un pur fantasme dont la réalité ne se mêle plus de ternir l’image.*AÈINE ^JCoHFM 41 YEAT^ AV LOtsIPOM NWS ENÇUAMO À l’intérieur de ces enveloppes, il y a des lettres d’amour, que vous parcourez en voyeur.LA VITRINE DU LIVRE POSSIBLES PARLER D’AILLEURS D'ICI Volume 17, no 2, printemps 1993 Qui est l’Autre et comment le rejoindre?Existe-t-il quelque chose comme une culture universelle?Qu’en est-il du village global, du cosmopolitisme?Quel monde nous prépare le brassage sans précédent des cultures, le métissage des codes et des valeurs?La revue Possible donne la parole aux explorateurs naturels du pluriel et de Tailleurs.Des essais, des rencontres et même des rendez-vous manqués, des projets et des rétrospectives qui respectent" le chatoiement multiple des sensibilités -et des expériences».DE MÉMOIRE DE.VILLES Fiona Mac Donald Hachette Jeunesse, 48 p.Où étaient les ' premières villes?I Quelles villes fut fondée par des jumeaux?Combien les Hollandais : ont-ils autrefois payé New-York?Le livre répond à toutes ces questions et à bien d’autres encore que peuvent se poser les jeunes lecteurs, pour finalement retracer, en paroles et en images, le développement des villes depuis les temps immémoriaux jusqu’aux utopies urbaines.i JEAN PALARDY PEINTRE TÉMOIN DE SON ÉPOQUE Roger Blais, Stanké, 78 p.Né aux États-Unis (le saviez-vous?), Palardy a fait le choix de vivre au Québec.Comme peintre, pendant plusieurs années, il a sillonné sa terre d’adoption et produit une multitude de toiles représentant la vie d’ici, avant de se consacrer au cinéma (80 films à l’ONF!), puis à l’écriture du magistral Les Meubles anciens du Canada français.L’éditeur propose des reproductions magnifiques d’oeuvres méconnues, l’auteur un texte simple, informé.L'OR DES TROPIQUES PROMENADES DANS LE PORTUGAL ET LE BRÉSIL BAROQUES Dominique Fernandez et Ferrante Ferranti Grasset, 412 p.L’art baroque est né au Portugal à l’époque des grandes découvertes, comme reflet des grandes expéditions coloniales.Puis, il a germé au Brésil, où la découverte de l’or vers 1700, provoqua une floraison de villes et d’églises, de statues et de peintures, qui comptent parmi les hautes créations baroques dans le monde.Et tout [ en faisant découvrir ces trésors figés, les auteurs racontent la vie sur deux continents, la rencontre d’écrivains célèbres, la dure réalité socio-économique.LE REMORDS DE DIEU Marc Paillet, Plon, 593 p.Dieu repentant?Pourquoi pas?Historien et journaliste, Paillet nous fait traverser au pas de charge plusieurs siècles tourmentés de l’Occident Les lecteurs voyagent de la magnificence byzantine à la fin désastreuse de Carthage, de la Curie pontificale aux palais du calife de Bagdad, de l’Irlande saccagée par les Vikings à l’oisiveté d’Alexandrie.Et à travers la guerre et la politique, les amours et les plaisirs, l’opulence et la misère, la sagesse et la folie, au total, ils découvrent comment naissent et de quoi meurent les civilisations.S.B.ï PLAISIR ^LIRE Animatrice: Danièle Bombardier Je reçois cette semaine à Plaisir de lire un nouvel auteur Normand Boisvert qui vient de publier «Kidnapping-pong» chez Stanké.Normand Boisvert, dont les 36 ans semblent encore refuser de quitter une certaine nostalgie de l’adolescence, me donne rendez-vous dans un petit café à cause, dit-il, de la lumière et de quelques chagrins d'amour qui l'ont heurté, là, en même temps que les derniers rayons du soleil.C’est un drôle de romantique qui vient d’écrire un drôle de roman.«Kidnapping-pong», un titre accrocheur qui ne rend pas justice à cette histoire curieuse qui raconte le kidnapping d'une jolie femme indépendante par un pauvre type paumé et moche.Boisvert transforme cette matière à fait divers et en fait un conte sur la solitude qui serait la même dans la déchéance ou la beauté.La belle y est très bête et la bête plutôt belle.Egalement à Plaisir de lire Albert Jacquard nous parle de l'importance des livres dans sa vie, de ses premières lectures aux classiques qui l’accompagnent toujours.Enfin, mon coup de coeur ira à un livre merveilleux d'un Américain Chet Raymo, «Le nain astronome» une formidable histoire d'amour sur fond de Voie Lactée et un roman sur la beauté.PLAISIR DE LIRE Le dimanche à 19 h 30 L’autre télé.L’autre vision.Radio Québec PARENTS Immatures, insensibles, etc.SUITE DE LA PAGE D-l dans le monde des livres pour enfants et adolescents.Jadis les enfants avaient tort et les parents raison?La morale est maintenant inversée.Jadis les parents servaient de modèles, de mentors, de boucliers?Voilà qu’ils sont pourris! Immatures, insensibles, incompétents.Non à l’âge adulte «Il n’y a plus d’adultes sympathiques en qui les jeunes peuvent avoir confiance dans les livres pour enfants», s’est écrié l’Américaine Anne Scott MacLeod.«Les nouveaux petits héros dominent les adultes, les sauvent ou les ridiculisent», a renchéri la Française Marie-José Chombart de Lauwe.D’Allemagne, Malte Dahrendorf a ajouté: «Les enfants héros n’ont plus envie de devenir adultes.Ils sont occupés à refaire le monde parce que leurs parents ont échoué».Sheila Egoff, spécialiste en littérature jeunesse à la University of British Columbia, acquiesce.«Avant, les personnages adultes servaient de boucliers aux enfants.Ils les protégeaient contre les pires malheurs.Aujourd’hui, les enfants sont seuls.Ce sont des dangerous survivors”», écrit-elle.Quel ouragan a frappé le merveilleux monde des livres pour enfants?Quelles craintes, quels remords, quels constats hallucinants inspirent les auteurs des romans pour enfants et adolescents?Certains petits héros traversent la vie comme si c’était un champ miné pendant que leurs parents se terrent; épuisés, découragés, dépassés.Ces êtres de papier semblent avoir quelque chose d’urgent à raconter.Et certains d’entre eux sont plus éloquents que d’autres.C’est le cas des personnages d’Evelyne Reberg mais aussi de ceux de Mary Downing Hahn et Patricia MacLachlan, deux Américaines dont les récents romans vous laissent pantois, le coeur en charpie.Tallahassee, l’héroïne de Mary D,owning Hahn, (Tête de melon, l’École des loisirs, coll.«Médium») a 12 ans lorsque sa mère la confie à son oncle, quelques mois seulement, le temp,s de devenir actrice à Hollywood.À défaut de contrats mirobolants, la jeune mère desservira les tables au restaurant La Grosse carotte.Tallahasse survit en s’accrochant à l’espoir fou de recevoir, un jour, un billet d’avion de sa mère avec, peut-être, un petit mot disant qu’elle meurt d’ennui.Mais l’héroïne devra apprendre à gonfler ses poumons, serrer les dents, fermer les yeux et foncer dans la vie.Seule.Comme Cat et Voyage, héros du roman Les Photos de Patricia MacLachlan.Les Photos (L’École des loisirs, coll.«Neuf») est une autre histoire d’enfants blessés puis abandonnés par leurs parents.L’écriture est lapidaire, l’effet puissant.Il y a, dans ce roman, des images, de simples instantanés, d’une clarté et d’une efficacité inouïes.Cette scène, par exemple, où Voyage découvre une boîte de photos de famille déchiquetées par sa mère.Patiemment, minutieusement, il entreprend de recoller tous les morceaux.«J’y arriverai», répète-t-il plusieurs fois.Mais il reste avec des tas de petits bouts de papier, glacé entre les doigts.À la fin du roman, les parents ne sont pas revenus mais les enfants vont mieux.Un peu.Le livre se referme sur ces mots assez banals: «la nuit est partie et le soleil s’est levé».Mais les lecteurs ont l’impression qu’il fait encore noir.POESIE Sortir de l’autarcie FI If.: > \ • « V V / f Ai Davis Hince, directeur de la revue Gaz moutarde.PHOTO JACQUES GRENIER .LIBRAIRIE LE BOUQUIN Nous vendons les publications du gouvernement du Québec: -lois, règlements -livres administratifs, techniques -livres d’art, etc.Commandes téléphoniques acceptées.395,Bout Cartier, Laval (Québec) H7N 2K8 Tél.: (514) 688-6036 Fax:(514)688-8844 PUBLICATIONS DU QUÉBEC CONCESSIONNAIRE DES JEBI SUITE DE LA PAGE D-l quatre-vingt, par des poètes fin de siècle qui ont tenté «de donner du sens à une histoire qui semble n’en avoir plus».C’était et c’est encore le cas de Gilbert I.angevin, poète et parolier sur-doué, chantre de l’alliance du soi et du monde.Son dernier né s’intitule Ix dernier nom de la terre.Il y mêle l’individuel et le collectif, la confession et la compassion.Livres accordéons Pour ce virage intimiste et généreux, Nepveu souligne également l’importance de la poésie féministe, celle de Nicole Brassard en particulier.«Le féminisme a été le point de passage vers la poésie actuelle, en allant la découverte de la voix intime et la volonté d’ouvrir sur le monde.» Cela dit, le professeur reconnaît la force de la poésie de Joël Pourbaix, José Acqueîin, Denyse Desautels ou France Boisvert, à qui il trouvera peut-être une place dans une édition mise à jour de son anthologie.La poésie vit dans des oeuvres qui se poursuivent, de recueil en recueil, parfois des décennies durant, épousant le mouvement intérieur d’un créateur et les modifications de sa poétique.Le Québec compte quelques oeuvres maîtresses du genre: celle de Nicole Brossard, Claude Beausoleil, Paul Chamber-land, Fernand Ouellette, Jacques Brault, bientôt peut-être, celle de François Charron.Gaston Miron est un cas à part.C’est le poète d’un seul livre, mais tout un, L'Homme rapaillé, qui lui a valu des éloges sur d’autres continents.Décrié par les formalistes des années soixante-dix, Miron est comme redevenu à la mode récemment, surtout après son spectacle La marche à l’amour, un mélange de concert et de cabaret-théâtre, présenté à Montréal et à Québec Tannée dernière.«Je suis historici-sé», dit ironiquement le poète national qui avoue ne pas assez connaître la production actuelle pour en juger.«Pour parler de la sensibilité de l’époque, il faut être jeune.Je ne le suis plus depuis longtemps.» i WÊÊÊÊ LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DI M A N CUE 4 A V H I L il !) 3 1) 3 L I V R E S ?«O ¦fl -s £ a .SL I I Pour Jean-Paul Eid, la banlieue est un décor aussi légitime que la jungle de Tarzan.E S T - S E L L E R S LIBRAIRIE 4P PANTOUTE ROMANS QUÉBÉCOIS 1 UN HOMME EST UNE VALSE, de Pauline Harvey - les Herbes Rouges 2 HOMME INVISIBLE À LA FENETRE, de Monique Proulx - Boréal 3 L’ENFANT CHARGÉ DE SONGES, de Anne Hébert - Seuil 4 LA VIE AUX TROUSSES, de André Brochu - XYZ 4^ ESSAIS QUÉBÉCOIS 1 GRANDEUR ET MISERE DE LA MODERNITÉ, de Charles Taylor - Bellarmin 2 POUR EN FINIR AVEC L’EXCELLENCE, de Hélène Pedneault - Boréal 3 À NOUS DEUX! HOMMES ET FEMMES: LA FIN DU COMBAT?, de Marc Chabot - Le Jour / VLB «r ROMANS ÉTRANGERS 1 LEVIATHAN, de Paul Ausler - Actes Sud 2 L’HOMME FLAMBÉ, de Michael Ondaalje - de l’Olivier 3 À LA HAUTEUR DE GRAND CENTRAL STATION JE ME SUIS ASSISE ET J’AI PLEURÉ, de Élisabeth Smart - Guernica 4 LA MACHINE À BROYER LES PETITES FILLES, de Tonino Benacquista - Instant même W' ESSAIS ÉTRANGERS I LE CRÉPUSCULE DU DEVOIR, de Gilles Lipovelsky - Gallimard 2 MARLENE DIETRICH, de Maria Riva - Flammarion 3 RETROUVER L’ENFANT EN SOI, de John Bradshaw - le Jour W' LIVRE JEUNESSE 1 MON PERE ET MOI, de Francine Ruel - Courte Échelle W' LIVRES PRATIQUES I LE PETIT JEAN, de Jean Cournoyer - Slanké 2 VOUS ET VOS IMPOTS, Collectif - HMH COUP DE COEUR JEUX POUR MOURIR, de Tardi - Caslerman 1100 rue Saint-Jean, Québec (Oc.) GIR ISS.Téléphone: (418) 694-9748 Télécopieur: (418) 694-0209 L’homme aux 43 vies LE LIVRE DE L IN!RANQUILLITÉ Fernando Pessoa, traduit du portugais par François Laye, Christian Bourgois, Paris, 1992,292pages UNE MALLE PLEINE DE GENS Antonio Tabucchi, traduit de l’italien par Jean-Baptiste Para, Christian Bourgois, Paris, 1992, 177 pages HERVÉ GUAY Cinquante ans après la découverte d’une malle, à Lisbonne, voilà que Christian Bourgois fait paraître le dernier bijou que contenait cet écrin, c’est-à-dire la deuxième partie du Livre de l’intranquillité de Fer-.nando Pessoa.Un ouvrage que l’écrivain a mis sa vie à écrire pour, à la fin, le signer du nom d’emprunt dé Bernardo Soares.Cette malle retrouvée en 1942, sept ans après la mort de Pessoa, contenait 40 000 feuillets.L’écrivain s’était créé pas moins de 43 personnalités pour contresigner ces pages.Le tri en a été si long que c’est en 1982 seulement qu’un inédit de l’importance du Uvro del desassocego est arrivé en version portugaise chez les libraires.Il fut partiellement disponible en traduction française huit ans plus tard.On peut aujourd’hui s’en procurer la seconde moitié.Le choc de la révélation d’un monument littéraire est passé.Mais cet ajout à un livre mythique constitue tout de même un événement Rappelons que Bernardo Soares est le double dont Pessoa se sentait le plus proche.«Si sa personnalité n’est pas îa mienne, écrit-il, elle n’en différé pas, ou plutôt elle en est une simple mutilation: c’est moi, moins le raisonnement et l’affectivité.» Entre Bernardo Soares et Pessoa donc, plus d’affinités que de différences.Les deux officient dans un bureau.Ils effectuent l’un comme l’autre des tâches modestes.Ils ont aussi en commun Lisbonne comme port d’attache et unique fenêtre sur îe monde.En fait, comme l’écrit Antonio Tabucchi qui consacre ces jours-ci un recueil d’articles à Pessoa: avec Bernardo Soares, c’est au premier degré une rue qui entre dans la littérature, la Rua dos Douradores (la rue des Doreurs).De cette rue sise près du ; port de Lisbonne, comme Emily Dickinson de son jardin, procédera la vision du monde de Soares, d’autant plus illimitée que le microcosme ouvre à l’imagination la porte du rêve.D’ailleurs, Bernardo Soares précise: «Si je devais mentionner, dans l’espace laissé blanc d’un questionnaire, à quelles influences littéraires mon esprit reconnaît devoir sa formation, .je n’oublierais pas le nom de mon patron Vasques.et du garçon de bureau Antonio.Et j’indiquerais pour chacun d’eux cette adresse clef, en lettres majuscules : LISBONNE.» Au reste, la ville tient d’ailleurs davantage d’espace dans ce deuxième versant du Livre de l’intranquillité.Ses trains, ses couchers de soleil, ses passants, son arrière-pays sont l’autre occupation de l’esprit de Pessoa.Ces quelques échappées du côté du réel ne mettent que mieux en valeur son but ultime: creuser en lui-même.«Je n'ai jamais eu d’autre souci véritable que celui de ma vie intérieure, de mon décor.Les plus grands chagrins de mon existence se sont estompés dès lors que j’ai pu, ouvrant la fenêtre qui donne sur moi-même, m'oublier en contemplant son mouvement perpétuel.» Or, Soares, que son existence las- sait, ne fut qu’une des facettes que ; Ro- Pessoa s’est créé.On est loin de j main Gary et du canular Émile Ajar.mble Ici, le masque couvre l’ensemb d’un cheminement.Pessoa en pose le premier jalon à 26 ans lorsqu’il choisit de donner vie à un premier hétéronyme.Ainsi naît, par la magie de l’imagination, Alberto Caeiro, un poète (1869-1915).Déjà, l’écart est notable entre ce premier pseudonyme et Pessoa.Il naît 17 ans avant lui et meurt 20 ans plus tôt.Par la suite, l’écrivain fabriquera encore maints hétéronymes qu’il citera même dans la seule correspondance amoureuse qu’on lui connaît Bien curieuse aventure en effet que celle qu'il entreprit dans les années 20 avec Ophélia Queiroz, elle aussi employée d’une société d’im-port-export.Cette fois, les lettres sont bel et bien signées Pessoa.Il y fait néanmoins intervenir ses doubles.Qui plus est, ceux-ci contribueront parfois à faire achopper la relation.Paroxysme d’un écrivain passé maître dans l’art du dédoublement En fait, comme le résume finement Tabucchi, Pessoa qui se dote de 43 vies, c’est «la traduction littéraire la plus éclatante de tous ces hommes dont un individu intelligent et lucide soupçonne en lui-même la présence».Encore fallait-il que Pessoa en maintienne le secret jusqu’après sa mort en bouclant ses écrits aux voix multiples dans une malle.Une malle pleine qui comme une bouteille à la mer, attendait un rivage et qui allait au fil des ans révéler un quasi-inconnu, dont le nom portugais — ironie du sort — signifie «personne».Difficile d’ignorer désormais ce que veut dire Pessoa pour la littérature universelle. LE REVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIM A X C H E I A V R I L I 9 » 3 1) 5: E FEUILLETON 1 M O Les Fifties dans un lycée parisien ; QUINZE ANS Philippe Labro Paris 1992, Gallimard, 294 pages De ce côté de l’Atlantique, le retour nostalgique aux fifties est dans l’air du temps.Que ce soit au rayon de la mode féminine — on voit des gamines nippées dans les fringues que portaient leurs grand-mères — ou aux tables des restaurants.Philippe Labro est journaliste depuis des lunes.En fait, depuis le lycée.Devenu patron de presse, il n’a pas oublié les années d’apprentissage qu’il revit en y ajoutait sa passion juvénile pour l’Amérique.Son dernier livre était presque inévitable.La machine à remonter le temps fonctionne à plein régime dans Quinze ans.Et ses souvenirs des années cinquante pourraient bien émouvoir les garçons d’ici autant que les condisciples de l’auteur qui eurent 15 ans en même temps que lui., Premier indice de connivence: en Amérique comme eh France, la discipline familiale était rigoureuse et l’adolescent, entouré de frères et de soeurs, ne la transgressait pas facilement.Mais un lycéen parisien était sans doute différent d’un écolier de high school.Sur le plan de l’environnement culturel, du moins.Pour une large part encore autobiographique, le livre de Philippe Labro est un récit initiatique, en même tçmps que le compte-rendu d’un premier et brûlant amour.Ses deux personnages, on en rencontrait sans doute plusieurs dans les établissements scolaires français de ce temps-là.Alexandre et sa soeur Anna sont des apatrides.Ce que le frère, en particulier, représente pour celui qui deviendra son ami (dont on ne donne jamais le prénom, l’auteur, par une astuce d’écrivain, prêtant à AJexandre le tic de s’adresser à la troisième personne à sçn camarade, l’appelant «le type») c’est une sorte de héros venu d’ailleurs, charmant, jeune mais déjà adulte par lés manières et la culture, traînant beaucoup de coeurs après soi.Quant à la soeur aînée, elle est slave, d’une beauté souveraine, fantasque, imprévisible mais absolument irrésistible pour le garon qui devient son esclave.Le récit, qu’on présente comme un roman, est dans la veine des précédents ouvrages de Labro.Est-ce pour se consoler de n’avoir jamais eu le Goncourt, ni pour L'étudiant étranger ni pour Un été dans l’ouest ni l’année dernière pour Le petit garçon que Philippe Labro a décidé de suivre sa pente, de renoncer aux lauriers plutôt futiles pour raconter avec une belle simplicité, l’histoire d’un adolescent, en y greffant, bien sûr, l’aventure d’une époque bien révolue.Vers la fin, plus précisément au chapitre 38, le narrateur philosophe un brin: «Je sais bien, nous avoue-t-il, que tout a changé depuis l’époque où je vivais ces événements, ces bonheurs et ces tourments.» Aux jéunes d’aujourd’hui, «on a donné accès à toutes sortes de connaissance qui nous étaient refusées; la technologie, le progrès, l’image et l’argent ont bouleversé leur appréhension de la vie et du monde.Ils ont probablement déjà tout vu de l’acte d’amour; ils en savent plus; peut-être savent-ils tout?La violence et la vitesse, soeurs jumelles de la vulgarité et de l’uniformisation, sont venu accompagner cette destruction d’innocence.A 15 ans, ils nlopt pas, ils n’ont plus 15 ans».’ Emouvant de retrouver, dans Quinze ans, les émotions qui furent les nôtres, au même temps, quand nous vîmes Rita Hayworth, dans Gilda, quand nous entendîmes l’inoubliable mélodie de cithare de The Third Man, que, ne pouvait entendre «live» Wilhelm Kempff jouer Beethoven et Schubert, au Palais de Chaillot, nous fîmes tourner jusqu’à l'usure des sillons les disques qui traversaient quand même la grande mare.En épilogue, le narrateur qui, cette fois, est sans aucun dpute l’auteur, conclut qu’«au verbe aimer qui avait tant accaparé ses esprits», venait insidieusement se substituer un autre verbe — et comme un appel de train, un cri de bateau, un grondement de tonnerre».C’est un journaliste qui l’a prononcé devant lui, avant d’aller en Corée comme correspondant de guerre, et ce mot est: partir.’ Pour où?Evidemment pour L’Amérique, tous les lecteurs de Philippe Labro n’en pouvaient douter., C’est en retrouvant ses 15 ans que l’auteur se prépare à'd’autres imprévus.Que nous connaissons déjà puisque Labro procède à rebours, renverse depuis plusieurs années — et plusieurs livres — l’ordre chronologique.Pour la nostalgie, pour les belles années tourmentées de cet âge trouble, et troublant, qu’est l’adolescence, il fàut bien sûr retrouver le lycéen, qui n’est pas encore l’étudiant étranger.Philippe Labro fait le compte-rendu d’un premier amour.LIVRES ENTREVUE La vengeance du cancre «La grammaire ressemble souvent au médicament que je prenais étant jeune.» 1 GRAMMAIRE FRANÇAISE El IMPERTINENTE Jean-Louis Fournier, Payot, 1992, 228 pages.PAULE DES RIVIÈRES LE DEVOIR Pardonnez-moi, je suis pressé, je dois assassiner ma mère.» Cette phrase n’est tirée ni A’Allô Police ni du dernier numéro de Croc.Mais bien d’une grammaire, impertinente certes mais très française, conçue pour rendre l’apprentissage de la langue moins douloureux.«Ce livre est la vengeance de l’élève qui s’est terriblement ennuyé.Pourtant, il n’est pas nécessaire d’aller à l’école en se traînant les pattes».La Grammaire française et impertinente de Jean-Louis Fournier fait un tabac en France.Certains adultes et plusieurs fonctionnaires du ministère de l’Education ont certes émis des grognements devant les conjugaisons telles que Pète! Pétons! Pétez! ou mieux, à l’imparfait du subjonctif, Que je pétasse, que tu pétasses etc, mais dans l’ensemble les enseignants sont ravis d’avoir un instrument grammatical humoristique.Quant aux jeunes, ils s’arrachent le bouquin.«La grammaire ressemble trop souvent au médicament que je prenais dans ma jeunesse.Plus il avait mauvais goût, meilleur il était supposé être pour la santé.Or, je dis que quelque chose peut être à la fois très bon et très utile».M.Fournier n’en est pas à sa première expérience dans l’humour et, il le dit lui-même, sa tête est perpétuellement remplie de drôleries et de bêtises puisées dans les petits faits L’éléphant a accompagné ses filles chez le gynécologue pour une ligature des trompes.de tous les jours».N'a-t-il pas réalisé de nombreux films plutôt comiques et écrit une biographie pour le moins originale de Saint-François d’Assise, dans lequel il explique que s’il amadouait si bien les animaux, c’était pour satisfaire ses appétits gourmands.Quoi de plus enfantin que de subtiliser un petit agneau à son berger lorsqu’on est doux comme François d’Assise?Pour la grammaire, Jean-Louis Fournier a examiné une pile de manuels soclaires rédigés au cours des 40 dernières années pour conclure que les règles restaient incontour- nables: nous retrouvons donc dans l’ouvrage tout ce qu’il faut savoir sur les articles, adverbes, verbes, prépositions et propositions, avec une belle table des matières.En lisant les exemples pour expliquer telle ou telle règle cependant, notre auteur s’est demandé quel intérêt pouvait bien représenter pour un étudiant une phrase d’un grand auteur mais complètement tirée de son contexte, dans le genre II ouvre la porte et la referme.«Je peux vous garantir, poursuit-il, au cours d’une entrevue, que les que je pétasse et que tu pétasses, les jeunes ne les oublieront pas, beaucoup moins que si on leur fait décliner les verbes aimer ou chanter.Ceux-là, ils les apprendront après».Tout dans le livre est sur le ton de l’humour.Cruel, diront les détracteurs.«Cruel oui, réplique Jean-Louis Fournier, mais de la cruauté dont les jeunes font sans cesse usage.Prenez mon Pardonnez-moi, je suis pressé, je dois assassiner ma mère.Quel jeune n’a pas dit à sa mère je vais te tuer.C’est exactement le genre d’humour des jeunes».D’autres exemples sont plus inoffensifs, tels que, pour apprendre l’emploi de l’adverbe, L'affection de l’hippopotame est parfois pesante, accompagné d’un joli petit dessin laissant voir les pieds d’un homme dépassant péniblement du corps de la bête, confortablement assise».Il y a aussi, pour expliquer le bon usage de l'indicatif, cet exemple: Pendant l’office, l’évêque dissimule sous sa mitre le casque de son walkman.Ou encore, L'éléphant a accompagné ses filles chez le gynécologue pour une ligature des trompes ou La girafe a vomi sur le crâne du ministre africain.Déjà, M.Fournier prépare un nouveau bouquin, aussi impertinent que le précédent, mais traitant cette fois d’arithmétique.Au lieu de demander à l’élève combien mesure le champ du voisin, on lui demandera quelle est la surface totale des tissus mouchoirs utilisés par l’éléphant qui a utilisé un mouchoir à toutes les demi-heures pour soulager un rhume de cinq jours, alors que chaque mouchoir avait cinq mètres de chaque côté?Vous avez 15 minutes! -4 ! i.i i mi lu ,i,t .ru .Ml If.l ?r! > }l,l ni J Lu > i- * vl > il Prendre Nietzsche au mot La révélation apocalyptique de l’homme qui a «écrasé l’infâme» t.-i | • ï fi ntt >»i Nietzsche est solitaire, mais il voudrait que les autres l’entendent aussi.EXPL0SI0N1.de L’kECCEHOMO» DE NIETZSCHE Sarah Kofman Galilée, 1992,388 pages.ECCE HOHO, NIETZSCHE CONTRE WAGNER Friedrich Nietzsche GF-Flammarion, 1992,304 pages, trad.Eric Blondel.HEINZ WEINMANN Une cascade d’essais et d’études sur Nietzsche, depuis deux ans, montre encore à l’évidence son actualité brûlante, nourrie secrètement par son «inactualité» même, au sens qu’a donné Nietzsche à ce terme.Celui qui, à l’instar de Zarathoustra, se complaisait dans sa solitude alpestre, trouve aujourd’hui, grâce au livre de poche, ses oeuvres dans les mains de la «populace» tant conspuée par lui.Aubier nous offre une édition bilingue à'Ainsi parlait Zarathoustra, traduit par G.Bianquis, véritable cadeau pour tous ceux qui, sans maîtriser l’allemand dans toutes ses nuances, sont en mesure de suivre l’original, indispensable pour la compréhension de ce texte rutilant aux envolées poétiques.La France, dont la culture a servi d’antidote à Nietzsche contre ^inculture» allemande moderne, a enfin traduit l’étude fondamentale, écrite en 1934, du philosophe allemand Karl Lowith, Nietzsche: Philosophie de l’éternel retour du même (Calmann-Lévy).Henri Guillemin est mort après avoir jeté ses derniers très pénétrants Regards sur Nietzsche (Seuil).Il y constate avec effarement comme d’autres avant lui les nombreux «trous noirs» dans la vie de Nietzsche — la cause de sa démence, la nature de ses rapports avec Lou-Salomé, sa soi-disant syphilis, l’homosexualité passive, latente que subodorait Freud, etc— sans jamais tenter de les combler par des hypothèses déguisées en certitudes.Enfin, la dernière en date des études nietzschéennes, celle de Sarah Kofman, Explosion 1, ne passera pas inaperçue, d’autant moins qu’elle sera suivie sous peu par une deuxième déflagration, l’auteure ayant encore d’autres munitions dans son magasin.Il s’agit d’une lecture fine, exhaustive, chapitre par chapitre, d’Ecce Homo, n’échappant cependant pas toujours — revers de cette méthode — à la paraphrase.Explosion est le troisième livre que S.Kofman consacre à Nietzsche qu’elle connaît sur le bout de ses doigts, comme d’ailleurs Freud, auquel elle revient aussi périodiquement, dans l’élaboration d’une oeuvre riche, aux multiples facettes.Explosion, le titre a de quoi choquer.C’est voulu.Par Nietzsche même, qui se comparait à de la dynamite, à une de ces «machines infernales» qui font tout sauter.La métaphore, trouvée sous la plume d’un critique en 1876, fait mouche dans le texte d’Ecce Homo où Nietzsche, reconnaissant à la vie qui lui a fait la grâce d’une oeuvre abondante en cette année 1888, décide: «Je me raconte à moi-même la vie».Certes, Nietzsche est solitaire, mais il voudrait que les autres l’entendent aussi.Surtout les Allemands frappés chroniquement par des otites, durs d’oreille, fermés aux subtilités et aux nuances.C’est pourquoi le philosophe qui jusqu’à maintenant a frappé au marteau, pour augmenter ses décibels et son pouvoir destructeur, se sert de la dynamite, in- ventée en 1866 par un certain Nobel.Nietzsche est cette dynamite comme il le rappelle à la fin d’Ecce Homo: «Je ne suis pas un être humain, je suis de la dynamite».Après avoir, avec Le cas Wagner, laissé tomber une fois pour toutes son père spirituel («Fall» et «cas» viennent de «chute»), après avoir définitivement rivé son clou au christianisme grâce à l’Antéchrist, Nietzsche doit faire une expérimentation avant de pousser son audace plus loin avec son grand projet de La Transvaluation de toutes les valeurs dont l’Antéchrist est le premier volet.Ecce Homo est un livre-test qui doit vérifier d’abord la tolérance des autorités allemandes en matière de censure.C’est ensuite la révélation apocalyptique de l’Homme qui a «écrasé l’infâme», c’est-à-dire Dieu, cette idée-vampire qui suce les forces vitales.Ecce Homo est donc le dernier effort désespéré de Nietzsche de relier dans un discours cohérent les différents avatars d’un moi en passe d’éclatement et d’égarement.Oeuvre-limite, border-line, à cheval sur la littérature et la philosophie, maladie et santé, fiction et vérité, vie et mort.Le grand mérite de Sarah Kofman, c’est de ne pas s’ériger en juge moral qui condamne, en psychiatre qui diagnostique les symptômes d’un délire latent, en philosophe comme Heidegger qui «sait» que Nietzsche pense l’Occident dans Nietzsche semble en passe de se ».-réhabiliter auprès de la populations > l’impensé de «la volonté de puissaq-,, ce».Elle prend Nietzsche «simplèi; ment» au mot.Elle écoute patieidîl ment celui qui se dit «un disciple dl(FÎ philosophe Dionysos» que les Grec»-J surnommaient le «Bruyant».Sachons lui gré de nous avoir ra^jj pelé, à une époque où les «idéesJt; ressemblent à des pétards mouillé^ S que la pensée, la vraie, pouvait êtik j aussi explosive.Une saine alimentation fait aussi partie de la prévention f Fondation québécoise du cancer , Montréal Quéliec Eslrie 1514)527-2194 (418)681-9989 (819)822-2125 1-800-363-0063 Dans le cadre des activités organisées par le Centre d'études québécoises de l'Université de Montréal LES TRANSFERTS ÇULTURELS CYCLE DE CONFERENCES JARISLOWSKY Henri Lopès Mon chemin depuis la négritude Lundi 5 avril, à 17h30 Université de Montréal, Pavillon principal 2900, boulevard Édouard-Montpetit, Salle M-415 Métro Université rie Montréal Université de Montréal Faculté des arts et des sciences Améliorez votre français écrit Cours sur mesure à la maison, au bureau, en vacances.Date limite d’inscription : 30 avril 1993 Pour recevoir le dépliant d’information, appeler au (514) 343-7393 ou remplir la formule suivante et la retourner à ; Cours autodidactique de français écrit (CAFÉ) Université de Montréal, C.P.6128, succursale A, Montréal (Québec), H3C 3J7 Nom et prénom Adresse Ville Code postal Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Aujourd’hui 5 avril de l-l li à l(> li «Revue Etudes françaises» ¦ I.’AMKUIQUK KNTRK I.KS I.AMA I S Les Presses de l’Université de Muni réal jeudi 8 avril de 1 7 li à 19 h .lean Cournover LE PETIT JEAN Stankc samedi 17 avril de 1-1 11 à 1(> li Jean Marcel SIDOINE OU EA DERNIÈRE EÊTE I .eméae samedi 24 avr il de l-l 11 à l(> li Stanley l*éan SOMBRES Al.El.ES Voix du Sud / Cl DU ICA I 562 jo»rs par 1 120, ave.laurier ouest outremont, montréal (cl.: ‘iT-l-.ïriri1) • Iclcc.: 27-(-,i()(iO L E I) E V OIK.L E S S A M E I) I A E T I) I M A N C II E I A V R I I, I !) !) 3 D 6 P A R G 0 U R, S D’U N ÉCRIVAIN Carnet 30 MARIE-CLAIRE BLAIS ?Elle me reçoit dans sa maison d’été a Cape Cod, c'est un maison blanche sur les dunes, près de l’Océan.Mais la mère de Jack est sourde aux bruits des vagues, aux cris des mouettes et aux jeux des enfants avec leurs ballons sur la plage.Elle a tiré le rideau blanc de la cuisine sur nous qui nous adressons l’un à l’autre par petites phrases prudentes, d’une coupable discrétion.C’est autour d’un repas froid, un plat de poisson, une salade aux endives que nous ne mangeons pas, croisant parfois nos mains sur la table dans un geste d’impuissance amitié.Cette maison, ce chalet sont le lieu qù Jack a grandi et la mère de Jack n’a aucune intention de les quitter lorsque viendra l’hiver sur la côte.Toute la famille se réunissait ici en été, dit-elle, d’une voix atone qui ne se réanimera que lorsque le nom de Jack, Jackie, sera prononcé.Elle pose une main veinée d’un sang bleu à son front et me demande en baissant lps yeux comment j’ai connu Jack.Etait-ce à Harvard où il avait obtenu une bourse ou au Canada?Je lui ai déjà dit plusieurs fois que c’était à Cambridge au bord de la rivière Charles, à Harvard, à la bibliothèque que j’avais rencontré Jack, mais Harriett ne semble déjà plus se souvenir.Ah! oui, se rappelle-t-elle soudain, ouvrant tout grands ses yeux d’un vert gris qui brillent — les Îreux de Jack — Jackie me 'a déjà dit, n’est-ce pas le jour où l’on vous avait volé votre bicyclette quand Jack vous a prêté la sienne, car mon fils était aimé pour sa grâce, son élégante disponibilité, plusieurs personnes ont témoigné de ces qualités, chez lui.La littérature germanique l’intéressait, il pouvait réciter Goethe, il avait commencé à apprendre l’italien, et je l’avais toujours stimulé dans ces intérêts divers, je ne voulais pas d’un fils qui fut un Américain comme un autre, nous avions de grands espoirs lui et moi.Aller vivre à l’étranger quand ses frères seraient plus grands.Tous, l’un après l’autre, ils ont été appelé à servir la patrie.D y eut cette horrible guerre, dit-elle dans un soupir, poussant une mèche de ses cheveux blancs sous le bandeau qui maintient sévèrement ses cheveux sur sa tête, je n’ai pas pu me laver les cheveux aujourd’hui, on annonçait çncore de la pluie; qu’allons-nous faire, dit-elle sur un ton que voilent le chagrin et les larmes, comment pourrons-nous l’oublier?John et Eddie ont étudié à MIT, ils ont continué leurs études après la guerre du Vietnam, ils ont bien réussi, je n’ai pas à me plaindre d’eux, ce sont de bons fds, ils viennent me voir ici, Eddie voudrait me ramener chez lui, près de sa femme, de ses enfants.Mais je suis bien ici, chez nous.Et je lis beaucoup, la bibliothèque de Jack est inépuisable.Que lisait-il lorsque vous l’avez rencontré, Goethe, Dante?Je dis qu’au moment de notre rencontre Jack avait abandonné ses études littéraires, que son inquiétude l’inclinait plutôt à la lecture devenue obligatoire, alors dans les universités, d’ouvrages politiques.Harriett n’a pas écouté, elle va vers le réfrigérateur qui est vide, me dit-elle, elle en est désolée, elle eût aimé m’offrir du dessert, mais elle me fera cadeau de l’un de ces livres dans la bibliothèque de Jack, une étude sur Dante qu’elle a trouvé dans la poche de son veston, dommage que le veston eût traîné dans la boue, et le jean et les souliers dans quel état.Autrefois, dit-elle, Jackie était toujours si bien habillé.Mais un étudiant qui vit seul, sans sa mère, est souvent débraillé, ce fut le malheur de Jackie de se retrouver si seul soudain, sur un campus universitaire, sans secours, «aux prises avec., aux prises avec.» mais le mal assassin ne sera pas nommé, la mère de Jack se taira dans un silence pétrifié.Nous nous rapprocherons l’une de l’autre autour de la table évoquant d’abord lame de Jack, son courage lorsqu’il devint objecteur de conscience, sa dignité en prison, à nouveau ses lectures, les penseurs de l’Orient à la fin de sa vie, nous serons toutes les deux soulagées, reconnaissantes d’avoir conservé impérissable l’image de son corps, bien que nous ne parlons pas toujours du même être: portait-il ses cheveux courts ou étaient-ils longs sur ses épaules?Cette image du corps jeune de Jack, Jackie s’estompe vite dans la crainte que nous ressentons, Harriett et moi, de le voir se flétrir dans la pourriture.L’enfant des fleurs, le hippie qui prêchait l’amour libre, l'extase par les drogues, a embrassé sa solitaire agonie dans une ruelle d’où ne se releva plus son corps brisé.Lorsque vient l’heure de partir, je demande à la mère de Jack si nous pouvons nous revoir bientôt, elle me pousse tendrement vers la porte en disant: «Il vaut mieux se dire au revoir maintenant, je tiens désormais à être seule avec Jack ici.Vous avez d’ailleurs déjà dû le comprendre.depuis des années, je ne vois personne.» L’Occident est-il exportable?L’ÉTAT IMPORTÉ.L’OCCIDENTALISATION DE L’ORDRE PQLITIQUE Bertrand Badie, Editions Fayard, 1992,332pages JOCELYN COULON Avec le naufrage du modèle communiste et la mise en veilleuse du non-alignement chez de nombreux pays du tiers monde,,l’ordre politique occidental — l’État de droit, la démocratie parlementaire, le développement économique, les libertés — triomphe plus que jamais.Sur tous les continents, anciens dictateurs et nouveaux battants, se convertissent aux vertus occidentales qui ont su donner à un quart de l’humanité une qualité de vie inégalée.Si ça marche là-bas, pourquoi cela ne fonctionnerait-il pas ici?se demandent les élites non-occidentales.En effet, pourquoi pas?Pas si simpl.e, répond Bertrand Badie, dans L'Etat importé, un essai rigoureux, parfois très aride, et qui pourrait faire contrepoids à la brillante thèse de Francis Fukuyama sur la victoire inéluctable de la démocratie.Selon Badie, l’occidentalisation de l’ordre politique est un échec parce que la greffe est impossible.Avant de poser son diagnostic, ce professeur à l’Institut d’études politiques de Paris, retrace et décrit les prétentions universalistes dont «se pare la construction occidentale du politique» qui a essaimé un peu partout sur la planète lors des grandes entreprises de colonisation à la fin du XVIIIe siècle.Le modèle, .avec ses instruments — frontières, États, bureaucratie, parlement, etc.—, s’est alors imposé à des peuples dont les us et coutumes étaient, et sont encore, aux antipodes de la culture occidentale.Badie prend bien soin de souligner que l’occidentalisation du monde n’est pas le résultat d’un complot planifié mais d’une exportation diffuse et inconsciente, comme l’illustrent les exemples de l’Empire ottoman, de la Chine et du Japon.Si le nr avait se greffer eu dehors de l’Occident, les importateurs du modèle — les élites locales — n’ont rien fait pour le modifier profondément ou même pour en proposer un autre.Les élites formées en France ou en Grande-Bretagne ont assumé le pouvoir et utilisé toutes les ressources du modèle occidentale pour se perpétuer.Quant aux élites révolutionnaires leurs discours «nouveaux» masquaient en fait un discours fondamentalement occidental — la philosophie marxiste par exemple — qui prétendait rompre avec l’ordre ancien.Badie cite l’exemple du parti ZANU au Zimbabwe: «L’indépendance acquise, la logique de rupture qui l’animait perdit tout son sens, pour ne devenir que l’instrument d’une petite élite au pouvoir.» Ce que constate Badie, c’est que l’ordre politique importé ne profite qu’aux élites, conservatrices ou révolutionnaires, qui isolent et marginalisent les autres acteurs sociaux.Ce fpssé se creuse encore plus dans les États — Algérie, Iran, Irak, etc.— qui tirent leurs revenus de leurs richesses naturelles et non de l’effort de production de l’ensemble de la société.Cette situation amène les élites à rester passives, repliées et tentées par le clientélisme alors que la société civile n’a pas de moyens de pression et de contrôle.Cela explique, aujourd’hui, les désordres qui secouent les États et la communauté internationale: explosions sociales, prolifération des particularismes; radicalisation de certaines couches de la population; développement du culturalisme.Pour ne pas devoir choisir entre «la domination et le désordre, entre l’uniformité du modèle occidental et l’éclatement infini des cultures», Badie propose de penser les rapports interculturels dans le but d’institutionnaliser la multiculturalité, «tant à l’échelle des rapports mondiaux comme à celle des rapports nationaux».Cela mènera nécessairement à qne transformation des concepts d’Etat, de nation et de territoire.Ce débat est déjà commencé et l’ouvrage de Badie est un bon point de départ pour le mener.ESSAIS QUÉBÉCOIS / L’Etat avec un petit é QUÉBEC: AU-DELÀ DE LA RÉVOLUTION TRANQUILLE Alain-G.Gagnon et Mary Beth Montcalm, vlb éd., «Études québécoises», 333 pages DEMAIN, LA RÉPUBLIQUE (LE PROJET DU QUÉBEC PROFOND) , Jean-Louis Bourque, Éd.de la Liberté, 222pages Dans la foulée du dernier référendum, la pensée politique s’est faite discrète.On compte sur les doigts de la main, et encore, les essais de nature politique parus depuis le mois d’octobre dernier.Sur ma table de travail, deux livres de «politi-cologie» reposaient en attente d’un petit coup de pouce de l’actualité.Ils ont peu en commun, hormis le fait dç s’intéresser à la politique et à l’État, et de laisser voir, en creux de leur analyse, un syndicalisme contraint à la figuration ou au boy-scoutisme.Un combat d’arrière-garde.Dans Québec: au-delà de la Révolution tranquille, Alain-G.Gagnon et Mary Beth Montcalm s’intéressent essentiellement à la question de l’étatisme.En gros, la thèse est la suivante.Le fondement de la Révolution tranquille est économique, car c’est avant tout pour contrecarrer la «périphérisation» du Québec, sa marginalisation économique, au profit de Toronto et des États-Unis, que l'État s’est lancé dans un mouvement de réforme d’une ampleur sans précédent.De ces réformes, ont bénéficié le syndicalisme — la fonction publique, fortement syndiquée, a proportionnellement doublé depuis 1970 et triplé depuis 1960 — et la nouvelle classe moyenne.Mais, pour Gagnon et Montcalm, la Révolution tranquille est surtout la révolution de la bourgeoisie d’affaires francophone.Ce qu’on appelle aujourd’hui le Québec inc.a largement profité de l’interventionnisme de l’Etat à l’épo.que.C’est maintenant au tour de l’État de se laisser aller aux vertus de l’économie de marché et de la gestion comptable.Juste retour des choses ou renvoi d’ascenseur?Les syndicats, quant à eux, font du surplace.Si l’analyse, fouillée, ne manque pas d’intérêt, la dimension prospective de l’essai de Gagnon et Montcalm laisse le lecteur sur sa faim.Les effets négatifs de la périphérisation de l’économie ont été contrés, les acquis de la Révolution tranquille sont indéniables, mais où allons-nous?L’analyse de Gagnon et Montcalm débouche sur une conclusion mi-chair mi-poisson.Le désengagement économique (et social, par le fait même) de l’État québécois est bel et bien amorcé et pourtant rien n’indique à quoi mènera cette cure d’amaigrissement.La Révolution fut bénéfique mais elle nous a coûté cher.Or, le temps est venu de payer, semble-t-il,de rendre à l’entreprise privée ce qui lui appartient.Dans ces conditions, rien d’étonnant qu’en tentant de sauvegarder les avantagés acquis au cours des dernières décennies, le mouvement ouvrier et la classe moyenne «livrent une bataille d'arrière-garde».Peut-être n’avons-nous plus besoin de syndicats.Des lendemains qui chantent.faux Dans la République québécoise de demain, selon Jean-Louis Bourque, les syndicats seront à nouveau des acteurs sociaux importants, travaillant de concert avec le patronat, les partis politiques et les groupes de pression.Le libre-échange ne sera pas incompatible avec la social-dé-mocratie, certaines domaines comme la santé, seront partiellement privatisés, et au cercle infernal du chômage chronique on substituera le plein-emploi.S’il acceptait de se présenter sous l’angle franc de l’utopie, Demain, la République pourrait s’avérer un beau livre de.politique-fiction.En une douzaine de chapitres touchant les défis qui attendent le Québec souverain — défis si typiques, comme l'immigration, l’environnement, la santé, l’éducation, etc., qu’on croit visionner une série animée par Lise Payette —, Demain, la République brosse un tableau idyllique de l’indépendance.Les lendemains qui chantent ont ici un air de programme électoral qui n’apprendra rien aux convaincus (les Péquistes) et demandera une bonne dose d’imagination aux autres.Remarquez que si on pouvait lire cet essai en faisant abstraction de son refrain péquiste, on y trouve- rait des propositions non dénuées d’intérêt et d’intelligence.Mais en politique, le fiitur n’est pas précisément garant du passé.Les syndiqués du secteur public en savent quelque chose.Le dernier mandat du Parti Québécois fut l’occasion d’une des plus dramatique volte-face de l’histoire de la politique québécoise, alors que la social-démocratie fut minée par de nombreuses lois allant à l’encontre des intérêts et des droits des travailleurs.Comme quoi, quand on veut prendre le pouvoir, il vaut mieux regarder vers l’horizon que dans son rétroviseur.Que ce soit dans le prolongement néo-libéral de la Révolution tranquille ou dans un utopique «pays nçuf» souverainiste, il semble que l’État libéral puisse de plus en plus faire fi des syndicats, réduits à regarder passer le train de la gestion efficace et de la qualité totale.Vide, de tout contrat social, le train de l’État est désormais conduit par de grands argentiers.Budget avec un grand B, mais État avec un petit é.Demain, la République n’apprendra rien aux Péquistes et demandera une dose d’imagination aux autres.ZÉRO ZOO - LA LECTURE HUILE • 35" x 35 REND ICI HOMMAGE À L OEUVRE ORIGINALE DU PEINTRE RENAUD-BRAY POSSÈDE LE PLUS VASTE CHOIX DE LIVRES ET REVUES D’ART LIVRES/DISQUES/REVUES/VIDÉOS/ETC.5219, CH.CÔTE-DES-NEIGES.TEL.342-1515 - MÉTRO C.D.N.- JUSQU’À MINUIT 7 JOURS PAR SEMAINE
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