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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1993-03-13, Collections de BAnQ.

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Entre les lignes Page D2 Livres jaunis Page D4 Le bloc-notes Page D5 Le Carnet Page D6 ?LIVRES JEAN-MARIE POUPART Du sang et des livres MARIE-CLAIRE GIRARD (i O 11 / (’ It / 11 K'ttMKX'hS Quand ; jours avec des Gravel e MONTRÉAL : 449-7886 ean-Marie Poupart écrit depuis vingt-cinq ans.C’est comme ça qu’on bâtit quelque chose, en catimini, roman après roman, en se créant un cercle d’irréductibles fidèles.Son dernier né, Bon à tirer, aux éditions du Boréal, comme La Semaine du contrat se déroule dans le monde de l’édition et donne dans le roman policier.«Il y en a toujours eu un petit peu, dans mes livres, du polar, explique Jean-; jMarie Poupart.Puis j’ai augmenté la ! idose tout en épurant.Les lecteurs de ; ;policiers sont comme les spectateurs ; 'd’un film.Il leur faut un début, un ; '.milieu et une fin.1 ! Moins ambitieux que L’Accident | [du rang Saint-Roch, avec un côté po-| ;lar du Sud, j’ai voulu faire un roman ¦ ;de la terre en donnant un coup de ! :chapeau à Albert Laberge et à Rin-; 'guet, des écrivains que j’admire ! '^beaucoup.Au départ Bon à tirer de-1 Svait être développé en scénario, d’où le grand nombre de dialogues, j’ai terminé ce roman l’été , j’étais très content, je trou-ça fonctionnait bien.» n-Marie Poupart enseigne tou-la grammaire et la poésie au Saint-Jean-sur-Richelieu collègues comme François et un recteur comme Roch .Il a été élevé à la campagne, fait ses classes dans une école de au début des années cinquante, avoue ne pas éprouver beau-d’attachement pour sa famille «C’est à mes grands-parents que j’ai voué de l’affection.Ils habitaient deux maisons plus loin, je mangeais là, je couchais là, je vivais là.Je racontais un jour à mes étudiants que ma grand-mère avait été très importante pour moi parce qu’on pouvait s’engueuler avec de la tendresse.Au : .milieu de mon histoire, pouf! l’élec-: Incité a lâché.J’ai éclaté de rire et la : lumière est revenue.Après le cours, : ideux étudiantes sont venues me sup-' plier de ne pas rire avec ça: d’après elles ma grand-mère s’était vraiment • manifestée».; ;, L’auteur de Bon à tirer, sans être ; totalement mécréant, croit surtout ; ’au travail.Il dit rencontrer trop de 'gens avec du talent qui ne prennent ' jpas le temps de se mettre à leur table de travail.Lui écrit toujours ! iplusieurs versions d’un même livre.¦A-t-il, comme son héros, des fan-: 'tasmes de meurtres d’éditeurs?«J’ai ; ,’des fantasmes de meurtres, point.J’ai passé mon adolescence à avoir envie de tuer un tas de gens.Ce qui m’est pas correct c’est de passer aux actes, mais se délecter de ses fantasmes, il n’y a pas de mal à ça.» Déjà à l’université Jean-Marie Pou-I ipart se battait contre le préjugé qui .vouait la littérature policière à la se-l conde zone.Tous ses romans débutent comme des polars, sauf ceux qu'il écrit pour la jeunesse, à La Courte échelle, dans la série des Alex, comme Le Nombril du monde, VOIR SUITE PAGE D-2: POUPART Poupart Ils ont entre 20 et 30 ans, sont nés à New York, Philadelphie ou dans d’obscures banlieues.La relève des jeunes auteurs américains issue d’un «melting pot» de communautés ethniques, n’a plus le coeur à rire à l’ère du sida, mais sur fond de violence au quotidien, de meurtre, de viol, explore un thème collectif: la douleur.MAURICE TOURIGNY COLLABORATEUR À NEW YORK En revenant de l’école, John découvre sa mère inconsciente dans un bain de sang: elle vient de perdre l’enfant qu’elle portait Un an après le meurtre de sa soeur par son père et le suicide de ce dernier, Christine devenue insomniaque, affirme que ses nuits sont remplies par une «terreur rouge et furieuse».La mort accidentelle de son mari adoré transforme les traits d’Anne; à 20 ans, elle en paraît soudainement 40.Devant le miroir, Ruth dit à Anne: «Voilà le visage que tu auras à ta mort!» On rit peu à la lecture des trois livres dont ces anecdotes sont extraites.Leur ton est sombre, l’espoir.mince.Depuis l’enfance, ces personnages souffrent et même l’amour ne parvient pas à briser le cycle de la douleur.Christine dira d'ailleurs: «Ça fait mal d’aimer si fort».Aux Etats-Unis, une nouvelle génération d’écrivains est en train d’émerger.La plupart d’entre eux ont entre 20 et 30 ans et sortent des cours de «creative writing» des universités des quatre coips du pays.Ils ont lu Baldwin et Cheever et Gardner.A l’encontre de leurs aînés, ils ne cherchent pas à exprimer la métaphore de la douleur, mais préfèrent la crier.Dans la plus quotidienne domesticité, entre le jus d’orange et le café, après les oeufs et la saucisse, se glisse la souffrance qui vient étouffer ou enrager des personnages brisés mais lucides.Qu’ils soient de New York ou de Philadelphie, du fin fond de la Caroline ou d’une banlieue comme toutes les autres, ces anti-héros souffrent, riches ou pauvres, blancs ou noirs.A 25 ans, Dale Peck vient de publier son premier roman, Martin and John.Acclamé par la presse.L’écriture est puissante, la forme audacieuse, les mots justes et vrais.Mais le ton pas trop joyeux.Car la vie n’a pas ménagé le héros John: après le drame de la découverte de sa mère, il subira la violence de son père; avant de voir son amant s’étioler et s’éteindre dans un moment qui rappelle la fin de la mère.Peck met en scène un jeune homme qui refuse de s’écraser devant la douleur: il la confronte, il l’insulte, il crache sur ses marques.John sait que le silence n’exorcise rien.Peck observe la famille, les couples, et.la mort avec une maturité qui annonce un écrivain d’importance.Martin and John, publié chez Farrar, Strauss & Giroux est le «must» de la saison littéraire.Derrière les volets clos Jessica Treadway vient d’avoir 31 ans.Delphinium Books lance son premier livre, un recueil de nouvelles, Absent Without Leave.Treadway décrit les pe^ tites villes des environs de Boston; elle montre ce qui se passe dans ces maisonnettes bien propres où les familles s’écorchent, où les Francie et les Christines n’arrivent pas effacer un meurtre et un suicide, un viol, un constant excès d’alcool.Comme Peck, Treadway n’y va pas par quatre chemins: elle tire les rideaux et nous rend témoins des vies difficiles qu’hébergent ces «unifamiliales».Pressentie pour le National Bood Award, Dorothy Allison explore un monde particulier: Bastard Out Of Carolina plonge dans la campagne pauvre du Sud.Les travailleurs des chemins de fer et de l’industrie laitière, les serveuses de «dîner» de bord d’autoroutes et les démêlés francs et parfois bruyants des villageois du Sud.Dans cette extraordinaire langue dont on entend la musique à la seule lecture, Dorothy Allison crée un En 2 tomes : vol.1: 60 $ Vol.II : 66 $ I et II : 95 $ 1332 pages •«.ta belle collection des Presses de l'Université de Montréal, la «Bibliothèque du Nouveau Monde» qui est un peu notre Pléiade.» Robert Lévesque, Le Devoir, • ».cette collection doit être vue comme un défi, comme une promesse, mais aussi comme un cadeau, sûrement le plus beau et le plus généreux que l'édition québécoise ne nous ait jamais fait.» Maurice Pouliot, Nuit blanche 289 pages •«// faut s 'abonner à Ut Bibliothèque du Nouveau Monde.» Jean Ethier-Blais, Le Devoir 38$ monde impitoyable dominé par un beau-père violent et une mère complice.Mais Bone, l’enfant illégitime maigrelette, a acquis le respect d’elle-même avant le mariage de sa mère Anne.Elle non plus ne courbe pas l’éçhine quand le mal frappe.La voix de Bone parle aux lecteurs avec tant de force qu’il est impossible de déposer le roman que Plume vient de publier en édition de poche.«Here to stay» La littérature américaine est fort diverse.Un courant littéraire noir important se dessine depuis plusieurs années; les enfants des récents émigrés d’Amérique du Sud livrent maintenant leur vision des Etats-Unis dans une nouvelle fiction écrite en anglais.D’autres minorités ont développé une voix littéraire: la culture juive produit de nombreux jeunes écrivains tout comme les communautés asiatiques bien installées en terre de l’onde Sam.Le mouvement humoristique a toujours sa place dans le jeune roman.L’école de la fiction «fantaisiste» n’est pas morte et continue de produire des écrivains.Pourtant, émergeant de cette pluralité de styles, le roman de la douleur s’impose, repousse ses limites, gagne du terrain avec une génération d’auteurs et de lecteurs.Hugh Kennedy, la jeune trentaine, publie son premier roman Everything Looks Impressive chez Dou-bleday.Kennedy fraîchement diplômé de Yale, compose le portrait scandaleux des supposées grandes institutions du savoir, les campus Ivy league.Alex, le héros, se révolte contre ses compagnons de dortoirs, un groupe de sportifs que le viol et la brutalité n’effraient pas.Jim Oliver, dans sa première oeuvre Closing Distance, publiée chez Putnam, raconte la crise de Pete Flowers, bouleversé par le cancer de sa mère et la menace du sida.Oliver, s’il adopte un ton parfois humoristique VOIR SUITE PAGE D-2: GÉNÉRATION ILLUSTRATION PETE SPINO nouveautés B N M 1 I.K I) K V OIK.I.K S S A M K I) I I » K T I) I M A X C 11 E 14 M A K S I !» !» 3 IVRES LOUISE LEDUC * ; ; • Une nuit blanche inusitée pour les cégépiens T)anni les étudiants qui sécheront leurs cours ce ven-! X dredi au Québec, 140 d’entre eux auront un alibi tout trouvé: le Marathon national d’écriture, qui se tiendra simultanément au cégep André Laurendeau, au cégep de Chicoutimi et à l’Institut maritime du Québec à Rimouski ; Je 18 mars prochain dès 16h.^ ^ Pendant 24 heures consécutives, ces jeunes se familia-‘ riseront avec le récit, l’opinion, l’humour et la poésie.;.llour les guider, les inspirer et les garder réveillés, des • ’ écrivains spécialisés dans ces genres littéraires — Em- • manuel Aquin, Claudine Bertrand, Josée Boileau , Louis Caron et Marie Laberge — viendront lire quelques pages de leurs oeuvres et animer des ateliers thématiques., ;, Bruno Roy, président de l’Union des écrivains et ar-; listes québécois, a accepté la présidence d’honneur du • 'Marathon.«Cet événement est un excellent moyen d’ali-•; I Renter l’intérêt des jeunes pour la littérature.Mais on > jr’écrit pas comme on court un marathon.Le but visé '.’ jfestpas d’épuiser l’écriture mais de la relancer.«Doit-on ; -sîinquiéter de l’avenir de la littérature québécoise, entre ¦ Jes mains de ces jeunes que l’on dit faibles en français?: ;La littérature ne mourra pas.Mais il faut quand même ; ’qne volonté politique de la promouvoir», continue M.Roy ¦ ‘qui croit que l’école, malgré les lacunes dont elle est res-’ ponsable, ne réussira pas à tarir le potentiel des jeunes.¦ Paradoxale, cette révélation?A peine, si ,on la met en parallèle avec les motifs qui ont poussé Eric Simon à • ; ^inscrire.«Le Marathon va me permettre d’ouvrir dic-; ’ Jtionnaires et grammaires alors qu’à l’école, avec les dé-;.Jàis serrés, on n’a pas la chance de prouver qu’on est ca-! î table de produire des textes dans un français correct et • cohérent !» l-e syndrome de la page blanche à trois heures du ma- tin les effraie-t-il ?«Avec l’école, le travail à l’extérieur et 'les activité parascolaires, je suis habituée à empiéter sur ' mes heures de sommeil !», souligne Jacinthe Presseau qui voit dans ce Marathon une bonne occasion pour 1 prendre le temps d’écrire autre chose que des travaux de ’session et des articles pour le journal étudiant.Les recordmen du livre j % \.J, Pierre Assouline, dans le dernier numéro de Lire, ré-i.vêle les résultats d’une enquête inusitée portant sur les , .records des écrivains.Cette petite enquête pourrait inspirer les zélés qui élaborent les questions à l’émission .Tous pour un.Avec un peu de chance, plusieurs devineraient sans doute que Stephen King, le spécialiste du roman de suspense et d’éprouvante, est l’écrivain le mieux payé, lui qui a obtenu en 1989 selon Assouline un à-valoir sur droits d’auteur de 26 millions de dollars pour ses quatre prochains livres.Qu’Agatha Christie soit la plus traduite est aussi prévisible.Mais combien sauraient nommer le livre emprunté le plus longtemps à une bibliothèque?L’écrivain le plus rapide?U* journal intime le plus long?Une bonne façon de mettre ses connais-sànces littéraires à jour.Berlin-Bangkok panât dans la Collection J’ai lu Pour la première fois, la maison d’édition J'ai lu a publié un roman québécois, celui de Jean-Pierre April.Etiqueté comme science-fiction, Berlin-Bangkok, mettant en scène une Allemagne réunifiée, a su, avant la chute du Mur, anticiper la suite de l’Histoire, d’où l’honneur qui lui échoit aujourd’hui.Dialogue d’écrivains Dans une série de cinq émissions enregistrées en octobre 1990, Victor-Lévy Beaulieu et le regretté Roger Le-melin échangeront des propos fort intéressants sur la société québécoise, à la radio AM de Radio-Canada les 15, 16, 17, 19 et 23 mars de 19h30 à 21h dans le cadre de l'Aventure.ENTRE LES LIGNES Passion d’amour À IA HAUTEUR DE GRAND CENTRAL STATION JE ME SUIS ASSISE ET J'AI PIEURÉ Elizabeth Smart, traduit de l’anglais par Hélène Filion, ed.Guemica 1992, 14 Le petit livre est de ceux qui m’avaient échappé à prime abord.Quelques pages, une couverture noire avec-une photo jaunie de l’au-teure, de ceux qu’on met de côté après un coup d’oeil distrait, en se disant: plus tard peut-être et qu’on oublie.Puis des échos de presse ici et là, une rumeur positive et le nom d’Elizabeth Smart qui commençait à émerger du silence m’ont titillée.Ixj théâtre TPQ présentait cet hiver Us Traverses du coeur, une pièce de théâtre adaptée de la vie de cette Canadienne anglaise si ardente.Elle est morte à 73 ans en 1986, laissant, à côté de quelques recueils de poèmes, un lamento anjoureux coiffé du titre interminable.A la hauteur de Grand Canyon Station je me suis assise et j’ai pleuré, traduit aujourd’hui en français pour la première fois.Récit, pas vraiment.Plutôt coulée de lave, torrent de passion.Smart fut une amoureuse hantée, habitée, consumée par un homme.Ou du moins par le rêve quelle avait de lui.Sur sa photographie, on lui voit un beau visage moderne, aux traits piquants, en autant que soit moderne cette espèce de détermination dans le regard que les beautés d’antan essayaient de gommer de leurs expressions et qu’elle ne craint pas d’étaler sur les siennes.Elizabeth Smart vécut une vie de femme libre, amante scandaleuse, mère célibataire à une époque où la bonne société canadienne anglaise, dont elle fut le canard boiteux, multipliait les entraves.Sous les pressions de son influente famille d’Ottawa (qui criait au scandale) A la hauteur.composé en 1945 dans un état de fièvre fut interdit de publication en territoire canadien, et ne sera redécouvert ici qu’en 1982.Toute jeune, Elizabeth s’était éprise, d’abord à travers son oeuvre, du poète britannique George Barker qu’elle invita chez elle avec son épouse.Il s’en suivit la liaison de toute une vie, un amour fatal, qui fut la raison d’être de cefte femme et le propos de son récit.A la lire, on pense à ses illuminés, ces fous de Dieu habités par l’extase, extase plus païenne mais aussi transportée que celle des grands mystiques dont le récit rappelle les délires exaltés.A la hauteur.est la transposition lyrique d’un état de transe.«Je suis saoule de pouvoir et d’invulnérabilité», écrit-elle, à l’heure de la passion comblée.O D I L E T R E M B L A Y ?Le style rappelle celui de l’Anaïs Nin de Sous une cloche de verre en moins ésotérique.Des liens de parenté avec Nin, Elizabeth Smart en partage plus d’un, ne serait-ce que d’avoir tenu comme elle un journal toute sa vie, et eu tant d’amis communs.Mais là où Anaïs Nin échoua dans sa tentative de se livrer vraiment par le biais de la prose poétique, Smart, y parvint dans un élan total d'elle-même.«Je viens de cracher mon coeur», écrivait Anaïs Nin Plus qu’une prose éclatée, le récit structuré s’appuie bel et bien sur une histoire, avec la rencontre,, la fusion, la fuite du couple aux Etats-Unis, et puis la séparation des amants, la douleur de l’abandonnée.Elizabeth Smart exhale, pleure, gémit.«Le lit est froid, et la jalousie cruelle comme la tombe».Entre le lamento et l’extase, l’écrivain a des incantations de psalmiste.Un des plus beaux passages du livre est d’ailleurs cette opposition de dialogues imaginaires entre des répons puisés au Cantique des Cantiques et la brutalité des questions du policier qui a arrêté le couple en vertu d’une absurde loi américaine du temps interdisant à des personnes non mariées de passer d’un État à un autre dans l’intention de forniquer — Depuis combien de temps le connaissez-vous?(Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi/ il paît son troupeau parmi les lis.) — Avez-vous dormi dans la même chambre?(Que tu es beau mon Bien-aimé, tes yeux sont des Une coulée de lave passionnelle signée Élisabeth Smart.À la lire, on pense à ses illuminés, ces fous de Dieu habités par l’extase, extase plus païenne mais aussi transportée que celle des grands mystiques dont le récit rappelle les délires exaltés.en préface de Im Maison de l’inceste.Elizabeth Smart aurait pu l’affirmer biep davantage.A la hauteur.est un chant d’amour porté sur une vague lyrique, avec des images foisonnant comme des algues.On pénètre l’esprit, le coeur de cette femme par la cîé de la métaphore qui ouvre sur l'inconscient d’une écorchée vive littéralement folle d’amour.«Pourquoi même dix siècles de malheur terrestre devraient-ils atténuer mon mal d’aimer?», demande, avec des accents de la religieuse portugaise, celle qui refuse toute consolation, tout attiédissement sous peine de s’anéantir elle-même, tant sa passion se confond désormais avec son être.colombes.), etc.«Mon chéri, mon amour, m’en-tends-tu là où tu dors?» demande l’esseulée au bout de son récit.Qu’est devenu cet homme qu’elle aima d’une passion si folle, qui la par-tagéa toute sa vie à ses femmes et à ses maîtresses, lui donna quatre enfants et ne l’épousa jamais?Dans son journal, Anaïs Nin décrivait le poète Georges Barker agité, turbulent, électrique, tout en nerfs et en surface, bien incapable, semble-t-il d’atteindre le gouffre de sentiments où s’est engloutie son amante.Mais la postérité tranche.Barker est tombé dans l’oubli.Et près de 50 ans plus tard, la voix brisée de Smart n’a pas vieilli.L A V I T 11 I N E DU U V R E ELLE MEURT À LA FIN Sylvie Bérard et Brigitte Caron Pajé Éditeur, Post-Scriptum, 196 pages Elle meurt à la fin: inutile d’aller voir la dernière page, le titre vous indique déjà comment le récit finira.On sait aussi que Ligia, océanographe en manque d’oxygène au fond du fleuve, ne remontera jamais à la surface.Pour le reste, les auteurs sont souples et suggèrent un éventail de scénarios à partir des souvenirs d’enfance de Ligia.Elle aimait le jazz, travaillait pour Greenpeace.Elle aurait pu mourir assassinée comme Lennon.Ou tuée dans une manifestation écolo qui tourne mal.Plus qu’un simple voyage au fond des eaux et au bout de la vie, ce roman très contemporain explore les différentes possibilités qu’offre le récit avec un clin d’oeil subtil sur les genres journalistiques, l’héroïne imaginant les manchettes de sa mort aussi bien dans Allô Police que dans Reader’s Digest.DES MOTS, DES IMAGES - WORDS, IMAGES D.Miram et D.Mouron Éditions Primavesi, 285 pages Fruit de la rencontre fortuite entre un artiste peintre et un écrivain réfléchissant sur le sens de la vie, ce livre vise à traduire les émotions de deux créateurs dont la sensibilité s’exprime dans?un cas par des mots, et dans l’autre par des images.A partir d’une centaine de tableaux de Mouron, reproduits ici par des photographies en noir et blanc, Miram invente une légende qui donne vie à ces Amérindiens et à ces femmes, des sujets qui reviennent souvent dans l’oeuvre de Mouron dont la première exposition en sol canadien remonte à 1984.On sent à quel point les tableaux de Mouron inspirent un Miram tout aussi ému que le peintre par ce «Spectable d’un soir», par exemple, qui met en scène un enfant qui s’endort et que Miram comparera à «un coucher de soleil à mesure humaine».LE DICTIONNAIRE DU FRANÇAIS et LE DICTIONNAIRE DES NOMS PROPRES Hachette Le dictionnaire des noms propres contient 25 000 noms d’hommes (sic), de lieux et d’oeuvres, en plus d’un atlas en couleurs de 176 pages et des listes énumérant les récipiendaires de Prix Nobel, les membres de l’Institut de France, les gentilés de certaines localités de France et les différentes monnaies.Son homologue des noms communs ne se limite pas non plus à définir les 60 000 termes retenus.Il esquisse aussi une histoire de l'orthographe, donne l’équivalent des anglicismes les plus courants et énonce quelques règles de correspondance.Ces deux petits nouveaux, à la couverture souple, sont à peu près de la taille d’une copie des «Misérables».LA COMÉDIE DE LA CULTURE Michel Schneider Seuil, 205 pages Michel Schneider, directeur de la Musique et de la Danse au Ministère de la Culture français entre 1988 et 1991 et l’un des plus proches collaborateurs de Jack Lang, est amer et le fait savoir.Sa déception, qui explique le ton polémique de la «Comédie de la culture» est celle d’un homme de gauche qui, bâillonné, n’a pas réussi à révolutionner le rapport entre l’art et la culture.Sa démission remise, Schneider ne se retiendra pas pour dénoncer cet État culturel qui n’est «que la forme spécialisée du gouvernement du spectacle».L.L.\ k > 4 * r + ;t;fc »*v ‘2 ¦* I PLAISIR *LIRE Animatrice: Danièle Bombardier Arlette Cousture est un phénomène de notre littérature: une star.Comme je l’ai lu à son sujet sous la plume d’un critique: «Quand le succès exagère, il faut se demander pourquoi».Et, au Québec, la suspicion autour du succès est toujours grande.Alors que faut-il comprendre du phénomène Cousture?Après un véritable raz-de-marée ici ses «Filles de Caleb» sont maintenant diffusées en télésérie à la télévision française et sont, en librairie, sur la liste des best-sellers.Quant à son dernier roman «Ces enfants venus d’ailleurs», il a déjà le vent dans les voiles.Arlette Cousture fait-elle de la littérature ou produit-elle une fiction construite pour plaire au plus grand nombre?Plusieurs qui toisent de haut Arlette Cousture l'accusent d’être une tricoteuse de best-sellers qui, avant d’écrire, sait déjà qu'elle étirera la sauce vers la télésérie ou le cinéma.Quand on rencontre Arlette Cousture on se rend compte à quel point son monde romanesque l'habite et combien elle aime ses personnages.Et s’il faut trouver une raison au succès elle est peut-être là, dans cette passion pour des êtres fictifs qu'elle sait communiquer à ses lecteurs.Que pense-t-elle de ce qui lui arrive, de tout ce qu’on dit d'elle?C'est ce que je lui ai demandé.La rencontre de mon lecteur de cette semaine, le comédien Gilles Pelletier, a été pour moi un pur plaisir Je suis certaine qu ’il en sera de même pour vous.PLAISIR DE LIRE Le dimanche à 19 h 30 L’autre télé.L’autre vision.Radio Québec GENERATION Un nouveau courant littéraire / se dessine aux Etats-Unis SUITE DE LA PAGE D-l et sarcastique, n’en secoue pas moins les lecteurs par la vérité de ses personnages et leur confrontation de la douleur.Dennis Cooper avec son nouveau recueil de nouvelles Jerk va encore plus loin.Les adolescents qu’il observe ne trouvent qu’un exutoire à leur mal: la violence.Coeurs sensibles, prière de s’abstenir.Cooper verse des gallons de sang dans ses pages.Certains signes pouvaient laisser présager l’émergence de cette nouvelle littérature américaine.Après trop d’années d’un régime d’injustice, après des trahisons répétées, après des centaines de milliers de morts d’une maladie dont la Maison Blanche ne fait que commencer à prononcer le nom, la littérature de la douleur «is here to stay».POUPART Comme des polars SUITE DE LA PAGE D-l O «A du 2 au 21 mars 1993 20 % de rabais sur tous les livres et catalogues en librairie! Rabais supplémentaire de 10 % aux Amis du Musée LIBRAIRIE DU MUSÉE 1368, rue Sherbrooke ouest Montréal (Québec) (514) 285-1600, poste 350 Ml SÉE DI S BEAUX-AinS l)l MONTRÉAL Ces réductions s'appliquent uniquement aux livres en stock à la Librairie; elles ne sont valables ni pour les commandes spéciales ni pour les livres ou les catalogues à prix déjà réduit.Heures d’ouverture : mardi, samedi et dimanche de 11 à 18 h mercredi, Jeudi et vendredi de 11 à 21 h Libre comme l’air., écrite sous la forme du roman épistolaire.Il prend très au sérieux les livres destinés à la jeunesse.En font preuve les lettres et les commentaires de son nombreux courrier qui lui confirment une chose: qu’il a raison de beaucoup travailler sur ces récits dévorés par les jeunes lecteurs.«Quand j’enseigne, souligne-t-il, ou quand je rencontre mes jeunes lecteurs dans les écoles, la moitié de mon travail consiste à remonter leur estime d’eux-mêmes.Ils ont passé leur temps à se faire dire qu’ils étaient nuis, au secondaire ils me demandent: «est-ce qu’on est si pires que ça?» Moi je leur réponds de ne pas croire les adultes qui les assomment avec ce genre de commentaires.» Jean-Marie Poupart éprouve un immense respect pour ses lecteurs.LA LIBRAIRIE GALLIMARD ET LES ETUDES NÉO-HÉLLÉNIQUES DE L'UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL ont le plaisir de vous inviter dimanche 14 mars 1993 à 14h au lancement du roman L'ENFANT DE CHIENNE DE PAVLOS MATESSIS Du Monde Entier, Gallimard, 1993 TRADUIT DU GREC PAR JACQUES BOUCHARD Présentation par Jacques Bouchard et Fred A.Reed traducteur du roman en anglais Lecture d'extraits par Markita Boies LIBRAIRIE GALLIMARD 3700, boul.St-Laurent, Montréal, tel.: 499-2012 quel que soit leur âge et quand on leur demande s’il croit en l’existence du mal, lui l’auteur de romans poli ciers, sa réponse rejoint la façon dont il réagit face à son jeune public: pour lui le mal existe, mais celui qui ie préoccupe ce n’est pas le mal des «Liaisons dangereuses», c’est celui effectué par inconscience, celui qu’on laisse faire, contre lequel on ne réagit pas.Et contre le mal, une solution, l’écriture.A ses yeux Bon à tirer» est un roman qui devrait être lu en deux ou trois heures, avec du plaisir procuré par le rythme et l’absence de digressions.Et il peut bien éclater de rire en prononçant le mot «métaphy sique».Au restaurant viet-namien où nous mangeons, il demande expressément des biscuits «qui ne disent pas des choses».Parce qu’après tout, c’est lui qui les dit, les choses.CLICHE RÉPÉTÉ A ÉCLAIRAGE DIFFÉRENT.EN RAISON DU TEXTE MAL IMPRIME I.b' I) K V U I l( .I.b S S A M b l) I 1 A b T I) I M A X ( Il b II M A R S I !» !l :i LIVRES CRITIQUE L’écrivain et le champ littéraire Pas un qui ne dise d'abord et toujours: mort aux vaches! mais après?Mauger mourra criblé de balles dans un stationnement souterrain.L’écnvain Charbonneau s’est-il enfin vengé?’V- * BON À HUER Jean-Marie Poupart, Boréal, 1993, 164 p.JACQUES ALLARD Thomas Charbonneau, écrivain rendu à l’âge où l’on regarde tomber ses cheveux, a d’autres raisons d’être furieux quand soji éditeur lui renvoie un manuscrit.Evincé du comité de lecture par Vincent Mauger qui l’avait pourtant plagié dans un récit pour la jeunesse, il avait riposté en soumettant un pseudo manuscrit, cette transcription intégrale de Lumière d’août (Faulkner, 1932) qui lui revient.La blague éventée, il lui faut, ce jour-là, quitter sa fermette de Saint-Janvier et aller s’expliquer à Montréal avec l’éditeur qu’il rêvait de ruiner.Sur place, il verra avec plaisir Mauger se faire enguirlander par une ex-compagne, pour rencontrer ensuite un ami d’enfance, journaliste amateur de chasse, qui l’entraîne au champ de tir.La journée s’achèvera au parking souterrain de l’éditeur quand Charbonneau ira reprendre sa voiture: c’est là que Mauger mourra criblé de balles.L’écrivain Charbonneau s’est-il enfin vengé?Ou n’a-t-il fait qu’imaginer le meurtre pendant qu’une autre personne tirait?D’ailleurs, n’a-t-il pas été lui-même objet de la fusillade?Tout se résout le lendemain.A vous, lecteur, lectrice, de continuer l’enquête de la lecture.Vous retrouverez, dans ce court roman, le facétieux auteur qui a aussi commis un essai sur le genre policier (Les Récréants, 1972), tout en se spécialisant depuis une quinzaine d’années dans les récits pour la jeunesse.Le nouveau titre n’a rien de la noirceur du précédent (L’Accident du rang Saint-Roch, 1991).Et si, au bout d’une vingtaine d’ouvrages, Jean-Marie Poupart, s’est converti au roman qu’il défaisait systématiquement au début de sa carrière (Angoisse play, Que le diable emporte le titre, Ma tite vache a mal aux pattes), il ne perd pas son goût de la galéjade.Faisant beaucoup moins courir son lecteur après une improbable histoire, il maîtrise maintenant l’art de la digression souriante, souvent saugrenue d’apparence.Il installe par exemple assez fortement, dès le départ, la piscine de la fermette où l’on écrit, avec vue imprenable sur les vaches du voisin.Autre souvenir de lecture qui reste: le vengeur plagiaire, pisseur énervé qui se crache sur le gland.Autant d’insertions drolatiques, vacheries diverses qui remplacent la vieille psychologie et contextualisent si concrè- tement l’environnement, particulièrement le champ littéraire, privilégiant le thème de la mort de l’écrivain (voir les précédents romans, en particulier: Beaux draps et Im Semaine du contrat).La description du Landerneau dont parlait Ethier-Blais se fait ici légère, moins appliquée que celle de Prix David (Hamel, 1962) et sans clés évidentes.Rien en tout cas d’aussi direct que les cinglantes allusions de Gérard Bessette dans Le Semestre (1979).Poupart a beau avoir été lecteur chez Leméac et ailleurs, fondateur des éditions Quinze, chroniqueur au DEVOIR, ses évocations restent vagues et assez conformes aux blagues d’usage (l’auteur est ici, comme beaucoup d’humoristes piégés dans le discours ambiant, un travailleur du cliché).L’éditeur sera donc assez gras (moins que le sottisier médiatique ne le fait actuellement).Et il aura la visite d’un auteur paranoïaque.Les comités de lecture ne font-ils pas dans la dynamique de groupe?Pendant ce temps-là, les universitaires se dégourment dans la fiction, les déjeuners de presse rassemblent des parasites et le chroniqueur ses formules ampoulées.Quant aux publicitaires il ne faut pas, semble-t-il, leur demander d’étre des «cent watts».Et le lecteur?C’est ici une lectrice, la fille même de Thomas, qui prépare une thèse sur Germaine Guèvremont, au bord de la piscine et du champ des ruminants.Ije réseau est bien familier et l’écrivain (moins que glorieux) toujours en poste devant ses vaches, bonnes à tirer par définition.Ce nouveau roman confirme ainsi chez son auteur la thématique du «milieu», dans la connotation assez prévisible du mot.Les analystes de l’institution imaginaire prendront-ils un jour l’oeuvre au sérieux (une bonne douzaine de titres)?Comme chez quelques autres praticiens de la dérision littéraire, celle de Poupart ne réussit guère à prendre racine dans notre tradition de lecture.Elle se situe pourtant dans le roman de la plaisance (qui nous vient depuis les années soixante), rigolant elle aussi sur la disparition du récit et de son auteur, pour y trouver finalement le lieu même de son déploiement.Récréation et reconstruction: c’est la population littéraire, le cliché par excellence, post-moderne ou non.Pas d’écrivain qui ne dise d’abord et toujours: mort aux vaches! Mais après?dira toujours la critique, même quand elle prend plaisir au récit qui s’amuse.Ah! la.SERGE PATRICE T HI BODE AV Serge Patrice Thibodeau est né en 1959.Son premier recueil de poésie, La Septième chute, lui a valu le prix France-Acadie 1991.Depuis plusieurs années, il partage sa vie entre l’étude et le travail tout en suivant un itinéraire poétique de l’errance qui l’a conduit en Afrique, en Europe et en Asie.Interrompant ces longs parcours qui lui sont familiers, il consacre ù Prague un temps d’admiration et de contemplation, de réflexion et de communion de sentiments.20 ans d’édition en PRIX ÊMILE-NELLIGAN 1992 LE CYCLE DE PRAGUE S’effrangent les nuages.Sans cesse, le corps écartelé entre une gare et un château, à enjamber un fieuve, le pied gauche hésitant entre l’arrivée et le départ, le pied droit glissant sur les dalles du rôvc.Être seul, dans tout ça.c’est être à jamais irrécupérable.* .vVj «Ce jeune écrivain, pour qui la sensualité du langage est indissociable de la lucidité et de la mémoire, échappe heureusement aux modes sans échapper à l’histoire.» I.UC’Il IIOIIRASSA, I I: DEVOIR 160 p, 15$ DANS TOUTES LES BONNES LIBRAIRIES LC Cycle ' de Prague WJ i-.vv LES YEUX BOUCHÉS Nicole Labelle-Ruel, Québec/Amérique (pour 14 ans et plus), 215 p.Delphine (14 ans) se plaint des allusions déplacées et des avances non équivoques de Mario, le chum de sa mère.Seule, sa copine Lucille prend le problème au sérieux.Mais, coincée entre une mère extrêmement contrôlante et un père passif, elle dispose de moyens d’action très limités.Aucun adulte consulté, aucune ressource en place, ne répond de façon adéquate au problème de plus en plus pressant.Des, dialogues forment l’essentiel du roman.Ecrit avec les tripes, le récit utilise un français de cuisine, trempé dans l’émotion, et témoigne d’une indéniable complicité avec l’adolescence.Relatés par la copine Lucille, les événements sont touffus, embroussaillés dans un quotidien contraignant, empreints de rage et d’impuissance.La tension monte.L’action se précise.Les personnages et les circonstances sont particulièrement bien cernés et terriblement réalistes.A lire, pour l’importance du sujet, et pour le message d’espoir.COPIE CARBONE Charles Montpetit, Québec/Amérique, coll.Titan jeunesse, 131 p.(pour jeunes de 14 ans et plus) Charles Montpetit écrit peu.Son dernier roman, Temps mort, prix du Gouverneur général, remonte à 1988.Mais chaque oeuvre, soignée, rigoureuse, innovatrice, est un appel à l’intelligence des lecteurs.Copie carbone nous propose une excursion dans un futur rapproché, où l’invention d’un duplicateur à trois dimensions risque de «provoquer le Krash le plus spectaculaire que la Banque internationale des arts ait jamais vu».Edith Prévost, sculpteure liée à quelques performances largement médiatisées, est mise au défi de soumettre une oeuvre impossible à reproduire.Le vol de celle-ci, constitue le nerf de l’intrigue.C’est un thriller brillant, avec ce qu’il faut d’épate, de logique et de mystification.Les surprises sont généreusement distribuées le long de chaque chapitre, et le lecteur, ou la lectrice, progresse au même rythme que l’avocate chargée d’élucider l’affaire.La curiosité nous dévore jusqu’au dénouement qui arrive sur un démonstration claire et fulgurante.LA COULEUR NOUVELLE.NOUVELLES FANTASTIQUES Daniel Semitic, Québec/Amérique, colt.Clip, 154 p.Huit de ces nouvelles sont des versions abrégées ou remaniées, déjà parues dans Les Contes de l'ombre (1979).Sur des thèmes fantastiques par excellence, se bousculent l’insolite, l’occulte, l’étrangeté tiu hasard, la présence d’entités immatérielles provoquant terreur, angoisse, épouvante.Sept nouvelles à l’écriture classique, rigoureuse, sont assaisonnées à l’ancienne: atmosphère de salons vieillots, de tentures lourdes, de bibelots désuets, de voilettes cachant le regard.On y respire mal, on y perd la raison, on y fuit des dangers impalpables.Dans la huitième nouvelle, plus actuelle, plus récente aussi que les autres, l'étrange don de Anne-Lise n’exhale ni terreur ni folie, mais parle de la solitude sur un imaginaire traversé de lumières vives et de couleurs nouvelles.Une rencontre à la fin crée une brèche dans cet univers plutôt sombre.CAILLOU.MON LIVRE DE BÉBÉ Hélène Desputeaux, Chouette, 52 p.(pour nouveaux-nés et leurs parents) La série Caillou s’enrichit d’un album de naissance, à remplir des moments tendres, des premières fois, des dates importantes, des faits historiques de la vie de Bébé.Animé des petits personnages ronds, colorés et fantaisistes de Hélène Desputeaux, l’al-bum-souvenir, cartonné et rembourré, porte la touche fraîche et irrésistible qui font le succès des Caillou.Un cadeau très Chouette! Gisèle Desroches Dans Copie carbone, l’invention d’un duplicateur à trois dimensions risque de «provoquer le Krash le plus spectaculaire que la Banque internationale des arts ait jamais vu».Une enfance en Abitibi rHOTO JEAN-JACQUES RINGUETTE (DÉTAIL) Un roman éclaté en fragments?TU ATTENDS LA NEIGE.LÉONARD! Pierre Yergeau, L’instant même, Québec, 1992,143 pages PIERRE SALDUCCI Décidément l’Abitibi est très présente dans la production littéraire actuelle puisque, après Marie suivait Tété de lise Bissonnette, voici Tu attends la neige, Léonard?un recueil de nouvelles de Pierre Yergeau.Encore faut-il préciser en fait, avant de parler de «recueil de nouvelles», que Pierre Yergeau a choisi de s’éloigner ici de la conception habituelle du genre.Par exemple, et il a raison, il ne se sent pas du tout tenu de donner systématiquement à ses textes une chute spectaculaire.Son livre oscille en permanence entre le roman et la nouvelle.11 tient de la nouvelle un découpage en textes brefs, autonomes, avec chacun un titre et du roman son unité et le fait de composer par petites touches un tableau général où apparaissent les mêmes personnages et les mêmes lieux.Ainsi, Tu attends la neige, Léonard?peut se définir autant comme un recueil de nouvelles qui se lit comme un roman, que comme un roman éclaté en fragments.Ceci devrait d’ailleurs, et c’est très bien, attirer les lecteurs réfractaires aux nouvelles traditionnelles.Tu attends la neige, Léonard?(un titre magnifique comme ceux de la majorité des nouvelles) évoque les jeunes années d’Emile et de Léonard, deux frères qui ont grandi ensemble en Abitibi, partageant le même univers et manifestant le même recul ou la même incompréhension face au monde des adultes.Derniers nés de la famille, leur complicité est d’autant plus forte que Léopard est un enfant trisomique et qu’Emile fait totalement bloc avec-son frère.Non seulement, il accepte sans problèmes les particularités de Léonard, mais il les intègre si bien qu’il finit par accéder aux mêmes singularités que lui.Ainsi, comme Léonard, Emile conçoit que les meubles viennent de la forêt, qu’ils puissent y retourner la nuit et que Millefeuille I 1,95 $ "(Jai retiré beaucoup de cette expérience, ta découverte de centaines dauteurs anonymes tjui chacun à sa manière m a fait percev-oir un meroeiddeux imaginaire, » djaston d bfCi.jeureux Les droits d'auteurs seront versés au Fonds Yves-Tliériault administré par l’UNEQ.XYZ.La revue (le la nouvelle Spécial bél, louréats te® IBSBB9 „ Spécial L5$ Nom______ Adresse Code postal____________ tel.:___________ Ci-joint: ?chèque ?mandat postal ?CO exp.^ Signature ESH étti tour les antennes de télé deviennent des arbres.L’imagination de l’un se mêle à l’innocence de l’autre et, à partir de là, tout un monde s’ouvre d’une grande beauté naïve.A cela s’ajoute un cadre exceptionnel, celui d’une Abitibi rude, avec la fabrique à liqueur à côté de la maison et l’inévitable boutique du blanchisseur chinois.En plus de la reconstitution touchante et poétique d’une enfance reinventée, Tu attends la neige, Léonard?propose également un journal de bord sur le recueil en train de s’écrire.Dès le début, Pierre Yergeau nous fait part de son projet initial et expose ensuite régulièrement ses réflexions sur la difficulté de faire revivre ses souvenirs.Nous sommes avec l’écrivain en train d’écrire dans son petit appartement qui surplombe le fleuve à Montréal et les détails de son quotidien deviennent à leur tour sujets à de nouveaux textes.Tu attends la neige, Léonard?s’inscrit sur deux plans à la fois avec un narrateur dédoublé qui est parfois Emile (le petit garçon d’aujre-fois) et parfois l’écrivain d’aujourd’hui.Fiction et autobiographie alternent jusqu’à se rejoindre dans La Messe (un bijou!), pour éclater finalement à nouveau dans les dernières pages.Malgré de grandes ambitions, Tu attends la neige, Léonard?reste un livre d’une grande simplicité, entièrement voué à l’émotion pure et au souvenir.Un très beau livre, vraiment.Le nouveau roman de Robert Lalonde Sept lacs plus au Nord 4mm.LALONDE Sept lacs.ROMAN «Sept lacs plus au nord est radieusement écrit.» Jacques Allard, Le Devoir lôO pages ?22,95$ LES EDITIONS DU SEUIL œCdKiOA/ ('.P.KN5, Monetoii, «N.-H.» Téléphone : (50(0 X57-K490 (JqcÔcHc E IC UNS Télécopieur: (5(K>) X57-Ï070 815, rue Ontario Est, bureau 201, Montréal (Québec) H2L 1P1 Téléphone : 514.525.21.70 • Télécopieur : 514.523.94.01 J LU STRATIONFRLDF.R1C EIBNLR 1)4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 MARS 1993 LIVRES L I V R E S J A U N I S (Itoryt» l‘emu collés H mf L’intimité d’une voix PAPIERS COLLÉS II Georges Perros, Gallimard, Paris, 1973 Il n’est pas facile de parler d’un écrivain que l’on aime par-dëssus tout.A plus forte raison si l’on a clamé à l’envi sa passion On a alors l’impression d’être un peu comme ces amoureux intarissables que la rencontre d’un être a bouleversés.Que voulez-vous?Georges Perros fait partie de ces auteurs inconnus du grand public, mais dont le cercle des fidèles ne cesse de s’accroître.J’en fais partie.J’ai relaté ailleurs l’entrevue que m’a accordé ce Parisien exilé en Bretagne.C’était en mai ¦>t j 1974, à Douarnenez.On avait I il|)ICl S prêté à Perros un grenier dans un immeuble en ruines du vieux port.C'est là qu’il écrivait et lisait les manuscrits que Gallimard lui soumettait.11 devait être un lecteur bien singulier, exigeant, imprévisible.Mal rétribué, en tout cas.Il vivait dans un état qui frôlait la gène.Il donnait aussi des cours de littérature.Entendre par là qu’il s’efforçait d’inculquer à de jeunes etudiants le goût de la lecture.Souvent il enfourchait sa vieille moto pour aller prendre un verre de rouge au café avec des pêcheurs qu’il avait mis beaucoup de temps à apprivoiser.Les écrivains ont parfois tort de ne pas résister au piège que constitue la publication d’un recueil d’articles et de notes éparses.Ils n’ont aucune difficulté à s’imaginer que l’Occident ne saurait vivre sans leurs oeuvres complètes.Les trois volumes des Papiers collés, et surtout ce deuxième que j’évoque ici, sont bien formés de textes brefs relevant de la maxime, du journal intime, du commentaire critique.S’ils sont à ce point esentiels, c’est qu’ils disent ce qui ronge et blesse l’écrivain qui les a écrits.La sensation de n’être pas tout à fait là, quoiqu’on fasse.Rien n’est moins superficiel que ce livre d’un écorché vif.«Vivre me fait peur.Oui, peut-être.C’est sans doute pourquoi j’ai l’air si courageux de vivre loin de Paris, alors que mes amis, mon «métier» y sont.Mais c’est bien de cela que j’ai peur.Je suis trop souvent rentré chez moi en ruine pour avoir vécu avec mes amis.» Papiers collés II émane de la conscience d’un homme que la vie émeut.Il ne trouve pas normal d’être aimé, mais s’en émerveille.L’amitié compte immensément mais il ne faut pas la croire méritée.«J’ai besoin deg autres, et de leur chaleur.Mais à distance.A distance.A partir d’un certain âge, ce n’est plus de la vie que nous sécrétons.Mais de la mort.Histoire de ne pas mourir trop injustement.» Peu de livres nous parlent de plus près que celui-là.La confidence est d’autant plus directe que la phrase de Perros est brève, comme murmurée à l’oreille.Les propos teâus sont ceux d’un être bourru qui ne s'exprime que pàÿce qu’il n’en peut plus de supporter sa solitude.Je ^oublierai jamais l’homme trapu qui me rejoignit dans ur£ café près du port.Il avait le teint hàlé, la barbe avait été taillée hâtivement, le sourire de circonstance.C’était (jonc cet homme qui avait écrit ces Papiers collés si bouleversants?Une demi-heure plus tard, je tendais le micro à une voix qui venait de l’intérieur.Du comédien qu’il avait été daps son jeune âge, Perros n’avait gardé que la sincérité troublante qui vient parfois aux grands interprètes.Il parlait vraiment comme il écrivait Tout près du coeur et de llntelligence.Va \ POÉSIE Un très bel édifice Aucun des recueils d'Anne Hébert n'a vraiment d'existence autonome & OEUVRE POÉTIQUE , sv Anne Hébert, Boréal/Seuil, coll.«Boréal compact», 1993,166 pages FRANÇOIS DUMONT T)aru il y a moins d’un an, le plus récent 17 recueil d’Anne Hébert, Le jour n’a d’égal que la nuit, est déjà réuni aux précédents dans une édition de poche.Cet empressement m’a laissé songeur.J’ai d’abord pensé au marché scolaire qui devient souvent, en poésie, le destinataire t privilégié.Voilà donc, me suis-je dit le parfait livre obligatoire.J’ai ensuite pensé au rapatriement symbolique de l’oeuvre d’Aline Hébert, ou plutôt des parties de l’oeuvre qui se vendent moins (la poésie rejoignant le théâtre chez Boréal — le roman, lui, ayant tout intérêt à demeurer français).Toutefois, au bout du compte, je crois que c’est avant tout l’oeuvre poétique elle-même qui commande le regroupement En effet, aucun de recueils d’Anne Hébert n'a vraiment d’existence autonome.Le premier, Les Songes en équilibre, paru en 1942, constitue une sorte d’ébauche qu’Anne Hébert a plus ou moins reniée en ne faisant jamais rééditer ce premier livre.Son intérêt principal est d’annoncer ce qui suit, c’est-à-dire Le Tombeau des rois, paru en 1953.Ce deuxième recueil, outre qu’il est indissociable de la poésie de Saint-Denys Gameau, a été en quelque sorte soudé au suivant de 1960: Mystère de la parole.Celui-ci n’a jamais paru seul.Le lecteur était forcé de le mettre en rapport avec le précédent.On connaît sans doute l’interprétation habituelle de ce diptyque: il y aurait d’abord le dur combat intérieur mené sous la grande noirceur, et puis la délivrance lyrique, en parfaite synchronie avec l’histoire.Révolution et tranquilité étant redevenues des contraires, l’oeuvre poétique d’Anne Hébert s’était pour ainsi dire transformée en document historique.Et c’est ici qu’apparaît la pertinence du regroupement des recueils.La poésie d’Anne Hébert dépasse le témoignage et la représentativité où on l’a trop souvent enfermée.Plus encore: le dernier recueil ne prend à mon avis toute sa valeur qu’en regard des précédents.C’est en tant que troisième volet d’un triptyque qu’il acquiert un poids que seul il n’avait pas, malgré sa qualité.S’il y a toujours une certaine forme de linéarité — notons par exemple dans cette division du dernier recueil en «anciens» et «nouveaux» poèmes, sorte de reprise du diptype ancien —, on ne peut plus lire, cependant, les deux premiers recueils dans une perspective de «progression»; Le Tombeau des rois ne peut plus désormais être considéré comme le repoussoir de Mystère de la parole.Car la troisième partie propose un retour au style de la première et rappelle même, à certains moments, le tout premier livre oublié de 1942, avec ses textes laconiques et hachurés.Mais la naïveté a disparu, c’est le moins qu’on puisse dire, et si ce livre connaît une carrière scolaire, plusieurs étudiants seront sans doute ébranlés par la dure dérision de certains nouveaux poèmes.Le sang, par exemple, a perdu ses vertus métaphoriques pour devenir le sang des fussillés et ia liberté, en dépit de son grand L, ne semble rien pouvoir contre «les chaînes aux chevilles des esclaves».Il faut donc donner raison aux éditeurs d’avoir regroupés les trois derniers recueils.Je ne peux toutefois m’empêcher d’émettre une réserve.Le Jour n’a d’égal que la nuit était fort élégamment édité.Je sais bien qu’on ne peut pas faire la même chose pour une édition de poche mais il est quand même curieux que les amateurs de poésie ne puissent pas disposer d’une belle édition du triptyque.Quand sa lecture n’est pas obligatoire, un livre de poèmes vaut aussi pour sa matérialité et î’oeuvre poétique d’Anne Hébert mérite certainement ce qu’on a accordé jadis à Alain Grandbois, Roland Giguère ou Paul-Marie Lapointe, pour ne citer que des poètes d’envergure.D’autant que c’est dans cette rétrospective que se tient l’essentiel: une oeuvre, «réussie» de surcroît; ce «très bel édifice» dont ne voulait pas Saint-Denys Gameau, mais dont la littérature québécoise n’a pas trop d’exemples.Dix ans après la mort d’Hergé Tintin est toujours en vie ! PIERRE LEFEBVRE Le 3 mars 1983, il y a dix ans, s’éteignait Georges Rémi, mieux connu sous le pseudonyme de Her-gé.Il laissait derrière lui une oeuvre monumentale et.des sous.Bien u’on ait souvent exagéré la fortune ’Hergé, et qu’il soit déplacé dans son cas de parler d’empire, comme on parle d’empire Disney, il n’en demeure pas moins qu’au cours des années, le journaliste à la houppe lui à quelque peu échappé pour mener une double vie.Personnage de fiction toujours, certes, ce Tintin, mais également, et aujourd’hui plus que jamais, produit de consommation.Hergé ayant refusé (quoi que sur ce point l’opinion des exégètes divergent) que quiconque reprenne à son compte les aventures de son personnage, les héritiers ont du s’incliner.Mais si la route de la création leur était barrée, celle du «merchandising» les attendait à bras ouvert.C’est donc sur cette voie que s’engagea l’univers de Hergé lors des dix dernières années.Ses studios furent dissolus pour faire place à une fondation, avec un rôle de gestion, de défense et de promotion de l’oeuvre, puis à une société, Moulinsart, gérant les droits des produits dérivés.Sur les t-shirts Est-ce à dire que l’avenir de Tintin se limite désormais à des tractations financières, des t-shirts, de la lotion après-rasage (!) et des adaptations édulcorées, telles les dessins animés sévissant en ce moment sur les ondes?Fort heureusement non.Entendons-nous: il est absolument certain qu’aucune nouvelle aventure de Tintin ne verra le jour sous la plume de qui que ce soit.Mais à sa mort, ce n’est pas qu’une ultime aventure inachevée (le fameux Tintin et l’alphart situé dans le milieu des faussaires) que nous laissait Hergé, mais bien cinquante ans de création, et ces cinquante années ont laissé des traces qui excèdent, et de beaucoup, les vingt-trois albums de Tintin que le public connaît.Place au fonds Le fonds Hergé, tel que recueilli par la Fondation Hergé, est d’une richesse quasi-inimaginable.Il comprend, évidemment les planches originales et les crayonnées, mais également les esquisses, les notes et ébauches de scénario.Elle englobe également la documentation personnelle d’Hergé, (une masse de matériaux visuels complètement délirants qui permettait au dessinateur de trouver, selon ses besoins, un uniforme de facteur anglais, une cabine téléphonique américaine ou un avion accidenté) et une correspondance s’élevant à environ 8000 lettres, véritable mine de renseignements sur la gestation de l’oeuvre.Mis à part les albums, ce fonds est le seul legs de Hergé pouvant prétendre être animé de son génie.Et c’est nécessairement de ce côté que doivent se pencher ceux pour qui Tintin est plus qu’une babiole.Heureusement pour eux, la Fondation Hergé tient à révéler ce véritable trésor au public.Lors d’une rencontre que j’ai eu avec Philippe Godin, directeur de la Fondation, en décembre 1992, les modalités de la chose n’était pas encore fixées.Mais à moyen terme, chaque aventure fera l’objet d’une édition critique, comprenant commentaires et variantes, autant graphiques que narratives.Ces documents inédits, fragments apocryphes et autres variations jetteront, à coup sûr, un nouvel éclairage sur les ouvrages que nous connaissons.Mais plus encore, la Fondation Hergé, deviendrait, d’ici cinq ans, un lieu ouvert au public.Là, chercheurs et amateurs auront accès aux archives ainsi qu’à des expositions d’originaux, permanentes et temporaires.Rassurons-nous donc, il nous sera encore possible dans l’avenir de renouer avec le talent de Georges Rémi.L’avenir de Tintin se limite-t-il à des tractations financières, des t-shirts, de la lotion après-rasage Documents inédits, fragments apocryphes, il reste aux dntinophiles un immense fonds Hergé à découvrir.E S T - S E L L E R S :v' 4^ Oampigny ROMANS QUÉBÉCOIS 1.CES ENFANTS D’AILLEURS, Arlette Couslure, Éd.Libre Expression 2.QUELQUES ADIEUX.Marie Laberge, Éd.Boréal 3.UN HOMME EST UNE VALSE, Pauline Harvey, Ed.Les Herbes Rouges 4.AU NOM DU PERE ET DU FILS, Francine Ouellette, Éd.La Presse «r ESSAIS QUÉBÉCOIS 1.LA GÉNÉRATION LYRIQUE.Francois Ricard, Éd.Boréal 2.POUR EN FINIR AVEC L’EXCELLENCE, Hélène Pedneault, Éd.Boréal 3.GRANDEUR ET MISERE DE LA MODERNITÉ, Charles Taylor, Éd.Bellarmin ROMANS ÉTRANGERS 1.LEVIATHAN, Paul Auster, Éd.Actes Sud 2.LA DANGEREUSE, Josephine Hart, Éd.Robert Laffont 3.L’HOMME FLAMBÉ, Michael Ondaatje, Éd.de l’Olivier 4.LE PETIT SAUVAGE, Alexandre Jardin, Éd.Gallimard 4P' ESSAIS ÉTRANGERS 1.XY, Élisabeth Badinter, Éd.Odile Jacob 2.COMMENT PEUT-ON ETRE CROATE, Alain fankielkraut, Éd.Gallimard 3.CRITIQUE DE LA MODERNITE, Alain Touraine.Éd.Fayard 4P' LIVRE JEUNESSE 1.MON PERE ET MOI, Francine Ruel, Éd.La Courte Échelle
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