Le devoir, 11 février 1993, Page(s) complémentaire(s)
J LE DEVOIR Vol.L XXXIV - No 34 M O N T REAL.JEUDI 11 FEV R 1ER 1 993 O r> c S + T V Q / T o r o ni o 8 5 c PERSPECTIVES La vente de Provigo Un coup de maître Gérard Bérubé D’un strict point de vue financier, la vente d’Univa (Provigo) à la banque d’affaires new-yorkaise Blackstone Capital Partners est un coup de maître de Bertin Nadeau qui, à défaut d’afficher des qualités d’épicier, fait valoir ses talents de financier.Acculé au pied du mur par un niveau d’endettement devenu bridant et par des échéances de remboursement serrées, le holding propriétaire du géant de l’alimentation au Québec a réussi à créer une situation où, d’un strict point de vue financier, tout le monde gagne au Québec.Et, toujours d’un strict point de vue financier, Bertin Nadeau fait ressortir au grand jour le peu de moyens dont disposent les Québécois pour soutenir leurs ambitions.Même la puissante Caisse de dépôt pourra difficilement répondre aux appels des nationalistes économiques d’autant plus que l’autre actionnaire important, la famille Sobey avec 25% des actions en circulation, a qualifié le prix offert de raisonnable.La Caisse semble coincée.D’une part, elle ne peut détenir plus de 30% du droit de vote d’une entreprise.D’autre part, elle a encore fraîchement en mémoire la déconfiture du dossier Steinberg.Pour retenir Provigo, il lui faudrait injecter 825 millions$ dans l’aventure, avec ou sans l’aide d’un investisseur institutionnel, et dénicher un autre Michel Gaucher.Blackstone a su capitaliser sur cette plaie encore béante pour se lancer à l’assaut de f „ Provigo.La mésaventure de la Caisse de dépôt dans le dossier Québécois Steinberg n’a pas impressionné les ^ Américains quant aux capacités de ont peu de l’institution à mener avec succès p un LBO («acquisition par démen- moyens pour tèlement»).En cédant son bloc de 26% dans soutenir Univa (Provigo), Unigesco reçoit la rondelette somme de 246 mil-leurs lions$.Le gain en capital, net d’im- , .pôt, sur son placement dans Provi- amblùons go atteindra 56 millions$.Du coup, la valeur comptable par action du holding passera de 3,17$ à plus de 5,25$.La moitié des 400 millions$ de dette d’Unigesco sera rayée, dont les 60 millions$ promis à un remboursement imminent.«Sans la vente de Provigo, Bertin Nadeau n’aurait pu convaincre ses banquiers de commettre davantage de fonds dans l’entreprise», insiste Michel Tessier, analyste chez Tassé & Associés.Il n’avait plus le choix.La Caisse de dépôt ne sera pas laissée pour compte non plus.En acceptant de céder son bloc de 13,5%, elle recevrait 176 millions$ et dégagerait un gain en capital d’environ 150 millions!?, qui s’ajoute à un dividende annuel atteignant 3 millions$ l’an dernier.C’est la différence entre un coût net inférieur à 1$ l’action, et l’acceptation d’un prix unitaire de 11$.Le risque de l’aventure Provigo est transféré aux Américains.Blackstone injecterait 300 millions$ en contrepartie d’une participation de 80% dans la nouvelle société devant chapeauter le géant québécois de l’alimentation.Unigesco et un autre partenaire y engageront 75 millions$ pour conserver un poids de 20%, et un droit de premier refus lors de la revente éventuelle des actions de Provigo détenues par l’actionnaire majoritaire.Si Unigesco s'est engagée à y commettre 40 mil-lions$, l’on s’accorde pour dire que la Caisse de dépôt sera tentée de combler la différence, ne serait-ce que pour veiller à la sauvegarde des intérêts nationaux.Blackstone, pour sa part, fait le pari qu’elle pourra revendre son placement à profits.Elle fait le pari qu’elle connaît mieux l’entreprise que les autres investisseurs, que Provigo vaut plus que le prix dicté par le marché.Pour amplifier son rendement potentiel, elle n’hésiterait pas à recourir à l’effet de levier en recourant à un financement externe de 1,25 milliard$.Unigesco a réalisé sur Provigo un rendement de 30% sur sept ans, sans compter les dividendes.L’Américaine croit être en mesure de faire autant, sinon mieux en achetant Provigo au creux du marché, en plein marasme dans l’alimentation, à l’aube d’une reprise économique, dans l’attente des premières retombées de la rationalisation qui a conduit au démantèlement de la chaîne alimentaire Steinberg.L’action de Provigo n’a qu’à revenir à son sommet de 13$ au cours de la prochaine année et Blackstone pourrait empocher un rendement global, gain en capital et dividende, de 21%.Iæ calcul de Blackstone est simple.Provigo, même à 11$ l’action, double le rendement en dividende versé par les entreprises américaines comparables, un dividende qui pourrait croître de 35% d’ici à 1997.Elle paie environ 13 fois le bénéfice anticipé de Provigo, un bénéfice appelé à grossir, comparativement à un mqltiple moyen de 16,5 versé dans l’alimentation aux Etats-Unis.Iæ coussin est confortable.Le risque est calculé, Bertin Nadeau sauve sa peau, et le contrôle de Provigo est appelé à revenir au Québec, si la Caisse de dépôt accepte de verser la police d’assurance de 35 millions$.VOIR AUSSI: I Parizeau demande à 1s Caisse de dépôt de montrer les dents.Page A-4 I Claude Blanchet cherche une solution de rechange.PageA-5 INDEX Les Actualités.A2 Idées .A7 Agenda culturel .B7 Le Monde .B3 Annonces dusséesJM Montréal .A3 Avis publics.B2 Mots croisés.B2 Météo Culture .B8 Politique .A4 Ensoleillé.Économie .A5 Société .Bl Max.: -10.Éditorial .A6 Les Sports .B6 Détails en B2 SOCIÉTÉ La nouvelle culture publicitaire PAGE B-1 ACTUALITÉS La famille Kordic poursuit pour 1,8 millions PAGE A-2 MONTREAL Un super-scanner pour UInstitut de neurologie PAGE A-3 Des fonctionnaires dans le marché noir du renseignement confidentiel MICHEL VENNE DE NOTRE BUREAU DE QUÉBEC Les fichiers de renseignements personnels du gouvernement sont des paniers percés.Le vérificateur général a déjà mis en lumière les lacunes des systèmes de sécurité des banques de données.LE DEVOIR a pu expérimenter le marché noir du renseignement personnel, C’est, au Québec, un marché florissant.Deux enquêteurs privés, complètement indépendants l’un de l’autre, ont accepté de collaborer avec nous.Et trois citoyens cobayes nous ont permis de faire enquête sur eux.Des fonctionnaires paient leurs informateurs avec des renseignements confidentiels.LE DEVOIR a tenté l’expérience.Ça marche.Nous avons fourni à nos deux enquêteurs le nom et le numéro d’assurance-sociale de nos cobayes.Quelques jours plus tard, ils nous ont communiqué l’adresse, le numéro de téléphone, la date de naissance de nos amis ainsi que, le cas échéant, l’âge des enfants, le montant des prestations d’aide sociale et d’assurance-chômage qui leur sont ou leur ont été versées et pendant combien de temps, le numéro d’aide sociale, le numéro de permis de conduire, le contenu du dossier conducteur (points d’inaptitude) détenu par la Société de l’assurance-automobile, le contenu de leur dossier à la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSSD.Nos cobayes nous ont certifié n’avoir jamais communiqué avec ces détectives et n’avoir fait l’objet d’aucune enquête dans leur entourage.VOIR PAGE A-8 : FONCTIONNAIRES Les USA prêts à s’engager en Bosnie PHOTO AP Ces deux soldats croates traversent une place dangereuse dans la partie ouest de Sarajevo.Une auto épave peut servir de protection contre les francs tireurs, comme on le voit ici.Les Bosniaques pourraient connaître enfin un répit si le projet d’intervention sous couvert de l’OTAN et des Nations unies aboutit Une opération de pacification pourrait voir le jour sous l’égide de l’OTAN et de l’ONU AFP, REUTER ET LE DEVOIR Les États-Unis sont désormais prêts à jouer du muscle dans les Balkans.Après les fortes tendances à la retenue des prédécesseurs républicains, voici venu le temps de l’interventionnisme US devant l’horreur sanglante de la Bosnie-Herzégovine.Le démocrate Bill Clinton a en effet déci- dé hier d’engager son pays, si nécessaire, dans une opération militaire de pacification en ex-Yougoslavie sous l’égide de l’OTAN et des Nations unies.Après avoir exprimé, au cours des dernières semaines, de fortes réserves sur le «plan de paix» des négociateurs Cyrus Vance et David Owen qui prévoit la division en dix provinces de la Bosnie-Herzégovine, les États-Unis se retournent et l’appuient dé- sormais comme base de référence d’un règlement du conflit.Ils servent un sévère avertissement à la Serbie, appelant à un resserrement des sanctions économiques contre Belgrade et à la création d’un «tribunal de guerre» chargé de statuer sur les crimes commis en Bosnie-Herzégovine, qui s’étalent depuis des mois dans la presse in- VOIR PAGE A-8 : BOSNIE Assurance-chômage Si on laisse son job, vaut mieux habiter le Québec ROBERT DUTRISAC LE DEVOIR Les conseils arbitraux, où sont entendus les appels des décisions des fonctionnaires de l’assurance-chômage, sont trop généreux au Québec et donnent trop souvent raison aux citoyens qui se sentent lésés par la machine bureaucratique.C’est ce qu’estime la Commission de l’emploi et de l’immigration du Canada qui a commandé une étude en 1991, dont LE DEVOIR a obtenu copie, étude qui cherche à expliquer et à contrer ce phénomène au Québec.Devant les résultats de cette étude qui n’approfondissait que la situation au Québec, le gouvernement a commandé l’an dernier une autre étude, plus complète celle-là, sur l’ensemble du pays, qui portait sur la même question: les chances qu’ont les citoyens des différentes provinces de gagner leur cause en appel contre l’assurance-chômage, a confirmé hier un fonctionnaire.Intitulé Étude sur les appels accueillis au conseil arbitral, le document de 1991 démontre qu’il vaut mieux habiter au Québec que dans le reste du Canada quand on veut justifier l’abandon volontaire d’un emploi et éviter d’être privé de prestations pour une période de 7 à 12 semaines, mesure punitive actuelle que le bill C-105, une fois adopté, changera pour la perte de toute prestation.«La situation est la même au VOIR PAGE A-8 : JOB Le débat sur l’assurance-chômage fait des remous Des dissidents très encombrants La discipline de parti pose un problème aigu aux conservateurs CHANTAL HÉBERT DE NOTRE BUREAU D'OTTAWA Symptôme de la tourmente politique engendrée par le débat sur le bill C-105 sur l’as-surance-chômage, des députés conservateurs du Québec sont allés jusqu'à réclamer que leur gouvernement montre la porte à leurs collègues dissidents.Selon des sources, l’hypothèse de bannir des banquettes des conservateurs les Jean-Pierre Blackburn, Guy St-Julien et autres qui entendraient voter contre le projet de loi de leur gouvernement en matière d'assurance-chômage a été évoquée au plus haut niveau du gouvernement ces derniers jours.Les pressions en ce sens, rapporte-t-on, émanaient d'autres députés du Québec, dépités de voir leurs collègues mettre le gouvernement sur la sellette.Elles sont devenues particulièrement fortes depuis que le député de Jonquière Jean-Pierre Blackburn a embarrassé les conservateurs la semaine dernière en votant avec l’opposition en faveur d’une motion blâmant le gouvernement pour le projet de loi C-105.Hier à l'occasion de la rencontre hebdomadaire Le député de Jonquière, Jean-Pierre Blackburn, risque d’être banni des rangs conservateurs avec ceux qui sont tentés de suivre sa dissidence.PHOTO ARCHIVES des députés conservateurs, le président du caucus du Québec André Harvey a réclamé des mesures punitives à l’égard des dissidents.«Quand c’est nous autres mêmes qui se tirent dedans, c’est pas bon pour un parti qui s’en va en élection.Le pire, c’est qu’ils parlent souvent en mon nom», s’impatientait publiquement hier le député montréalais Vincent Della Nocce au sujet des dissidents.Hier midi, devant son caucus au grand complet, Brian Mulroney a ce- .pendant exclu d’avoir recours à de telles
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