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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
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  • Journaux
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Le devoir, 1992-08-01, Collections de BAnQ.

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mc&SsME 4380 ST-DENIS, MÎL CHINA ANTHONY HYDE r Oman Oanipigny- LA PLUS GRANDE LIBRAIRIE FRANCOPHONE D'AMÉRIQUE DU NORD DE 9H A 22H TOUS LES J RS Vol.LXXXIII — No 177 Nuageux.Max.: 23 Détail page A-5.Montréal, samedi 1er août 1992 2 CAHIERS — 1.30 + tps , tvq AUJOURD’HUI Cent Jours qui ébranlèrent le monde de l’art La 7e édition, en huit ans, de cette fête attendue de tous les amateurs d'art que sont devenus Les Cent jours d'art contemporain de Montréal, revêt cette année une importance bien particulière.Jean Dumont explique pourquoi et retrace l'histoire de cet événement.Page B-1 Pierre Perret, l’amoureux de la langue Après 35 ans de chansons dans son pays, après l'Olympia, Bobirio, cinq livres et des tournées partout, Pierre Perret se produit pour la première fois au Québec, au théâtre Air Canada dans le cadre du Festival Juste pour Rire.Il en a d'ailleurs un trac fou, a-t-il confié à Odile Tremblay.Page B-1 La « substance » de Meech n’est pas acquise au Québec La société distincte ne fait plus consensus parmi les provinces Chantal Hébert de notre bureau d’Ottawa MOINS DE 48 heures après l’annonce du retour du Québec aux discussions constitutionnelles à onze, l’échafaudage mis en place par le gouvernement fédéral pour convaincre Robert Bourassa de revenir à la table a pris l'allure vacillante d’un château de cartes.Alors que le premier ministre du Québec affirmait lors de son point de presse mercredi avoir obtenu totale satisfaction sur les trois exigences posées par Québec pour reprendre le dialogue constitutionnel avec l’ensemble de ses partenaires canadiens, la formulaüon de la clause de société distincte, telle que convenue au milieu de la semaine, ne fait plus consensus parmi les provinces.Une autre condition, celle qui porte sur le veto du Québec sur l’admission de nouvelles provinces, ne fait l’objet que d’un engagement moral d’Ottawa.Quant à la troisième, portant sur les pouvoirs en matière d’immigration consentis à Québec, le gouvernement Bourassa en est venu a la conclusion que les accords originaux lui donnaient une protection suffisante et a donc décidé de s'en contenter.Mais maintenant, même l’assurance que M.Bourassa affirmait avoir obtenue, à savoir que, sur cette base, les anciennes dispositions de l’accord du lac Meech étaient dorénavant acquises et qu’elles ne seraient plus remises en question, ne vaudrait plus que pour le déjeuner de mardi au lac Harrington.Pour éviter que le premier ministre du Québec ne parte en claquant la porte, affirme ainsi un membre d’une délégation provinciale, ce genre de sujet ne serait pas abordé directement avant la tenue de négociations en bonne et due forme.Voir page A-4 : La « substance » Washington intensifie l’envoi de troupes dans le Golfe d'après Reuter WASHINGTON - Les États-Unis vont envoyer à partir de la semaine prochaine 2 400 hommes au Koweit pour participer à des manoeuvres militaires dans le Golfe, a déclaré hier le Pentagone.Cet exercice était initialement prévu en septembre, mais la date des manoeuvres a été avancée en raison de la récente crise entre l’Irak et les Nations unies sur l’inspection du ministère irakien l’Agriculture, a précisé le porte-parole du Pentagone Pete Williams.Ce calendrier a été maintenu en dépit du règlement de la crise, a-t-il ajouté.« Lorsque les problèmes ont commencé avec les inspecteurs, nous avons décidé d’avancer les manoeuvres de deux semaines.Même lorsque la situation à Bagdad a été résolue, nous avons décidé de continuer », a-t-il dit.Bien que l’administration Bush ait dit qu’elle n’envisageait pas d’action militaire contre l’Irak dans l’immédiat, les autorités américaines n’ont pas exclu le recours à la force si Bagdad ne respectait les accords de cessez-le-feu qui ont mis fin à la guerre du Golfe.Ce nouvel exercice est le troisième annoncé cette semaine au Koweit.Les deux autres, dont un exercice de débarquement auquel participeront 1 900 marines, débuteront lundi prochain.Les soldats commenceront à arriver sur place dès la semaine prochaine mais la totalité des troupes « ne sera pas là avant la fin août », a ajouté Pete Williams sans préciser la durée exacte du transfert ni celle des manoeuvres.Ces exercices sont destinés à tes-Volr page A-4 : Washington Guillaume le Conquérant ! I PHOTO PC Le Québécois Guillaume Leblanc a connu la gloire, hier, aux Jeux de Barcelone.Le marcheur olympique de Rimouski a remporté la médaille d’argent au 20 kilomètres.Autres informations olympiques, pages A-8 et A-9.LIBRE-ÉCHANGE TRIPARTITE Québec veille au grain à l’heure des grands choix Catherine Leconte QUÉBEC SURVEILLE de près ce qui se passera en fin de semaine à Washington, où les ministres du Commerce canadien, américain et mexicain tenteront vraisemblablement, pour la deuxième fin de semaine consécutive, de conclure l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) que les trois pays négocient depuis quatorze mois.La séance qui réunissait Michael Wilson, Caria Hills et Jaime Serra Puche à Mexico le week-end dernier était déjà censée être la dernière (après laquelle il faudra encore deux à trois mois pour peaufiner les textes juridiques concrétisant l’entente de principe).Mais les ultimes marchandages, toujours éminemment politiques, sont les plus épineux.Raison pour laquelle les hauts fonctionnaires qui font le gros du travail de négociation doivent s’en remettre aux ministres, en dernier recours, pour trancher en ces matières.Or, certains de ces débeats arbitrages sont de première importance pour le Québec.Voici, de sources autorisées, les questions contentieuses dont l’issue, encore incertaine, importe le plus dans une perspective québécoise : ¦ Le vêtement Les industriels du vêtement (qui emploient 41 200 salariés au Québec) ont bruyamment manifesté leur opposition à l’ALÉNA, qu’ils voient comme un cheval de Troie utilisé par Washington pour réviser, à leur désavantage, l’accord de libre-échange canado-américain en vigueur depuis 1989 (ALÉ).Au point qu’ils ont récemment recommandé à M.Wilson de s’abstenir de signer le volet textile-vêtement de l’accord trilatéral, quitte à négocier ultérieurement un accord bilatéral séparé avec le Mexique.La sévérité des « règles d’origine » (exigences quant au contenu mi- |-nimal de composants d’origine nord-américaine qui doivent entrer dans un produit fini assemblé au Canada pour que ce produit puisse être exporté vers les États-Unis sans droit de douane) étabbes par l’ALÉ serait en effet renforcée par l’ALÉNA.Or, les manufacturiers canadiens de vêtements importent d’Europe ou d’Asie plus de la moitié des tissus qu’ils utibsent.Dans l’ALÉ, les manufacturiers canadiens avaient obtenu des dérogations à ces règles d’origine, sous la forme de « quotas tarifaires » annuels qui exemptent de droits de douane certaines quantités de produits non-conformes.Dans l’ALÉNA, le Québec souhaite en particuber obtenir une hausse des quotas des vêtements de laine.Aux dernières nou-vebes, on a encore « bon espoir », à Québec, de parvenir à « un règlement acceptable pour les trois parties ».Voir page A-4 : Libre-échange La rue Sherbrooke, centre du monde Mavis Gallant ~rC T B f Les fêtes du 350e nous fournissaient en 92.incontournable, le thème de la série littéraire estivale.Celle que LE DEVOIR publie chaque samedi à la une, depuis maintenant trois ans.« Le Montréal de », c’est celui de dix écrivains montréalais qui racontent un quartier, évoquent un souvenir, retournent à l’enfance souvent, parlent du Montréal qu’ils portent en eux.Cette semaine, Mavis Gallant, la romancière canadienne-anglaise, revoit la rue Sherbrooke de son enfance.Samedi prochain, le journaliste Guy Deshaies ressuscitera la belle époque des tramways de Montréal.Traduit de l'anglais par Colette Tonge EN cette période mythique que nous continuons à appeler VAvant-guerre, comme si ce siècle ne nous avait donné qu’une guerre pour mesurer le temps, mon univers se résumait en Sherbrooke (la « rue Sherbrooke » et « Sherbrooke Street »).Les frontières en étaient Saint-Dems (la rue) et Sherbrooke Street.Au-u ilà de ces deux avant-postes, c’était les hmbes.Je demeurais — si tant est qu’on puisse dire que j’avais une adresse — non loin de l’Université McGill : c’est-à-dire que là demeuraient mes parents, ma grand mère et, de temps à autre, le frère préféré de ma mère.La majeure partie de mon temps de veille et de sommeil, je la passais dans le pensionnat d’un couvent, près de Saint-Denis.Je refaisais surface pendant les vacances, lorsque l’école était fermée et, de temps en temps, pour une fin de semaine.Je ne savais jamais d’avance quand j’abais rentrer à la maison : on pouvait venir me chercher le vendredi après-midi ou le samedi matin — ou ne pas venir.Point n’est besom de beaucoup d’imagination pour voir que j’habitais un univers si éloigné de celui de ma famibe que la distance — une quinzaine de rues — qui nous séparait aurait aussi bien pu être des mbles et des mibes.Ma langue était le français, et françaises étaient mes règles de conduite : les bonnes manières, l’intense piété, la stricte obéissance, l’exercice de la mémoire et certaines notions du bien et du mal qui ont maintenant à peu près disparu, non seulement de Montréal mais de toute la société occidentale.Les enfants sont d’une étonnante ingéniosité : je passais d’une planète à l’autre sans difficultés, me semble-t-il; mais, nécessairement, je me retrouvais seule dans chacune, unique spécimen de mon espèce.J’ignore pourquoi mes parents avaient choisi de m’élever de façon si insobte — insobte, sans aucun doute, pour l’époque et le beu.Je crois que c’est le besoin d’une réponse qui m’a conduite au journabsme et à la fiction.Le journalisme procure la satisfaction de pouvoir s’accrocher à des faits, tandis que la fiction me paraît être l’exploration de la nature humaine, de ses mystères et de ses ambiguïtés.Poursuite sans fin, évidemment; une vie entière n’y suffit pas.Il ne reste rien de la maison ni du couvent dont je viens de parler.Le couvent et son jardin sont aujourd’hui un terrain vague; seuls quelques peupbers ont eu le droit de survivre, trop vieux sans doute pour que leur bois ait la moindre valeur commerciale.Pendant longtemps, on a pu voir les arches jumebes qui marquaient l’abée semi-circulaire qui devait, à l’origine, être destinée aux calèches.Les mauvaises herbes l’ont envahie et les arches ebes-mêmes ont maintenant disparu.Je ne puis me fier qu’à la fidébté de ma mémoire, mais je pourrais tracer le Voir page A-4 : La rue Sherbrooke Le thriller de l’été Longuement attendu, voici enfin le second roman d’espionnage d’Anthony Hyde, auteur de Red Fox.384 pages • 22,95 $ PAR L'AUTEUR DE RED FOX A-4 M Le Devoir, samedi 1er août 1992 V SUITES DE LA PREMIERE PAGE 4 La rue Sherbrooke plan du rez-de-chaussée — la salle à manger, la chapelle, les salles de classe — et cela sans me tromper.Il ne s’agit pas de nostalgie, je n’en éprouve pas; c’est une question de loyauté, de fidélité au passé, pour les deux côtés de la rue et les deux bouts de celle-ci.J’étais évidemment très jeune, alors, et on ne me permettait pas de traverser les rues ni de me promener seule.J’étais parfaitement entraînée à tenir la main d’une grande personne lorsqu’il le fallait, à marcher posément, à ne jamais me départir de mes gants et à baisser les yeux sur mes souliers lorsqu’apparaissait un individu de sexe masculin, que ce fût le facteur ou simplement un autre enfant.J’avais même étendu l’interdit à mon oncle, qui avait nom Freddy.On l’envoyait parfois me chercher le vendredi après-midi et mon refus de le regarder en face l’ennuyait Erofondément.Il trouvait que les onnes soeurs faisaient de moi une hypocrite; moi, je pensais qu’il ne savait pas appartenir à une espèce qu’on ne pouvait regarder sans honte.Phénomène inexplicable et Îui ne me fut jamais expliqué.'était ainsi, tout simplement.Cependant, quand nous affrontions la circulation de la rue Sherbrooke, je lui tenais la main, allant même jusqu’à lui rappeler que c’était la règle.La soeur tourière m’avait déjà répété toutes les mesures de prudence à prendre pour traverser les rues et dit que je devais être de retour à l’heure, le dimanche soir, pour le souper.Mon oncle, qui ne parlait pas un mot de français, faisait semblant de comprendre.Freddy était le plus jeune frère de ma mère; il était de ces hommes qui ne parviennent ni à s’instruire ni à conserver un emploi.Je me souviens de ses cheveux couleur de paille, de son visage mince et de son débit traînant, insolite pour Montréal.Lorsqu’il venait chez nous, pas aussi rarement que l’eût souhaité mon père, il dormait dans une petite chambre, tout contre la cuisine, qu’il partageait avec une planche à repasser, des étagères couvertes d’ustensiles de cuisine et des monceaux de vieux magazines; bref,_ cet endroit inhospitalier, sorte de débarras, qu’on appelait autrefois, sans vergogne, une chambre de bonne.Il n’avait d’argent que ce que ma mère lui glissait de temps en temps.Quant à mon père, il n’attendait que l’occasion pour se débarrasser de lui.Mais, lorsqu’on a une épouse qui, semble-t-il, préfère un bon à rien de frère à une petite fille bien sage, il faut s’armer de patience pour gagner à l’usure.Plus souvent qu’on ne l’imagine, c’est l’usure graduelle qui permet à un mariage de survivre.La personne qui, en des circonstances normales — normales pour l’époque — aurait pu dormir dans cette pièce, était Patty Moran, une jeune fille venue de Terre-Neuve, d’origine irlandaise.Elle faisait partie de la migration annuelle de jeunes qui arrivent à Montréal à l’automne et au printemps, pour chercher du travail.Ils acceptaient des gages encore inférieurs à ceux offerts aux plus pauvres et aux plus désespérés parmi les gens du cru qui étaient candidats aux travaux domestiques.Ils n’étaient ni meilleurs ni plus compétents : ils coûtaient moins cher.C’était aussi simple que cela.À cause de la présence de mon oncle, Patty occupait la chambre qui aurait été la mienne si j’avais vécu à la maison.Patty avait-elle un lit dans ma chambre, ou bien me permettait-on de dormir dans sa chambre à elle ?Je me le suis toujours demandé.Ce ne fut jamais clair.Ce que je sais, c’est qu’on découvrit Patty et Freddy ensemble, dans une chambre ou dans l’autre, et que Patty fut congédiée.En ce temps-là, dans une mésaventure sexuelle, c’était la femme qui portait le blâme : elle était censée tenir ses sentiments en bride et pratiquer la retenue.Les hommes, c’était convenu, ne savaient jamais ce qu’ils faisaient; ils étaient moralement Les Franco-Albertains crient à la trahison incompétents, en somme.Patty avait à peine eu le temps de rassembler ses affaires dans sa valise de carton et de passer la porte — pour aller où ?— qu’une femme d’un certain âge, sérieuse, peu bavarde, madame McGuire, fut installée à sa place.Au sujet de Patty et de mon oncle, ce fut elle qui décréta : « Je n’ai rien à leur dire, et eux n’ont rien à me dire non plus.» Nous en arrivons ainsi à un certain vendredi où mon oncle vint me chercher pour la fin de semaine.Patty l’accompagnait.« Ta tante et ton oncle.», me dit la soeur tourière.Pourquoi avait-elle dit cela ?Elle ne pouvait rien imaginer d’autre, je suppose.Ce que je pus saisir de la conversation qui me passait au-dessus de la tête — littéralement, car je marchais entre les deux, tenant serrée la main de Patty — me permit de comprendre qu’elle avait l’intention de l’épouser.Il l’avait demandée en mariage; ou c.’était tout comme; et elle disait oui, oui et encore oui; et elle était plutôt pressée.Et lui, Freddy, que disait-il ?Pas grand-chose.Sentant intuitivement, sans doute, que le temps pouvait travailler pour lui, il suggéra le cinéma.Je me rappelle qu’au lieu de nous diriger vers l’ouest, sur Sherbrooke (qui était encore la rue Sherbrooke pour moi), nous déambulâmes jusqu’à Sainte-Catherine.Pour eux, je devais être comme un petit chien qu’on promenait, ou peut-etre un paquet dont on devait faire livraison et qu’on avait oublié.Ce devait être vers la fin du printemps, car je ne portais pas de manteau.Je ne disais rien.Mon oncle, un peu enfant lui-même, ne me parlait jamais que pour me taquiner, inlassablement; il valait donc mieux que je me taise.Je crois qu’il me trouvait étrange, trop savante pour une gamine et j’ai conscience qu’il trouvait même que j’avais l’air étrange, avec ma robe noire et mon col blanc empesé.Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, je crois que j’étais la seule personne bilingue dont il eût jamais eu connaissance.C’était pour lui une preuve supplémentaire de mon étrangeté, plutôt que le résultat de l’éducation que je recevais.Dans la rue Sainte-Catherine, il me fallut finalement dire quelque chose : « Les enfants n’ont pas le droit d’entrer.» C’était la vérité.L’accès des salles de cinéma était interdit aux moins de 13 ans.Qu’arriva-t-il exctement alors, je ne saurais dire.Je ne puis jurer qu’ils entrèrent, m’abandonnant là.même l’oncle Freddy n’aurait jamais pu fairepareille sottise.Ai-je filé en douce ?Etaient-ils si accablés par leur propre malheur qu’ils en oublièrent ma présence ?L’extraordinaire, c’est que je regagnai seule la maison, en traversant les rues, attirée infailliblement par le seul territoire sûr que je connusse et qui s’appelait Sherbrooke.L’image de la lumière vive qui baignait tout ce qui m’entourait n’est pas simplement un embellissement du souvenir.Un décret municipal interdisait toute construction d’immeubles de plus de neuf étages.Montréal n’était pas que terriers, sombres canyons, tunnels où s’engouffre le vent.Lorsque je dis que mon retour solitaire à la maison se fit dans la lumière et dans l’ombre des arbres et des feuilles, je dis la vérité.En tout cas, j’atteignis la maison et me hissai sur la pointe des pieds pour atteindre la sonnette.Je découvris alors les visages angoissés de toute la maisonnée.Saisie d’une arrière-pensée à l’égard de ma tante, la soeur tourière avait téléphoné, après avoir consulté la Mère supérieure.En ce temps-là, le téléphone avait la réputation d’être porteur de mauvaises nouvelles, uniquement.Ma mère, qui n’avait pourtant rien d’une tendre, me prit sur ses genoux et me demanda ce que j’aimerais avoir, ce qui me ferait plaisir.Les possibilités qui s’offraient à moi étaient si ahurissantes que je finis par dire que je ne voulais rien, ce qui fut considéré comme une preuve de la sainteté et de la perfection de ma vie.En ce qui a trait à mon oncle, mon père put enfin réaliser son rêve de toujours : Freddy fut banni des lieux, une fois pur toutes.Freddy fit ce qui se fait si aisément en Amérique du Nord : il plia bagage et disparut « là-bas, dans l’ouest ».Le far west reste notre point de fuite, du moins Jean Dion Les Franco-Albertains ont fait part hier, depuis Edmonton, de leur total désaccord quant au nouveau libellé de la clause de société distincte, qui ne parle plus de « promotion » des minorités de langue officielle, mais plutôt de « protection ».« C’est clair.On préservera les francophones hors Québec, autrement dit on aura droit à du formol dans la nouvelle Constitution, un point c’est tout », a lancé le président de l’Association canadienne-fran-çaise de l’Alberta, Denis Tardif, qui se sent aujourd’hui « lâchement trahi par ceux en qui (nous avions) placé (notre) espoir».M.Tardif s’est dit d’avis que « la formulation de la clause Canada du 29 juillet est une trahison de la francophonie nationale.Cette version équivaudrait à une véritable condamnation à l’assimilation à l’endroit de communautés humaines bien vivantes par des politiciens égoïstes et lâches.» Le leader franco-albertain a rappelé que son association avait récemment mis sur la table des propositions pour une nouvelle clause pour nous, gens de l’est.C’est un vaste tremplin, encore un peu fruste, un gigantesque fourre-tout.Il est loin de Sherbrooke, rue et street.Pour moi, le far west commençait à la rue Guy.Plus loin, il y avait un espace neutre; jusqu’à Atwater, peut-être; et, à partir de là, quelque chose de différent, ni absolument étranger ni totalement familier, qui s’étendait loin, loin, jusqu’à l’Océan Pacifique.Je crois que c’est toujours ainsi que je vois le monde.4 Libre-échange ¦ Les « drawbacks » Un manufacturier qui a payé des droits de douane sur des matières premières et composants importés peut s’en faire rembourser par son gouvernement quand il réexporte le produit fini fabriqué avec ces intrants importés.L’ALÉ prévoit l’élimination de ces remboursements, appelés « drawbacks », d’ici la fin de la période de transition de 10 ans (à compter de 1988) consentie aux entreprises américaines et canadiennes pour s’adapter à l’accord bilatéral.Le Canada souhaite profiter de l’occasion de l’ALÉNA pour prolonger les « drawbacks » jusqu’à la fin de la période de transition de l’accord trilatéral, qui sera elle aussi vraisemblablement d’une dizaine d’années à compter de la signature de l’accord.Cette question, .toujours pendante, intéresse Québec de près, car énormément d’industries québécoises utilisent des intrants importés (le vêtement, bien sûr, mais aussi l’aéronautique, l’automobile, etc.).¦ La protection des investissements Pour faire des affaires au Mexique (un marché potentiel de 85 millions d’habitants en forte croissance démographique), il faut y investir, car comme tout pays en voie de développement, le Mexique cherche à attirer des capitaux étrangers.Bombardier, Northern Telecom, plusieurs PME québécoises l’ont déjà fait, et les énormes besoins du Mexique en infrastructures font rêver tout ce que le Québec compte d’entrepreneurs en génie civil, matériel de construction, de transport et de télécommunications.(A cet égard, l’un des grands attraits que pourrait présenter l’ALÉNA pour le Québec serait d’ailleurs de pousser le Mexique à ouvrir davantage ses marchés publics aux soumissionnaires étrangers.Jusqu’en 1985, le Mexique était en effet dans ce domaine l’un des pays les plus protectionnistes de la planète, et meme si les gouvernements des présidents Miguel de La Madrid puis Carlos Salinas de Gor-tari ont inversé cette tendance, il reste du chemin à faire.) Le problème, c’est que les conditions qu’un pays peut poser à l’établissement d’un investisseur étranger sur son sol peuvent devenir une source de conflit ultérieur avec l’investisseur en question (par exemple au moment où il cherchera à rapatrier ses profits).À Québec, on souhaiterait que l’ALÉNA établisse un Canada qui reconnaîtrait notamment le caractère distinct de la société québécoise et qui préciserait que le traitement uniforme des minorités linguistiques du Canada constitue une violation du principe d’équité.Or, avec le nouveau libellé, « les Franco-Albertains seraient dorénavant affaiblis, blessés, voués à l'abandon ou à mener une existence marginale et folklorique.Aujourd’hui, on veut faire de nous les victimes.Qui seront les prochaines ?Les autochtones ?Les groupes ethno-culturels ?Quoi qu’il en soit, nous y perdrions tous, même ceux qui ont aujourd’hui l’impression d’avoir gagné.Le Canada a tout pour réussir, tout sauf une vision commune et des leaders dignes de ce nom.« Brian Mulroney et Robert Bou-rassa : l’histoire pourrait en avoir long à dire sur votre couardise », a accusé M.Tardif.Par ailleurs, les représentants de l’Assemblée des Premières Nations sont revenus à la charge, hier, en soulignant que « la nouvelle clause Canada constitue un recul majeur pour les droits ancestraux des peu- mécanisme trilatéral de règlement des conflits en matière d’investissement, tout comme l’ALÉ a institué un mécanisme bilatéral de règlement des conflits commerciaux américano-canadiens.Mais ce mécanisme qu’on inventerait pour protéger les investisseurs canadiens et américains au Mexique s’appliquerait aussi, réciproquement, aux investisseurs américains ou mexicains au Canada.Or, le Canada anglais est traditionnellement beaucoup plus chatouilleux que le Québec quant à la libéralisation des investissements étrangers en terre canadienne.Même si cette sensibilité ombrageuse s’est quelque peu estompée depuis que le FI RA s’est mué en Investissement Canada, en 1985, Washington a dû négocier serré lors de l’ALÉ pour obtenir que tous les investissements américains de moins de 150 millions $ soient désormais automatiquement approuvés par Ottawa.Dans le cadre de l’ALÉNA, Washington réclame maintenant l’élimination presque complète des contrôles règlementaires canadiens sur les investissements américains.L’insistance américaine sur ce point ris-que-t-elle d’indisposer Ottawa au point que l’accord final laisse en suspens toute la question de la protection des investissements ?À Québec, on veut croire que non, en faisant remarquer que d’ici quelques années, il y aura autant d’investissements canadiens aux États-Unis que d’investissements américains au Canada, ce qui devrait calmer les susceptibilités de colonisés des Canadiens anglais.¦ Les tarifs douaniers L’intérêt central d’un accord de libre-échange est la suppression progressive des droits de douanes sur les produits qui circulent d’un pays signataire à l’autre.Le calendrier d’élimination des droits de douane obtenir un raccourcissement des délais, trop longs à son goût, proposés par Mexico pour l’élimination des droits sur le papier journal (industrie qui emploie 24 000 salariés au Québec et dont les ventes au Mexique atteignaient l’an dernier 21,6 millions $, soit le quart des exportations québécoises vers ce pays) et sur l’aluminium (3 900 emplois québécois).¦ L’automobile Point majeur de divergence entre Ottawa (qui veut maintenir à 50 % le contenu nord-américain minimum exigé aux termes de l’ALÉ pour que les véhicules assemblés au Canada puissent être exportés aux États-Unis sans droit de douane) et Washington (qui veut le faire passer à 65 %, ce qui poserait de gros problèmes aux constructeurs automobiles asiatiques installés en Ontario et risquerait à l’avenir de dissuader tout constructeur autre que nord-américain d’investir au Canada).À Québec, on suit avec attention les tractations qui se poursuivent sur ce point, parce que leur issue pourrait avoir un impact sur l’usine de General Motors à Sainte-Thérèse, mais on ne s’en mêle pas vraiment.Ce sont en effet les « Big Three» pies autochtones déjà enchâssés dans la Constitution.Car alors que les droits et les pouvoirs de toutes les provinces ne peuvent être entamés par la clause de société distincte, il n’en va pas de même de nos droits ancestraux et issus des traités.» Le chef régional de l’APN pour le Québec et le Labrador, G hy slain Picard, a toutefois indiqué qu’« un changement modeste» (l’ajout des mots « au sein du Canada » pour qualifier la portée du pouvoir du Québec de protéger et promouvoir sa société distincte) pourrait satisfaire les autochtones, dont les droits ancestraux et issus de traités sont garantis par la Charte canadienne.Enfin, dans une lettre adressée au premier ministre Mulroney, les autorités des Territoires du Nord-Ouest ont confirmé hier qu’elles acceptaient son invitation à participer à la rencontre d’information qui aura lieu au lendemain du dîner « informel » des premiers ministres, mardi.La leader du gouvernement des T.N.-O., Nellie Cournoyea, et le ministre des Affaires intergouvemementales, Stephen Kakfwi, seront de la réunion.Les T.N.-O.n’ont cependant pas demandé à M.Mulroney d’assister à la rencontre de mardi, ainsi que l’a- américains de l’automobile qui mènent pratiquement le jeu, extrêmement complexe parce qu’ils ont déjà des usines dans les trois pays.Le seul autre constructeur automobile installé au Québec, le Coréen Hyundai, est fort peu concerné par cette affaire car les automobiles assemblées à son usine de Bromont sont de toutes façons très loin de satisfaire l’exigence de contenu nord-américain de 50 % déjà en vigueur aux termes de l’ALÉ.4 La
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