Le devoir, 10 juillet 1992, Cahier A
Vol.LXXXIII — No 158 Averses en soirée.Max.: 25.Détail page B-7.Montréal, vendredi 10 juillet 1992 Toronto 85cents 65* + TPS + TVQ Oampigny DU 2 AU 12 JUILLET 20% DE RABAIS SUR LES DISQUES DE JAZZ ET LES LIVRES DE MUSIQUE «Un progrès considérable», estime Bourassa Mais des obstacles majeurs, comme le nouveau Sénat, empêchent un « retour à la table » Gilles Lesage de notre bureau de Québec LE PREMIER ministre du Québec a choisi d’accueillir publiquement comme un « progrès considérable » l’entente constitutionnelle intervenue mardi soir entre les neuf autres provinces et Ottawa.Mais avant de s’engager plus avant, Robert Bourassa veut obtenir « quelques clarifications » aux « textes préliminaires » qui lui ont été transmis, et qui le laissent « perplexe » à certains égards.La proposition de Sénat triple E, lui inspire notamment des réserves majeures.En attendant, il ne veut pas dire s’il se rendrait à Ottawa, advenant que son homologue fédéral y convoque les provinces à brève échéance.C’est ce qui se dégage de la conférence de presse, radio et télédiffusée dans les deux langues, que le chef du gouvernement québécois a donnée hier, à l’Assemblée nationale, en compagnie de son ministre des Affaires intergouvemementales, Gil Ré-millard.À la suite d’un bref exposé, (voir page 2) à partir de simples notes, M.Bourassa a répondu à des questions pendant une bonne heure, sans déroger de la trame résumée ci-haut et que l’on peut synthétiser comme suit : le premier ministre dit oui à ce qui lui semble correspondre à la substance de Meech; mais il soulève des questions sur trois points principaux : le Sénat, les autochtones, le partage des pouvoirs; et peut-être reprendra-t-il les discussions multilatérales avec ses collègues, à partir de leurs conclusions de cette semaine.Si M.Mulroney invite les premiers ministres à Ottawa, il réunira son conseil des ministres et il avisera.LE DEVOIR a appris par ailleurs que le gouvernement n’a nullement rintention, même s’il ne le dit pas clairement, de retourner à la table de discussion, dans l’état actuel des choses.Le projet d’entente comporte des choses fort intéressantes a ses yeux, notamment au chapitre de la société distincte, mais il n’est pas question de négocier Meech de quelque manière que ce soit.Il est également insatisfait du caractère conditionnel de la récupération du droit de veto.Il faudrait d’abord que Meech soit rétabli en substance et qu’on n’en parle plus, avant que M.Bourassa accepte une conférence multilatérale à laquelle il prendrait part.Selon ce que LE DEVOIR a aussi appris, c’est surtout le nouveau Sénat qui fait problème aux yeux du Québec.Le gouvernement ne comprend pas que, contre l’avis même de M.Mulroney, son ministre Joe Clark ait lâché le paquet au sujet du Sénat à triple E.Bref, pour le Québec, cet accord est non seulement difficile à vendre, comme a dit M.Bourassa hier en anglais, mais il n’est pas vendable, disent privément les dirigeants gouvernementaux, pas du tout fâchés que LE DEVOIR ait servi hier, en éditorial, un NON retentissant à l’entente de mardi soir.M.Bourassa a toutefois refusé, en conférence de presse, de commenter cet éditorial.Publiquement, en premier lieu, M.Bourassa se réjouit du « développement important », des « efforts considérables » du Canada anglais pour en arriver à un dénouement acceptable au Québec et au Canada.Voir page A-4 : Un progrès « Un champion de l’ambiguïté », dit Bob Rae I f.at !.-*i SOCIÉTÉ Le nouveau Vieux-Port Certains ont rouspété.D’autres ont crié au génie.Mais les célébrations du 350e aidant, les Montréalais ont enfin récupéré un bout de leur fleuve avec les travaux de réaménagement du Vieux-Port.Du Vieux-Montréal, on peut maintenant voir Pile Sainte-Hélène par temps clair ! Odile Tremblay est allée visiter les lieux en compagnie de l’architecte responsable des travaux, Aurèle Cardinal.Page B-l L’esprit pirate a fait défaut à Rollins & Co Serge Truffaut FESTIVAL INTERNATIONAL DE MOL SONNY ROLLINS, le saxophoniste qui a mis le jazz à l’heure des Caraïbes, demeure un aventurier entouré — hélas !— de musiciens qui gagneraient à être plus pirates de mentalité quittes à déranger leur patron.C’est en tout cas l’impression, la première impression, qui s’est dégagée hier à la faveur du show qu’a signé hier au Théâtre Maisonneuve Theodore Walter Rollins dit Sonny.De rouge vif vêtu, ce grand bonhomme, au propre comme au figuré, nous a refilé à quelques exceptions près le spectacle qu’il avait présenté au Saint-Denis, il y a.quatre ou cinq ans de cela ! Sonny Rollins est un homme étrange.Lorsqu’il se lance dans ses solos, les idées se bousculent tant, qu’on se dit : son saxophone, c'est la boîte de Pandore du jazz.Quand il exploite en solitaire le canevas musical que lui et ses compagnons ont trumentiste.Un saxophoniste qui se distingue par la puissance du son et le flot continu des idées.Mais.Mais lorsque Rollins et ses employés jouent à l’unisson, ou lorsqu’un des employés en question distille, ici et là, ses notes personnelles, un lancinant sentiment d’ennui s’installe à demeure.Le petit sacripant ! Ça fait qu’on passe du coq à l’âne.Du chaud au « frette » et inversement ou vice-versa.En revenant au bercail, c’est-à-dire au journal, cette satanée petite musique intérieure ne cessait pas de répéter : il ne joue pas sur du velours.Il joue trop « safe ».À lui les solos sur des pièces plus ou moins captivantes.Et les autres ?Le travail de fonctionnaires.Contrairement aux autres grands sculpteurs de la note bleue, Rollins joue trop.seul ! Et Dieu sait, qu’il Voir page A-4 : Jazz Mulroney devra se montrer excellent jongleur r ff tf m iVUM HiA.4U.U U.LU-U U.L Chantal Hébert de notre bureau d’Ottawa JONGLER avec des oeufs tout en courant contre la montre : telle est la tâche qui attend le premier ministre Brian Mulroney maintenant qu’il est rentré du Sommet des sept pays les plus industrialisés pour saisir au vol l’entente constitutionnelle inattendue conclue plus tôt cette semaine par les premiers ministres du reste du Canada et le ministre Joe Clark.En l’espace de quelques jours, le premier ministre fédéral doit en effet trouver une façon de bonifier au goût de Robert Bourassa l’accord à neuf de mardi dernier, colmater des embryons de brèches au sein de son parti, régler le sort du Parlement fédéral, qui doit en principe toujours siéger a compter de mercredi prochain mais dont le retour sera vraisemblablement reporté, et assurer l’adoption expéditive par les provinces d’éventuels amendements constitutionnels.À son arrivée à Uplands hier après-midi, le premier ministre a délibérément laissé sur la glace les plans fédéraux d’une conférence des premiers ministres, évoquée à l’origine pour la fin de semaine, pour entériner plus officiellement les accords multilatéraux.À la place, Brian Mulroney a ouvert la porte à quelques jours d’intenses tractations privées avec Québec et les autres capitales, des tractations, indiquent des sources à Ottawa, qui auraient pour principal enjeu des changements plus audacieux au partage des pouvoirs entre les provinces et le gouvernement central.«Je n’ai jamais compris que c’était un ensemble sus-Volr page A-4 : Mulroney La reddition n’est pas loin, craint le PQ Gilles Lesage de notre bureau de Québec MÊME s’il est fort loin d’avoir pu récupérer la «substance» du lac Meech, craint l’opposition officielle, le gouvernement Bourassa est prêt à signer la reddition du Québec.Tel est le principal commentaire formulé hier par le porte-parole du Parti québécois, à la suite de la conférence de presse de Robert Bourassa.« On sent très bien que cet homme est au bord de la capitulation et qu’il est prêt à se précipiter à ce qu’on ne doit pas appeler une table de négociation, puisque les négociations sont terminées, mais une table de capitulation où il va signer un acte de reddition, livrant le Québec, pieds et poings liés », opine le député de Lac-Saint-Jean et whip de l'opposition pé-Volr page A-4 : La reddition Les silences + du projet d’entente Bernard Descôteaux LE QUÉBEC qui, au cours des dernières années, avait espéré obtenir des amendements constitutionnels dans des domaines comme le mariage et le divorce ainsi que les télécommunications devra vraisemblablement en faire son deuil car les premiers ministres des autres provinces et le gouvernement fédéral ne jugent plus utile de discuter de ces questions.C’est ce qui ressort en effet à la lecture du document obtenu hier par LE DEVOIR dans lequel on retrouve consigné chacun des 57 points de l’entente intervenue entre le gouvernement fédéral et les premiers ministres des provinces anglophones mardi soir dernier.Intitulé « Rapport d’étape » et daté du 8 juillet, ce document passe complètement sous silence un consensus intervenu plus tôt ce printemps et qui ouvrait la porte à des amendements sur ces deux sujets et d’autres Voir page A-4 : Les silences L’Occident s’apprête à intervenir militairement en Yougoslavie barquement Numéro 98 / Été 1992 d'après Reuter et AFP HELSINKI — Les dirigeants occidentaux membres de l’OTAN, de l’Union de l’Europe occidentale (UEO) et de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) s’apprêtent à approuver une intervention militaire pour appliquer les sanctions de l’ONU contre Belgrade et protéger les convois humanitaires en Bosnie.Toutefois, les négociateurs de la CSC FI ont tenté en vain hier soir de parvenir à un accord sur une déclaration condamnant la Yougoslavie et décidé de laisser aux chefs des pays membres le soin de résoudre ce problème aujourd’hui.« Il n’a pas été possible de parvenir à un consensus », a déclaré Jan Kubis, délégué tchécoslovaque à la Conférence et président de la principale commission de la CSCE.Par ailleurs, à New York, l’émissaire de la CEE en Yougoslavie Lord Carrington a annoncé hier qu’il proposait aux protagonistes du conflit bosniaque de reprendre des pourparlers de paix à Londres, à une date non encore précisée.Au terme d’un entretien avec les membres du Conseil de sécurité, le président de la conférence de paix de la CEE sur la Yougoslavie a déclaré qu’il adresserait une lettre aux dirigeants des trois communautés — musulmane, serbe et croate — de flotte basée en Méditerranée, ont d’ailleurs regagné hier soir la mer Adriatique.Ils pourraient servir à un éventuel blocus naval de la Yougoslavie.Paris a annoncé quant à lui l’envoi de neuf hélicoptères de combat et de 700 soldats — au lieu de 400 prévus initialement pour participer à la protection de Sarajevo.Cette décision a été prise en accord total avec les Nations unies, a souligné l’Élysée, répondant ainsi à un porte-parole des Nations unies à Sarajevo, qui avait exhorté la France à ne pas envoyer les appareils dans la capitale bosniaque tant qu’ils ne pourraient y opérer en toute sécurité.« L’opération s’est faite avec l’accord total des Nations unies et l’approbation personnelle de son secrétaire général, Boutros Boutros-Ghali », a déclaré Jean Musitelli, rirte-parole du président Mitterrand Reuter, en marge du sommet de la CSCE.Il a ajouté que l’initiative française avait également été appuyée par Marrack Goulding, le responsable des opérations de maintien de la paix de l’ONU.Dans une interview à la BBC, Fred Eckhard, porte-parole des casques bleus à Sarajevo, avait déclaré que le major-général Lewis Mackenzie, commandant des forces de l’ONU sur place, souhaitait que la France retarde l’envoi de ses neuf hélicoptères jusqu’à ce que la sécurité soit assurée dans la capitale bosniaque.Selon diverses sources autorisées, l’Union de l’Europe occidentale (UEO) et l’OTAN sont sur le point d’envoyer des forces en Yougoslavie pour rendre effectives les sanctions de l’ON U et protéger les convois humanitaires en Bosnie-Herzégovine.« Ce type d’aide est le bienvenu à Sarajevo, a déclaré le président bosniaque, Alija Izetbegovic, qui participe au sommet de dirigeants de 51 États de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE), ouvert hier à Helsinki.« J’aimerais que l’Italie et d’autres Voir page A-4 : L’Occident Autres informations p.A-7 Bosnie-Herzégovine leur demandant de reprendre des négociations et de se rendre à Londres pour entamer une conférence de paix.À Helsinki, le président George Bush a exhorté la CSCE à s’assurer que l’aide humanitaire parvienne aux civils « quel qu’en soit le prix » et à imposer une trêve aux belligérants de Bosnie.Deux bâtiments de guerre américains, un croiseur et un navire de déamphibie de la Vie FORCES En kiosque et en librairie : 6,25 $ Société d’édition de la revue FORCES 500, rue Sherbrooke ouest, bureau 1270, Montréal (Québec) H3A 3C6 Pour abonnements : Téléphone : (514) 286-7600 À l'occasion de la tenue prochaine au Québec de la XVIe Conférence générale du Conseil international des musées (ICOM) Au sommaire de ce numéro : • Au Québec, un réseau de musées qui irradie le territoire • La muséologie canadienne : jeunesse et innovation • Les musées américains : tendances et défis • Les musées de France prêts à jouer leur rôle dans la nouvelle Europe • Les musées des sciences et des techniques en pleine effervescence • Les musées, carrefours du monde Pleins feux sur les musées > A-2 B Le Devoir, vendredi 10 juillet 1992 _ _ f LES OFFRES CONSTITUTIONNELLES ?L’entente mérite d’être améliorée — Brian Mulroney Maurice Girard de la Presse canadienne OTTAWA — Comme Robert Bou-rassa, le premier ministre Brian Mulroney estime que l’entente de principe conclue mardi sur la réforme constitutionnelle mérite quelques améliorations.« J’ai certaines idées mais je voudrais d’abord en parler avec mes collègues », a-t-U déclaré hier à son retour au pays.Accompagné de sa femme Mila et d’un de ses fils, M.Mulroney est descendu d’avion quelques minutes après la conférence de presse télévisée du premier ministre du Québec.De retour d’Europe, où il venait d’effectuer une visite officielle, le premier ministre semblait certes plus serein que la veille devant les événements déterminants qui se sont produits en son absence.Ce qui avait eu l’heur de le prendre un peu de court à Munich (Allemagne), où il se trouvait quand a été faite l’annonce d’une entente entre les neuf provinces anglophones et son ministre responsable du dossier constitutionnel, Joe Clark.S’il communie en pensée avec le chef du gouvernement du Québec, le premier ministre Mulroney se trouve presque en contradiction, bien involontairement, avec un des Brian Mulroney WÙt£Ud bonzes de son parti, le sénateur Gé-rald Beaudoin, qu’il a lui-même nommé à la commission coprésidée par la députée Dorothy Dobbie.MM.Beaudoin et Mulroney n’envisagent pas la réforme du Sénat de la meme façon.Si le sénateur y voit un bel embrouillamini en perspective et un effet réducteur pour le Québec — « Huit sièges comparé à 24, ce n’est rien, c’est très, très petit.C’est comme si on n’existait pas » — le premier ministre considère au contraire que le modèle triple E serait l’occasion idéale de se débarrasser d’une « engeance » qu’il ne porte visiblement pas dans son coeur : les sénateurs libéraux nommés par l’ex-premier ministre Pierre Trudeau.« Au cours des derniers mois, les sénateurs libéraux ont voté contre la loi sur les garderies, contre l’accord du lac Meech, contre la TPS et le libre-échange et en faveur du projet de loi S-31, qui aurait eu pour effet de banaliser complètement la Caisse de dépôt et placement du Québec.» « Ce n’est pas une lourde perte de perdre des joueurs comme ça pour le Québec », a-t-il observé dans un point de presse improvisé sur la piste d’atterrissage de la base militaire de Uplands.Dans l’ensemble, M.Mulroney a ainsi trouvé « encourageante » la déclaration de M.Bourassa, qui « a fait preuve d’ouverture d’esprit et de leadership dans le dossier de la défense des intérêts du Québec, et le désir d’effectuer une réconciliation nationale d’autre part ».Il ne voit donc plus de raison pour le Québec de se tenir plus longtemps à l’écart des réunions fédérales-pro-vinciales des premiers ministres puisque son gouvernement a obtenu, affirme-t-il, « la substance » de la défunte entente du lac Meech.« Il n'y a pas encore convocation d’une conférence des premiers ministres mais si c’était le cas, je ne serais pas surpris s’il (M.Bourassa) y assistait.Après tout, on a démontré beaucoup de bonne foi.Et M.Bourassa — lui-même de bonne foi, fier et confiant dans l’avenir du Canada — cherchera à faire sa contribution à la discussion », a soutenu M.Mulroney.Par ailleurs, la leader du Nouveau Parti démocratique, Mme Audrey McLaughlin, a proposé de suspendre le rappel du Parlement prévu pour le mercredi 15.« Je suis convaincue qu’il est peut-être trop tard pour discuter des propositions à la Chambre », a-t-elle dit.Son collègue libéral, critique en matière constitutionnelle, André Ouellet, en convient.« S’il y a maintenant une entente de principe, la raison d’être de la convocation des chambres la semaine prochaine n’existe plus», a-t-il fait valoir.Pour sa part, le grand chef de l’Assemblée des Premières nations, Ovide Mercredi, est heureux que M.Bourassa n’ait pas insisté en conférence de presse sur les difficultés de mise en oeuvre des gouvernements autochtones au pays, dont au moins une dizaine sur le seul territoire québécois.« S’il avait eu des inquiétudes sur les gouvernements autochtones, il l’aurait dit », fait-il.Les experts y voient un net recul pour le Québec Paul Cauchon HARO sur le Sénat : les politicologues et juristes consultés hier dans les universités interprétaient les propositions canadiennes-anglaises sur un nouveau Sénat comme un net recul pour le Québec, tout en s’inquiétant du contenu de la « société distincte ».ou ce qu’il en reste.Pour sa part le sénateur Gérard Beaudoin admettait préférer un Sénat équitable au Sénat égal maintenant proposé.La proposition des premiers ministres canadiens-anglais est-elle définitive ?M.Beaudoin se le demandait à voix haute et semblait s’en inquiéter.« Au Canada anglais on a probablement voulu faire bouger M.Bourassa et on semble y avoir réussi, ajoute-t-il.Quant à M.Bourassa il semble vouloir éventuellement revenir à la table de négociations pour obtenir des précisions sur certains points, particulièrement le veto, le partage des pouvoirs, la création de nouvelles provinces.» Le sénateur Beaudoin demeurait toutefois très prudent, ajoutant « en avoir vu d’autres » et ne prendre rien pour acquis avant que tout soit signé.Pour Christian Dufour, politicologue de l’Institut de recherches politiques à Québec, la proposition des premiers ministres anglophones remet clairement en cause les acquis du French Power.« Le Canada anglais s’est cristallisé et semble avoir décidé de débloquer en identifiant clairement le genre de pays dont il PHOTO JACQUES GRENIER Gérald Beaudoin veut.» M.Dufour ajoute que la société distincte demeure tout à fait symbolique.« Robert Bourassa ne semble pas s’en servir pour demander plus de pouvoirs, alors qu’il est important de récupérer des pouvoirs parce que le Québec est de plus en plus marginalisé dans l’ensemble canadien.» Christian Dufour note avec une certaine ironie qu’avec cette nouvelle proposition le pouvoir de l’Ouest augmenterait au sein de l’ad- ministration fédérale et le pouvoir du Québec diminuerait, alors que l’ensemble des négociations en cours ont été déclenchées par les demandes du Québec pour obtenir plus d'autonomie.« C’est comme si le dynamisme traditionnel du Québec se retournait contre lui.» Pour Henri Brun, juriste à l’Université Laval, ce nouveau Sénat pose de sérieux problèmes d'efficacité des institutions fédérales et soulève des problèmes de démocratie.Au total, a-t-il calculé, 60 % de ces nouveaux sénateurs représenteraient 15 % de la population du Canada.« C’est bien beau l’égalité des provinces mais la démocratie compte aussi.» De plus ce 60 % représenterait des sénateurs issus de petites provinces, « portées à favoriser un fédéralisme centralisateur, avec un pouvoir de dépenser, parce qu’elles en profitent plus ».Ce Sénat c’est une boîte de Pandore, ajoute-t-il, qui va « complexifier les institutions fédérales, réduire leur efficacité, augmenter les coûts ».De plus, M.Brun remarque qu’on répète constamment que dans cette nouvelle entente la substance de Meech serait respectée « mais c’est faux : dans Meech on disait que le Québec gardait 24 sénateurs».Henri Brun s’étonne également qu’on puisse attribuer au Québec un veto après avoir fait ce que ce veto était censé protéger.« Le veto c’étâit pour empêcher, justement, qu’on fasse naître une nouvelle chambre législative égale.» Gardant l’impression que le premier ministre du Québec a voulu gagner encore du temps hier il se demande comment un gouvernement québécois pourrait faire « avaler » cette entente à la population.À l’Université d’Ottawa un autre politicologue, Daniel Proulx, s’interroge sur le libellé de la société distincte, qui demeure encore inconnu, et doutait de l’utilité du veto proposé : si le Québec veut utiliser ce pouvoir pour empêcher des modifications constitutionnelles ou en proposer il se bute aux autres provinces qui auront elles aussi ce veto.De plus, sur le plan symbolique, « on fait passer l’égaüté des provinces avant le caractère distinct du Québec ».Un veto qui requiert l’unanimité lui semble impraticable.« Déjà tout ce processus traîne en longueur et les gens n’en peuvent plus parce que nous avons besoin de l’unanimité pour la procédure d’amendement à la constitution, alors on ajoute cette notion d’unanimité au veto concernant toute modification aux institutions fédérales ! » De savants calculs l’amènent à croire que le Sénat proposé n’aurait quand même pas un role si important à jouer, le rôle de la Chamnbre des communes demeurant prépondérant, mais il reste que « le Québec est réduit à la portion congrue.Cela confirme que la société distincte est un concept creux au Canada anglais : on est d'accord avec s’il n’a pas de conséquences pratiques.» Les autochtones pourront se séparer du Québec, estime l’Institut C.D.Howe Les Canadiens n’éliront pas leurs sénateurs lors du prochain scrutin OTTAWA — Les citoyens du Canada n’auront pas à se rendre aux urnes pour l’élection d’un nouveau Sénat lors du prochain scrutin fédéral, a fait savoir, hier, un haut fonctionnaire fédéral.Même si la récente entente constitutionnelle tient bon et est rapidement ratifiée, il faudra passablement de temps pour adopter une législation créant une nouvelle chambre haute, a déclaré le fonctionnaire sous le couvert de l’anonymat.« Je présume que la phase de transition vers un nouveau Sénat durera au moins cinq ans », a-t-il indiqué.Par ailleurs, le sort du Sénat actuel et de ses membres demeure pour le moment une question sans réponse.« Personne ne s’est vraiment penché sur la question de savoir ce qui adviendra du Sénat actuel, a dit le fonctionnaire.Votre prédiction vaut la mienne.» Par ailleurs, une séance d’information de hauts fonctionnaires sur l'entente constitutionnelle, conclue mardi par les neuf premiers ministres provinciaux du Canada anglais, a soulevé des interrogations relatives à la clause faisant état du caractère distinct de la société québécoise.Une proposition fédérale visant à réciser le contenu de cette clause et l’enchâsser dans la Charte canadienne des droits avait contribué à ramener le calme dans un débat qui avait mené à l’échec de l’accord du lac Meech.Mais la nouvelle entente donne au Québec la possibilité d’ajouter cette disposition à la clause Canada, où elle pourrait être utilisée par les tribunaux pour les aider à interpréter l’ensemble de la Constitution, y compris les portions établissant le par- tage des pouvoirs entre Ottawa et les provinces.La clause Canada équivaudrait alors à un préambule ayant force de loi.Une affirmation de la « responsabilité » du Québec de protéger et promouvoir le caractère distinct de sa société serait insérée à la fois dans la clause Canada et dans la Charte des droits.Le premier ministre Bourassa a déclaré hier que son gouvernement veut d’abord que soient clarifiées les dispositions relatives à la société distincte.Mais le fonctionnaire fédéral a indiqué que le Québec avait fait part de sa préférence à voir cette section incluse dans la clause Canada, ajoutant que l’avis légal émis par Ottawa était à l’effet que « cela ne fait aucune différence».Ce qui n’est pas l’opinion des experts constitutionnels.Le directeur du département de droit constitutionnel du Barreau canadien, M.Scott Fairley, s'est ainsi dit d’avis que le fait d’insérer la société distincte dans la clause Canada signifie qu’elle pourrait être utilisée par les tribunaux pour statuer sur la portée du partage des pouvoirs.M.André Durocher, expert constitutionnel au sein de l’étude légale Martineau Walker, de Montréal, a pour sa part déclaré que la nouvelle proposition relative à la société distincte n’augmenterait pas le poids constitutionnel de celle-ci, mais pourrait étendre sa portée pour modifier l’ensemble de la Constitution.Le haut fonctionnaire a déclaré u’Ottawa désirait que soit établi un chéancler de ratification lors d'une rencontre des premiers ministres où serait présent le Québec.Le gouvernement fédéral espère une ratification rapide des propositions.Portia Prlegert de la Presse canadienne OTTAWA — Le Québec a le droit à l’autodétermination, mais si la province choisit la voie de la souveraineté, elle doit reconnaître que les autochtones ont les mêmes droits, soutient une étude de l’Institut C.D.Howe, rendue publique hier.Ceci veut dire que les membres des Premières nations pourraient se séparer d’un Québec souverain afin de demeurer au sein du Canada, ou opter pour leur indépendance propre, souligne M.Daniel Turp, professeur de droit à l’Université de Montréal.Son essai est partie prenante du dernier volume d’une étude indépendante de l’institut de recherche portant sur les coûts potentiels d’une séparation du pays.Des problèmes juridiques complexes pourraient survenir dans des régions telles que le nord du Québec où la majorité des résidants sont des autochtones, mentionne M.Turp.Mais l’historien Desmond Morton, TORONTO (PC) — Une grève d'un mois a pris fin hier au Toronto Star par la ratification d’un nouveau contrat de travail par 82 % des travailleurs qui ont pris part au vote.Les négociateurs de la Southern Ontario Newspaper Guild, qui représente 1600 travailleurs en grève, avalent recommandé l’acceptation de l’entente de principe, conclue cette semaine avec l’intervention du médiateur en chef de la province, Vie Pathe.Les journalistes, cadres de la rédaction et autres employés devraient reprendre le travail au cours des prochains jours, permettant ainsi au Toronto Star, le quotidien professeur de l’Université de Toronto, doute que le principe d’autodétermination soit retenu.Il soutient que les arguments politiques auraient le dessus sur les lois et il croit que les Canadiens causeraient un rare précédent s’ils acceptaient de se séparer cordialement.Pour Stanley Hartt, ex-chef de cabinet de Brian Mulroney, l’incertitude entourant les lois commerciales susciterait des réticences à faire des affaires avec un Québec souverain.A.L.C.de Mestral, un professeur de droit de l’université McGill, déclare qu’il est fallacieux de croire que les accords commerciaux internationaux garantiront automatiquement au Québec un accès au reste du continent dans le cadre d’une séparation.Quant à M.Vilaysoun Loungna-rath, également professeur de droit à l’Université de Montréal, il soutient u’un Québec souverain et le reste u Canada devront trouver un terrain d’entente quant à un espace économique commun.canadien dont le tirage est le plus élevé, de reprendre sa vitesse de croisière, Des éditions réduites ont été réalisées par la direction et par des briseurs de grève au cours du conflit.L’accord de principe intervenu stipule que le Toronto Star doit informer le syndicat de ses projets de mises à pied et de ses intentions de faire appel à des sous-contractants.De plus, le journal est revenu sur sa décision de congédier 12 employés qui ont commis des actes de violence sur les piquets de grève.Ces employés seront plutôt suspendus pour un mois.Le syndicat pourrait toutefois en appeler de cette décision.Fin de la grève au Toronto Star Bâtir le Québec sans détruire le Canada Extraits de la déclaration prononcée hier par le premier ministre du Québec Y A EU un développement important il y a quelques jours à Toronto où les rencontres multilatérales ont conclu des offres pour le Québec.On doit certainement se réjouir de cette situation, en tenant compte du fait, par exemple, que s’il y avait eu échec, le processus multilatéral (de négociations) au Canada aurait été de nouveau discrédité.Nous avons constaté, donc, cette volonté très ferme de la part de nos collègues canadiens de faire des efforts considérables pour essayer d’arriver à un dénouement qui soit acceptable au Québec et au Canada.« J’ai toujours dit que j’étais prêt à considérer sérieusement de retourner à la table si nous avions la substance de l’accord du lac Meech.J’ai employé le terme « substance » parce que je ne voulais pas qu’on interprète la volonté du gouvernement comme étant inutilement intransigeante.On doit constater qu’il y a eu un progrès énorme de ce côté.Il reste encore des clarifications sur quelques points : sur la question de la société distincte, sur la question des nouvelles provinces.On a été informé qu’on cherche des formules pour pouvoir tenir compte des représentations du Québec puisque nous avions le droit de veto dans l’accord du lac Meech.Par ailleurs, il est clair que sur les points tels le pouvoir de dépenser, le droit de veto, la question de la Cour suprême, l’immigration, à toutes fins pratiques, ça répond aux demandes du Québec.« Je voudrais simplement dire que ces demandes-la étaient fondées sur une réalité historique.Durant tout le débat des derniers mois, on parlait constamment, pour ce qui a trait au droit de veto, qu’il fallait tenir compte du droit de veto du Québec.Mais nous n’avons jamais exigé que le droit de veto soit limité au Québec.Je le répète encore une fois, le droit de veto est accordé à toutes les provinces, et nous considérons tout à fait logique que lorsqu’on parle d’institutions nationales qui se trouvent à affecter l’équilibre des pouvoirs, que toutes les provinces.On insiste beaucoup sur l’égalité des provinces, mais s’il y a un endroit où l’égalité des provinces doit s’exprimer, c’est quand il s’agit du fonctionnement des institutions nationales.Et c’est pourquoi nous avons toujours cru qu’il était tout à fait justifié d’insister pour ce droit de veto pour le Québec et de n’avoir, loin de là, selon la logique même que nous venons d’affirmer, aucune objection à ce que les autres provinces puissent également avoir le droit de veto.« Il y a un point important dans l’accord du lac Meech que je voudrais souligner, c’est que dans les questions de partage des pouvoirs, s’il y avait un amendement constitutionnel dans des secteurs des provinces, nous avons le droit de nous retirer.C’est-à-dire nous avons une forme de droit de veto, nous pouvons nous retirer avec pleine compensation.Vous savez que ceci s’applique en vertu de la Constitution de 1982, que ceci s’applique pour l’éducation et la culture.Ceci s’appliquera maintenant pour les autres secteurs.Donc, ceci est un gain très important, notamment pour le Québec.Alors, voici pour ce qu’on a appelé la ronde Québec.« Pour ce qui a trait à la réforme du Sénat, on a fait une proposition d’un Sénat égal.Dans cette proposition, comme vous le savez, le nombre de sénateurs du Québec subit une baisse très importante, c’est-à-dire de 24 à 8, et la proportion des sénateurs du Québec au sein du nouveau Sénat baisse substantiellement.Nous comprenons très bien que les pouvoirs du Sénat proposé sont Inférieurs aux pouvoirs du Sénat actuel.Mais il reste quand même qu’en apparence, à tout le moins, — c'est le moins qu’on puisse dire — c'est un recul important.Il y a un aspect que je voudrais quand même souligner, c’est que si nous tenons compte que le Canada est un pays biculturel, si nous tenons compte de la loi des langues officielles, le français et l'anglais, on est obligé de constater qu’avec un nouveau Sénat, cette application du bilinguisme canadien sera plutôt théorique, étant donné le nombre très limité de sénateurs francophones.« Le gouvernement du Québec est prêt à examiner ces propositions, il est prêt à les examiner dans leur ensemble, voir notamment ce qu’il adviendra du partage des pouvoirs.On est prêt à discuter de certains changements, peut-être pas des changements fondamentaux, mais qu'on puisse examiner certaines propositions PHOTO PC Robert Bourassa qui doivent être faites.D’ailleurs, il y a des discussions en cours.Nous sommes en présence de textes préliminaires.Comment dans cette question du Sénat, nous pourrions considérer le fonctionnement de la démocratie.Si c’est un veto suspensif, si c’est référé à la Chambre des communes, en autant que le Québec est considéré, la proportion ne sera pas sensiblement différente.C’est-à-dire qu’actuellement, nous avons 23 %.Ça pourra être de 22%.« Dans le cas du veto absolu pour cette province, il y a lieu d’examiner toutes les implications.Je pense bien qu’il est normal qu’en face de changements radicaux comme ceux-là, qui vont avoir une portée pour un temps indéfini, on puisse examiner toutes les implications.Nous comprenons très bien les inquiétudes de l’Ouest du Canada et nous comprenons très bien sa réaction à la suite de décisions du gouvernement fédéral en 1982.Mais on sait fort bien que même si on prend cet exemple-là, même en 1982, si on prend la politique fédérale du moment, il y a peut-être sept provinces où les consommateurs étaient bien heureux des décisions fédérales étant donné que cela avait une répercussion sur le prix du pétrole qui leur était favorable.« Donc, le gouvernement du Québec — nous en avons discuté brièvement hier au conseil des ministres — va examiner ces propositions.Nous allons examiner les propositions qui ont été faites pour la question des autochtones.J’ai d’ailleurs eu l'occasion il y a quelques mois de m’exprimer très clairement à ce sujet, entre autres en ce qui a trait à l’intégrité du territoire du Québec, et nous n’avons pas changé d’idée.« Sur la question du partage des pouvoirs, nous insistons sur un nouveau partage des pouvoirs.Je pense notamment à la question des ressources humaines.On sait comment le développement des ressources humaines est fondamental pour l’avenir d’une société.Or nous constatons qu’il y a une ouverture très claire dans les propositions fédérales pour que les provinces puissent contrôler le développement des ressources humaines avec la formation de la main-d’oeuvre.On aborde même indirectement la gestion des fonds de l'assurance-chômage, de manière à ce qu’il y ait une cohérence de la part du gouvernement du Québec.En l'occurrence, une cohérence entre les politiques d’aide sociale, de main-d’oeuvre, et l’utilisation des fonds de l’assurance-chômage.Il y a là un élément majeur de la réforme constitutionnelle.SI le Québec peut obtenir tous les pouvoirs importants pour lui pour préparer la main-d’oeuvre de demain, c'est un élément dont on tiendra compte et qui à certains égards, pourrait être déterminant.« Alors, voilà, je voulais simplement en quelques mots résumer la position du Québec.Nous constatons que pour ce qui a trait à l'accord du lac Meech, il y a eu un progrès considérable.Nous sommes à discuter certaines clarifications dans les questions de partage des pouvoirs, de la réforme du Sénat et des droits des autochtones.Nous nous donnons quand même le temps d'examiner les textes préliminaires qui nous ont été envoyés.Nous sommes très Slexes à certains égards, i nous voulons examiner ces questions-là et nous aviserons par la suite.« Je voudrais terminer simplement en disant que, comme vous le savez, mon gouvernement et mon parti veulent défendre avec la plus grande détermination mais aussi avec lucidité l’identité du Québec.Le Québec est une nation, mais pour nous, la nation n’est pas un absolu.Nous sommes de notre siècle et nous voulons que nous puissions nous développer à l’intérieur de la fédération canadienne.Comme je l’ai dit, bâtir le Québec sans détruire le Canada.» — Robert Bouraaaa i < Le Devoir, vendredi 10 juillet 1992 B A-3 ± LES OFFRES CONSTITUTIONNELLES * Ottawa doit convoquer les premiers ministres — Bob Rae Suzanne Dansereau de la Presse canadienne TORONTO — Ottawa devrait profiter de la nouvelle ouverture du premier ministre québécois Robert Bou-rassa en convoquant « le plus tôt possible» une conférence fedérale-pro-vinciale sur la constitution, estime le chef du gouvernement ontarien Bob Rae.Lors de cette conférence, les premiers ministres provinciaux du Canada anglais et Ottawa pourront apaiser les craintes que manifeste le Québec et «clarifier» certains points, a expliqué hier M.Rae.Mais il n’est absolument pas question de tout renégocier, a-t-il ajouté.« Nous allons parler, mais nous n’allons pas rouvrir toute l’entente.Une réouverture de l’entente globale est exclue.» Le premier ministre de la plus importante province du Canada a fait ce que beaucoup de Canadiens et de Québécois intéressés au match constitutionnel ont fait hier après-midi à 14 h : il a interrompu son travail pour écouter religieusement la conférence de presse télévisée du chef du gouvernement québécois.Il en est sorti — comme plusieurs — un peu perplexe : « M.Bourassa est le champion de l’ambiguïté », a-t-il opiné.« C’est impressionnant.» Mais, malgré le « langage ambigu », M.Rae a senti que « la porte » était « ouverte », que M.Bourassa accueillait favorablement l’entente des neuf premiers ministres anglophones : « Il n’a pas dit non.» M.Bourassa a certes des doutes, « des questions à poser » notamment sur le Sénat, mais « nous allons lui montrer» que ces doutes peuvent PHOTO PC Bob Rae être calmés, a dit hier M.Rae.Par exemple, le Sénat n’est pas assez bilingue et biculturel ?« Il y a la règle de la majorité», répond Bob Rae.Le Sénat donne-t-il à 15 % de la population la possibilité de bloquer des lois ?« Les pouvoirs du Sénat sont très limités et définis et ce sont encore les Communes qui dominent.Le gouvernement peut gouverner», répondra encore Bob Rae.L’Ontario attend maintenant que le premier ministre canadien Brian Mulroney se décide à convoquer une conférence des premiers ministres.Si M.Mulroney devait changer de stratégie et opter plutôt pour des offres unilatérales déposées en Chambre, l’Ontario serait très contrariée : « Comment oserait-on faire une chose pareille ?» a commenté hier M.Rae.C’est du Bourassa d’après Canadian Press WINNIPEG - ROBERT BOURASSA n’a certainement pas fait Sreuve d’un très grand enthousiasme l’égard des nouvelles propositions constitutionnelles, mais c’est bien sa manière de faire les choses, a déclaré hier le premier ministre du Manitoba, Gary Filmon.« Il est extrêmement prudent », a dit M.Filmon après avoir regardé à la télévision la conférence de presse tenue par M.Bourassa.« Si des gens s’attendaient à ce qu’il saute de joie et lance Alleluia, voilà exactement ce que je désirais, c’est qu’ils ne l’ont jamais observé auparavant.» Le premier ministre québécois a mentionné qu’il ne porterait pas de jugement avant d’avoir pris connaissance du texte final des propositions auxquelles ont convenu, mardi, les neuf autres leaders provinciaux.Malgré cela, M.Filmon s’est dit confiant que M.Bourassa n’exigera Sas que les propositions, qui satisfont la demande du Québec d’obtenir un droit de veto mais prévoient l’établissement d’un Sénat élu comptant huit représentants de chaque province, subissent des modifications importantes.« Compte tenu de ses propos, je ne crois pas qu’il demandera des changements majeurs, a dit M.Filmon.Il est conscient de la fragilité du compromis.» Le premier ministre du Manitoba a aussi prédit que Robert Bourassa mettrait fin au boycott des discussions constitutionnelles qu'il entre- Gary Filmon ¦XSSJ.PHOTO PC Gary Filmon tient depuis maintenant deux ans, soit depuis l’échec de l’accord du lac Meech.« Je m’attends à ce qu’il soit présent à la table de négociations, car il n’y aura aucune autre possibilité pour lui d’exercer une influence sur la décision finale.» Par ailleurs, le chef du N PD ma-nitobain, Gary Doer, s’est également dit d’avis que M.Bourassa a ouvert la porte à de nouvelles discussions.Cependant, la leader libérale Sharon Carstairs a indiqué que le premier ministre du Québec ne semblait pas avoir compris que des modifications importantes des propositions ne sont pas possibles.La réforme du Sénat n’est pas négociable d'après la Canadian Press Tout dépendra de ses demandes spé- REGINA (PC) - BRIAN MULRONEY devrait immédiatement convoquer une rencontre des dix premiers ministres provinciaux portant sur les propositions constitutionnelles formulées mardi, a indiqué hier le premier ministre de la Saskatchewan, Roy Romanow.M.Romanow considère de bon augure la déclaration de Robert Bourassa à l’effet que les propositions semblent contenir les éléments-clés du défunt accord du lac Meech, condition de la participation du Québec aux pourparlers constitutionnels.« Je crois qu’il a laissé ouverte la possibilité de se présenter à une réunion des premiers ministres, a dit M.Romanow.Si ma compréhension des propos de M.Bourassa est correcte, le premier ministre du Canada devrait sauter sur l’occasion et nous devrions tous nous réunir afin de nous mettre au travail au plus tôt.» M.Bourassa a déclaré hier qu’il décidera s’il retourne à la table de négociations lorsqu’une réunion des premiers ministres aura été convoquée.Par ailleurs, M.Romanow a admis qu’il existait une possibilité que l’offre constitutionnelle se bute à un échec lorsque les premiers ministres se rencontreront pour faire part de leurs doléances respectives.« On ne peut dire avec précision si les commentaires formulés aujourd'hui (hier) par M.Bourassa mèneront ou non à l’abandon des propositions.cifiques.» « Mais il est clair que si l’on s’attaque à la réforme du Sénat, non pas dans les détails mais sur le fond de la question, le risque que les propositions soient rejetées devient alors très grand», a-t-il conclu.De son côté, le premier ministre de Colombie-Britannique, M.Mike Harcourt, a déclaré qu’il est encouragé par la réaction du premier ministre du Québec.Mais Û craint que M.Bourassa ne cherche des changements majeurs qui affectent l’équilibre fragile de l’entente.« Si le premier ministre Bourassa a besoin de clarifications et de changements mineurs, il n’y a pas de problème.Mais, s’il veut des changements fondamentaux, je m’interrogerais sur les conséquences ».Bien sûr, M.Harcourt ajoute que ses commentaires ne sont pas un avertissement au Québec.« C’est un avis de prudence, une crainte que des changements fondamentaux à l’entente de mardi introduiraient des questions sur la viabilité de certains éléments de l’entente.» M.Harcourt a dit qu’il a parlé avec M.Bourassa mercredi et lui a dit que la nouvelle entente contient tout ce que le Québec a gagné à Meech et davantage.Il ne s’attend pas à une autre rencontre des premiers ministres avant une semaine pour parapher l’entente avec M.Bourassa.Le triple E : une triple erreur — Fernand Daoust Jean Chartier « LE SÉNAT triple E, c’est une triple erreur.Ce Sénat consacrera l’affaiblissement politique du Québec et le renforcement exagéré des petites provinces.C’est particulièrement dangereux pour le Québec, et ceci introduit un cheval de Troie qui va modifier sensiblement le caractère bi-national du Canada.» Telle est la déclaration qu’a faite hier le président de la Fédération des travailleurs du Québec, M.Fernand Daoust, à la suite de la conférence de presse de M.Bourassa.« C’est une grande victoire pour les petites provinces.Dans un pays culturellement homogène, dans un creuset comme les États-Unis, ça passe encore, mais au Québec c’est ridicule.» M.Gérald Larose, président de la Confédération des syndicats nationaux, estime quant à lui que c’est la banalisation du Québec en une province comme les autres.« Le Québec va devenir une province pas plus importante que le Yukon qui a comme particularité d’avoir une majorité d’Amérindiens, que la Nouvelle-Écosse qui se distingue en tant que berceau royaliste du Canada.Ce n’est que l’aboutissement juridique du concept de société distincte mis de l’avant en 1967.» M.Larose a été le premier à con- PHOTO JACQUES NADEAU Fernand Daoust voquer une conférence de presse, dès que M.Bourassa eut terminé la sienne et il a vite émis des propos limpides à l’endroit du premier ministre : « Cette proposition est irrecevable, inacceptable et imbuvable.M.Bourassa, le Québec n’est pas une grosse communauté culturelle, le Québec n’est pas une grosse tribu, le Québec est une nation qui a besoin d’un chef d’État, pas d’un Washi Washa.» Le président de la centrale ou- vrière voit le premier ministre dans une souricière et il juge qu’il s’y est mis lui-même: « M.Bourassa a envoyé un seul message clair aux partenaires canadiens, a savoir je veux retourner à la table de négociation coûte que coûte, et ils l’ont compris.» M.Larose ne croit pas que le premier ministre du Québec ait vraiment des propositions nouvelles à présenter : « Pour la dignité, pour la contenance, il ne dit pas oui tout de suite.Mais, le peuple du Québec ne se laissera pas enterrer vivant.Il y aura un débat extraordinaire dans les semaines et les mois qui viennent.Que M.Bourassa assume ses responsabilités de chef d’État ou qu’il démissionne », lance-t-il.M.Larose a terminé son exposé fort net en disant que M.Bourassa aura à proposer « la reddition ou la réalisation de notre projet national ».Le syndicaliste pense que l’idée du peuple québécois est faite : « Il commence même à en avoir ras-le-bol le peuple.Ce que tout le monde attend, c’est un calendrier.Et le jour où il sera annoncé, on agira.» Le chef syndical exprime son analyse du comportement de M.Bourassa dans les termes suivants : « La responsabilité d’un leader politique, c’est d’être clair.Mais on assiste à du théâtre.Tous ces gens-là nous mentent.Et nous regardons du grand Bourassa de patin de fantaisie.Cette homme improvise, il gagne du temps.On ne conduit pas la destinée d’un peuple de cette manière.Un leader doit avoir un projet.Lui, il gère à la petite semaine.Ça vide un peuple de sa substance.» Le président syndicaliste juge dans les termes suivants le bilan du premier ministre depuis deux ans : « Depuis Meech, M.Bourassa a mis en place une stratégie qui a affaibli le Québec dans sa volonté populaire et dans sa substance.J’espère que le Parti libéral, qui n'est pas composé seulement d’imbéciles, va forcer M.Bourassa à poser une question claire pour régler les choses définitivement.» Le président de la FTQ n’est pas plus tendre pour ceux qui ont mis M.Bourassa sur la voie de l’acceptation.Il parle en particulier de M.Beau-champ qui a mis le Canada anglais sur la piste de la reddition du Québec.« Il a poussé cette idée de Sénat et M.Bourassa s’apprête à accepter un illusoire droit de veto contre ce Sénat lourd, pesant.C’est l’échange d’un lièvre contre un cheval.On se fait avoir de façon dangereuse.Je ne peux pas concevoir que M.Bourassa n’ait pas donné quelques coups de poing sur la table.» Le président de la FTQ a terminé sur la blague connue : « Savez-vous comment s’appelle la conseillère juridique de M.Bourassa ?Ninon Ouimet Sioui.» Bourassa démobilise les Québécois — Lucien Bouchard Guy Taillefer ON NE s’entend pas au sèin de Y in-telligentsia souverainiste sur ce qu’a voulu dire le premier ministre Robert Bourassa, sinon qu’il a fait jouer ses propos sur tous les registres.Contrairement au Parti québécois, le chef du Bloc québécois, Lucien Bouchard, croit que le premier ministre Robert Bourassa a rejeté hier les offres « surréalistes » du Canada anglais, mais qu’il a tout simplement « trop peur de la souveraineté » pour l’admettre ouvertement.« Égal à lui-même, M.Bourassa a émaillé son discours de pistes pour tout le monde », a estimé M.Bouchard, rejoint aux lles-de-la-Madelei-ne.Une attitude qui, stratégiquement, semble bien le servir, mais qui, sur les Québécois, a un effet « démobilisateur ».M.Bouchard ne croit pas que M.Bourassa attende, pour mieux l’entériner, des précisions sur l’entente constitutionnelle, « ce nouvel épisode dans le long soap opera » de l’histoire canadienne.Il pense au contraire que le premier ministre a signifié par la bande son rejet de l’accord, en exprimant notamment sa déception face au fait que l'établissement d’un Sénat triple E évacuerait presque complètement l’utilisation du français à la Chambre haute.Un accord qui se trouve par-dessus tout, selon le chef du BQ, a « coincer » le premier ministre Brian Mulroney, auquel son ministre des Affaires constitutionnelles, Joe Clark, a fait un « pied de nez » en négociant avec les provinces anglophones une entente que le Québec, dans l’impossibilité de la faire modifier d’un iota, rejettera.En renvoyant dos à dos le Québec et le Canada anglais, l'entente constitutionnelle précipite Ottawa dans une impasse dont M.Mulroney cherchera à se sortir en organisant un référendum national, prédit M.Bouchard.Cette entente, M.Bourassa ne l’a pas négociée en coulisses, contrairement à ce que tout le monde prétend, affirme M.Bouchard, selon lequel il est abominablement faux de prétendre que « la poutine » que constituent les propositions du Canada anglais reprend l’ensemble des dispositions du défunt accord du lac Meech.PHOTO PC Lucien Bouchard Le « pernicieux » droit de veto accordé au Québec en est le plus bel exemple.En se l’accordant aussi à elles-mêmes, les provinces anglophones cherchent seulement à « sceller jusqu’à la fin des temps les reculs qui sont imposés au Québec ».Idem pour le nouveau Sénat élu, égal et efficace : voilà que, sous le couvert d’équité démocratique, le Canada anglais dote de pouvoirs réels, et non plus seulement théoriques, une Chambre haute à l'intérieur de laquelle les huit sénateurs québécois seront plus minorisés que jamais.Une perte que ne compense qu’illu-soirement l’augmentation proposée du nombre de députés québécois à la Chambre des communes, dit M.Bouchard, puisqu’en réalité, la proportion des sièges accordés au Québec y demeurera à peu près la même qu’actuellement.Il n’y pas, du reste, que le PQ qui pense que M.Bourassa s’apprête à rendre les armes.Le président du Mouvement national des Québécois, Sylvain Simard, a soutenu hier que le premier ministre « a décidé d’interpréter positivement la mise au pas du Québec par des offres qui détruisent la substance et l’esprit de Meech et nient le développement de la nation québécoise ».M.Simard demande à M.Bourassa de respecter la loi 150 et de tenir un référendum sur la souveraineté.Les propos de Bourassa agacent les élites anglophones Guy Taillefer LES OFFRES constitutionnelles faites mardi au Québec par le Canada anglais contiennent davantage que ce que les Québécois étaient en droit d’espérer, estime-t-on au Parti Égalité et à Alliance-Québec qui ont manifesté, à des degrés differents, leur agacement devant les propos tenus hier en conférence de presse par le premier ministre Robert Bourassa.L’un et l’autre espèrent qu’en bout de ligne, M.Bourassa dira oui au reste du Canada, même si les propositions d’Ottawa leur inspirent certaines inquiétudes, en ce qui concerne notamment sa clause de société distincte.Ils continuent d’y voir une menace potentielle à l’épanouissement de la minorité anglo-québécoise.« M.Bourassa n’a pas dit qu’il irait s’asseoir à la table (des négociations), mais il a quand même ac- cepté d’entrer dans la salle à dîner », s’est consolé le président d’Alliance-Québec, Robert Keaton qui, tout agacé qu’il soit, comprend malgré tout que M.Bourassa fasse preuve de prudence.Le premier ministre, pense M.Keaton, n’a pas tort d’exiger des clarifications, mais gagnerait à être lui-même moins ambigu.Reste que les offres du Canada anglais, ce n’est rien de moins que « Meech plus », selon lui.Sur tous les plans, les Québécois font des gains, d’après M.Keaton, y compris sur la question du Sénat triple E, où la perte de poids numérique du Québec sera compensée par un encadrement infiniment plus serré des pouvoirs de la Chambre haute.Ce n’est pas l’avis du chef du Parti Égalité, Robert Libman, dont l’opinion sur la réforme du Sénat rejomt incidemment celle des forces souverainistes.À savoir que le Québec y voit sa représentation diminuer de façon inquiétante.« Frustré » que M.Bourassa ne se montre pas plus ouvert à des offres aussi formidables, M.Libman dit en même temps avoir de « très sérieuses réserves » face aux propositions du Canada, dans la mesure où elles affaiblissent le pouvoir central en proposant que soient cédées aux provinces toute une série de responsabilités.M.Libman n’en souhaite pas moins que M.Bourassa retourne dans les plus brefs délais à la table des négociations et accepte, moyennant quelques précisions, les offres qui lui sont faites.Des offres, croit M.Libman, qui sont plus définitives que ne l’a laissé croire M.Bourassa.Au Conseil du patronat du Québec (CPQ) et à la Commission Jeunesse du Parti libéral du Québec, l’intervention de M.Bourassa a été très bien accueillie.« Fidèle à sa stratégie, le premier ministre a fait preuve a’une prudence fondée », a estimé le président des Jeunes libéraux, M.Mario Dumont.Opération de charme auprès des Québécois de la Presse canadienne DES RÉSIDANTS de toutes les provinces canadiennes seront invités, au cours des prochaines semaines, à se rendre dans le centre commercial de leur choix pour signer des cartes d’amitié qui seront, par la suite, recueillies et postées à des familles québécoises.Cette campagne nationale, commanditée en totalité par les centres commerciaux et les détaillants du Canada, vise à faire connaître aux Québécois « l’attachement de tous les Canadiens pour le Québec, et le désir de le voir demeurer au sein de la Confédération canadienne », pou-vait-on lire dans un communiqué émis hier.Plus de 166 grands centres commerciaux et 280 points de vente par catalogue, dans toutes les régions du pays, participent à cette campagne dont l’objectif ultime est de recueillir suffisamment de cartes pour que chaque foyer québécois puisse en recevoir une par la poste.La campagne, qui a pour thème « Ma parole au Canada, on gagne à être ensemble », a été officiellement lancée hier midi à Vancouver, Halifax et Toronto.Elle se terminera vers la fin du mois d’août avec l’arrivée au Québec du convoi postal.CARTES D’AFFAIRES ROBIC AGENTS DE BREVETS ET MARQUES PROTECTION DES DROITS DE PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE 55 St-Jacques.Montréal.Québec H2Y 3X2 Fax (514) 845-7874 Tél.: (514) 98 ROBIC /
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