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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1992-06-20, Collections de BAnQ.

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leplaisirdes René Dumont est un emmerdeur Marie-Claire Girard T NOUS sommes tous des salauds », ajoute-t-il, plus combatif que jamais à 88 ans.Le voici debout une fois encore pour enfoncer son clou, dénoncer les aberrations d’une société occidentale vouée au profit, suggérer des solutions apparemment révolutionnaires mais qui, quand on y pense, ne relèvent que du simple bon sens, si bien sûr, nous sommes vraiment intéressés à sauver cette planète .Dans un café de la rue Saint-Denis (où se trouve aussi Michel Tremblay, décidément.), René Dumont, aux côtés de sa compagne Charlotte Paquet, expose avec passion les principaux arguments de son dernier ouvrage publié au Seuil : Cette guerre nous déshonore, un livre sur la guerre du Golfe dans lequel il fustige les Américains, artisans de ce massacre où l’enjeu du pétrole à bas prix a dominé les considérations humanitaires et environnementales.L’embargo économique qui a suivi et perdure encore empêche tout un peuple de se remettre debout dans la dignité et de nourrir décemment ses enfants.Envoyés à Bagdad par les Nations unies en mission d’étude humanitaire, en septembre dernier, René Dumont et Charlotte Paquet ont constaté les horreurs effroyables résultant d’une guerre soi-disant propre et Chirurgicale.Des besoins démesurés, une situation économique complètement détériorée, une population traumatisée vivant dans un dénuement et une misère inimaginables : tel est le bilan de cette destruction orchestrée par des pays occidentaux tjtie terrifiait la perspective de payer davantage pour l’une des sources d’énergie les plus polluantes de la pla-hète.« Le premier acte d'agression des coalisés, souligne Dumont, fut de détruire les accès à l’eau potable et à l’électricité — prenant toute une population en otage face aux nécessités de la vie.Puis les avions ont visé les usines dont dépendait l’agriculture, tout a été rasé, les routes et les maisons à côté demeuraient intactes tandis qu’on anéantissait les moyens d’autosuffisance de l’Irak».Aux yeux de René Dumont, la prolongation de l’embargo est un crime de guerre.Condamner, par une action délibérée, tout un pays au chô-nriage et à la misère, tripler la mortalité infantile, provoquer un niveau extrêmement elevé de dépression psychologique, surtout chez les femmes et les enfants, est proprement criminel.Cette population a vécu !’pnfer.« Il faut relire la thèse de base du Club de Rome, datant de 1972, poursuit l’agronome, en prenant conscience des limites de la croissance.Le prix du pétrole devrait être fixé à un niveau très supérieur, pour les pays développés, au prix de revient des énergies de remplacement, solaire ou éolienne.On devrait interdire, dès l’an 2000, à l’échelle mondiale, la fabrication des voitures particulières qui consomment plus de cinq litres d’essence aux 100 kilomè- « Au Sommet de Rio, le Vatican et les pays arabes se sont réjouis : on n’a pas abordé le problème de l'explosion démographique.Mais mieux vaut empêcher des enfants de venir au monde que de les laisser mourir de faim entre zéro et cinq ans.Lorsque les petites filles à travers le tiers-monde auront accès à une instruction primaire, la situation risque de changer.Pas avant ! » très.La démocratie ne donne pas tous les droits.» « Au Sommet de Rio, le Vatican et les pays arabes se sont réjouis : on n’a pas abordé le problème de l’explosion démographique.Mais mieux vaut empêcher des enfants de venir au monde que de les laisser mourir de faim entre zéro et cinq ans.Lorsque les petites filles à travers le tiers-monde auront accès à une instruction primaire, la situation risque de changer.Pas avant ! Alphabétisées, valorisées, plus instruites, elles pourront améliorer l’hygiène de leur environnement et pratiquer intelligemment la contraception.Hélas, nous n’en sommes pas là ».La première fois que Dumont a soulevé cette question démographique, c’était à Hanoi en 1930.Il avait 26 ans.Depuis, il enfonce son clou sans relâche.Si bien que ses collaborateurs et héritiers spirituels trouvent qu’il est trop.Trop tout : trop écologiste, trop tiers-mondiste, trop révolté et trop bruyant.« Je ne prétends pas à la perfection, de dire René Dumont, j’aurais pu faire mieux ».Mais il fut ce visionnaire qui a anticipé tous les problèmes du monde moderne et que celui-ci aurait mieux fait d’écouter plus souvent.La vulgarisation, ça le connaît.r—Oampigny— UN LIVRE OU UN DISQUE, QUOI DE MIEUX POUR LA FÊTE DES PÈRES! 4380 St-Denis, Mtl, Qc H2J 2L1 Tel.844-2587 Le Devoir, samedi 20 juin 1992 PHOTO JACQUES NADEAU René Dumpnt Tous ses livres sont accessibles, clairs, truffés d’anecdotes permettant de comprendre les enjeux et les solutions suggérées.Plutôt que d’élaborer une théorie en cherchant des exemples pour l’illustrer, René Dumont prend le chemin inverse, étudiant les coutumes des peuples à la mémoire et aux gestes millénaires, il dénonce le colonialisme sauvage et l’arrogance des pays développés face aux nations défavorisées.Et bien que pour la première fois de sa vie, il n’ait pas de livre en chantier, il continue à se battre, entretient des tas de projets.À 88 ans, René Dumont a besoin maintenant d’un bâton pour marcher.Un vieux bâton acheté à un paysan égyptien sur les bords du Nil.Il l’a payé plus cher qu’un neuf, et quand le paysan s’est étonné de recevoir tout cet argent, la réponse a fusé : parce que ton bâton a une his- toire.Après le départ de l'écologiste du petit café de la rue Saint-Denis, un client est venu me voir : « C’était bien René Dumont ?» Tout le monde le reconnaît.C’est dire l’impact qu’il a pu avoir, et qu’il a encore, après toutes ces années de combats.Le paysan du bord du Nil est allé donner une partie de l’argent de la vente de son bâton à un voisin aussi pauvre que lui.Parce qu’il pensait que c’était trop.êectccie& ftoun, couftCeà ILS se sont injuriés, critiqués, pistés, traqués, « scoopés », voire traînés en cour, voués aux gémonies, ou simplement offensés par médias, tribunes interposés.Pour son dernier numéro de la saison, le Plaisir des livres a interrogé séparément et sans qu'elles se sachent jumelées, des personnes dont les chicanes et les démêlés défrayaient la manchette cette année.Normand Lester et Claude Morin, Mor-decai Rich/er et Lise Bis-sonnette, Lise Payette et Victor-Lévy Beaulieu, etc.Ils sont quatorze membres de « couples infernaux » à qui Louise Leduc a posé la question incontournable de la veille de vacances : « que lisez-vous cet été ?».Cela donne des rapprochements parfois troublants : Ainsi Normand Lester et Claude Morin se proposent tous deux de lire Talleyrand pendant la canicule.Mais en général, tes goûts des adversaires s'opposent, comme Use doit, et chacun reste fidèle à lui-même.On se doutait bien que Mordecai Richter ne lirait pas en français cet été .Et que Lise Payette se plongerait dans le gu Me des Jeux otymp/çues.Pages B-8 et D-9 — Odile *7ie**t6lcup Wk ROBERT LAFFONT Ventura LINO VENTURA par ODETTE VENTURA PHOTO JACQUES GRENIER Solé ROBERT SOLÉ Un Levantin à Paris Odile Tremblay DEPUIS UN AN et demi, il est rédacteur en chef du Monde, enfin, un des cinq à porter ce titre dans un quotidien français constituant une sorte de dédale hiérarchique où bien fin qui s’y retrouve.Mais il est aussi écrivain, auteur d’un premier roman intitulé Le Tarbouche qui recevait le prix Méditerranée cette année, en plus de se voir mis en lice pour le Goncourt et le Renaudot.Robert Solé occupe, précise-t-il, deux métiers complètement séparés, cloisonnés, entre lesquels il se dédouble allègrement.S’il passait au Québec en coup de vent la semaine dernière, c’est à titre d’écrivain accompagnant son Tarbouche.Le tarbouche, pour ceux qui l’ignorent, est un chapeau apparenté au fez qui fut jadis Tembleme de l’Égypte, et que Nasser mit au rancart au cours des années cinquante comme symbole d’un passé révolu.Robert Solé recrée donc l’histoire de l’Égypte moderne à travers celle de son couvre-chef national.Difficile à imaginer plus simple que ce rédacteur en chef du Monde, sans doute parce qu'il s’est retrouvé, toute sa vie, assis entre deux chaises.Robert Solé ne sait pas trop comment se définir.Français, oui, de nationalité, né en Égypte où il a habité jusqu’à l’âge de 17 ans, mais pas Égyptien de souche, Syrien d’origine, il appartient à cette minorité forte mais toujours un peu exclue que constituaient les Chrétiens du Levant, arrivés sur les bords du Nil au XIXe siècle, plus ou moins chassés par le régime nationaliste par la suite, membres d’une sorte de diaspora depuis.« Je suis Libano-Syrien, risque-t-il, ou bien levantin.Allez savoir.» Son roman constitue la chronique familiale des Batrakani, d’origine li-bano-syrienne, avec à sa tête le patriarche Georges, fabriquant de tarbouches.Le récit, qui débute en 1916 pour se terminer en 64, met en scène trois générations de Batrakani.En fond de scène, il recrée l’histoire moderne de la patrie des pharaons, qui passent successivement des mains du sultan à celles des rois Fouad et Farouk, jusqu’à celles de Nasser.Les actions entrecroisées se déroulent au Caire, multipliant les protagonistes de cette saga familiale : le jésuite André, la tante Ma-guy avec sa brochette d’amants, Michel, le francophile qui récita jadis une fable de La Fontaine devant le Sultan.« Les personnages sont imaginaires, m’explique Robert Solé, mais l’Égypte est bien réelle.» Il a puise largement dans ses souvenirs d’enfance, dans la tradition familiale, interrogeant d’anciens Syriens d’Égypte (dont une dame de 95 Voir page D-4 : Solé 25,95 $ UN NOM: inscrit en lettres gigantesques dans notre mémoire et dans l’histoire du cinéma français.UNE VOIX: de monstre sacré, qui retentit ici grâce à Odette, sa femme.DE QRANDS MOMENTS: à n’en plus finir, de la brute au grand cœur à l’homme traqué.DES IMAQES: d’amitié qui ont lié Lino aux artistes de l’époque, de Jacques Brel à Jean Cabin. D-2 ¦ Le Devoir, samedi 20 juin 1992 • leplaisirdes ivres La révolution par le plaisir Çf* Odile H ~ s Tremblay a Entre Æk.les lignes IL Y A toujours eu une tradition du pamphlet en France, perpétuée dans le choc des opinions et la flamme de la polémique, une tradition somme toute très saine venant démontrer que les idées reçues sont faites pour être contestées, et les statues déboulonnées et jetées bas, à coups de mots qui tuent.Or, aujourd’hui, les éditions Les Belles Lettres publient à Paris une petite collection fort sympathique intitulée Iconoclastes qui prétend, hors des catégories de la droite et de la gauche, jeter des pavés dans la mare des idées au goût du jour.On a eu le fumeur impénitent s’insurgeant contre la tyrannie des abstinents du tabac, on a eu une quelques bordées d’injures lancées à la tête de Castro, et de différents chefs d’État.Chacun y est allé de ses cris et de ses invectives.Douzième de la série, vient de paraître Le parti d'en jouir du journaliste pamphlétaire et nouveau philosophe André Bercoff (lequel avait déjà signé sous le pseudonyme CATON deux ouvrages choc De la reconquête et Delà renaissance).« Ce livre est le manifeste d'une résistance qui ne fait que commencer », prévient-il aujourd’hui.Ce court ouvrage prend à parti la sinistrose qui sévit chez nos contemporains et lui oppose le droit au plaisir et à l’euphorie.Petit traité d’hédonisme qui n’est pas sans charme, en notre époque où la peur du Sida est venu mettre un frein à la frénésie amoureuse des années 70.« Que reste-t-il de nos amours à l’heure où les préservatifs idéologiques font la grève du zèle, et où les mots charcutés, dénaturés, prostitués, retournés, déformés, demandent, dans un râle, la paix des braves et la trêve des confiseurs ?Kh bien, il reste le plaisir.» Pour paraphraser Malraux, l’auteur de s’écrier : « Le XXIe siècle sera voluptueux ou ne sera pas».Prenant donc le Sida par les cornes, le pamphlétaire refuse de céder à la panique ambiante et appelle ses troupes à la résistance.« Que le temps soit au gris n’est pas une raison, nous semble-t-il, pour Le nouveau roman de Robert Solé Saga familiale, roman du temps passé dans un Orient si proche, Le Tarbouche Le Tarbouche nous restitue tout un monde de douceur et de délicatesse, évoluant entre les terrasses d!Héliopolis et les plages d’Alexandrie.i SOLI «Dans cette fresque à raccent si vrai qu’on croit y entendre le délicieux français / d’Egypte, les personnages plaisantent et triment, aiment puis meurent, au bord d’un précipice.» Amin Maalouf - Le Monde 420 pages - 29,95$ Lit-' TARî- - IC0N0CLASTES-12 ANDRE BERCOFF LES BELLES LETTRES EDITIONS DU SEUIL manquer de tenue.».Et de dénoncer la réapparition des grandes peurs millénaristes, en conseillant, pour déjouer le monstre viral, la diversification des plaisirs, tout plutôt que d’accepter comme des moutons de sombrer dans la sinistrose du jour.« Que tout — lèvres mouillées, gorgées de vin, lucioles phosphorescentes sur le fleuve Mékong, guitares électriques à Bercy, arpents de neige, odeur de ta peau, tapis de fourrure et feu de bois — soit prétexte à la fête.» Il est très amusant de constater que le droit sinon au plaisir, du moins au bonheur, est revendiqué en France tantôt par la droite (on se rappelle la controversée Lettre ouverte aux gens heureux de Louis Pauwels), tantôt par la gauche, comme André Bercoff ici, qui juge le plaisir séditieux, voire révolutionnaire « L’intensité continue à déranger», écrit-il.L’épicurisme a toujours eu ses adeptes dans la tradition littéraire européenne, depuis Rabelais, Ronsard, en passant par les écrits libertins de Ninon de Lenclos au XVIIe siècle, jusqu’à Voltaire, plus près de nous par Oscar Wilde, Apollinaire, Gide, Aragon.Bercoff s’inscrit donc dans une lignée fort illustre, désormais lavée, respectabilisée par le passage du temps.Sauf qu’ici, on n’est pas dans le grand style et que la prose poétique et travaillée n’est pas l’affaire de Bercoff.On déplore des naïvetés, des coins tournés carré au chapitre des conseils prodigués et des idées souvent courtes, mais le ton du pamphlet autorise jusqu’à un certain point le retrait des gants blancs.Encore qu’on rêve du jour où le pamphlet reprendra vraiment ses lettres de noblesse en littérature, avec des vraies écritures fortes et vitrioliques.Et que le genre traversera vraiment l’Atlantique jusqu’à nous.Car au Québec, mises à part de rares plumes, comme celle de Jean Larose, la polémique est beaucoup plus l’affaire de certains journaüstes que des écrivains.?AUJOURD’HUI, paraît le dernier Plaisir des livres de la saison, mais, pas de panique, le cahier reprendra en septembre.Puisqu’on est à l’heure des suggestions de lectures d’été, je vous propose l’autobiographie de Nina Berberova qui vient d’être rééditée en livre de poche chez J'ai lu.C’est moi qui souligne est paru en français (fort bien traduit du russe par Anne et René Misslin) il y a trois ans chez Acte Sud, superbe collection s’il en fut, mais hors prix.Si bien que seul les « happy few » avaient pu lire les passionnants mémoires de cette presque enfant du siècle (elle est née en 1901 à Saint-Pétersbourg) qui connut la révolution russe, l’exil, le Paris de l’Occupation, puis s’installa aux États-Unis, amie de tout un milieu littéraire, témoin du siècle surtout et écrivain remarquable qui nous a donné par ailleurs de magnifiques novellas.« J’ai aimé la vie et je l’aime toujours, écrit Nina Berberova, mais le sens que je lui trouve m’importe autant qu’elle même ».Son autobiographie nous touche et nous emporte par l’intimité et l’acuité de son regard.Les 540 pages de C'est moi qui souligne sont tellement prenantes qu’on ne peut les abandonner avant le mot de la fin.Le parti d’en jouir, André Bercoff, éd.Les Belles Lettres, Paris, 1992, 208 p.C’est moi qui souligne, Nina Berberova, traduit du russe par Anne et René Misslin, éd.J’ai lu, Paris, 1992, 574 p.Serge Truffaut LA QUATRIÈME édition du Festival de Trois qui se tiendra à la Maison des Arts de Laval du 6 juillet au 7 septembre présentera des écrivains et des cinéastes, des comédiens et des musiciens dans le cadre de soirées qui seront toutes animées par Germaine Dugas.Fondé par Anne-Marie Alonzo, cet événement débutera sous le signe de l’oeuvre d’Anne Hébert.Le 6 juillet en effet, la comédienne Françoise Faucher et le chanteur Roger Bellemare accompagnés par Mercedes Roy, pianiste, et Michael Pinsonneault, flûtiste, proposeront un hommage à l’auteur de Kamouraska.Les neuf autres soirées organisées proposeront soit des spectacles de poésie avec notamment Hélène Dorion et Louise Cotnoir, de chant classique avec Christine Lemelin, de théâtre avec Marie Laberge, de cinéma avec Michel Langlois et de chansons avec Sylvie Tremblay.Seule la programmation du 10 août reste à compléter.Depuis ses débuts, modestes, en 1989, le Festival de Trois a fait suffisamment de chemin pour que son rayonnement dépasse les cadres de Laval et rencontre l’objectif qui avait prévalu à sa naissance, soit soutenir, voire sensibiliser de plus en plus de personnes au contenu de la revue Trois, également fondée par Anne-Marie Alonzo.Au cours de l’automne prochain, Mme Alonzo publiera Lettres à Cassandre qu'elle a écrit en collaboration avec Denise Desautels.Les éditeurs africains au Québec Du 20 au 28 juin prochain, une délégation de professionnels africains de l’édition va poursuivre une tournée au Québec dans le but d’établir des liens commerciaux avec des imprimeurs, des éditeurs et autres acteurs de l’industrie.Venant de Côte d’ivoire, du Burkina-Fasso, du Cameroun, de la Guinée, du Mali, du Niger et du Togo, ces éditeurs africains rencontreront notamment le ministre délégué aux Affaires internationales en plus de visiter des entreprises en graphisme.Librairie .L 1 M 4 ?/ CET ETE, SUR LE BOULEVARD SAINT-LAURENT, ON LIRA ENCORE fleures d'ouverture Dimanche: 12h à 1 Kh Lundi, Mardi, Mercredi, Samedi: 1 Oh à 18h Jeudi, Vendredi: lOh à 21 h 3700, bout.Saint-Laurent, Montréal, H2X 2V4 Tel.: (514) 499-2012 • Téléc.: (514) 499-1535 LA VÉRITÉ PAR LE MENSONGE Mario Vargas Llosa Éd.Gallimard 256 pages La vérité parle mensonge est un essai sur les romans qui ont singularisé la littérature du présent siècle dans l’esprit de Mario Vargas Llosa.À ce banquet, ce grand écrivain a convié Doris Lessing, Camus, Steinbeck, Nabokov, Miller, Kawabata, Joyce, Mann, Woolf, Hesse, Faulkner et quelques autres.Page 16 on a relevé cette observation : « La fiction est un art de sociétés où la foi est sujette à quelques crises, où il est nécessaire de croire en quelque chose, où la vision unitaire, confiante et absolue a été remplacé par une vision fragmentaire et une incertitude croissante sur le monde où l’on vit et au-delà ».-T-— meguane le club ce liasse MfV-a OfiEîtftHUCJSIQHt* LE CLUB DE CHASSE PANAMA Thomas McGuane Éd.C.Bourgois 248 pages Un club de chasse dans le Michigan.Ses membres ?Des gens d’affaires et de politiciens.Mettez un petit malin dans le décor, soit Vemor Stanton, et c’est la pagaille.Le club de chasse est le premier roman écrit par McGuane.Panama, son plus récent raconte l’histoire d’une « star rock » ayant le cerveau tellement cocaîné qu’il décide de se mettre au vert à Key West, en Floride.Chet, c’est ainsi que se prénomme notre star, ira « jusqu’à se crucifier sur la porte de Catherine pour lui prouver sa passion.».CE QU’IL FAUT FAIRE POUR NE PLUS ÊTRE ÉCRIVAIN Cyril Connolly Éd.Fayard 360 pages Pendant cinq décennies, Cyril Connolly fut le plus grand critique anglais.Il était admiré comme il était craint.Ce qu’il faut faire pour ne plus être écrivain est un essai Êo riant d’abord et avant tout sur la ttérature britannique.Autrement dit, Orwell, Wells, Woolf, Shaw, Forster et plusieurs autres sont les sujets de Su- Connolly.Page 122 : « Ce qui détruit les jeunes auteurs, c’est la surproduction.Le besoin d’argent est ce qui provoque la surproduction ».LE CORPS EN PSYCHANALYSE Collectif d’auteurs Éd.Méridien 168 pages Sous la direction de Jeanne Beaudry, Robert Pelletier et Hubert Van Gijseghem, sept psychiatres, psychanalystes et psychologues québécois se sont penchés sur le corps pour en disséquer le langage.Dans leur introduction, les auteurs de cet ouvrage scientifique observent : « S’il est vrai que le corps parle, il ne le fait que d’un langage, i qui ne se laisse pas entendre dans le réseau habituel des échanges symboliques où circulent les signifiants culturellement partagés.C’est là que l’analyse se prete : à entendre cette chair qui cherche parole ».GESTION DE L’ENVIRONNEMENT ÉTHIQUE ET SOCIÉTÉ Collectif d’auteurs Éd.Fides 305 pages Sur le quatrième de couverture de ce livre très savant, on nous indique que « cet ouvrage sur les aspects éthiques et sociaux de la gestion de l’environnement s’insère dans la dynamique de l’avant et de l’après Rio.Il est une contribution au grand débat sur le développement durable commencé avec la Commission Bruntland en 1983.» Dans l’article intitulé Éthique de l’environnement et développement durable : Principes et stratégie, Pierre Dansereau note : « Il s’agit pour nous tous d’élaborer une méthodologie, de créer une problématique qui soit à la hauteur de la menace planétaire que nous subissons actuellement et qui attend une réponse de chacun d’entre nous».Raoul Vaneigem O • t Trail r v* ; de savoir-vivre à i T usage des jeunes générations H» COURRIER La place aux poètes Dans sa dernière livraison du Plaisir des livres, LE DEVOIR, sous la plume de Stéphane Baillargeon, a présenté un survol historique des lectures publiques à Montréal En rappelant ainsi les heures de gloire de ce type de manifestation, certains oublis étaient inévitables.Depuis plus de quinze ans, par exemple, la poète animante Janou Saint-Denis pré! sente à tous les mercredis La placé aux poètes poursuivant ainsi l’aven-: ture de ces lectures publiques à Montréal.Des voix, jeunes ou ani ciennes, font voir et entendre une poésie qui a tout à voir avec la passion et la vie.Nul doute que La place aux poètes fait partie de l’histoire de Montréal.„ „ Bruno Roy, écrivain 1 1 TRAITÉ DE SAVOIR-VIVRE 4 L’USAGE DES JEUNES GÉNÉRATIONS Raoul Vaneigem ! ! Éd.Folio-Actuel 361 pages « Qu’est-ce que la poésie ?La poésie est l’organisation de la spontanéité créative, l’exploitation du qualificatif selon ses lois intrinsèques de ' i cohérence.Ce que les Grecs nommaient POIEN, qui est le faire ici rendu à la pureté de son jaillissement originel et, pour tout' dire, à la totalité.» Dans cet essai quj fit grand bruit lors de sa sortie, Raoul Vaneigem traite aussi bien de la poésie que du travail, du bonheur comme de l’apparence.Spécialiste en philologie romane, Vaneigem a participé aux travaux de l'Internationale situationniste de 1961 à 1970.— S.T.^ Le Devoir, samedi 20 juin 1992 B D-3 • le plaisir des ivres po: mi Polar d’été LE ROI NUMA Richard Lachaine Montréal, VLB, 1992, 272 pages Pierre Salducci TRÈS RÉPANDU en France et aux États-Unis où il connaît même un regain d’intérêt, le roman policier n’a pas encore trouvé sa véritable place dans la production québécoise.Malgré quelques tentatives récentes, les résultats jusqu’à présents se sont avérés plutôt modestes, faute de manuscrits, paraît-il.Dès lors, Le Roi Numa, de Richard Lachaine, arrive juste à temps pour bousculer un peu les a priori.Le Roi Numa est un polar dans toutes les règles de l’art.Évidemment Numa est un privé et, comme tous les privés, il possède ses petits travers, de ceux justement qui le rendent attachant.Évidemment aussi, il est affublé d’un assistant, en l’occurence une assistante, qui à son tour n’est pas dépourvue de quelques particularités tout aussi attachantes.Mais Numa et son assistante ne sont pas seuls.Richard Lachaine brosse toute une série de portraits tous plus authentiques les uns que les autres.Du propriétaire de restaurant à la fille de Dar, les protagonistes de son récit sont tous bien campés, très cohérents, typés mais sans excès, hypocrites et sournois à souhait, au 'int que tous les coupables ont l’air nnocent et vice versa, mais ça — évidemment — c’est normal et on ne le sait qu’après.L’action au Roi Numa commence sur une simple disparition, presque la routine pour un privé, mais très vite les choses se compliquent lorsque l’enquête débouche sur une sombre histoire de magie et de sorcellerie des plus élaborées.À côté des intrigues du Roi Numa, les rites du vaudou haïtien font quasiment figure de petit catéchisme.En effet, Richard Lachaine nous entraîne dans un complot extrêmement sophistiqué et d’une remarquable ingéniosité qu’il dénoue finalement avec brio comme s’il s’agissait du fait divers le plus ordinaire.Pourtant, jusqu’à la fin, on doute franchement de Earvenir tout à fait à éclaircir cette istoire qui, bien que compliquée, n’en devient jamais confuse pour autant.En fait, on ne peut manquer d’être saisi par le talent et l’imagination de ce jeune auteur originaire d’Abitibi qui a grandi dans le voisinage d’un bureau de police (ça paraît !) et qui, dès son premier roman, a su respecter les règles du genre tout en évitant les facilités et les clichés.Usant d’un style alerte, non dénué d’humour, Le Roi Numa n’est jamais banal ou ordinaire et U semble qu’en abordant les rives du roman policier, Richard Lachaine ait d’emblée trouvé la voie qui lui convenait le mieux.Seule ombre au tableau, pourquoi faut-il qu’on trouve encore tant de coquilles et de fautes d’orthographe dans un tel ouvrage ?Parmi la demi-douzaine relevée, deux sont vraiment inacceptables : «je soutenus» au lieu de « je soutins » (p.168) et « On ne doit jamais sans servir » (p.223) au lieu de « s’en servir ».Voici qui gâche sérieusement le plaisir de lecture et c’est dommage.Quoi qu’il eri soit, Le Roi Numa demeure un excellent divertissement qu’on dévore d’une traite avec autant d’angoisse que de plaisir.Grâce à ce huitième titre, la collection « Cahier noir » de VLB s’affirme dorénavant comme la collection du roman policier québécois, tandis que Richard Lachaine s’inscrit d’emblée parmi nos meilleurs auteurs du genre.La menace nazie au Québec De mots en mots LE SERMENT DE VÉRONIC CHÉNIER Michel et Thérèse Descarries Montréal, Quinze, 1992, 286 pages Pierre Salducci ALORS qu’il est question d’un festival néo-nazi dans les îles de Sorel et que la situation est telle qu’on roman de Michel et Thérèse Descarries, tombe très à propos et trouve aujourd’hui un sens tout particulier.Il se lit à la fois comme un roman d’aventure et comme un témoignage.Roman d’aventure, d’une part, parce que les péripéties de l’héroïne sont tellement nombreuses et incroyables qu’on en a le souffle coupé en permanence.Témoignage, d’autre part, parce que les auteurs nous certifient que l’histoire de Vé-ronic Chénier est véritable, que seuls les noms ont été changés et qu’il s’agit en fait de la retranscription d’un récit de vie livré directement par celle qui l’a vécue, une Québécoise de Sherbrooke.L’histoire de Véronic Chénier commence en 1937 à Paris, couvre les événements de la guerre d’Es- S, se poursuit en FYance, en Al-jne, en Autriche et au Vatican pendant la seconde guerre mondiale et s’achève aux États-Unis, après un détour au Québec, plus de 10 ans plus tard.Ce roman à caractère historique n’en devient pas austère pour autant et demeure extrêmement prenant.On trouvera là une excellente occasion de se remémorer un peu les faits troublants ayant bouleversé l’Europe et l’Amérique du Nord pendant la décennie quarante, événements que l’on a un peu trop tendance à vouloir oublier aujourd’hui et que les jeunes ignorent carrément.Emportée dans la tourmente de la guerre, Véronic Chénier est très tôt confrontée à l’horreur et se jure de consacrer toute sa vie à venger les cruautés qu’elle et les siens ont dQ subir.Dès lors, va se mettre en place une véritable machination internationale ne reculant devant aucun moyen, usant de tous les complots à sa disposition.Assurément, il y a du Comte de Monte-Cristo dans cette histoire-là, si ce n’est qu’ici la réalité dépasse largement la fiction.Le serment de Véronic Chénier est un livre sans prétentions littéraires excessives mais très intelligemment conçu qui retranscrit le récit de madame Chénier avec application, ressuscitant sans excès ni com- {ilaisance les émotions et les indigna-ions de sa vie.Le serment de Véronic Chénier est un livre engagé comme on en écrit trop peu, un livre choc qui dénonce les atrocités de la guerre, surtout celles de l’idéologie nazie.Des qualités aussi rares que précieuses à l’heure où le danger qui existe toujours est recouvert par une trop grande indifférence.Rappelant d’une certaine façon la force d’évocation de Neuf jours de haine de Jean-Jules Richard, Le serment de Véronic Chénier est un texte à valeur politique dont l’impact est d’autant plus important que, pour une fois, ce témoignage ne vient pas d’Europe et que — mettant en scene une Québécoise — il se veut la preuve flagrante que nous ne sommes pas plus ici à l’abri que là-bas.Un livre à mettre absolument au programme de tous les cégeps, en littérature comme en histoire.Et vite ! LITTERATURE JEUNESSE DICTIONNAIRE CEC INTERMÉDIAIRE 39,95 $, 2200 pages, 1992.DICTIONNAIRE CEC JEUNESSE 25,95$, 1287 pages Édité en 1982, revu et mis à jour en 1992.Yolande Lavigueur LE NOUVEAU DICTIONNAIRE jeunesse est arrivé.Tout frais de l’année, conçu pour les jeunes, avec à la lettre « C » des noms comme Joe Clark, Coaticook et Christophe Colomb qui se voisinent de façon tout à fait harmonieuse : Voici le CEC.Feuilletez-le au hasard.Vous trouverez la Chine, et pas très loin,Chute aux Outardes (moins prévisible), ailleurs, Monique Corriveau, Arlette Cousture.Bref, une oeuvre encyclopédique toute québécoise, universelle et actuelle.Boris Eltsine y est président de la république de Russie depuis 1990 et toutes les cartes géographiques ont été mises à jour.Le principe est simple et pédagogique : Pour chaque mot, on vous raconte son histoire, on vous dit sa famille, ses extensions possibles — suffixes et préfixes — tout en illustrant sa signification à grands coups d’exemples.Le langage du pays est respecté et le jeune chercheur se retrouve en pages de connaissance.La définition de mitaines : « des gants qu’on porte pour se protéger du froid, recouvrant entièrement la main et ne comportant pas de séparation pour les doigts, sauf pour le pouce.» Bref, les moufles des dictionnaires européens.Ces derniers traduisent pourtant « mitaines » par : « des gants qui Bas les armes LES DÉFIS ÉCONOMIQUES DU DÉSARMEMENT Yves Bélanger, Nicole Desbiens et Pierre Fournier VLB Éditeur, 1992, 188 pages.Jocelyn Coulon QUARANTE ANS de rivalités Est-Ouest ont laissé, tant en Occident que dans les pays de l’Est, de vastes infrastructures militaires composées de bases, d’industries et de centres de recherches, qui se cherchent, depuis la chute du mur de Berlin, de nouvelles vocations.Les gouvernements doivent-ils continuer à financer ces vastes complexes militaro-industriels ou affecter les ressources militaires à d’autres secteurs de la société ?Les trois auteurs de ce livre, Bélanger et Desbiens qui enseignent à l’UQAM et Fournier qui dirige la recherche chez Lévesque, Beaubien, Geoffrion, répondent catégoriquement à la question.La guerre froide est terminée et les gouvernements se sont engagés dans des réductions de leurs forces armées et de leurs budgets militaires.Ces compressions affectent déjà les industries liées à la défense et les communautés qui en vivent II faut donc, selon les auteurs, que la décroissance militaire se gère adéquatement pour E ermettre la reconversion/diversi-ication des entreprises militaires et la réintégration dans le secteur civil des travailleurs du secteur militaire.Contrairement à bien des programmes utopistes qui réclament le démantèlement immédiat des infrastructures militaires, les auteurs sont plus prudents.Ils suggèrent des mesures de transition vers une « civilisation » de l’industrie militaire car le contexte économique est difficile, les travailleurs et les patrons plutôt réticents et la plupart des gouvernements indifférents sinon carrément hostiles.Pour soutenir leur thèse, les auteurs décrivent toutes les mesures de reconversation/diversification qui sont en cours dans plusieurs pays occidentaux et de l’Est.Les résultats ne sont pas spectaculaires mais les idées et les moyens existent.Il ne manque que la volonté politique.Soulignant les énormes difficultés de la reconversion totale, les auteurs optent pour la diversification qui est une transition vers le civil plus progressive.« La diversification est non seulement une stratégie plus réaliste, mais aussi beaucoup plus susceptible d’obtenir l’appui indispensable des travailleurs et des syndicats», écrivent-ils.La recherche sur les alternatives aux dépenses militaires n'est pas très avancée au Canada et ce premier livre, facile à lire et dépouillé de tout langage savant, permettra de mieux comprendre les enjeux du désarmement.PRIX VICTOR-BARBEAU DOUZE COUPS ¥ A ' 4 f: i 4 Michel Tremblay nouzE cojgs nv THEATHt •ï ?•».,© «M tl'J* J- L'auteur des Chroniques du Plateau Mont-Royal nous fait le cadeau d'une lecture littéralement captivante, qui nous force à rogner sur notre horaire, à voler du temps à gauche et à droite pour ne pas interrompre le charme.Infatigable, il défile les scènes inoubliables, drôles ou tristes à pleurer, comme si son répertoire p'avait pas de fond.Marie-Claude Forlin, Voir 22,50$ : La littérature d’aujourd’hui LEMÉAC L'Amour du leant*10* HR \\N\OVU ni ?^ egalement auteur de La Petite Noirceur, prix du Gouverneur général 1987 «Larose fait œuvre utile et tonique: il fait partie de la ¦ famille des grands écrivains.» Maurice Pouliot - Nuit Blanche J «Ce petit livre est remarquable.Il fait partie du renouveau et témoigne d'un retour à la dignité littéraire.» Jean Basile - Le Devoir COLLECTION PAPIERS COLLÉS Essai • 258 P.* 22,505 Boréal DICTIONNAIRE MAI laissent à nu les deux dernières phalanges des doigts.Heureusement que nous ne portons pas ce genre de mitaines-là par ici, en hiver ! Alors, lorsque en plus s’y retrouvent des tableaux de conjugaisons faciles à fouiller, sur pages vertes, et bien codés, des modèles grammaticaux, des mots en réseaux .Les problèmes d’écriture se règlent de façon vivante, en accord avec la passion de connaître et la curiosité de celui qui fouille.Pas de meilleur partenaire pour partager ce rice — impuni on le sait — de l’exploration, en partant d’un mot et en se retrouvant de plus en plus loin de page en page.On se laisse charmer par les histoires à tout âge et ces deux dictionnaires commentent, expliquent et souvent illustrent chaque mot susceptible d’intéresser un apprenti du français parlé et écrit.Il peut aussi s’attarder à « brouter » les planches thématiques en couleur, les 505 illustrations, les 50 illustrations-synthèse .le seul danger étant de ne pas pouvoir s’en détacher.C’est le principe du Robert méthodique, mais en plus jeune, en plus québécois et en plus contemporain.Vous connaissez un enfant qui découvre la lecture ?Soyez un bon vieux complice d’aventure et de découvertes dans le monde des mots bien classés, alignés mais encore tous vibrants de leur merveilleuses caractéristiques et de leur origine.Découvrez le Dictionnaire intermédiaire CEC pour des enfants en 5e ou 6e années ou le Dictionnaire CEC jeunesse pour les jeunes âgés de sept et 11 ans.Ce sont des sources d’apprentissage et de plaisir inépuisables, dans un monde qui se découvre aussi par l’intermédiaire des mots.Anthony Hyde Située en Californie, la base de China Lake voit, depuis 1942, la conception et l’expérimentation des missiles les plus puissants et les plus performants de notre histoire.En 1961, un missile américain conçu à China Lake est découvert sous les ailes des Migs soviétiques.Au terme d’un périple implacable et terrifiant, un savant britannique accusé d’espionnage au profit des Russes, découvre l’atroce vérité.rnunio uc nuuc niôiuuc.un China Lake Le thriller de l’été Longuement attendu, voici enfin le second roman d’espionnage d’Anthony Hyde, auteur de Red Fox.384 pages - 22,95s EDITIONS DU SEUIL * D-4 M Le Devoir, samedi 20 juin 1992 • le plaisir des ivres Andrée MAILLET A choses écrites Carnet 40 D’UN Dimanche des Rameaux d’il y a dix ans, j’ai conservé belle et douce souvenance.Un menuet de Debussy, celui de la « Petite Suite », et En bateau.La limpidité du rosé de l’rovence, du rosé d’Anjou, de la Clairette de Die dans laquelle récemment « la main criminelle d’un coeur bassement mercantile » osa insuffler des bulles ! On s’écrierait : Horreur ! Mais il fait beau, la .musique de Debussy ressortit à l’air J jdu temps, à la même heure qu’il était • «autrefois, le Dimanche des Rameaux : «de cette année.:: ?• LA DERNIÈRE prestation de Michel Serres à la télé : il n’avait pas le teint passé au jus de carotte, il semblait ne plus souffrir d’expressionite alarmante ni du trac.Son intelligence a donc pu passer l’écran avec succès.Installée dans j ïnon fauteuil, j’ai mesuré la distance * "courtoise que sait maintenir l’euphémisme entre une juste colère et ce qu’il est bon d’en montrer.(Je viens de corriger les deux erreurs de frappe des Princes de Sang I, la semaine dernière.« N’avouez jamais ! » s’écria Lacenaire devant la guillotine.Mais je ne tricherai point avec mes lecteurs.(J’ignore les autres).Ah ! Drillon ! son habitude de féminiser espace quand il s’agit du signe typographique m’induisit en distraction.Retour à Michel Serres — Votre musique préférée ?— La française, répond Serres, on n’en entend jamais que trois pourcent là où se donne la grande musique.Qu’il a raison ! Combien horripilant d’être privé des chefs-d’oeuvre de Guy Ropartz, de Charles Valentin Alkan; de la symphonie en sol d’Édouard Lalo; de la Symphonie-Passion, de Marcel Dupré ! Et Ferdinand Poise, auquel Vuillermoz donne les trois quarts d’une page dans son Histoire de la Musique, disant de lui qu’il est un souriant virtuose de l’Opéra-Comique; le connaissez-vous ?Oui ?Heureux mortels ! Moi, pas encore.À mes fils, je dois d’avoir l’enregistrement de la Symphonie-Libération de Gorecki, un Polonais.Puissant.Quasi-inconnu au bataillon.Il mérite d’être cité avec les - Français.Mais enfin, depuis Berlioz, Saint-Saëns, Gounod, la plus belle musique au monde est la française ! La grande peinture, la grande sculpture, la grande architecture (les récentes défigurations de Paris ne sont pas de facture française), et la danse.! En danse classique, les ballerines absolues et nos amis de coeur Patrick et Mikaël, et le corps de ballet dans les Ballets Blancs sont les égaux des meilleurs.Les Comédiens Français (de la Grande Maison) savent tout jouer, tout faire.La France excelle dans tout, ce qu’ont imaginé les neuf Muses, Apollon, Çiva et le Roi des Singes.Depuis quelque cent cinquante ans, la FRANCE, la culture française, dont la nôtre, et les cultures tributaires de la France : (Belgique-Wallonie, Suisse romande) et pareillement les cultures diffusées par le français (venues de tous les continents) cette langue merveilleuse qui englobe et qui porte tant de cultures diverses en les respectant toutes, cette âme française s’est imposée dans tous les arts, triomphe en tous.C’est comme si la langue française était un pays mystique, une seule âme commune à tous les francophones de naissance, ou de coeur, de désir, de choix.Il n’en va pas autrement de la musique.~res Très attirée déjà par Berlioz, Saint-Saëns, Chabrier, la Muse, veuve de Wagner, a aussitôt épousé Debussy.DAME Sel Shônagum a retrouvé son sentier dans ma rêverie : « Parmi les choses qui ramènent un souvenir à la lumière à travers les intermittences du Temps mémorisé, il y a aussi les noms.» me dit-elle.Carol Bergeron dans LE DEVOIR de la semaine passée l’a fait pour moi.Le nom ?Celui d’Idil Biret.À cette immense virtuose du piano, l’excellent critique a donné tous les dons, justifiant ainsi.Mais quand et où donc ai-je entendu la première fois le nom d’Idil Biret ?J’ai vingt-quatre ans.Je suis dans un me compartiment des Chemins de Fer, en France.Quatre-vingts reporters accompagnent l’Armée française dans l’Allemagne occupée en l’honneur de l’inauguration d’une université à Hombourg (avec un o).Trois femmes seulement dans cette cohorte de reporters, un bon nombre d’entre eux venus de l’étranger.On nous a mises ensemble : Constance Cook de Nouvelle-Zélande, madame Bazokçou d’Istanbul et moi.Notre consoeur turque représente le plus grand quotidien de Turquie, Vatann (je crois ?mes documents de l’immédiat après-guerre sont à pei excavés.) En tout cas, elle est charmante, je suis de l’Amérique : elle doit m’intéresser à son pays.Elle m’invite à Ankara, et partout, en Turquie.Je m’enquiers, fidèlement féministe, des lois concernant le statut des femmes dans son pays.— Depuis Atatürk, plus de voile, dit-elle.Vous le savez.Le gouvernement poursuit la politique de Mustapha Kemal.C’est extraordinaire, le progrès !.Tenez : il y a quelques semaines encore.Mais vous êtes journaliste, vous connaissez peut-être la LOI IDIL ?— Pas du tout, pardonnez-moi.— On en parlera : elle est unique, je pense.Alors le gouvernement turc a voté une loi en faveur des enfants géniaux : filles et garçons ! À cause d’une petite fille Idil Biret.I qui n'a que cinq ans : Idil Biret.Elle est déjà prodigieuse ! Déjà, à cinq ans, un génie pianistique comparable à celui de Mozart.La Turquie, désormais, prendra à sa charge l’éducation et l’instruction particulière de tous ceux de ses enfants qui montreront, dès l’âge de cinq ans, des dons exceptionnels >it.Si sa famille dans tout art que ce soit est de condition modeste, les parents seront aidés.La Turquie prendra également charge de tous les besoins de l’enfant, généreusement.D’où la loi Idil, portant le prénom du premier enfant turc à bénéficier de cette loi, (unique, je crois ?) et dont nous sommes fiers ! Si je ne m’abuse, la Turquie vient d’innover, là, en faveur des enfants ?J’ai entendu — et vu jouer Idil Biret.Elle a rendu et rend toujours à son pays mille fois ce qu’elle en a reçu.L’Armée française se composait uniquement de guerriers avenants, galants, bons danseurs.Pâle buée (et jx>ur que j’écrive cela !.) à coté de cette nouvelle .il n’était dont il n'était guère question : la promulgation de la Loi IdiL Elle fera toujours mon émerveillement.Jetant par-dessus bord toute prudence instrumentale, Biret s’abandonna tout entière au délire « berliozien » ce qui eut pour effet de subjuguer totalement l’auditoire », écrit Carol Bergeron.En l’occurrence possédé lui-même d’un génie littéraire réveillé comme en sursaut de son assouplissement — car les Muses sont soeurs — ! La réputation d’Idil Biret ne pourra jamais être mieux servie (J’ai découpé l’article pour mon album intitulé : « les beaux textes ».Oui.Certainement : le génie s’attrape.) Qu’est-ce que raméricanité ?Jean-Pierre ISSENHUTH A Poésies POÈMES CHOISIS Galway Kinnell Aubier, 1988 JARDIN DE RUINES Luis Mizon Obsidiane, 1992 ?LA GUERRE CIVILE de Montherlant — On ne parle plus de son style superbe ou de la superbe de son style.La Résistance et la Collaboration, et l'effrayante Épuration qui suivit la victoire des Alliés contre les Nazis constituèrent une petite Guerre Civile.Je régénère et je retrempe un peuple, lui fait dire Montherlant.Est-ce évident en France ?Quand je songe qu'elle eut comme résultat l’instauration de la Cinquième République, une nouvelle constitution, le règne de Charles de Gaulle, la décolonisation, la coopération avec les anciennes colonies, la fondation par de Gaulle et Adenauer de la CEE, et puis l’Europe des Nations, alors ce fut vraiment une guerre régénératrice.Car les mâles de notre espèce ne peuvent encore se mettre en paix sans avoir d’abord goûté au sang.Et ce sont eux qui sont toujours aux grandes affaires.Sapiens sapiens est Il e encore un homme de sang.Il en tient pour l’anthropophagie symbolique.Ses guerres sont des eucharisties.Qui donc ici blasphème ?Celle qui écrit ou celui qui tue ?— A.M.UN LECTEUR m’a offert Poèmes choisis de Galway Kinnell avec ces mots : « Je m’explique mal le peu de cas que l’on fait ici de la poésie américaine.Pourtant, combien de fois nos écrivains nous ont-ils cassé les oreilles avec leur prétendue américanité ?Encore un mot lancé en l’air et qui ne veut rien dire».Ce lecteur a eu raison de me faire la leçon : je ne connaissais pas une ligne de Galway Kinnell.En lisant l’introduction et les 70 poèmes choisis, certains très longs, traduits et présentés par Jacqueline Ollier, je me suis demandé ce que l’américanité pouvait bien être.Né en 1927, de père écossais et de mère irlandaise, Kinnell a publié une quinzaine de livres.Traducteur passionné de Villon et de Bonnefoy, ses maîtres sont Rilke, Whitman, Yeats, Essénine, Thoreau, Neruda, une ascendance poétique sans frontières de langues ou de continents.Il a vécu jusqu’ici en France, en Australie, en Iran, au Japon, à Hawaï.Son point d’ancrage : une grande maison en ruines au fond des bois du Vermont, achetée au cours des années 60.Dans la vie, l’américanité de Kinnell, si elle existe, ressemble beaucoup à l’universalité, ou du moins à une quête d’identité par des contacts avec le monde entier, lieux et littératures.On dirait une identité incertaine qui se frotte à tout pour trouver par élimination sa nature précise.La poésie de Kinnell cherche à rendre l’intensité de l’expérience immédiate du monde et ses effets qui oscillent entre la terreur et la douceur.La terreur : une terreur qui surgit lorsque ce qui donne la vie attire vers la mort, / une terreur qui m’assaille / de vagues / totalement étrangères, vidant le monde entier.Et la douceur extatique : Une enfant, une petite fille, / chapeau violet, écharpe bleue, chandail vert, jupe jaune, chaussettes oranges, souliers rouges, / se balance sur une escarpolette /au soleil / dans un jardin irlandais, va, / vient, /plonge, /s’envole, sa vie enchantée retenant son souffle, /ignorante des plaintes, au-delà / de tout avenir, en deçà de tout passé : dans un pur présent L’intensité et l’éclat des poèmes semblent vouloir racheter la vie médiocre, comme si toute médiocrité disparaissait par l’effacement du poète dans l’action du monde.En quoi la poésie de Kinnell donne-t-elle des signes d’américanité ?Est-ce par la fascination de la vie et de la mort violentes qui s’y manifeste ?Est-ce quand elle suit le précepte de William Carlos Williams (Pas d’idées /hors des choses) et reste au plus près des faits, des événements, du concret, qu’elle évoque avec une précision clinique ?Est-ce quand elle porte le rêve d’une fusion avec le monde animal et végétal ou s’ouvre aux grandes forces naturelles régénératrices ?Est-ce par son ampleur narrative, son dynamisme fébrile, son bonheur dans le mouvement ?Un peu de tout cela, sans doute, S ne retrouve pas au Chili, dans de ruines de Luis Mizon, traduit de l’espagnol par Jacques AnceL De Mizon, les éditions Obsidiane ont déjà publié Voyages et (1989) et Terre brûlée (1990), iductioi ' ’ retours deux traductions de Claude Coiiffon.de La poésie de Mizon n’a pas l’élan celle de KinnelL Elle n'évoque pa non plus avec clarté les faits et les états d’âme qu’ils provoquent Riche en images obscures, elle est plus transfigurative que figurative.Tout y paraît « caché dans un éclat de songe », pour reprendre un poème, et le poète « raconte sans hâte ni censure / un secret qui brille / dans l’ombre et la fange ».Mizon place le lecteur dans un monde fluctuant, instable, formé d’apparitions, sans cesse décomposé et recomposé.Dieu de pierre hagard/gardien de la fontaine / et du moulin./ Moustachu et souriant / visiteur de rêves / Aide-nous à naufrager sans bruit / dans la lumière de midi /avec nos amis dispersés / dans les miroirs et bourbier les bourbiers / de la marée basse./ Là où le vent plus acide que levinf ronge le visage déformé de la pierre /et la pluie de haute mer /fissure la glaise rouge.En somme, assez peu de ressemblance entre Kinnell et Mizon et, à travers ces deux livres, je reste incapable d’énoncer les caractéristiques d’une américanité assez générale pour rassembler le nord et le sud.Je ne suis même pas sûr que la différence que j’observe entre eux soit la distance entre deux pôles de raméricanité.Cette distance n’est pas du tout étrangère à celle qui existe, mettons, entre la poésie de l’Irlandais Seamus Heaney et celle du Tchouvache G uennadi Aïgui.+ Solé DES LIVRES PRIMÉS PAR LE GRAND PUBLIC LAISSEZ LEUR MAGIE VOUS SÉDUIRE Le Prix des Libraires «AYEZ PITIÉ DU COEUR DES HOMMES) Exubérant, foisonnant, le roman d’Ève de Castro ressemble à la jungle dévoreuse, au fleuve-roi.On s’y enfièvre.Jean-Claude Lattès, 346 pages, 32,95$ Le Prix des Maisons de la Presse «L’AFFAIRE TOUTANKHAMON» Une affaire qui exacerbe les passions, déchaîne les convoitises et se place entre roman policier, roman d'aventures et roman de moeurs.i^.UlOA w demi-siècle Grasset, 454 pages, 38,95$ Grand Prix 1992 PROUST des Lectrices de Elle U CUISINE rethouvee A/ -, PROUST LA CUISINE RETROUVÉE Ce livre nous invite à la table des Verdurin, de Charles Swann, de la duchesse de Guermantes, pour revivre ces moments privilégiés, témoins d’un art de vivre oublié.Chêne, 192 pages, magnifiquement illustré 74,95$ en vente chez votre libraire ans), compulsant des archives diplomatiques.Ce travail a requis quatre années de recherches, tant il existait peu de documents sur cette communauté.« Au cours des années 50, les quatre cinquièmes des Syriens d’Égypte ont quitté le pays, pour rejoindre le Liban, la Suisse, la France, le Canada, jugés indésirables par les musulmans.« Leur départ était une rupture, un échec, c’est pourquoi cette population dispersée a préféré nier son histoire, elle qui fit pourtant le pont tant d’années là-bas entre l’Orient et l’Occident.» Les lecteurs du Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell sont déjà familiers avec cette Égypte d’avant-guerre, et surtout d’avant Nasser, décrite dans Le Tarbouche, une Égypte que l’écrivain britannique nous a si bien peinte cosmopolite, mystérieuse, d’un érotisme torride, bourdonnante de complots, de bakchichs et d’intrigues, mythique surtout.Tellement, que sur les noms du Caire, d’Alexandrie flottent à jamais les ombres hautement romanesques de Nessim, de Justine, de Balthazar, de Mountolive.Robert Solé se dit le premier admirateur de cette oeuvre fresque, d’une richesse littéraire monumentale « mais complètement imaginaire, précise-t-il.Durrell est un étranger qui a habité très peu de Égypte, en a fait une su- temps en perbe épopée.Sauf que personne là-bas ne se reconnaissait dans le tableau .» Robert Solé s’est interdit de relire Le Quatuor.» avant de se pencher sur son propre roman, histoire d’éviter les influences littéraires.Mais, il poursuivait des buts autres que ceux de Durrell de toute fa- çon : Un souci de vérité, notamment.« J’ai reçu une foule de lettres très émouvantes de Syriens, me remerciant d’avoir avec Le Tarbouche retrouvé leur histoire.‘Un jour, je donnerai le roman à mes enfants’, écrivaient-ils.» Robert Solé est donc né en Égypte, mais à 17 ans il devait quitter le pays avec sa famille pour gagner le Liban, en 64, puis, trois ans plus tard, la .l’éc IH NGENCE DU LIVRE 10 LIBRAIRIE AGRÉÉE ;>* Ij 1710, rue St-Denis Montréal (Québec) H2X 3K8 Voisin de la Bibliothèque Nationale (514) 844-6896 Cinéma - Théâtre - Poésie - Musique - Beaux-Arts Littérature - Éducation - Sciences humaines Santé - Spiritualité - Alimentation - Guides pratiques Bandes dessinées - Documentaires jeunesse - Voyages LIVRES EN VEDETTE CETTE SEMAINE 25,000 TITRES DISPONIBLES Toutes les collections de poche en librairie.France, où il étudia à l’école de journalisme de Lille.Il est entré au Monde très jeune, aux affaires religieuses, avant de devenir correspondant à Rome en 74, à la belle époque de la montée du communisme et des attentats des brigades rouges, puis à Washington au moment de l’élection de Reagan.Robert Solé est rédacteur en chef depuis deux ans, partageant la fonction avec cinq autres.« Je m’occupe surtout des grandes questions de société, comme l’immigration, l’intégration, j’anime, coordonne, contrôle, écris quand j’ai une minute.» Depuis le temps qu’il est au Sole a Monde, Robert Solé a vu neiger sur cette institution culturelle qui enre- gistrait au milieu des années 80 une importante chute de lectorat, accompagnée d’une crise financière aigue.Il faut dire que le quotidien de la rue Falguière avait eu quelques démêlés avec une succession de directeurs, lesquels directeurs sont par ailleurs (à l’encontre du DEVOIR ) élus par les journalistes, principaux actionnaires du Monde.« Le journal avait perdu sa sérénité, résume-t-il.Il lui manquait une distance, une objectivité.Si bien que le public nous retirait sa confiance.Mais le climat s’est amélioré, on a rétabli le tir, ajouté de la substance, rendu la présentation plus agréable avec des photos, des dessins.Aujour- d’hui, le tirage du journal plafonne à la récession, mais du 520 000, avec moins, il ne baisse pas.S’il veut rester fidèle à lui-même, Le Monde doit toujours changer imperceptiblement, sinon il cesserait d’être à l’écoute de la planète.Le pari de son avenir, c’est de réussir à allier la rigueur de l’analyse au plaisir de lire.Et c’est beaucoup moins facile qu’il n’y paraît.» Nadine l.îaif Kntre les fleuves hrisfinv C,oimi< \mor Amor Uiernu a Christine Cormier Amor Amor Roman 15$ «.un très beau roman, d’une tenue et d’une lucidité étonnantes» (Le Devoir).« Une écriture dépourvue de toute prétention» (Voir).Nadine Ltaif Entre les fleuves Poésie 10 $ Finaliste du Prix fcmile-Nelligan 1991 Ce recueil dit l’amour d’une femme pour les origines, l’exil symbolique et le voyage initiatique à travers différentes figures mythiques.Les éditions Guernicg Distribution DMR/Socadis Le Devoir, samedi 20 juin 1992 M D-5 • le plaisir des ivres Troyat sème et moissonne encore Lisette /MORIN ?Le feuilleton YOURI Henri Troyat Paris, 1992, Flammarion, 218 pages.« VOUS RETARDEZ, Alexandre Borissovitch, murmura Douniacha avec une moue ironique.À notre ;.époque, il n’y a plus de voleurs, plus de voleuses.Simplement ceux qui n’avaient rien prennent la place de ceux qui avaient tout.» Celle qui s’exprime ainsi, avec une telle insolence, était domestique jusqu’à la Révolution.Roublarde, mais dévouée à ses anciens maîtres, elle aura tout fait pour les aider à .quitter la Russie.mais n’hésitera pas à se rembourser, et de sa peine et des frais qu’elle aura encourus.À même, évidemment, l’argent des ,.jBorissovitch.« C’est grâce à moi, leur dira-t-elle au moment de les quitter, que vous allez pouvoir partir.Croyez-moi, barynia, nous sommes , quittes ! » , Cette famille de riches bourgeois, ', que met en scène pour la énième fois Henri Troyat (rappelez-vous la plupart de ses derniers romans brefs, en particulier La gouvernante française et le très autobiographique Aliocha) n’aurait rien de très différent, n’était le personnage de Douniacha, cette domestique étonnante, à la fois extrêmement douée pour « le service » des autres, mais qui comprend très vite que prendre le parti des Bolcheviks, c’est, pour elle et pour sa fille Sonia, le salut et non pas l’exil.Le petit garçon, élevé bien que fils des maîtres avec l’enfant de la servante, vieillira de dix ans pendant la traversée du pays, sorte de descente aux enfers jusqu’à l’embarquement à Odessa pour Constantinople et, sans doute par la suite, leur exil en France.La nouveauté chez ce romancier toujours nostalgique de la vieille Russie — qu’il n’a jamais consenti à revoir ne serait-ce que pour une brève visite : le fera-t-il maintenant que l’URSS n’existe plus ?— c’est l’irruption de l’insolence chez les valets.D’abord celle de Zoé Ivanovna, l’institutrice très socialisante qui enseigne aux enfants, qui quittera sans regret la maison des Borissovitch, « classés depuis longtemps dans les rangs de ses adversaires idéologiques », puis, à la toute fin du roman, la hargne non dissimulée de la dévouée, très dévouée Douniacha.Bien que toujours émerveillée par la manière « troyatienne », faite de rapidité, de clarté, d'une indiscutable efficacité dans la maîtrise du récit, je crois que le regard du petit garçon, cette fois, est un artifice très littéraire.Youri est un faire-valoir.La Révolution qui fait rage autour de lui, et dont il ne comprend guère le sens ni les ravages qu’elle causera à sa famille, est bien entendu plus une aventure, un appel à l'inconnu, un grand voyage dont il ignore encore l’issue, qu’une catastrophe personnelle.Le touchera, le blessera jusqu’au coeur — mais il a déjà l’âge des premières amours — l’abandon de celle qu’il aime avec toute sa fougue d’adolescent.L’arrière-plan de Youri est presque de l’anecdote, le rappel cent fois évoqué du monde évanoui de la patrie des Tsars.Berberova l’a revécu dans C’est moi qui souligne, sa magistrale autobiographie, et, tout récemment Elisabeth Cille en se glissant, avec tout l’amour d’une fille qui fut privée trop tôt de sa mère, dans la peau d’Irène Nemirovsky, rappelant avec force détails à là fois historiques et romancés la belle vie insouciante des Moscovites d’avant 1917.Il reste que cent fois plus que ses monumentales sagas : Tant que la terre durera, Les Semailles et les moissons.Les Eyglelière, La Lumière des justes.Les Héritiers de l’avenir, Le Moscovite, ce sont les oeuvres brèves de Troyat qui font mon admiration.Il revient, octogénaire, à ce qui lui avait réussi, d’abord pour obtenir le Concourt, en 1938, avec L’Araignée, et sans doute aussi pour être appelé dans les rangs des Immortels à un âge encore très jeune (pour un Académicien, s’entend.) en 1959.rK Le vibrant plaidoyer de Jaruzelski JO uo LES CHAINES ;ET LE REFUGE -Mémoires Wojciech Jaruzelski, J.-C.Lattès, Paris 1992, 390 pages.François Brousseau « JE VOUS DEMANDE pardon.» C’est en prononçant ces paroles que le général Wojciech Jaruzelski, le 11 décembre 1990, faisait à la télévision ses adieux aux Polonais et abandonnait officiellement son poste de président de la République, pour en re-,.mettre les clefs à Lech Walesa.Souvent présenté, dans la presse internationale, comme un monstre R;comparable au tristement célèbre "général Pinochet, Wojciech Jaru-'fcelski est resté dans l’imagerie occidentale, jusqu’à la fin des années 80, « l’homme du 13 décembre 1981 », le tombeur violent de Solidarité et une espèce d’agent soviétique en Po-.rpgne, chargé d’assurer la pérennité "d’un régime honni sur un territoire rebelle.Mais les temps changent.Presque v partout, le communisme n’est plus aujourd’hui qu’un lointain souvenir.L’Histoire commence à jeter un regard nouveau sur ces acteurs qui, - dans différents pays, ont joué le dernier acte d’un drame historique.Le s général Jaruzelski est à n’en pas douter l’un de ces acteurs.Le plaidoyer i pro domo qu’il offre dans ces Mémoires est à maints égards habile et con-« vaincant.••i Jaruzelski est habité par une pas-•sion : il veut obtenir une réhabilita-i dion face à l’Histoire, et faire com-( prendre au lecteur — polonais d’a-> t bord, mais aussi étranger — les raisons de l’engagement, après la • guerre, d'un enfant de la petite no-r blesse conservatrice et catholique, 4! en faveur du socialisme soviétique.• Un régime dont il reconnaît aujour-» d’hui qu’il était « condamné, vicié et ,• "inapplicable », mais dont il ne récuse pourtant pas les « idéaux ».« J’ai voulu contribuer, écrit-il à la f toute fin, à la construction et à l’a-Ltmélioration d’un système qui, mal-: gré toutes ses tares, passait à mes ) yeux, en toute sincérité (.) comme ,'1’annonce de meilleurs lendemains.» >Ce n’est qu’aujourd’hui qu’il semble t découvrir que le problème du socialisme réel remontait aux bases mê-imes du système, et reconnaître ! qu’« il n’y a pas d’alternative à l’économie de marché et à la démocratie parlementaire ».Mais l’essentiel c n’est pas dans le caractère plutôt ; tardif de ce genre de conversion.Au-delà des questions de doctrine, ! Wojciech Jaruzelski incarne, peut-! être mieux que tout autre person-; nage contemporain, les déchire-; ments proprement shakespeariens ! du représentant d’une doctrine ! étrangère, mais qui se voudrait aussi m LA OU VOUS RISQUEZ LE PLUS DE TROUVER plus de 100 000 titres sur tous les sujets 1246 rue St-Denis Fv patriote.« C’est dans le cadre de Yalta que j’ai agi, explique-t-il, et personne n’aurait pu savoir que ce cadre allait s’effondrer aussi vite.» C’est dans ce contexte qu’il défend, encore aujourd’hui, sa décision historique de décréter, le 13 décembre 1981, « l’état de guerre» contre la grande organisation syndicalo-poli-tique.Sa narration de la période folle de Solidarité « première époque «(août 1980-déeembre 1981) relate les pressions incessantes des Koulikov, Ous-tinov et Brejnev, alors barons du régime soviétique, contre les dirigeants polonais qu’il s’efforce de présenter comme des « centristes » ballottés entre les exigences de la doctrine et la poussée révolutionnaire d’une société en révolte organisée.Dirigeants qui seront parfois convoqués à l’aube, dans un avion non identifié, pour se rendre en un lieu inconnu de l’URSS et y recevoir à répétition des ultimatums lourds de menace.Sa défense du coup du 13 décembre — « Je ne vois rien qui puisse me faire penser que j’ai commis une faute ce jour-là » — est toute basée sur une idée : à savoir que l’alternative, dans le contexte chaotique de 1981, c’était l’intervention massive et sanglante de l’Armée rouge, avec des conséquences incalculables pour la Pologne et les relations internationales.« J’affirme que cette décision, et tout ce qui s’est produit après, nous ont permis d’arriver là où nous sommes aujourd’hui, dans la Pologne LES CHAINES ET LE REFUGE Mémoires njivu d un entretien avec Adam Michnik d’aujourd’hui, dans le monde d’aujourd’hui.» Jaruzelski est ainsi convaincu que sans son fameux geste, Mikhaïl Gorbatchev n’aurait jamais vu le jour politiquement, et que le monde en serait encore aujourd’hui à la Guerre froide.Le coup du 13 décembre a été longuement mûri, admet Jaruzelski.Mais avant le 12 décembre, « cela ne restait qu’une hypothèse parmi d’autres».Le général affirme avoir jusqu’au bout « recherché désespérément la voie de l’entente » pour éloi- gner ce recours ultime, auquel il ne s’est résolu, bien entendu, que « le coeur brisé ».Par son écriture classique, par son argumentation probablement sincère, par ses informations parfois inédites, et avec le recul de l’Histoire, ce communiste de carrière arrive à nous faire croire à son dilemme shakespearien.Dix ans après son coup de force, les Polonais sont d’ailleurs plus de 50 % à lui avoir pardonné et à considérer qu’effective-ment, « c’était un moindre mal ».En prime, on nous offre pour finir les trente pages éblouissantes d’un dialogue entre Jaruzelski et l’ex-dis-sidenl Adam Michnik — que le général fit mettre en prison — qui valent à elles seules le prix du livre.La bête noire du communisme des années 70 et 80 et l’un des derniers représentants de ce système se font ainsi face, dans un duel oratoire exquisement polonais, aussi courtois de forme qu’il est féroce sur le fond.« Le moindre mal, c’était de céder une part importante du pouvoir et non pas d’instaurer l’état de guerre », lance Michnik.« Vous pouvez ne pas aimer quelqu’un et même le considérer comme une canaille.Cela n’empêche pas que, si cette canaille vous sauve de la noyade, vous lui direz : mon opinion n’a pas changé, mais je vous remercie de m’avoir sauvé la vie », lui répond Jaruzelski.Un Jaruzelski plus que jamais convaincu de mériter cette réhabilitation devant l’Histoire, pour laquelle il offre ici un vibrant plaidoyer.CHERE SENATEUR.Pour tout savoir sur les raisons d’être du SÉNAT, ses pratiques, ses traditions ainsi que son fonctionnement.16,95$ Iilurfpq Hfssion Au crédit de ce très prolifique écrivain, il ne faut évidemment pas oublier ses biographies, celle de Tolstoï en tout premier lieu (1965), de Tourgueniev (1985), de Gorki (1986), pour ne citer que les plus grands de ses compatriotes écrivains.Le labeur constant, la patience qu’il faut pour rassembler les documents biographiques et bibliographiques, et le résultat, sinon toujours flamboyant, du moins constamment honnête et d’une très égale qualité de rédaction.Il faudra, pour les admirateurs de Flaubert et de Maupassant, relire les biographies que Troyat leur a consacrées : « de la bielle ouvrage », comme disait Charles Péguy et comme le disent toujours les Québécois, qui ne cèdent ni à l’excès d’admiration ni au goût immodéré de la critique corrosive.Youri, pour les lecteurs qui sont effrayés par les pavés de l’été, est une lecture sans doute brève mais fort captivante.Le nouveau roman d’Anne Hébert L’Enfant chargé de songes // a suffi qu'une fille superbe et malfaisante surgisse, montée sur un cheval gris pommelé, et disparaisse dans un claquement de sabots, pour que le cœur de Julien s’emplisse à ras bord de larmes et de songes.Il a suffi d'une voleuse de chevaux pour que rien ne soit plus pareil après cet automne-là, au bord de la rivière Duchesnay.Claude Meunier, dramaturge Actes du colloque «Claude Meunier, texte et représentation» Directeur de publication: André Smith Voici une synthèse de l'oeuvre variée de Claude Meunier, alias Dong qui, depuis 1976, écrit pour la scène.Des universitaires et des critiques, des spécialistes du théâtre et du cinéma ainsi que des comédiens présentent leurs analyses et leurs témoignages qui font le bilan d'un parcours littéraire original.144 pages — 16,95$ ,1„ Mlt.ur vlb éditeur CWAKOE Vît.«Im réussite est telle que Mme Hébert devra sans doute se résigner à lire ou à entendre dire que L’Enfant chargé de songes est un chef d'oeuvre.» Réginald Martel La Presse 162 pages -19,95$ EDITIONS DU SEUIL r,Jn5^arca(^^|lj Dli MYTHE auromajv trilogie ducharmie - ' J .- ,rr‘•¦"t* \|,nd, r,° «U leur Franca Marcato-Falzoni Du mythe au roman une trilogie dueharmienne Préface de Naîm Rattan Franca Marcato-Falzoni analyse trois romans, L'oeéantume, L'avalée des avalés et Le ne/ qui t oque, suivant pas à pas l’itinéraire initial de l'auteur.Ducharme nous est présenté dans sa gravité et le sérieux de son projet littéraire, mais aussi intellectuel, psychologique et spirituel.Le premier ouvrage entièrement consacré à ce pilier de notre littérature.312 pages — 22,95 S LA PETITE MAISON DE LA GRANDE LITTÉRATURE D-6 B Le Devoir, samedi 20 juin 1992 • le plaisir des ivres Verlaine, romantique et paillard QEUVRES POÉTIQUES (COMPLÈTES faul Verlaine ijffont, eoll.Bouquins, 940 pages.Alain Charbonneau b PRÈS Gallimard et Garnier, voici , ue Laffont publie en collection Bouquins les oeuvres poétiques complè-jles de Paul Verlaine, ce « second [Rossignol de la France » que Paul iFort plaçait juste après Villon.j« Complètes » pour une fois est le mot juste, puisqu’on pourra lire enfin lies poèmes licencieux de l’écrivain, que les éditeurs précédents avaient iomis de réunir au corps de l’oeuvre.|Femmes, paru sous pseudonyme en |l890 et saisi immédiatement par la (police, et nombres, recueil pos-Ithume publié sous le manteau au défaut du siècle, ne figuraient jusqu’à (présent qu'aux catalogues de quelques éditeurs plus téméraires (Des-[forges, Le Terrain Vague) et moins préoccupés de moralité publique que de poésie.; Car enfin, ces textes sont souvent !plus verlainiens que bien des poèmes (inspirés par la ferveur chrétienne et ile retour à Dieu qui suivirent le triste (épisode des coups de feu tirés sur 'Rimbaud et le séjour en prison.Kn (tout cas, ils montrent jusqu’à quelles [extrémités Verlaine poussait le culte [de Sodome et Gomorrhe et le respect des règles dangereuses du dérèglement de tous les sens.' .Ce que Rimbaud a vécu sur le mode de la révolte à l’état brut, Verlaine l’aura traversé comme un drame fatal et insurmontable, écartelé qu’il fut de toujours entre ses tendances contraires, l'une vers Dieu et l’autre vers une stupre et une fornication bien païennes.«Je» a été chez Verlaine tantôt lui-même, tantôt un autre, et c'est cette autre moitié de soi, sensible et sensuelle, que le poète confesse dans ces strophes grivoises et obscènes, où sonne en creux cette même voix légère comme une note de piano, toute en variations, en modulations, en appog-giatures.Et comme à plaisir donné, on ne regarde par la monture, c’est tantôt aypc les femmes : « Lagalopine / A pjçine main / Branle la pine / Du bgpu gamin./ L’heureux potache / CJécalotté / Jouit et crache / De tout Paul Verlaine côté./ L’enfant rieuse / A voir ce lait / Et curieuse / De ce qu’il est, / Hume une goutte / Au bord du pis, / Puis dame! en route, / Ma foi, tant pis! » — tantôt avec les hommes que Verlaine s’abondonne aux joies de la chair : « Même quand tu ne bandes pas / Ta queue encor fait mes délices / Qui pend, blanc d’or, entre tes cuisses, / Sur tes roustons, sombres appas ».Pour ne pas citer le Sonnet du trou du cul, écrit en « collabora- tion» avec Rimbaud.Pour le reste, cette édition est l’occasion de relire dans leur ordre chronologique de publication tous les recueils de l’auteur de Romances sans paroles.Le visage qu’il avait très laid, Verlaine le dissout à l’encre noire et se compose de recueil en recueil une multitude de masques, chacun indiquant l’heure de ses humeurs changeantes.Verlaine, le romantique qui ausculte sa mauvaise étoile dans les Poèmes saturniens, Verlaine, l’esthète impressionniste de ces Fêtes galantes quïl place sous le patronage de la peinture bistre et diffuse de Watteau et de Fragonard, Verlaine, l’amoureux fervent de la Bonne chanson qu’il écrit pour sa future femme, Verlaine, l’âme triste et esseulée des Ariettes oubliées ou encore Verlaine, le poète repenti de Sagesse.Itinéraire spirituel, mais aussi poétique.Egalement éloigné de Mallarmé et de Rimbaud, Verlaine aura finalement pris le vers français au sortir des Fleurs du mal et se sera livré sur lui à une foule de manipulations génétiques irréversibles, parfois aussi à de véritables séances de torture, l’amputant régulièrement d’un pied au profit de l’impair, « plus vague et plus soluble dans l’air » — Michaux dirait qu’il l’emparouille et l’endosque, le rague et le roupète, le ratèle et le tocarde.Et de ce trai-ement infligé à la métrique sclérosée du vers, la musique de la langue profite comme d’un bain de fraîcheur, d’une toilette coquette mais sans fard.Comme pour l’édition de la Recherche proustienne, un dictionnaire décline les thèmes de l’oeuvre, les lieux de séjour de l’écrivain, les hommes et les femmes qu’il fréquenta et les principaux vecteurs d’une existence minée par les ravages de « l’alcoolisme », par les problèmes « d’argent », par les « conversions » répétées et par les tourments d’un « caractère » en proie aux crises de violence et à la dépression.On peut ainsi faire le tour de Verlaine en 80 minutes, et faire le point sur le sens d’une vie et d’oeuvre dont la trajectoire ne fut jamais rectiligne, plutôt brisée sous le coup de la fatalité et du mal de vivre : « L’ennui de vivre avec les gens et dans les choses / Fait souvent ma parole et mon regard moroses.» f; Anatomie de la haine LA VIE DE MALVINA TRIFKOVIC Mirko Kovae Traduit du serbo-croate par Pascale Delpech Rivages, Paris, 1992 101 pages Hervé Guay LES SERBES et les Croates, c’est connu, parlent la même langue sans se comprendre.Or, chose révélatrice, Us ne partagent pas le même alphabet.Le serbe s'écrit en lettres cyrilliques tout comme le russe, tandis que le croate a adopté la transcription latine propre a la plupart des langues européennes.Division admise lors de la codification de la langue au XIXe siècle afin de préserver les traditions religieuses spécifiques à chacun.Historiquement, le différend qui oppose ces Slaves du Sud commence quand se réalise leur aspiration du XVIIe siècle à une entité politique commune — dont la Yougoslavie est l’aboutissement ultime.A la suite de quoi, cette haine se perpétuera tant sur le terrain qu’en littérature.Malvina, la protagoniste du récit fragmenté de Mirko Kovae, pourrait bien personnifier ce ressentiment aux racines obscures, lequel pourrit tout ce qu’il touche.Sinon, en quoi cette jeune paysanne de bonne famille a-t-elle ce qu’il faut pour braver tant d’interdits de son époque ?Car Malvina, remise aux bons soins d’un véritable couvent serbe et ique croate.Elle ne s’arrêtera pas en si bon chemin en s’éprenant par la suite de la soeur de son mari.D’elle morte en couches, Malvina héritera d’une fillette à élever sur qui, dès lors, elle pourra reporter toute la haine dont elle a été victime.Ironie du sort, l’enfant se prénommera comme sa mère adoptive.Ce récit de vengeance et de persécution (une histoire fondée, parait-il, sur des éléments historiques) n’a cependant rien de la limpidité des faits divers.L’auteur l’a plutôt composé comme une énigme policière, où l’ombre prévaut, quand ce n’est pas carrément l’obscurité.Une quinzaine de documents évoquent ces deux Malvina, avec une prépondérance de regards très extérieurs, comme si, devant ce maelstrom qu’engendre l’animosité, il était nécessaire de s’éloigner quasiment jusqu’à perdre de vue le visage à scruter.Mais, à tout prendre, cette étrangeté voulue par l’auteur, à laquelle s’ajoute de surcroît l’exotisme d’un tel livre pour le lecteur nord-américain, se justifie et prolonge la réflexion qu’inspirent ces pages, à savoir : la haine a-t-elle une fin ?C est en 1968 qu a paru à Zagreb chez un petit éditeur La Vie de Malvina Trifkovic.Aujourd’hui, Mirko Kovae, dissident, engagé dans les mouvements pour la paix, vient de s’installer dans la région croate de l’Istrie, parce qu’à Belgrade, il vivait en butte à l’extrémisme des nationalismes serbes.Ecrit donc, au moment où sourdait le conflit opposant Serbes et Croates, ce récit semble donner encore aujourd’hui la mesure de la rancoeur que se vouent les deux ethnies.Ces 100 pages méritent d’être lues en ce que l’auteur y fait preuve de recul pour disséquer la haine, ce trouble irrémissible.Cairotes sans voiles CHIMÈRES Roman par Naguib Mahfouz Éditions Denoël, Paris Nairn Kattan *0 vwleur d’e*‘fance 150 pages $14.95 8 valeur d’e fance La scandaleuse affaire Maurice Valois, prêtre abuseur Un témoignage choc inédit, sans pudeur sur l’ultime tabou québécois : La pédérastie chez les prêtres Christian-Claude Dancause en collaboration avec Jacques Lachaîne Éditions Céline.C I’.271.Montréal (Québec) H2K 2J(> 's* i i ,m h» muTivn* Th" nm« » ; .m no jo».CCCP VMMMt tiw TIfci B M > T P I H H H X a f fl ifnjha pt hhty trr Æ i « 4*il3 JMTMM wV'*l K» tUsjf m%~, CnpaBKa .V000027.'» 0 H*» 4 a»» O S t't> Jfi t'j /fp/ , -JC»» ynnkfHUJ i«f) /V' .ffr r J./OP/wv » Tv»«t «JO r>« (OMI) c « *1 » 1^40 «'Ur; ».j.v » (1»fh) » tMjihKt 11 « f 19* » uc*.(M»t ta rtpe*p*Uicn»tni «ri» « r»o,-iia«ir ci et V 5 re»*- ;*».i«o (nouaitriaot rrr'' NtuMoaa.vMtocr» vnx W&B que celui qu’elles s’acharnent à détruire ».Dans cette littérature truffée d’injonctions contradictoires, bien malin qui pourra faire l’exacte part des choses, trancher entre les uns et les autres, voire être sûr que les auteurs (ex)soviétiques traduits sont vraiment significatifs et représentatifs.De la production disponible en Occi- "V f L*>%AU>.0rt > dent, où se côtoient les contemporains comme les grands oubliés des années 20, 30 et 40 qu’on a rarement ou jamais pu lire en français (Ma-riengof, Boulgakov, Khodassevitch, Krzyzanowski.), ne s’en dessine pas moins le portrait fascinant d’une société et d’une culture qui, pour l’essentiel, nous sont demeurées étrangères et incompréhensibles.Macédoine juive SALONIQUE 1850-1918 « la ville des Juifs » et le réveil des Balkans.Autrement, Série Mémoires Dirigé par Gilles Veinstein, Paris, 1992.Fred A.Reed RIEN n’est plus actuel que le passé.Ainsi, au moment où l’instabilité balkanique risque de s'étendre jusqu’aux rives de l’Égée, ce recueil de textes présenté dans la série Mémoires de la collection Autrement a le grand mérite d’enlever un coin du voile sur l’histoire cachée d’une région tourmentée — pour mieux éclairer son présent.Salonique — aujourd’hui Thessaloniki, capitale de la Grèce du nord — fut fondé il y a plus de 2500 ans pour ensuite devenir la deuxième ville de deux empires, celui de Byzance, puis celui des Ottomans.Mais Salonique fut aussi, pendant plus de quatre siècles, une grande ville à forte prédominance juive.Ce n’est pas par hasard qu’elle devint la ville la plus occidentalisée de l’empire Ottoman et le creuset de l’État turque laïc, ainsi que le Centre du mouvement démocratique grec et la convoitise des Bulgares réclamant la Macédoine.La date de parution est fort bien choisie sous plusieurs égards.Voilà que les textes réunis par Gilles Veinstein voient le jour 500 ans après l’expulsion des Musulmans et des Juifs de l’Espagne par leurs majestés Catholiques.(Force nous est de constater que si le roi d’Espagne a rendu des excuses publiques à la communauté juive, on passe l’expulsion des Musulmans sous silence).Accueillis par les Ottomans, des milliers de Juifs espagnols choisirent Salonique comme refuge pour pres-qu’aussitôt en faire une ville où la variante sépharade de la religion juive donna, par l’immense vitalité et le très haut niveau culturel deia communauté, le ton à toute la ville.Ainsi la métropole de la Macédoine devint « la Sépharade (nom hébreu de l’Espagne) des Balkans».Une longue période de repli orthodoxe, suivi par une nouvelle floraison, marquèrent l’histoire d’une communauté qui, à la fin du XIXe siècle, s’exprimait non seulement en judéo-espagnol, mais aussi en français, langue européenne de culture et de modernité.Si les textes font peu d’état de la montée du nationalisme grec (qui, sous la guise de la « Grande Idée » voulait restituer l’empire byzantin), c’est que Salonique, quoique rattaché à la Grèce en 1913, ne fut pas, jusqu’aux années 20, une ville grecque, mais plutôt une cité cosmopolite dont l’identité fut surtout le fait de-Juifs, ainsi que des Turcs, des Albanais et des Bulgares, en plus de forte minorité héllénique.Que les Juifs de Salonique soient demeurés, en quelque sorte, les grands absents de l’histoire officielle (grecque, s’entend) est aisément compréhensible.Il y a 100 ans, la majorité juive comprenait mal pourquoi elle devait apprendre le grec; après tout, ce fut grâce au régime d’Istanbul, perçu par les Grecs comme oppresseur, que la communauté a pu survivre et s’épanouir.Mais une fois que la Salonique fut rattachée à l’État héllénique, les Juifs de Salonique s’intégrent bon gré mal gré à la nouvelle majorité.La fin, note Gilles Veinstein, « viendra plus tard, quand l’occupant nazi anéantira la Salonique juive par une extermination presque totale».Aujourd’hui, le tourbillon balkanique n’aura rien perdu de son intensité.Décrivant la situation qui prévalait dans la ville à la fin du XI-Xième siècle, Paul Dumont (auteur >il) i clare : « En cette fin de siècle, (a situation était tellement confuse en Macédoine qu’aucune hypothèse, même la plus absurde, ne pouvait être écartée ».De nouveau, la région risque de s’embraser.Cent ans plus tard, le constat va au moment actuel comme un gant.Étonnante histoire.LIBRAIRIE HERMES scs libraires ses rencontres ses heures *9h>22h 362 jours par amut 1 120.ave.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 LA MEGA-LIBRAIRIE DE 9H À 22H TOUS LES JOURS - MÊME LE DIMANCHE EN SPECIAL DU 20 AU 26 JUIN pf CH E SPORTIVE EN EAU DOUCE EN Amérique du Nord Qiampigny 4380 ST-DENIS, MONTRÉAL, QC 844-2587 Hi NUN W \S/i /MK I FAI O l .Mtll.N-NN lOtt BOUCHE COUSUE Ninon Larochelle «Bouche cousue sonne trèsjiiste et possède un ton-drôle,-charmant* plein de fraîcheur.» Lucie Côté, La Presse «(.) démontre un indéniable talent d’écriture.» Louis Comellier, Le Devoir «(.) un portrait tendre et naïf du Québec de la fin des années cinquante.» Marie-Claude Fortin, Voir «Pour un premier roman, c’est beaucoup.De auoi donner envie d’en lire un deuxième.» Anne-Marie Voisard, Le Soleil Diffusion en librairie: Dimedia, 167 pages, 18,95$ éditions du remue-ménage CAHIERS DE RECHERCHE ETHIQUE Ces cahiers ont pour but de regrouper les analyses qui se font jour et qui permettent une meilleure approche des problèmes actuels d’ordre moral ou éthique.Comité éditorial: R.Bélanger, R.DesRosiers, G.Bourgeault, H.Doucet et P.Gaudette Depuis 1976,17 titres ont été publiés, dont: Des enjeux 14 éthiques pour dema L’avenir d’un monde fini Cahier» de Recherche Éthique Cahier* de Recherche Éthique J5 üque de la communication publique et de l’information \fers de nouveaux rapports entre l’éthique et le droit Cqhkn d« Ruch«che Éthique J 7 Uhltn J.Rethmh* Éthique J6 DES ENJEUX ÉTHIQUES POUR DEMAIN Un livre qui, en interrogeant l’éthique dans ses fondements et sa méthode, veut l’ouvrir à l’horizon 2000.Vol.de 144 pages, 12,95$ L’AVENIR D’UN MONDE FINI Jalons pour une éthique du développement durable L’humanité a-t-elle des chances de survivre dans un monde menacé par le nucléaire et la pollution?Un dialogue entre Albert Jacquard et Hubert Reeves.Vol.de 206 pages, 14,95$ )4fides VERS DE NOUVEAUX RAPPORTS ENTRE L’ÉTHIQUE ET LE DROIT Y-a-t-il harmonie entre les énoncés du droit et les exigences de la morale?Vol.de 256 pages, 19?5$ Nouveauté: ÉTHIQUE DE LA COMMUNICATION PUBLIQUE ET DE L’INFORMATION Un tour d’horizon des aspects éthiques relatifs à cette importante question.Vol.de 224 pages, 14?5$ EN VENTE DANS LES LIBRAIRIES Le Devoir, samedi 20 juin 1992 [tT le plaisir des mes Les antagonistes de l'année ne font pas que se battre.Ils Usent aussi.Des propos recueillis par Louise Leduc.(?Âinrtrjn,ü.ir»:i*,rr»t» vacu [«ttluiLv ie Aku» .|.a- ÔmTT dêHvttv* J>.)|jt Pa* t*»r arfmnvmvwv * *** k hcxmïs Sherlock Holmes, T.1080 pages 25,95 $ BOUQUINS Sherlock Holmes, le professeur Challenger, le brigadier Gérard, les .inédits et introuvables.L’œuvre de • t Conan Doyle en cinq «Bouquins» légers, souples et solides.Autres titres de LA COLLECTION «AVENTURES ET Policiers» • Maurice Leblanc • BoileaU'Narcejac • Gaston Leroux • Patricia Highsmith ROBERT LAFFONT P411I11H Dttjunl'nt (jcnevtor Duguty Pointe-à-Callière l’aventure montréalaise ¦'-,;Ir ; ’ I V,ÿ>.y&J&i ciÀ * POINTE-À-CALLIÈRE: L'AVENTURE MONTRÉALAISE Pauline Desjardins et Geneviève Duguay Pointe-à-Callière est le lieu de naissance de Montréal.C’est là que Champlain installera l’un de ses avant-postes car cet endroit est à son avis «un des plus beaux qui fut en cette rivière».Cet ouvrage nous fait voyager dans le temps en nous permettant de suivre les traces émouvantes de ceux et celles qui ont vécu sur la pointe, aux différentes époques de notre ère.136 psget, abonJammmi illustré, coultun.29.95S l\n vente en librairie Les éditions du Septentrion 1300, av.Maguire Sillery (Québec) GIT 1Z3 D-10 ¦ Le Devoir, samedi 20 juin 1992 Pieds nus sur la terre montréalaise 7V Robert v J SALETTI L.L A Essais WKÊÊÊaamM Québécois LA GRANDE PAIX DE MONTRÉAL DE 1701 (Les voies de la diplomatie franco-amérindienne) Gilles Harvard Recherches amérindiennes au Québec, « Signes des Amériques », 222 pages À l’ombre du Sommet de Rio, et en cette année festive où Montréal cherche à se refaire une beauté et un moral, revenons en arrière, à l’été de 1701 plus précisément.La scène se déroule près de l’endroit dans le Vieux-Montréal qui allait devenir la Pointe-à-Callière, peut-être sur le site actuel du musée le plus méconnu en ville : le Musée d’histoire de Montréal.Elle est l’aboutissement de délicates négociations menées avec les Iroquois par le gouverneur Callière qui allait laisser son nom à la pointe que l’on sait.Cette scène a une ampleur difficile à cerner aujourd’hui, même pour les amateurs de grand déploiement que le cinéma a fait de nous.Imaginons une vaste arène rectangulaire aménagée dans une grande plaine entre le fleuve Saint-Laurent et la cité d’alors, ceinturée par des allées ombragées où se tiennent palabres et pourparlers.Imaginons autour un décor champêtre formant un plus large périmètre encore, préparé avec soin et investi par une foule bigarrée de spectateurs et d’acteurs, premiers LES ÉDITEURS CANADIENS D’EXPRESSION FRANÇAISE Moncton, Saitit-'Bonif ace et Sudbury vous donnent rendez-vous cet été.chez votre Cibraire! ÉDITIONS D’ACADIE les légendes des îles delà madeleine J: s ciiic lOUl'llcc araoir* thiciuon Le Guetteur Louis Haché roman- 12,95 $ ÉDIT A l'ombre de» cathédrales : Histoire de St-Boniface Luc Dauphinois étude - 34,95 $ Absente pour la journée Christiane St-Pierre roman -14,95 $ IONS DU Un Piano dans le noir Simone Chaput roman - 17,95 $ Les Légendes des îles de la Madeleine Louis Haché légendes - 9,50 $ BLÉ LStufa Mina aurai $ April Raintree Le Sentier intérieur Béatrice Culleton roman -16,95 $ ÉDITIONS DES PLAINES Sans bon sang Sous le soleil de Annette St-Pierre l’Ouest - Collectif roman - 9,95 $ nouvelles - 9,95 $ Nipsya Georges Bugnet roman - 9,95 $ 9{ipsya PRISE DE PAROLE L Nhnll'l DUO d’éclats de peines La Prison rose Expression Brigitte Haentjens bonbon dramatique rédtpoétique -11 j)5 $ Raymond Quatorze Hélène Gravel, roman - 23,95 $ Madeleine Azzola manuel- 23,95 $ Musieurs autres titres en promotion.DANS CES BONNES LIBRAIRIES Montréal : Agence du livre, Claude Payette (Longueuil), Demarc-Fleury (Ahuntsic), Desmarais et Rotxtailie.rEncrier, Flammarion (Ma T rust, Carrefour Angngnon), Marché du livre, Raffin.Environs : Arcades(St-Eustache),ClémentMonn (Terrebonne), Demarc(Duvemay, Laval St-Jérome), Flammarion (Brassard), Le Fureteur (St-Lambert), Lu-lu (Terrebonne), Marc-André Fortier (Châteauguay), Sons et lettres (Verdun).Trots-Rivières-Mauricie : Clément Morn (Cap-de-la-Madeteme, Shawingar, Tro&RMeres), Poner (Tro&flMères), René Marin (Jrtede).Québec : Chouinard(Chamy),GameaLi(VeuxQuébec),Laliberté,Pantoute,PlaseLauner.Estrie-Centre : BiblairieCGC (Sherbrooke),CentreduOuébec([>ummondville),Daignault (St-Hyaonthe), E.B.M.Solis (St-Hyaanthe).des Galeries (Granby), Moderne (St-Jean).Ottawa-Hull : de la Capitale, Demarc, Tnllium.rôles ou simples figurants, donnant l’impression d’exécuter un somptueux ballet.Le théâtre — pour reprendre l’expression de Gilles Havard — était comble.D’un côté, les plénipotentiaires de France, Callière, Champigny, Vaudreuil et autres officiers de l’état-major, ainsi que les scribes et les interprètes.De l’autre, plus de 1000 représentants amérindiens, disposés par nations, assis en très bel ordre a même le sol et fumant le calumet.Les entourant, venu assister à l’instant historique, il y a tout le gratin citadin, les belles dames, les gentilhommes et autres notables, mais aussi le petit peuple de la terre et des métiers et divers ecclésiastiques.Le climat est effervescent et le spectacle multicolore.Pour une journée au moins, Montréal est le centre de l’Amérique du Nord-Est et vibre au rythme de la civilisation amérindienne.Le 4 août 1701 y est signé un traité entre la Nouvelle-France et 39 nations amérindiennes.Dans le langage si particulier de celles-ci, ce traité fut appelé « Arbre de paix », car la paix est comme un arbre planté sur la plus haute montagne pour qu’il se munisse de profondes racines et ne soit jamais renversé.L’avenir, et quelques siècles de progrès, allaient cependant leur donner tort.La grande paix de Montréal de 1701 est un événement que notre histoire nationale a relégué aux oubliettes.Le traité signé cette année-là après 10 jours entiers de discussions et aussi de cérémonies — la parole, pour les Amérindiens, est ancrée dans le rituel et le mythique, c’est ce qui explique sa densité et sa couleur expressive — mettait fin aux guerres dites iroquoises qui avaient duré près d’un siècle.11 liait dont les représentants de la Nouvelle-France, des Cinq Nations (expression consacrée pour désigner les cinq nations iroquoises, dont les Agniers ou Mohawks que l’actualité s’est chargé récemment de rappeler ù notre mémoire), et de plus d’une trentaine d’autres nations amérindiennes alliées des Français.Puisque les Iroquois étaient les alliés traditionnels des Anglais, avec lesquels d’ailleurs ils signèrent parallèlement un autre traité la même année, cette Paix de Montréal touchait aussi les colonies anglaises.Elle permit en fait de pacifier, en théorie si ce n’est toujours dans les faits, un immense territoire allant de l’Acadie à l’est aux confins occidentaux du lac Supérieur et du Témiscamingue au nord au confluent du Missouri et du Mississipi au sud.Du point de vue militaire et diplomatique, cet accord fut un événement d’importance dans l’histoire de l’Amérique du Nord coloniale, dont tous les partis sortirent gagnants, même les Iroquois dont le déclin était inéluctable, en partie en raison de luttes fratricides avec les nations amérindiennes des Grands Lacs, et pour qui le traité marquait la fin d’un règne guerrier.Mais ce que le livre de Havard fait ressortir, c’est la dimension culturelle et ethnologique de cette rencontre au sommet.Issu d’un mémoire de maîtrise dirigé par Denys Delâge, auteur du Pays renversé dans lequel est montré comment les Amérindiens du Nord-Est furent finalement victimes de leur dépendance croissante à l’égard des marchandises européennes, entraînant leur civilisation dans un monde d’échange inégal dont les puissances coloniales ont tiré abondamment profit, La grande paix de Montréal de 1701 souligne jusqu’à quel point le protocole de ces conférences était d’inspiration amérindienne.Ainsi les discussions devaient s’étaler sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines, pour laisser le temps aux ambassadeurs de se reposer, et les pourparlers débutaient par l’expression de condoléances consacrées au deuil des chefs décédés.De plus, chez les Iroquois en particulier, les ambassadeurs étaient souvent les meilleurs orateurs, qui ne coïncidaient pas toujours avec les chefs politiques ou héréditaires.D’ailleurs le chef, dans les sociétés amérindiennes, est davantage un porte-parole que le dépositaire d’une autorité établie.L’essai de Havard, accompagné de cartes et d’illustrations révélatrices, se lit avec intérêt et plaisir, et ce n’est pas son moindre mérite que de nous rappeler qu’en dépit des défaites et des compromis, il n’y a pas si longtemps, les Amérindiens formaient une civilisation.Mon seul regret vient de ce que leur parole, maintes fois vantée et décrite en termes élogieux, ne soit pas plus présente.Le lecteur qui veut pleinement goûter la poésie du verbe amérindien pourra toujours retourner au classique des années 70 que fut Pieds nus sur la terre sacrée, à l’époque où, pour d’hirsutes raisons, les mères s’amusaient à appeler leur fils Geronimo.Robert LÉVESQUE Le ?Bloc-notes DE 1949 à 1964, Michel Tremblay, depuis la rue Fabre et la rue Cartier, s’en allait régulièrement vers les théâtres; il a sept ans, la tante d’un voisin l’amène à une matinée enfantine chez les Compagnons, coin Delorimier-Sherbrooke; il a 14 ans, il va seul au Parc Lafontaine voir un spectacle de Buissonneau, La Tour Eiffel qui tue, et s’attarde dans les fourrés pour son baptême sexuel; il a 16 ans, il s’ennuie devant le théâtre de l’absurde à la Boulangerie, rue de Lanaudière; il a 18 ans et le nationalisme le frôle lorsqu’il apprend que Simoneau et Alarie vont chanter en allemand mais jouer en anglais les dialogues de L’Enlèvement au sérail à la Comédie-Canadienne, parce qu’un chanteur est Canadien-anglais; il a Le vrai 19 ans, il lance timidement son premier bravo à Monique Leyrac dans L’Opéra de quat’sous à l’Orphéum où il connaît l’extase; il a 21 ans, il signe Michel Rathier une pièce qu'il ose aller porter à l’hôtel Ford pour un concours de Radio-Canada .Aujourd’hui, à 50 ans, Michel Tremblay revient pour nous sur ces découvertes, ces passions, cette fréquentation des théâtres et ces rencontres fortuites qui, toutes, ont eu une influence sur sa vie, et dans son oeuvre.Il l’avait fait en 1990 pour ses premiers émois de cinéphiles avec Les Vues animées, il le fait pour ses classes de dramaturge avec Douze coups de théâtre; il le fera peut-être pour la musique, il est mélomane; il annonce déjà à la fin de ce livre-ci « un autre livre » sur sa rencontre et son amitié avec André Brassard.Après l’oeuvre théâtrale et ^ Les éditions TROIS ^ présentent 11® 29® Mair Verlhuy FENETRE SUR COUR : VOYAGE DANS L'ŒUVRE ROMANESQUE D’HÉLÈNE PARMELIN TROIS 3 Iditions IROIS En vente chez votre libraire monde DOUZE COUPS DE THÉÂTRE •ssæ l’oeuvre romanesque, il y aura donc chez Tremblay l’oeuvre mémoriale.M’est avis qu’elle sera exceptionnelle.Tremblay a le sens inné du récit et de ses digressions.Et ce sens s’affine dans le récit de son enfance, hors des sentiers tortueux de la fiction.Dans l’un des textes de Douze coups de théâtre, sur le souvenir (l’Un simple soldat de Marcel Dubé à la télévision en 1957, l’un des meilleurs textes de l’ouvrage, il raconte que son père étant devenu presque sourd il dut, après l’émotion provoquée par le teléthéâtre, lui raconter la pièce.Au moment de se coucher, passant devant la chambre de sa mère (omniprésente dans cet ouvrage de mémoire), il entendra celle-ci dans l’obscurité lui dire : « T’es bon pour conter des histoires.».Dans une langue parfois déformée (« la chicane avait monté d’un cran ») qui est celle de son oeuvre, où s’exprime un univers de dérision et de défaitisme, et que l’on a appelé jouai, Michel Tremblay sait viser juste, trouver la couleur des émotions, l’odeur des souvenirs.Lorsqu’il raconte son « vrai monde », il manie à la perfection le langage de la confidence, le parler direct, coloré et franc, dans des métaphores burlesques.On entre dans son monde, on se prend à « parler Tremblay », et l’auteur réussit ce qui est particulier aux grands conteurs, il attire, il retient, il fascine.Le ton l’emporte sur le style.Ces récits deviendront, à mon avis, une part majeure de son oeuvre.Donc, il allait régulièrement au théâtre, le petit Tremblay du Plateau qui livre des poulets pour se payer ses billets en cachette de sa mère.Pourquoi ?Les « annonces » qu’il voit dans La Presse.ce qu’il en entend à la radio, à la télévision .tout cela l’attire.Sa mère lit Radiomonde et rêve tout haut des vies d’acteurs.Elle a un faible pour la voix d’Estelle Caron, la gueule de Joseph Cotten .Voilà une explication : « pour moi, le théâtre, probablement parce qu’il m’était défendu, était un endroit clos et un peu suspect où l’on pouvait révéler des choses secrètes qu’on ne pouvait pas dire à la télévision ».Tremblay, qui va dès 14 ans flirter avec le danger de l’inconnu, le sexe anonyme dans les fourrés du Parc Lafontaine et de la montagne, a vécu ses « deux heures décisives » le même soir que son dépucelage.Il a compris que le théâtre est l’univers de la transposition, des fantasmes organisés.Il dit le devoir à Buissonneau avec « une pochade assez quelconque » de Guillaume llanoteau, La Tour Eiffel qui tue, où les audaces et les trouvailles de Buissonneau, qui recrée Paris avec « des séchoirs à linge de bois extensibles », l’émerveille ; Tremblay rencontre le deus ex machina : « je sus tout de suite qu’il fallait qu’un jour j’en fasse partie ».On trouvera dans ces souvenirs les portraits sans retouches de la mère et du père, couple uni dont il verra (en observateur remarquable) l’amour non dit, la tendresse tue, l’indéfectible association.Lui, « un orateur de taverne » qui parle peu à la maison, qui devient sourd (on pense à la figure du père dans Bonjour, là, bonjour), et TYemblay écrit : « mon adolescence hantée par son silence ».Elle, qui parle beaucoup, qui discute et débat, qui livre avec son fils des batailles d’arguments, qui « brasse sa sauce à spéghatti» lorsqu’elle est contrariée; et qui lui donne le bonheur d’une grande complicité.Tremblay ne nous avait pas encore dit à ce point le bonheur de la rue Fabre dans la chaleur ronde d’une mère « ostineuse » et coquine, qui était la fille d’un marin français disparu et qui passa ses jours entre balcon et fourneau dans des appartements peu éclairés.à jouer pour lui un rôle qui ne s’écrit pas.Ce n’est pas que de théâtre dont parle Tremblay dans Douze coups.C’est de tout et de rien, la grand-mère qui lit du Henry Bordeaux dans sa chambre, l’acteur qui le ceuille dans la rue pour le séduire et lui fait écouler ’l'ristan und Isolde, son père qui l’embrasse dans le cou lorsqu’il s’est endormi sur son épaule au Forum, les fausses batailles pour prendre la chaise berçante de la mère quand elle allait se coucher, sa mère qui lui raconte Since You Went A way et l’effet que les malheurs de Joseph Cotten avaient eu sur elle en 1945, tout cela qui l’a fait, et l’a amené à produire une oeuvre gigantesque, irremplaçable.?Douze coups de théâtre, Michel Tremblay, Leméac, 265 p.HENRI TROYAT FLORA GROULT I/' coup de la Reine d’Espagçe FRANÇOISE: DORIS Au nom du père et de la fille FRANÇOISE Flammarion Flammarion Flammarion Flammarion Flammarion Flammarion Cet été, faites-leur une place au soleil!
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