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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier D
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1992-06-13, Collections de BAnQ.

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WÊmmmm • le plaisir des ivres rOampigny-, expose ROMÉO SAVOIE MÉMOIRE DE VILLE 4380 St-Denis, Mil, Qc H2J 2L1 Tél.844-2587 Le Devoir, samedi 13 juin 1992 DES MOTS À L’OREILLE Les lectures publiques d’oeuvres littéraires fleurissent à Montréal Stéphane Baillargeon ftS MIDI, aujourd’hui même, les écrivains en-I % vahissent la ville.En ce samedi 14 juin, les I ¦ textes de quelques auteurs animent un coin I I de Montréal, le Carré Saint-Louis, lors d’une I m lecture publique qui devrait durer un peu plus I] M de 50 minutes.L’événement va rappeler que ce lopin de verdure, maintenant défiguré par l’affreux immeuble de l’Institut d’tlotellerie du Québec, constamment agité par les prostituées, les robineux, les badauds, les « junkies » et les touristes de tous poils, est depuis belle lurette la muse des poètes et des littérateurs québécois.Au programme : des extraits de textes des monuments de la littérature nationale, comme Robert de Ro-quebrune, Louis Fréchette et surtout Émile Nelligan, qui habitait tout près du Carré et dont on lira le poème Les vieilles rues.Le reste appartient à des contemporains, dont Michel Carneau, Pauline Harvey, Dany Laferrière, Hélène Pednault (avec un texte précisément intitulé Carré Saint-Louis).Cette lecture publique est l’initiative de l’Union des écrivains et des écrivaines québécois (UNEQ), avec des écrits « mis en lecture » (comme on dit mis en scène) par Claude Moise, qui fit un travail similaire pour Paroles de Femmes, au Spectrum, cet hiver.Elle a choisi trois comédiens, Brigitte Paquette, Martine Rochette et Jean L’Italien.L’acteur de 34 ans se dit enchanté par l’expérience : « Au contraire du théâtre où on doit entièrement s’approprier le texte dans son corps et ses gestes, ici, tu es tout seul face à un public qu’il faut gagner par ta voix, tes intonations, ton « émotion sonore ».Laisser le dire se faire, renouer avec ce que parler veut dire, comme dans l’ancienne poésie héroïque (surtout celle d’Homère), qui était toujours une littérature orale, composée à mesure par des aèdes le plus souvent illettrés, qui émouvaient leur auditoire.L’Italien se dit particulièrement touché par le poème de Jacques Brault intitulé Rue Saint-Denis.Il répète les mots de sa voix grave et chaude.La cigarette baveuse et blême / Le soleil de six heures sur l'épaule / La rue qui fait un bruit de vieux sous noir / Et dans chaque vitrine le chromo de ma peine / Clochard de mes amours histrion de mes jours / Je m’en vais oui je m’en vais pour de bon / Je n 'en vais avec dans ma main la chaleur de mon autre main / Les cloches sonnent rue Saint-Denis la morose.« C’est d’une tristesse infinie, constate le comédien-lecteur.Quelque chose comme la première demi-heure dans un char quand t’as branché le silencieux par en avant.(.) Il faut que quelqu’un soit ému samedi, pour me prouver que j’ai réussi à faire sentir tout ce que ce poème, que je viens de découvrir, recèle de force et de peine».« L’événement est là pour ça, commente Jocelyne Dazé, directrice des Communications de l’UNEQ.Voici l’occasion privilégiée de faire redécouvrir des textes oubliés, parlant de quartiers familiers».L’Union orchestre deux autres séances au cours des festivités du 350e : le 30 août, sur le parvis du Marché Bonsecours, dans le Vieux-Montréal, un édifice entièrement rénové, et le 13 septembre, au Square Saint-Henri, dans l’Ouest de la Ville.' « Idéalement, on voulait couvrir tous les quartiers impor- h ; PHOTO JACQUES GRENIER / > «H •*v\> R*» - ¦ 'W„> J.• - ' .¦* J fi 'P >9 » tants, explique Mme Dazé.On a manqué de fonds.Dommage ! ».D’autant plus que ces lectures publiques constituent un juste retour des choses dans cette ville plus que trois fois centenaire où elles ont connu leurs heures de gloire.Par exemple, avec les cénacles de la toute fin du siècle dernier, comme les réunions de La Pléiade, inspirée par E.Z.Massicotte en 1890, et le Club Sans Souci, de tendance décadente.Puis, à l’hiver 1894-95, avec le Groupe des six éponges (sic), réunies chaque samedi soir, au café Ayotte, rue Sainte-Catherine, autour des « tours de Babel », grands verres à bière qu’on remplissait du « liquide tonifiant ».Les six éponges gonflées à bloc se cachaient sous des pseudonymes extravagants, qui auraient plu à Raoul Du-guay et à d’autres animateurs de la scène contre-culturelle de nos tripeuses et bohèmes années 1970 : Jean Gha-Hu dit Paul Phyr (Henry Desjardins), Carolus Gla-tigny, Falo del Ruggieri.Le clou de leurs « saturnales » étaient la lecture de textes personnels ou d’oeuvres incontournables de Villon à Verlaine.Mais les plus célèbres lectures publiques se sont déroulé dans le cadre de l’École littéraire de Montréal, à partir de 1895.La quinzaine de membres se donnaient des airs de l’Académie française.À partir de 1898, ils se réunissaient le plus souvent au Château de Ramezay où eut lieu la première lecture du poème Quippo, d’Arthur de Bussières, « un des plus vibrants sonnets exotiques qu’ait jamais connu la littérature canadienne-française » (Paul Wyczynski).Le 24 février 1899, pendant une séance publique organisée dans l’amphithéâtre du Monument national, les participants ont lu pas moins de 43 textes en vers et en prose.Un reporter de La Patrie écrivit alors que « de tels séances sont comme le nectar ».Le 26 mai, le jeune Nelligan lisait sa Romance du Vin « crinière au vent, l’oeil enflammé, la voix sonore », et suscitait « applaudissements, poignées de mains et félicitations ».L’habitude survit autour du Nigog au tournant des années 1920 et chez les Automatistes, autour de la Deuxième Guerre mondiale, où les soirées de discussions étaient souvent entrecoupées de lectures de textes de Claude Gauvreau ou d’autres jeunes amis du peintre Paul-Émile Borduas.En 1970, La nuit de la poésie a même permis à ce poète-dramaturge maudit de sortir de l’ombre, pour un temps, avant son suicide, en 1971.De nos jours, l’aventure se poursuit.La nuit de la poésie a momentanément repris du service l’année dernière.Le Festival de la poésie de Trois-Rivières et le Festival de Trois (organisée par la revue du même nombre), à Laval, donnent annuellement la chance aux poètes.L’UNEQ organise aussi environ 200 lectures-rencontres par année, surtout avec des écoliers et des étudiants qui viennent entendre et questionner des auteurs.Depuis deux ans, la Commission d’initiative et de développement culturels de la ville (CIDEC) et le club du livre Québec loisirs permettent aux ouvrages primés par le Grand Prix du Livre de Montréal d’être mis en lecture, notamment dans les maisons de la culture et les bibliothèques de la ville.Cette année c’était le tour de Passages du romancier Émile Ollivier, d’origines haïtiennes.En avril, la langue de feu de cet écrivain original était Voir page D-2 : Des moto PHOTO JACQUES NADEAU Anthony Hyde ANTHONY HYDE de la science et de la poésie Au confluent Marie-Claire Girard IL Y A un côté Dr Jekyll chez Anthony Hyde, un côté sombre et secret mis en relief par sa chevelure blanche et ses yeux gris acier qui semblent fouiller l’âme de son interlocuteur.Et quand cette première impression s’estompe, quand la gentillesse et la vive intelligence de l’écrivain dominent la conversation, on se rend compte que le côté sombre et secret a été transféré à certains personnages de ses romans, une façon comme une autre (et certainement pas la plus mauvaise) d’exorciser ses démons, de régler ses comptes avec la vie, de créer un monde meilleur aussi.L’homme est fascinant : né à Ottawa dans une famille d’artistes, (son père travaillait à l’Office National du Film et était peintre) il a décidé très jeune de devenir écrivain.De son propre aveu, une quantité de romans sont restés dans ses tiroirs, des ouvrages qui ont prédécé Rex Fox, publié en 1986, et qui ne verront jamais la lumière du jour.Mais avec Red Fox, le coup d’envoi en fut un d’éclat : roman d’espionnage au goût existentialiste, à la recherche extrêmement fouillée, à l’histoire à la limite de la vraisemblance traitant d’un mythe moderne, écrit avec un indéniable talent et mettant en scène des personnages profondément vrais, le premier roman de Anthony Hyde a connu un succès phénoménal et mérité.China Lake est de la même eau, retraçant les destins d’exception d’êtres en quête de réponses introuvables, dont les vies ont bifurqué après que se soient produits des événements sur lesquels ils ne pouvaient avoir aucun contrôle, instruments d’un fatum impitoyable les dirigeant vers la destruction.Mais l’amour peut sauver d’un naufrage autrement inéluctable, et les personnages féminins du roman, des femmes belles, intelligentes et surtout intuitives, représentent la planche de salut qui va permettre aux forces de vie de suivre leurs cours, à l’oasis de triompher du désert, au bien de triompher du mal.Mais nous ne parlons pas ici d’un univers romanesque bêtement manichéen.Jack Tannis, le personnage le plus ambigu du livre, n’avait pas au départ dans la tête de son créateur, l’importance qu’il devait acquérir au cours de l’écriture.« J’avais besoin d’un personnage attaché à la base de China Lake, raconte Anthony Hyde, un personnage dont la vie avait constamment tourné autour de cette base secrète et qui, en plus, connaissait bien le désert.Le désert est également un personnage dans le livre.Et l’osmose entre ces paysages arides et stériles et Tannis en font un être quasi-minéral, incapable d’émotions, prêt à tout pour ne pas perdre le contrôle qu’il exerce sur sa propre vie et, dans une certaine mesure, sur celle des autres ».« Comme point de départ du roman, continue-t-il, je me posais des questions sur la relation entre la science et les militaires.Les scientifiques cherchent à comprendre le monde, les militaires veulent le détruire .Tout en entretenant' des buts totalement opposés, ils cultivent des contacts très étroits, amicaux, heureux même.J’ai voulu également mettre en relief différentes façons de comprendre le monde.Il y a China Lake et les scientifiques qui développent des missiles.Il y a les Indiens, leur mythologie et leur magie.Et il y a le personnage de Harper, dont la vie a été détruite, et qui représente l’ambivalence face à la science.Cette science qui tient beu de religion et en qui nous commençons à perdre foi.La porte s’ouvre devant la barbarie dans un tel contexte et nous ressentons cette confusion d'une façon absolument fondamentale ».Cet aspect philosophique et métaphysique sous-tend un roman plein de rebondissements, de poursuites haletantes, de frôlements avec la mort et de mystères apparamment insolubles.Mais il y a aussi des scènes d’amour d’un érotisme torride, moments où David Harper et Anne, la femme qu’il aime, atteignent un autre niveau de conscience, tendent à se fondre avec l’univers, à se propulser au-delà et par-delà les perceptions habituelles d’un monde offrant somme toute peu de défis.Anthony Hyde explique à ce propos que c’est Voir page D-2 : Hyde SOMMAIRE Le plaisir déliré l’été À la plage ou sur le balcon, il y a des livres qui se dégustent surtout l’été.Tous ceux qui attendaient que vous ayez enfin des loisirs à mettre à leur disposition.Le Plaisir des Livres a interrogé plusieurs de ses collaborateurs, qui vous suggèrent quelques incontournables parmi les meilleures parutions de l’année : Science-fiction, récit de voyages, littérature jeunesse, roman européen ou québécois, bande des-sinée, essai québécois et étranger.Mais avant toute chose, Normand Cazelais fait un survol de la littérature de voyage, questionne les guides en tous genres, pour ceux qui veulent parcourir le monde, mieux découvrir le Québec aussi.« Car tout peut s’avérer un incitatif au voyage, écrit-il : un air de guitare andalou, un parfum évoquant la mer, une peinture de la campagne anglaise, une orange cueillie au Maroc, un tapis dru et soyeux tissé en Turquie ou dans les Himalayas, des amis se rappelant des souvenirs agréables ».Pages n 4 et D 5 nou^AÜ] s» s punts au h s n MAI ROBERT LAFFONT BLANC COMME VEUVE Frances Fyfield LES PETITES SŒURS DU MAL Celia Dale «Grâce et Janice auraient pu être imaginées par Patricia Highsmith dans un décor lugubre et déprimant qui fait, lui, penser aux plus belles réussites de Rendell.Mais Celia Dale possède, en plus d'une imagination fertile et torturée, une plume douée d’un pouvoir réaliste hors du commun.» François Rivièr e/Libération 23,95 $ «Avocate elle-même, Frances Fyfield apporte une dimension de plus à l’enquête.Un roman policier passionnant, aux ressorts psychologiques angoissants.» P.D James «Ce premier roman d’une avocate londonnienne est merveilleusement british, diaboliquement compliqué et captive le lecteur de bout en bout.» 24,95 $ Publishers Weekly D-2 ¦ Le Devoir, samedi 13 juin 1992 ssse ',IH il] I5S el 'æ '±m rââ fi>8 • leplaisirdes ivres Aquin retrouvé Odile Tremblay Entre les lignes qui liliei milieu du lac Léman pendant que je descends au fond des choses.Encaissé dans mes phrases, je glisse, fantôme, dans les eaux névrosées du fleuve et je découvre, dans ma dérive, le dessous des surfaces et qmage renversée des Alpes.» Rares sont les incipits vraiment célèbres dans nos lettres québécoise.Mais celui-là est resté gravé dans bien des mémoires, ouvrant sur un des livres les plus baroques, les plus flamboyants de la littérature québécoise, et, à ce jour, sans équivalent, cet hallucinatoire Prochain Episode composé dans la fièvre en 1965 par un captif nommé rçubert Aquin, inculpé pour terrorisme.Hubert Aquin est tellement connu, vie et mort confondues dans le mythe qui l’entoure, que les « aquiniens » pensaient peut-être ne plus rien avoir à se mettre sous la dent, après avoir exploré la carrière d’écrivain, de scénariste, d’activiste politique de celui qui choisit le s\iicide en 77.'.Mais il fallut attendre 1992 pour le soit enfin publié le journal Aquin, en autant que l’on puisse appeler journal ce mélange d’agenda, de carnet de lectures, de confessions, de réflexions, sur des périodes d'écriture frénétique entrecoupées de longues interruptions.Réunis aujourd’hui, tous ces fragments composés de 1948 HUBERT AQUIN JOURNAL 1948-1971 Satt.on cntnfvê «to&i>* pf fiemao BtoQr.ot iTTERAIunf à 1971 sont un grand moment de lecture et une descente en bathyscaphe dans les profondeurs de cet homme qui jamais ne mit d’écran entre le monde et lui-même, mais se laissa blesser, et s’observa le faire avec un courage et une clairvoyance qui furent sa gloire et sa perte.« Ce que je découvre en moi me consterne », écrivait-il pourtant.Son malheur intérieur fut sans fond, et la source même de la poésie de son écriture.Le journal vient éclairer toute l’oeuvre d'Aquin en contrechamp, alors que s’y profile, omniprésente, la silhouette de la mort, hantant les écrits de celui qui vécut avec rage et passion son trop-plein de vie dans l’obsession perpétuelle d’y mettre fin.À travers ses yeux, la mort apparaît comme un véritable art de vivre, un bouclier contre la médiocrité, un idéal de samouraï à la Mishima.« Depuis que je pense à la mort, il n’y a plus de tranquilüté pour moi, ni de vrai repos, mais une étreinte éperdue, un désir fou ».Et aussi « La mort m’habite.Tout ce que je fais est posthume.» Sans doute parce que ces pages sont éparses, écrites au long de l’inspiration, plutôt qu’épousant le quotidien des jours, elles se penchent sur les grandes questions, loin de l’anecdote, interrogent la vie, l’amour, l’art, la mort.C’est ce qui les rend si capitales, si fascinantes.Se dessine en fond de scène une période charnière pour un Québec en train de muer, que cet acteur témoin traverse en éclaireur.Toute l’ambiguité d’Aquin face à une patrie qu’il rêva tant indépendante, se retrouve dans la liste de ses lectures, si rarement québécoises (avec quelques exceptions tout de même, Anne Hébert, son ami Jacques Languirand), à travers laquelle se révèlent l’immense érudition d’Aquin, ses influences, ses obsessions, lui qui en novembre 59 se plongeait dans La Signification métaphysique du suicide de Camille Schuwer.Ouvert sur le monde, ce nationaliste passionné fut nourri par ses voyages en Europe, fécondé par la lecture de Nabokov, de Miller, de Claudel, de Julien Green ; d’où la modernité avant-gardiste de sa prose, à l’heure où tant d’autres étouffaient dans nos frontières.Avec Grandbois, Aquin fut un des moins québécois des écrivains québécois, en peine d’amour perpétuelle avec un pays qu’il sentait, comme lui- même, en danger constant d’engloutissement.« Je ne m’accomplirai que dans la catastrophe », prédisait-il.Jamais Aquin n’accepta de flirter avec le médiocre, ni dans ses positions politiques, où il s’est voulu révolutionnaire ou rien, ni dans l’amour, que déjà à 19 ans, il rêve absolu, et gémit de se heurter à ses limites, à cette part de l'incommunicable « si épeuranle entre deux mortels qui s’aiment ».« Y a-t-il jamais d’amour que sacré ?», demandera-t-il quelques années plus tard.Lui qui aima et trahit tant de femmes, aspirait par dessus tout aux étincelles du choc amoureux où l’individu se dissout, car « on abîme la vie en acceptant tout, n’importe quoi à la place du meilleur».La lecture du journal d’Aquin est aussi, surtout peut-être, une approche du processus créateur dans son intransigeance la plus pure.« L’art doit toujours aller trop loin ».L’écrivain, en quête d’une épure perpétuelle, se décrit lui-même coupant, réduisant, cherchant à ne sauver que l’indispensable, condamnant sans pitié l’excès de mots en littérature.« Car on ne lit pas Proust, Balzac, même Gide pour un divertissement, mais pour être emportés avec eux dans un autre monde qui nous révèle certaines inconnues de la vie », déclare-t-il.Telle fut également la recherche de cet écorché des lettres québécoises dont on comprend beaucoup mieux la mort en pénétrant plus intimement la vie.?Journal 1948-1972, Hubert Aquin, édition critique établie par Bernard Beugnot, BQ, 1992.L £ :i:si s à V I U' i 1 i I n U U1 I ifj Uk I I U JA à inn il = zi Louise Leduc li’E Tin ’EXPOSITION « Le monde de tin » : voilà un bon prétexte pour sp replonger dans l’univers du célèbre reporter.Évidemment, on peut aussi amener les enfants pour sauver les apparences ! En première partie de cette mini-ejcposition, on peut relire sur grands panneaux en couleurs des extraits des aventures les plus abracadabrantes de Tintin.En (Deuxième partie, on apprendra comment Hergé (un pseudonyme fôrmé des initiales inversées de son virai nom- Georges Remi) donne vie à ses personnages.Des premiers croquis jusqu’au choix du titre en passant par de nombreuses étapes intermédiaires, on comprendra vite que la conception d’une bande dessinée, c’est du sérieux ! L’exposition est présentée au Vieux-Port (près du bateau Transit ’92) jusqu’au 15 septembre et les heures d’ouverture sont de 10 h à 22 h à tous les jours.Lancement des deux derniers numéros de « Gaz moutarde » LORS du lancement des deux dernières parutions de cette revue littéraire, les poètes qui ont participé à sa rédaction liront des extraits de leur oeuvre.Nathalie Noel, auteure de plusieurs textes, présentera « Zo’hio » qui fait dans le calembour et le jeu.David Hince, directeur de la revue, lira quant à lui des extraits de« Junta », une oeuvre surréaliste.C’est au Club Continental, le 18 juin, 4171 St-Denis, de 17 h à 19 h.« Littératures actuelles » CETTE SEMAINE, on consacrera toute l’émission à la littérature canadienne anglaise.Marcel Lebine commentera le dernier roman du controversé Mordechai Richler, « Gursky ».On y parlera aussi d’Élizabeth Smart, Michael Onddatje, Alice Munro, Isabel lluggan, Nino Ricci et Mavis Gallant, une Montréalaise.À Radio-Canada FM,le 14 juin à 14 h 30.Prix Victor-Barbeau 1992 LE LAURÉAT de ce prix décerné par l’Académie des lettres du Québec est M.Jean Larose, professeur à l’Université de Montréal.Son essai L’amour du pauvre, publié aux Éditions Boréal a séduit les membres du jury par sa pensée vigoureuse et son ton spirituel.La littérature enfantine à la Librairie Demarc LA LIBRAIRIE Demarc reçoit le 13 juin de 13h à 16h les auteurs Bertrand Gauthier et Marie-France Hébert et l’illustrateur Daniel Sylvestre.Pour rencontrer ceux qui donnent vie aux héros des enfants, rendez-vous au 1691 est, rue Fleury.HISTOIRE DE L’EUROPE Écrit par 12 historiens européens Hachette, 382 pages RETRAÇANT l’Histoire de l’Europe du Moyen Âge aux Temps Modernes, ce manuel scolaire très visuel s’adresse aux étudiants de la future C.E.E.Chacun des douze historiens y a écrit un chapitre, sans que cela ne nuise à l’unité de l’ouvrage.Des peintures, des cartes, des caricatures, des photos donnent vie aux dates et aux événements.Quoique le livre s’adresse d’abord aux lycéens, il peut s’avérer très utile à quiconque veut se recycler en histoire sans se taper de briques fastidieuses.Tout y est, quoique décrit brièvement, et les caractères gras mettant en relief les passages importants permettent une lecture rapide.FIS DE LA HAINE Rachid Boudjedra Denoel, 141 pages Un ouvrage cinglant, passionné qui a pour but la dénonciation du FIS ( Front islamique du salut) parti politique fondamentaliste algérien.Déjà, le titre donnne une idée assez juste du ton qu’emploie cet écrivain algérien le plus traduit dans le monde.Et ce titre n’est qu’un prélude où les bémols n’ont pas leur place.« La pathologie du FIS est très profonde et très grave.Ils sont à la fois des illuminés de Dieu et des fous de Dieu, mais aussi ce sont des politiciens qui ne reculent devant aucun compromis, prêts à s’allier au diable pour prendre le pouvoir et faire régner la terreur verte afin de voler, de piller et surtout d’enrichir leurs financiers, leurs trésoriers tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.».Bref, un pamphlet politique au sens le plus littéral du terme.LA VÉRITÉ PAR LE MENSONGE Mario Vargas Llosa Gallimard, 255 pages CE ROMANCIER péruvien jette ici un regard sur le roman au XXe siècle.Il y analyse entre autres Le docteur Jivago, Lolita et Le Meilleur des Mondes afin de prouver sa thèse selon laquelle la vérité s’affirme à travers le mensonge de la fiction.On doit entre autres à Mario Vargas LLosa, qui reçut le prix Hemmingway en 1984, « La Maison verte», « L’Homme qui parle » et « Contre vents et marées ».HELVÉTIE Maurice Denuzière Denoel, 638 pages Ceux qui ont lu Louisiane d’un trait se réjouiront de la parution d’Helvétie, du même auteur.Cette'1' fois, le célèbre romancier entraîne 1B les lecteurs sur les rives du Lac Léman, où la douceur de vivre dans s h le canton du Vaud fait figure d’oasis 1 ' dans une Europe à feu et à sang en,! s ce début de XIXe siècle.Fidèle à lui-J^ même, Denuzière raconte maintes, 18 péripéties amoureuses et destinées ’ 1 romanesques qui se déroulent dans ¦7 un décor pour le moins enchanteur.UNE HISTOIRE DE LA FRANCE Jean-François Chiappe Éd.Perrin, 504 pages « Lorsque Marie de Medicis vit f.J apparaître le cadavre de son époux, i / pllp c’^pria • -Hélas! Le Roi est mort ! Le chancelier de Sillery la reprit ' * gravement : -Madame, les rois ne meurent pas en France.Il désigna respectueusement le petit Louis Xlll : Il -Voici le Roi, Madame» k C’est ainsi que Jean-François i Chiappe décrit la mort de Henri IV as dans un ouvrage historique à saveur ni de récit.Ici, l’auteur de La Vendée ;-j en armes et de Louis XVI- deux «q ouvrages colossaux- présente les vt protagonistes de France sous un ' •>! angle personnel.Il ne leur prête pas *;t d’intentions mais laisse plutôt parlera les faits historiques.En pages .'b liminaires : des repères ;1 chronologiques qui s’étendent de 800 ai avant Jésus-Christ à 1981.En mi annexe : 14 pages de cartes ¦ >.a géographiques.Un ouvrage qui allie ^ la rigueur intellectuelle à l’anecdote • I et au portrait.>7 ' Il (/' + Des mots particulièrement bien servie par les domédiens Widemir Normil, Néfer-tari Bélizaire et Joanne Côté qui ont profondément ému la salle de la Chapelle historique du Bon Pasteur.Et depuis quelque temps, la litté- rature se parle particulièrement à la librairie Gallimard, rue Saint-Laurent.Chaque dimanche ou presque, elle y organise des « événements », le plus souvent des rencontres avec des auteurs d’ici, ou de passage, qui acceptent de lire ou de faire lire des extraits de leur oeuvre.Prévert n’é- tait plus là pour donner son consentement.On l’a quand même célébré au début du mois.Une quarantaine d’autres y sont passés depuis plus de deux ans.L’organisateur de ces rencontres, le libraire érudit Alain Napoléon Moffat, est particulièrement fier des nsfiW uinm VERS LE SUD Johanne Jarry ROMAN Les rêves d’Afrique, les amis, les livres, la pluie et le fauteuil du psychologue.Vers le Sud nous entraîne dans l’univers de Susie.Diffusion en librairie: Dimedia, 127 pages, 15.95$ éditions du remue-ménage succès remportés par Paul Nizon, Mavis Gallant, Jean Grenier, Robert Lalonde et Réjean Ducharme.Il avoue aussi un faible pour les lectures publiques d’oeuvres poétiques : « C’est notre péché mignon.La poésie se prête bien à un jeu dont les anglophones perpétuent la tradition depuis des décennies.Elle revit dans les cercles francophones depuis quelque temps et on est très fier de participer au mouvement.Les rencontres avec François Charron, Nicole Brossard, Paul Chamberland et Fernande Saint-Martin étaient mémorables ».Aux yeux de Napoléon Moffat, rien ÜHi LÀ OU VOUS RISQUEZ LE PLUS DE TROUVER plus de 100 000 litres sur tous les sujets 1246 rue St-Denis Cet été, f faites-leur une place au soleil! FRANÇOISE DOWN Au nom du père et de la fille FRANÇOISE i Flammarion Flammarion Flammarion Flammarion Flammarion Flammarion de tel pour attirer les gens vers la lecture, leur faire découvrir des oeuvres négligées ou oubliées.Rien de tel surtout pour dépasser le mandat strictement commercial de la librairie : « Le libraire se tient à cheval sur la culture et le commerce, mais les rapports marchands ne doivent jamais l’emporter.La vente des livres permet à la littérature de circuler.Or la culture ne peut survivre que si on la rend dynamique, essentielle, vivante au coeur de chacun.N’est-ce pas là la mission de ces lectures publiques?» + Hyde peut-être dans l’amour et la complémentarité physique, dans la jouissance alliée à la connivence intellectuelle qu’existe un chemin.Fît pour cela l’acte d’amour ne doit pas être un acte de pouvoir.Cérébral tout ça ?China Lake est pourtant un roman extrêmement visuel où Anthony Hyde décrit avec une précision qui n’exclue pas la poésie, les canyons, les grottes, les pierres du désert et le ciel constellé d’étoiles recouvrant ces paysages étranges et inhospitaliers.Fit où les protagonistes doivent remonter le passé pour désamorcer les champs de mines qui parsèment leur vie.« Harper, continue Anthony Hyde, a besoin de retourner sur les lieux de son échec, de devenir un homme différent pour comprendre ce qui lui est arrivé.Fît pour moi il s’agit d’un thème important, le seul moyen d’appréhender le présent par la redécouverte du passé».Anthony Hyde est un pur produit des années 60.Il a milité dans les mouvements de gauche.Ottawa étant une ville de mots, il a travaillé et écrit pour le gouvernement fédéral.Puis un jour, sa femme lui a dit de ne plus penser à l’argent et d’écrire puisque c’est ce qu’il désirait faire par-dessus tout.Red Fox a été le résultat.Il avoue pratiquer un métier un peu bizarre, mais à cause de son milieu familial, alors qu’il était enfant, cela lui semblait parfaitement naturel de vouloir gagner sa vie en écrivant des romans.Le succès de Red Fox l’a étonné et lui a donné confiance en lui-même.À la fin de la trentaine à l’époque, An- roman thony Hyde s’est rendu compte que 1 son chemin était tout tracé et qu’i|r n’avait d’autre choix que de conti-'" nuer à écrire.*-' mais écrit ses romans sur un ordH l nateur dans une pièce transformée1 en bureau à son domicile d’Ottawa.“ Hyde a besoin d'une certaine tran1 ' quillité pour écrire et de la proximité * de personnes familières.Il a passé > l’hiver dans le sud de la France, à là ’ campagne, et les cafés, les bistrots1, ' l’animation sont venus nourrir sd' prose.Comme ses personnages, Anthony I Hyde cherche des réponses.Écriré' des livres est sa façon à lui d’ordon ner un univers chaotique.Fil avec le*' roman d'espionnage, l’écrivain peut' se permettre le luxe de s’intéresser à1 la science en y instillant une bonne ’ dose de poésie tout en pratiquant un* art de styliste.Un alliage qui a le méJj rite de confondre des intérêts et des | goûts en apparence contradictoire-1 s.Et le désert de China Lake avec ldj beauté et le danger qui se côtoient' représente, sous le ciel rempli d’étoi-’ les glacées infiniment lointaines, la’ métaphore même de cette contra" diction avec laquelle il lui faut bien ' vivre.JEAN MARCEL Pensées, passions et proses rSSAfi lrf'(1:KAIKl S rimxMxtv * Jean Marcel 1 .auront Mailhot Pensées, passions et proses Essais littéraires — 402 pages - 24,95 $ Les lignes majeures des sujets qui ont pu hanter Jean Marcel pendant des années se reconnaissent dans ces essais éclectiques portant sur la langue et l’identité, la littérature québécoise, le cinéma et l’opéra, ainsi oue la forme de l’essai.Sans oublier la passion de la prose lue chez Hypatnie et Lionel Groulx, Pierre Vadeboncoeur, Gérard Bessette, Richard Wagner ou Félix-Antoine Savard.Une démarche exemplaire.Ouvrir le livre Essais littéraires — 354 pages - 26,95 $ Ces textes, dispersés sur une vingtaine d’années et deux continents, abordent les principaux genres littéraires.La poésie de Brault, Miron, Hénault.Le roman et ses langages depuis I960, en particulier chez Yves Thériault et Michel Tremblay.L’écriture de l’essai, notamment chez Fernand Ouellette et Pierre Vadeboncoeur.Un regard sur le développement du théâtre québécois.Des synthèses remarquables.MnTf fnCTIIfllflffK-TJMH.! M-ll ! B I.AUKI NT MAII.HOI Ouvrir le livre l'.sMSiflimMKj.s i ni \A(irrvi \ i Le Devoir, samedi 13 juin 1992 M D-^, • leplaisirdes ivres À l’écoute du vent du jour LISE ET LES TROIS JACQUES Jean O’Neil Montréal, Libre Expression, 1992, Illustrations de Gilles Archambault, 164 pages.Jacques Allard NOUS N’AVONS pas beaucoup de nouvelles du Québec dans la fiction actuelle.Peu de récits nous disent le tetnps qu’il fait dans notre âme; s’il vdnte, si bruit toujours le tremble cher à Belleau (Surprendre les voix, 1986).Peut-être, aussi, ne veut-on plUs les lire, ces nouvelles, entre les propos de la nostalgie et ceux du voyage ?Où sont les prises aussi directes qu’intimes, où l’écrivain est en reportage dans la vie proche ?On ne s’en étonne pas trop, étant donné la piètre histoire du réalisme chez nous.Pendant si longtemps, notre fiction s’est bravement envolé, comme Icare, vers une sorte de réalisme spirituel.Il a fallu le crash des années 1960, pour se frotter le ventre au réel, au contemporain, au mondain.Ce qui nous advint forcément à l’imparfait du narratif, (en surfant sur le mot de Gilles Marcotte) mais aussi dans une parole vive, politique, au mépris progressif d’une esthétique du confessionnal.Car était venu le temps de la plaisance, celui du plaisir et de l’aisance de l’écriture qui allait ensuite fleurir dans les années 70.C’est sous cette plume ailée du loisir, assez Kiteheuse mais vraie qu’il faut situer la prose de Jean O’Neil.Elle squatte naturellement l’espace de la familiarité, celle-là si chère au Galarneau (Salut Galarneau, 1967) de Godbout, tout en ayant cette complicité ferronnienne avec le pays profond.O’Neil, qui souvent, usurpe le rôle du narrateur (comme pour se donner de l’assurance), annonce dès les premières lignes son ambition : « ces récits sont tout simplement l’esquisse d’un pays.je raconte (.) ce que j’ai vu, mon pays dans son système d’éducation, dans la création de ses entreprises, dans son administration publique et dans l’émergence des générations nouvelles.» Il met en scène effective ment des personnes qui lui sont aussi chères que symboliques, incluant non seulement la Lise aimée et le Gabriel de Marieville déjà connus (Gabzou, 1990), mais tout autant un vice-président de Bombardier, des fonctionnaires aussi reconnaissables, sans parler des morts dont Gerald Bull, l’inventeur de canons (apparemment tué par le Mossad), Caflxa Lavallée qui s’est inspiré de Mozart pour écire l’O Canada, le peintre Su-zor-Côté.La manière sera celle du XIXe siècle littéraire qui prétendait « peindre», mais aussi celle du fameux « vécrire » du personnage godboutien et de sa volonté d’« ethnographier ».Avec quelques différences de taille dont celle-ci : O’Neil n’invente ni forme ni mot nouveaux.On ajouterait même que l’ancien journaliste de La Presse (et ex-fonctionnaire aux Affaires culturelles) ne travaille surtout pas à ces niveaux, tout en étant sensible au canon.Mais, formation médiatique oblige, il l’est davantage à l’expression parlée ou populaire (genre : les fonctionnaires « s’arrachaient les bras pour obtenir le pouvoir sur une poignée de bra-quettes »).Pour lui, bien à l’aise dans les pantoufles de la tradition narrative, « écrire, c’est vous dire bonjour».La socialité ici jouée devient donc sociabilité et cette écriture affaire d’amour.Trouvant son origine dans les rapports affectifs, elle n’aspire qu’à mieux y retourner, faisant du destinataire non l’adversaire savant que visait Aquin mais le passant, ami que voudra bien être tout lecteur, lui-même défini comme aussi « quidam » que l’auteur.D’ailleurs, le Jacques III est justement un lecteur qui a pris l’auteur aux mots, allant vérifier l’histoire de « Potton Springs Hotel » (voir Promenades et tombeaux, 1989).C’est donc ce tour confidentiel assez contrôlé, cette conversation narrative fondée sur l’émotion qui assurent l’originalité, l’acessibilité et sans doute le succès à ce discours.Il est très convenu mais toujours tenu sur la quotidienneté, comme un pont entre deux déclarations d’amour.C’est pourquoi Lise et les trois Marché de femmes LES FILLES DU ROI AU XVIIe SIÈCLE Suivi d’un Répertoire biographique Yves Landry Éditions Leméac, 1992, 436 pages.Clément Trudel LE SUJET semble de prime abord affriolant.Tout sur les Filles du roi, « orphelines en France, pionnières au Canada », vous serait conté ?De fait, 64,4 % étaient orphelines de père et de mère, mais on retrouvait aussi parmi elles des veuves ! Tableaux et courbes (pour démographes, s’entend) se succèdent ici pour manifester à quel point il reste des points obscurs, en raison de la disparition d’archives - lors de la Commune de Paris, notamment.Pour 15% des quelque 683 cas retenus, on ne connaît pas exactement la date de naissance, et 50 % de ces filles du roi avaient de 18 à 25 ans au moment de l'immigration.De fait, il a retracé 737 filles du roi qui contractèrent 955 unions.Nous en savons assez, par cet ouvrage d’Yves Landry, pour atténuer certains jugements durs portés par l’intendant Talon ou par Marie de l’Incarnation — jugements qui donnèrent si bonne bouche au baron de Lahontan et à ceux qui l’ont cité pour décrier ces filles lancées ainsi sur un « marché matrimonial » fort achalandé.Il y eut, autour de 1663 jusque vers 1680, de 6 à 14 fois plus d’hommes que de femmes nubiles en Canada.(L’ouvrage ne tient pas compte des 1200 hommes du régiment de Carignan, seulement des colons et immigrants).Une tradition orale tenace voudrait même que certains Canadiens pressés auraient accosté les navires pour mieux juger de la qualité des immigrantes et bénéficier d’un premier choix, mais attention, la précipitation a fait que bien des promesses de mariage furent rompues d’un commun accord ! Suzanne Lacroix était promise à Guillaume Bertrand (1669), mais c’est Jacques Savaria qu’elle épousa en 1672; le couple s’établit à Beau-port et eut neuf enfants.Françoise Zachée, qui savait signer (ce fut le cas d’une fille du roi sur quatre), arrive de Paris en 1670; elle a 15 ans.Elle décédera 48 ans plus tard à Québec après avoir convolé trois fois, deux fois avec des « bourgeois » — elle eut deux enfants du premier et, à 46 ans (1701) elle épousera René-Louis Chartier, sieur de Lotbinière, auquel elle survécut quelques années.Ce qui peut sembler un cas d’idylle d’une protégée du roi.Ce n’est pas à ce niveau, toutefois, qu’opère ce chercheur au Département de démographie de l’Université de Montréal.Les quelque 800 femmes dont il est question (certaines furent rapatriées) ont quitté le sol natal « certainement marquées par une vie éprouvée ».Landry parle de la brièveté des fréquentations (il s'écoule en moyenne cinq mois entre l'arrivée et le premier mariage) ce qui réduisait la possibilité de naissances illégitimes.Il y eut une acculturation bénéfique pour ces filles du roi qui pouvaient espérer vivre jusqu’à 61 ans en moyenne (seules les Genevoises, à l’époque, avaient une espérance de vie plus longue, d’après les travaux cités par Landry).Il s'agit bien d’un ouvrage de spécialiste.Landry argumente, contredit, apporte des nuances aux recher- DONNEZ* Hoi DES AILES Société Pour Les Enfants Handicapés Du Québec 3300 outil, boultvard Rtné lévttqut, Montréal (Québte) M3M2R5 Tél : (514)937 6171 VVES LANDRY Orphelines en France pionnières au Canada Les Filles du roi au xvue siècle \uni if un Repertoire biographique de* Fille* du roi bv > tairr ¦ • s fi La désinvolture du poète LES PAS EN ROND Herberto H elder Traduit du portugais par Marie-Claire Vromans Arléa, Paris, 1991, 170 pages.Hervé Guay LA TRADUCTION en français des Pas en rond d’Herberto Helder est une chose heureuse.Bien que la lecture de l’ouvrage portugais déroute, au bout du compte elle stimule l’esprit, réjouit le coeur et convie à un déplacement similaire à l’exil qui fut celui de l’écrivain durant la dictature de Salazar.Ces nouvelles poétiques baignent dans une fantaisie des plus singulières.Parfois parce qu’elles partent d’un point de vue inopiné, tantôt car l’auteur s’y manifeste rebelle à toute idée convenue et à toute forme d’autorité.Ces deux pans voisins forment l'ossature de ce recueil, autrement si varié, si éclaté qu’il se laisse difficilement appréhender en bloc.Il en est ainsi des miniatures, qu’elles ne se révèlent qu’à l’obser- vateur attentif, lequel doit s’incliner tour à tour vers chacune d’elles.Ludiques également en ce qu’elles requièrent l’intimité du regard et la complicité de qui les examine.Telles ces lettres qui s’endorment dans Rêves, nouvelle en forme d’entretien avec on ne sait qui.Plus loin, une chienne déplore la perte d’un marin qui lui tenait compagnie : « À quoi bon ?Des chagrins, il n’y en a que trop.» Or, Helder écrit cela avec tellement de désinvolture, qu’il vaut mieux pour le lecteur y souscrire de la même façon.Par ailleurs, si l’écrivain étonne toujours, il ne perd cependant pas pied dans le coq à l’âne, ses courtes fictions étant bien structurées, souvent même circulaires.En fait, j’ai l’impression que lire Helder équivaut à longer la circonférence d’un cercle : on se reconnaît lorsqu’on repasse au même endroit, autrement, tout va si vite qu’on est un peu étourdi.D’autre part, il y a chez lui une nature de poète mélancolique, d’exilé qui rend émouvante en meme temps qu’implacable sa perception du monde car elle émane d’une perte, d’une blessure rémanente.D’où cette écriture en dents de scie, sismographe d’une personnalité en constante adaptation vis-à-vis de l’extérieur, néanmoins d’une fidélité à soi-même translucide.Il écrit : « Je pensais à Dieu quand les trains trépidaient sur leurs rails et sifflaient si près de moi.Quand ils s’acheminaient vers Anvers.Je pensais aux trains comme quelqu’un qui pense à Dieu : avec un manque désespéré de foi.Je pensais aussi à Dieu — un train : quelque chose qui existe sans doute, mais qui est absurde, qui part vers une destination indéfinie : Anvers — mais probablement ce n’était pas ça.» Voilà comment on s’habitue, après quelques pages de ce bref recueil, à voir succéder à la fiction la plus débridée des fragments autobipgraphi-ques en forme de réflexion.Chez Helder, les éléments les plus disparates se suivent et trouvent leur harmonie selon des liaisons magiques qui visent droit l’imagination.Je est un autre HAMILTON STARK Russell Banks Actes Sud, 1992, 345 pages Francine Bordeleau DEPUIS sa découverte de Paul Aus-ter, Actes Sud, la « petite maison d’Arles », me semble en voie de se constituer une collection de lettres anglo-américaines d’une remarquable qualité.Ce qu’illustre — une fois de plus — Hamilton Stark, un roman originellement paru en 1978 et dont se rapproche à maints égards La chambre dérobée, le dernier volet, daté de 1986, de la 7Yilogie new-yorkaise signée par Auster.Nous voilà donc en train de cerner le courant auquel appartient le romancier-culte, ce qui n’est certes pas inutile.Dans le roman de Russell Banks, le narrateur a un ami : A.Une seule initiale désigne cet homme d’une taille immense, marié et divorcé cinq fois, volontiers brutal, misanthrope, peut-être un peu fou ou, à tout le moins, étrange.Afin de trouver la vérité et l’identité de son ami, le narrateur aura un jour l’idée de faire de A.un personnage de roman et lui donnera le nom de Hamilton Stark.Mais, et ceux qui ne le savent pas encore en seront convaincus en lisant Banks, la vérité d’un être est multiple et son identité, un amalgame complexe d’indices parfois contradictoires.Ce qui n’aidera pas notre narrateur à y voir clair, « c’est que la propre fille de A.a elle aussi entrepris d'écrire le roman paternel en se servant, comme matériau, d’interviews réalisées avec chacune des ex-femmes de son père.Toutes ces perceptions différentes du personnage, ces versions serais-je tentée de dire, nous sont projetées.Au lecteur de faire un choix ?Si on veut.Mais, cette anecdote est plutôt un prétexte, le support du fiction.Car Hamilton Stark, avec son thème du roman dans le roman — un thème souvent abordé, comme personne ne l’ignore —, nous propose une réflexion assez passionnante sur la création littéraire, sur la fabrication d’un héros de fiction.Pour en arriver à cette idée que soutenait en substance Jacques Lacan : nous n’appréhendons jamais le réel comme tel, seule nous est accessible son interprétation.Et cette idée débouche, dans Hamilton Stark, sur le constat déprimant que la seule existence que nous puissions avoir est celle que nous ré- vèle le regard — incompétent — des autres.Russell Banks se laisse parfois embrouiller lui-même par ce récit qu’il a complexifié à loisir, mélangeant par exemple A.et Stark.Mais, la combinaison d’un style personnel et puissant et d’une histoire polysémique font de Hamilton Stark un roman à lire.Écrivains en marge ¦q Bi 1 ,a;»r CET OEIL, LE CIEL Tim Winton, Les Belles Lettres, Paris, 1991, 182 pages ELLE ME REGARDE Gyorgy Spiro, Les Belles Lettres, Paris, 1991, 202 pages Hervé Guay LES BELLES LETTRES ont inauguré ce printemps une collection de littérature étrangère.Leur créneau, les écrivains en marge dont plusieurs proviennent des dites petites littératures.Pour ce faire, ils ont donné à leurs ouvrages un look très accrocheur, couverture mate à deux tons contrastés et vignette style vieille photo retouchée, lequel donne vraiment envie de les lire.Parmi les nouveautés de l’automne, un court roman australien de même qu’un récit hongrois, le premier plus facile d’accès et plus réussi que le second.Tim Winton, l’enfant prodige des lettres australiennes, confie la narration à un gamin justement, Morton Flack dit Ort, rejeton de hippies.Cet épieur, dans la langue crue des jeunes de son âge, raconte les malheurs de sa famille à la suite d’un accident qui fait de son père un légume.Pendant que sa soeur aînée se consume de haine, que sa grand-mère retombe en enfance, sa mère et lui, entraînés par un mystique, trouvent la foi.Leur croyance nouvelle n’améliorera pas leur sort.Ort pré-adolescent ne sera pas mieux à même de comprendre dans quel monde il vit.Cet oeil, le ciel pose un regard Librairie o - LTstituto Italiano di Cultura et la Librairie Gallimard ont le plaisir de vous inviter à l'exposition LE LIVRE DANS L'ACTIVITÉ ÉDITORIALE DES BANQUES ITALIENNES 3700, ImiuI.Saint-Laurent, Montréal, II2X 2V4 Tel.: (514) 499-2012 • Téléc.: (514) 499-1535 Pour souligner les 350 ans de Montréal MISSION MONTREAL I *•- i trli;.'i«'ii-
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