Le devoir, 11 avril 1992, Cahier D
§ le plaisir des ivres Champigny Venez rencontrer Francine Ouellette LES AILES DU DESTIN le samedi 11 avril, de 14h30 à 16h 4380 St-Denis, Montréal H2J 2L1 844-2587 Le Devoir, samedi 11 avril 1992 » PHOTO JACQUES NADEAU La recherche des trésors à la librairie llenri-Julien.Il faut savoir grimper L’occasion fait le larron Balade à travers les rayons du livre usagé Roch Côté LES JOURS de liberté, j’avais coutume de commencer mon pèlerinage dans le livre d’occasion, rue Saint-Denis, à la hauteur de la rue Villeneuve, à peu près.J’en avais pour la journée, va chez l’un, va chez l’autre, descends la rue Saint-Denis côté soleil, côté ombre, bifurcation rue du Mont-Royal, retour rue Saint-Denis, stations multiples et ultime virage à gauche pour le Colisée de la rue Berri et point final à La Québécoise rue Amherst.Ouf ! On peut le faire dans l’autre sens mais ça monte.À déconseiller.Voilà maintenant que je devrai commencer mon pèlerinage de plus loin, de bien plus loin, au 7348 rue Saint-Denis, là-bas, dans le Nord, passé Jean-Talon, près de la rue de Castelnau.C’est là qu’un fou du livre, Rolland Bélanger, à l’enseigne de la librairie DelteU, s’est laissé envahir par l’objet de sa passion.Des étagères jusqu’au plafond, et ce n’est pas fini.« Venez voir ».Dans le petit corridor qui mène aux pièces du fond, des rangées de livres montent la garde.À gauche, les toilettes.pleines de livres.Puis une garde-robe .pleine aussi.Sur le comptoir de la cuisinette, des piles de bouquins séparent le toaster de la bouilloire et pour ce qui est de s’asseoir, il faudrait d’abord déplacer des douzaines d’auteurs installés sur les chaises.Le sous-sol est plein, m’a-t-il dit, mais là j’ai demandé grâce, j’ai cru sur parole.« La librairie de fonds n’existe plus.Le vrai fonds, il est ici », me dit M.Bélanger, professeur de philosophie pour gagner sa vie, libraire pour vivre.Ce fonds — plus de 30 000 livres — il l’a accumulé patiemment au cours d’une vie de collectionneur, de passionné du livre.Tous les mêmes.Tous les libraires que j’ai vus le sont par vice.Ils ne pensent qu’à ça.« J’ai longtemps été possessif.Au début, je regrettais de vendre un livre auquel je tenais.Mais j’ai changé.Aujourd’hui je vends sans remords.Je sais que, n’importe quel livre, je pourrais le revoir ».Faux détachement.Le trésor caché de la maison c’est le « canadiana » (le livre canadien de collection), 5 à 6000 titres, un des meilleurs fonds en ville.« Hélas ! un genre pas très populaire », soupire-t-il, de son air un peu triste.M.Bélanger, je l’avais d’abord rencontré un vendredi à la librairie Henri-Julien, rue du même nom au coin de Villeneuve.Quand ils ont congé, les libraires se visitent entre eux.Le vice toujours.Ici, Michel Lefebvre entasse « un peu de tout », mais autant que possible du beau livre, des petits tirages, des exemplaires numérotés, des éditions recherchées, des classiques.« Livres de qualité», prévient l’enseigne.Michel Lefebvre donne aussi des cours d’espagnol mais depuis cinq ans, comme libraire, il a monté en grade : il était « libraire en chambre », voilà qu’il tient boutique tous les jours à partir de midi.Le « libraire en chambre », c’est le petit collectionneur que vous pouvez rencontrer chez lui sur rendez-vous.Pour ouvrir boutique, il faut accumuler un fonds, au moins 10 000 titres.Retour rue Saint-Denis, au 4687 où « Le comptoir du livre » se distingue par une vitrine dans laquelle La doc- trine spirituelle de soeur Élisabeth de la Trinité voisine Les jardins de Saint-Augustin et L'Eucharistie dans l'art.La couleur est annoncée.Au fond de la petite boutique, sous sa branche de rameau séchée, Jésus crucifié penche une tête lourde sur un stock dense et un peu vieilli où je vois, entre autres, les deux tomes de Saint Alphonse Marie de Liguori sur La véritable épouse de Jésus.Ici, c’est surtout le vieux fonds catholique, que connaît par coeur madame Larose.Dieu premier servi d’accord, mais je vous dirai aussi que j’y ai déjà fait de belles trouvailles en poésie.Retour côté ouest et ombre de la rue, au 4440 où Guérin se spécialise dans le fonds scolaire.Manuels en tous genres, échange, reprise.Ici transitent les premiers livres que l’on connaît dans sa vie, ceux dans lesquels on a dessiné, irrévérencieux, des moustaches et des lunettes aux auteurs.Retour côté soleil de la rue où, sous une enseigne de bronzage justement, Le Litté — numéro civique 4321a — occupe une niche à part dans le marché de l’occasion.Pourquoi ce nom?« Litté, c'est la rature de la rature», répond Gilles Beaubien, la jeune trentaine, autodidacte — un secondaire fort — l’un des trois aventuriers qui ont ouvert ce petit local en mai 90.Le Litté, c’est en fait le signe d’une évolution dans le marché de l’occasion, quelque chose comme un certain haut de gamme : littérature, arts, philosophie, sciences humaines.Et ça marche.« C'est encourageant, en un an, dit Gilles Beaubien, on a presque doublé notre objectif.» L’espace est restreint et la sélection rigoureuse.Comment s’approvisionne-t-on ainsi en bons livres 7 Tous les libraires d’occasion ont à peu près les mêmes recettes : édur ser le stock du Colisée du livre et le revendre plus cher, acheter les « services de presse » des journalistes et tomber sur quelques bonnes occasions.Par exemple, le professeur de philosophie qui vend sa bibliothèque pour voyager ou encore — cas authentique, me jure Gilles Beaubien — le prof de français mort du cancer à 42 ans et dont le fils héritier décide de liquider la bibliothèque.Autre cas intéressant : le changement de vie.Quand un Jesus freak vire capot, il aboutit fatalement chez le bouquiniste.En quittant Le Litté pour reprendre la Saint-Denis vers le sud, une bifurcation est possible par la rue Mont-Royal, plein est.Après l’Échange, La Bouquinerie et une succursale du Colisée du livre, de nouvelles vitrines m’ont été signalées par les amateurs.Aventuriers ne pas s’abstenir.L’Échange, 3694 Saint-Denis toujours, connu de tous, ouvert depuis 15 ans, pas mauvais en sciences humaines et en philosophie, je le sais, et en ésotérisme m’assure-t-on.Yves Charbonneau, un des quatre propriétaires, aime à penser que sa place fait « plutôt intellectuelle ».« Des Guy des Cars et des Henri Troyat, vous n’en verrez pas ici ».Bien.Mais pour Troyat, c’est peut-être un peu injuste, non ?Qu’il se console en pensant qu’un jour ou l’autre on retrouve la faveur des übraires et du public comme ces latins-grecs qui reprennent des Voir page D-2 : Livre Quand Toronto a des langueurs d’Italie PHOTO JACQUES NADEAU serpent, bec une fenny ^ \a femme durable ROBERT LAFFONT La nouvelle comme genre choc JEAN PIERRE Girard est un brillant nouvelliste de la relève québécoise.Trente ans, doté d’une voix syncopée et d’un style incisif qui va à l’essentiel, sans détours, le jeune homme pose un regard de fin de siècle sur ses contemporains, « ces gens trop pressés pour occuper l’espace qu’il traversent, comme des balles de fusil », précise l’écrivain.Il vient de publier à l’instant même le recueil de nouvelles Espaces à occuper.Odile Tremblay l’a rencontré.D-4 NINO RICCI Françoise Giroud Jenny Marx ou la femme du diable Un portrait serré et complice de cette inconnue.Madame Karl Marx.Collection «elle était une fois» cée en France.Mais comment ne pas céder à la petite voix de Vittorio Innocente, et à l’esprit frondeur de sa mère Christina ?L’histoire commence un jour fatidique de juillet 1960, alors qu’un serpent vert mord Christina à la cheville, dans l’étable où elle recevait un homme aux yeux bleus.Un autre homme que le père de Vittorio, parti en Amérique depuis quatre ans déjà.Le mauvais sort s’abat désormais sur elle, dans ce petit village du Mez-zogiorno saigné de ses mâles par l’émigration, en proie à l’invidia - l’envie - et aux ragots, aux superstitions et à l’hypocrisie.On a vu dans Les yeux bleus et le serpent un roman initiatique, l’adieu à l’enfance de Vittorio.Pour Ricci, l’héroïne, c’est plutôt Christina et « le coeur du roman, c’est le conflit entre la moralité personnelle et la moralité collective ».Une moralité répressive à laquelle Chritina n’échappera pas.C’est pourtant une femme déterminée.« Et typique, dit Ricci, des femmes italiennes.On voit l’Italie comme un pays misogyne, macho.La vérité c’est que les hommes, surtout au sud, devaient partir travailler dans le nord, en Amérique, dans la ville voisine.et que les femmes ont pris le pouvoir, au moins dans la famille.La misogynie vient de la peur des hommes, incapables d’exercer leur rôle de chef de famille.» C’est Rita, la petite orpheline débarquant à Halifax en plein hiver, que Ricci a d’abord imaginée, il y a plusieurs années.Il a ensuite construit autour d’elle, et écrit, une trilogie dont Les yeux bleus.est le premier volet.A Glass House, prévu pour le printemps 1993, racontera la vie de Vittorio au Canada, et contiendra plus d’éléments autobiographiques.Le dernier volet, toujours par la voix du frère, décrira Rita.« J’ai commencé avec l’idée du troisième et puis je suis retourné en arrière : la mère a été crée par la fille.Rita, comme Vittorio, c’est une partie de Voir page D-4 : Ricci 24,95 $ Françoise Guénette IL A un nom qui claque, un nom de parfumeur ou de couturier milanais, et sur les photos promotionnelles de son livre Les yeux bleus et le serpent la belle gueule taciturne d’un Giancarlo Giannini.Ne vous y fiez pas.Le vrai Nino Ricci, 32 ans, fils d’immigrant italien né et élevé à Leamington, Ontario, est un grand jeune homme souriant, à la fois dégingandé et robuste, qui arrive en jeans et veston noirs, chemise orange rayée, cheveux longs sur le col.Prêt à vous séduire en douceur, dans un français plus qu'honorable, à l’accent.italien.Pour Lives of the Saints, son premier roman, Ricci recevait en 1990 le prestigieux Prix du Gouverneur général.Traduit en français (admirablement) par Anne Rabinovich, muni d’un titre « moins religieux et plus symbolique », Les yeux bleus et le l’ouvrage poursuit au Qué-opération de charme amor- Isaac Asimov 1920-1992 L* évolution des grands empires galactiques, les ' lois de la robotique régissant les humanoïdes pourvus de « cerveaux positroniques », tels sont quelques uns des thèmes explosifs développés par Isaac Asimov au long d’une oeuvre aujourd’hui classique.Norbert Spehner, fondateur de la revue de science-fiction Solaris et spécialiste de robots et vaisseaux spaciaux en tous genres, analyse la prose fantastico-futuriste du grand écrivain Américain d’origine russe disparu lundi dernier.V D-2 ¦ Le Devoir, samedi 11 avril 1992 • le plaisir des ivres Regard intérieur Odile il £ Tremblay a Entre Æk les lignes VOUS me direz qu’au cinéma, le thème était déjà dans l’air.On n’a qu’à se référer au film Proof de .l’Australienne Jocelyn Moorhouse et à Jusqu'au bout du monde de Wim Wenders.Ces deux cinéastes sont .venus extirper la cécité de son trou 3 (noir, substituant à l’écran opaque de jjla perception aveugle une vision î'.autre, recrée, intérieure.! ; Tout comme le héros du film de fîtMoorhouse, Kvgen Bavcar est un ^photographe aveugle.D’origine '"slovène, il habite Paris, la ville de ses .’ études d’esthétique et de philosophie.£•' Dans un livre fort troublant Le 1.1 voyeur absolu (illustré de ses photos linon moins troublantes), l’artiste rend ^témoignage d’une vision nouvelle, L née de la perte de sa vue à onze ans.L« Qu’est-ce donc qu’un regard ?vdemande-t-il.C’est peut-être la '¦ < somme de tous les rêves dont on -'oublie la part de cauchemar quand jon peut se mettre à regarder 'autrement.Et puis les ténèbres ne sont qu’une apparence (.) » Sous sa plume, naissent d’étranges associations d’idées, souvent très belles, appelant au glissement des sens, comme l’ont jadis tenté les poètes.Rimbaud ne cherchait-il pas à donner des couleurs aux voyelles et Baudelaire à trouver des correspondances entre parfums, couleurs et sons ?Evgan Bavcar fait basculer les frontières qui isolent les modes de perception du monde.« Je connais une femme dont la voix est si bleue qu’elle réussit à mettre de l’azur sur un jour que je sais gris d’automne ».Ou encore « Bien que j’aie beaucoup de miroirs chez moi, par amour du paradoxe, je préfère chercher mon image dans la voix de mes interlocuteurs et de mes amis.» Et si la vue n’était elle aussi que chose mentale.?On sait que la nouvelle, tel le plurn pudding, n’est jamais mieux cuisinée qu’en pays anglo-saxon, on sait aussi que les femmes excellent à sa confection, comme elles excellent aussi en ces îles brumeuses dans le roman policier où, d’Agatha Christie à P.D.James, des dames tout ce qu’il y a de plus respectables et collet monté, se révèlent les reines incontestées du crime sanguinaire.L’Irlandaise Elizabeth Bowen procède de ces deux traditions, assassine à ses heures, brillante nouvelliste surtout.On l’a comparée aux plus grands romanciers de sa génération (elle est née en 1899 et morte en 73), à Aldous Huxley et à Henry James.Ses nouvelles, dont elle maîtrise la mécanique l'heure furtive ELIZABETH BOWEN petits bavardages sans importance Traduit de l'nngla u par F ratiboise Bndiky üm implacable, sont des perles de concision et de finesse psychologique avec des accents rappelant parfois la prose se délicate de Katherine Mansfield.Petits bavardages sans importance, le titre résonne comme un ouvrage de dames (dans la collection l'heure furtive).Mais attention ! Nul n’en sort indemme, surtout pas le milieu rigide, bien pensant, bourgeois, suffoqué, mourant qu’elle s’amuse à décortiquer sans pitié.Le recueil vient d’être traduit en français, neuf récits composés entre 1923 et 1944 qui nous révèlent les dessous douteux de la haute gomme londonnienne ou de province, cachée derrière son paravent de conventions sociales.Il faut lire Maria, récit diabolique d’une perverse petite orpheline s’amusant à persécuter un inoffensif pasteur, ou Ann Lee, l’histoire de ces dames caquetant chez la modiste à l’heure où la passion et l’insolite déchirent les carcans des choses qui se font.Sous ces bavardages sans importance, surgissent des détresses immenses, des morts toutes proches, des tragédies d’amour, plus intenses parce que venues d’une société engloutie, encore engoncée dans ses corsets victoriens.Il y a une horreur qui ne se savoure qu’au passé et à la sauce anglo-saxonne.Mais plus que tout, c’est le style d’Elizabeth Bowen qui éblouit.Des nouvelles, elle en a composées toute sa vie, goûtant leur force d’impact quand chaque mot compte et que nul grain de sable de peut se permettre d’enrayer une montée dramatique jouée en quelques pages.En cette Irlandaise du passé, on salue un maître indetrôné du genre.Le voyeur absolu, Evgen Bavcar, Seuil, 1992, 124 p.Elizabeth Bowen, Petits bavardages sans importance, Éd.Complexes, 1992, 123 p.Serge Truffaut :.POUR la sixième édition du Grand * Prix du livre de Montréal, la i ' Commission d’initiative et de " ¦ développement culturels (CIDEC) a fixé « deux dates limite pour la réception des ouvrages », soit le 30 avril et le le octobre 1992.Plus précisément, les éditeurs doivent envoyer, au nom des auteurs ; évidemment, sept exemplaires par ! titre soumis à l'attention du jury.La ; date du 30 avril 1992 est la date limite \ pour les ouvrages publiés entre le le ; ’.octobre 1991 et le 30 mars 1992, le le octobre étant la date limite pour les ; ouvrages publiés entre le le avril et : le 30 septembre 1992.« Tous les ouvrages de création, d’analyse, de ; compilation ou de référence ; ; littéraire, artistique ou socio-; historique, de langue française ou ; anglaise » peuvent être envoyés à ; d’attention de la CIDEC.Pour l’année ;.1991-92, le jury sera présidé par ; Madeleine Ouellette-Michalska.Elle : sera soutenue dans sa tâche par : Nicole Brassard, Louise GuiUemette-jLabory, Philippe Haeck, David ï 'iHomel et Laurent Mailhot.En 1991, lice prix fut attribué à Emile Ollivier pour son livre intitulé Passages.Les formulaires d’inscriptions sont disponibles au : Secrétariat du Grand Prix du livre de Montréal.Commission d’initiative et de développement culturels (CIDEC).425, place Jacques-Cartier.Bureau 300.Montréal (Québec).H2Y 3B1.Tél.: (514) 872-4629 ou 872-1162.Paragraphes LE 6e NUMÉRO de la revue Paragraphes, revue liée au département d’Études françaises de l’Université de Montréal, propose « une dizaine de travaux composés dans le cadre du Séminaire pluridisciplinaire Rhétorique du texte/Rhétorique de l'image (Univ.de Montréal) et de l’atelier offert sous ce titre lors du Congrès annuel des historiens d’art des universités canadiennes.» Cette revue, on s’en doute, a un ton « très » universitaire.C’est une revue confectionnée par des chercheurs et qui s’adresse surtout à des chercheurs.Exemple ?Page 41 : « Nous croyons pouvoir dire que si les expressions faciales expriment peu les émotions, certaines attitudes corporelles remplissent cette tâche : par exemple, l’attitude de Thésée s’adressant aux princesses, le geste du don du fil et son acceptation, l’attente de soeurs pendant le combat ou encore l’attitude du Minotaure lorsqu’il est capturé.Signalons l’importance qu’ont prise les femmes dans l’exploitation du thème et leur lieu propre de représentation : Pasiphaé dans les ouvrages moraux, Ariane en peinture et en musique, et Phèdre au théâtre; importance aussi du Minotaure ou du labyrinthe, mais très rarement du héros lui-même ».Prix Renaudot LE JURY Renaudot vient de rendre publique sa première sélection pour le prix qui sera attribué en novembre.La voici : Le censeur de Jean-Marie Barnaud; La Femme sans visage de Rabah Belamri; Madame Satan de Serge Bramly ; llaussmann m'empêche de dormir de Gilles Carpentier; La maison d'Kstherd’Yves Dangerfield; Un cavaher à la mer de Gérard Guégan; L’âge de Pierre de Paul Guimard; Sang d’Eric Jourdan; Le premier siècle après Béatrice d’Amin Maalouf; Tendre Julie de Michèle Rozenfarb; Le Tarbouche de Robert Solé, et Les nuits Racine de François Taillandier.Littératures actuelles AU SOMMAIRE de l’émission Littératures actuelles, demain à 14h 30 sur les ondes du réseau FM de Radio-Canada, on propose : des lectures de Regardez la neige qui tombe de Roger Grenier par Jacques Brault; Comme un roman de Daniel Pennac par Claude Blouin; Dans la maison du sphynx de Denis Roche par Jean-François Chassay, et L’art de la faim de Paul Auster par Réjane Bougé.Au cours de la deuxième partie de cette émission, Suzanne Giguère s’entretiendra avec l’écrivaine algérienne Assia Djébar.Jeanne Bourin à Montréal L’ASSOCIATION des femmes d’affaires du Québec reçevra la romancière Jeanne Bourin, le lundi 13 avril à 19h à la Tour de la Bourse.Tél : (514) 278-1756.La reliure entre nos mains AUX AMATEURS de reliure, signalons que jusqu’au 25 avril se tient l’exposition La reliure dans la ville au Complexe Desjardins.Il TjjfeaaBB.** B\ trc L ^ L V , —m m m «lieariS - mM , f PHOTO JACQUES NAOEAU •Le Colisée du livre porte bien son •nom : du livre à la tonne.Il faut •fouiller.+ Livre points au palmarès, selon François Pelletier, éminence parlante à la librairie De Retour, 3864 même rue.Au moment où j’arrive, un jeune homme déballe ses livres sur le comptoir.Examen vite fait.« Le singe nu.Ha, non, j’en ai une pile.Les bons sentiments.je l’ai trois fois.» Etc.Vente zéro.Le jeune homme prend le chemin du Colisée du livre, là on ne fait pas de sélection.ni non plus les meilleurs prix.C’est juste, non ?Allais-je oublier la bande dessinée ?Meuh non ! Au 3882, Débédé se pète les bretelles avec le titre de seule librairie en Amérique à faire de la BD européenne de collection.C’est qu’ils sont sérieux ! Croirez-vous que l’on m’y a fait effleurer un Tintin au Congo coté à 350 $ ?Pause café aux Gâteries, dernier arrêt rue Saint-Denis, au Bidonlivre, dans la côte, un peu de tout et le sourire timide de Mlle Wozniakowska, propriétaire des lieux depuis six ans.Enfin le Colisée du livre, 1700 rue Berri, terminus de l’occasion en face des autobus, trois magasins à Montréal, un à Québec, des livres à la tonne, tout, n’importe quoi, il faut fouiller et on aime ça.Un choix de poche complet, du roman, du manuel scolaire, de la BD pas chère, de la religion-spiritualité et il paraît que ça marche.Ce n’est pas évalué au poids mais presque.Puis ça prend vite la direction des rayons qui sont à géométrie variable : un arrivage abondant en histoire entraîne aussitôt un agrandissement de rayon.Pit puis oui, c’est vrai, la gérante, Johanne Boulet le sait, les autres libraires d’occasion s’approvisionnent chez elle.Le jour de ma visite, j’y ai vu le dernier Angelo Rinaldi, N RP’ authentique, ( La confession dans les collines) à 6,99 $, état neuf.Cela pourrait valoir son 10$ à mon avis chez un bouquiniste « un peu intellectuel ».Terminons cette promenade au royaume de Michel Leduc — La Québécoise et Tranquille — rue Amherst, juste au nord de Sainte-Catherine, 24 ans dans le livre d’occasion.Spécialité : science fiction, essais, policier, poche, Harlequin, 350 titres en poésie québécoise « qui ne marchent pas du tout.faudrait prendre une mitraillette pour que le monde achète ça ».Mais l’ésotérisme lui marche tout seul.la nuit aussi peut-être.Un copain m’assure que c’est aussi l’endroit pour le policier.Il lui faut sa dose deux fois par semaine et ne veut pas payer cher.Pour 1,50$ à 3 $ il satisfait son vice.Voilà, vous n’avez plus de raison de pratiquer la vertu.bliçüe INVITATION VLB éditeur en collaboration avec Le Devoir vous invite cordialement au lancement du livre N KEEPSAKE I de JEAN BASILE Im mercredi 15 avril 1992 de 17 h à 19 h au journal Ia Devoir 211, rue du Saint-Sacrement Montréal, Québec (métro Place d’Armes) Quelques amis, proches et collègues apporteront des témoignages et partageront leurs souvenirs de l'auteur récemment décédé R.S.V.P.Luc Quintal (514) 523-1182.SeCQ5£S^9645 Université de Montréal Faculté des arts et des sciences Département de littératures et de langues modernes Cours de langues SESSION INTENSIVE - PRINTEMPS 1992 DU 11 MAI AU 30 JUIN ALLEMAND ESPAGNOL ITALIEN LATIN Frais d’inscription ; cours de 45 heures (3 crédits) : 200 S cours de 90 heures (6 crédits) : 400 $ Renseignements : Département de littératures et de langues modernes 3150.rue Jean-Brillant Bureau C-8086 s (514) 343-6222 Philippe Trétiack LA VIE BLINDÉE - Seuls «mtre la nialia SEAT IL - -a LA VIE BLINDÉE Philippe Trétiack Seuil 263 pages AU MOMENT même où Tahar Ben Jelloun nous propose un récit sur les coutumes sombres et violentes de la mafia, voilà qu’un journaliste — Philippe Trétiack — nous explique, en plus de 260 pages, pourquoi et comment la « mafia est une gangrène qui mine lTtalie.» Page 125 : « Chaque jour, les journalistes ne cessent de nommer ouvertement les mafieux, les chefs de gang, de clan ou de famille.Leurs noms s’étalent en gras, affublés des raisons sociales des entreprises qu’ils dirigent et des noms de leurs associés, tout aussi mafieux qu’eux ».MONTRÉAL EN PROSE 1892-1992 Anthologie présentée par Nathalie Fredette L’Hexagone 507 pages LA VILLE de Montréal fêtant son 350e anniversaire, il était normal que le monde de l’édition y accorde une attention plus que particulière.Après l’Histoire de Montréal de Paul-André Linteau, voici le Montréal « littéraire ».Montréal en prose est en effet un regroupement de textes écrits par une cinquantaine d’écrivains francophones et anglophones tels que Hubert Aquin, Michel Tremblay, Jean Basile, Lionel Groulx, Mordecal Richler, André Major et plusieurs autres.Tous ces textes sont augmentés d’une présentation signée par Nathalie Fredette.LE KENYA LA TANZANIE Col.Monde et voyages Larousse 157 pages UNE MASSE d’informations, des dizaines de photos et ce coup de coeur de Sylvie Ferrand-Mignon : « Au bout de quelques temps, nous commençons à les distinguer les uns des autres, à repérer leur ethnie : la grâce élancée du Nilotique au teint clair s’opposant à la rusticité sombre du Bantou.Le problème est que ces hommes bougent, aucun hexagone ne les limite, tout est migration.Ce qui distingue tel groupe de tel autre, ce n’est pas la région qu’il occupe, c’est son dialecte, sa culture, son histoire, ses rites; mais la gaieté règne dans tous les villages.» Li niv rco u - y S m, I LYA' mnmouHG ILYA EHRENBOURG Lilly Marcou Plon 378 pages TOUR À TOUR poète, romancier, journaliste, combattant dans l’Armée Rouge, Ilya Ehrenbourg aura été au centre de tous les drames qui ont marqué l’histoire de la vieille Europe du début du siècle à l’avènement de Khroutchev au Kremlin.Écrire sur Ehrenbourg, c’est décrire UN destin.Une légende.C’est ce qu’a accompli Lilly Marcou, directeur de recherche à la fondation des sciences politiques à Paris.Page 2 sous des angles différents.« L’un se déroule au passé; l’autre à Montréal, au présent; le dernier au futur.» Aucun rapport avec l’Italie, les Italiens, l’immigration.« J’ai fait ce que je voulais faire, lance-t-il en riant, mes comptes sont réglés.» Seiyige - 1 8f#pi >; -, • G, A - S V- > V .Pc ¦ % m jaP «Les journées sont trop courtes pour faire tout ce que je voudrais.C’est pour cela que je lis Le Devoir.Il offre une synthèse de rinformation et me fait gagner du temps.» MmÊÈ «M Wêgmgmm ÿm y k.Jean-Pierre Perreault Chorégraphe Fondation Jean-Pierre Perreault a ¦ ici brillamment illustrée : ce récit, 1 ’ parsemé de mots italiens, est un 1 ' véritable chef-d’oeuvre d’observation et de « tendresse partagée » pour cette famille aussi étonnante qu’attachante.Je vois Londres, je vois la France ; est également inspirée par lTtalie.Celia, qui est née dans une famille très modeste de New York, a suivi Seth jusque dans cette région du Chianti où, quand débute le récit, elle ; l’accompagne pour un dîner familial ; chez des amis à lui.« C’est une étrange région d’Italie, lui explique • son ami.On la surnomme « Chiantishire » à cause de la présence massive d’Anglais et d’Australiens ».Un peu perdue dans ce monde inconnu — sa timidité est extrême — Celia fera la connaissance de personnages libres, comme elle ne croyait pas qu’il pût en exister dans ce vieux pays.Drôle mais en même temps attendrissante : Mon mariage avec la vengeance où est invitée une lesbienne qui a perdu son amoureuse, passée dans l’autre camp.« Qu’est-ce qui pouvait bien pousser une fille comme elle, se dit Ellen, à demander à son ancienne amante, une femme à qui elle avait impitoyablement brisé le coeur, d’assister à son mariage avec un homme ?» Le compte-rendu de ce mariage, très élégant, est une merveille de causticité.Une note à l’américaine qui ressemble, comme une copie conforme, à une noce canadienne ! Deux nouvelles échappent à la série des couples homosexuels.Sous le titre : La soirée des époux, des époux et épouses, que la mort a séparés de leurs conjoints, se retrouvent pour tenter d’exorciser leur peine.11 istoire touchante dans , son hilarante observation du malheur quotidien.La manière de David Leavitt est inimitable.Mais elle ressortit à cette espèce de génie de la short story qui appartient aux écrivains du pays voisin.Aucune des histoires de Leavitt ne se termine vraiment.Non pas qu’il ignore comment les terminer — il trouve facilement, sinon des fins, tout au moins des chutes inattendues — mais parce que, comme l’affirme un auteur de nouvelles bien français, Jean Vautrin, il est préférable de terminer sur le monde « suspensif » : ce qui peut signifier que David Leavitt nous invite à imaginer, nous ses lecteurs, une ou plusieurs façons de conclure.De quoi prolonger le plaisir de lire une bonne histoire.\YtWv.\> WWW» I.T-üHrr MEDIAS FRANCOPHONES HORS QUÉBEC E T I I) E N T I T É Analyses, essais et témoignages Sous la direction de Fernand HARVEY Les médias participent à la transmission de la culture.En milieu minoritaire, les médias sont-ils en mesure d’assumer ce rôle de relais culturel?Des univer-sitaircs et des praticiens des médias posent ici la question du rapport entre les médias francophones hors Québec et l’identité culturelle.Cette vue d'ensemble, à la fois historique et contemporaine, de la presse francophone en Acadie, en Ontario, dans les provinces de l’Ouest, dans les territoires du Nord et en Nouvelle-Angleterre, témoigne de la vie culturelle de ces communautés.356 pages • 30 $ EN VENTE dans toutes bonnes librairies ou chez l’éditeur INSTITUT QUÉBÉCOIS DK RECHERCHE SUR LA CULTURE 14.rue Huldimand, Québec (Québec) G IR 4N4 III.: (4IK) 64J-46V5 • Fax: 1418} (.46-3.(17 D-6 ¦ Le Devoir, samedi 11 avril 1992 • le plaisir des Des airs de Miss Marple L’AFFAIRE JAMES JOYCE Amanda Cross Deuxtemps Tierce, 1992, 169 pages Francine Bordeleau IL Y A les polars à saveur politique, psychologique (voir Patricia Highs-mith), érotique.Il y a aussi les polars dont on dira, faute d’une formulation plus adéquate, qu’ils sont à saveur littéraire.On retiendra pour l’exemple L’Affaire D.de Fruttero à Lucen-tini (Seuil, 1991), où les duettistes italiens convoquaient les plus grands détectives de la littérature policière (les Holmes, Maigret, Marlowe, Poirot et compagnie) à résoudre Le mystème d'Edwin Drood, un roman laissé inachevé par Dickens.Dans L'Affaire James Joyce, d’A-manda Cross — pseudonyme de Carolyn Heilbrun, une Américaine pro-fesseure de littérature à l’Université de Columbia qui écrit des polars depuis les années 60 —, c’est d’un texte inédit de Joyce qu’il est question.Plus précisément — pour les besoins de la fiction d’Amanda Cross, j’insiste au cas où il y aurait méprise — d’une nouvelle que l’écrivain irlandais aurait destinée à son fameux recueil Gens de Dublin.Nous sommes en 1966.Kate Pansier enseigne la littérature victorienne à l’université.Samuel Linger-well, son vieil ami éditeur de Joyce et d’autres brillants écrivains, vient de mourir, laissant à trier une masse de papiers et de lettres d’un indéniable intérêt littéraire.Voilà donc notre héroïne exilée à la campagne, dans la maison de Lingerwell, en compagnie de deux jeunes assistants recrutés à la Société des amis de Ja- mes Joyce.Un turbulent neveu de Kate, un ami inspecteur, d’autres profs de littérature dont le louche Mulligan et cette sympathique vieille dame qu’est Grace Knole, une indiscrète voisine que tous détestent complètent le décor.Comme dans tout polar qui se respecte, une fois les personnages mis en scène, il y aura meurtre.Paru dans sa langue d'origine en 1982, L'Affaire James Joyce est, à ma connaissance, le premier polar d’Amanda Cross à être traduit en français.Ça n’est pas LE roman policier de l’année 1991-92, mais il s’agit là, assurément, d’une heureuse découverte.J’y ai d’abord vu une amusante parodie (à moins qu’il ne s’agisse d’une forme subtile d’hommage) d’Agatha Christie : Grace Knole a en effet des airs de Miss Marple; Amanda Cross utilise en outre des ingrédients typiques de la Britannique, comme le charme bucolique du village et l’apparente insignifiance de la victime, éléments qui, a priori, ne se prêtent guère au meurtre.Mais, ces clins d’oeil à Agatha Christie, à l’écrivain irlandais aussi, il va sans dire, et, au bout du compte, le ton d’Amanda Cross, qui oscille entre l'humour et la retenue, qui est en somme pince-sans-rire, font de L'Affaire James Joyce un polar savoureux.Encore un peu et on oublierait, à cause de cette légèreté distinguée, à cause de cette érudition de bon aloi (ah ! les bonheurs que procurent les dialogues sur la littérature et sur Joyce, que les lecteurs soient ou non familiers avec l’oeuvre de l’Irlandais) qu’un meurtre a été commis et qu’il faille en partie en imputer le motif à la façon un peu étrange dont certains concevaient la sexualité, dans les années 60.Les détails Robert LÉVESQUE Le a Bloc-notes IL SE PERD tant de détails.mais ne sont-ils pas là pour se perdre ?Pour qu’on les retrouve un jour sans avertissement, nos madeleines ?Je me rappellerai un jour quand comment et où j’ai lu une première page d’Anton Pavlovitch Tchékhov.Le retrouver, ce détail-là, serait remonter à la source d’une grande découverte, le rappel d’un éblouissement.Était-ce dans mes 15 ans, mes 17 ans, entre le soleil de Camus et l’enfer de Sartre, était-ce un livre prêté par un ami, ou choisi dans un rayonnage, lu le matin ou la nuit dans ma petite chambre ?Était-ce La mouette et l’identification à Treplev à l’âgu où on écrit des romans imparfaits qui seront parfaitement oubliés ?Ai-je lu d’abord les nouvelles, La Dame au petit chien.Une banale histoire, cette écriture en mélodie triste, «.mourir sur un lit étranger, dans l’angoisse, dans une entière solitude » ?Je me souviens d’un comédien, dans une salle presque vide, qui jouait Le chant du cygne, monologue d’un acteur au bout du rouleau qui se retrouve seul dans un théâtre déserté; puis Les méfaits du tabac, conférence qui dérape dans la psychanalyse.que l’acteur donnait avec La fleur à la bouche de Pirandello, ce cancer.Je me souviens de Dyne Mousso en noir et blanc, sublime Nina.Tout s’entremêle dans ma tchekhovie.J’ai lu La Cerisaie je ne sais plus combien de fois.Cette grande maison où l’équipage de Mme Ranievskaïa arrive la nuit, actrice rentrant de Moscou, la maison réveillée, ce va-et-vient de lueurs dans les vastes pièces, ces confidences, cette tristesse qui s’étend, ce jour qui se lève, et puis ce pique-nique dans la prairie, ces danses dans le salon, ce désespoir que l’on tait, ces valises que l’on boucle, ce départ en catastrophe, cette maison des enfances que l’on abandonne, et le vieux domestique oublié qui va mourir.À la Sehaübhune, à Berlin, dans la mise en scène de Peter Stein, un cerisier abattu par les bûcherons, au dernier acte, s’écrasait dans la grande verrière du living-room.Mille éclats d’un monde brise, dont les détails se perdront.Tchékhov.Voilà qu’arrive ce livre d’accompagnement, qui sera indispensable.Pourquoi Roger Grenier intitule ce receuil d’« impressions de Tchékhov » aussi bellement que Regardez la neige qui tombe ?Il emprunte la phrase à Tousenbach dans Les trois soeurs, Tousenbach à qui quelqu’un demande quel sens cela a-t-il, la vie, et qui répond : « Le sens ?.Tenez, regardez la neige qui tombe, quel sens ça a-t-il ?».Théâtre de la neige qui tombe, des jours si longs dans des vies si brèves, théâtre sans héros mais plein de gens distraits, des rêveurs, qui étouffent un peu dans leur condition, mais qui pensent à des jours meilleurs.pour les autres, ceux qui viendront, demain : l’oeuvre d’Anton Pavlovitch Tchékhov est admirable, unique, sensible et universelle.Avant le roman moderne, aussi loin que dans ces années 1890, le « temps » est un personnage.Une telle oeuvre est celle d’un maître, et comme dans l’histoire de l’art, hommes, femmes, dans les générations qui suivent, vont l’admirer, vont vouloir la reproduire, s’en inspirer, y mettre des moustaches ou la poursuivre.Et des écrivains voudront modestement et intelligemment, admirateurs discrets, simplement l’accompagner.C’est ce que fait Roger Grenier.Ce n’est pas une biographie, il y en a tant sur le lycéen de Taganrog que son père forçait à chanter à l’église orthodoxe, sur le médecin de Melikhovo qui recevait ses malades après avoir écrit toute la matinée, sur le dramaturge dont La mouette a été un échec à Petersbourg avant que Stanislavski s’en empare.Irène Nemirovsky nous a dit tout cela, du Tchékhov raconté à la Dickens.Henri Troyat a tout rempilé de la vie brève du tuberculeux.Ce que Roger Grenier fait aujourd’hui ce n’est pas ça, ce n’est pas de l’essai, de l’histoire littéraire ou quoi que ce soit : c’est de l’impression, un voyage, c’est du compagnonnage littéraire; ces deux hommes se seraient connus, reconnus, et voilà ce que Grenier retient.Dans les détails.Cet homme qui joua un jeu de chats avec les femmes a le projet d'écrire une histoire de l’autorité sexuelle.Au Théâtre d’Art les acteurs répandent une odeur de valérianate au premier acte de La Mouette.Un acteur du | Théâtre Maly qui lui dit ; cessez d’écrire pour le théâtre.Son faible pour les cimetières et les cirques.Une baignade avec Tolstoï.Sa mort : on l’envoie en Allemagne chez un spécialiste de la tuberculose, il est dans une ville d’eau de la Forêt Noire, c’est fini, plus d’espoir, Olga Knipper est dans la chambre.Le médecin entre et ordonne du champagne.Avant de boire, Tchékhov dit : Iehsterbe.Il s’étend et va se taire pour toujours.Il vient de dire « je meurs », en allemand.Dernière marque de politesse.?Regardez la neige qui tombe, Roger Grenier, Gallimard, 1992.Pop Art, Pop Song et Pop Corn T\ Robert p "1 * J SALETTI C V A Essais m Québécois LES ARTS ET LES ANNÉES SOIXANTE Sous la direction de Francine Couture, Triptyque, 168 p.Dans les quartiers prospères de l’Amérique, là où les décennies s’écoulent comme n’importe quelle marchandise, on aime bien évoquer la gloire des années soixante.Décennie complexe et contradictoire s’il en est, décennie réelle et mythique qui vit naître les Beatles et les Rolling Stones, le pop song et le blues rock, le yéyé et le protest song, décennie qui conjugua l’amour du proche prochain et la haine des lointaines banlieues, la conscience planétaire et le culte du moi : AU you need is love mais aussi I can’t get no satisfaction.Décennie qui provoque aujourd’hui nostalgie (ah ! le bon vieux temps.) ou cynisme (ah ! ce que nous pouvions être naïfs ! ), qui prête à toutes les modes et à toutes les récupérations.Au Texas, la ville de Port Arthur a érigé une statue en l’honneur de Janis Joplin pour promouvoir le tourisme.Pour les grands touristes de l’intérieur, sans doute, les explorateurs du néo-cortex et les ex-fans de Timothy Leary recyclés dans la haute-technologie, les valeurs boursières ou l’industrie du pop corn (on s’éclate comme on peut).C’est avec une certaine circonspection que j’avais mis de côté Les Arts et les Années soixante il y a quelques semaines, avec l'idée que j’y reviendrais plus tard lorsqu’un creux dans l’actualité m’autoriserait à traiter d’un autre de ces prolongements de colloque qui occupent une place grandissante de notre paysage intellectuel.Circonspection qui venait probablement de ce qu’adolescent, j’avais avidement vécu la dernière partie de ces nouvelles années folles, je m’étais livré corps et âme à la ! musique de l’époque et à sa dimension orgiaque (ce qu’un critique montréalais a osé appeler récemment le piège des jam sessions).Avec le recul du temps, je persiste à croire que le plaisir m’est venu d’abord et avant tout par la musique, comme une décharge émotive incontrôlable dans une nuit sans remords.J’étais à réfléchir à ces matières hautement émotives, il y a quelques jours, quand je tombe sur un article du New York Review of Books par le célèbre neurologue Oliver Sacks (auteur de L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau).L’article raconte le cas d’un homme, ancien enfant modèle passé à l'underground (comme on dit passé à la résistance), puis intoxiqué par les Hare Krishna et qui, victime d’un cancer du cerveau mal soigné, devient aveugle et perd la mémoire.Cet homme, impuissant à transférer la moindre émotion ou perception nouvelle dans sa mémoire à long terme, qui oubliait ce qu’il venait de dire dans la minute qui suivait, avait néanmoins les deux pieds bien ancrés dans les années 60 et pouvaient réciter les paroles de toutes les chansons de Grateful Dead.À tel point que, quand il eut l’occasion, près de 25 ans plus tard, d’assister à un concert des mêmes Grateful Dead, il se remémora une grande partie de sa vie et se trouva en quelque sorte à renaître émotivement.De conclure le neurologue, la musique, par les voies les plus imprévisibles et profondes, inculque à notre esprit cohérence, force et permanence.Son article s’intitule The Last Hippie.Arrêtons ici cette introduction pour commenter directement ce recueil de textes que présente trop brièvement Francine Couture, textes rédigés dans le contexte d’un colloque récent portant sur le thème des manifestations artistiques des années soixante.au Québec.Le titre du recueil est donc ambigu, qui laisse croire qu’il y sera question des années soixante de manière générale.Mis à part un premier texte de Pierre Restany sur la ET LES ANNÉES sous la Franc** arttittectum 3ftSYHü9tS ctrtém* mèrttuf§ théitn O TRIPTYQUE y .sensibilité postmoderne, les autres contributions portent spécifiquement sur l’évolution et la perception des différents arts au Québec.Curieusement, malgré une volonté d’examiner l’ensemble des manifestations artistiques et un penchant pour les arts visuels comme la peinture (le pop art surtout), le design et la danse, c’est la chanson et la musique qui dominent quantitativement, comme quoi la mémoire musicale, quand il s’agit d’évolution des consciences et des sociétés, ne manque jamais d’être sollicitée.Cette mémoire est d’ailleurs double.À côté de la mémoire des mots à laquelle participent allègrement la poésie, les chansonniers et Gilles Vigneault, il y a la mémoire des formes musicales.Car, l’apport de Charlebois se mesure au moins autant à l’introduction du blues rock (et de l’ironie) dans la musique populaire d’ici qu’aux habituelles considérations sur le jouai et l’identité québécoise.C’est un secret de Polichinelle que, jusqu’à récemment, le blues — une musique noire dans tous les sens et toutes les teintes du terme — a tenu le bas du pavé musical au pays des grands j espaces blancs, au profit d’un rock que l’on disait, à l’époque, progressif.Les Québécois ont toujours été d’éternels optimistes.Les Arts et les Années soixante n’évitent pas quelques-uns des écueils qui guettent le discours •critique sur la décennie de « l’éclatement de certitudes ».Un premier écueil concerne la périodisation elle-même.Au-delà de la commodité qu’il y a à grouper les mouvements sociaux et culturels en des blocs de 10 ans bien définis — les sixties ayant, qui plus est, l’avantage de recouper, dans le cas du Québec, la Révolution tranquille —, les années soixante n’ont pas l’homogénéité qu'on leur prête généralement.La première moitié de la décennie fut davantage politique et américaine, la seconde, culturelle et occidentale.Beaucoup de phénomènes ont pris naissance à la fin des années soixante pour éclore dans les années soixante-dix.Ainsi, quel intérêt y a-t-il à déclarer que le Québec rejoint le reste du monde en 1968, l’année de la Convention de Chicago et de la création des cégeps, des pavés dans la mare et de l’Ostidcho, du meurtre de Robert Kennedy (à sa manière, plus significatif que celui de son frère Président) et des Belles-soeurs ?Par ailleurs, autre écueil lié logiquement au premier, il y a le fait qu’un recueil de ce genre, avec ses domaines culturels bien compartimentés, concourt nécessairement à l’effet-mosaïque traditionnel.Les années soixante sont devenues une véritable courtepointe qui permet à chacun d’étoffer son discours sans discuter le fondement « artisanal » de l’opération.Ce fractionnement de la perspective historique explique sans doute pourquoi aujourd’hui on retient plus facilement des années soixante leur quincaillerie « nouvel âge », centrée sur l’épanouissement personnel, que leur dynamique socialiste et tiers-mondiste.Le privé était politique, le politique est devenue privée.Aux dernières nouvelles, le dernier hippie d’Oliver Sacks n’était pas mort, mais ça n’allait pas très fort.TRUFO ?MISTO POU R confectionner son Plein soleil, le réalisateur René Clément avait « emprunté » les traits caméléons et quelque peu fades d’Alain Delon, le transformant en Tom Ripley.Pour construire L’ami américain, Wim Wenders avait choisi la tension, la concentration, la fureur maîtrisée de Dennis Hopper qui, à l’écran, fit un Tom Ripley étonnant.Tom Ripley, comme chacun sait, c’est l’anti-héros du polar.Un contrepoint à Sam Spade, Philip Marlowe ou Maigret.Tom Ripley, tout le monde le sait, a été « sculpté » par Madame Patricia Highsmithqui, s’appuyant sur les adaptations cinématographiques de ses romans, avait un jour confié : « un film, ce n’est jamais la même histoire que le livre dont il est tiré ».Une façon polie de signifier que tous ces films, y compris le célèbre L’inconnu du Nord-Express, sont des trahisons.Depuis quelques jours, le vieux Torn est dans les parages.Après dix ans de silence, Patricia Highsmith vient de le ramener dans le décor.Elle vient de se venger du cinéma.Son Ripley entre deux eaux, chez Calmann-Lévy, c’est un contre-pied, ou plutôt un pied de nez à cet art que l’ont dit septième.Dans Ripley entre deux eaux, il ne se passe en effet pratiquement rien avant la page .206 ! En deux mots, le topo est le suivant : Torn coule davantage de jours heureux que malheureux en compagnie de Héloïse dans sa vaste demeure de Villeperce, petite bourgade située à une portée de main de Fontainebleau.Tom coupe les dahlias et taille les roses.Tom et Héloïse aime bien le boeuf braisé d’Annette, la bonne et cuisinière.Un beau jour, le boeuf braisé ne passe pas.Un couple bizarre, les Pritchard, s’installe dans les environs.Le gugus du couple, soit David, multiplie les allusions au passé trouble de Ripley.Bref, à Ripley il cause de Greenleaf, Murchison, Derwatt.Tous des disparus qui ont disparu grâce, on s’en souviendra, à Ripley le « meurtrier-chic » du monde LA COLLECTION : UN MYSTERE DOSSIER : PATRICIA HIGHSMITH NOUVELLE INEDITE DE GEORGE IAXT ALMANACH POLAR L’anti-héros du polar I consacre tout un dossier.Pour le l monter, le dossier en question, François G uérif, « patron » de la revue, a fait appel aux services de Michel Lebrun qui brosse un tableau éclairant de l’oeuvre de Highsmith, de René Réouven qui signe un savoureux « à la manière de.», et du cinéaste Claude Chabrol.Qui plus est, G uérif, en exergue du chapitre Patricia et le cinéma, a glissé une observation de Highsmith très révélatrice de sa conception ou de son approche du genre policier.La voici : « Les criminels sont, d’un point de vue dramatique, intéressants; à un moment au moins ils agissent, l’esprit libre, et ne rendent de comptes à personne.Je trouve l’intérêt du public pour la Justice parfaitement ennuyeux et artificiel, car ni la vie ni la nature ne se soucient de savoir si la Justice est rendue ou pas.» Bigre ! P-S : si le ridicule tuait, l’auteur de ces lignes serait mort depuis quinze jours.Dans le Misto précédent, on a écrit que « Sjôwall s’est mis en congé de Wahlôô ».Ainsi que vient de nous le signaler un lecteur attentif, M.Alain Chevrette de Sherbrooke, Maj Sjôwall était l'épouse de Per Wahlôô décédé il y a quinze ans.Promis, juré, la prochaine fois on consultera notre Michel Lebrun, alias le « pape du polar».Et puis, merci à M.Chevrette qui signe, avec raison, Le policier qui rit.Ripley entre deux eaux de Patricia Highsmith.Calmann-Lévy Polar no 5.Rivages moderne.Notre chère Patricia, sachez-le, multiplie en effet les clins d’oeil à ses romans antérieurs.Toujours est-il que ce Pritchard serre de près Tom Ripley.Tom se retrouve au Maroc ?Pritchard, l'enfant gâté qui entretient une relation sado-maso avec Janice, sa femme, débarque illico.Tom écourte, en douce, son séjour.Il débarque à Londres histoire de concocter une correction en compagnie de ses anciens complices dans l’affaire Derwatt-Murehison, une vieille affaire de faux tableaux, et voilà que Pritchard quitte lui aussi le Maroc.Pendant ce.Pendant ce temps, la diabolique Patricia Highsmith joue avec nos nerfs.Elle nous conte fleurette pendant une dizaine de pages et hop ! Juste avant qu’on ne sombre dans un profond ennui, elle distille une petite goutte de sang, histoire de nous ranimer.La Highsmith, elle vampirise notre temps.Autant vous dire que ce Ripley entre deux eaux, c’est de la catégorie « comme-ci, comme-ça ».Ripley entre deux eaux, c’est un roman normand.La dernière aventure de Ripley mise à part, Highsmith doit être bien contente.Le cinquième numéro de la revue, de l'excellente revue Polar lui Confidences de pauvres bougres LE CREUX DE L’OUBLI Rosa Liksom La Découverte, Paris, 1992, 200 pages Hervé Guay JE SUIS encore sous le charme des nouvelles de Rosa Liksom.Non qu’elles soient particulièrement souriantes.Ce sont plutôt des instantanés d'une Finlande lugubre, inhospitalière où la dureté du climat n’a d’égal que la difficulté de ces écorchés vifs à se laisser aller à aimer.Encore ce sentiment n’est-il vécu chez Liskom qu’entre deux épaves grises, gorgées, à la dérive, lesquelles s’étreignent, sur une banquette de Fiat ou dans une chambrette aux vitres gelées.L’étreinte, la plupart du temps blesse et n’apaise pas.Au contraire.Ou bien, son importance est disproportionnée et partant, insupporta-ble.Ou bien, elle emporte avec elle la part dernière d’innocence qui subsistait cachée au fond de l’être.Il faut dire que ces récits succints sont peuplés de pauvres bougres.Ils racontent leur histoire en dépit d’une syntaxe lacunaire et d’un vocabulaire restreint.Bref, Liskom circonscrit, en courts tableaux, des confidences qui jaillissent d’un trop-plein, décrit les moeurs d’une fraction de la société aux horizons limités.D’où les cul-de-sac, les situations irréversibles auxquelles font face les détraqués de Rosa Liksom parce qu’ils ne savent pas se décoincer de ce terrible engrenage.Son univers rock'n roll, rauque, dans lequel la tendresse affleure parfois, tend un miroir au lecteur d’aujourd’hui, et pas des plus gais.Ce sont des nouvelles gauches, brutes, immédiates.Elles ont la puissance hiératique des clichés pris en cachette par Polaroid.“Québec la mystérieuse” RKSKRVA I IONS PUBLIC!IAIRLS 842-9645 Date de tombée le 17 avril 1992 PARUTION le 25 avril DANS LE DEVOIR • le plaisir des ivres Le plaisir des Livres du 25 avril prochain consacrera une large place au SALON DU LIVRE DE QUÉBEC qui se tiendra du 28 avril au 3 mai 1992.Des rencontres, des histoire de cette ville mystérieuse et insolite.H
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