Le devoir, 29 février 1992, Cahier D
Oampigiiy le plaisir des MI OUVERT DE 9H À 22H MÊME LE DIMANCHE 4380 ST-DENIS, MONTRÉAL H2J 2L1 TÉL.(514)844-2587 Montreal, samedi 29 février 1992 Les multiples histoires de Montréal Serge Truffaut L9 Histoire de Montréal depuis la Confédération de Paul-An-dré Linteau, aux éditions du Boréal, c’est une addition d’histoires.Un savant télescopage des mouvements ou phénomènes qui ont façonné l’inventaire immobilier de la ville, singularisé son assise économique, son profil ethnique, son expansion territoriale, sa dynamique culturelle et linguistique ainsi que les structures mises en place afin d’administrer ou coordonner simplement le tout.11 s’agit donc d’une histoire dite de la longue durée davantage qu’une histoire bêtement événementielle où un groupe restreint d’acteurs dipo-sanl du pouvoir décisionnel se livreraient aux délices du « je te tiens, tu me tiens par la barbichette, le premier qui rira aura une tapette », sans que l’on sache ce qui se passe en bas, soit aux coins des rues comme dans les chaumières.Fernand Braudel, figure de proue de la « nouvelle histoire», avait noté, faut-il le rappeler, (pie « le rez-de-chaussée, si misérable qu’il puisse être parfois, est le terrain solide de l'Histoire».Autrement dit, « l’Histoire, pour être valable, doit être incorporée, de poursuivre Braudel, aux autres sciences humaines et, de leur côté, les sciences de l’homme devraient prendre en considération la dimension historique».()n s’en tiendrait à cette seule définition de la méthodologie à employer, que l’on pourrait affirmer que cette Histoire de Montréal est, pour reprendre le mot de Braudel, « valable ».Car.Car Paul-André Linteau emprunte autant à la science économique qu’à la sociologie tout en utilisant les loupes des démographes et des ethnologues sans omettre, naturellement, de se confronter aux rigueurs de la science politique.Ce que le lecteur perd en passions, en couleurs ou en anecdotes inhérentes à l’histoire strictement événementielle, il le gagne tout bonnement en justesse.Conséquemment, il peut gommer toutes ces images d’Épinal ou ces clichés qui sont autant d’obstacles à une vision, non pas objective, mais sobre de l'Histoire, en l’occurence de l’Histoire de Montréal.Professeur à l’Université du Québec à Montréal, co-auteur de VHistoire du Québec contemporain, M.iMUiti $*&vtS%&*** Paul-André Linteau PHOTO JACQUES NADEAU « Contrairement à ee que l’on croit, les Montréalais, dans leur histoire, ont déjà alironté des changements aussi brusques ou vifs que ceux que nous avons connus ces i écentes années.Entre 1850 et 1870, sous l’impulsion de la Révolution industrielle, tout un monde d’artisans et de petits commerçants a basculé.Beaucoup de gens, dans les années 40, vivaient dans le Vieux-Montréal.En 1870, il n’y avait pratiquement plus que des entrepôts.Chose amusante, il n’y a presque pas de maisons datant de la colonisation française.Le Vieux-Montréal tel qu’il est aujourd hui, c’est un quartier victorien qui a été construit sur un Vieux-Montréal francophone.» Linteau a expliqué lors d’un long en-trelien que lui, el nombre de ses confrères formés à l’Histoire au cours des années 00, avaient été influencés i par l’École des annales, soit Braudel, Le (’.off et consort, mais également par l’historiographie américaine qui , olencet essais et analyses Pente* le* i> llPjfGMUMA/f Dm «ientite tanodmnn^ongla.te .ARf T Bf ATTIt Regard ocodien ; OHANIÉVÉ'/JUI Territoire* et touche* M/trOtiTATE L'information mode in USA jOfl t*MA< L'outre littérature DAVÜMClWIG IMAGE l'indifférence IUC KflAND FICTION ET POESIE Le* mot* pour le vivre • Macbalette BEN ' PAYON Noir déjà lOui'j* duwe du monde .) JBUVHlF MX HEl POtX F SUB US CHEMINS DE L'aa/toge stion CcMMiérationt omencaine* \tf r HOWARD OBtONlOUES Soldante ou concertation G ABtIll GAGNON quotidienne Ci AN COME A Les médaille» de Po.wbte» ij&AlDH MAT Tiff COURTE POINTES DÉBAT-LANCEMENT ORGANISE PAR LA REVUE POSSIBLES ET LE DÉPARTEMENT DE SOCIOLOGIE LE CANADA: UNE, DEUX.OU TROIS NATIONS?av«x PHILIP RESNICK, KENNETH MtROBERTS, MARCEL FOURNIER, GABRIEL GAGNON, STÉPHANE KELLY JEUDI, 5 MARS 1993, 11H30 — SALLE B-3240- PAVILLON JEAN-BRILLANT UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL Bulletin d’abonnement Abonnement institutionnel: 35,00 $ Abonnement de soutien: 35,00 $ le numéro: 7,00 $ Revue Possibles, B.P.114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec H3S 2S4 NOM ADRESSE VILLE PROVINCE OCCUPATION CI-JOINT MANDAT POSTE AU MONTANT DE 21,00 $ POUR UN ABONNEMENT A QUATRE NUMÉROS A COMPTER DU NUMÉRO.CODE POSTAL TÉLÉPHONE forteresse d’un poujadisme culturel convenant parfaitement à une élite pavoisante et patoisante qui a érigé la gabegie intellectuelle au rang de déesse-mère.» Après avoir pris à partie ces acteurs de la littérature québécoise qui voudraient imposer une approche comptable permettant d’écarter un « max » d’écrivains étrangers au profit des auteurs « bien de chez nous », le comité éditorial du Beffroi note : « Cette manière cuistre et frileuse de défendre la littérature québécoise la met en péril.Qui prendra au sérieux une littérature qui, pour s’imposer, croit devoir s’isoler de ses sources et de ses origines ?» Conclusion : « Le public étranger lui aussi verra l’imposture et grâce à nos charlatans primés et subventionnés, la littérature québécoise sera définitivement folklorisée aux yeux de l’étranger ».Littératures actuelles Gilles Marcotte, l’auteur de 1.’amateur de musique figure au sommaire de l’émission littéraire du réseau FM de Radio-Canada, soit Littératures actuelles.Outre Marcotte, on nous propose une lecture des livres « musicaux » de Pascal Quignard, auteur notamment de Tous les matins du monde.Stéphane Lépine brossera un portrait de Gyorgy Spiro avant que Claude Lévesque ne commente le dernier essai du tandem Deleuze-Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ?.Au cours de la deuxième heure, Suzanne Giguère recevra Danielle Zana, auteur de Journal d'une rencontre au pays de Jacques-Cartier.ÉDITIONS JtALZAC l.e Conseil d’adminisiration des Ldilions lialzac esi heureux (l’annoncer la uoniinailon (le M.Roger Magini an poslc de directeur lillé-raire, à partir du 2 mars 1992.Sous la : direction de M.Harold Robinson leur président, les Ldilions lialzac publient la prestigieuse collection «l.’Univers des discours», dirigée par M.A.Côntez-Moriana el Mme I).Troilier.M.Roger Magini possède une \asic expérience dans le domaine du livre.Par le passé, il a élé au service de divers éditeurs (J’ai Lu, llachclle cl Nathan, à Paris) et, plus récemment, chez VLB Lditejlr et le Croupe Ville-Marie l.iiiérature.Il esi membre de U nion des écrivains du Québec.Au sein des Ldilions Balzac, M.Roger Magini veillera à créer de nouvelles collections (essais littéraires, sciences sociales ci humaines, romans, nouvelles, poésie) el en assumera la direction.SARABANDE | Guylène Saucier | Québec/Amérique 166 pages Pour son premier roman.Motel Plage St-Michel, Guylène Saucier avait choisi la maison VLB.Pour son deuxième roman, elle a rejoint la maison Québec/Amérique.Sarabande, c’est l’histoire d’Élise Borgia.C’est plus précisément l’histoire de sa disparition et des impacts de celle-ci sur les habitants de la petite ville où elle résidait.Page 63 : « Jeanne attend d’être sûre que Lucien ne reviendra pas, puis elle s’approche un peu plus de la bougie.Pas trop, elle se méfie de la flamme qui lèche les feuilles.» VERS UNE SOCIÉTÉ SANS ÉTAT David Friedman Les belles lettres, 397 pages « Une société fondée uniquement sur les échanges volontaires entre individus, et donc débarrassée de la violence étatique, serait-elle juste pour tous ?El si oui, comment pourrait-elle fonctionner».Telles sont les questions, nous indique-t-on sur la page couverture, auxquels David Friedman, professeur à l’Université de Chicago, tente de répondre.David Friedman est le fils du prix Nobel d’économie Milton Friedman, l’enfant chéri des conseillers économiques de Ronald Regan.Bref, David Friedman reprend et actualise les idées chères à Adam Smith et Friedrich Hayek.AMERIGO Stefan Zweig Belfond, 90 pages 1492, c’est l’année Christophe Colomb.Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler que seulement en français plus d’une trentaine d’ouvrages ont été publiées au cours des trois derniers mois.Amerigo vient s’ajouter à la liste.À la différence de tout ce qui a été édité jusqu'à présent, il faut souligner qu’il s’agit là d'un livre écrit par un des plus grands écrivains du siècle : Stefan Zweig, mort le 23 février 1942.UNE ODYSSÉE AFRICAINE Mary Kingsley Phébus, 432 pages « Mary Kingsley se voulut exploratrice à part entière, et non simple voyageuse, et s’ingénia à cultiver tous les paradoxes de l’âme victorienne.Vieille fille rangée, elle se décide à quitter la maison familiale à la mort de ses parents et part seule pour l’Afrique, sans aide aucune, afin d'étudier les tribus des forêts.» Page 237 : « La factorerie d’Agonjo était tout à fait typique; la maison, bâtie en pur style galoa, était montée sur des piquets; dessous, s’alignaient des tonneaux à caoutchouc et des rondins d'ébène.» LA FONTAINE DES INOCENTS Max Gallo, Fayard, 514 pages Auteur très prolifique.Max Gallo, entre deux essais, nous propose aujourd’hui un roman.Sa Fontaine des innocents raconte l’histoire d’une agression commise sur Anne-Marie Bermont dans le quartier des Halles à Paris.Max Gallo suit pour nous cette jeune fille.Il témoigne.Il raconte son destin tout comme il raconte les destins qui la croisent.Page 27 ; « Anne-Marie Bermont s’était assise et avait caché son visage dans ses mains.» MUSULMANES Florence Assouline Flammarion, 221 pages C’est le cas de le dire, voilà un livre d’actualités.Quelques semaines après que le FIS soit passé à deux doigts de prendre le pouvoir en Algérie, Florence Assouline nous explique comment les intégristes entendent imposer leur aux femmes.La loi du talion.On en doute ?Voici ce qu’affirme un intégriste : « Le corps de la musulmane doit être avant tout une fabrique de musulmans.C’est pourquoi on ne peut accorder aux femmes l’égalité des droits que certaines d’entre elles exigent.» Dominique Desanti Les années passion A roman l’MI .v*| N Irt llKIX LES ANNÉES PASSION Dominique Desanti Presses de la renaissance, 349 p.Journaliste et enseignante, Dominique Desanti a écrit jusqu’ici autant de romans que d’essais que de biographies, notamment sur Driey La Rochelle.L’histoire de ces Années passion 7 « Ariane, photographe célèbre, évoque son tumultueux passé.Pendant près d’un demi-siècle, de 1945 à nos jours, passions politiques et amoureuses se" sont mêlées pour elle, son mari Sébastien, architecte, et Xavier, le deuxième homme de sa vie.» Page 112 : « Ariane ne comprend plus comment elle a, pendant six ans, louvoyé avant de redevenir elle-même .» — S.T.Dominique Demers QUI EST LÀ ?Lynette Ruschak Illustrations de B.Akerbergs Hansen Ouest-France, 1991 UN BESTIAIRE animé présenté sous forme de devinettes.« Qui est là dans le jardin ?» demande-t-on aux tout-petits en glissant des indices dans l’image.A la page suivante, un lapin bondit derrière une feuille de chou.Le jeu d’animation est juste assez sophistiqué et très solide, les illustrations adorables.La dernière page réserve une surprise aux jeunes lecteurs d’images qui ne se lasseront pas facilement de ce bel album.À partir de 2 ans.LE PETIT SAPIN TOUT TORDU Michael Cutting Illustré par Ron Broda Traduit par Cécile Gagnon Scholastic, 1991 LES I1ÉR()S des livres d’enfants n'ont pas toujours deux yeux et deux pattes.Michael Cutting raconte l’aventure d’un petit sapin tout tordu, trop taré pour être décoré.L’histoire lui donnera l'occasion de faire I preuve de courage et il sera, bien sûr, récompensé.Mais le charme de cet album tient surtout aux magnifiques tableaux de Ron Broda.I Armé de ciseaux et de pinceaux, l'illustrateur a compose des scènes ravissantes où couleurs et textures se mêlent aux jeux de lumières pour créer des atmosphères magiques.À partir de 4 ans.LE CHAT BOTTÉ | Charles Perrault J Illustré par Fred Marceliino Gallimard, 1991 ' U N Cl.ASSIQU E tiré des Contes de nia Mère l’üyequi auront bientôt 300 ans.Les enfants applaudissent encore avec bonheur les ruses de ce chat futé et la morale du conte rend hommage à l'enfance en suggérant j que les tout-petits peuvent vaincre des géants.Fred Marceliino a dessiné un Chat Botté éblouissant avec de grands yeux d’enfant.Les célèbres scènes où l’Ogre se métamorphose tour à tour en lion puis en souris que le chat s’empresse de croquer sont d’un réalisme.merveilleux.À partir de 5 ans.AH NON ! Texte et illustrations de Tony Ross Seuil, 1991 J U Ll E a un très joli nez.Elle gagne tous les concours de nez et sa maîtresse la choisit pour faire l’ange dans la pièce de Noël.Mais, en plein spectacle, Julie se fourre un doigt dans le nez.et il y reste coincé.L’album raconte les imbécillités des adultes incapables de libérer le doigt de Julie.L’auteur-illustrateur, Tony Ross, n’est pas drôle ; il est tordant.À première vue, ses livres semblent simplement gentils mais gare à ceux qui les examinent un peu mieux.À partir de 3 ans.UNE ARAIGNÉE Alexandra Parsons Photographies de Jerry Young Collection « Les chemins de la découverte» Gallimard, 1990 UN DES MEILLEURS titres de la plus belle collection d'albums documentaires parue au cours des dernières années.Saviez-vous qu’il existe 30 000 espèces d’araignées ?Que l’araignée domestique est très mal élevée 7 Que le fil d’une toile est trois fois plus résistant que l’acier ?L’album ravit même ceux qui ont horreur de ces petites bestioles poilues.En plus des photos couleurs saisissantes et des illustrations claires et amusantes, l’album propose un supplément ludique de huit pages : araignée-quizz, bricolages, jeu de société, poésie, etc.Pour tous., SHABANU Susan Fisher Staples Traduit par Janine Hérisson Collection Page Blanche Éditions Gallimard 1991, 254 pages SHABANU est une fille du désert, une enfant de nomades trop éprise de liberté pour se marier.Elle aime le vent sauvage des dunes, l’euphorie des premiers jours de mousson quand le désert ressuscite sous la pluie et la chaleur tranquille d’un troupeau de chameaux.Son meilleur ami s’appelle Guluband et lorsqu’elle chante, montée sur son dos.le grand chameau danse sous le soleil brûlant.L’auteur est journaliste.Elle a vécu longtemps au Pakistan et frayé avec les nomades.C’est son premier roman et il est très beau. Le Devoir, samedi 29 février 1992 B D-3 Les nouvelles laborieuses d’Esther Rochon M » * WM mm Une bouffée d’air frais • 'IW IfttKer Rochon • > • ****.•-.urtWh.*«r m .ET*’111ATO UIL L E M E N TS I lélène Monette XYZ, 1992, ISO pages Louis Cornellier Sl'I.A PRÉTENTION étouffait, une joyeuse meute d’écrivains ou d’individus qui se prennent pour, vivrait accrochée aux pompes d’asthmatiques qui permettent le passage de P a j v, aux endroits où la vanité encrasse.I,e milieu littéraire québécois enrichirait ainsi l’industrie pharmaceutique et le malheur des uns, une fois de plus, ferait le bonheur des autres.Or, comme la fatuité vit des années de vaches grasses dans nos chapelles écrivantes se croyant au-dessus (Je tout soupçon, il appert que la pamtcée est à chercher ailleurs que chea.lean Coutu.Chez Hélène Mo-itetlj, par exemple, dont le petit ('ri- mes cl chatouillements apporte une bouffée d’air pur à nos encrassés poumons de lecteurs.Voilà un livre vif, intelligent, ludique et qui se lit à la vitesse de l’éclair tellement la légèreté qui s’y déploie transporte.Un homme et une femme se rencontrent.Un couple se forme.Des frottements, des affrontements se produisent.Un couple éclate.La vie est belle.'Pout est moche.Hélène Monette écrit.Premier livre d’une nouvelle collection (« les vilains ») mise sur pied par XYZ et dirigée par Hélène (îi-rard, Crimes et chatouillements, dans une suite de textes brefs, met en scène le procès des amours humaines qui sont toujours déçues.La structure d’ensemble de ce livre se rapproche beaucoup de Soigne ta chute de Flora Balzano, publié chez le même éditeur.Or cette fois-ci, le genre est assumé et l’on ne s’est pas senti obligé d’écrire « roman » sur la PHOTO JACQUES GRENIER page couverture.Transposée dans un rythme gaillard et portée par une ponctuation alerte mais jamais enflée, la tragi-comédie existentielle prend ici l’allure d’une lucidité de lendemain de veille : « Le monde ne frappera pas, l’amour est un colis piégé, ficelé autour de nos poitrines soufflantes, mais l’escouade tactique ne se déplacera pas pour si peu.C’est trop intime.L’incertitude n’intéresse pas les caméras du peuple.C’est trop ordinaire.Nous sommes seuls dans de beaux draps.» Bien servie par sa pratique de poète, elle a déjà publié deux recueils aux Écrits des Forges et un troisième est en préparation, Mo-nette s’amuse avec les mots et multiplie les formules heureuses : « Le bout du monde est là entre les cuisses d’une autre blonde.[.] Pars, mon grand.La fin du monde est proche entre les cuisses d’une autre bombe.» LE PIÈGE À SOUVENIRS Esther Rochon La Pleine Lune, 1991, 144 pages Louis Cornellier JE NE RAFFOLE pas de science-fiction.Le monde, de même que les êtres qui m’entourent, me semble à ce point généreux en zones d’ombre que je ne crois pas nécessaire le recours aux monstres pour faire frémir, encore moins pour dérouter.Je conviens toutefois de l’aspect absolument subjectif d’une telle opinion et suis prêt à accepter que d’autres utilisent le détour de l’ultime étran geté afin d’éclairer celle, qu’ils croient peut-être banale, avec la quelle ils se trouvent en perpétuel contact.Néanmoins, ma tolérance a des limites que l.e piège à souvenirs d’Esther Rochon outrepasse et cela, sans rémission possible.Les neuf nouvelles regroupées dans ce recueil s’affaissent les unes à la suite des autres laissant, en bout de piste, le lecteur endormi au milieu des climats bizarroïdes qu’on vient de lui faire visiter.Le procédé utilisé par Esther Rochon dans ce livre-valium consiste à projeter des personnages incertains dans une multitude de décors imaginaires pour, ensuite, décrire leurs comportements en face de situations-limites.Ainsi, on entre dans une géode d’agate à l’intérieur de laquelle se trouve un bateau.Métamorphosé en bourreau, on tranchera, en fin de périple, le cou de la passion, incarnée dans la figure des marins.Dans d’autres textes, un musée, un aéroport, un camp de travail, un château, une planète inconnue ou encore, le sous-sol de la ville de Montréal deviendront autant d’endroits prétextes à voir éclore une dérive d’apparence anodine qui n’en est pas moins totalement détraquée.Les lèvres s’activent.On sourit.Pourtant, derrière la façade clownesque, dans les interstices d’un maquillage habilement trompeur, se laissent entrevoir quelques vérités intolérables qu’il faut, malgré tout, se coltiner : « 'l’on corps est un assassin qui revient sur les lieux du mien en regardant dehors, en faisant l’effort d’une caresse ordinaire et je dis laisse faire, viens, je t’en prie, viens encore, dormons paisible dans le verger des bêtises, il faut se rendre au ciel rien qu’en fermant les yeux.» Magnifique.C’est vrai, ce sont des exercices de style.Mais Barthes n’a-t-il pas dit qiie le miracle dè l’écriture consistait dans le glissement qui s’opère du comment écrire vers un pourquoi le monde ?Et un autre que la légèreté de l’être serait toujours insoutenable ?Sur le champ, je vous condamne à lire Crimes et chatouillements.Qui aime bien, châtie bien.A la longue, la recette risque de devenir lassante.Or, le problème de l.e piège à souvenirs se situe ailleurs.La science fiction étant un genre lit téraire qui flirte avec l’inconnu, le mystère et l’inexplicable, elle exige donc, de la part île celui ou celle qui la pratique, un contrôle méticuleux dans la direction de l’intrigue, autrement.la plus petite faille structurelle génère la confusion et le dépaysement qui en résulte tient plus de la maladresse que du génie.Ce dont I souffre à l’évidence les élucubrations ! d’Esther Rochon Trafiquer le référent afin d’en exposer les limites est une chose.Confondre le lecteur par un style incertain et une progression dramatique faussement éclatée en est une autre.Aussi, si le premier choix donne parfois un résultat intéressant, la combinaison des deux demeure, quant à 1 elle, vouée à l’échec.Des neuf nouvelles qui composent j Le piège à souvenirs, trois présen-| tent un certain intérêt : « L’Ange et i le pont » qui soulève la question de la ESTHER ROCHON LE PIÈGE À SOUVENIRS G plt'int liim Hélène Monette Crimes et chatouillements .W vtWuu La Juive, la paria FARIDA Naim Rattan Il Mil, éditions Collection L’Arbre, 1991, 194 pages.Pierre Salducci_________ EN ÉVOQUANT dans son roman Farida la carrière et les amours d’une jeune chanteuse juive dans le Bagdad d’avant-guerre, Naim Rattan donne à notre littérature une nouvelle figure de paria, celle de la juive, qui bien qu’assez répandue dans l’imaginaire oriental ne s’est pas encore autant manifestée dans nos lettres.En effet, d’emblée le ton est donné.Déjà deux fois marginale parce que juive dans une société majoritairement musulmane el femme dans une société majoritairement machiste, Farida décide un jour de «tomber» et de devenir chanteuse.Dès lors, le roman pose la question de la condition de l’artiste tout en s'interrogeant sur le prix à payer encore, dans certaines sociétés, pour atteindre ce rang, Tout comme devenir comédien au Moyen âge signifiait l’excommunication et l'enterrement en sol non chrétien dans une fosse commune, choisir d’être chanteuse pour Farida équivaut à renoncer à toute dignité sociale et à « descendre » au niveau des prostituées et des femmes publiques.D’ailleurs, les pages consacrées à décrire cette vocation demeurent parmi les meilleures du roman, alors que Rattan évoque brillamment les liens tendus et privilégiés qui s’instaurent entre la chanteuse et son public, ainsi que l’enchantement du chant arabe qui prend naissance au plus profond d'elle-même.Cependant, loin de se limiter à une _lLUUj__________________________ AwHH-latkHi Pi**»» imr** fin Ck* «Ihm simple figure d’artiste, Farida est aussi une grande amoureuse.Mêlée à un crime obscur, elle n’hésitera pas à comploter avec les hommes du pouvoir et à devenir une sorte d’intrigante de cour pour sauver l’homme qu’elle aime.Ainsi Farida est-il non seulement roman d’amour, mais aussi roman social et politique.Rattan nous fait revivre notamment la progression de l’idéologie nazie lors de la seconde guerre mondiale, tout en adoptant un point de vue inusité pour nous, celui du monde arabe et plus particulièrement de l’Irak.En effet, comment pouvait-on percevoir la percée allemande contre les Anglais dans l’Irak de 1936, alors que le pays était justement sous domination britannique et que le nationalisme se faisait chaque jour plus vindicatif.Tout rapprochement avec Hitler no risquait-il pas de raviver aussitôt les tensions internes entre juifs et musulmans irakiens ?C’est donc dans un univers exotique que nous entraine Rattan mais surtout dans un monde en proie à toutes sortes de conflits et de tensions dans lesquels se profilent déjà les problèmes du Moyen-Orient d’aujourd'hui.Si Farida demeure un roman d’une grande efficacité, facile d’accès et dont récriture va droit au but, on pourrait néanmoins lui reprocher de présenter un côté inabouti, comme si l’auteur n’était pas resté maître de son récit jusqu’au bout, qu’il s’était épuisé trop tôt, laissant plusieurs aspects inachevés.La fin notamment est un peu décevante.Que penser, par exemple, d’un roman qui s’achève par une phrase aussi évasive que : « Et si la vie elle-même n’était qu'un leurre ?» Il y a là une certaine facilité qui n'est pas à la hauteur du reste du roman.Par ailleurs, on aurait aimé en savoir plus sur le fameux meurtre de Sasson qui reste globalement inexpliqué, tout comme on aurait aimé connaître l’issue de la fuite de Salim, abandonné trop tôt dans son évolution, et de celle de Jawad.Dans ce panorama aux nombreux personnages, seule Farida donne l’impression PHOTO JACQUES GRENIER Naim Kattan d’être suivie jusqu’au terme de son devenir puisqu’elle connaîtra à la fin du roman une stabilité relative et un statut à peu près établi, mais le sort de ses compagnons demeure souvent un peu trop flou.Quoi qu’il en soit, il faut savoir gré à Naim Rattan d'entraîner nos lettres dans un Orient encore si riche et si évocateur pour notre imaginaire et que de trop rares écrivains, comme Marie-José Thériault dans ses Histoires orientales par exemple, se sont risqués à explorer avec lui.LIBRAIRIE _ HERMES 1120, av.laurier ouest outremont, montréal tél.274-3669 5 libraires tencontres os heures^ 362 jours par ULYSSE LA LIBRAIRIE DU VOYAGE JOURNÉE DE LA FRANCE DIMANCHE 1er MARS Sur des airs et saveurs français, découvrez l'Europe 92 d'Ulysse et de Voyages Viau Marlin: Une expérience S£/P£J?S0jV/0 " À gagner : Un voyage à bord de Concorde En collaboration avec Voyages Viau Marlin Guides Bleus Hachette Jet Tours Air France De 11 h à 16 h au 4176 St-Denis, Montréal, 843-9447 dignité par l’entremise de la figure des Patriotes de 1S37 « La perte de dignité, voilà ce qui m’enrage.Plus tard je me calmerai, plus tard j'essaierai de rétablir la paix en moi.Entre-temps, je veille sur ce lieu trahi.Pour les morts et les vivants, éternellement, tombe l’ange.Ses yeux ne se ferment pas.»; « Mourir une fois pour toutes », le texte le mieux cons truit du recueil; « Le piège à souvenirs» qui, malgré ses ratés techniques, évoque avec succès la mise en place d’un génocide insidieux.Le reste relève du labeur LE DIC TIONNAIRE PRATIQUE DES EXPRESSIONS QUÉBÉCOISES LOGIQUES Le français vert et bleu LE DICTIONNAIRE PRATIQUE DES EXPRESSIONS QUÉBÉCOISES Le français vert et bleu André Dugas .'120 pages - couverture rigide ISBN 2-HS1381-053-5 «On pourrait s’amuser longtemps avec les mots, en puisant au hasard dans le tout nouveau Dictionnaire pratique des expressions québécoises pour raconter “en français vert et bleu” l’histoire de Baptiste et de Catherine, dans un langage où les mots ont gardé toute la chaleur et la saveur des régions, toute la poésie et la nostalgie des vieux accents de la France d’il y a plus de 300 ans.» Jean-Claude Rivard LE SOLEIL «Un dictionnaire pas comme les autres.Une bonne idée de cadeau.» Jean-Pierre Trùdel JOURNAL DE MONTRÉAL «Les 10 000 expressions que contient ce dictionnaire fournissent une certaine couleur locale et peuvent aider le non-initié à se dépêtrer dans nos particularismes.» Clément Trudel LE DEVOIR «De “fier pet”.à “fait à l’os”! Il n’existe guère de limite à l’imaginaire populaire pour exprimer les choses de la vie.Les auteurs du dictionnaire ont privilégié la recension à la censure.» Rudy Le Cours LÀ PRESSE ¦Voilà indéniablement un bon guide pour tout esprit chercheur et surtout pour le touriste avide d’entendre les échos du Québec.» Philip Wickham CONTINUUM [“Les auteurs ont fait preuve d’un esprit vraiment pratique et sont parvenus à formuler des définitions claires et précises, réussissant un exercice de synthèse extrêmement rigoureux.» J can - F ra nçois C ré pea u.LE CANADA FRANÇAIS Les livres des Éditions LOGIQUES sont' en vente dans toutes les librairies.Les Éditions LOGIQUES CM’.10.suit.D , Montréal (QUi II3K 3BS) Tel: ï 5140)33-2225 Fax: (514) 933-2182 D-4 ¦ Le Devoir, samedi 29 février 1992 Les honneurs de la guerre •sr~r — PHOTO MARCEL JEAN Jocelyn ( onion r\ Robert b -1 j SALETTI t V a tssaij -jl: æ ^^'Québécois LA DERNIÈRE CROISADE Jocelyn Coulon, en collaboration avec Vvan Cliche Éditions du Méridien 212 pages SI LE SPORT, comme con dit dans le milieu du hockey, est une métaphore de la guerre, qu’en est-il de la guerre elle-même ?Aussi vieille que l'homme, est-elle révélatrice de sa nature profonde ou une sorte d’aberration perpétuelle qui stigmatise notre « connerie »?Depuis six milles ans la guerre plaît aux peuples querelleurs, disait Hugo, et Dieu perd son temps à faire les étoiles et les fleurs.Et pourtant.Pour plusieurs, la guerre du Golfe marque un tournant décisif dans la manière de couvrir un affrontement armé, voire de le concevoir.Objecteur de conscience, témoin intéressé ou simple intermédiaire, les médias sont désormais des acteurs à part entière.Au Parlement canadien, l’annonce officielle de la guerre a été faite une heure et demie après diffusion des premières images par la chaîne CNN.Signe des temps également, à la bourse des valeurs guerrières, la cote de l’infanterie est en chute libre.reléguée qu’elle est à un rôle de plus en plus symbolique, à la vitesse où volent les missiles et les informations, les fantassins piétinent et leurs généraux broient du pétrole.La guerre du Golfe fut donc celle des marins et surtout des aviateurs.Voilà encore un autre sens à donner à La Dernière Croisade qui coiffe l’ouvrage de Jocelyn Coulon.Deuxième essai à être publié sur la question militaire canadienne par le responsable de l’information internationale au quotidien que vous embrassez en ce moment même, La Dernière Croisade profite du premier anniversaire (sic ! ) de la guerre du Golfe pour faire le point.A un autre niveau, La Dernière Croisade renvoie au baroud d’honneur du gouvernement Mulroney dont les affaires courantes étaient à la dérive mais qui a tiré son épingle du jeu diplomatique, ne se contentant pas d’être le valet des Américains, comme plusieurs l’ont prétendu.Davantage que pour Mulroney d’ailleurs, c’est pour Joe Clark que l’on devrait dérouler le tapis rouge.Trente-cinq ans après la crise de Suez et l’action canadienne qui valut à Lester B.Pearson un prix Nobel de la paix, celui-ci a tenu son bout dans un des épisodes importants de la diplomatie mondiale et, qui plus est, dans une région, le Proche-Orient, où le Canada n’a jamais eu beaucoup d’influence.Il faut rappeler en effet que c’était la première fois depuis la guerre de Corée en 1950 que les membres du Conseil de sécurité de l’ONU votaient le recours à la force contre un État-Membre, en l’occurence l’Iraq.Même si elle fut un véritable gâchis sur le plan intérieur — le gouvernement préférant agir seul plutôt que de mettre le Parlement au parfum —, la crise de la guerre du Golfe aura permis à l’ex- ministre des Affaires extérieures de montrer qu’il est l’un de nos politiciens qui a le plus d’envergure, à défaut d’éloquence et d’un bon accent français.Le livre de Coulon est divisé en six parties qui traitent du déclenchement de la guerre, de l’entrée en scène du Canada, de la partie de diplomatie mondiale qui s’est jouée, des tensions suscitées au pays, de la bataille elle-même et, finalement, des « regrets de l’Occident ».Cette dernière partie, quoique brève, est particulièrement intéressante, puisqu’elle fait ressortir la responsabilité des démocraties occidentales dans la crise du Golf.Pas moins de S0 % des armes dont disposait Saddam Hussein lui ont été fournies par les cinq membres permanents du même Conseil de sécurité de l’ONU.Au pays, l’industrie militaire a fonctionné vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour fournir du matériel aux Américains.C’est un des aspects du « rôle caché » que tint le Canada.Outre une compilation précise des faits, La Dernière ( 'roisade donne, grâce à des entretiens exclusifs, une vue de l’intérieur de la guerre en faisant témoigner quelques-uns des militaires et diplomates qui furent aux premières lignes.Utilisant aussi des articles des grands journaux, surtout le Globe and Mail, et des documents officiels, Jocelyn Coulon trace un portrait des intérêts en présence.Ce portrait montre que le Canada a eu une influence subtile mais réelle sur le cours des .-J-î événements et qu’il a su travailler emL.' coulisses.Æ* Ainsi, les idées avancées par Mulroney et Clark sur le contrôte.'da>’?la prolifération des armes de destruction massive ont fait leur .chemin dans la communauté ’; ; - internationale.Même si un sommet, .mondial des chefs d’État sur cette , .> question n’aura pas lieu, selon toute vraisemblance, plusieurs des propositions adoptées depuis la Tin de la guerre, qu’elles arborent des couleurs anglaises, améncaines ou françaises, originent de suggestions canadiennes.Faisant en somme le point su);]es'.,, succès de la diplomatie canadienne lors de la crise du Golfe, l’essai de Coulon dépeint un Canada loin d’être sous la houlette de ses voisins du Sud.Un pays qui, malgré un intérieur qui craque, s’est donné une voix internationale.Quel avenir cela laisse-t-il présager ?Coulon est muet là-dessus.Et plutôt qu’avec une conclusion, c’est avec une chronologie des événements que se termine La Dernière Croisade.L’histoire passée et présente ne sera jamais garante du futur.En somme, le Canada à l’heure diplomatique ce n’est pas rien, qiuuut on sait que l’information ^ internationale dans nos quotidien* se * résume le plus souvent à une maigre : page, aussi perdue qu’un fantassin , canadien dans un désert arabe^î^ Edgar Morin la vie des idées xifier afin de se hisser à une connais- LA MÉTHODE, 4 Les Idées Leur habitat, leur vie lpurs moeurs, leur organisation Edgar Morin Seuil, 1991.264 pages Heinz Weinmann « HEUREUX qui comme Ulysse.» Presque en même temps que la sonde spatiale « Ulysse » a fait la grande boucle pour voir la face cachée du soleil, un Ulysse solitaire parti voilà plus de vingt ans, revient d’une itinérance cosmique qui l’a mené aux frontières du savoir humain.Morin-Ulysse est arrivé au terme de son voyage foncièrement in-terminable.En effet, La Méthode, cette méga-machine à explorer les savoirs contemporains, a carburé pendant ces derniers v ingt ans à « la température de sa destruction » puisant les hautes énergies de sa combustion dans les réserves vitales de son unique auteur Tel Bernard Palissy, Edgar Morin a brûlé tout pour faire vivre cette oeuvre qui s’est emparée de lui comme un parasite, vautour promé-théen se nourrissant de son foie, siège selon les Anciens de la Vie.La Méthode illustre ainsi en abime la vie, le pouvoir contraignant des Idées sujet même du livre actuel.Défi faustien, prométhéen que celui de La Méthode ! Cartographier tout seul les territoires des savoirs contemporains morcelés en enclaves sur lesquelles régnent en maîtres, les considérant comme leurs fiefs, des milliers et milliers de spécialistes.La Méthode s'est d’emblée méfiée du délire de la totalisation ayant pris comme balise la pensée d’Adorno : « La totalité est la non-vérité ».Il s’agissait plutôt de ré-articuler les savoirs modernes de sur l’Homme tombés en miettes sous l’effet de la disciplinarité, en affirmant avec force sa quadruple détermination physique, biologique, anthropologique et épistémologique.Ce savoir sur l’Homme physico-bio-an-thropo-épistémologique, nous l’avons vu émerger progressivement des trois Méthodes.Reste à découvrir le dernier « étape » du savoir humain, le plus élevé, le plus évanescent aussi, pour ainsi dire le « ciel » de La Méthode, sa stratosphère : les Idées.Les philosophies depuis Platon en ont été de grands producteurs.Or, ces Idées arrachées au tissu conjonctif de leurs oeuvres se décomposent vite, se réduisent en squelettes dans nos histoires de la philosophie.La dernière Méthode relève donc le défi de saisir sur le vif les Idées dans leur environnement, de comprendre leur organisation non sur une table de dissection mais comme êtres, créations culturelles vivantes.Bref, il s’agit de faire l’« écologie des Idées », titre de la première partie.De retour de son itinérance cosmique.Morin regarde avec étonnement ce que ses anciens collègues ont fait de la sociologie de la connaissance en son absence.Il n'a que faire d’une sociologie unidimensionnelle pour laquelle l’humain est un simple reflet du collectif.Décidément, la sociologie a grand besoin de se eomple- sance bio-anthropologique de l’Homme ! Pour ce faire, Morin insiste sur la nature culturelle de la société, en montrant que l’être humain intériorise les déterminismes de la société par le biais de la culture.La culture étant toutes les connaissances stockées dans la mémoire à la fois biologique et culturelle, se manifestant dans ce que Morin appelle l’« imprinting» culturel.Ce dernier est l’ensemble des contraintes individuelles et collectives intériorisées qui agissent sur l’Homme sous forme d'interdits, de normes, de prescriptions énoncés à travers les mythes, les religions, les lois.()r, cet imprinting culturel s’anémie, se pétrifie, se dogmatise s’il n’est pas ouvert à la pluralité et à l'échange des opinions, à leur critique.Ouverture possible grâce à la « dialogique culturelle» qui lézarde la chape de plomb normalisatrice de l’imprinting culturel.Cette dialogique.véritable « bouillon de culture» qui agite une société, appelle la compétition, le conflit des idées en confrontant les idées adverses tout en veillant à ce que le dialogue ne déborde pas en bataille physique ou militaire D’où la nécessité de reconnaître le dialogue comme la seule règle de fonctionnement de cette dialogique.Voilà la définition de la démocratie, instaurée au Ve siècle en Grèce antique, qui soustend tou jours nos démocraties modernes.Les deux dernières parties, « La Vie des Idées», l’« Organisation des Idées », terminent avec brio La Méthode.puisqu'elles traitent de façon tout à fait originale un sujet débattu et rebattu depuis 2 000 ans.En effet, Morin déniche les Idées dans leur « habitat » culturel, dans leur « noos-| phère », petite révérence à Teilhard de Chardin.Ces Idées vivent, se mé-; tamorphosent, migrent et parfois meurent.Elles vivent à nos dépends, suçant tels des parasites nos énergies, demandant dans le cas des religions des sacrifices somptuaires, faisant mettre en marche des peuples entiers sous le coup du nationalisme.La «noosphère» contient des réflexions fondamentales sur la rationalité et la logique et comment on pourra intégrer la contradiction dans la pensée complexe.Enfin, la « noologie » met à jour les forces à l’oeuvre dans l’organisation des Idées.Organisation dernière, restée occulte que celle du paradigme, véritable clef de voûte qui lient « liées ensemble les pièces constituant la voûte des Idées.Il s’agit du paradigme maître de l’Occident, celui de la disjonction schizophrénique inaugurée dans Descartes entre Sujet et Objet, Esprit et Matière, Finalité et Causalité, Sentiment et Raison, etc.Si localement le paradigme mutilant de la disjonction est battu en brèche, globalement il règne toujours en maître incontesté sur l’Occident.C’est seulement dans la mesure où l'Homme réussira à dépasser ce paradigme simplifiant, principal obstacle à une connaissance pleine, complexe, qu’il s’arrachera à la « ba-rabarie » foncière qui l’empêche de profiter du plein emploi de ses facultés biologiques et culturelles.Edgar Morin TXT» ’ é**— ÏÎ1 ,'\L ¦ + Hrabal voudraient quelques bien-pensants, ce qu'ont subi de grands écrivains comme lui en restant, et le prix à payer dans les circonstances pour que leurs manuscrits voient le jour autrement que sous forme de samid-zats.Ce qui a tout de même été le lot de Hrabal pour plusieurs ouvrages pendant une longue partie de sa carrière littéraire.Se justifie ainsi son refus de signer la pétition Quelques phrases que fai saient circuler en 1989 des dissidents réunis autour de Vaclav Havel.À la faveur de quoi, on a un peu vite grossi l’ampleur de sa collusion avec les forces au pouvoir.•< Et moi, je préfère être un collabo .Parce que je ne vais tout de même pas échanger ma signature au bas des « Quelques phrases » contre les 80 000 exemplaires d Une trop bruyante solitude qui vont paraître au mois de novembre .Je ne suis venu au monde que pour écrire Une trop bruyante solitude dont Susan Sontag nri’a dit à New York que c’est un livre, un des 20 livres, qui donneront l'image de la littérature de notre siècle.» En fait, Hrabal a plutôt opposé ses écrits à la tyrannie.Et surtout, il a pris le parti du peuple dans ses li vres.Quitte à faire des compromissions.« Je suis un admirateur de Socrate, mieux vaut obéir aux lois de sa patrie qu’émigrer, donc le statu quo est un mal nécessaire.» Et que serait-il advenu des palabres étourdissants, encore chauds de la fumée des tavernes tchèques qui peuplent ses récits, si Hrabal, coupé de son milieu, était allé croupir au fond d’une prison ou d’une banlieue américaine ?Il n’y a qu’à lire 20 lignes de Hrabal pour s’en rendre compte.Son oeuvre est impensable sans un contact ininterrompu avec la langue qui l’environne.Ce parler populaire dont il s'est imprégné déjà tout petit à écouter les brasseurs qui causaient, puis, à travers 86 métiers — alors qu’il avait fait son droit — de telle sorte qu’il finisse par passer le plus clair de son temps à la taverne du coin.Là, loin des conventions figées de la langue littéraire, surgiront ses chef-d'oeuvres sans queue ni tête, mais ô combien drôles et poétiques 1 Là.l’écrivain réalisera qu’il faut « donner au vécu la priorité face au simple savoir ».Là, mieux que nulle part ailleurs, se vérifiera cette assertion typiquement hrabalienne : « Les hommes n’existent vraiment que dans cette euphorie de la palabre.» Ses héros, soûlons, rêveurs, ne s’en priveront pas, comme l’oncle Pépme, la muse de l’écrivain, en qui les souvenirs de l’époque austro-hongroise se bousculent et se juxtaposent aussi hardiment que lorsque Pollock se dé chaîne sur sa toile.Fameux personnage que ce hâbleur qui ne se lave jamais, porte trois pantalons en hiver et dont les histoires tiennent en haleine les passagers une heure après que le train est entré en gare.Plus attachant encore que ce « vieux Werther » de Pépine, le sculpteur Vladimir Boudnik, à qui Hrabal rend hommage dans Tendre barbare.Chronique palpitante de l’a-mitié qui unit le trio de bohémiens surréalisants formé de l’artiste, de l'écrivain et du poète et philosophe, Egon Bondy.Réminiscences, du même coup, d’un passé révolu, vécu sous le stalinisme, regretté aujourd’hui : « autrefois j’étais jeune et tout était différent».De là à conclure que le septuagénaire a perdu sa capacité de s’émerveiller : non.Il n’y a qu’à lire le récit de son odyssée aux « États-Bénis », Lettres à Doubenka, pour s’en convaincre Surtout qu’au projet initial de raconter sa tournée dans les universités américaines, se mêlent sans cesse les événements de Prague qui mèneront à l’élection de Vaclav Ha vel à la présidence du pays.« Ne m'en veuillez pas de digres-ser, Doubenka, en fait je ne suis plus rien que ce constant détour qui m’écarte de mon chemin, ne vous étonnez pas que parfois mes écritures partent à hue et à dia.» Imaginez un instant Hrabal débarquer à New York, chez des compa- triotes, cuité à mort tel Dylan Thomas.Puis en train de déblatérer devant des universitaires, sans préparation aucune, alla prima comme il a écrit ses premières oeuvres.Et, à la fin de son périple, s’asseoir ému au Vesuvio, à San Francisco, où buvail Kérouac il y a un demi-siècle.Mais en est-il d’autrees dont les yeux se rassasient « de belles négresses éreintées et souriantes qui servaient à boire et à manger en arborant constamment un sourire en V, elles sourient comme si elles voulaient se faire épouser par moi ».D’autres pour saisir le frémissement d'une conversation, la quintessence d’une vie en un paragraphe, pour mettre dans la bouche d’un jeune sui cidé : « J’ai voulu vivre encore plus intensément.» Dans la prose de Hrabal, la mort, ses soubresauts, ne sont que des manifestations ultimes de vie et du temps qui passe au même titre que son attachement pour son chat Cassius alimente une nouvelle.Ce pourquoi un critique débutant du nom de Havel avait raison d’expliquer que Hrabal « ne vit pas pour écrire mais écrit parce qu’il vit ».Bref, il écrit la vie.>< À la va-vite et dans un désordre apparent», semblable à Hasek, son grand prédécesseur tchèque, à Rabelais, et à d’autres polissons de la littérature qui n’ont pas dédaigné de s’abreuver aux divers argots, aux in- terdits, voire au vulgaire.Ce que Hrabal formulait en ces mots : « Tout ce qui a quelque valeur, cela a été inventé par des gens ordinaires, et moi je cours les tavernes, je me contente de recueillir tout ce que les gens ordinaires ont dit d’important, puis je mets ça en littérature, ce qui fait que je suis davantage enregistreur qu’écrivain.» + Linteau santé, contrairement à ce que l’on pense il n’y a presque pas de maisons datant de la colonisation française.Le Vieux-Montréal tel qu'il est aujourd’hui, c'est un Vieux-Montréal victorien qui a été construit sur un Vieux-Montréal francophone.» — Dans votre conclusion, vous affirmez que les Montréalais devront faire face à plus d’un défi sans les identifier.Alors quels sont-ils?« Il y tout d'abord l’intégration des immigrants.Quand on analyse ce qui s’est produit au début du siècle avec la venue des Juifs d’Europe centrale, on constate qu’en l’espace d'une génération leur intégration à la communauté anglophone a été réussie.Si celle intégration linguistique a été menée à bien en une génération, je le répète, pourquoi ne réussirions nous pas l’intégration, à la communauté francophone, des immigrants d’aujourd’hui.« A mon avis le deuxième’défi.i pourrait se formuler ainsi : corn-, ment mieux accepter le rôle (je la ’ culture dans l’économie ?N'buS avons encore trop tendance à penser ; : que les investissements dan1*'les' biens et la vie culturelle de la ville sonl inutiles.Plusieurs enquête.Vau.x États-Unis démontrent qucéela ¦ marche, que c’est cela qui fait qu'une ville est attirante ou pas, et dont que, c’est par ses distinctions qu’elle in- .téresse les étrangers.Il serait ttinps ’.de voir la culture comme facteur, dé.’ développement.« Le troisième défi, c’est sans aucun doute la restructuration du tissu économique de Montréal.On ne peut plus penser la ville comme aupara , vant.Il faudrait penser en ternies d’agglomérations et de ville au1 sens ‘ étroit.La structure qu’est la CUJV1 est dépassée.Il est clair qu’il và fàï; loir la réajuster en fonction d'iiijg structure régionale.Vous savez, l'es- ; pansion de l’agglomération ce n’est, pas nouveau.En 1792, on a intégré lés , faubourgs.Un siècle plus tard, on.’a annexé les municipalités.Et il ÿ ,;1 plus de vingt ans on a créé la CUJVI.» 1 Tôt ou lard, la politique devra « rattraper la réalité ».La réalité bis’ torique évidemment.?.• i .,• Histoire de Montréal depuis la Confédération, de Paul André-Linteau, 613 pages.Éditions du Boréal.THERESE CASGRAIN RÉSERVATIONS PUBLICITAIRES 842-9645 Date de tombée le 6 mars 1992 PARUTION le 14 mars DANS LE DEVOIR LE DEVOIR publiera le samedi 14 mars un cahier spécial à l’occasion du colloque Thérèse-Casgrain présenté à l’UOAM dans la série de conférences annuelles sur « Les leaders politiques du Québec.» On y trouvera • un rappel de la vie de Thérèse Casgrain; • un entretien avec Simonne Monet-Chartrand; • un texte sur l’après-Thérese-Casgrain; • le point sur les batailles de son époque; • des extraits de ses cours et de sa correspondance prêtés par les Archives nationales du Canada; • le programme complet du colloque qui aura lieu du 20 au 22 mars à l’UOAM. Le Devoir, samedi 29 février 1992 ¦ D-5 Écrire, se dit-il, pour conjurer la mort Lisette ÆIORIN A Le feu ileton LE BALCON D ANGELO Hugo Marsan Verdier, éditeur, 119 pages.UN HOMME seul dans une chambre, avec balcon.Seul avec son ordinateur (écran noir, signes jaunes), pour écrire le dernier chapitre d'un roman.11 s’est donné dix jours, le temps que durera l'absence de la femme aimée, prénommée Jane.Il a presque 50 ans, elle n’en a que 20.« À son tour, elle écrivait, mais le journalisme, c’était tout autre chose, une arme de précision, rapide et efficace.» Journaliste donc, et même grand reporter, puisque, munie elle aussi de son ordinateur, mais portatif, elle est partie couvrir une guerre (celle du Golfe ?), et, selon sa promesse, doit lui téléphoner.Tourmenté, inquiet, malade d’angoisse, l’écrivain est obsédé par ces deux écrans, celui de la machine traitement de texte et celui du réveil, à chiffres rouges.Triple inquiétude, en fait, puisqu’au supplice d’écrire, de terminer ce roman, à l’absence de celle qu’il aime, s’ajoute le chagrin de voir sa mère, vieillie et malade, dans une maison de repos où son fils l’écoute se souvenir de son enfance d’enfant unique, élevé sans père.Au souci lancinant d’écrire, de terminer son roman — il en a écrit d'autres qui ont sans doute été lus —, l’homme ajoute le souvenir de sa propre guerre (celle d’Algérie), qui continue de le hanter pendant son sommeil.Souffre-t-il aussi d’une maladie physique ?La faculté l’a rassuré : ni le coeur ni aucun organe n’est atteint.Quand il suffoque, c'est tout bonnement d’inaptitude à vivre sans angoisse.Comment Jane, qui reviendra, lui annoncera peut-être qu’elle attend un enfant, acceptera-t-elle que le roman ne soit pas fini; qu’il ait profité de ces dix jours pour se repaître de son inutilité, de sa maladie de vivre, des remords qu'il nourrit depuis l’enfance.Il y a eu une autre femme dans sa vie, une certaine Marie.Dans ses rêves, il confond les deux, imitant en cela la vieille dame qui finit sa vie à l’hospice, et qui oublie — volontairement ou involontairement 7 — le prénom de Jane.Qui ou quoi m’a retenue jusqu'à la fin dans ce bref roman où il ne se passe rien d'autre qu’un moment de vie difficile pour un écrivain ?Un érivam qui doute de tout, mais qui se console en remplissant « l’écran noir de signes jaunes, avec parfois un sentiment de plénitude ; la page totalement recouverte du nombre exact de lettres.Pas de gaspillage comme au stylo, quand la main se fatigue et brouille les pistes.Pas de surcharges comme à la machine quand les phrases dérapent en fin de ligne ou qu’il faut badigeonner de blanc les mots traîtres ou défaillants.Le traitement de texte impose la paix du devoir accompli, pas de ratures, pas de taches.» L'italique de la dernière phrase, avant l’alinéa, est de moi.Mais, tout au long des 119 pages, l’auteur a choisi le caractère penché dans un ordre, sans doute fort clair pour lui, mais un peu sibyllin pour le lecteur.Il reste que fort peu des écrivains de notre temps, pour qui l'ordinateur est devenu l'outil normal, presque indispensable, ont consenti à raconter leurs angoisses devant leur écran, noir pour quelques-uns, bleu pour d’autres, mais le meuble « branché », aux deux sens du terme, qu'on regarde quelquefois comme la maître, souvent comme le serviteur fidèle, mais quelquefois aussi comme le tortionnaire.Le balcon
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