Le devoir, 30 août 1986, Cahier C
LE DEVOIR CULTUREL -C Montréal, samedi 30 août 1986 ft hrfj- Photo : mlntstère du Tourlamo ot Atoodatlon tourlttiquo régionale de* net de le Madeleine Le$ falaises de grès rouge sur la dune du Sud, entre les îles de la Grande-Entrée et du Havre-aux-Mai-sons.Les îles de la Madeleine Une analyse de JEAN ROYER t LE DU HAVRE-AUBERT - Les îles de la Made-I leine sont devenues, cet été, le paradis du show-bu-*-sinessquébécois.Mais pour combien de temps ?Les 14,000 Madelinots résidents auxquels s’ajoutent, durant l’été, de 15,000 à 25,000 touristes et visiteurs pourraient-ils soutenir une deuxième saison de plus de 300 spectacles ?Tout le monde en doute et l’on commence déjà à s’interroger sur les possibilités de produire autant de spectacles durant l’été prochain.Cet été, les deux ou trois gérants d’artistes montréalais ont fait leurs frais et même des profits — parfois de justesse, il faut le dire — avec ces spectacles dans les îles où se sont multipliés — et improvisés — les producteurs.Certains artistes prolongeaient aussi leur tournée en Acadie et en Gaspésie.Michel Rivard, par exemple, a parcouru la péninsule gaspésienne en jouant à guichets fermés.Aux îles de la Madeleine, les vedettes des variétés montréalaises ont remporté de grands succès.Claude Dubois, André-Philippe Gagnon, Robert Charlebois, Michel Rivard et Paul Piché, de même que Marie-Michèle Desrosiers ont attiré entre 1,000 et 2,000 personnes dans les arénas de Fatima et de Havre-aux-Mai-sons.D’autres artistes de la chanson se sont produits dans des bars et cafés-théâtres : Marie-Claire Séguin, Sylvain Lelièvre, Geneviève Paris, Jean-Pierre Bé-rubé et d’autres artistes moins connus.À ces spectacles « importés », il faut ajouter les artistes madeliniens, qui font ou non carrière sur la scène montréalaise et viennent chercher, durant l’été, la consécration des Madelinots qui les ont vus naître, tels Line Lapierre, Jean-Guy Deraspe, Sylvie Tremblay ou Marjolaine Arsenault, une vedette locale.Il faut compter aussi trois troupes de théâtre, sans oublier l’artiste le plus connu, natif des îles, le célèbre chansonnier Georges Langford, autrefois couronné au Festival de Spa en Belgique, qui a remporté un grand succès avec son répertoire de textes et chansons qu’il a donnés en juillet, entouré de comédiens, sur la scène du théâtre Au Vieux Treuil, dans l’île du Havre-Aubert.La plupart des spectacles « d’aréna » et des représentations de chanteurs dans les bars apportent aux Madelinots, branchés tout l’hiver sur la télévision montréalaise, une image vivante de la vie du continent.Les insulaires voient enfin sur place les vedettes de la télévision.Les matraquages de la publicité peuvent faire valoir, par exemple, que Charlebois est une « vedette de calibre international ».On semble vouloir retrouver aux îles l’atmosphère de la « grand’ ville », avec un peu plus de familiarité et de chaleur.Quant aux troupes de théâtre, elles s’inspirent de l’esprit de Ding et Dong et de Broue.Les comédiens locaux, qui jouaient jadis des textes originaux tirés de la vie locale et folklorique, se font valoir maintenant dans des comédies de vaudeville et des pièces de Meunier et Sala.Une seule exception : le Théâtre de la houle, qui maintient son originalité avec Le Retour du corbeau, une pièce écrite par deux résidentes des îles, Lise Gagnon et Danièle Latour.Cette comédie légère utilise la science-fiction pour proposer une appréciation des valeurs individuelles contre les publicités du « système ».Menée avec finesse, mise en scène par Suzanne Hur-tubise et Denise Ménard, la pièce est jouée avec bonheur par des comédiens locaux.Parmi ces 300 productions qui ont fait Tété des îles de la Madeleine, la saison du théâtre Au Vieux Treuil reste la plus intéressante et la plus originale.Animé par un musicien professionnel, Alcide Painchaud, le petit théâtre, sis sur la grève du Havre-Aubert, a offert tout l’été, et à guichets fermés, des spectales originaux tant d’artistes professionnels que d’amateurs sérieux et étonnants.Des soirées inoubliables dans l’atmosphère du Vieux Treuil ont réuni les artistes de jazz Karen Young et Michel Donato, puis Lorraine Desmarais.Le conteur-harmoniciste Alain Lamontagne a aussi remporté beaucoup de succès.La saison du théâtre de poche s’était ouverte avec un défilé de mode de grand style présentant les créations de vêtements en lin de l’Atelier de l’armoise, animé par Francine Gravel et ?Paradis du show-business québécois?Fernand Essiembre.À la mi-août, une soirée de poésie réunit, depuis trois étés, une douzaine de poètes et comédiens et un public nombreux dans une grande qualité d’écoute.Un autre spectacle étonnant, conçu par Éria Pomerance et Danièle Latour, intitulé La Folie des années roses, reconstituait en deux épisodes l’atmosphère et les chansons du début du siècle, sur la scène du Vieux Treuil cet été.Le même besoin d’un retour aux anciens refrains a réuni plus de 2,500 Madelinots et visiteurs à l’aréna de Havre-aux-Maisons, en juillet, pour le spectacle La Grand’ Balançoire, organisé par Georges Langford au profit de la radio communautaire CFIM.Le succès de cette soirée toute madelinienne dépasse celui des plus grandes vedettes aux îles cet été.D’ailleurs, une réussite analogue avait marqué, Tété dernier, un spectacle d’hômmage à Félix Leclerc.En l’absence du barde québécois, une vingtaine d’artistes madeliniens avaient repris les succès de Félix en choeur avec un public tout simplement euphorique.Ce qui donnait à voir aussi la place qu’occupe Félix Leclerc dans le coeur des Québécois.Cette avalanche de spectacles aux îles de la Madeleine, avec ses succès et ses quelques ratages, s’est réalisée sans concertation préalable.Les producteurs se sont improvisés d’un bout à l’autre de l’archipel l’hiver dernier.Ce désir d’amener des spectacles aux îles s’est sans doute inspiré du succès des dernières saisons du théâtre Au Vieux Treuil, animé par Alcide Pain-chaud sur la grève du Havre-Aubert.Un producteur a même carrément repris cet été la programmation complète de la saison dernière du Vieux Treuil.Le petit bar de Fatima n’a cependant pas remporté en 1986 le même succès que le théâtre de Havre-Aubert en 1985.Mais pourra-t-on refaire sans trop de dégâts une saison de 300 spectacles aux îles ?Aujourd’hui, la plupart des producteurs en doutent.Le phénomène les inquiète.Une prise de conscience s’est passée en août, sur les ondes de la radio communautaire des îles.Au cours d’une émission de ligne ouverte, durant deux heures, le public et les producteurs madeliniens ont échangé leurs points de vue sur la situation qui a pris tout le monde par surprise.Bien sûr, il faudra mieux se concerter à Tavenir, si Ton veut réussir de « gros » spectacles.Les gens de théâtre se sentent quelque peu délaissés, dans cette importante machine improvisée.Diverses idées de regroupements de services (promotion, publicité, marketing et billetterie) font leur chemin.Surtout, on commence à se rendre compte que les îles de la Madeleine constituent un lieu privilégié pour le spectacle d’été.Non seulement les 14,000 résidents laissent-ils volontiers leur écran de télévision pour un siège à l’aréna où ils voient en personne leur artiste préféré.Mais aussi les visiteurs, anciens Madelinots installés à Verdun ou LaSalle et autres banlieues de Montréal, semblent-ils préférer voir les artistes dans une certaine intimité aux îles plutôt que dans le décorum de la Place des arts.Certes, il y a un public potentiel pour une importante saison de variétés aux îles de la Madeleine.On aura, cependant, vite fait le tour de l’affiche montréalaise.Comment renouveler l’intérêt pour les étés à venir ?D’abord, rechercher l’originalité et maintenir la qualité des représentations, répond Alcide Painchaud, le Suite à la page C-4 Photo Grenier Photo Jacques Grenier Jean Paré : « Si un Tremblay de Chicoutimi peut jouer Mozart, pourquoi Markita Boies de Duvernay ne jouerait pas Marivaux ?» Jean PARE ?Patron de presse sans inquiétude PIERRE CAYOUETTE A chaque génération sa tribune ! Plus bavards, les aînés ont choisi le cinéma.C’est à travers l’écran de Denys Arcand qu’ils s’effacent et qu’ils avouent, sans pudeur, leur déclin.La nouvelle génération préfère faire parler d’elle.C’est donc par journalistes interposés qu’elle émerge, ce mois-ci, à travers les pages glacées du magazine L’Actualité.Déjà, il y a dix ans, le directeur général et rédacteur en chef de L’Actualité, Jean Pare, voyait poindre ce « nouveau Québécois » qu’il célèbre aujourd’hui.Non pas qu’il soit prophète.« C’est que le recul mensuel, ex-plique-t-il, permet de rattraper le futur, de dégager de nouvelles tendances, les nouvelles orientations sociales et culturelles.» En juin 1976, alors qu’il était rédacteur en chef du Maclean, Jean Paré annonçait, dans une lettre à ses lecteurs, l’arrivée prochaine de L’Actualité.Du même souffle, il prédisait l’émergence de l’individu dans la collectivité, le triomphe du « moi » sur le « nous ».Il Suite à la page C-4 Jean-Jacques Beineix : « Je suis un artificier qui travaille dans le noir.» nr imwwTwrninwffffl MARCEL JEAN JE AN-JACQUES BEINEIX a l’oeil vif et la barbe trop courte ou trop longue, selon qu’on se l’imagine bien rasé ou barbu.Ironique, fier, orgueilleux, il répond aux questions sans hésiter en jouant constamment avec la réputation de mangeur de journalistes qu'il n’a pas tardé à se faire.A 34 ans, il réalisait son premier long métrage.Diva, un film-culte qui allait donner le ton aux années 80.Dès sa sortie, Diva allait devenir un étalon, une unité de mesure qui fait que, depuis lors, on parle de sous-/)/va pour désigner toute une esthétique axée sur l'image coup-de-marteau et sur des thèmes jeunes, superficiels et artificiels.Détesté par un grand pan de la critique, Beineix le leur rend bien en propageant un discours qui vise à mettre en garde l’éventuel spectateur contre cette critique ringarde.« Il faut insulter les gens qui vous tirent dessus, dit-il, ne serait-ce que pour leur donner un peu d’amertume.» On comprend qu'avec de telles phrases il n'arrange pas les choses, mais il s’accommode bien des réactions qu’il provoque.On est haï lorsqu'on dérange, et lorsqu’on dérange on existe.Or Jean-Jacques Beineix existe indéniablement dans le paysage cinéma.Ses plates-bandes prennent beaucoup de place.Il partage, curieusement, avec Godard l’honneur d’être à la fois le cinéaste français le plus aimé et le plus détesté.Les minables ne déchaînent pas la hargne mais la pitié, et le cinéaste a l’ego suffisament imposant pour Suite à la page C-4 ean- acau ?Lorsqu’on dérange on existe • l’Hexagone Pierre Gravel La Fin de l’Histoire Récit Robert Saillie a «Igné un livre sur le regard, aur le voir et le aavolr, aur le léair de mieux observer et la peur d'être vu.U cécité dont on parle dans ce oman eat donc molna celle dee yeux que celle du corps et de l’esprit.C’est ft l’aspect ‘rimbaldlen’ de ce livre.» Stéphane Lépine, LE DEVOIR Les sentiments, et pas seulement les bons, sont le meilleur matériau omanesque de Robert Bail Ile.il faut pour le suivre une certaine patience et in paru pris de confiance.Alors on y gagne à coup sOr, puisque certaines tagea atteignent une Intensité dramatique preeque Intolérable.» Réglnakl Martel, LA PRESSE -4-— ,f n ¦«mmaIam «4ant II oe» romancier» aoni si à la langue une clarté, une peu habitués., les plus signifiants de cette Stéphane Lépine, LE DEVOIR DEVOIR ROBERT BAILLIE LES VOYANTS PIERRE GRAVEL LA FIN DE L’HISTOIRE I ^l’Hexagone RÉCIT COLLECTION FICTIONS ROMAN diffusion: Québec livres Robert Baillie Les Voyants Roman * l’Hexagone C-2 ¦ Le Devoir, samedi 30 août 1986 LE DEVOIR CULTUREL LE FEUILLETON Quand Fernand Braudel « voyageait » en France LISETTE MORIN * Fernand Braudel, L'Identité de la France, Espace et Histoire, Arthaud-Flammarion.IL Y a les livres que lisent les chroniqueurs et dont ils sont tenus de parler.Il y a les livres que lisent également les chroniqueurs mais dont ils ne parlent pas.Ces lectures privilégiées, ces moments de grâce dans la vie d’un lecteur ou d’une lectrice, constituent leur jardin secret, le lieu merveilleusement clos de leur passion, « de leur vice impuni ».Le tout-venant de la littérature actuelle, ce qui s’étale à la vitrine du libraire, constitue un réservoir suffisant où l’on peut puiser la matière d’un feuilleton hebdomadaire.Pourquoi transgresser aujourd’hui cette convention tacite ?Pourquoi se résoudre à partager ce qui, d’ordinaire, ne se partage pas ?Parce que L'Identité de la France, que l’on doit à la munificence posthume du grand historien Fernand Braudel, est un cadeau si rare, si précieux, qu’on se sent coupable de le garder pour soi, de n’en faire point profiter d’autres lecteurs et d’autres lectrices.Entendez bien : il ne s’agira pas, comme l’a fait récemment avec maestria Emmanuel Le Roy Ladurie, de commenter en spécialiste cet ouvrage de raison et d’amour.Il suffira bien de vanter comme il le mérite ce maître incontesté de l’Histoire, cet historien qui, aux années quarante, rédigea de mémoire sa thèse sur La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II.Cet exploit fait partie des légendes, dans le monde des écrivains français.Tout comme cet autre fait mémorable, attribué au romancier et critique Kléber Hae-dens, voulant qu’il ait composé, dans les mêmes conditions, Une histoire de la littérature française (Julliard).Après tant et tant de travaux consacrés à l’histoire des peuples « étrangers », Braudel, aux dernières années de sa vie (il est mort en novembre dernier, à l’âge de 83 ans), s’est « occupé » de sa France.Qu’il aimait, écrit-il, « avec la même passion, exigeante et compliquée, que Jules Michelet ».Braudel renchérit en affirmant que, dans L’Identité de la France, il ne distinguera pas « entre ses vertus et ses défauts, entre ce qu’il préférait et ce qu’il acceptait moins facilement de son pays.» Dans ce grand jardin hexagonal, nous le suivons pas à pas, reculant avec lui dans le temps, avançant au rythme de l’Histoire du passé et de celle d’aujourd’hui.Voyageant sur l’eau, très souvent, la navigation fluviale et celle des canaux étant pour l’historien une approche commode pour évoquer les habitudes de commerce de ses compatriotes.Parcourant quelquefois les routes à la suite des chariots tirés par les boeufs.Revivant surtout, grâce à de fulgurants raccourcis, toute l’histoire du peuplement des régions, du nord au sud, de l’est — Braudel était d’origine lorraine — à l’ouest.Premier sujet d’admiration : la phénoménale mémoire de cet historien qui ne craint pas de citer abondamment ses prédécesseurs et même ses émules, n’oubliant ni les romanciers, ni les poètes, ni les philosophes, quand il s’agit de les faire comparaître au tribunal de l’histoire de la France.Un précepte, qu’on inculquait autrefois aux écoliers de l’élémentaire, voulait que, si l’on émaillé un texte de citations, il faut que celles-ci vous viennent spontanément.Érudit, mais toujours souriant, Fernand Braudel n’a pas surchargé ses pages de références mais il les a regroupées en fin de volume.Le lecteur est cependant enclin à référer très souvent aux pages 340 et suivantes, sans que son plaisir en soit le moins du monde gâché.Les profanes en Histoire apprécieront les détails, les anecdotes savoureuses sur les villes-témoins qui ont servi « d’illustrations » au propos de l’historien.En particulier, tout ce qui touche à la vie de Roanne, de Laval, de Caen, qui sont revisitées par un chaleureux « touriste », un touriste qui aurait déjà tout appris de l’agriculture, de l’artisanat, de l’industrie, du commerce intérieur et extérieur des petits pays qu’il visite, en n’oubliant jamais que d’autres, pendant des siècles, ont façonné cette terre dont le commun dénominateur est la diversité.Ai-je assez fait entendre que ce feuilleton ne prétend pas « critiquer » L’Identité de la France, de Fernand Braudel ?Mon seul objectif est de dire, le plus simplement du monde, que ce livre est grand, qu’il est fort, qu’il est beau ! Qu’il est, bien entendu, l’oeuvre d’un grand maître historien mais, en tout premier lieu — et c’est ce qui lui vaudra, lui vaut déjà une immense popularité — mais également l’hommage d’un Français authentique à son pays, un Français qui a parcouru le monde entier, qui a étudié, réfléchi, longuement ana- mm lysé avant d’écrire La Civilisation matérielle, l’Économie et le Capitalisme, mais qui voulut, tel l’octogénaire de La Fontaine, planter un arbre nouveau sur les racines de l’ancien chêne gaulois.Et puisqu’il nous invite constamment, tout au long de son livre, à consulter les autres historiens, en les citant à tout propos, imitons-le : « Toute nation est divisée, vit de l’être, constate Fernand Braudel.Mais la France illustre trop bien la règle : protestants contre catholiques, jansénistes contre jésuites, bleus contre rouges, républicains contre royalistes, droite contre gauche, dreyfusards contre antidreyfusards, collaborateurs contre résistants.La division est dans la maison française, dont l’unité n’est qu’une enveloppe, une superstructure, un pari.Tant de diversités entraînent le manque de cohésion », juge, provisoirement l’auteur.On peut compter sur lui, cependant, pour nous prouver que, de tant de divisions, naît et renaît un peuple fort soudé, dans l’heur comme dans le malheur, dans la guerre comme dans la paix, Le peuple qui fait encore la France, celle de là-bas et peut-être aussi sa succursale d’ou-tre-Atlantique, celle que Braudel regrettait si fort.« Rêver, écrivait-il dans son introduction au bel album publié en 1984 sous le titre : Le Monde de Jacques Cartier ( Berger-Levrault et Libre Expression), rêver à tout ce qui ne s’est pas produit.(.) Voir le Québec qu’aujour-d’hui nous aimons.Chance fantastique que nous n’avons pu saisir et défendre, hélas ! Pour moi, un regret, un remords aussi.Comme si j’étais responsable de ce destin manqué.Mais ressusciter ce lien entre la France et le Québec, concluait, optimiste, Fernand Braudel, ce lien que personnifie Jacques Cartier, héros aperçu, retrouvé, témoin d’une identité qui nous rattache si fortement à la France vivante d’outre-Atlantique.» Sueurs froides GUY FERLAND ?René Bellotto, L’Enfer, P.O.L., 1986, 394 pages.Le ENFER, c’est chaud .Tomme Lyon au mois d’août.Lorsqu’on n’a rien à faire .lorsqu’on ne connaît personne .lorsqu’on est seul.désoeuvré .nonchalant.lorsqu’on n’a aucune attache .que rien ne nous retient.que chaque geste nous pèse.Pourquoi ne pas disparaître, alors ?.Personne n’en saura rien .sauf notre mère peut-être .Michel Soler, le narrateur de L’Enfer, est dans cette disposition d’esprit lorsqu'il décide de mettre un point final à sa douleur de vivre.Mais voilà qu’il est sauvé in extremis et que son existence, qu’il trouvait médiocre, sans conséquence, se détériore encore.Peu à pieu, il descend dans les cercles de l’enfer, de l’horreur .Dans le temps de le dire, cet écrivain inconnu, amateur de Bach, devient voleur, violeur, kidnappeur, assassin, enquêteur et amoureux.Tous ceux qu’il approche sont touchés par le mal.Et tout s’emmêle dans sa tête.« En une semaine, sept jours, je m’étais fait passer auprès d’un inconnu pour un ravisseur et un tueur professionnel et en avait reçu trente mille francs d'acompte, je m’étais suicidé, j’avais interviewé à plusieurs reprises un pianiste de renommée internationale, enlevé un enfant, séquestré la soeur de cet enfant dans l’intention plus ou moins de la violer, enterré ma mère, tuée on peut le dire par l’un des vrais ravisseurs, filé quelques heures de parfait amour avec la soeur [.], l’enfant avait été enlevé au premier ravisseur par un deuxième ravisseur, lequel avait tué le détective qui venait de tuer le premier ravisseur, et m’avait blessé, blessé dans un hôtel Renaissance du vieux Lyon dont il existait une copie conforme à Berlin, un bâtiment identique dans lequel trois ans plus tôt le meme enfant avait été séquestré ainsi que son père et où le pianiste de renommée internationale dont je vous parlais à l’instant.» Délire ?Folie ?On serait devenu fou à moins.Ajoutez à cela que Michel Soler va finalement côtoyer l’Abjection pure, et vous comprendrez pourquoi il finit par regarder le soleil directement sans détourner les yeux, comme Artaud.René Bellotto clôt son cycle lyonnais — amorcé par Le Revenant, suivi de Sur la Terre comme au ciel, devenu au cinéma Péril en la demeure — par cette descente dans l’abominable.Il se sert admirable- Boycottons Classic, W.H.Smith et Célébration! Avec l’autorisation du gouvernement fédéral, le groupe d’affaires britannique W.H.Smith a acheté les librairies Classic le 18 novembre 1985.Le syndicat des employé-e-s des librairies Classic (CSN) a la certitude que W.H.Smith veut les fermer et accroître son emprise sur le marché canadien du livre.En plus de menacer, à court terme, 35 emplois à Montréal, cette transaction, à moins que le gouvernement n'intervienne, met en péril l’identité culturelle canadienne et tout particulièrement les maisons d’édition canadiennes.En effet, W.H.Smith est reconnu pour vendre des "best-sellers” ainsi que des bibelots qui remplacent les livres sur ses étagères.W.H.Smith ne doit pas fermer les librairies Classic de Montréal et II doit reprendre à son service des “professlonnel-le-s” du livre.Cette publicité a été retenue et payée par le Syndicat de Classic Bookshops (CSN) Heureuses nouvelles et faits divers LETTRES QUEBECOISES STÉPHANE LÉPINE * Bertrand Bergeron, Parcours improbables, L'Instant même, 1986, 112 pages.* Sylvain Rivière, La Saison des quéteux, Leméac, collection «Roman québécois» n° 101, 1986, 107 pages.* En collaboration, Nouvelles fraîches, UQAM — Module d’études littéraires, 1985, 56 pages.* En collaboration, Nouvelles fraîches, 2, UQAM — Module d'études littéraires, 1986, 90 pages.DIRE QUE la nouvelle connaît une popularité grandissante n’est désormais plus qu’un lieu commun.Quand on songe à la quantité et à la qualité de plus en plus grandes des recueils qui paraissent depuis quelques années au Québec, on ne peut plus qualifier la nouvelle de genre mineur ou déprécié.Au cours de la dernière année, par exemple, près d’une dizaine de recueils ont été publiés, parmi lesquels il peut être bon de rappeler Les Petits Cris, de J.Gagnon, et Le Péril amoureux, de Daniel Gagnon, deux titres excellents, tant pour la valeur des nouvelles prises individuellement que pour la cohérence et l’unité de l’ensemble.Premier ouvrage d’une nouvelle maison d’édition qui a son siège social à Québec, Parcours improbables, de Bertrand Bergeron, se classe parmi les meilleurs recueils publiés cette année.Ce qu’on retient d’abord de ce livre, c’est un ton, une manière attentive de saisir le réel.Un thème se détache aussi de cette suite de courts textes, celui de l’insatisfaction, du manque à être pleinement.Tous les personnages qui parcourent ce livre, tous ces « passagers distraits absorbés par le quotidien » ressentent le manque de leur grandeur inatteignable.Ils souffrent d’une indéracinable nostalgie qui, comme la définit Clarice Inspector dans La Passion selon G.H.,« n’est pas celle du Dieu qui nous manque (mais celle) de nous-mêmes qui ne sommes pas suffisamment».Une fois mises de côté les pages lues et relues de Parcours improbables, des mots nous viennent à l’esprit : pudeur, absence, regret, maladie, anonymat.Mais n’est-ce pas de « la simple conscience d’un vide intérieur », de la « quiétude violente » dont il s’est agi ?Pourtant, ces nouvelles, dans leur précision amou- reuse (une précision qui tient, toutefois, plus d’une observation rigoureuse que de la maniaquerie), ne sont que douceur et fragilité.Nous passons d’une scène d’amour à une scène de mort, d’une attente angoissante à la sérénité dérangée de l'homme retiré mais toujours, la force d’expression est la même.Et le lecteur ne peut qu’être attentif au destin ordinaire de ces héros anonymes dont « le quotidien le plus linéaire, mine de rien.ménage de ces mauvaises surprises.banales en apparence » mais sans cesse captivantes.Chez Bertrand Bergeron, les êtres sont saisis dans leur banalité et ne trahissent guère d’eux-mêmes.Ils semblent sans passé.On peut saisir en eux tout et n’importe quoi.Ils sont humains, à peine personnages, c’est-à-dire qu’ils n’affirment pas un trait de caractère plus qu’un autre, pas une blessure ou une joie plus qu’une autre.Notre imagination ne peut que difficilement leur créer une histoire, une légende.Ils sont là, tout simplement, mais cette simplicité cache des zones d’ombre, des ruines, des désirs que nous pourrons apercevoir au détour des phrases, au gré des situations elliptiques, révélatrices.On découvre, dans Parcours improbables, l’art de noter des faits et gestes, les pensées qui les accompagnent, fragiles et fugitives.L’évidence d’une réalité aussi.L’écriture de Bertrand Bergeron est impalpable mais ensorcelante.Lit-on vraiment ce qu’on lit ?Un peu comme chez Nathalie Sarraute, tout est si précis, nonchalant, douloureux et acceptable que la vérité n’a alors guère d’importance.Les nouvelles de ce recueil sont comme autant de photos jamais prises ou ratées, très sombres.L’auteur a peut-être le désir d'une reproduction lumineuse, d’une écriture transparente mais l’impossibilité d’y voir clair l’encourage à multiplier les points de vue.Et, par conséquent, le texte, dans son ambivalence, acquiert une profondeur qu’il n’aurait pas eue s’il s’était arrêté à l’apparente clarté de l’objet appréhendé.* ?Soulignons la parution, chez Leméac, de La Saison desquêteux, de Sylvain Rivière.Un drôle de livre, à situer quelque part entre Antonine Maillet et Réal-Gabriel Bujold (On a scalpé mon ange gardien).De la littérature régionale, dans le mauvais sens du terme.Un recueil de 15 nouvelles qui se résume, en fait, à un lexique.« La saison des quêteux, lit-on dans la nouvelle éponyme, c’est ainsi que l’on avait fini par baptiser cette période de l’année haute en couleurs qui, pareille à la débâcle, ouvrait ses écluses aux vagabonds, clochards, guenilloux, bohèmes et quêteux de tous acabits.» Ainsi, les nouvelles de Sylvain Ri- ment bien de ses antécédents dans l’« avant-garde » pour ajouter du relief au récit avec des jeux de langage étourdissants et efficaces.Et la construction de la narration met le lecteur constamment hors d’équilibre.Mais la saveur particulière de ce roman infernal vient de l’union, presque à chaque page, de la cruauté et de l’humour.Car humour il y a, avec les exagérations et les propos saugrenus du narrateur.Bellotto sait installer une atmosphère trouble où se disputent l’effroi et le rire.Et l’intrigue tient le lecteur en haleine jus- qu’à la fin.Voilà vraisemblablement pourquoi L’Enfer vient de remporter le prix Inter.LIVRES ¦ • RÉCENT ET ANCIENS 1 ¦ Achat et vente ¦ la plut grande librairie 1 PARCOURS tà IMPROBABLES vière, qui empruntent à la tradition orale, aux contes et aux légendes populaires, relatent les aventures villageoises de ces quêteux hautains et impolis, qui sont autant de capitaines Haddock mal dégrossis et fêtards, de S ères Gédéon au verbe haut et clair, lais tous ces récits plus ou moins folkloriques ne sont prétexte qu’à juxtaposer les régionalismes, les expressions et patois gaspésiens : « fla-catoune » (bière du pays), « vamous-sage » (menue besogne), « brûler le fer» (vagabonder), «j’ière de croyance » (naïf, facile à berner), etc.Un lexique, rien de plus.?Si la nouvelle vous intéresse, je ne saurais trop vous inciter à jeter un coup d’oeil sur Nouvelles fraîches.Publiés annuellement par le module d’études littéraires de l’UQAM, ces recueils contiennent des textes d’étudiants qui en sont pour la plupart à leurs premières oeuvres.Quoique de qualité inégale, ces nouvelles méritent d’être lues.Certains auteurs démontrent une maîtrise étonnante du genre et, si l’on ne peut parler de révélation, je crois qu’il faut tout de même saluer cette initiative et encourager les promoteurs du concours « Nouvelles fraîches », les membres des comités de rédaction et de production à poursuivre leurs activités.Il faut espérer aussi que les prochains recueils connaîtront une meilleure diffusion.LE DEVOIR CULTUREL est dirigé par Robert Lévesque * mirô à montréal: un des plaisirs de l’été! Mirô à la carte Visites commentées La magie des anecdotes.Audioguide Des commentaires éclairants.Films Mirô nous parle et nous séduit.Conférences Des sujets passionnants.Le Musée: menu fixe La Boutique du Musée Des trouvailles.La Galerie d’art-vente et location Des tableaux à louer ou à acheter.Le café du Musée La pause qui rafraîchit.'Sfèf f>*e mirô marrant à montréal 20 juin au ' 5 octobre 1986 Musée des beaux-arts de Montréal 1379, rue Sherbrooke ouest.Renseignements: 285-1600 Billets en vente au Musée, par Teletron et aux comptoirs Tlcketron.le Musée est fermé le lundi.t * ? LE DEVOIR CULTUREL Le Devoir, samedi 30 août 1986 ¦ C-3 Charles Dutoit I Volodia ou Horowitz, le destin est glorieux MUSÉt D'ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL DISCUTES CAROL BERGERON La Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal offre à la session d’automne 1986, dès le 15 septembre, en version télévisée sur plusieurs horaires différents, un cours de base de trois crédits universitaires en histoire de l’art: “Les grands courants de l’art: l’HÉRITAGE OCCIDENTAL” (HAR 1190D) avec le professeur Jean-François Lhote diffusion: CFTU-TV (Montréal): UHF 29/câble 23 Radio-Québec (réseau) canal de téléenseignement de votre câblodistributeur Secrétariat de la télévision universitaire Centre audiovisuel Université de Montréal C.P.6128, succursale A Montréal, QC, H3C 3J7 Tél.: (514) 343-7283 Veuillez me faire parvenir— dépliant(s) _______formulaire(s) d’inscription Nom:_________________________________________________________________ LES CONCERTS GALA ?Gala 1 — 8 concerts AGala 2 — 6 concerts *Gala 3 — 6 concerts ?• 16-17 septembre CHARLES DUTOIT, chef FLORENCE QU1VAR, roe::o-soprano CHOEURS DE L’OSM (lwan Edward*, chef) MAHLER Symphonie no 3 ?30 septembre - 1er octobre CHARLES DUTOIT, chef BARTÔK Deux portraits BRAHMS Symphonie no 3 BARTÔK Musique pour cordes, percussion et célesta ?A 25-26 novembre GRZEG0RZ N0WAK, chef ALEXANDER T0RADZE, piino LUT0SLAWSK1 Concerto pour orchestre LISZT Concerto pour piano no 2 DVOftÂK Symphonie no 8 A 8 février 1V0 P0G0REL1CH, piano Récital ?• 9-10 février SEMYON BYCHKOV, chef ANDRAS SCH1FF, piano DVORAK Concerto pour piano TCHAIKOVSKY Symphonie no 6 • 21 février Z0LTAN K0CSIS, piino Récital ?• 10-11 mars CHARLES DUTOIT, chef Y0-Y0 MA, violoncelle ELGAR Concerto pour violoncelle CH0STAK0VITCH Symphonie no 8 ?• 24*25 mars GUNTHER HERBIG.chef MAURICE ANDRÉ, trompette HAYDN Concerto pour trompette ALBINONI Concerto pour trompette SCHUBERT Svmphooie no 5 A 20 avril MURRAY PERAH1A, piano Récital ?A 27-28 nvril FRANZ-PAUL DECKER, chef BRUCKNER Symphonie no 8 • 30 avril VLADIMIR ASHKENAZY, piano Récital ?A IM) mai CHARLES DUTOIT, chef PINCHAS ZUKERMAN, alto BERLIOZ Rob Roy, ouverture BARTÔK Concerto pour alto BERLIOZ Harold en Italie LES GRANDS CONCERTS Économise: 25% Prix régulier 132$ 168 240 324 sur la série A Prix d’un abonnement 102$ 129 183 246 Économise: 15% Prix régulier 66$ 84 120 162 sur ks Kri« B et C Prix d’un abonnement 57$ 72 103 139 LES CONCERTS GALA Économise: 25% sur les concerts Prix readier 86$ 112 160 216 Gala 1 Prix d’un abonnement 68$ 86 122 164 Étonomiw 155b «ir 1rs conents Prix rràulkr 66$ 84 115 154 Cab 2 et 3 Prix d’un abonnement 57$ 72 99 132 ‘Les dates, les solistes et le contenu des programmes peuvent être modifiés sans préavis.‘Nombre limité d’abonnement pour chaque catégorie.Demande: nos prix spéciaux pour les gras de l’Age d'Or et les étudiants.‘Les concerts ont lieu à b salle Wilfrid-Pelletier de b Place des Arts et débutent i 20 heures.Visa, MasterCard, enRoute, American Express Réservez en téléphonant au 842-9951 Ou passez au bureau des abonnements au 200, boul.de Maisonneuve Ouest, du lundi au vendredi de 9h à 17h.Orchestre symphonique de Montréal Charles Dutoit JO Service d animation et d'éducation Visites et activités de groupe Space Invaders Les envahisseurs de l'espace Exposition organisée et mise en circulation par la Mackenzie Art Gallery, Régina Jusqu'au 31 août La magie de l'image Photographies tirées de la Collection permanente Jusqu'au 31 août Entree libre Autobus 167 Metro McGill Cite du Havre 873-2878 * Glenn Plaskin, Vladimir Horowitz, une biographie traduite par Alain Malraux, éditions Buchet/Chastel, 320 pages.* Vladimir Horowitz : Bach/Busoni, prélude de choral Nun kommder heiden heiland, Mozart, Sonate K.330; Chopin, Mazurka op.17 n" 4, Polonaise op 53, Scherzo op.20; Schubert, Impromptu op.90 n°4; Liszt, Consolation n" 3; Schumann, Novellette op.2 n“ 1: Rachmaninov, Prélude op.32 n" 12, Scriabine, Étude op.2 n” 1; Moszkowski, Étude op.72 n“ 6.Deutsche Grammopbon 419 045-1.* Horowitz : Schumann, Kreisleriana op.16: Scarlatti, Sonates L.33 et L.224; Liszt, Impromptu; Schubert, Impromptu d.935 n' 3; Scriabine, Étude op.8 n" 12; Schubert/Tausig, Marche militaire D.733 n° 1.Deutsche Grammophon 419 2117-1.¥ ¥0R0WITZ N’EST Pas un // ¦—(musicien qui joue du -*piano : c’est un pianiste qui fait de la musique — de la belle musique.Ce n’est pas un interprète entre une oeuvre en soi et sa réalisation dans l’espace et dans le temps : c’est un artisan hic et nunc qui donne vie à une réalité sonore dont la partition n’est qu’une tentative forcément imparfaite de notation.» Cette réflexion de Dominique Ja-meux me semble fort bien décrire ce musicien singulier, ce phénomène des phénomènes du piano au 20e siècle.Juif ukrainien, Vladimir Samolio-vitch Gorowitz est né le 1er octobre 1904 dans une petite ville industrielle à une centaine de kilomètres de Kiev.Quand on sait ce qu’est devenu celui que ses proches appellent encore Volodia, et que le public connaît sous le nom de Horowitz (occidentalisation de Gorowitz), on croit rêver : origines modestes, destin glorieux, un vrai conte de fées.Il ne faudrait cependant pas se fier aux apparences.Au-delà de cette légende vivante du piano, se profile un être singulièrement tourmenté dont la vie n’aura été qu’une succession de compromis plus ou moins acceptables.Le pianiste est l’exemple type du virtuose dans toute sa splendeur, celui qui « fait », comme dit Jankelevitch, et qui souvent « ne sait pas lui-même comment il fait, ni ce qu’il fait ».L’homme, inquiet, semble toujours chercher un refuge (surtout dans son art mais aussi auprès de certains proches), comme une victime.Glenn Plaskin a voulu tracer un portrait de Horowitz à partir de 650 interviews d’amis et de proches du pianiste, 50 entretiens avec l’artiste lui-même, des lettres, comptes-rendus de concerts et critiques d’enregistrements, et d’autres documents provenant d’archives et de collections personnelles.Le mot « portrait » ne convient pas vraiment pour qualifier cet ouvrage.Je dirais plutôt qu’il s’agit d’une photographie : la photographie d’un pianiste accompagnée de l’histoire de sa carrière.Bien sûr, nous apprenons beaucoup de choses sur le déroulement de cette prodigieuse carrière.À cet égard, ce livre sera très utile.En parcourant l’« itinéraire », on a cependant l’impression que le « personnage » Horowitz reste toujours au premier plan.L’homme ne se livre pas ; il ne semble pas vouloir qu’on le connaisse au-delà de ce qu’il a décidé (calculé) de nous confier de lui-même.Vladimir ne veut pas parler de sa famille, et encore moins de son homosexualité.A propos de son mariage (il a épousé Wanda Toscanini, fille du célèbre chef d’orchestre) et de sa fille (Sonia, qui s’est suicidée), il reste presque muet.Devant cela, le biographe Plaskin reste discret.À la condition de n’être pas curieux de connaître Horowitz plus intimement, le livre de Plaskin s’avère d’une lecture captivante.Il recompose la trame d’une carrière assionnante, controversée aussi ien que fêtée, en plaçant le lecteur aux premières loges d’un éblouissant et exceptionnel spectacle.La traduction française se lit fort bien mais, comme il arrive hélas très souvent, l’éditeur n’a pas jugé bon de reproduire toute la documentation qui complète l’édition originale (parue chez Quill à New York, 607 pages).Le lecteur français est ainsi privé non seulement de l’index des noms, de la liste des oeuvres du répertoire de Horowitz, des références aux articles et aux interviews, mais de la discographie complète jusqu’en 1982 Coquetterie de ce phénoménal pianiste ?Toujours est-il que Horowitz a produit, l’année dernière, deux enregistrements pour la célèbre firme allemande Deutsche Grammophon.Horowitz a commencé sa carrière discographique en Allemagne, en 1926, en enregistrant pour les pianolas de la société Welte-Mignon.Le plus important de cette aventure s’est cependant réalisé aux États-Unis, chez RCA Victor et Columbia (CBS).À 81 ans, Horowitz n’est pas le plus manchot des pianistes.Il donne encore des concerts et est retourné récemment en URSS, pour la première fois après l’avoir quittée en 1925, où il a joue à Moscou et Leningrad.Il n’a plus la facilité de ses 40 ans mais il reste impressionnant à entendre.Il a su conserver une palette sonore d’une polychromie étonnamment riche.Peu de pianistes ont atteint une telle maîtrise et un tel raffinement de la couleur sonore.Cela lui permet de faire chanter une mélodie et de varier à l’infini le déroulement sonore d’une oeuvre.Horowitz est encore capable d’étonner et de séduire.Le virtuose n’est pas mort.Il suffit d’écouter le Moszkowski du disque 419045 ou mieux le Schubert/Tausig du disque 419217.Être capable de cela à 80 ans.Dans ces deux disques, c’est le second qui séduit vraiment.Le choix du programme demeure plus intéressant et Horowitz se gardé généralement d’un certain maniérisme qui affecte inutilement les pièces de» l’autre enregistrement, notamment le Scherzo de Chopin.Ceux qui possèdent déjà la version de 1969 (CBS M3 37895) des Kreisleriana de Schumann, éprouverons sans doute beaucoup d’intérêt à la comparer à celle qui occupe la première face du second disque Deutsche Grammophon, car elle est fort différente.Université de Montréal Faculté des arts et des sciences ECOUTEZ.RUMEUR DE GRANDS CONCERTS.Etienne, je ne suis pas encore décidée., Mais Julie, tu es mon soleil! Et puis, j’ai une surprise pour toi.Des rubans de couleur?Des bonbons?Non, gourmande, pas cette fois.Un gros bateau qui porte mon nom?Non plus.Quelque chose de plus raffiné.Un abonnement de saison pour les Grands Concerts de l’Orchestre symphonique de Montréal?Tbut à fait.Six Grands Concerts pour seulement 57,00$.Et j’ai économisé 15% sur le prix régulier en réservant ce matin.Alors Étienne, on se marie en mai ou en juin?OSM ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE MONTREAL LES GRANDS CONCERTS Série A — 12 concerts Série B — 6 concerts Série C — 6 concerts A B 22-23 vptemhre CHARLES DUTOIT, chtf CH0-L1ANG LIN, ricin, MERCURE Lignes et points SIBELIUS Concerto pour rioloo R.STRAUSS Ein Heldenlehen A C 7-8 octobre CHARLESOUTOIT, chef KARAN ARMSTRONG, wpuo JARD VAN NES, me::tvsopram, JAMES McCRACKEN, ténor GARY RELYEA, basse WERNER KLEMPERER, nmtmr CHOEURS DE L'OSM flwxn Edwards, chef) ORCHESTRE DES JEUNES DU QUÉBEC SCHOENBERG Gunrliedcr A B 21-22 octobre CHARLES DUTOIT, chef HILDEGARD BEHRENS, soprano STRAVINSKY Le Chant du rossignol WAGNER Wcsendonch Lieder BEETHOVEN Ah! perfido STRAVINSKY fttraichlu (1911) A C 10-11 décembre CHARLES DUTOIT, chef DANIEL BARENBOIM, piano PAPINEAU-COUTURE Clair-obscur BEETHOVEN Concerto pour piano no 3 DEBUSSY Le Martyre de St-Sébtstien - fragments symphoniques SCRIABINE Poème de l’extase A C 6-7 janvier LAWRENCE FOSTER, chef ANDRÉ LAPLANTE, piano ENESCO Rapsodie roumaine no 2 BEETHOVEN Concerto pour piano no 5 PROKOFIEV Roméo et Juliette, extraits A B 3-4 février STAN1SLAW SKR0WACZEWSK1, chef ANDREI GAVRILOV, piano TCHAIKOVSKY Concerto pour piano no 1 BRUCKNER Symphonie no C A C 24-25 février SIR NEVILLE MARRINER, chef SHL0M0MINTZ, violon TIPPETT Concerto for Double String Orchestra MENDELSSOHN Concerto pour violon en mi mineur BEETHOVEN Symphonie no 4 A C 1-4 mars CHARLES DUTOIT, chef SABINE MEYER, clarinette WEBER Abu Hassan, ouverture WEBER Concerto pour clarinette no 1 MAHLER Symphonie no 7 A B 17-18 mars CHARLES DUTOIT, chef ANNE-SOPHIE MUTTER, violon LOUIS-PHILIPPE PELLETIER.BRÉGENT Concerto pour piano BRAHMS Concerto pour violon BARTÔK Concerto pour orchestre piano A B 31 mars - 1er avril GUNTHER HERBIG, chef TIMOTHY HUTCHINS, flûte BA1RD Quatre essais NIELSEN Concerto pour flûte BRAHMS Symphonie no 2 A C 21-22 avril PETER MAAG, chef SIEGFRIED JERUSALEM, ténor MOZART Thamos - Quatre interludes MOZART Airs pour ténor MOZART Symphonie no 39 R.STRAUSS Lieder pour ténor R.STRAUSS Don Juan A B 19-20 mai CHARLES DUTOIT, chef JORGE BOLET, piano SOLISTES DE L'OSM HINDEMITH Concerto pour instruments à vent et orchestre RACHMANINOV Concerto pour piano no 3 BARTÔK Musique pour cordes, percussion et célesta RAVEL La valse En collaboration avec le LE DEVOIR il ,nt i onlt/mpo»,im est subvert!tonne itervd«»s,Aff«nM;s t ulturelL'S du Québec s-Miis.-.-x naiionnu* -lu Canada Ville:________________________________ Code postal:____________________Tél.: A LES CONCERTS GALA commandités par: American Express Canada Inc., Banque Canadienne Impériale de Commerce, Banque Nationale, Fermes Bluehills/ Maritime Forwarding Ltée, Gaz Métropolitain, Hydro-Québec, IBM Canada Ltêe, Les Coopérants, société mutuelle d’assurance vie/ Le Groupe Westcliff/ La Corporation Première, Québec, Merrill Lynch Canada Inc., Seagram Québec, Shell Canada Limitée, Texaco Canada Inc.LES GRANDS CONCERTS commandités par: Banque Continentale du Canada, Bell Canada, Canadien Pacifique, Compagnie d’assurance Standard Life, Consolidated-Bathurst Inc., Corporation Gulf Canada, Digital Equipement du Canada Limitée, General Motors du Canada Limitée, La Compagnie d’Assurance du Canada sur la vie, La Corporation Cadillac Fairview Limitée, La Garantie, Compagnie d’Assurance de l’Amérique du Nord, La Prudentielle Compagnie d’Assurance Limitée, Lavalm Inc., Nabisco Brands Ltée, Northern Telecom, Petro-Canada Inc., Steinberg Inc., Sun Life du Canada, Téléglobe Canada, Xerox Canada Inc. C-4 ¦ Lo Devoir, samedi 30 août 1986 LE DEVOIR CULTUREL JEAN PARÉ Suit* de la pago C-1 écrivait alors : « Un nouveau Québécois apparaît, moins bavard que ses aînés, mais sQr de lui, qui jouera son va-tout sur les bases jetées par la génération précédente.» Dix ans plus tard,,dans la dernière livraison de L’Actualité, Paré nous le présente, ce « nouveau Québécois ».Des savants, des artistes, des gens d’affaires, des sportifs : ils sont, en tout, une centaine, choisis parmi les plus représentatifs de ces Québécois qui montent.Qui sont-ils ?« Ce sont des Québécois de moins de 40 ans qui ont réalisé quelque chose de neuf, d’utile, d’exceptionnel.Des jeunes de calibre international, des jeunes qui ont la ferveur et la passion », répond Jean Paré.Ils ont de l’audace, du talent, de l’imagination.Et n’ont pas envie de travailler pour d’autres.On a fait large place à ceux qui préparent la vie culturelle du 21e siècle.Au théâtre, ce sont les Robert Lepage, Lothaire Bluteau et Markita Boies.En musique, les Louis Lortie, Walter Boudreau.Ce sont aussi les artisans du Cirque du Soleil, ceux de Vice versa, du Festival de jazz de Montréal ou de « La La La Human Steps».Surtout, ils sont sans complexes, ces artisans de la seconde Révolution tranquille.Ils ont fini par digérer « ce fameux petit pain qu’ils avaient à travers le gosier ».Au fond, dit Jean Paré, l’essence de ce numéro pourrait se résumer par le sous-titre qui coiffe le portrait de la comédienne Markita Boies : « Si un Tremblay de Chicoutimi peut jouer Mozart, pourquoi Markita Boies de Duvernay ne jouerait pas Marivaux ?».Il a fallu plus d’un an pour donner naissance à cet album de portraits, pour « cueillir ce bouquet à même le grand jardin québécois».Après avoir recueilli les suggestions de 300 spécialistes de toutes disciplines, l’équipe de L’Actualité a dressé une liste préliminaire de 1,000 noms.On a réduit à 150, puis à 100.Il n’était pas question de faire appel à un jury.« En dernier lieu, ce fut certes un choix éditorial », dit Jean Paré.Difficile de ne pas en oublier, avoue-t-il.C’était la rançon de la formule.« Mais on garde en banque les entrevues réalisés avec plusieurs “oubliés”.Ceux-ci feront ultérieurement l’objet de portraits.» C’est le cas, notamment, du dramaturge René-Daniel Dubois, un oubli majeur.Pour dresser ces portraits, L'Actualité a fait appel à une recherchiste et à 19 journalistes, choisis parmi les belles plumes.D’ailleurs, plus du tiers (sept sur 19) de ces « portraitistes » ont été où demeurent journalistes ou collaborateurs réguliers au Les îles de la Madeleine Suite de la page C-1 principal animateur de spectacles des îles.Ensuite, prétendent les autres producteurs qui voudraient bien continuer à produire, créer une sorte de « festival » qui regrouperait en trois semaines une série de spectacles importés.Mais serait-ce là un véritable festival ?Pour d’autres personnes, plus intéressées à la qualité des lieux et des loisirs-qu'au commerce de variétés, les îles de la Madeleine seraient le lieu idéal pour la présentation d’un festival international de chanson et de poésie.Ce qui est certain, c’est que les îles de la Madeleine, paradis naturel du Québec avec leurs centaines de kilomètres de plage, restent un lieu magique où peut arriver l’inattendu.C’est pourquoi l’idée d’un festival international de haute qualité n'est pas impensable, loin de là.Il suffirait à des organisateurs imaginatifs d'intégrer leurs activités à la magie des lieux.DEVOIR.Ces journalistes auraient pu facilement sombrer dans le genre « curriculum vitae romancé ».Us auraient aussi pu céder au culte « reagano-yuppie» de l’excellence.Au contraire, ils se sont surpassés, dit Jean Paré.« Ils ont laissé percer l’écrivain derrière le reporter.» Il cite, à ce propos, le portrait « magnifiquement tourné » que livre Georges-Hébert Germain du critique littéraire Jean Larose.Curieusement, il n’y a pas un seul journaliste dans cette galerie de Québécois qui montent.Lui-même journaliste jusqu’à la moelle, Jean Paré s’explique.Comme s’il ouvrait les guillemets, il lance : « Il ne peut y avoir de journalistes qui montent au Québec, parce qu’il n’y a pas de journaux qui montent.Pour avoir un Marc Garneau, ça prend une navette spatiale ! ».S’il n’y a donc pas véritablement de « navette spatiale » dans l’univers du journalisme québécois, L’Actualité est sans doute ce qui s’en rapproche le plus.Une BMW, peut-être ?L’Actualité a bel et bien dix ans.Mais au Québec, où le succès a encore quelquefois mauvaise presse, on reproche parfois à Jean Paré d’oublier qu’avant lui, il y avait Le Maclean et Actualité.Son magazine a, en effet, des racines profondes qui remontent au début des années 60.L’Actualité est né en 1976, de la fusion du magazine Le Maclean et du magazine Actualité.Ces deux magazines existaient depuis 1961.Us avaient laissé plus de 400 numéros.Mais leur avenir (surtout celui d’Actualité) devenait précaire, dans la mesure où ils se concurrençaient.Deux hommes ont été à l’origine de cette fusion : Jean Paré et Lloyd Hodgkinson.Une fusion qui avait comme principal avantage de fournir à l’unique mensuel d’information une base économique plus solide.Mais d’autres motifs, plus « historiques », ont précipité la mort du Maclean et la création de L’Actualité.Jean Paré était rédacteur en chef du Maclean depuis 1975.Quand il en a pris la direction, il s’est retiré et a lu tous les numéros parus depuis 1961.De sorte qu’aujourd’hui, il est pleinement en mesure de distinguer L’Actualité du Maclean et de définir le contexte qui a précédé la création de l’un et la mort de l’autre.« Le Maclean, c’était le magazine de la Révolution tranquille.Le magazine de ceux qui, en 1976, sont devenus l’establishment d’État.C’était le magazine du réveil collectif, des grandes transformations sociales, de la réforme de l’éducation, de la nationalisation, du FLQ, de la drogue, de la création du Parti québécois.C’était le magazine du “nous”, le véhicule d’une génération », rappelle-t-il.L'Actualité s’est inscrit dans un tout autre registre.C’est un tout autre magazine, explique Jean Paré.II est « davantage people-oriented qu’issue-oriented, c’est le magazine de la seconde Révolution tranquille, celle des cerveaux.C’est le magazine du citoyen devant les pouvoirs.U n magazine axé sur les besoins des utilisateurs de tous ces services et institutions créés dans les années 60.» C’est aussi le magazine de la réussite.Comme le rappelle Jean Paré dans le texte d’envoi qui précède les portraits du dernier numéro, les aînés ont mis en place des gouvernements modernes, des services sociaux et éducatifs et de grandes sociétés industrielles.Tout cela a donné naissance à la génération la plus instruite du pays.Aujourd’hui, cette génération monte.Elle s’apprête à prendre les commandes.Dès le premier numéro, L'Actualité s’interrogeait sur le système scolaire, remettait en question la bureaucratie syndicale.Avec les années, L'Actualité a été témoin de l’essoufflement de l’« État social-syndical » et du déclin du nationalisme.On connaît, depuis, le succès grandissant de L’Actualité.Un tirage mensuel de 266,000 exemplaires, un taux de renouvellement des abonnements inespéré.Et, surtout, la sécurité financière.L’Actualité fait partie de l’empire Maclean-Hunter, une société transnationale qui comprend 8,000 employés, réalise $ 1.1 milliard de chiffre d’affaires et contrôle 200 publications et postes de radio et télévision.Le directeur général Jean Paré n’a donc pas, comme d’autres patrons de presse, à s’inquiéter des finances de sa publication.Il pense beaucoup plus, ces jours-ci, à son numéro spécial de septembre : « J’aimerais qu’on conserve cette édition et qu’on la ressorte dans 15 ans.» JEAN-JACQUES BEINEIX Suite de la page C-1 goûter la prose violente que ses films inspirent chez certains des membres les plus honorables de la critique française.Avec son troisième film, 37’21e matin, qu’il présente en compétition au Festival des films du monde, Bei-neix avoue que certains de ses détracteurs ont modéré leur opinion à son sujet.« Mais, s’empresse-t-il d’ajouter, il y en a qui gardent leurs opinions et ils ont raison de le faire.» En effet, Beineix, lui, garde les siennes.L’interviewer, c’est se placer d’emblée en position d’affrontement, la sale réputation de l’homme exigeant à la fois prudence et provocation.Ancien étudiant de philo et de médecine, l’homme est brillant et articulé, et son arrogance n’est pas sans charme.Avec l’assurance que seul le succès procure, il reluque toutes les belles femmes qui passent en faisant preuve d’un talent certain pour la séduction.Dans le rôle du jeune, beau et intelligent play-boy, Beineix est aussi flamboyant que les images de ses films.Obsédé par ses rapports avec la critique, je reviens sans cesse sur le sujet.D’abord, il esquive par d’habiles boutades.Acceptez-vous le concept de critique ?« J’ai du mal, mais je m’exerce chaque matin.» Je persiste, cette fois en vantant la façon qu’il a de donner à ses images un impact surprenant, mais en lui reprochant du même souffle d’avoir de la difficulté à aborder un récit globalement.Là, Beineix m’étonne, convenant qu’il s’agit de son talon d’Achille.« C’est que je voudrais raconter une histoire en dehors de la chronologie, explique-t-il, pour toucher les gens autrement, pour ne raconter que des émotions, des atmosphères.Je ne suis pas un horloger qui organise ses scènes selon une logique mathématique.Je suis un artificier qui travaille dans le noir et il arrive forcément qu’un pétard me saute dans les mains.» Plus tard, parlant encore de sa façon de raconter, il dira : « Je ne suis pas certain que l’histoire est essentielle au cinema, comme je ne suis pas certain que la mélodie l’est à la musique.» Plutôt que de récit, Beineix préfère parler de dramaturgie, concept plus large qui se rapporte au dramatique, donc à la capacité d’émouvoir, d’intéresser le spectateur.Et ce spectateur est le principal allié du cinéaste qui répond, lorsqu’on l’accuse de gratuité : « Ce n'est pas gratuit puisque des milliers ae spectateurs ressentent quelque chose.» C’est la preuve empirique de l’existence d’émotion dans les films de Jean-Jacques Beineix.Quelquefois, au détour d’une phrase, le personnage craque et laisse percer un autre Beineix qui dit : « J'apprend mon métier, je n’ai fait que trois films.» On sent alors une sorte de fragilité, la fragilité de celui qui affirme avoir « le sentiment d’être très loin encore de bien faire passer les émotions (qu’il) ressent ».D’autres fois, le comédien est à son meilleur et répond par boutades.Comment vous est venu le projet de 37°2 le matin ?« Par la poste.» Est-ce que, dès le départ, Claudie Ossard en était la productrice ?« Il y a eu, un moment, un Suisse qui était avec nous dans le décor.J’ai très rapidement compris qu’il ne fallait pas travailler avec lui, mais il s’était tellement attaché à moi qu’on a été obligé de lui donner beaucoup d’argent pour le consoler.» À l’époque où 37°2 (d’abord roman de Philippe Djian) est arrivé, Beineix avait terminé le scénario de La Vierge déglacé, film qu’il devait tourner à Hollywood mais que la Paramount a finalement trouvé trop cher (une trentaine de millions de dollars auraient été nécessaires).Précisons que c’était après l’échec de La Lune dans le caniveau.Au sujet des problèmes survenus avec Gérard Depardieu lors de la sortie de ce dernier film (à Cannes, l’acteur l’avait publiquement désavoué), Beineix raconte : « J’ai, un jour, dans une interview, dit que Gérard ressemblait au boeuf blanc Jean-Hugues Anglade et Béatrice Dalle dans 37°2 le matin.dans Amarcord de Fellini.Il a pris ça pour une insulte.» Puis, après avoir fait l’éloge du monumental acteur pendant de longues minutes, il termine en affirmant qu’il « s’est quand même conduit comme un crétin».Juste avant de me quitter, pensant toujours aux événements entourant le lancement de La Lune dans le caniveau, Beineix revient sur la critique : « Le danger, c’est qu’à un moment j’ai failli me renier.C’est pour ça que je leur en veux, les salauds.» CONI-IDliN GAU : LE DON DES ÉTOILES t-iennellede IREDI12 SEPTEMBRE À Les pli» beaux moments du répertoire classique Ani Andréa mm ffêmm ¦ :¦ .Lac des Cygnes Les Hirondelles Tchaikovski Pas de Deux L'Oiseau bleu Sonatine Grand Pas classique Soirée musicale simple moment Le corsaire erra Don Quichotte nsi que sujet à
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