Le devoir, 5 juillet 1986, Cahier D
-W LE DEVOIR .PASSEPORT _D Montréal, samedi 5 juillet 1986 Au beau pays de Charlevoix ROBERT CHOQUETTE et ARMANDE SAINT-JEAN Collaboration spéciale Brusquement, te paysage change tout à fait.Du haut de la grande côte qui domine Baie Saint-Paul, le regard peut s’étendre au loin, cascader le long des collines douces qui bordent la rive, embrasser ce beau grand fleuve qui s’étend à perte de vue pour ensuite scruter les mille et un détails de cette contrée grandiose qui s’étale comme une sorte de conte de fée.Face à la baie, tel un joyau marin, l’Ile aux Coudres semble détachée de la rive depuis peu pour progresser lentement dans un long périple sur le fleuve.C’est peut-être une des images les plus saisissantes qu'on ait de Charlevoix que cette vue en plongée, depuis les hauteurs de la route 138, à l’arrivée à Baie-Saint-Paul.A partir de Sainte-Anne-de-Beaupré, on grimpe sur ce que les gens du coin appellent « la route des caps », pendant une soixantaine de kilomètres bordés de forêts et ponctués de rares villages.Peu à peu, l’oeil s’est habitué à suivre fidèlement ce long ruban d’asphalte pour entrevoir, parfois, de petits morceaux de fleuve ou un coin d’horizon.Mais voici que tout à coup on découvre Charlevoix, comme une vision mirifique, éblouissante.Ce pays de Charlevoix est à l’image de ses habitants: accueillant, riche, mais d’une générosité qui ne s’étale pas.Il faut le découvrir discrètement, avec la patience que n’ont pas les voyageurs pressés.C’est un pays qui inspire les poètes parce qu’il ravive le souvenir des ancêtres.Il renouvelle le répertoire des images que la mémoire conserve de cette terre grandiose et attachante.On vient s’y retremper, comme à une source, pour éprouver la fierté d’appartenir à ce lieu en même temps que la joie de le voir demeurer intact face à l’outrage du temps.Car le pays de Charlevoix ne change pas au fil des ans.A la manière d’un bon vin ou d'un grand fromage, il s’affine sans perdre son caractère, et l’on s’émerveille d’y découvrir, à chaque visite, des raffinements plus poussés, des petites touches d’amélioration qu’il serait exagéré d’appeler «changements».Le paysage, d’abord, conserve ce caractère d’éternité qui se renouvelle un peu chaque matin.De Baie Saint-Paul jusqu’à La Malbaie, et ensuite au-delà jusqu'au Saguenay, la route serpente le long du fleuve qu’elle suit comme une ombre, tantôt grimpant jusqu’au sommet d’un cap, tantôt en descente vertigineuse jusqu’au creux d’un vallon.Le chemin file ainsi tout en zigzag et traverse des villages proprets, baptisés aux noms des saints patrons du coin -Saint-Fidèle, Saint-Urbain, Sainte-Agnès, Sainl-Irénée - ou selon des accidents naturels mémorables: Les Kboulements, Pointe-au-Pic, la Malbaie.Un peu partout le long de cette route qui joue aux montagnes russes, on peut saisir des panoramas magnifiques.Qu’on se trouve en plein coeur d'un petit village qui sent bon le magnolia ou en bordure d’un champ où paissent quelques vaches placides, on peut toujours apercevoir, au pied des montagnes ou loin à l’horizon, ce Saint-Laurent majestueux qui a mérité toutes les épithètes.Ici on peut regarder le fleuve à loisir, dans toute sa splendeur et sa diversité.Tout près de la rive, il file sagement dans la voie navigable aménagée entre le rivage de Charlevoix et l’Tle aux Coudres, qu’empruntent autant les paquebots et les interminables cargos, que les petits voiliers de plaisance et les bacs de passage.Plus loin, il coule de l'autre côté de 111e, sauvage et indompté, soumis lui aussi aux caprices du temps.Sous un ciel couvert, il roule de gros moutons et s'emporte parfois en des vagues bouillonnantes.Les jours de beau temps, il s’étire langoureusement tel une écharpe de soie fine où le soleil s’amuserait à semer des nuées d’étoiles.La mer s'approche et se retire, inlassablement, au rythme des marées qui ponctuent le quotidien.Par ici, on regarde du côté du fleuve pour vérifier l'heure qu'il est.Mais l’on se contente rarement d’admirer le fleuve.Bien vite, on déniche une plage où y tremper courageusement le gros orteil.Mais surtout, on veut s'y promener.Le traverser qui mène de Saint-Joseph-de-la Rive à nie aux Coudres offre ius-vcment une agréable excursion den- — ¦ ¦ vT"'TT'oX 7à i* um Le manoir Richelieu, à Pointe-au-Pic.¦¦¦¦¦¦ ¦iti, mf- J§ *7 ; * _ viron une demi-heure.On peut y monter avec sa voiture, son vélo ou à pied.U ne visite à T Ile aux Coudres permet non seulement d’admirer la côte de Charlevoix avec un peu de recul, mais elle comporte aussi l’avantage de découvrir un petit pays en soi, presque caché à l’abri des regards indiscrets.L’Ile aux Coudres, ainsi baptisée par Jacques-Cartier qui s’étonnait d’y trouver tant de noisettiers, conserve avec entêtement le sens des traditions et de la survivance.Les hivers sont si durs, sur l’île et l’été, le vent souffle si fort, qu’on apprend à planter ses racines pour résister aux tempêtes.C’est peut-être ce qui donne aux marsouins, comme on appelle ces insulaires, cette mentalité un peu beaucoup farouche et, néanmoins, fort sympathique.Au pays des voitures d’eau qui inspirèrent les Perreault et autres chantres du pays, les gens vivent en-dehors du temps et vous accueillent comme s’ils étaient ravis d’avoir des nouvelles du reste du monde.Partout dans Charlevoix, on dirait que les gens ne changent guère non plus.On les retrouve comme inscrits dans une permanence sereine, coulant une existence simple, soumise aux aléas du temps et des saisons.Ils vous raconteront l’hiver plus dur ou plus doux que d’ordinaire, les crues du printemps, la sécheresse de l’été.Ils vous diront surtout le plaisir de laisser la vie se dérouler simplement, loin du tumulte factice des grandes villes et à l’abri des modes et des excès mondains.Au pays de Charlevoix, les gens sont tournés vers le tourisme comme ailleurs les marins, vers la pêche.Tout ici semble attendre le visiteur.Le réseau d’hôtellerie va de l’hôtel le glus huppé à la plus modeste au-erge, en passant par toutes la gamme des restaurants de bonne famille, des casse-croûte et des motels de bord de route, des tables recherchées, et même des maisons familiales qui louent des chambres avec ou sans petit déjeuner.On trouve tout ce qu’on veut, à des prix généralement compétitifs et même parfois à fort bon marché.Car à moins de s’en tenir à un programme rigide, le visiteur peut souvent profiter de forfaits intéressants, découverts inopinément.Tous les guides fournissent des listes d’adresses, des descriptions et des évaluations des différents types d’établissements.Que faire en Charlevoix, à part découvrir et savourer ce merveilleux pays ?De tout : tourisme classique ou camping sauvage, sports d’été, photo, ballades à pied ou à vélo; à riu près la même chose qu’ailleurs, la condition de s'adapter à la saveur régionale.Les excursions au bord du fleuve, dans les villages ou à travers l’arrière-pays offrent d’innombrables possibilités.On tentera d’éviter l’itinéraire le plus populaire -celui qui mène à la vieille ferme où sont tournés les extérieurs du téléroman Le Temps d’une paix h Saint-Urbain - pour s’aventurer plutôt du côté des petits villages comme No-tre-Dame-des-Monts ou Saint-Placide, coupé en deux par un torrent qui s’enfonce dans une gorge.Les amateurs de nature et de plein air apprécient le Centre écologique de Port-au-Saumon, à Saint-Fidèle.En plus des activités habituelles des bases de plein air, on y pratique l’astronomie, l’ornithologie et l’observation des baleines.Plus loin au-delà de La Malbaie, à 8 milles derrière Saint-Siméon, se trouve le Centre d’interprétation de la nature Les Palissades où l’on em- prunte des sentiers de randonnée dans un site exceptionnel, celui de la vallée de la rivière Noire.Dans un décor sauvage et bien préservé, on circule entre un lac glaciaire et les falaises qui l’entourent.Du haut des plateaux, on a une vue panoramique de toute la région avoisinante; on bénéficie également des explications des naturalistes et des aménagements habituels d’une halte en pleine nature.Les cyclistes prendront un agréable répit des côtes de Charlevoix en faisant le tour de l’Ile aux Coudres: une trentaine de kilomètres relient les trois villages (Saint-Bernard, Saint-Louis, La Baleine), du côté sud, on longe la plage de sable et de gravier où l’on peut s’arrêter à sa guise.Plusieurs haltes possibles, des sites historiques, le musée, la fa- meuse roche pleureuse, la Maison normande, la Maison croche (comme les pâtés du même nom), la Maison Leclerc, le Centre d’artisanat de nie, et une dizaine d’établissements hôtelliers qui jouissent d’une excellente réputation.Sur la terre ferme, on ne voudra pas quitter Charlevoix sans s’arrêter en quelques endroits célèbres, notamment la papeterie de Saint-Gilles, fondée par monseigneur F.-A.Savard à Saint-Joseph-de-la-Rive.A Baie-Saint-Paul, il faut aussi visiter quelques ateliers d’artisanat, (les tisse-randes du coin se sont acquis une renommée exceptionnelle) et la Galerie d’art Clarence-Gagnon où l’on expose des oeuvres de l’artiste québécois et d’autres.A Pointe-au-Pic, on trouvera des villas cossues et des auberges charmantes.Partout, dans les moindres recoins du pays, on découvrira des trésors discrets : chapelle datant d’un autre âge, maison ancienne au perron en bois tout au bord du trottoir, moulin désaffecté à cheval sur la rivière, ou encore exposition inédite, organisée spontanément par les gens du village.Si la visite en Charlevoix commence véritablement à Baie-Saint-Paul (que les villageois de Saint-Tite-des-Caps et de Saint-Férréol-les-Neiges nous pardonnent), on peut étirer le plaisir bien au-delà de La Malbaie.Ici la route continue de serpenter mais la forêt se resserre de chaque coté et les villages prennent leurs distances les uns des autres.On quitte Charlevoix en filant ainsi vers l’est jusqu’à Baie-Sainle-Catherine, au bord du Saguenay, où commence un autre univers.* ¦(¦(I “«T .^ msfsm ; .iMMIHM Baie-Saint-Paul WKÊHÊÊtÊÊÊKÊÊÊÊtKÊÊÊIÊItÊÊÊÊÊÊKIÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊMI 3 départs Circuits en autocars 13 juillet.Tour de France, 15 jours: 1 578$ 12 septembre, France, Italie, Suisse, 22 jours: 2 348$ VOYEZ VOTRE AGENT DE VOYAGE garantis 19 septembre.Tour de France, 15 jours: 1 698$ • Transport aérien transatlantique aller-retour • Guide accompagnateur • Circuit en autocar climatisé de luxe • Entrée et visite des monuments et musées • Hébergement en hôtels 2 et 3 étoiles, base double • Manutention des bagages TRAFIC VOYAGES • Nombreux repas DETENTE UN OIM PERMIS OU QUE SIC D-2 ¦ Le Devoir, samedi 5 juillet 1986 .v.y-" «»«» P r— H«« fcàtei: WMHMfe' * •*.* » ' H mmm iHNis^ë^S;! ¦.: .WM* à bord du: CAVALIER DES MERS BALEINES FJORD SAGUENAY Auberge Québec Kl Kl Kl Kl LE DEVOIR .PASSEPORT Le Domaine Forget de Saint-Irénée MARIE LAURIER DANS le charmant village de Saint-Irénée qui s’étage depuis la montagne boisée jusqu’à la longue plage de sable blanc (.) face au fleuve, large de dix milles environ à cet endroit, le panorama est vraiment splendide.À l’est s’avancent les pointes de La Malbaie et de Cap-à-1’Aigle.Dans ce lieu paisible, bercé par le murmure des vagues et vivifié par l’air salin et le parfum des conifères, nous passions des étés inoubliables.» La regrettée Thérèse Casgrain, née Forget, décrit en ces termes sa jeunesse dorée passée dans le comté de Charlevoix dans son livre intitulé :
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