Le devoir, 22 avril 1986, Supplément 1
SOCIO-COMMUNAUTAIRES LE DEVOIR Montréal, mardi 22 avril 1986 «fr c\& La semaine du "bénévolat progrès °e#oy Otj.-£>e.em.Rencontre y, °ns '-Sÿs .AMOUR ’'°" «, ° 6,; % V \ X t °® * % % TET O ^o PO m 7oe i\W \\o* e\\e e-V/, \ %, % bilan %, %» Ao'' «e«evo, Mr *fls S*Oto éducation ?CD CD > O m 3 m' CD -n O PO m c PO ETRE \MTR0UVft8Lt Développement social ai |r ii.O § "a o ché une invasion de solutions postales à mon auto-rééducation affective.Première étape de ma démarche du « droit à mon coeur », ne fréquenter que des gens heureux.un marché voué au chômage.car dans une société techno-érotique de consommation, profonde contradiction, le plaisir n’engendre que des résignés du bonheur.Puis des amateurs, j’ai investigué du côté des spécialistes de malaises.Il y avait les « psy » bien sûr, ça aurait été i-n-t-e-r-m-i-n-a-b-le, il aurait d’abord fallu traiter ma psychose aux « psy ».J’ai ensuite erré du côté des philosophes, ces jongleurs de concepts qui cogitent, cogitent .rarement sur les différences entre souffrances inéluctables et souffrances inutiles.Comme la publicité les a bumpés, leur définition de tâche ne se borne plus qu'à expliciter comme ils disent, et ils sont par inaptitude, impuissants à apporter un soulagement aux malaises de l’âme et à son bon refonctionnement .Le Sage en manque quoi ! De rechutes en rechutes, je n’osais même plus promener mes crises qui se faisaient sans moi.Je craignais de déclencher une épidémie de déprime .aux arbres, aux petits oiseaux, aux chiens.C’est à ce moment-là, qu’en bonne pragmatique efficace, mon inspirée de cousine qui possède en sus toutes les vertus du coeur, impliquée à l’Hôtel-Dieu comme travailleuse sociale me suggéra le bénévolat comme dépannage artisanal, à défaut d’une catharcis à mon trip de tripes.Traiter le mal par le bien dans une boîte à souffrances positives, pourquoi pas ?À ce point-ci, je devrais selon la méthode de gymnastique rationnelle traditionnelle, non seulement poser la bonne question sur mon inexpérience., mais surtout donner la bonne réponse.Quel a été le facteur de succès de mes 520 heures d’action volontaire en m.lieu hospitalier ?Le kit, c’est-à-dire : la qualité des relations humaines entre permanents, bénévoles et patients, l’analyse des besoins du milieu et également ceux de la bénévole.Bref, engagement dans solidarité et échange pour réalisation de soi.Tout ça c’est bien beau en théorie, mais c’est pas ça, pas ça.du tout.Faut pas charrier .Le succès de mon expérience est dû à la complicité éclairée de mon Objet Ressource : la Cafetière.Bien sûr pour atteindre mon Objet Ressource, j’ai dû subir la générosité, la compréhension et le soutien « jujube » de ma chef de service et de ma CDC ma copine du café, deux belles emmerdeuses qui ont fini par me redonner confiance en moi.en les autres.et en la vie.D’abord, ma chef de service, l’allumeuse d’enthousiasme, une menace, dont le feu sacré pourrait déclencher une conflagration instantanée et dont le charisme, s’il n’avait viré au bien, la troisième guerre mondiale serait déjà terminée.Elle a su apprivoiser mon attitude réservée pour ne pas dire réticente du début, canaliser mes énergies et mon potentiel presque vierge et martyr dans des projets « intéressants », valables, auto-fi-nancés, réalisables, on règle les problèmes au fur et à mesure, quelques solutions de rechange comme en-cas et un échéancier trop .trop court.Faut que ça saute, on plonge au suivant.Cette terroriste du bénévolat à la profondeur ignorée, à la sensibilité vive a une dynamique futuriste très .très.C’est l’adepte de l’urgence de la formation des bénévoles, une visionnaire incomprise qui veut non seulement axer réflexion et action du bénévolat dans des structures de professionnalisme, mais préconise une réforme du mécanisme de fonctionnement des organismes à but non lucratif.Hélas ! son postulat de changement-évolution a été dilué par sa dialectique un peu gesticulante et rapide.Quelques-unes ont perçu ses interventions comme une provocation, d’autres une menace, moi une survie.Le bénévolat comme les autres institutions n’échappe pas aux lois de régression ou de stagnation.C’est dans ce piège-à-cons intégral et impitoyable du « avancez en arrière », que pourrait parfois se trouver embusquée une présidente du conseil de certain organisme à but non lucratif au « profit idéal » dont l’action éclairée est complètement annihilée par le pouvoir fantôme.Coincée dans un rôle prestigieux de « Sois belle et tais-toi », ou celui de l’ego content, content, ou d’amuse-gueule récompense, elle se trouve alors piégée comme présidente dans des structures bâtardes de gloriette, pensées et conçues par des administrateurs pas nécessairement les plus aptes, quelquefois frustrés de pouvoir véritable oui refusent de progresser.Leurs décisions parfois mesquines, émotives ou arbitraires déclenchent inévitablement des conflits et des affrontements artificiels, destructeurs d’organisme, réducteurs de personnalité, avec rejet systématique des « caractériels » influençables qui exigent responsabilité et solidarité au grands intérêts de la collectivité à la petitesse des intérêts particuliers.Comme disait mon oncle, homme avisé : « Serait-ce le faible pouvoir du pouvoir des faibles qui à leur insu font mal le bien.» Même la grandeur d'âme peut être démocratique, autoritaire ou tyrannique.Puis brusquement, un jour, ma boss m'a affectée à une autre tâche.une manière de promotion horizontale qui s'appelle le remplacement.Je n’étais pas ravie, ravie, seulement très humiliée de devoir pour justifier mon existence, d'uti- liser dans les cliniques externes, mon essence comme distributrice-humaine-de-café.Comme un malheur n’arrive jamais seul, on m’avait flanquée d’une bénévole toute neuve .Belge en prime qui a dû s’initier aux joies de ma dextérité (même pour ouvrir une porte ça me prend des instructions) et si courageuse pour supporter les aspérités de mes aspirations.Puis graduellement nous avons découvert notre mode d’emploi réciproque, accepté nos spécificités dans le respect de nos différences et assumé notre complémentarité sans rivalité.À l’usage, j’ai découvert également qu’elle avait le p.r.jusque dans les chromosones, un p.r.souple mais tenace si différent du mien et que sa demi-survivance comme disait Jean Rostand, a hérité et exploité comme métier.Toutefois, ce qui m’a le plus impressionnée, c’est son affirmation de soi équilibrée, sa sensibilité en veilleuse et cette puissance intérieure qui me rappelle cette maxime puisée dans le Tao-to-King : «Ne cours pas, c’est au dedans de toi que tu dois arriver.» En outre, elle a un chouette de vice caché, elle aime se marrer, se marrer .grâce à elle, je suis redevenue une « fafelue » comme disait à quatre ans ma fille chargée de ma publicité.Je suis une droguée qui s’éclate, une droguée par hilarité.Mises à part ces petites constatations secondaires, le facteur déterminant de ma thérapie fut sans contester le truc de la Cafetière.A priori, la Cafetière.A priori, la Cafetière semblait banale, sans design, un prêt-à-verser en inox, modèle courant, s’harmonisant ton sur ton avec le nouveau look raffiné de la bénévole, gris couleur mode d’automne 1986.Suite à la page 11 LE TRUC DE LA CAFETIÈRE Le Devoir, mardi 22 avril 1986 ¦ 5 Réalité .pertinence, où en sommes-nous ?Le bénévolat d’aujourd’hui et de demain ne saurait être une sorte de catinage social pù JACQUES GRAND'MAISON Dans le tournant actuel, on ne pourra plus en rester au bénévolat spécialisé, éparpillé; les uns travaillant à adoucir les effets de la crise ici et là, les autres exclusivement consacrés à un mieux-être des déjà bien lotis, d’autres uniquement centrés sur la lutte de revendication ou de contestation, certains explorant des solutions alternatives nouvelles, mais d’une façon utopique parce que hors du pays réel.Dans tous les coins du Québec, ce sont des milieux entiers qui sont frappés.Il nous faut donc des démarches qui en tiennent compte.Des démarches qui ne séparent pas les tâches de justice, les services de base, les nouveaux chantiers créateurs; des démarches qui ne séparent pas la tête, le coeur et les mains, les enjeux du pain et ceux de la qualité de vie, la solidarité communautaire et l’entrepreneurs-hip socio-économique.Nous allons vers des solidarités beaucoup plus serrées et exigeantes qui sont différentes de la période de relative prospérité que nous avons connue récemment.Pensons aux gens du troisième âge qui seront soutenus à peine par deux ou trois personnes actives alors qu’il y en avait six en 1950.Pensons au sort des assistés sociaux depuis?.Le secteur bénévole ne peut plus être la cerise sur un gâteau.Un gâteau qui s’est rétréci ou même qui est devenu peu substantiel et parfois indigeste.Bien sûr, on ne saurait tout dire, tout faire, tout penser à partir du bénévolat, mais ce n’est pas une raison pour qu’il se refuse à jouer ce rôle qualitatif d’être un lieu de liberté et de créativité qui pointe les vrais problèmes en dehors des calculs partisans et qui ouvre des pistes nouvelles pour une société autre, plus solidaire, plus généreuse, plus entreprenante.Ne nous enfermons pas dans des oppositions simplistes, tel le bénévolat versus, les jobs.Y aurait-il aujourd’hui le grand mouvement coopératif Desjardins sans ces racines historiques d’hommes et de femmes qui l’ont créé jadis et fait grandir en y investissant gratuitement énergies, ressources et le meilleur d'eux-mêmes ?La plupart des grandes institutions modernes doivent leur naissance et leur expansion à ce genre de dynamisme dont le secteur bénévoles et volontaires ont toujours été les fers de la lance.Nour refusons d’çtre cerise, cataplasme, placebo, hobby social ou culturel.Nous sommes' un des principaux lieux où se logent souvent les plus fortes motivations, les plus forts élans de générosité et de créativité.Des déficits à surmonter À ce chapitre, il nous faut réagir norl seulement au climat actuel de morosité, de fatalispvg, jle jésjgna-.tion, de démission, mais aussi à la légèreté de conscience avec laquelle on traite les enjeux humains collectifs les plus cruciaux.Au buffet des conversations comme des ondes, on prend un peu de tout, un peu de nationalisme et un peu de fédératisme, un peu de capitalisme et un peu de socialisme, un peu de religion et un peu d’agnosticisme, un peu de folklore et un peu de modernité ; un peu de social et un peu beaucoup de me, myself and I.On n’ira pas bien loin avec de pareilles salades pour soutenir les énormes énergies requises pour nous affirmer comme société pour foncer dans l’avenir.Si une majorité de citoyens ne croient pas tellement à ce qu’ils croient, s’ils passent d’une expérience à l’autre sans jamais en faire mûrir une seule, si la solidarité ne dure que le temps d’un téléthon, d’une grève, d'une messe, d’un tournoi électoral, ou d’un anniversaire, si les modes et les opinions du jour tiennent lieu de convictions, comment espérer faire naître d’une vraie volonté politique à la base comme au sommet de notre société.Cette crise, je l’espère nous ramènera au pays réel pour le reféconder le réinventer à partir de ce qu’il est vraiment au quotidien, dans sa propre terre.S’il faut le repenser globalement, on ne le transformera que localement là où on est.Il y en a trop parmi nous qui sont partout, sauf là où ils sont.Cela fausse les rêves légitimes, l’imagination créatrice, les aspirations les plus nobles.Je nous souhaite de mieux apparier, de mieux conjuguer notre vrai réel et nos fols espoirs.Les groupes volontaires ont ce double avantage d’être branchés sur les problèmes concrets et d’avoir l’espace de liberté et de fortes motivations pour des ouvrages entreprenants et audacieux.Encore ici, c’est une position privilégiée, mais combien exigeante, pour débloquer des culs-de-sacs, pour réouvrir les chemins encombrés de nos institutions empêtrées dans leurs échafaudages.Pourtant ces nouvelles institutions ont été conçues pour bâtir des milieux humains capables de générer leurs propres dynamismes culturels, sociaux et économiques.Dans la foulée de ce diagnostique, je commence à hésiter à concevoir le bénévolat comme un laboratoire d’innovation sociale.Ce n’est pas l’innovation comme telle que je conteste, bien au contraire, mais c’est la psychologie, la pratique de laboratoire livrée à sa seule logique.Nous avons voulu être une société laboratoire dans tous les domaines à la fois, sans nous rendre compte des pièges énormes de cette pratique quand elle occupe toute la place.Elle nous a valu des institutions organisées trop uniquement en fonction d’elles-mêmes, un professionnalisme qui a fait de milliers de gens ses « cobayes », des utopies à la tonne ui se succédaient sans véritable valuation de leur pertinence et de leur impact aussi bien négatif que positif, et surtout une sorte de contexte, de climat artificiel où les gens étaient démunis dès qu’ils sortaient de nos laboratoires d’expériences ou d’apprentissage et se retrouvaient dans la vie réelle.d'htèr.APW ppU
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.