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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1988-04-16, Collections de BAnQ.

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LE LE LE LE LE plais® des pl/ ism pi pj ¦AIIÏR Salon international du g m, F/Sk ¦ Spécial Québec pages D-l à I)-5 ¦ Rubriques régulières pages l)-6 à D-12 livre de Québec 4 » Montréal, samedi 16 avril 1988 Au 17e Salon du livre de Québec « La table est bien mise », invite Lorenzo Michaud Photo Léopold Rousseau/Salon international du livre de Québec Photo Léopold Rousseau LORENZO MICHAUD, président-directeur général du Salon international du livre de Québec.LORI SAINT-MARTIN AUX BURKAUX du Salon international du livre de Québec, on sent une fébrilité, une activité remarquables; toute l’équipe s’affaire aux derniers préparatifs du 17e salon.On n’est plus qu’à quelques jours de l’ouverture, qui aura lieu le mardi 19 avril, à 17 h.C’est dans les deux immenses salles du Centre municipal des congrès que se dérouleront toutes les activités.Et « ce sera tout un salon », promet Lorenzo Mi-chaud, président-directeur général, qui organise ce grand événement culturel depuis sa création, en 1972.Cette année, le salon, dont le thème est « Le livre en tête », accueillera quelque 200 éditeurs ve- nus d’une vingtaine de pays.Compte tenu du tollé qu'a soulevé, par le passé, la participation de l’Afrique du Sud, aucun éditeur de ce pays ne sera représenté au salon.Près de 200 auteurs, dont 175 du Québec, prendront part à l’un ou l’autre des événements prévus : lancements, entrevues, conférences, tables rondes, séances de signature.Lorenzo Michaud rayonne en parlant du salon, « une grande fête populaire du livre », où la population a l’occasion de rencontrer ses auteurs préférés et d’en découvrir d’autres, mais aussi d’interroger les exposants sur le prix des livres, les choix éditoriaux, etc.Pour le président-directeur général, le salon appartient entièrement au public et aux auteurs.À la différence de certaines grandes foires commerciales, ! telle celle de Francfort, où tout se joue entre éditeurs soucieux de vendre et d’acheter des droits, et où l’accès aux activités est réservé à quelques invités de choix, le salon de Québec ouvre toutes grandes ses portes à la population.Selon M.Michaud, c’est jus- j tement la participation du grand public à tous les événements qui fait l’originalité du salon : « Des jl fois, dit-il, quand je vais au restaurant, le garçon de table ou la serveuse me reconnaît et me demande quand aura lieu le prochain salon, ou me dit y aller tous ; les ans.» Quel profit les éditeurs trouvent-ils a fréquenter le salon, eux | qui louent leur stand environ ?800, en plus s’assurer les frais de transport et de séjour ?« Il se vend beaucoup de livres au salon », affirme Lorenzo Michaud.Mais l’événement a surtout pour but de « faciliter le rapport auteur-public ».Les éditeurs ne veulent pas court-circuiter le libraire, et ne vendent pas à rabais.Ainsi, les effets bénéfiques de la participation au salon se font sentir surtout à long terme, et renforcent toute l’industrie.À preuve, « 95 % des éditeurs québécois sont présents au salon » et y trouvent leur profit.De toute évidence, les maisons d’édition mousseront surtout la Suite à la page D-2 «Cette cinquième saison qui nous est donnée » Photo Chantal Keyset ANNE HEBERT « Québec est ma première ville, celle que je connais le mieux .C'est toute mon enfance, toute ma jeunesse, mes racines profondes » JEAN ROYER JE CROIS qu’on ne se sépare jamais de son enfance », me dit Anne Hébert, pour expliquer le sujet de son plus récent roman, Le Premier Jardin (Seuil).La romancière a quelque ressemblance avec son personnage, Flora Fontan-ges, comédienne.Elles sont nées toutes deux en 1918, dans une ville sise au bord d'un fleuve.Mais pourquoi faudrait-il comparer ces destins ?Anne Hébert n’a pas été une orpheline sauvée du feu de l’hospice Saint-Louis et adoptée par des bourgeois qui voulaient en faire une lady.Non.La romancière est la descendante d’une des filles de Louis Hébert et Marie Rollet, qui ont semé ici « le premier jardin » et « toute l’histoire du monde s’est mise à recommencer à cause d’un homme et d’une femme plantés en terre nouvelle ».Anne Hébert eut à Québec « une éducation plus française qu’américaine », dit-elle.Sa mère lui donna le « L’enfance, c’est une époque de la vie où tout est ouvert, où tout est possible .C’est aussi le premier jardin que chacun porte dans son coeur.» goût du théâtre et son père, celui de la littérature.« Il y a peut-être plus de coïncidences entre Flora Fontanges et moi qu’il y en a entre la vie d’Élisabeth de Kamouraska et la mienne.Mais on met toujours un peu de soi dans tous ses personnages », me précise Anne Hébert avec son sourire de femme toujours jeune et lointaine.Comme Flora Fontanges, Anne Hébert a quitté un jour Québec pour la France.« J’ai été séduite par Paris.J’avais une bourse et je suis partie en me jurant de revenir dans un an, jour pour jour.Puis, j’ai demandé à l’Office national du film de prolonger mon congé et finalement je suis restée trois ans sans revenir.Aujourd’hui, je demeure à Paris mais je reviens quand même deux fois par année au Québec.Paris, dit Anne Hébert, ce n’est pas seulement la culture mais un art de vivre.Il y a là un art de la vie quotidienne, de la vie tout court, dans les rues, dans les marchés.» N’empêche que son roman Le Pre mier jardin est un hymne à Québec.La ville n’y est pas nommée mais si bien décrite qu'on en voit apparaître l'âme dans les pierres des vieux murs, aux détours des rues, en haut des côtes, derrière les fenêtres de la rue d’Auteuil ou de la Grande-Allée.« Québec est ma première ville, celle que je connais le mieux.Québec, c'est toute mon enfance, c'est toute ma jeunesse, ce sont mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents, mes racines profondes.C’est toute une éducation aussi, pour moi, tout un milieu, tout un paysage exceptionnel.On a d'un côté le fleuve et de l’autre la montagne.Québec, c'est toujours une très belle ville, même si elle a pu changer.J'aime beaucoup Québec.» Pour Flora Fontanges, Québec est « la ville interdite », celle d’une enfance qu’elle veut oublier, mais c'est en marchant dans la ville qu’elle se sentira « appelée par son enfance vivace et telue».« Je crois qu'on ne se sépare jamais de son enfance, dit la romancière.Il y a des gens qui réussissent peut-être à bien la caler au fond.Mais je crois que, pour chacun de nous, si l’enfance n’est pas présente dans les faits, elle existe par nos agissements, nos façons de voir, de parler et d’entendre.L’enfance vit encore en nous.On ne serait pas l’adulte qu’on est si on n'avail pas été l'enfant qu’on a été.» C’est dans l'enfance que se fomentent les rêves et que se forme l’imaginaire.« L’enfance, ajoute Anne Hébert, c’est une époque de la vie où tout est ouvert, où tout est possible.En même temps, on n’a pas encore les réponses, alors on les invente, on les rêve.L’enfance, c’est aussi le premier jardin que chacun porte dans son coeur.» Ainsi le roman d’Anne Hébert superpose l’histoire de l’enfance perdue de Flora Fontanges à une quête d’identité.Elle qui s’est choisi un nom de comédienne, « qui lui permettra toutes les métamorphoses nécessaires à sa vie», elle qui a voulu habiter tant de noms d’héroïnes de théâtre, la voici qui, de retour dans sa ville natale, se cherche une généalogie.Car Le Premier Jardin est aussi un hommage à toutes ces femmes qui ont fondé la Nouvelle-France : « Il faudrait les nommer toutes, à haute voix, les appeler par leur nom, face au fleuve d'où elles sont sorties au dix-septième siècle, pour nous mettre au monde et tout le pays avec nous.» « Mon roman est un hommage à toutes les femmes qui sont nos mères, me dit Anne Hébert, qui sont les multiples visages d'Éve incarnée en Amérique, en Nouvelle-France.En faisant mes recherches pour le roman, j’éprouvais beaucoup de compassion, beaucoup de tendresse pour toutes ces femmes inconnues, ces femmes dont on n’a même pas gardé le nom et que l'histoire a fait disparaître.» Cette généalogie que cherche à s’approprier Flora Fontanges, elle est parallèle à sa nropre histoire au présent la comedienne a tenté de gommer son histoire personnelle en incarnant toutes ces héroïnes de théâtre, Mademoiselle Julie, Phèdre ou Winnie de la pièce de Beckett qu’elle vient jouer au petit théâtre de l’Émerillon, rue Champlain.Suite à la page D-12 Il y a 10 ans, Gaétan Brulotte devenait le premier lauréat du prix Robert-Cliche décerné au Salon international du livre de Québec avec L'Emprise (repris en collection poche chez Leméac), Dans l'introduction de Ce qui nous tient, à paraître sous peu chez Leméac, l'auteur imagine une présentation originale des personnages de nouvelles qui épousent la forme de mouvements musicaux.GAËTAN BRULOTTE I EN DR A-t-il ?Mais voyons ! La question ne se pose même pas ! Me voici ! Sans plus résister ! Sans plus me dérober ! Où est passé Ploc ?Il est déjà parti ?On dirait vraiment qu’il me fuit ! C’est bizarre ! Comment peut-on ainsi douter de moi quand on me connaît si bien ?Ploc sait pourtant que je me fais toujours un point d'honneur d’être à mes rendez-vous ! Alors pourquoi tous ces beaux discours autour d’un léger retard ?La réalité est si simple ! Me voici comme prévu ! De toute façon je me sentais obligé d’être là ! Car qui d’autre que moi aurait accepté de vous présenter mon ensemble d’histoires ?Qui aurait consenti à faire ici le pitre comme moi ?Je me console en m’imaginant être l’émule des Anciens qui, comme Boccace ou Cervantès, pour notre agrément, résumaient leur intrigue en tête de chapitre.Tel un coryphée moderne, je vais essayer d’imiter cette pratique à ma manière et de vous faire ainsi découvrir chacun Ce qui nous tient des trois mouvements de ce recueil, tout en répondant au passage à vos questions, s’il y a lieu.Pardon ?Vous pouvez m’appeler Archibald tout simplement.Quelle photo ?Oh ! Mais quelle offense ! Vous voulez que je commente ça ?Qui a apporté cette photo ridicule ici ?Et en plus agrandie ! Ah ! ça ! Quel affront ! Je déteste cette photo ! Je n’ai jamais pu la supporter ! Ça ne peut être qu’un sale tour de Ploc ! Je reconnais là ses gamineries.Laissez-moi enlever cette horreur ! Ah ! ce Ploc m’en fait décidément voir de toutes les couleurs ! Il joue au poli et au discret, mais c’est une façade, croyez-moi ! Car, en réalité, il est tout le contraire.Il peut être d’une méchanceté inimaginable et pince-sans-rire en plus ! Mais laissons cela, ça n’a aucun intérêt.J’aurai bien ma revanche un jour.Qu’est-ce que vous voulez dire par « indications de lecture » ?Je ne suis pas sûr de bien comprendre.Des indications de lecture.vous voulez dire comme les compositeurs qui coiffent leur morceau de musique d’un rythme d’exécution : Allegro ma non troppo, Andante, etc.?Je n’y avais pas songé, mais pourquoi pas ?Alors oui, je peux tenter de vous donner au passage les meilleures indications de lecture possibles.La première série s’attache au motif de la résistance.Qu’est-ce que j’entends par ce mot ?Bonne question ! La résistance suppose une réaction défensive opiniâtre, un refus de céder ou d’obéir, une opposition ouverte ou une force Suite à la page D-12 GAÉTAN BRULOTTE.mMKMMMMIj! Paul Zumthor La Fête des fous Roman • l'Hexaqone Guy Cloutier, Le Soleil «Quel livre magnifique!» «Le 15e siècle comme si vous y étiez» Gilles Marcotte, L’Actualité «Un roman d’une exceptionnelle qualité littéraire.Un ravissement ,ien la situation linguistique de Qué-ec, dit Lorenzo Michaud.Le salon du livre favorise aussi la réation littéraire.Le prix Robert-liche, créé pour le salon dans le but de promouvoir la relève du roman québécois, fête ses 10 ans.Le prix 1 ictave-Crémazie couronne un re-tieil de poésie, et le prix Adrienne-hoquette, des nouvelles.Sans oublier le Concours des jeunes auteurs, le concours « Livre en tête » pour les tout-petits, et le tout nouveau Prix du Québec, ouvert aux jeunes de moins de 20 ans de la francophonie.Le public pourra aussi assister à des pièces de théâtre et admirer des expositions consacrées au Saguenay-l.ac Saint-Jean, au poète Alfred Desrochers, aux bandes dessinées belges ** Photo Michel Hamilton/éditions JCL ALAIN GAGNON, auteur du roman Rock.été écrite par Réjean Tremblay et Louis Caron, la deuxième par Réjean Tremblay et Jacques Jacob.Les droits du livre, publié aux éditions La Presse, appartiennent aux deux scénaristes de la série.L’écrivain Renald Tremblay (à ne pas confondre avec Réjean) a écrit les deux livres des deux premières séries en négociant avec Réjean Tremblay, inc., et non avec Iléroux ni avec l’éditeur.C’est avec les deux scénaristes qu’il est sous contrat, et il a reçu $ 13,000 pour la rédaction du deuxième livre, qui a nécessité six mois.« Pour le tome II, on m’a donné le script de la série et, sans visionner la série, j’ai développé certains personnages, j’en ai inventé, explique Renald Tremblay.C’était un défi extraordinaire, et j’avais l’accord des scénaristes.Pour moi, c’est un défi d’auteur et un vrai travail d’écriture.» Renald Tremblay soutient que, dans ce scénario initial, le héros Pierre Lambert prenait de la cocaïne, mais que cette idée a été refusée par les producteurs alors qu’il a pu la développer dans le livre.Pour lui, on se retrouve donc devant deux produits qui ne coïncident pas, ce qui lui semble illogique, et il a refusé l’écriture du troisième tome, dénonçant cette contradiction.Son cas pose clairement le problème de ce genre de produit.L’auteur du livre inpiré de la série ( le « nègre », en jargon du métier) peut il revendiquer un statut d’auteur à part entière qui se bat pour ses idées ?Doit-il livrer un produit exactement conforme à la série originale ?Doit-il respècter d’abord le scénario initial, ou plutôt la production télévisuelle terminée ?Des questions qui se poseront de plus en plus, puisque les réseaux de télé nous annoncent une véritable pluie de miniséries québécoises.qui inspireront à coup sûr autant de livres.TOUTE la littérature québécoise.Ou presque.Près de 2000 titres de 19 maisons d'édition BORÉAL • ÉCRITS DES FORGES • FIDES • HERBES ROUGES • HEXAGONE • HMH • IQRC • LEMÉAC • LIBRE-EXPRESSION • NBJ • NOROÎT • PLEINE LUNE • PUM • QUÉBEC-AMÉRIQUE • ROSEAU • STANKÉ • TROIS • TRYPTIQUE • VLB En avril, la littérature québécoise, ça s'expose! À la librairie OllVIGÏÏ 3527, rue Lacombe (près du métro Côte-des-Heiges) — 739-; ESTHER CROFT Photo Louise Bilodeau Boreal ces et demi n’avaient pas pesé lourd dans sa balance ».Alors, elle fera la liste des punitions finement sadiques qu’elle lui réserve, jusqu’à la don zième, la plus géniale : « JE ME RENDRAI MALADE.«La maman reviendra bien à la fin, trop vidée pour s’apercevoir de la maladie d’amour de sa petite fille.Après tout.011 n'en meurt pas, el l’on devine (l’auteur nous épargne les détails fastidieux) que la mere essaie bien un peu de se faire une vie à elle.Dans« Tout feu, tout flambe » (que je cite pour sa conclusion), le petit garçon s’amuse avec le briquet du psychiatre, nous apprenant peu à peu comment il en est venu à mettre le feu dans les cheveux de sa mère.« I - • ] mon cerveau a fini par st chercher une porte de sortie.Et par s’en trouver une.j.] Mais où ?11 n'aurait su le dire.11 savait seulement qu’il y avait du feu dans la voix de sa mère quand elle avait dit : “Venez voir comme le sexe a grossi”, et du rouge dans ses cheveux lorsqu'elle virevoltait devant ses invités.Et ses doigts qui n'étaient pas glacés lorsque sa main s’est emparée de son pénis.Il avait même eu l'étrange impression qu'entre sa mère et lui s'é-tait glissée une chaleur intense qu’il n'avait jamais connue depuis sa naissance.» Ce sont toutes des histoires d’amour, de l'irrépressible spasme du coeur.Refusant tout effet d’ironie, tout ronronnement stylistique, Esther Croft découpe au scalpel les contours de l'amour, avec une netteté chirurgicale.Quand se conjuguent un talent parfaitement maîtrisé et un imaginaire aussi puissant, on peut parler d’un génie particulier.Sans vouloir accabler un jeune au leur à sa première publication.Dont acte.vient tout Jeudi, le 2 de 19h30 à LUDOVIC SÉANCES DE SIGNA TU RES AU STAND GALLIMARD KIOSQUES S-202,2-203,2-204 Mercredi, le 20 avril, de 19h00 à 21 ItOO LUDOVIC JANVIER LUBAJURGENSON LUDOVIC JANVIER a publié aux éditions Gallimard trois romans: La Baigneuse (1968), Face (1975), Naissance [WM) ainsi qu’un livre de poèmes, La mer à boire (1987).Son dernier roman Monstre, va juste de paraître.LUBAJURGENSON est l'auteur de Une autre vie (£d.Lieu commun, 1986).Elle fait aussi partie du collectif de femmes écrivains qui vient de faire paraître Voies de pères, voix de filles (Éd.Maren Sell) 21 avril, i21h30 JANVIER et LUBAJURGENSON Vendredi, le 22 avril, de 19h30 à 21hOO JEAN ROYER JEAN ROYER a dirigé la publication de Le Québec en poésie, anthologie poétique destinée à la jeunesse (Gallimard, coll.Folio Junior) Samedi, le 23 avril, de13h30 à15h00 JEAN ROYER .> D-8 Le Devoir, samedi 16 avril 1988 A.LE PL AM .E PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR Des fantômes, des femmes, des moines et des autres L’ANTRE AUX FANTÔMES DES COLLINES DE L’OUEST Sept contes chinois anciens (Xlle — XlVe siècle) Introduction, notes et commentaires d’André Lévy traduction d'André Lévy et de René Goldman Paris, Gallimard/Unesco coll.« Connaissance de l'Orient » n" 21, 1987, 173 pages LETTRES ETRANGERES JEAN CHAPPELAINE GAGNON SEPT RÉCITS brefs, tous aussi enlevés et piquants, voilà ce que nous offre I,'Antre nux fantômes des collines de l’Ouest, recueil de nouvelles et de contes chinois des Xlle, XlIIe et XlVe siècles, qui emprunte son titre à son troisième texte : l’histoire d'un jeune lettré dont les rêves de grandeur et de réussite se sont écroulés et qui doit se contenter de servir de précepteur aux enfants du quartier.Comme tant d’autres personnages de ces contes, le lettré se laissera tenter par une entremetteuse (une vieille femme qui apparie des couples).Il faut dire que la promise est plus belle qu’on n’aurait pu l’espérer.Pourtant, après le mariage, le lettré aura une vision fort troublante : la suivante de sa femme, « les yeux pendant hors des orbites et la gorge ensanglantée» (p.78).Quelques mois plus tard, l’homme se rend avec un ami sur la tombe de sa famille.Une fois sur place, les deux comparses boivent plus que de raison, sont assaillis par des visions terrifiantes avant de découvrir que la femme du lettré et sa suivante sont, en fait, des fantômes ! Dans un autre conte, « L’honnête commis Tchang », un commis reçoit de riches présents de la jeune épouse de son patron très âgé.Soupçonneuse, la mère du commis suggère à son fils de ne plus retourner au travail.Il reverra toutefois la jeune femme, désormais débarrassée de son mari et dépossédée de ses biens, sauf d’un merveilleux chapelet de perles qu’elle lui offre à condition qu’il la prenne chez lui.Le commis apprendra finalement que la belle dame n’est qu’une ombre, qu’un fantôme.Tous les récits du recueil ne mettent toutefois pas en scène un fantôme.Si l’on en trouve encore trois (l’épouse et ses parents) dans « La Kouan-yin de jade », on n’en rencontre aucun dans « Sur un air bien connu », où un moine est accusé à tort d’avoir engrossé une des favorites de son prince, ni dans « Le ministre obstiné», virulente critique des Grands de l’État, pas plus que dans « L’injuste exécution de Ts'ouei Ning » et dans « Le miroir de la fidélité », un « cas judiciaire » et une histoire de retrouvailles où ne manquent ni les rebondissements ni les hasards les plus invraisemblables.Cette constatation permet de soulever la plus sérieuse critique que l’on puisse adresser au « recueil » : Qu’est-ce qui lie véritablement ces sept textes, hormis le fait qu'ils soient ainsi regroupés depuis le début de ce siècle, comme on nous le précise dans la préface ?Si les femmes, tour à tour séductrices, trompeuses et cupides, y tiennent généralement le mauvais rôle, comme dans plusieurs récits médiévaux de la France — « Les cent nouvelles nouvelles » et « Les quinze joies de mariage », par exemple — ce n’est pas toujours le cas.Plus encore, il faudrait ici départager les contes (où est admise l’intervention du mystérieux et du surnaturel) des nouvelles (genre dit plus «réaliste»).Malgré ces réserves, on ne peut que se réjouir de pouvoir enfin lire en français ces textes qui, par certains côtés, rappellent la chantefable : en effet, des passages en vers (qui devaient être chantés avec accompagnement) y alternent avec des passages en prose, soit pour annoncer ce qui surviendra, soit pour ramasser l'essentiel du récit, en tirer le message, voire la « morale ».Cela, sans doute parce qu’il fallait se protéger d’attaques lancées contre le genre (dans lequel certains percevaient une incitation à la débauche), comme le conseillait d’ailleurs, dès la fin du XlIIe siècle, le « Tsouei-wong t’an-lou, conversation du vieil ivrogne », qui ressemble étrangement à un art du conte : « Quand vous parlez de la bassesse et de la félonie des traîtres au pays, emplissez les bonnes gens de colère, parlez des injustices et avanies subies par les loyaux serviteurs à faire pleurer un coeur de pierre ! Racontez des histoires de fantômes à glacer et faire frémir un prêtre taoïste ! Parlez d’intrigues féminines à faire pâlir et rougir d’inquiétude les dames ! Évoquez la rencontre de deux armées à faire bomber le torse aux gaillards ! Quand vous parlez de l’ascension du ministre Liu, donnez envie aux garçons de talents de se plonger dans les livres; si vous discourez de la montée de l’astre nouveau sur la forêt givrée, donnez l’impression aux lettrés retraités qu’ils commencent leurs études du Tao ! Quand vous contez des histoires de coups de fortune, remplissez les pauvres de dépit et quand vous parlez de dé- I.\\ I III.\l X IW IOMI.S NI.S COI.I.IM.S NI.I.'OI LSI N-pi I Il III • MII H III II I tlllirlll.nil's } 1,11 \iulir I • ( oiinaisNiiiicr dr I ( )i irnl (i.illiiii.ini I iii’sco loyautés, couvrez de honte les mauvaises gens ! (p.17) Voici donc un ouvrage à déguster à petites doses, sans se presser, à laisser sur la table de chevet, et qui prouve une fois de plus, si besoin était, que la nature humaine est toujours la même, peu importent le con tinent et l’époque.Le Christ torturé DE LA COUR D’ESPAGNE AU GHETTO ITALIEN Yoseph Hayim Yerushalmi Paris, Fayard, 1987 MICHEL-M, SOLOMON CET OUVRAGE monumental est consacré à la mémoire du docteur Isaac Cardoso, marran et philosophe, médecin du roi Philippe IV d’Espagne, témoin des horreurs de l’Inquisition, qui sauvera sa tête en quittant son pays pour le ghetto de Vérone où il guérira les pauvres et finira ses jours en bon juif écrivant son oeuvre capitale Los Excellences de los Hebreos.Il examine aussi en détail un des procès intenté aux « conversos» — le procès dit du « Christos de la paciencia » — au cours duquel, sur les aveux d’enfants de six à huit ans, une famille soupçonnée de vivre comme juifs dans la clandestinité est arrêtée et accusée d’avoir torturé le Christ en son image et en sa sculpture.Soumis à des terribles tortures, les accusés finissent par confesser avoir flagellé le Christ en bois, de l’avoir passé par le feu alors que le fils de Dieu leur demandait : « Pourquoi me torturez-vous ?» Question à laquelle les accusés répondent : « Nous ne faisons que notre devoir.» Le juge d’instruction déclare n’avoir trouvé aucune image du Christ dans leur maison.Les sept hommes et femmes seront toutefois condamnés au bûcher.« Fin présence de Leurs Majestés et des membres de la Cour, le choeur royal entonna le psaume Miserere rnei Dominus, destiné à détourner les hommes de l’héresie et des dépravations, l’apostasie, à savoir la superstition juive, la secte mahomé-tane et l’hérésie luthérienne.Bien qu’à proximité du feu, les sept refusent de se confesser à cause de la dureté de leurs coeurs.Le châtiment bien mérité les transforma en cendres de sorte que pas même un souvenir ne restera de ces gens maléfiques » ( Archivo hislorico nacional de Madrid — Christo de la Paciencia).Le raffinement des tortures et l’absence totale de preuves contredisent l’enseigne de l’Inquisition : « Miseri-cordia et Justitia», constate le Dr Cardoso.Sauver les âmes par le feu n’est plus d’actualité.Sous les régimes totalitaires, les aveux continuent d’être obtenus par exactement les mêmes méthodes que celles utilisées par le Saint Office sur des millions d’innocents.Sous la direction de Georges Pelletier, en collaboration Un matériel de très haute qualité pour l’enseignement du français au primaire l/IuiiccU; c ibellule et Papiilon a l'atelier îher i T .-virés 2e partie r A 1re année : M'wdbeWe 2e année : baluchon 3e année : Campanule et dament 4° année : Crioche et Camomille 5e année : Z ibellule et Capillon 6e année : Castille et Ciboulée Pour chaque année, on trouve des recueils de textes dont la couverture est cartonnée et laminée, ainsi que des' cahiers d'activités et des guides pédagogiques De plus, ce matériel comprend des livrets de lecture, des carnets SOS.des guides pour l’évaluation des apprentissages, des tests et deux Rédacto pour amener l’enfant à s’autocorriger.Finalement, il y a .Ze sac à mots de /V/irabelie et de ZZaluchon Il s'agit d'un mini-dictionnaire visuel contenant près de 1 000 mots que les élèves sont capables de retracer facilement, afin de les utiliser en situation de communication écrite LIDEC inc.4350.avenue de l'Hôtel-de-ville Montréal (Québec) H2W 2H5 - tel.: (514) 843-5991 /nifili Ittt ISBN-2-7608-5114 1 250 pages 19,95$ LA VITRINE DU LIVRE GUY FERLAND L’ABC Jean Dupays, Abécédaire québécois, Boréal, 126 pages.CE PETIT livre est à la fois un guide culturel et un jeu.L’auteur, dont le nom rappelle irrésistiblement une chanson de Vigneault, présente le Québec à travers les 26 lettres de l’alphabet.A chaque lettre est associé un mot que Jean Dupays définit en fonction de la réalité québécoise Le jeu consiste, pour le lecteur, à associer à son tour une lettre à un mot pour définir une réalité d’ici.L’humour est de rigueur.Les illustrations sont de Rémy Simard.DIEU John Updike, Ce que pensait Roger, traduit par Maurice Ram-baud, Gallimard, coll.« Du monde entier», 294 pages.DANS une petite ville universitaire de la Nouvelle-Angleterre, un ancien ministre du culte, Roger Lambert, défroqué pour cause de luxure, enseigne la théologie.Débarque à l’improviste un jeune étudiant fringuant qui veut démontrer l’existence de Dieu par les nouvelles découvertes cosmologiques au moyen d’un ordinateur.A partir de cette situation de départ, toutes les cogitations métaphysiques des deux comparses tournent au vaudeville lorsque le démon du midi s’en mêle.THÉÂTRE Normand Canac-Marquis, Le Syndrome de Cézanne; Claude Poissant, Passer la nuit, Les Herbes rouges, coll.« Théâtre », 108 et 144 pages.LES II ER B ES rouges débutent bien leur nouvelle collection consacrée au théâtre avec ces deux textes.Le premier, de Normand Canac-Marquis, est une pièce sur la relation fragmentée, comme toule relation, entre un homme et une femme.La grande réussite de ce texte est d’avoir rendu sensible ce morcellement dans l’écriture.On découvre, peu à peu, la réalité cachée derrière des associations libres.Dans le deuxième texte, de Claude Poissant, on découvre le monde de l’apparence et du désir des bars.Ce sont les relations humaines subjuguées par le paraître.Cette nouvelle collection « Théâtre » « a pour objectif de faire connaître de nouveaux auteurs et des pièces dans lesquelles les préoccupations dramaturgiques — structure de l’action, statut des personnages et syntaxe du dialogue, à titre d’exemples — sont manifestes ».La présentation des ouvrages est soignée.Des petits textes explicatifs des auteurs et un portofoglio complètent l’information.FRANÇAIS Thierry de Beaucé, Nouveau Discours sur l’universalité de la langue française, Gallimard, coll.« Le monde actuel », 251 pages, EN 1774, l’Académie de Berlin propose, comme sujet d’un concours, une triple question : « Qu’est-ce qui a rendu la langue française universelle ?Pourquoi mérite-t-elle cette prérogative ?Est-il à présumer qu’elle la conserve ?» À cette dernière question, on pourrait aujourd’hui répondre par la négative.Les temps ont bien changé.Mais pas nécessairement dans le mauvais sens, précise Thierry de Beaucé dans son ouvrage.Il faut savoir qu’à la veille de la Révolution, le français était réputé universel alors que seuls les cours et les académies le pratiquaient, tandis que dans le peuple, même en France, plusieurs millions de per- -Jean Dupays- ABÉCÉDAIRE QUÉBÉCOIS xr* »o Boréal sonnes ne l'entendaient pas .D’après l’auteur, le français serait devenu universel depuis qu’il n’appartient plus à la seule France, mais s’ouvre enfin sur la francophonie.LITTÉRATURE Suzanne Jacob, Maude, NBJ, coll.« Liberté grande», 120 pages.ILS LAISSENT tout tomber.Ils n’ont pas les « capacités » pour se prendre au sérieux.Ils ont pour noms Maude et Bruno (Brume et Monde, si on intervertit quelques lettres).Elle dessine ce monde qu'elle ne peut apprivoiser et lui essaie de vendre les dessins.Us vivent en équilibre entre la réalité et la fiction.L’écriture de Su zanne Jacob devient ici carrément de la musique.Notons que l’auteur publie également un second livre, un récit y aventures, à mi-chemin du roman et du recueil de nouvelles, qui s’intitule Les Aventures de Pomme Douly, chez Boréal.Alejo Carpentier, Ekoué-Yamba-O, suivi de Histoire de lune, Gallimard, coll.« Du monde entier », 250 pages.CE PREMIER roman du regretté Alejo Carpentier a été écrit en quelques jours, en 1927, alors que l’auteur était enfermé dans une prison cubaine.Publié pour la première fois en 1933 à Madrid, l’auteur de Partage des eaux s’est longtemps refusé à sa réédition jusqu’en 1979.Ce premier récit annonce la fameuse théorie du réel merveilleux chère à Carpentier.Il est aussi un excellent document sur l’exploitation des Noirs des Antilles.MAIGRET Tout Simenon, tome t, Libre Expression et les Presses de la Cité, 892 pages.LES PRESSES de la Cité ont entrepris de publier toute l’oeuvre romanesque de Georges Simenon, de qui Gide disait : « Le plus grand de tous, le plus vraiment romancier que nous ayons eu en littérature.» Le volume, qui ressemble au format « Bouquin » de Laffont, se prête bien à ce genre de publication.Deux autres tomes sont en préparation.TOUT SIMENON ’.?r-vpV U___.w Moment immobile LE CHAPEAU VIOLET Eudora Welty Paris, Flammarion « Bibliothèque anglaise », 1988 LETTRES AMERICAINES MONIQUE LARUE L’ÉCRITURE lente et luxuriante de ces nouvelles nous ramène au paradis perdu de l'Amérique.Toutes se passent à Natchez, au sud-ouest des États-Unis, « en des temps extraordinaires, en une saison de rêves ».Fin 1807, un garçon sourd assiste à un pan d’histoire, devinant l’évasion, costumé en Indien, d’Aaron Burr, aventurier recherché pour trahison.Dans un bar tranquille de la Nouvelle-Orléans, une femme revient, depuis 30 ans, retrouver un jeune homme à la table de dés.Le jeune homme change chaque fois, mais il est toujours conquis par le « chapeau violet ».D’autres récits outrepassent le réalisme ou le fantastique et se chargent d’une signification symbolique ou religieuse, opposant, par exemple, sur la vieille piste de Natchez, « l’homme de Dieu itinérant » et le Mal.Mais il s’agit toujours « d’un moment immobile».Un mari trouve une lettre de sa femme enceinte, disant qu'elle va se noyer dans la rivière.Même si le temps presse, l'écriture s’attarde aux magnolias, aux oiseaux-moqueurs, au roi des Serpents.« Lorsqu’on part à la recherche de ce qu’on a perdu, tout est signe ».Fit ce qui a été perdu, c’est le savoir de la nature : « Quelle structure vitale jetait un pont entre l’écaille du reptile et la plume du héron ?» Dans ce lieu où les jeunes filles, qui n’ont jamais connu « une âme au-delà des limites de la ville », auraient « obéi à n'importe qui », seule l’immobilisation, voire la réversibilité du temps que permet la fiction, peut leur redonner le pouvoir des « prêtresses de légende ».> Le Devoir, samedi 16 avril 1988 ¦ D-9 A L PLA I LE PI SIC L R AI Les malheurs de la guerre en deux inoubliables cahiers LE GRAND CAHIER Agota Kristof Paris, Le Seuil coll.« Points », 1988, 190 pages LA PREUVE Agota Kristof Paris, Le Seuil, 1988, 188 pages LE FEUILLETON LISETTE MORIN • • ¦ l’un de nous s’en va dam // l’autre pays.Celui qui reste retourne dans la maison de Grand-Mère.» — « De retour dans la maison de grand-mère, Lucas se couche près de la barrière du jardin, à l’ombre des buissons.» Ainsi s’effectue le lien, la très normale jonction entre la fin du premier roman d’Agota Kristof, Le Grand Cahier, et le second intitulé La Preuve.Et, autant vous l’avouer, j’ai procédé à la lecture des deux de façon très .anor male, lisant La Preuve avant Le Grand Cahier.Avec cette conséquence inévitable : l'obligation de relire La Preuve, hier, pour en extraire « toute la substantifique moelle ».N’en déduisez pas que l’oeuvre, en deux volumes, de cette romancière d’origine hongroise, mais vivant désormais en Suisse, pourrait être qualifiée de rabelaisienne, l’humour noir qui sous-tend quelques-unes des aventures de ces jumeaux, abandonnés par leurs père et mère et recueillis par leur grand-mère, n’ayant rien •< de ces beaux livres de haute gresse » que l'on doit au père de Gargantua.Quant à la grand-mère, c’est une affreuse « mère grand », aussi re- doutable dans les premières pages du Grand Cahier que la mère loup du conte de Perrault.Mais laissons-là ces boiteuses analogies.Agota Kristof est un écrivain de notre temps, une romancière profondément originale et qui a fait, des malheurs absolus de la guerre et de l’occupation de son pays par les armées étrangères, un récit d’une absolue cruauté.Au commencement étaient une jolie maman et ses fils jumeaux.Qui quittent la Grand Ville pour la Petite Ville.Et, très vite, il n’y a plus que les enfants, plongés dans une campagne inconnue et profondément hostile.Comment, en de brefs chapitres, laconiquement titrés « Les travaux », « La saleté », « L’école », « Nos études », l’auteur parvient à nous attacher au destin, hors du commun, de ces deux garçons qui s’en sortent tout seuls, par la force de l’intrépide et la résistance naturelles de l’enfance, join- tes à des dons intellectuels eux aussi très inhabituels, voilà qui me semble très difficile à expliquer.L’invraisemblable devient vrai.Les enfants combattent la saleté, le froid, la faim, les mauvais traitements, apprennent à lire dans la Bible, s'endurcissent par des « exercices » de cécité et de surdité, de cruauté, de mendicité, de jeûne, pour faire échec à tous les malheurs qui pourraient leur advenir, et qui leur adviennent le plus sou vent.Ils profitent de tout avec une avidité, une opiniâtreté, un goût de la vie qui ne peuvent que nous étonner, nous, les lecteurs et lectrices d'un continent préservé, qui troubleront les parents ne connaissant que l’enfance confortable et protégée de leur progéniture.Les jumeaux d’Agota Kristof se ront séparés, après la mort du père.Et La Preuve est le récit d’un autre apprentissage.Celui de l'adoles eence solitaire, du passage à l’âge Un roman cousu main Michel I )oury Vive I.empereur I Itallwnl VIVE LEMPEREUR Michel Doury Paris, Balland, 1987, 175 pages ODILE TREMBLAY CERTAINS AUTEURS aiment dépeindre les grandes vagues de fond soulevant des personnages aux prises avec leurs destins.Michel Doury, lui, ne saisit que l’écume, s’attarde aux gestes posés, les prive du support de l’émotion, et les rend dérisoires.Dans son roman Vive Lempe-reur, il regarde s’agiter sous sa plume des existences banales et les décrit minutieusement, gratuitement, avec un style net et un sourire narquois.Il flotte dans son oeuvre un doux parfum d’absurdité et de supernu.Eigure centrale du roman, Édouard Lempereur n’a d’empereur que le nom.Anti-héros un peu bonhomme, il se plie aux événements qui traversent le cours de sa vie, événements sur lesquels, à vrai dire, il n’exerce aucun contrôle.Quoique pacifiste, il sert à la dernière guerre, quoiqu’amateur de colonies africaines, il s’installe à Paris, puis s’en- Plus de 6,000 titres au Salon du livre de Paris PARIS (AFP) — Deux cent cinquante mille visiteurs sont attendus, d’ici mardi, au huitième Salon du livre de Paris, le plus grand rendez-vous annuel de l’édition francophone (1,500 éditeurs) qui ouvre ses portes cette année à la littérature anglophone.Dans un grand « espace francophonie », sous la houlette du ministère français des Affaires étrangères, seront présentés plus de 6,000 ouvrages venant de 60 pays.L'invité 1988 de cette vitrine de la francophonie est le Liban.Outre cet espace, sept pays francophones sont représentés : Belgique, Québec, Suisse, Algérie, Tunisie, Côte-d’Ivoire et Luxembourg.Pour la première fois, le salon s'ouvre à des éditeurs non francophones : 50 maisons d’édition comme Macmillan ou Faber présenteront un éventail de l’importante production britannique (près de 60,000 titres par an).De nombreux écrivains comme William Golding, Theodore Zeldin, Anthony Burgess sont attendus à ce salon qui est l’occasion de débats (sur Heidegger, entre autres) et d’une douzaine de remises de prix littéraires.LES BEAUX MENSONGES Annabel Buffet Paris, Sylvie Messinger 1987, 392 pages LETTRES FRANÇAISES ALICE PARIZEAU AUTANT vous avertir tout de suite, terre en province.Son existence qui connaît quelques ratés est pourtant traversée par des bonheurs fugaces.Parfums d’Afrique, lunes de miel, passion fugitive pour l’oeuvre de Balzac; Édouard Lempereur arrive à trouver son compte de satisfactions parmi les diverses contrariétés placées sur son chemin.Ce qui ne l’empêchera pas de rater ses deux mariages, l’un par la faute d’une belle-mère envahissante, l’autre par la neurasthénie emportant progressivement sa seconde épouse.Affublées des noms vaguement ridicules de Maillefer et de Vacherin, ses femmes se retrouvent tôt ou tard envahies par l’ennui; un ennui qui baigne discrètement toutes ces existences qui s’entrecroisent, mais que Michel Doury réussit à dédramatiser, tant il met de légèreté dans sa narration.Que la mort, la guerre ou la folie atteignent ses personnages, l’auteur, imperturbable, conserve un ton badin et refuse d’accorder une quelconque importance à ces destins qu’il a mis en branle.L’ensemble donne un curieux (et intéressant) mélange de précision clinique et d’intentionnelle vacuité.Privés de substance et d’émotions véritables, après avoir mené des existences somme toute insignifiantes, ces personnages naissent et meurent, vite oubliés de tous.Et sans leur octroyer plus de valeur qu’à des poissons rouges confinés quelques années dans un bocal, Michel Doury, par simple plaisir littéraire, s’amuse un moment à décrire leurs circonvolutions.vous allez vous amuser en compagnie d’Annabel Buffet.Son dernier roman, Les Beaux Mensonges, est construit de façon telle qu’on ne peut éviter, sous peine de malhonnêteté, d’admettre qu'il se lit aussi bien que ceux de Françoise Sagan ou de Françoise Dorin.L’intrigue est simple.Une femme journaliste, mère d’une adolescente, tombe amoureuse et cela dérange sa relation avec sa fille qui refuse d’accepter Mathieu, l’amant ! À la longue, cependant, les choses s’arrangent et tout ce petit monde parvient à demeurer vivant au cours de quelque 400 pages, ce qui n’est pas une mince affaire, car ne réussit pas ce tour des force qui veut, malgré le mal qu’on peut dire d'une histoire aussi bien adaptée aux réalités socio-logiques contemporaines.Où réside le principal intérêt de ce roman d’Annabe) Buffet ?Dans le fait que la romancière, ancienne muse de Saint-Germain-des-Prés des années maigres d’après guerre, est mariée avec Bernard Buffet, le peintre qui a fait la couverture de son livre ?Certes non, et il est plutôt ridicule de fouiner dans la vie personnelle des écrivains, autrement qu’à titre posthume en vue de la rédaction d’une biographie, élogieuse de préférence.Bref, selon nous, si l’on veut bien faire une analyse logique de ce roman, il faut s’attacher à ses trois éléments fondamentaux qui sont à la base même de son succès auprès des lecteurs.En premier lieu, nous vivons en Occident une crise des valeurs que les sociologues et les romanciers ne peuvent ignorer.Claire, la journaliste, aurait ainsi moins de séduction si elle était une veuve éplorée.Femme moderne, elle est mère seule.Elle a couché vaguement, à l’âge de 20 ans, avec des copains lors d’une escapade à Saint-Tropez et, depuis, femme libérée, elle assume en chef de famille monoparentale les responsabilités qui en découlent.Première sonnerie d’alarme ! Une pareille conception de la liberté peut déplaire à certaines lectrices, alors vite un retour en arrière : l’image des parents de Claire, une mère malade mentale, un père arriviste séduisant, une enfance passée dans un pensionnat.La voilà donc justifiée de refuser des liens matrimoniaux.Deuxième dimension : Claire tombe amoureuse et se laisse envahir par la passion.Le garçon est plus jeune qu’elle mais, surtout, oh surtout ! c’est un parasite, fils adoptif d’un homosexuel cultivé qui a eu la décence de l'élever comme un père exceptionnel puis de mourir en lui laissant une grosse fortune et un domestique chinois.Attitude positive, en somme, à l’égard de l'homosexualité, digne et respectable.Par ricochet, en outre, on pardonne à Mathieu ses beuveries, sa paresse et son inconscience en raison de son enfance compliquée qui aurait pu le rendre beaucoup plus dépravé que cela.Toutefois, autant n'importe quel écrivain peut en principe mélanger ainsi les sujets de réflexion collective qui flottent dans l’actualité médiatique, autant il est autrement plus difficile de réussir la troisième dimension de ce roman qui, à mon humble avis, fait sa valeur, soit la relation de la journaliste avec sa fille.La camaraderie qui existe entre Claire et Séverine, l’évolution de la jeune étudiante, tout cela constitue une trame d’autant plus intéressante que vraie.Plus encore, cette camaraderie sera utile à beaucoup de femmes qui se demandent comment maintenir une complicité avec leur fille qui grandit forcément trop rapidement et toujours, c’est l’évidence même, de façon parfaitement imprévisible ! Les deux personnages, celui de la mère et celui de Séverine, sont touchants, drôles, authentiques et l’on passe des heures fort agréables en leur compagnie du début du bouquin jusqu’à la toute dernière page.Qui Sait.si vous n'en profiterez pas vous même?MKtflf ( ANAIMAN (ANUNINNI (ANUH IKKAMIK W»!V ¥ I- i- mm SSrütfft  W irai LES BESCHERELLE POUR TOUS ,,, _ BESCHERELLE MM U’ARTDE iH y 1.L’ART DE CONJUGUER 12000 VERBES 8,25$ 2.L’ORTHOGRAPHE POUR TOUS 9,95$ 3.LA GRAMMAIRE POUR TOUS 13,25$ EN VENTE CHEZ VOTRE LIBRAIRE éditions hurtubise hmh Itée 7360, boulevard Newman Ville LaSalle (Québec) H8N 1X2 Téléphone (514) 364 0323 Poissons rouges adulte, toujours dans l’atroce condition d'un pays sous domination étrangère, d’une ville piégée, où la délation est la loi devenue commune Mais c’est, curieusement, dans La Preuve que se justifie pleinement le titre du premier roman : Le Grand Cahier.L'auteur glisse, dans un parcours qui parait fort naturel au lecteur par la grâce d’un talent d’écrivain considérable, vers une fable déchirante sur l’incapacité de transcender les malheurs, individuels et collectifs, par la littérature.De la vie de Lucas, un manuscrit — La Preuve — devrait rendre compte, mais le « procès-verbal », dressé par « les autorités » et qui sert d’épilogue au roman, est le plus bel exemple de dérision, de l’impossibilité d’échapper à un régime autoritaire, lors même qu’on tente d'en sortir par « la vocation du bien », celle que Lucas pratique envers les gens qui l'entourent En particulier envers Victor, le h braire, dont le récit se superpose à celui de Lucas, et qui l’éclaire d’une certaine façon.Dans Le Grand Cahier, comme dans La Preuve, Agota Kristof parvient, à l’aide du style le plus laconique qu'il m’ait été donné de lire depuis des années, par le choix sans doute judicieux des mots d’une langue apprise — ne jamais oublier que cette romancière, qui écrit di rectement en français, est née en Hongrie — à envoûter ses lecteurs.Le destin des jumeaux, si incroyablement semé de malheurs, est tou jours vu » par une « observatrice » qui semble posséder une connaissance inépuisable des réactions enfantines et de l'extraordinaire fa culté de survie des enfants, lesquels, comme les chats, paraissent posséder sept vies.Roman de la maturité, La Photo Le Seuil AGOTA KRISTOF.Preuve, divisé plus classiquement en chapitres numérotés, garde, par l'utilisation systématique du temps présent de l’indicatif, la même vi sion « candide » d'une vie basai' deuse, constamment menacée, mais dont Lucas, le héros qui garde la nostalgie de sa gémellité, par vient à nous convaincre qu'elle est normale.Comment dire, en d’autres mots que talent, originalité profonde, gé me littéraire, les qualités de ces deux romans, qui n’en sont qu’un, et qu’on ne peut dissocier ?Dont l’éditeur ne peut certes pas nous dire, en prière d’insérer, qu’ils ne peuvent se lire séparément Agota Kristof, la romancière qu'on doit obligatoirement connaître si l’on continue de croire en l'importance du roman pour dire la vie, la dou leur, la mémoire, la privation de la liberté et l’incident de la mort indi viduelle dans l’oppression d’une nation.À lire absolument I Toujours best-seller! MYRIAM PREMIÈRE de Francine Noël «Francine Noël signe un des trois ou quatre grands romans de la décennie.» Reginald Martel, La Presse.«Ceux qui ont aimé Maryse se précipiteront sur cette suite, et ce sont les autres que je voudrais convaincre que Francine Noël vient d’écrire un très grand roman.On ne peut parler de chef-d’oeuvre quand l’oeuvre est si jeune, et pourtant.» Jean-Roch Boivin, Le Devoir.« Myriam première est un roman d'une séduction extraordinaire, intelligent, drôle, émouvant, enfin c'est un malheur.À lire, donc: Pour le plaisir d'une écriture étonnamment libre et belle, qui utilise les expressions à la mode avec une sorte d’élégance négligée; et pour s’instruire.» Gilles Marcotte, L’Actualité.513 pages 19.95$ Venez rencontrer nos auteurs présents au Salon du livre de Québec: Francine Noël, Michel Dorais, Dany Laferrière, Renaud Longchamps, Geneviève Amyot, Donald Guay, Réjean Bonenfant, Marc Robitaille et Marie La berge.Vlb edit/GUT* DE LA GRANDE LITTÉRATURE * 0-10 ¦ Le Devoir, samedi 16 avril 1988 LE PLAISIR //A LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR livres Charlebois: un essai pas ordinaire ROBERT CHARLEBOIS L'enjeu d’« Ordinaire » Jacques Julien Montréal, Triptyque, 1988 BRUNO ROY LE LIVRE de Jacques Julien, Robert Charlebois : l'enjeu d’« Ordinaire », tente une approche globale du phénomène de la chanson populaire.Principalement inspirée par la sémiologie, son analyse se situe à l’intérieur d’une théorie de la communication.Nul autre que le personnage de Robert Charlebois, en effet, ne pouvait mieux répondre aux exigences d’une telle analyse.Pour Julien, ce chanteur populaire, tel un cas, lui permettait de « rester branché sur le réel ».De plus, son choix montre parfaitement que la critique (particulièrement dans les journaux) est un relais obligé de la communication entre le chanteur et son public.À travers le message de Charlebois, d’abord transmis dans ses chansons, Juüen a voulu protéger une vue d’ensemble de la chanson.Triplement codifiée, la chanson (paroles, musique, performance) se situe elle aussi dans un réseau nécessaire de communication.Par ailleurs, Julien propose une deuxième source de renseignements qui permet l'analyse de rapports entre le chanteur et son public : la presse, ici francophone surtout.La performance « artistique » de m ROBERT CHARLEBOIS.Charlebois sert de base à une étude des comportements communicatifs sur scène.Cette performance est au-tant celle du chanteur que de l’athlète.Il se dégage que, dans la chanson québécoise, il y a une manière Charlebois et les ressources qu’il utilise débordent le couple traditionnel paroles/musique.La chanson définie comme mode de communication pluridimensionnelle va chercher ailleurs des supports qui lui sont naturels : gestuelle, gadgets sonores et visuels, costumes, éclairage, mise en scène, bandes dessinées, etc.Voilà une approche inédite qui situe la chanson dans un réseau de communication permettant de mieux comprendre l'évolution artistique d’un chanteur populaire aux prises avec ses propres aspirations et les besoins d’un public souvent intransigeant.C’est la volonté de liberté de l’artiste qui en sort grandie.Pas ordinaire ! Je pense sincèrement que Julien ouvre une manière nouvelle d’analyser la chanson québécoise et la chanson tout court.Son analyse, et c’est en cela qu’elle est pertinente pour la recherche dans ce domaine, suppose que l'auteur-compositeur ou l'interprète s’appuie sur des valeurs idéologiques qu’il partage avec la société et, plus particulièrement, avec ce groupe qui constitue son public.Jacques Julien, exploitant les traits du personnage de Robert Charlebois (incluant l’apport de ses paroliers et de ses musiciens), a tenté, à travers l’analyse des comportements communicatifs, une ébauche d’une sociologie de la réception.Tout n’est cependant pas clair.La première partie, consacrée à la chanson populaire et au réseau de communication qu’elle sous-tend, sans être vraiment inutile, n’arrive pas à cerner le propos que Julien veut mettre de l’avant.En bref, pour un essai à prétention scientifique, je trouve le détour bien long et, quant à moi, plutôt répétitif.L’approche glo- bale que Julien propose — inspirée, rappelons-le, de la sémiologie mais ce n’est pas toujours évident — n’opère pas assez clairement le rapprochement entre la chanson populaire et le phénomène « performer » de Robert Charlebois.Cette première partie, plus descriptive, se confond avec une sorte de synthèse des articles parus sur le chanteur-roeker.On a l’impression que son texte constitue un amalgame d’opinions que l’auteur a rassemblées.Julien n’a pas retrouvé le contexte théorique de l’analyse, contexte proposé au lecteur en début de livre.Julien, s’il parle suffisamment de la dynamique des comportements communicatifs, ne tient pas assez compte, cependant, du contexte dans lequel s’élabore ce comportement.La parution de cet ouvrage, donc, est un événement important en raison de la nouveauté de son approche analytique.À ce jour, sauf pour le groupe de recherches sur la chanson à l’Université de Sherbrooke, je ne connais pas d’études au Québec qui renouvellent à ce point la recherche dans le domaine de la chanson populaire.Le livre de Julien constitue un apport original et majeur pour la recherche dans le champ des productions culturelles.Les retombées de sa réflexion peuvent mener la chanson à la reconnaissance d’un statut de discipline autonome, éloignée de sa succursale traditionnelle, la poésie.Oui, il y a de l’inédit dans l’air.Bertolucci:ombres chinoises et main basse sur les Oscars OMBRES JAUNES journal de tournage Le Dernier Empereur de Bernardo Bertolucci Fablen-S.Gérard Paris, Cahiers du cinéma 1988, 191 pages BERTOLUCCI PAR BERTOLUCCI entretiens avec Enzo Ungari et Donald Ranvaud traduit de l’italien par Philippe-André Olivier Paris, Calmann-Lévy 1988, 303 pages MARCEL JEAN DEPUIS La Camarde, réalisé en 1962, depuis surtout Prima della ri-voluzione, sorti en 1964, Bernardo Bertolucci est un cinéaste qui compte, sans doute le plus grand cinéaste italien de sa génération.La Stratégie de l'araignée (1970), Le Conformiste (1970), Le Dernier Tango à Paris (1972) et 1900 ( 1976) sont autant de films qui ont marqué l’histoire ré- cente du cinéma mondial et qui ont suffi à asseoir la réputation de leur auteur.Communiste et esthète, virtuose et démiurge, Bertolucci ne s’est jamais démenti au cours de ses 25 années de carrière et c’est avec une hâte légitime qu’on attend la venue de chacun de ses films.Alors que l’édition française n’avais jamais été très favorable à l’oeuvre de cet artiste majeur, voilà que le succès présent du Dernier Empereur vient corriger la situation.En effet, si un seul numéro spécial de la revue Études cinématographiques (nos 122-126,1979) avait été consacré à l’auteur de La Luna, voilà que deux ouvrages accompagnent la sortie du film relatant la vie de l’empereur chinois Pu Yi : Ombres jaunes, un journal de tournage signé Fabien-S.Gérard, et Bertolucci par Bertolucci, un recueil d’entretiens réalisé par Enzo Ungari et Donald Ranvaud.Plus grosse production indépendante de l’histoire du cinéma, premier film tourné dans la Cité inter- dite, première superproduction réalisée en Chine populaire, Le Dernier Empereur méritait sans contredit que quelqu’un s’attèle à la tâche d’en tenir les annales.C’est à Fabien-S.Gérard, un assistant-réalisateur stagiaire de Bertolucci, que cette mission est dévolue.On se doute bien à quel point un tel tournage peut être fertile en émo- • • • & • ••••• • ••••• ïïlü! SOLDE ::8Ü LIQUIDATION DE STOCK •••••••••• •••••• •••••• •••••• •••••• •••••• •••••• •••••• •••••• •••••• v- M Des rabais allant jusqu’à 90% sur tous les livres en magasin • % • •••% • ••• • ••• «La pléiade» à 30% de réduction Formats poche à .99^ Des milliers de livres d’enfant à prix incroyables •••••• •••••• •••••< ••••• ••••• ••••• ••••• ••••• ••••• ••••• ••••• ••••• ••••• ••••• ••••• ••••• Photo Jacques Grenier BERNARDO BERTOLUCCI.tions, en moments magiques et en petites misères.Dans cette perspective, la grande qualité de Gérard aura été de bien nous communiquer l’atmosphère régnant sur le plateau, de bien nous faire sentir ce qu’est la solitude du metteur en scène pris au coeur de sa propre machine infernale.Au fil des pages, le film apparaît et l’on se prend à rêver aux scenes tour- nées mais exclues du montage final comme celle, délirante, où 20 nouveau-nés s’abreuvent impudemment aux seins de leurs nourrices.Et, jour après jour, on assiste un peu à la création du film, on apprend ce qui se cache derrière le mot superproduction.En fait, s’il y a un reproche à faire à ce livre superbement illustré, c’est à l'éditeur qu’il faut l’adresser.Car on a laissé le journal de tournage se défendre par lui-même, alors qu’une courte interview et un texte de présentation auraient été souhaitables.Il faut, en effet, plusieurs pages pour bien entrer dans le journal, pour bien comprendre qui fait quoi, et il aurait suffi de peu de choses pour pallier cette lacune.Mais le lecteur qui en a les moyens pourra joindre à ce journal l'excellent Bertolucci par Bertolucci, d’Enzo Ungari et Donald Ranvaud.On y retrouve deux entretiens entourant Le Dernier Empereur, l’un réalisé avant le tournage, l’autre après.Les deux livres sont donc l'un pour l’autre des compléments idéaux.Ouvrage de fond composé de 17 interviews, Bertolucci par Bertolucci montre à quel point l’artiste est aussi un brillant penseur de cinéma.Jamais narcissique, érudit et fulgurant, Bertolucci y brille de tous ses feux et nous montre à quel point théorie et pratique artistiques sont parfaitement conciliables.Décédé récemment, Enzo Ungari, qui a aussi co-scénarisé Le Dernier Empereur, a mené les 15 premières interviews de main de maître avant que Donald Ranvaud ne vienne terminer le travail.Les discussions entre Bertolucci et Ungari avaient d’ailleurs été publiées en Italie en 1982.LES LIVRES DU QUOTIDIEN MARC CHAPLEAU En collaboration, Tables de prêts personnels de4%à24% jusqu'à $ 100,000, Québécor, 253 mini-pages.COMBIEN coûte, mensuellement, un emprunt de $ 8,000 à 11.5 % remboursable en 24 mois ?I 374.72.Combien aura-t-on déboursé en tout pour ce prêt, incluant donc les intérêts ?$ 8,993.28.Étonnant, tout de même, que les tables de chiffres comme celles-ci n’aient pas encore été reléguées aux oubliettes par une quelconque calculatrice dernier cri.Enfin .Un petit reproche : il aurait fallu être aussi subtil que les institutions financières et pousser la précision dans les taux de prêts au-delà du demi-point de pourcentage.J us-qu’au quart, en l’occurrence.Guy Milot, Des carrières de pointe à l’approche de l'an 2000, Québec/Amérique, 225 pages.GUY MILOT, conseiller d’orientation, évalue ce que réserve l’arrivée du 21e siècle en termes de conditions de travail, d’exigences académiques et de perspectives d’avenir pour certains métiers de la biotechnologie, l’informatique, le génie, l’agro-alimentaire, l’administration, etc.Un travail de recension et de supputation plutôt impressionnant.Céline Gèrent, Le Guide du savoir-vivre sexuel, Dangles, 223 pages.DÉCEPTION.Amère désillusion.Pas de photos relevées.À toutes fins utiles, que des planches d’anatomie, des bas-reliefs précambriens et des clichés cu-culs.« Un livre neuf sur un sujet ancien.» « Le livre à mettre en toutes les mains.» « Restituer les vraies valeurs de l’acte sexuel.» « Réussir le grand voyage au Jardin des délices.» Commander une pizza chez Pendelis.Non, sans blagues, que vous révéler du contenu de ce guide que vous ne sachiez déjà ?Peut-être ceci, tiens : « Quand vous avez une relation avec une professionnelle, si c’est la première fois, dites-le lui : ça l’attendrit.» Après, c’est parti, mon kiki ! Renée Frappier, Le Guide de l'alimentation saine et naturelle, à compte d’auteur, 349 pages.RENEE FRAPPIER le GUiDE de ralifT\er\tQtior\ saiqe et r\a tu relie lo saqté o bieqrqeilleuf goût! L’AUTEUR ne cache pas ses couleurs.Il y a le bien : les aliments « naturels » et « biologiques » et le mal : tous les autres.Il y a le caroube, le sel marin, le miso et le tofu, puis la viande, le café, le chocolat et l’alcool.Il faut, bien sûr, manger de ce pain-là pour apprécier l’ouvrage à sa juste valeur.Mais ce n’est pas tant le parti pris comme les conclusions ronflantes et les majuscules à tous vents qui indisposent.Genre : la Communication ouvre à la Connaissance: laquelle ouvre à la Conscience; laquelle amène le Changement; lequel ouvre sur l’Espoir, par la santé de la planète.Sonnez trompettes, résonnez musettes.Jean-Claude Trait, Comment cultiver un jardin potager, éditions de l’Homme, 462 pages.L’AUTEUR traite avec bonheur aussi bien des légumes que des fruits, et donne même des recettes.Entre autres renseignements (semences, repiquage, sarclage, arrosage), il souligne la richesse du fumier humain, qui serait sous-utilisé.La couverture promet un guide idéal pour les jardiniers d’occasion, citadins, banlieusards ou carrément ruraux.Or il est douteux que ces derniers apprécient l’absence totale de renseignements pratiques sur les fertilisants et les insecticides commerciaux, boycottés par l’auteur au profit de décoctions à base d’ellébore, de saponine et d’absinthe.Aurait-il tant coûté de prévenir.?Roger Fafard, Comment fabriquer des communications écrites et orales, éditions d’Arc, 232 pages.MALGRÉ la promesse de la couverture, à l’effet que le livre s’adresse aussi aux journalistes, cadres et gestionnaires, cet ouvrage devrait n’intéresser que les étudiants du secondaire et du collégial, vu que les dissertations en guise d'exemples de communications écrites, c’est bien peu pour affûter le crayon des professionnels en mal de copie.Sans compter que le style de l’auteur aurait gagné à être resserré, retroussé un peu.Et qu’on aurait dû réviser la copie avant d’écrire que la lecture d’oeuvres de science-fiction a du bon.parce qu’elle révèle des choses sur le futur ! Et si vieillesse rimait avec sagesse.* * * * * •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••< ÉLOGE DE L’ÂGE DANS UN MONDE JEUNE ET BRONZÉ Christian Combaz Paris, Robert Laffont 1987, 234 pages RENEE HOUDE fm ià! Tous les soirs jusqu’à 21 heures LIBRAIRE 371 ouest, ave.Laurier Montréal, QC-H2V2K6 Tél : (514) 273-2841 \ IL EST des livres qui pensent tout haut ce à quoi nous réfléchissons tout bas à idées rompues comme dans un songe.Le plaisir de lire en est d’autant accru.Éloge de l'âge est un plaidoyer contre les nouveaux vieux .en faveur de la vieillesse.La vraie.Celle qui rime avec sagesse.Selon Combaz, la société de con- a votre portée Pour découvrir une littérature en plein essor, visitez les trois kiosques de l'édition franco-ontarienne au Salon international du livre de Québec, du 19 au 24 avril les éditions Prise de Parole (Sudbury) au kiosque n° 307 la revue culturelle Liaison (Ontario) au kiosque n° 308 les Éditions du Vermillon (Ottawa) au kiosque n° 321 Rencontrez des auteurs et un illustrateur-caricaturiste.En collaboration avec la Commission permanente de coopération Ontario-Québec sommation a tout avantage à faire avaler aux personnes âgées l’élixir de la jeunesse éternelle et à leur faire croire qu’elles doivent rester jeunes indéfiniment.Il suffit de s’occuper le corps et l’esprit.Mais qu’advient-il de l’ame ?.Il suffit de s’occuper le corps et l’esprit.Mais qu’advient-il de l’âme ?« L’inconscient collectif tient l’argent, la forme et le bronzage pour vertus essentielles» (p.184).Le phénomène en est un de société.« En 20 ans, nous dit-il, la vieillesse, la vraie, a disparu » (p.39).Selon lui, « la civilisation européenne a fait subir à ses vieillards le même sort qu’à ses rois : d’abord le strapontin, ensuite le siège éjectable » (p.24).En vérité, l’Occident est en train de s’infliger la vieillesse la plus bête du monde.« Je ne parle pas de son savoir.Vieillir exige une disposition particulière de la conscience qui regarde peu l’étendue de nos connaissances (p.99) ».Ainsi, notre civilisation perd non seulement des ressources, mais une source considérable de savoir-être et de savoir-faire.Cette idéologie qui dépossède les vieux de leur vieillesse et, a fortiori, de leur sagesse, où la vie est une course, a des conséquences réelles sur les liens entre les générations.Si les vieux ne sont plus des vieux mais des tentatives plus ou moins réussies de jeunesse.il s’ensuit que le père compétitionne avec le fils : « Nos pères n’ont jamais été nos maîtres, mais nos concurrents » (p.181), que ce soit sur la pente de ski, au golf ou ailleurs.Le procès que Combaz fait de la paternité, où le rôle de père se dissout dans celui de grand frère ou d’ami, pointe bien le genre de vide éprouvé par les jeunes en quête de modèles et de mentors.Combaz analyse succintement la « guerre des étoiles » en montrant qu’il s’agit moins de la conquête du sens (p.186).N’y a-t-il pas lieu de se demander si le système scolaire, en restreignant la fréquentation directe et assidue des grands classiques, ne prive pas les jeunes de ce détour nécessaire où s’instaurent conscience et signification et où il devient possible de se reconnaître en se distinguant ?En dernière partie de son livre, Combaz analyse les effets de la négation de la vraie vieillesse dans le domaine politique.L’essai de Combaz est entrecoupé du récit de sa relation avec Victor, l’ami de 71 ans qui l'accompagne en Floride et en Californie où il est censé faire une recherche sur les nouveaux vieux et la nouvelle retraite : « J’ai plutôt composé trente feuillets d’un tendre pessimisme sur les nouveaux vieux en affichant ma préférence pour les anciens» (p.16), dit l’auteur.Christian Combaz, journaliste et romancier né en 1954, étaye sa thèse de ses réflexions personnelles pour le plaisir de les exposer et parce qu’il y croit.Ses phrases sont lapidaires, voire délibérément paradoxales.Son style est percutant.À l’occasion, le ton devient prophétique : par exemple, lorsqu’il commence ses phrases par « en vérité.».L’ensemble du livre invite à « consentir à la vieillesse ».Premières armes Les «Cahiers d'histoire» à l’UdeM YOLAND SENÉCAL CONNAISSEZ-VOUS les Cahiers d'histoire ?Peut-être pas.Et pourtant, la revue existe depuis 1981.Elle a été fondée par des étudiants diplômés du département d’histoire de l’Université de Montréal.Au début, des professeurs y collaborèrent; ainsi, Gilles Bourque (UQAM), Pierre Tousignant, même Michel Brunet y ont signé des articles.On cherchait également des textes venus de plusieurs horizons.Puis, pendant quelques années, les collaborateurs des Cahiers furent surtout des étudiants à la maîtrise ou au doctorat inscrits au département d’histoire de l’Université de Montréal.Après avoir tenté pendant quelque temps l’expérience — fâcheuse — des numéros à thème, les Cahiers d’histoire ont abandonné cette pra- tique.On retrouve désormais des articles divers, ayant tous une portée historique.En glanant quelques titres dans les récents numéros, le lecteur pourra mieux saisir le contenu de la revue : « Musique et pouvoir à l’aube de la Renaissance », « Pour une histoire du vécu religieux : entrevue avec Jean Delumeau », « Les offrandes faites aux morts dans le royaume de Mari », « Le comportement démographique de la noblesse en Nouvelle-France », « Le mouvement syndical et les débuts du FRAP », « La misogynie dans le Malleux Maleficarum : genèse de la femme-sorcière », « Les structures sociales de la France d’Ancien Régime : note critique sur l’apport de George Huppert », etc.On peut juger de la diversité des textes qui, dans l’ensemble, se lisent fort bien. Le Devoir, samedi 16 avril 1988 ¦ D-11 a de s l pla: i.E: : s LL FL.LIS R : AI! .livres Vers la Révolution tranquille GEORGES-ÉMILE LAPALME Jean-François Léonard (responsable du collectif) Sillery, Presses de l'Université du Québec, 1988, 312 pages POUR UNE POLITIQUE Georges-Émile Lapalme Montréal, VLB éditeur 1988, 350 pages YVAN LAMONDE LE COLLOQUE sur Jean Lesage qui se terminera aujourd’hui à l'UQAM suit un premier colloque sur les « Leaders politiques contemporains du Québec » tenu l'an dernier sur Georges-Émile Lapalme et dont les actes paraissent ces jours-ci.On a eu du flair à inaugurer cette série de colloques annuels par Lapalme, l'homme de la transition, de « l'entre-deux », comme l’écrivait Gérard Bergeron, alias « Isocrate ».Les contributions de R.Body, J.-G.L’URSS et le monde L'URSS ET SA POLITIQUE INTERNATIONALE, DE LÉNINE A GORBATCHEV Jacques Lévesque (avec la collaboration de Luc Duhamel) Paris, Armand Colin 1988, 404 pages PAUL-ANDRÉ COMEAU JACQUES LÉVESQUE est le chef de file de la première génération d'universitaires québécois versés dans la soviélologie.Il a publié en Europe et aux États-Unis des ouvrages importants qui cernent divers aspects de la politique étrangère de l'Union soviétique, depuis le conflit sino-soviétique jusqu’à l’implication de l'URSS à Cuba.Il vient de remettre à jour le manuel qu’il publiait en 1980 a Paris et qui sert depuis de text book dans la plupart des cours consacrés à la politique étrangère de l’URSS.Professeur au département de science politique à l’UQAM, Jacques Lévesque s’est assuré le concours d’un collègue de l’Université de Montréal, Luc Duhamel, pour remettre à jour ce précieux manuel.En fait, c’est plus que d’un manuel dont il s’agit.L’écriture en est simple, cursive même.L’auteur évite de dormer dans la répétition et la démonstration, armes nécessaires de la démarche pédagogique mais source d’ennui et d'agacement pour le commun des lecteurs.À la veille d’un nouveau Sommet entre MM.Reagan et Gorbatchev, la lecture de cet ouvrage permet de situer le nouveau cours qui semble s’être imposé à Moscou en matière de relations internationales, du moins au chapitre des rapports avec Washington.Englobant l'histoire et les considérations géo-politiques, la démarche de M.Lévesque facilite l’interprétation des décisions de Moscou dans une foule de «points chauds ».L'auteur cadre cette politique internationale dans un cheminement interne qui se fonde partiellement sur une traduction de l’idéologie de Marx.Rappels historiques, regards sur les rôles de Lénine et de Staline, mise en perspective des dé- wm -~* Photo Chantal Keyaer JACQUES LÉVESQUE.cisions fondamentales permettent d’apprécier le poids de ce « complexe d’encerclement » qui caractérise l'intervention soviétique sur la scène internationale.L’ouvrage de Jacques Lévesque permet de suivre l’évolution d’une politique étrangère qui pourrait être vue comme justification et objectif d’une idéologie.Il ouvre aussi des perspectives intéressantes sur le sens et le poids des relations entre Moscou et les démocraties populaires.À cet égard, il faut lire les pages sur le rôle de Moscou dans la crise polonaise du début des années 80.Cet ouvrage déborde, cependant, le seul cadre des relations avec les pays-frères.C’est l’ensemble de la politique de l’URSS qui en est le coeur.Relations avec l’Ouest, influence au sein du tiers monde, interventions dans divers coins de la planète : tout est examiné avec mesure et intelligence.On doit souligner la qualité des pages consacrées à l’intervention soviétique en Afghanistan : c’est l’une des meilleures synthèses disponibles à l'heure actuelle, du moins en langue française.ÇAMMONp —(du tyseauj— àe ïSSgg» “p'°'?Ècüe"de,,e d^'ee«esPou:„'!.AUDE.Scène Centrale: le 21 à 16 heures.Séance de signature: le 21 de 16h30 à 17h30 ALAIN POISSANT.Scène centrale: le 23 à 18h30 Séance de signature le 23 de 19h à 20h U \l\ l'OISSWI Vendredi-Fridav «Cette musique en mineur ne lui vient pas par hasard, [à A.Poissant] elle est sa manière, elle est son art.» Réginald Martel (LA PRESSE) GAKVMO.Nl) illl VhIIII NOUVEAUTÉ Genest, G.Bergeron, A.Bernard, M.Behiels, en particulier, donnent sa vraie profondeur à cette traversée du désert que fut la carrière politique de Lapalme qu'on ne peut plus désormais réduire à l'ombre de l'invincible (Duplessis) ou aux « blessés de 1952 et de 1956 » dont fut ce Lapalme qui rage contre ceux de Cité libre qui ne furent jamais « du front », à « quinze pieds de distance » de Duplessis.Tout commence, d'ailleurs, selon G Bergeron, par une « erreur d’orientation professionnelle » de la part de Lapalme.Puis, après la dé faite partisane et personnelle de Godbout en 1948, ne se trouve aucun Canadien français pour diriger une opposition parlementaire de huit députés.Il faut, contre toute logique, faire appel à un député libéral fédéral, ce « grand frère » qui nuit et nuira encore aux libéraux du Québec.Lapalme fait donc le saut en 1950.Le parti est moins riche que l’Union nationale, son financement est encore occulte et la tradition libérale style Taschereau de 1935 est loin d’être liquidée.Le parti est divisé et les dissensions internes entre ceux « pour la justice sociale » et le « comité des ancêtres » retardent de cinq ans (1955) la création d’une Fédéra tion libérale du Québec (FLQ).Dans cette mercuriale que fut le discours d’abandon du leadership en 1959, Lapalme dira enfin l’essentiel de ses difficultés à démocratiser ce parti où les candidats électoraux pensent encore souvent en termes de curée.Robert Boily, qui scrute cette résistance à la FLQ, conclut contre l’affir- mation de Lapalme : la fédération ne fut pas le parti.A ces résistances internes à un parti social et démocratique, d’ailleurs en butte à un parti et à un chef qui ont le vent dans les voiles, dans un contexte de prospérité économe que, s’ajoutent les coups de jarnac du Parti libéral d’Ottawa : ceux de Louis St.Laurent qui, à l’occasion des questions de l’Ungava et de l'impôt provincial sur le revenu, minent littéralement le travail des libéraux du Québec; ceux de députés — y compris Lesage avant 1958 — et de sénateurs libéraux qui pactisent avec l'Union nationale.Cette faible opposition parlementaire libérale ne réussit pas souvent à obtenir l’appui de l’opposition extra parlementaire, celle des syndicats, de la presse (sauf LE DEVOIR), des intellectuels et universitaires.Là fut le drame : ceux qui dénonçaient l'immoralité politique et réclamaient la démocratie s'abouchèrent-ils avec ceux qui, de jour en jour, d’année en année, tentaient de démocratiser in concreloet le parti et la politique ?Là résident, il me semble, le malentendu, l'origine du conflit des perceptions et des interprétations.Lapalme — Cité libre : même combat ?Robert Comeau et VLB publient aussi ce document à circulation très limitée — 10 à 20 exemplaires — le plus susceptible de donner l’exacte mesure de l’apport de Lapalme.Pour une politique fut rédigé par Lapalme de mai à juillet 1959 et offert sur un plateau à Jean Lesage qui joua en 1960 une pièce déjà écrite et en récolta les applaudissements.JËk.! GEORGES-EMILE LAPALME et JEAN LESAGE.Photo d'archives L’essentiel de la Révolution tranquille s'y trouve, conçu depuis 1950 par Lapalme, J L.Gagnon, J M Nadeau.Sans s’y réduire, le document fait une large place à la culture.Lapalme avait de la profondeur historique : la spécificité linguistique du Québec s’inscrit pour lui dans une trajectoire de réflexion globale inaugurée par Edmond de Nevers.La langue gardienne de la culture — quelle formule historique nouvelle ! — constitue avec la démocratie les deux facteurs vraiment universels de la société québécoise pour Lapalme.Formule toujours et de plus en plus d’actualité.Les lecteurs de ce document et des actes du colloque Lapalme souhaiteront peut-être en savoir plus long sur la formation antérieure à 1950 de Lapalme : qu’emprunte-t-il au nationalisme, au réformisme de Godbout, à la vision culturelle d’un Athanase David ?Des ouvrages éclairants.i m Collection « » w ‘Wr A IXJ \\ I-* V- - 1 # paullne som»on fusion éveil à l'esprit scientifique c"e3 les petits / ri/ r O»"’ ,oO Ne*?K -cJ ) /1 MATERNELLE Pauline Samson Hindson QUELLE BELLE COLLECTION!!! C'est sans conteste une invitation à la découverte des choses de l'esprit chez les petits, par des activités qui collent à leur réalité.Éveil à la lecture et à l’écriture chez les petits Cahier 1 (155 pages) .5,95 $ Cahier 2 (144 pages) .5,95 $ Éveil à l’esprit scientifique chez les petits Cahier (62 pages) .3,25 S Éveil aux mathématiques chez les petits Cahier (185 pages) .5,95 $ Éveil aux arts plastiques chez les petits Cahier (181 pages) .’.5,95 $ Éveil aux sciences humaines chez les petits Cahier (139 pages) .5,95 $ M i, 1 guenn 4501, rue Drolet Montréal Toronto Montréal (Québec) H2T 2G2 Canada (514) 842-3481 vient de paraître Dr SERGE MONGEAU MARIE CLAUDE ROY L.Ph.NOUVEAU DICTIONNAIRE DES MEDICAMENTS^ EDITION REVUE ET AUGMENTÉE AUX Ë 0 T I 0 N S QU ’Un répertoire complet des médicaments à la portée de tous.•Un livre de référence pratique qui évitera bien des maux et accidents reliés à une mauvaise utilisation des médicaments.’Un guide de santé pour tous les membres de la famille.*Des renseignements sur plus de 1000 médicaments prescrits ou en vente libre.Il R I Q 0 I L D-12 ¦ Le Devoir, samedi 16 avril 1988 LE PLAISIR ,/A-LE PLAISI.LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAIS ¦ (les 1 • I livres Le poète, comme il se doit, meurt seul Jean E1HIER-BLAIS ?Les carnets IL EST Ixin, parfois, de se replonger clans le passé, surtout lorsqu’il est littéraire.Car la littérature a cette qualité exceptionnelle : elle assure l’immortalité.À cet égard, les notes critiques qui accompagnent les chefs-d’oeuvre sont souvent aussi intéressantes que l’est le texte lui-même.On y découvre mille personnages attachants, qui renaissent en caractères imperceptibles.En réalité, ils ne sont jamais morts.Ils attendaient tout simplement, dans un recoin, que'le metteur en scène de la vie universelle leur fasse signe.ILs avancent sur le devant de la scène, jusqu’à la fosse; ils saluent, racontent et retournent à l’ombre jusqu’à ce qu’un autre lecteur les découvre.Aucun auteur ne disparaîtra et nous sommes tous voués à devenir, quelque jour, silhouettes du passé.Certains d'entre nous renaîtront plus jeunes que jamais.Ceci n’empêche pas la postérité d’être injuste.En ce moment, Nelligan est à la mode.Les années 1900 sont vues à travers le prisme déformant de son oeuvre.Ce fut un remarquable poète enfant.Mais il avait un rival, Paul Morin, qui, lui aussi, avant d’avoir franchi le seuil des vingt ans, écrivit un chef-d’oeuvre, Le Paon d'émail.On peut même dire que Morin est un autre poète que Nelligan, par la maîtrise du langage, la profondeur mélancolique d’une pensée qui refusait la sentimentalité, par la pudeur enfin.Or l’on ne parle jamais de lui, qui est sans doute notre plus grand lyrique.Tout pour Nelligan, qui correspond aux normes édictées par l'inculture généralisée U dépasse notre médiocrité, bien sûr, mais elle lui est congénitale, on la trouve aussi en lui, introuvable chez Paul Morin.Cependant, on peut être assuré qu’un jour, si notre système d’éducation porte les esprits vers le haut (sera-ce jamais le cas ?) Morin s’avancera, lui aussi, jusqu'au bord de la fosse et, lorsque les réflecteurs le frapperont au visage, lui, paon, cendre et or, Géronte enfin, il resplendira de tous les feux de son âme ardente et chargée de tristesse.On trouve tous les scénarios dans les mémoires de ce temps, ceux de Victor Barbeau, de Ringuet, de Robert de Roquebrune.Et, derrière Morin et Nelligan, sautillant, maniéré, vêtu à la Bruant, déclamatoire et passionné, secret aussi, apparaîtra, à la surprise du commun, Marcel Dugas, être improbable et vénérable jeune dieu de notre littérature.Il surgira au milieu des feux de Bengale, déclamant du Verlaine, nous parlant de la comtesse de Noailles et de Canudo, toujours précieux, toujours nécessaire.Je n’ai pas connu Marcel Dugas, mais j’ai beaucoup fréquenté son neveu, le père Guy Courteau, et sa nièce, Bérengère.Deux êtres de haute civilisation, lettrés, musiciens, extrêmement distingués d’allure et de propos.Comme son oncle Marcel Dugas, le père Guy 'Courteau poussait jusqu’à une douloureuse manie la perfection du style.Vingt fois sur le métier n’était à ses yeux qu’un point de départ.11 polissait ses textes au point qu’il n’en a laissé aucun.On peut dire que la crainte du solécisme était liée chez lui à celle de Dieu.Par sa culture, il brillait parmi les jésuites de sa génération, qui comptait des hommes comme Hertel et le père Maurice Vigneault.En réalité, son tempérament était celui d'un archiviste à la recherche de tous les papyrus.Le père Guy Courteau avait voué à son oncle un véritable culte.Il a beaucoup écrit sur lui, sur ses origines, son éducation, ses années parisiennes.Mareel Dugas a choisi l’exil, la France, les amitiés européennes, la vie là-bas.Je me suis plongé dans le destin en lisant l’ouvrage qu’a mis en place M.Louis-Guy G authier sous le titre : Que sont mes amis devenus.* Il s’agit, en réaüté, d’une chronologie de la correspondance adressée à Marcel Dugas de 1912 à 1947.Je crois que nous sommes loin du compte.D’abord, parce que nous n'avons pas la liste des correspondants européens de Marcel Dugas.Ainsi, nous savons qu'il fut un a [ni d’André Thérive, critique célèbre à son époque.Thérive et lui fréquentaient chez Mme de PomairoLs, à Paris.À une époque où le téléphone ne faisait pas encore ses ravages, où les gens s’écrivaient ce que nous nous racontons de vive voix, Dugas et Thérive se sont sûrement écrit.Où est passée cette correspondance ?Il y a tout un travail de recherche à faire sur la vie et les amitiés de Dugas à Paris.Dans Que sont mes amis devenus., on trouvera la liste des adresses parisiennes de Dugas.Est-ce assez ?Il reste peu de ses contemporains.Qui s’occupera de débroussailler ce passé ?J’ai parlé plus haut de la nièce de Marcel Dugas.À une certaine époque, je voyais souvent Bérengère Courteau.Elle me parlait de son oncle, de sa vie, de ses voyages, de son retour à Ottawa et à Montréal, en 1940.Elle me racontait aussi sa mort, me confiait des clichés de lettres, que j’ai fait paraître dans Études françaises.Elle vivait dans la crainte d’un chercheur qui n’avait, semble-t-il, qu’une idée en tête, celle de lui arracher les souvenirs de Marcel Dugas qu’elle conservait par-devers elle.Un jour, elle me les offrit.Il s’agissait d’une caisse contenant des lettres, des cartes postales, des livres.Je me souviens en particulier de l’édition rarissime des Poèmes publiés en Chine par Alain Grandbois, dont la presque totalité de l’édition disparut dans le fleuve Jaune.Marcel Dugas, destinataire privilégié, avait reçu son exemplaire dédicacé par la poste.J’aurais dû faire l’inventaire de cette caisse.Mais non.Bérengère Courteau voulait se défaire de ces reliques.Je téléphonai à la Bibliothèque nationale et persuadai Bérengère Courteau de faire un don à nos archives.Cette femme intelligente et sensible comprit immédiatement à quel point il était essentiel que les écrits et le témoignage de Marcel Dugas fussent sauvés des prédateurs.La postérité est le seul juge, à laquelle tous les écrivains font appel implicitement.Je veux terminer ce premier article consacré à Marcel Dugas (je parlerai plus longuement de lui et de son oeuvre, la semaine prochaine) par une anecdote, qui souligne la relativité de tout.Nous sommes à la merci des souvenirs, de la fidélité de la mémoire.Édouard Herriot disait d’elle qu’elle était une faculté qui oublie.Au cours de mes conversations avec Bérengère Courteau, elle me racontait par le menu les derniers instants de Marcel Dugas.Le 15 novembre 1946, il tomba foudroyé.Où ?À la maison ?Chez des amis ?Dans un endroit public ?Cela n’a pas grande importance.On le transporta à l’Hôtel-Dieu, où il agonisa pendant trois semaines.Il y mourut le 7 janvier 1947.La première version est la suivante.Dans sa chambre, entouré de soins, Marcel Dugas attendait la mort avec une patience d’ange.Il souffrait, mais en silence, modèle de résignation et de foi, offrant ses douleurs' pour le rachat de ses péchés et de ceux des autres.Ses amis, ses admirateurs, sa famille se pressaient en foule à son chevet.A tous, il offrait le même visage serein, aspirant à l’éternité.Il meurt doucement dans les bras de ses proches.Il est universellement regretté.Un jour, au restaurant, je raconte ceci à un vieux Montréalais, ami de Marcel Dugas, intellectuel sceptique et sans détours.Il me donne de cette disparition une version différente.Un jour, il apprend que Marcel Dugas est au plus mal.Il se hâte donc à l’Hôtel-Dieu.À peine sorti de l’ascenseur, des cris horribles parviennent à ses oreilles.Au bout d’un long couloir, il arrive à une salle où, sur son lit, entouré de grabataires, Marcel Dugas souffre et geint.Ses camarades de chambrée se lamentent, eux aussi.Le tout est propre, hygiénique, ces mourants sont l’objet de soins corrects, impersonnels.Sans être omniprésentes, leurs familles ne sont pas tout à fait absentes.Le poète, comme il se doit, meurt seul.Il a vécu solitaire, il s’en ira de même.Il mourra au milieu des siens, qui sont des malades indifférenciés, car tel doit être le destin du poète.N’est-ce pas ainsi que sont morts Nelligan et Paul Morin ?En écoutant ce second témoin, mais témoin d’une réalité opposée à la première, je me disais que l’histoire tirerait au clair cette énigme.Je la donne pour ce qu’elle vaut, pour cette part de mystère qui entoure chaque créateur.Sans doute y a-t-il une troisième version, qui est la bonne.Qui se souvient ?* QUE SONT MES AMIS DEVENUS .Jean-Louis Gauthier Joliette, édition privée, 1987 COIN VCLlt COLLECTION l’INSTANT D’APRÈS Jean CHARLEBOIS Corps cibl France LACHAI NE une tn/inovl/c de Man \ntnin<
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