Le devoir, 23 novembre 1991, Cahier D
• le plaisir des ivres Chainpigny DE TOUT, POUR TOUS, ET EN GRAND! 43K0 ST-DENIS, MONTREAL H2.I 21-1 11 !.(5I4IK44-25X7 Montréal, samedi 23 novembre 1991 MARGUERITE DURAS La belligérante DURAS Alain Vircondelet Editions François Bourin Paris, 1991 Robert Lévesque ELLE SIGNE un premier ro rnan en 1943.C’est une inconnue, qui était il y a peu étudiante à la faculté de droit de Paris et à l’École libre de sciences politiques, et qui a été fonctionnaire au ministère des Colonies; en 1940 elle avait co signé chez Gallimard une plaquette colonialiste (L'Empire français) sous son nom de Marguerite Donnadieu .et sous pseudonyme elle écrit des romans de gare durant la guerre; elle tait alors ses nostalgies du Mékong et de la touffeur de la Cochinchine où elle est née, et se glisse, en cet hiver 1943, à 29 ans, dans le monde frileux et méfiant de la littérature, alors que Paris est occupé.Peinarde, la Marguerite Duras (qui change vite le nom de Donnadieu qu’elle déteste pour celui de la bourgade du Lot-et-Garonne où son père est né).Elle s’est trouvé un boulot au Cercle de la librairie, service d’attribution du papier, un truc instauré par décret de Vichy pour contrôler le papier destiné à l’édition, appliquer les « lois nouvelles », bref privilégier les choix de la Propagan-dastaffel.Elle n’est pas vraiment remarquée, alors, cette jeune fille du 5 de la rue Saint-Benoit, avec Les Impudents qui sort chez Plon après un refus de Gallimard (malgré que Raymond Queneau ait aimé ., dit-on).Ceux qui en parlent en 1943 évoquent une littérature de passions à la Mauriac ., oui, du narratif à ia Mauriac.On l’a vu dans certains bals au iTrocadéro, quand il y a déjà des Al-vflemands; elle ne sent peut-être pas {'horreur qu’elle exprimera 42 ans plus tard dans Lu Douleur.L’Occu-fcation, au début, c’est la débrouille, ; boulot stratégique, les gens Impor- tants à connaître, ses romans à elle (La vie tranquille en 1944; après tout Sartre n’est-il pas joué à la scène ’.'), et surtout cette assurance de devenir écrivain et de tourner le dos à la j>e tite vie bourgeoise; mais en juin 1944 ce sera l’arrestation par la Gestapo de Robert Antelme, cet anu rencontré à la fac, un Corse de trois ans plus jeune qu’elle, un amour, derniers plaisirs d’avant guerre quand ils s’étaient mariés en 39; il est mobilisé depuis 1940 et maintenant le voilà aux mains des Boches! La Duras va prendre parti.Elle était jusque là aucunement « politi-que », comme elle le sera tant plus tard (l’exclusion tempétueuse du PC en 50, le manifeste des 121 pour l’insoumission dans la guerre d’Algérie, l’appel des 343 « salopes » pour l’avortement, la Cause du peuple de Sar tre, etc ).En mai 1945, c’est François Mitterrand (alias Morland dans la Résistance) qui trouve Robert Antelme à Dachau au fond d’une baraque Mais entretemps, en 1942, Duras avait ren contré Dionys Mascolo, lecteur chez Gallimard qui allait la voir au Cercle de la librairie, passant chercher des imprimaturs; elle s’en est follement éprise.Au retour d’Antelme, elle tente et réussira la vie à trois.Elle aura un fils de Mascolo.Il faut attendre 1950, et la publication chez Gallimard (Queneau est enthousiaste) de Barrage contre le Pacifique, pour que la petite Donnadieu besogneuse entreprenne de devenir vraiment le début de Marguerite Duras, un écrivain qu’on va cesser dès lors de comparer à Mauriac, qu’on va un temps rapprocher des Américains au long souffle comme Hemingway ou Faulkner, mais qui, essentiellement, plante là, dans les pages de ce roman familial (son enfance en Cochinchine, le formidable personnage de sa mère luttant contre les eaux du Mékong pour sauver des bouts de terre à cultiver, le petit frère, etc.), les éléments de ce que l’on appellera plus tard « le roman fondateur », ce lot de la mémoire qu’elle va par la suite labourer, re tourner, dans une oeuvre exception nelle qui formera la géographie fan tasmée du souvenir d’une coloniale la quête métaphysique des secrets de la douleur de l’être humain.Une oeuvre essentielle Dans les années 50 et 60, on attendra la sortie du nouveau Duras avec impatience : Le marin de Gibraltar en 52, Les petits chevaux de Tarqui ma en 53, Le square en 55, Moderato Canlabile en 58, Dix heures et demie du soir en été en 60, Le ravissement de Loi V.Stein en 64, Le vice-consul en 65, etc., la gradation lancinante d’une écriture, d’un style, d’une musique, dira-t-on, d’une façon à nulle autre pareille de forcer une nuit.d’explorer au plus secret de l’être, d’entendre la plainte de l’âme.Alain Vircondelet, qui signe une biographie amoureuse de Duras (il ne s’en cache pas, il écrit en exergue « ce signe de ma violente fidélité »), entre dans l’oeuvre autant que dans la vie de Duras.Comment faire autrement ?Tout s’entremêle dans la Voir page 0-2 : Duras CLAUDE LÉVI-STRAUSS Final d’une symphonie du Nouveau monde HISTOIRE DE LYNX Claude Lévi-Strauss Plon, 1991, 272 pages CLAUDE LÉVI STRAUSS Marcel llénaff Les dossiers Belfond, 1991,435 pages Heinz Weinmann Claude Lévi-Strauss CLAUDE LÉVI-STRAUSS est un mythe vivant.Grand instigateur d’une percée décisive ouverte par la hnguistique dans tous les champs des sciences humaines (psychanalyse, littérature, philosophie), il est aujourd’hui, depuis le décès des Lacan et des Barthes, le dernier survivant illustre de l’hégémonie linguistique d’après-guerre.Octogénaire, il poursuit imperturbablement une oeuvre qui a marqué en profondeur, comme celle de Freud, nos modes de pensées, devenue, lors de la rage structuraliste des années 50-60, la pensée à la mode.Oeuvre qui a été inaugurée, dès 1947, par les Structures élémentaires de la parenté, matrice génitrice de tous les travaux ultérieurs.Notamment de la tétralogie des Mythologiques — Le cru et le cuit, Du miel aux cendres.L’origine des manières de table, L'homme nu —, qui ont la prétention d’être dans le domaine de la mythologie ce que la tétralogie wagnérienne a été dans celui de la musique : une oeuvre totale.On se rappelle que l’« ouverture » des Mythologiques, Le cru et le cuit, est construite comme une oeuvre musicale puisque, selon Lévi-Strauss, musique et mythologie se trouvent sur un même axe signifiant.Après une première enquête sur le terrain chez les Bororos au Brésil, qui constitueront son « mythe de ré- | férence », Lévi-Strauss entreprend un classement des grands mythes j amérindiens des deux Amériques tout en montrant sa prédilection : pour ceux de la côte pacifique de la Colombie britannique.S’élabore 1 ainsi à travers les mythes amérin diens, une grandiose « symphonie du Nouveau monde », grand choeur de centaines de tribus disparues pour la plupart aujourd’hui.Classement qui révolutionnera radicalement toutes les conceptions courantes du mythe.Rejetant tour à tour les approches sociologiques, causalistes, diffusionnistes des mythes, Lévi-Strauss, sans jamais renoncer aux données du réel et de l’observation, voit dans le mythe un vaste système logique, plus régi par des contraintes internes (contradictions, inversions, etc.) d’un mythe à un autre, que par une obédiance à des codes sociaux, religieux, linguistiques « extérieurs ».Comme il le note avec force dans Anthropologie structurale deux (1973) ; « La relation du mythe avec le donné est certaine, mais* pas sous la forme d’une représentation.Elle est de nature dialectique, et les institutions décrites dans les mythes peuvent être inverses des institutions réelles».Au fond, la pensée mythique est une « prise de conscience de certaines oppositions et tend à leur médiation progressive ».On ne saurait imaginer meilleure introduction à la pensée de Claude Lévi-Strauss que le livre de Marcel llénaff.Philosophe et ethnologue comme lui, il est bien à même de comprendre l’oeuvre d’un philosophe «dévoyé» vers la «pensée sau vage ».Excellente introduction également à la lecture du dernier-né de Lévi-Strauss, Histoire de lynx.Car sans la connaissance préalable des Mythologiques dans lesquelles Histoire de lynx plonge ses racines, ce dernier livre reste en l’air, tourne à vide.Dans Histoire de lynx, Lévi-Strauss reprend quelques thèmes de sa grande « symphonie américaine ».Il ne veut pas qu’elle se termine en « symphonie inachévée ».Il y pose le problème fondamental des « organisations dualistes » apparues dès les Structures élémentaires de la parenté, définies comme un « système dans lequel les membres de la communauté-tribu ou village sont répartis en deux divisions, qui entretiennent des relations complexes allant de l’hostilité déclarée à une intimité étroite ».Ayant soupçonné depuis longtemps, sans grandes preuves, que cette « organisation dualiste » débordait largement le cadre géographique de l’Amérique du Sud, Lévi-Strauss crie aujourd’hui son « Eurêka » pour avoir trouvé son pendant dans l’« Histoire de lynx», « histoire de brouillard » et « histoire de vent » suivant l’habitat des tribus près de la côte pacifique ou sur les pentes des Rocheuses.Lévi-Strauss vient de résoudre un casse-tête qui le hantait depuis 1944.Tout est bien qui finit bien.Le « brouillard » dans lequel est plongé le lecteur au milieu du grouillement des dizaines de mythes et de noms de tribus exotiques, se lève progressivement vers la fin du livre, Voir page D-4 : Lévi-Strauss Tout Vigneault Odile Tremblay IL Y A EU l’ère des poètes, des grands musiciens Mais cette fin de siècle a été illuminée par les auteurs-compositeurs-interprètes.C’est par eux que nous avons appris à vibrer, à appréhender le beau, à découvrir l’amour, la poé sie » Jean Paul Sermonte est profondément épris de chanson française.Ou plutôt de langue française, puis-! qu’il vient de publier un ouvrage sur Gilles Vigneault L’écrivain d’origine corse n’en est d’ailleurs pas à une biographie près car on lui doit un li vre sur Félix Leclerc, un autre sur Georges Brassens, lequel a fait grand In uit « ("est remarquable et étrange, dit-il, songeur Sur les trois; grands poètes de génie dont j’ai eu envie de creuser le profil, deux sont, Québécois ».Jean-Paul Sermonte aime notre esprit et nos climats.« Si je n'étais-pas Corse, je voudrais être Québécois », me dit-il, tant l'écrivain trouve nos compatriotes « natures », « pas fi-; gés » Il faut dire que les paroliers de chez nous lui parlent une langue qu'il juge immortelle, universelle.En ar-jtentant les couloirs du Salon du livre, le week-end dernier, il se sentait re-monter à la source même de leur inspiration.Ça prenait bien un Français pour nous servir une grande biographie de Gilles Vigneault L’ouvrage, publié aux éditions du Rocher, s’intitule Le poêle qui danse.Ce beau grand livre, illustré de 250 photos, retrace en images et en mots la carrière du poète, interroge les amis, les admirateurs : Guy Béart, Bernard Clavel, Hubert Reeves, Pierre Morency, va même jusqu'à tracer le profil psycho-astrologique du barde, son étude graphologique aux côtés de la discographie, de la biographie Bref, Vigneault sous toutes coutures, étoiles, vents, marées et parlures à travers les cieux et les âges.« J’ai cherché à rendre les facettes du personnage, dit-il ; raconter l'écrivain en lui, notamment, car en France on ignore souvent quel magnifique auteur de contes il est ».Le poète qui danse est un ouvrage avant lout visuel.250 photos ayant commandé une longue quête de l’image inédite menant jusqu’à Birgit, une Suédoise folle du Québec au point de s'être installée à Natashquan en tirant de magnifiques portraits du poète, aujourd'hui semés dans le li- Gilles Vigneault « L’enthousiasme, l'intégrité de Vigneault sont mes coups de coeur.Parce qu’il ne flatte pas les goûts primaires du public, mais exige qu’on s’élève à son niveau.Et le miracle a lieu.Il parle, il parle et l’auditoire n’éprouve qu’une envie : s’envoler à Natashquan avec lui.En France, personne ne comprend les paroles de La danse à Saint-Dilon ?Mais qui s’en soucie ?Avec ces mots, ce rythme ?» Le coup de foudre de Jean-Paul Sermonte pour la chanson ne date pas d’hier.A 11 ans, paralysé dans un hôpital corse par un rhumatisme articulaire aigu, il entend à la radio Le petit cheval de Brassens, plus tard Le p’tit bonheur de Félix Leclerc.Fit c’est la révélation, le choc poétique, son chemin de Damas en somme.« Les chanteurs ont tellement fait pour moi.C’est normal que je leur consacre quelques années de ma vie en retour », profère-t-il comme une évidence.À ses yeux, on reconnaît un grand poète au fait que ses oeuvres nous parlent encore, à la vingtième, la trentième écoute.Brassens disait : ‘on ne doit pas entrer dans les chansons comme dans un moulin’.Il Voir page D-4 : Vigneault 0«ni« ‘hèâ,,e DEUX BONHEURS DE LECTURE Jean-Robert Sansfaçon DERNIER THÉÂTRE Le roman le plus achevé de Jean-Robert Sansfaçon, lauréat du Prix Robert-Cliche 1986.Que se passe-t-il quand un homme désire une femme sans que celle-ci le sache et qu’en plus cet homme, d’une autre époque peut-être, cultive l’ambiguité comme la galanterie?Un roman attachant et pétillant comme un vin nouveau.193 pages — 16,95$ Serge Provencher LES MÉMOIRES DE NESTOR Qui peut se vanter de connaître la vie de ce très cher et discret Nestor, ce domestique au château de Moulinsart et fidèle compagnon de personnages désormais légendaires comme Tintin et le capitaine Haddock?C’est ce que nous raconte ici en primeur le brave Nestor, en nous dévoilant les dessous de certaines aventures, comme le voyage sur la lune ou les Cigares du pharaon.205 pages — 16,95$ PrOVencj,e Nestor de M^mo'>es Vlb éditeUT De'lA GRANDE LITTÉRATURE •D-2 ¦ Le Devoir, samedi 23 novembre 1991 # h'plaisir des ivres Ombres portées Robert LÉVESQUE Le A Bl< •SAMUKl, BKCKKTT traduit (le * l'anglais au français par quelqu’un d'autre que lui, c’est inhabituel, c'est embêtant.Quelque soit le travail d’Édith Fournier il y a là quelque chose de dérangeant.On ouvre Cap •pu pire, cette dernière pierre de ^’édifice littéraire du maître que • ’Jérome I.indon publie aux éditions àle Minuit, et un agacement qui ne cessera pas commence dès la •cinquième courte phrase : «Jusqu'à plus mèche encore ».Jusqu'à plus» mèche » ?Beckett aurait il choisi ce mot-là en français ?Embêtantes questions : était ce le wickde la lampe, le luck des cheveux, le lush de fouet, le fuse d’explosif 7 On traverse les fit) pages, jusqu’à la dernière phrase : « Soit dit plus mèche encore».Zut! Bien sûr, l’entreprise Beckett fonctionne, le ton s’insinue à la lecture.I.'agacement tassé sous le coude, on entre dans cette incantation syncopée comme on entrait dans 1 lui vu mul dit, dans Soubresauts, comme on entra jadis dans L'Innommable, dans Le dépeupleur Mais l’agacement persiste, malgré le portrait spectral que Beckett brosse de deux personnages, un vieil homme et un enfant, à peine aperçus de dos, dans Charles Juliet une pénombre inobscurcie, debout tous les deux, légèrement pliés; mais la traduction cause malaise, celui de la présence d'une autre personne entre Beckett et nous, l’ombre portée d’un étranger glissé entre la vision de Beckett et nous tentant d’en imaginer la splendeur sombre.?Charles Juliet est un écrivain sceptique et solitaire, comme Beckett dont l’influence l’a un temps écrasé.Il aime aussi les peintres qu’aimait Beckett, comme Bram van Velde, Soulages, Giacometti.Il a écrit ses insomnies, ses promenades, ses angoisses; tout son état dépressif a passé dans un journal miroir publié chez Hachette, insoutenable catalogue d’un mal de vivre.Et puis Charles J uliet, qui était un pupille de l’État comme Jean Genet, a secoué un jour sa morose, et il s’est rappelé les éclairs durs et beaux de son adolescence d’orphelin dans une école militaire, tout juste après la guerre dans un ancien chateau fortifié du côté d’Aix-en-Provence.Il a écrit tout le souvenir d’une année, commencée dans la solitude et le harcèlement, la peur, et terminée dans l’ouverture au monde, l’amitié d’un « chef », l’amour d’une femme, la tendresse d’un copain, la compréhension de l'absurdité des guerres.L'Année de l’éveil, publié chez P O U.et repris dans la collection « J’ai lu », m’a accompagné cet été.Je Usais sous les étoiles, sur le pont du bateau Nice-Ajaccio, cet exceptionnel récit d’enfance, ce subtil journal du gamin qui s’ennuie de sa vache et confie ses incréduütés à son cahier, ses incertitudes, son espoir de devenir boxeur, sa crainte que Dieu n’existe, sa peur d’aller au front dans cette Indochine d’où reviennent des ainés morts.Deuxième zut, cette semaine! L'Année de l'éveil est maintenant au cinéma, signé Gérard Corbiau.Je me précipite.Comme pour la lecture du Beckett anglais traduit par Édith Fournier, la même désagréable sensation qu’un tiers fait de l'ombre sur l'oeuvre.Qu’il y a quelqu’un qui s’interpose, qui décide, qui va jusqu’à tuer parfois.Ce que l’on voit de ii 7 LA VIE LU TË Serge Truffaut ANCIEN directeur associé du _ Conseil des arts du Canada.Nairn Kattan a accepté le )K).ste d'écrivain résident à l’Université du Québec à Montréal.Il entrera en fonction en janvier prochain.Au sein du Conseil des arts, M.Kattan a assumé le poste | de chef du Service des lettres et de l’édition pendant 2.1 ans avant d’accéder au siège de directeur associé Ainsi que l'indique sa feuille de route, M.Kattan, né en 1928 à Bagdad, en Irak, a étudié « le droit à l'Université de Bagdad et ensuite la littérature à la Sorbonne, à Paris.En 1954, il émigre à Montréal et se plonge dans la vie intellectuelle et littéraire du Canada.Il a publié de nombreux essais, romans et nouvelles, notamment Le réel et le théâtral, recueil d’essais qui a remporté le Prix France-Canada en 1971.Adieu Rabylone et Les fruits arrachés ».Avant de rejoindre le Conseil des Arts du Canada en 1967, il fut rédacteur à la Commission Royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme et Nouveau 'Journal.Il a également été professeur à l’Université Uaval.C’est Jtené Bonenfant, fondateur des éditions du Noroît, qui a remplacé M iKattan au poste de chef du Service des lettres et de l’édition.Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Nairn Kattan Le corps du Grand Meaulnes « A-t-on retrouvé le Grand Meaulnes ?» Telle est la question que le quotidien Le Monde se posait cette semaine.En effet, selon ce journal il est possible que le corps de Alain Fournier ait été retrouvé dans les bois de Saint-Rémy, près de Commerey dans le département de la Meuse.D’après les informations du Monde, le lieutenant Fournier et ses hommes auraient été tués au combat et certains fusillés sur le-champ après une attaque contre des barncardiers allemands.À cet endroit, l’Association des amis d'Alain-Fournier a commandé des fouilles.Vingt-deux dépouilles ont été dégagées.De ces vingt-deux, sept ont été identifiées grâce aux numéros de plaques d’identification.Aucune d’entre elles n’appartient à Alain-Fournier, mais une dépouille, signale Le Monde, portant encore les insignes de lieutenant figure parmi les corps retrouvés.Un guide pour Noël Pour sa douzième année consécutive, l’Association des consommateurs du Québec propose un guide critique consacré à la littérature jeunesse.Des équipes de lecteurs regroupant des adultes aussi bien que des enfants ont lu 932 titres parmi les nouveautés francophones disponibles au Québec.Selon les informations communiquées, « dans chaque groupe d’âge et pour chacune des catégories de publications, elles se sont entendus sur les 300 meilleurs titres à recommander, ce sont eux qui sont en vedette dans la revue Livre 92.Cette revue est disponible au siège social de l’Association situé au 7383, rue de La Roche, Montréal, Québec.Tél : 278-5514.Dictionnaire du cinéma Les Éditions du Boréal et la Cinémathèque québécoise, en collaboration avec la Société générale des industries culturelles du Québec, invitent tous les intéressés au lancement de la nouvelle édition revue et augmentée du Dictionnaire du cinéma québécois écrit en collaboration par Michel Coulombe et Marcel Jean.Où et quand ?Le 25 novembre à compter de 17h au 335, boul.de Maisonneuve Est, Montréal.Hommage à Jean-Guy Pilon Demain à 14h, la librairie Gallimard proposera un hommage au poète Jean-Guy Pilon.Les participants sont Jean-Pierre Duquette, Jean-Éthier Blais, Jacques Folch-Ribas, Renée Iludon, Nairn Kattan, Réginald Martel, Gaston Miron et LA POÉSIE SE LIT À L’HEXAGONE vendredi 29 novembre de 18h à 20h LA REVUE ARCADE fête ses 10 ans avec le No.“L’Événement” en présence de Andrée Ferretti Danielle Fournier Simone Monet-ChartTand Hélène Fedneault Hélène Rioux Marie Savard France Théoret aussi LANCEMENT de LA DERNIÈRE FEMME CLAUDINE BERTRAND directrice de la revue Arcade aux Éditions du Noroît jeudi 5 décembre de 17h à 19h GERMAINE BEAULIEU VOIE LACTÉE RÉELLE DISTANCE Écrits des Forges 1120.ave.laurier ouest outremont, montréal tél.274-3669 newGow • «és* NELUGAN REVISITE Gérald Godin Une méditation sur le destin du poète, à partir de la lecture de quelques poèmes peu connus et de documents inédits, dont un portrait que Suzor-Côté a réalisé en présence de Nelligan en 1899 et montré ici pour la première fois en public.Le premier titre de la nouvelle collection « Lectures ».59 pages, 9,95 $ À L’ÉCOUTE DE L’ÉCOUMÈNE Gilles Hénault Un livre-événement qui colle aux questions et aux angoisses de notre temps et qui marque les cinquante ans de publication de Gilles Hénault en poésie.« Je ne prophétise pas, je crie ce qui est », lance le poète qui nous incite à reconquérir la parole et le sens de vivre en sept suites inédites remarquables.149 pages, 15,95 $ ft T Hexagone lieu dl»Ur»ctH d« l'édition littirolre québfeoiM » L'Année de l'éveil à l'écran n’est que le cinquième de l'effet Juliet, de la subtilité de la confidence, de la délicatesse du récit.Le cinéma tue souvent la littérature.Duras considérait que Peter Brook avait assassiné Moderato cuntabile.Tennessee Williams avait honte de tous les films adaptés de ses pièces.Volker Schlondorf a poignardé dans le dos le Swann de Proust.Chabrol ne sera jamais Flaubert, et il faudra sans doute (Duras l'a compris) que les écrivains écrivent leurs propres films.Ce qui manque dans L’Année de l'éveil à l'écran, ce n’est que l’essentiel, ce regard jeté sur le monde par un gamin inquiet, la finesse d'observation et l'immense subtilité de l’écrivain J uliet.Le jeune comédien est excellent, mais le scénario, le découpage, le montage, le texte gardé, tout cela fait massacre.On ne reproche pas tant à Gérard Corbiau (Le Maître de musique, un film plat) d’avoir trafiquer la fin, en imposant que le petit Charles retrouve la belle Italienne plus tard comme dans tout film d’amour courant, on lui reproche surtout d'avoir jeté de l’ombre lourde sur toute cette finesse.?Cap au pire, Samuel Beckett, Éditions de Minuit, 1991.L’année de l’éveil, Charles Juliet, J’ai lu, 1990.Jean-Guy Pilon Aa I \ Jean Royer.L'animation sera assurée Dar Claudette Lambert Place aux poètes Animatrice de Place aux poètes, Janou Saint-Denis a invité France Bonneau, Stéphane Camirand, Max Morin-Dubois et André Thériault à venir lire en public quelques-uns de leurs poèmes.C’est au 4040 boulevard Saint-Laurent, au coin de Duluth, le 27 novembre prochain à 21 heures.+ Duras nébuleuse durassienne.Celte vie première qui reviendra si fortement la hanter, l’enfance à Gia Dinh, l’adolescence à Saigon, à Vinh Long, dans la familiarité du Mékong, dans Undo blanche, le petit frère un peu diminué qu’elle aime tant, le grand frère voyou, la « belle colonie » qui pourrit de l’intérieur, la silhouette de la femme d'un nouvel administrateur général (qui deviendra dans l’oeuvre Anne-Marie Stretter), le souvenir de la tiédeur du sexe d’un jeune Vietnamien, le Chinois qu’elle rencontra un jour sur un bac qui traversait le Mékong, les routes longues et épuisantes des voyages d'été en Chine, un ouvrier qui tombe d’une échelle, une partie de tennis, une mendiante qui rôde, des scènes banales, mais fondatrices, que Duras l’écrivain va explorer et exploiter en plus d’une soixantaine d’ouvrages, au roman, au théâtre, au cinéma où elle va peaufiner la notion de « cinéma d'écrivain ».Dans la maturité de l’écriture, dès le milieu des années 50, Marguerite Duras va entreprendre de fouiller N’ATTENDEZ PAS DE LE LIRE DANS LES JOURNAUX ¦MENTEZ VOS CONTRE L'ENNEMI ., ' NUMÉR01 DÈS AUJOURD’HUI! 1I aucanaoa DE TOUT COEUR 440.boul Henô Lévusque ouost Bureau 1400 Montréal, Québec H2Z 1V7 (514) 871 1551.1 800 361 7650 Fax (514) 871 1464 GROSSER LE CRIME ET IA MEMOIRE < lumps «S» H.immai ion LE CRIME ET LA MÉMOIRE Alfred Grosser Champs/Flammarion, 268 pages Cela fait 40 ans maintenant que Alfred Grosser écrivit son premier ouvrage sur l'Allemagne.Ce pays, Grosser en connaît tous les coins, tous les mérites, toutes les qualités, mais également toutes les erreurs et le crime des crimes.S’appuyant sur sa connaissance de l’antisémitisme allemand, sur ses rouages et ses conséquences, Grosser s’est mis à étudier les autres crimes du siècle, ceux de Staline, par exemple, pour analyser les uns par rapport aux autres.Pour comparer les uns avec les autres.Il est donc question de Auschwitz, mais également de l’Ukraine, du Cambodge, de l’Afrique et du Vietnam.Dans son avant-propos, Grosser écrit : « l’objectivité n’existe pas.Surtout quand il s’agit de souffrance et de mort, de victimes et de coupables.Il faudrait être objet, simple mécanique intellectuelle, et non pas sujet, c’est-à-dire personne située dans le temps et l’espace, chargée de mémoire et d’aspirations».CHAIR MATHILDE Denis Robert B.Barrault éditeur, 259 pages Denis Robert tient la rubrique des affaires judiciaires à Libération, le quotidien des branchés.Alors il a fait un roman de fait divers pour branchés.Mathilde, l’héroine du livre, est accusée d’avoir tué Émile son amant et de l’avoir découper en morceaux.Le narrateur, le « je » qui voit tout, mène enquête.Mathilde devient pour lui une obsession, « une femme vampire».«Gustave Tavernier.ce petit homme au teint jaune cancer semblait attendre la mort dans une cabane de jardin, bâtie de ses mains à l’écart du village.Avant, il entreposait ses outils.Maintenant qu’il a plus d’outils, il y met ses meubles, une télé, un buffet, un vélo rouillé et ce qu'il appelle sa vieille carcasse».LA CHASSE Martin Walser Laffont, 221 pages Né en Allemagne en 1927, Martin Walser est considéré comme un des écrivains essentiels de ce pays.Proche, dit-on, de Kafka, Walser a écrit notamment Un cheval qui fuit et La maison des cygnes.Dans ces deux romans, l’un des personnages principaux s'appelait Gottlieb Zürn.Dans son dernier livre, soit La chasse, Zürn est de retour.« Agent immobilier quinquagénaire, Zürn vit au bord du lac de Constance.Il ne réussit pas très bien dans la profession et Gisela, sa femme, qui s’agace de ses maladresses, a pris l’affaire en main.L’été, le couple loue une partie de sa villa à des vacanciers.Zürn n’hésitera pas à leur rendre toutes sortes de services, même d’ordre sexuel.Ce qui ne semble pas déplaire à la très provocante Gisela dont le rêve est d'organiser une partie à trois ».Voilà.HISTOIRE DES AMÉRICAINS Daniel Boorstin Laffont, 1603 pages Entre le débarquement des passagers du Mayflower sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre et la fin de la deuxième guerre mondiale, l'historien Daniel Boorstin raconte tous les épisodes qui ont marqué l’Histoire des États-Unis comme il explore l’imaginaire et les mythes que les habitants du pays ont répandu dans le monde.Ancien élève de Harvard et d’Oxford, Boorstin a enseigné à Harvard, à l’université de Chicago, puis aux universités de Rome, de Kyoto, de Cambridge et à la Sorbonne où « il inaugura la chaire d'histoire américaine ».Il a été également directeur de la Bibliothèque du Congrès à Washington.limi Le Tumulte de mon sa LE TUMULTE DE MON SANG Stanley Péan Québec/Amérique, 175 pages Né à Port-au-Prince, Stanley Péan a passé sa jeunesse à Jonquière avant de s’installer à Québec.Avant Le tumulte de mon sang, Péan avait écrit deux receuils de nouvelles sous le signe du fantastique.Son roman explore cette veine.Celle de Poe à qui d’ailleurs ce livre est dédié « Entraîné malgré lui au manoir de l’ex-colonel Rodrigue Duché, oncle de son amante Madeline, le héros de cette histoire devient vite la proie de troublants hallucinations qui laissent présager une catastrophe imminente ».cela, cela qui est ce que Montaigne appelait au XVIe siècle « l’arrière-boutique », lieu d’obscurité où l’on va tirer vers la lumière de l’écriture cette matière intérieure, acquisitions qui nous appartiennent, enfouies, réveillées, obtenues de soi, dans l’intégralité du vécu amassé, entassé, oublié, réinventé, écrit.« La mémoire c’est l’oubli » selon Duras.On passe d’abord par l’oubli, immense, long, pour retrouver la liberté des images, dégagées de leurs dates, de leurs contingences réductrices.Rimbaud disait « Je est un autre ».Genet disait qu’il ne disait la vérité qu’en art.C’est le « mensonge » de Cocteau « qui dit la vérité».Marguerite Duras, un écrivain de la stature de Proust et de Genet, fouilleuse (l'âme, dit quant à elle : « ce qu’il y a dans les livres est plus véritable que l’auteur qui les écrit ».Pour elle, rien n’est plus faux qu'un alignement de faits dans lequel on cr oit déceler une cohérence.On comprend donc la difficulté de la tâche de Vireondelet au moment d’entreprendre une biographie de Duras.Il a réussi habilement, entrelaçant les faits connus aux faits écrits, traversant l’oeuvre autant que l’itinéraire, retrouvant ce « fond de sauce » du passé indoehinois qui a tant servi la littérature de Duras.On imagine mal une biographie classique de Duras, elle qui a trituré sa vie comme son oeuvre, revenant sans cesse vers un passé évanescent, pour entrer dans un futur antérieur hypothétique («au bord de la route une femme aurait attendu .») comme le font, les enfants qui jouent, détruisant le narratif.Une oeuvre que seul l’alcoolisme { et la cure ont un temps affaibli ou interrompu, mais qui toujours se re- \ nouvelle, se retourne sur elle même J sans jamais tourner en rond (jus- ; qu’au récent L’Amant de la Chine du nord qui est un retour sur L'Amant de 1984), une oeuvre détestée bien sûr puisque Duras est souveraine et marginale, mais particulièrement détestée par tous ceux qui restent en dehors de ce charme, qui l'appellent la Durasoir ou prétendent qu’elle écrit des conneries, ou qui comme Hervé Guibert, qui a compris ça, cet agacement et cette jalousie profonde qu’elle suscite, et qui met en scène dans Mon valet et moi un personnage d'écrivain qui le soir vg en limousine dans la banlieue près d’un entrepôt où l’on pilonne les invendus de Duras.Proche des Blanchol et des Bataille, la Duras, dont Claude Roy qui fréquentait la rue Saint-Benoit disait qu’elle partait en guerre avec « une brutalité de chèvre », sait qu’on écrit contre le langage.Qu’il faut désapprendre la littérature, et que ce.dé-sanprentissage devient la littérature meme; comme on ne devient poète que par haine de la poésie, et'que tous les enfants sont poètes sauf-Minou Drouet comme disait Cocteau,| L’oeuvre de Duras est la preuve, de cela.Et c’est en cela que Duras' est un écrivain majeur du 20e siècle.Elle est devenue écrivain, disait Pierre Mertens dans L'agent double (collection « le regard littéraires aux éditions Complexe), au prix de cette belligérance.TOUS LES LIVRES QUÉBÉCOIS 25% de rabais Huis les livres et tons les compacts: dividendes ou rabais 20% BERTRAND Place Ville-Marie.861-5808 3456 Saint-Dénis, 849-4533 Le Devoir, samedi 23 novembre 1991 ¦ D-3 le plaisir des Jean BASILE Lettres a québécoises CEUX qui ont fait les années soixante vieillissent et, tout naturellement, ils désirent marquer de leurs signes cet instant enjôleur du Québec qui coïncide avec leur jeunesse.Ainsi, quand la nouvelle génération d’historiens et d'historiens de la littérature prendra la barre, elle aura un foisonnement de textes captivants et sans doute plus vrais que les textes officiels.Gérard Étienne avait 24 ans quand il arriva d'Haïti.Il n’était pas le premier puisqu’il y avait un bar qui s’appelait Le Perchoir, d’Haïti justement.Quelques 30 ans plus tard et professeur d’université, il a décidé d’évoquer cette époque dans un roman, très autobiographique, La Pacotille.Pourquoi La Pacotille ?Ce n’est pas qu’il juge mal ses errements de jeunesse qui sont, selon ses termes, « une protestation aux ordres des maîtres du monde ».Mais enfin, on ne peut pas dire qu’il les estime à leur juste valeur.On se doute bien que Gérard Étienne est un « protestant du monde ».Toutes ces protestations qui furent les siennes lui apparaissent aujourd’hui comme un leurre, justement des perles de verre.On voudrait bien en rire, mais rire, le jeune héros d’Étienne ne le peut pas vraiment.C’est qu’il est hanté par sa jeunesse et son adolescence douloureuse à Haïti.Il a été battu et torturé et ce sont des souvenirs qui le hantent, moins pour la douleur en soi mais parce qu’on ne comprend jamais très bien pourquoi les êtres humains sont méchants.De plus, il est épileptique.Ici, l’épilepsie est une maladie désagréable mais ce n’est qu’une maladie.Pour Gérard Étienne ça devient « la Bête », car pour un Haïtien dont le mental traditionnel est fondé plus ou moins sur des pratiques pseudo-magiques du vaudou, la maladie est comme une invasion de l’inconnu où tout s’égare 111111»# .v vîSIk ¦¦ ' ETRANGERS! Marché aux puces par André Montambaul 291 p.18,95$ GÉRARD ÉTIENNE Pacotille des années soixante Gérard Étienne dans le heu des forces obscures et des malédictions imaginaires.La Pacotille est donc un roman binaire.Il y a le roman d’un jeune Haïtien, réfugié politique à Montréal, puis il y a le roman de l’épilepsie.Naturellement, le romancier ne devrait pas écrire des choses comme « la brûlante question » mais entre le témoignage direct et le style, Gérard Étienne a choisi la première solution.Témoigner, le jeune héros ne le peut pas non plus vraiment.D’abord, il est très jeune et nouvel arrivant.Lui qui vient d’une île terrible et qui croit que Dorval est Cythère, il s’aperçoit que le Québec n’est pas si Cythère que ça, que ça barde un peu et que la révolution, tranquille ou pas, se joue en pantomime dans les petits cafés post-existentialistes où on parle de Sartre, de la décolonisation, de torture et, sur un mode plus léger, de la Nouvelle vague.Foin des goulags, la propagande marxiste joue à plein tandis que, dans le vert sombre des jungles, surgit le béret noir de Che Guevara, mitraillette aux dents.L'étoile rouge vaincra.J’oubliais le séparatisme.On se doute que le jeune héros sait où sont ses amis et le voilà qui tente de s’intégrer aux groupes radicaux qu'il rencontre.On y trouve naturellement des poètes qui, quand ils ne sont pas à leurs vers, en sirotent d’autres pour refaire le monde.Mais ça ne marche pas vraiment pour des questions de nature.Gérard Étienne est plus RIN que FLQ.C’est alors que Gérard Étienne, qui connaît la musique de la vraie douleur, de la vraie torture, et non pas comme ici mais un peu plus tard, la honte de l’arrestation, assez odieuse merci, pose une question intéressante.« Ce qui me frappe chez les poètes, c’est la difficulté de se démarquer des terroristes, même roman si les mots pour le dire cachent un fond religieux ».La faiblesse de ce roman tient justement dans le fait que Gérard Etienne, la question posée, l'écarte aussitôt (la Bête l’intéresse beaucoup plus).Il n’a pas osé, somme toute, comparé les tortures véritables de son héros, à celles prétendues de nos poètes.Suit alors, comme un hommage discret, une suite de noms qui ne se développe jamais en portraits.Ce n’est qu’un saupoudrage de bonnes intentions, un peu comme on se cite entre professeurs de cégep pour avoir l’impression qu’on existe.Et puis, les commentaires! Gérard Pelletier a des idées avant-gardiste, Claude Gauvreau est méprisant.Pierre Soulard qui est un « bouillant journaliste ».Le plus drôle, c’est Vallières.Le romancier le voit comme un leader, alors qu’il n’a jamais été qu’un frère des Écoles chrétiennes entravé dans les jupes de sa sexualité ambiguë et culpabilisée par je ne sais quel confessionnal délétère.Ce qui vaut pour les poètes québécois vaut pour les personnalités qui, alors, faisaient modèles dans le monde.Le romancier les cite parce qu'il les aime ou parce qu’il les hait.Pourquoi ?Cela restera malheureusement un autre mystère.Bien entendu, comme héros de roman, le jeune homme de Gérard Étienne a sa vérité psychologique mais Gérard Étienne est un romancier d’expérience et il n’aurait pas dû se laisser aller à ce qu’il faut bien appeler de la paresse.Une bonne partie de ce roman est gâchée par cette attitude désinvolte.Outre qu’on sent très bien la tentative de séduction.Du moins en retiendra t on que la peur de la police, de la déportation ou de la prison habitait ce jeune homme timide et solitaire.11 y a quand même des passages plus solides, quand le héros s’inscrit à l’université par exemple.Là, il compare les mouvements radicaux étudiants (c’était l'époque des syndicats en 68, quoique le romancier ne donne pas de date) avec sa propre expérience.Il s'agit de la fondation ou plutôt de la transmutation du Quartier latin en journal de combat, en ce qu’on appelait alors, naturellement en yankee, la Free Press.Le Quartier latin de cette période était une petite merveille.Ce roman n’est pas une réussite et son style, délavé à quelques exceptions près quand Gérard Étienne évoque ses souvenirs d’Haïti (quelques passages surprenant aussi sur les rapports fils-mère avec quelques poils de pubis et ailes de poule entre eux), est très décevant chez un écrivain généralement plus somptueux.Mais, les moments d’histoire ne sont pas forcément flamboyant.La Pacotille passera dans la petite histoire de la grisaille, de la tristesse et du dépaysement avec, en prime, le courage discret d’un jeune homme qui se cherche une place dans la vie, ailleurs et, plus encore, au dedans de sa propre anz°isse- ?La Pacotille, Gérard Étienne, l’Hexagone, 1991.IIISIOIKI S t Kl ! I I I N I I I \ Ml SI Mil IN N< >1 \ I I I I N ni II \N Hl KRI VIDAI LOGIQUES I .l it.HISTOIRES ( RUKI.LES ET LAMENTABLES nouvelles par Jean-Pierre Vidal 232 p.18.95$ ETRANGERS! L’INTEL- SOIGNE TA CHUTE Flora Balzano XYZ 1991, 126 pages Louis Cornellier DEPUIS quelques années, le roman occupe une position tellement enviable dans la hiérarchie des genres littéraires que plusieurs poètes, nouvellistes, essayistes et dramaturges en rêvent le jour comme la nuit.Chez certains, le délire atteint un point tel qu’ils en viennent à se croire romanciers et à l’affirmer pompeusement sur la couverture de ce qui n’est, en fait, que tentative.Ainsi, pendant que les néophytes se gargarisent de titres autoproclamés, les lecteurs floués rongent leur frein en criant scandale.Soigne ta chute de Flora Balzano n’est pas, à proprement parler, un mauvais livre.Plein d’un humour noir qui rappelle parfois les bons coups d’un Boris Vian ou d’un Pré- vert, il fait bellement grincer les dents de celui qui le tient : « Décidément elle fait exprès cette télé.Une profonde dépression s'abat sur toute la province et sur Montréal plus précisément.Plus précisément encore et elle va donner mon adresse».Toutefois, lui affubler le nom de « roman » équivaut à traiter le lecteur d'imbécile chronique, pour ne pas dire de valise.Combien de fois encore faudra-t-il répéter qu’un roman n’est pas une auberge espagnole à l’intérieur de laquelle il suffit de déverser des morceaux épars pour la remplir ?Peu importe la beauté du style et l’enthousiasme créatif qui animent un auteur, le genre romanesque se situe au-delà des bonnes intentions.L’honnêteté exige qu’on avise.Cela dit, je tiens toutefois à insister sur le fait que Soigne ta chute n’est pas dépourvu de bonheur de lecture.Les narratrices désabusées s’y succèdent à un rythme galopant et nous transportent dans l’univers troué des seringues avec lesquelles on s’injecte un rire jaune susceptible de faire vaciller les plus placides d’entre nous : « Je ne crie pas maman, ni rien.Je ne crie pas.Y a des trottoirs au milieu desquels ça ne sert à rien de crier.Vous avez beau chavirer en caressant la tête d’une poupée ivre, y a des trottoirs noirs comme le fond du fleuve et toutes les bouées sont crevées ».Enfant, adolescente ou adulte, les femmes qui s’y entrechoquent se cherchent toutes et, ce faisant, réussissent à nous perdre avec elles.Bourré de tics d’écriture et de farces plates (par exemple, cette perle : « Combien faut-il de psychiatres pour changer une ampoule ?Rien qu’un, mais il faut que l’ampoule veuille vraiment changer»), le livre de Flora Balzano est en fait une mosaïque de désespérées narcissiques, obligées de se pincer pour se convaincre de la véracité du néant qui s’offre à elles.Éternelles renfrognées (Jean Larose parle d’une « esthétique de la bouderie»), elles narguent le désastre de l’existence hu- N;iïin Knrran — • emeac Dictionnaire des littératures (4 volumes) Philippe Van Tieghem Quadndge/Presses Universitaire de France rég.45,95 rég.54,95 rég.19,95 rég.74,75 rég.24,95 EUSM ROBERT & COLLINS DICTIONNAIRE PETIT ROBERT Lan nsse mr.nrj":^ ’.«s Dictionnaire Le Petit Robert Dictionnaire Le Petit Robert 2 Dictionnaire Robert & Collins (nouvelle edition) Dictionnaire Harrap's Shorter Frvnch-K.nglish/Anglals'Fmnçais (nouvelle edition) MEMO Dictionnaire encyclopédique Le Petit Larousse illustré 1992 en couleurs Encyclopédie I rég.66,95 rég.79,95 reg.36,95 rég.39,95 rég.54,95 VjDf.P7-1 ART N O U V E A DO (¦orkta ils rt Réceptions Astérix la Rose et le Glaive R Goscinny A Uderzt Ed Albert Rene L'Art Nouveau Klaus Jiirgen Sembach Ed Taschen Buffets de Cocktails et Réceptions J C Godon Ed Dormonval L'Architecture du XXe Siècle Peter Gossel et Gabnelle Leulhàuser Ed Taschen Le Guide de l'Astronome James K Blum Fui Intrinsèque rég.29,95 22,95 rég.24,95 rég.22,95 rég.59,95 L'Univers Philosophique (Volume (linge par André Jacob) Encyclopédie philosophique universelle Presses Universitaires de France 2 tomes en 3 volumes mm rég.1011,00 M mm ÆM Irnmjm.mwA » y i I « % m m '¦ '•> V///.' JM, WmM 'mm.wm '/JyA' r\y Beaulieu Philippe Van Tieghem Dictionnaire des littératures Duneton HARRAP'S Frencb-English Anglais-Français SHORTER IW2 • EN CX H LEURS L’Architecture \ du XX* Siècle «met» ÉD.GALL1M/V mmm mm WWi DK rabais «ta wm.ééé Wüm WÊmmm.Wmm.HHHII (Tiamuigny 4380 SAINT-DENIS, MONTRÉAL, QC H2J 2L1 TÉL.: (514) 844-2587 ® mont-royal FAX: (514) 848-0169 SKIUSTIKIX JAPRISOT i it h mg iliinaiirlic • le liançaillr» | [fm ¦B Au coin du feu POUR FAIRE UNE LONGUE HISTOIRE COURTE Roger Lemelin et Victor-Lévy Beaulieu Stanké, 1991, 208 pages Louis Cornellier POUR FAIRE une longue histoire courte présente au lecteur, au-delà de son titre, une antithèse pour le moins surprenante.Kn effet, amalgamer sur la page couverture d’un livre-entretien les noms de Roger Lemelin et de Victor-Lévy Beaulieu relève d’une audace éditoriale qui ressemble presque à de l’aveuglement.La relative candeur du premier se situant à l’extrême opposé de la violence quasi barbare du second, ce livre semble destiné à faire entrer le tiers participant dans le ca-pharnaiim de la littérature québécoise où les dialogues de sourds sont monnaie courante.Que peuvent donc se raconter deux écrivains aussi éloignés l’un de l’autre ?Doit-on se préparer à une séance de cabotinage où chacun essaiera de tirer son épingle du jeu au détriment de son vis-à-vis ?Sur ce point, une clarification s’impose : beau joueur, VLB laisse toute la place à Lemelin qui sait s’en servir.Vif et alerte, le verbe de l’auteur de Les Plouffe donne vie aux banalités sur lesquelles il s’attarde.L’enfance et sa géographie, les avatars du journalisme, la politique et l’écriture, voilà autant de sujets susceptibles de mettre en branle la machine à paroles que s’avère être ici Roger Lemelin.Se conformant au principe du coq-à-l’âne qui caracté rise si bien les conversations confortables, cet entretien arrive à offrir un juste portrait du Québec (des années 40 à aujourd’hui) à celui qui concède à l’anecdote un pouvoir démystifiant.Ainsi, au détour d’une envolée où Lemelin essaie de cerner ce que certains ont appelé la méthode Duplessis, un mystère s’éclaire :
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