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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1991-06-22, Collections de BAnQ.

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Champisny • le plaisir des i vres 4380 ST-DENIS MONTREAL, QC H2J 2L1 (514) 844-2587 Montréal, samedi 22 juin 1991 LIRE L’ÉTÉ ¦y.**#** i>y: kîé*-' .'.ri, * * ¦* .< -ta SS 35 nu ~'/j Y*rs->.NOUS passons l’automne, l’hiver et le printemps à vous causer de littérature, et c’est très agréable merci.Mais l’été venu (depuis hier), et le « Plaisir des livres » remisé pour deux mois (c’est la dernière livraison que vous avez entre les mains), que faisons-nous ?Bien des choses .qui ne vous regardent pas ! Mais que lisons-nous, alors ?À nous tous, une impressionnante masse d’ouvrages en tous genres, de Ronsard à Jim Thompson; lectures non imposées (quoique la TPS nous énerve.), plaisirs, curiosités, bagages culturels, vraie détente, et si nous allions tous à la même plage le transport des bouquins évoquerait quelque troupe ambulante, bibliothèque de nomades, quelque cirque de lecture où les acrobates à la page auraient nom Sade, Flaubert, Joyce, mais aussi Ducharme, Làsnier, Lowry et Thomas Bernhard.Si vous lisez ce qui suit, au cas où nos projets de lecture se transformeraient en suggestions (ce qui est fort possible), vous verrez que les plumes du Plaisir des livres ne se trempent pas que dans la mer, Tété.Allons lire l’été ! — R.L.MONIQUE LARUE Les récits et nouvelles de Tchékhov, dans La Pléiade.J’aime dans Tchékhov le monde si proche de nous et, en même temps, radicalement autre.Cela permet de sentir, avant que nous n’ayons oublié, la différence, le cran que nous avons passé dans l’ordre des machines, de la falsification, de la complexification, et ce que cela a déjà modifié dans le regard humain.Céline : Mort à crédit.D'un chateau l'autre, etc.Parce que j’ai be soin de vérité littéraire.Pas une ligne, pas une virgule de Céline ne me laissent insensible.Rien n’a vieilli.Tout est encore parfaitement percutant.Gargantua et Pantagruel, pour préparer un cours et parce que j’aime sentir mes racines littéraires (si une telle chose existe).La correspondance de Louis-Joseph Papineau et de sa femme, pour vérifier quelques hypothèses romanesques à ma façon.La Bible, les Mille et une nuits, parce que je lis continuellement.Le Tiers Instruit, de Michel Serres, parce qu’il fait bien rester branchée.LISETTE MORIN Mes « lectures longues » de l’été, celles qui ne font pas partie des obligations du feuilleton hebdomadaire : L’Histoire des moeurs en deux vo lûmes parus dans La Pléiade.Très ambitieux comme projet.Je n’y arriverai sans doute pas mais au moins aurai-je pu essayer en corn mençant par « I,’Homme et son milieu naturel » et « L’histoire du mobilier », par Maurice Rheims.Sans oublier « L’Homme, l’objet et la chose » par jean Poirier, le grand ordonna teur de cette monumentale Histoire des moeurs.Réelles présences — Les arts du sens, de Georges Steiner chez Gallimard.Un penseur qui m’avait beaucoup impressionné lors de son passage à « Caractères ».En lisant en écrivant, de Julien Gracq, chez José Corti.Pas encore dans La Pléiade — mais ça viendra! — l’un des grands textes de l’écrivain français contemporain que j’admire le plus.CHISTIAN MISTRAL Le Lion de Joseph Kessel.Parce que l’enfance.Parce que l’espoir ténu d’y retourner l’espace d’une lecture.Parce que l’été, on doit lire comme la panthère noire « qui étire au soleil ses membres de meurtre et de velours.».Venus Erotica d’Anaïs Nin.Parce que, tant qu’à avoir chaud.Comment perdre son ventre sans effort de Jean Rinfret.Parce que l’exercice d’Anals pourrait, sait-on jamais, ne pas suffire.JEAN-FRANÇOIS CH ASSAY Pour retrouver les racines intellectuelles et culturelles de l’auteur (et en prévision d’une relecture d'Ulysse si le temps me le permet) : Dedalus de James Joyce, dans Folio.Parce que je suis fatigué d’avoir l’impression de l’avoir lu.alors que je ne l’ai jamais ouvert : Moby Dick d’Herman Melville, dans la traduction de Jean Giono au Livre de poche.Pour le plaisir d’une écriture unique et parce que je n’ai pas eu le temps a la sortie du livre : Extinction de Thomas Bernhard chez Gallimard.ROBERT LÉVESQUE Lorsque je me lèverai (trop) tôt, ou lorsque je me coucherai (pas assez) tard, la Correspondance choisie de Voltaire (parue au Livre de poche) pour le récit vif, la babiole cinglante, la réponse claire, la confidence bien tassée, bref la vie du siècle dit des Lumières où il n’y avait pas l’électricité et ce qui s’ensuivra ! Dans les avions ou les aérogares, le Traité de la ponctuation française de Jacques Drillon, paru chez Gallimard.Parce que ces vieux trucs du [joint, de la virgule, du point-virgule, des deux-points, des points de suspension, d’exclamation, d’interrogation, des tirets, des parenthèses, ont une histoire, une éthique, une esthétique, une politique ., etc.; ah dieu que la langue est jolie! Sur la plage ou le balcon, à la ter russe ou dans mon bain, les romans de Julien Gracq, un maître de l’éthos romanesque dont Un balcon en forêt, lu dans les années 60, m’avait stupéfié d’admiration.Et deux biographies, celle de Degas par Henri Loy-rette chez Fayard, et celle, parue en 1988, du marchand de tableaux Daniel-Henry Kahnweiler par Pierre Assouline, dans Folio.DIANE MONIQUE DAVIAU Ma caisse de livres allemands pour l’été vient d’arriver de Berlin.Mais s’il me reste du temps, j’aimerais lire Le Don des morts de Danièle Salle-nave (chez Gallimard).La plupart des livres de Sallenave m’ont touché et je crois que celui-ci, parce qu’elle y parle particulièrement du fait de lire, devrait m’intéresser encore plus.J’ai un autre projet de lecture pour l’été mais il pourrait bien occuper toute mon année.J’aimerais aborder l’oeuvre de Jacques Brault dont je n’ai à ma grande honte jamais rien lu.L’entretien qu’il accor-Voir page D-2 : Lectures FÉLIX GUATTARI La psychanalyse au risque du réel SOMMAIRE Francine Rordeleau LORSQU K Félix Guattari sort de France, ce n’est pas pour des tournées de promotion.Les livres du psychanalyste de 61 ans (il ne fait décidément pas son âge) ne se prêtent guère, du reste, au matraquage publicitaire.Félix Guattari est pourtant, dans certains milieux, une manière de star, On ne peut oublier qu’entre 1972 et (979 il lança, en collaboration avec Gilles Deleuze, des pavés qui devaient révolutionner notre conception,de la psychanalyse : c’était l’époque de l’Anti-Oedipe, de Rhizome, de Mille Plateaux.Un nouveau métalangage plus ou moins compréhensible était né, qui nous introduisait notamment au concept des « machines désirantes».Ce spécialiste de la déconstruction du,langage, qui invente des mots parce que le vocabulaire ordinaire ne peut rendre compte de certains niveaux de réalité, était à Québec la semaine dernière dans le cadre du festival Oralités/Polyphonix, une ac-tivilé au caractère presque confidentiel, organisée conjointement par le Centre de recherche en littérature québécoise (CRELIQ) de l’Université Laval et Le Lieu, Centre en art actuel.Guattari suit depuis le tout début l’olyphonix, qui en était cette année à sa 16e édition, qui se tient habituel-lement à Paris et dont on dira, pour simplifier, qu’il est un festival consacré à la poésie sonore et à la performance (voir autre article en page IM).Parce que, dit-il, « ces pratiques esthétiques se rapprochent de la remise en question de la psycha- La psychanalyse sortirait du symbolisme, de l’imaginaire, de ses « petits schémas comme le complexe d’Oe-dipe qui ne correspondent plus à grand-chose », et s’ouvrirait aux réalités des individus.Il est par exemple aberrant, soutient Guattari, que la psychanalyse continue d’ignorer les données économiques et politiques qui ont un impact sur les gens.« Je ne suis pas économiste et je ne peux pas proposer de solutions aux crises économiques.Je constate par contre que les gens n’ont plus d’instruments de défense, et je dois en tenir compte dans ma pratique.» Habité par un sentiment d’urgence, Félix Guattari a publié chez Galilée, en 1989, Les trois écologies, un petit ouvrage (73 pages) d’un exemplaire densité.Les problèmes environnementaux, y dit-il en substance, ne sont que la pointe de l’iceberg.Le mal est plus profond, et il concerne les façons de vivre et d’être en société.À l’écologie environnementale, Guattari associe donc l’écologie sociale et l’écologie mentale qui deviennent ainsi « une écosophie de caractère éthico-politique ».« L’idée est toujours la même : on ne pourra pas résoudre les problèmes environnementaux, les problèmes de la planète, si on ne change pas les esprits.Si on ne découvre pas d’autres façons d’être dans le monde, par un renouvellement de la psychanalyse, de la science, mais aussi "de l’habitat, du sport, etc., on ne sortira pas des crises dans lesquelles on s’enfonce.» Pour l’heure, nous sommes assez mal partis merci.« Nous sommes dans un brouillard total.Tout ce qu’on voit naître, c’est la montée des idéologies religieuses, des aspira-Voir page D-2 : Guattari La Rencontre de Delémont Est-il lourd, est-il léger ?Est-il réussi, est-il bâclé ?Lisette Morin, qui a lu Les Faux-fuyants, soupèse le dernier roman de Françoise Sagan.Page D-5 PHOTO FRANÇOIS BERGERON signifiant structuraliste.Mais, l’inconscient, ce sont aussi des composantes corporelles, économiques, architecturales.» Cette remise en question a fait | surgir le concept de schizo-analyse.\ Jean Royer revient de Delémont, dans le Jura suisse, où avait lieu la semaine dernière une Rencontre internationale des écrivains de la francophonie.Page D-ll Hugh Hazelton Il est professeur d’espagnol dans un cégep, étudiant en littérature comparée dans une université; il a fui les États-Unis comme plusieurs Draft Dodgers, et depuis, à Montréal, devenue selon lui un pôle d’attraction d’une littérature latino-québécoise, il explore les rapports entre les littératures québécoise, canadienne et latino-américaine.Page D-4 Le dernier Sagan nalyse que nous avons faite, Deleuze et moi.La psychanalyse a réduit l’inconscient a un type de langage, à un Félix Guattari Sou* le du Monsti Monique Panaccio SOUS LE SIGNE DU MONSTRE Ce récit psychanalytique ,,»!Çïtyr nous plonge dans l’univers fL trouble de la « maladie mentale », entre rêve et -réalité, dans une société intolérante où toute ^ déviance est jugée extr- MB* êmement dangereuse.’ 76 pages — 14,95 $ • POUR DES VACANCES PAS BÊTES! vlb éditeur LA PETITE MAISON DE LA GRANDE LITTÉRATURE 1).Kimm Tableaux D.Kimm TABLEAUX À mi-chemin entre le journal intime et le récit poétique; Tableaux raconte l’histoire personnelle, tourmentée, d’une jeune mère dans la trentaine.Comment être une « bonne mère » quand l’enfance a toujours tout à nous apprendre?94 pages — 14,95 $ D-2 ¦ Le Devoir, samedi 22 juin 1991 le plaisir des ivres 4 Lectures dait récemment à Jean Royer dans le Plaisir des livres m’a donné le goût de connaître enfin ce poète.GUY FERLAND Proust, Le côté de Germantes dans Folio.Pour la petite musique de Proust.Chaque été je poursuis ma recherche du temps perdu.Proust est indépassable pour la description de l’ambivalence des sentiments, et son écriture hypnotise.Don Quichotte, de Cervantes dans Folio.Combattre les moulins à vent, quelle belle image de nos vies! Cervantes inaugure la modernité du roman.La seconde partie du livre est particulièrement géniale lorsque Don Quichotte rencontre des gens qui ont lu la première partie de son histoire et lui demande de refaire ses exploits sans en être dupe.Plusieurs Simenon, dans les oeuvres complètes publiées par Libre Expression/Presses de la cité.J’avais pensé comme troisième choix à Musil, L'Homme sans qualités, à Blanchot, L’Entretien est fini, à Joyce, Finnegan’s Wake, à Diderot, Voltaire ou la Bible.J'ai opté pour mon plaisir immédiat.ODILE TREMBLAY Cet été, j’ai envie de mieux connaître certains écrivains à travers leurs biographies : celle de Federico Garcia Lorca par Ian Gibson chez Seg-hers, et celle de Marguerite Your-cenarpar Josyane Savigneau chez Gallimard.A mon programme aussi : Une poupée russe, un receuil de nouvelles d'AdoIfo Bloy Casares, chez Robert Laffont, parce qu’il était un grand ami de Jorge Luis Borges, un de mes auteurs favoris, et que je goûte l’étrangeté de la littérature argentine.JEAN BASILE Comme je lis beaucoup durant l’année, je me repose en regardant des livres d’images.En voici deux que je feuilleterai par les monts et les vaux, sans compter les vaches.Album (Aubier) : des dessins de Pierre Le Tan, dessinateur français des plus étranges si on aime les années 40 et le nostalgique Modiano.Les textes, minuscules et sophistiqués, sont aussi bons que les dessins.On y croise Yves Saint-Laurent ou Francis Bacon, Cocteau et Somerset Maugham.On se promène à Venise, Londres, New York.Le ton est snob mais avec une sensibilité et une grâce qui lui fait tout comprendre et tout aimer sauf le monde contemporain et son insatiable vulgarité à l’américaine.Le catalogue d’une exposition de Les chroniqueurs du Plaisir des Livres ont publié ¦ Jean-François Chassay, chroniqueur des lettres américaines, a publié un premier roman, Obsèques, chez Leméac.¦ Christian Mistral, chroniqueur des lettres russes et européennes, a publié un second roman, Vautour, aux éditions XYZ.¦ Lise Gauvin, chroniqueur des lettres francophones, a publié des nouvelles sous le titre de Fugitives, chez Boréal.¦ Yves Navarre, carnettiste, a publié un roman chez Leméac, Douce France, et un autre chez Flammarion, Ce sont amis que vent emporte.¦ Jocelyn Coulon, chroniqueur d'ouvrages politiques, a publié un volume sur les « grandeurs et misères du système militaire canadien» aux éditions du Jour, En première ligne.¦ Jean Royer, chroniqueur de poésie, a publié à l’Hexagone deux re-ceuils d'entretiens, l’un avec des romanciers, l’autre avec des poètes.¦ Dominique Demers, chroniqueur de littérature-jeunesse, a publié La bibliothèque des enfants, une bibliographie sélective des écrits pour l’enfance, aux éditions du Jour.¦ Marie Cardinal, qui tient ici des entretiens avec des créateurs ayant à se servir (ou servir) des textes sans être écrivain, a publié un roman chez G rasset, Comme si de rien n 'é-tait.photos de Paul Nadar — le fils de l’autre — dont le thème est Le Monde de Proust (éditions C N MHS, Paris).Ce catalogue est petit et se glisse dans son sac de voyage entre le Littré et la Grévisse.On y trouve les personnalités qui ont inspiré les personnages de La Recherche et qui sont, mutans mutandis, les habitants de la Ille République au temps de l’affaire Dreyfuss.Si on excepte le comte de Montesquiou, Raynaldo Hahn et Mme Morand, trois beautés, Dieu que ces gens étaient laids! À ma surprise, il y a une photo d’Alfred Agostinelli, chauffeur-secrétaire de Proust et inspirateur d’Albertine, avec son père et son jeune frère, tous plus affreux les uns que les autres.Indispensable pour les proustiens! À qui ressemblait monsieur de Char-lus ?Au général Marquis Gaston de Gaffilet, le massacreur de la Commune! CHRISTIAN ALLÈGRE Qu’elles me fassent rire, m’atten-drisssent et m’émerveillent.Voilà ce que j’exige de mes lectures cet été et en tout temps.C’est pourquoi j’ai choisi le tome III (1859-1868) de la Correspondance de Flaubert (à la Pléiade), car je suis sûr de ne pas m’ennuyer auprès de ce cher gros ours affectueux, truculent et vulgaire avec ses copains, anti-bourgeois à mort, d’une patience d’ange avec Mlle Leroyer de Chantepie, adorable avec George Sand, sublime avec Taine.Je découvre aussi un auteur méconnu du début du siècle, Léon Werth (1878-1955), dont la jeune éditrice Viviane Hamy réédite les délicieux Voyages avec ma pipe (1920), où il nous fait découvrir, avec humour et en flânant, la douceur poétique des villes de second ordre, la tendresse des animaux sans noblesse, et un roman, La maison blanche (1913), qui célèbre sans ostentation l’inexpugnable divinité du quotidien.Enfin je me suis laissé tenter par un voyage en Touraine, au temps où les rois de France l’habitaient, avec la superbe et définitive biographie du r—•’ par Miel phie du prince des poètes, Ronsard, " chel Simonin.André Major FRANCINE BORDELEAU D’abord Le jaguar et le tamanoir (chez Boréal), un essai de Bernard Arcand sur la pornographie.Si, à une certaine époque, on a abondamment disserté sur le phénomène, rares sont les anthropologues qui s'y sont risqué.Cette approche inusitée apporte peut-être des pistes et des réflexions nouvelles.Pour rester dans le même ordre d’idées, Les cent vingt journées de Sodomede Sade, qui vient d’être réédité dans La Pléiade.Sans doute le plus lourd et le plus horrible (ce qui veut dire pour moi le plus fascinant) des romans.Sade est une menace, et c'est pour cela même qu’il faut le lire.Enfin, pour l’exotisme et le merveilleux (et un peu de légèreté), Les .1 ventures de Sinbad le Terrien, un texte paru en 1986 chez Phébus.De ces aventures du double de Sinbad le Marin, certaines versions des Mille et une nuits nous ont livré quelques bribes éparses.Lancé sur la vieille Route de la Soie, Sinbad le Terrien poursuit la Chimère.Corto Maltese, le héros le plus romantique de toute la BD, en serait-il le frère spirituel ?HERVÉ GUAY Au haut de ma liste, il y a le théâtre de Tchékhov.Dans cette veine slave, j’en profiterai aussi pour pallier un manque qui mejjoursuit depuis longtemps : Les Ames mortes de Gogol.J’ai envie de parcourir la biographie de Marguerite Yourcenar par Josiane Savigneau.En littérature Pensons livres cet été italienne, un dictionnaire à mes côtés, je déchiffrerai les Piccoli equi-voci d’Antonio Tabucchi, ces nouvelles dont on m’a fait cadeau ce printemps et que je gardais pour les beaux jours.Ajoutons, côté québécois, le dernier Mistral.Et pourquoi pas un peu de poésie sur ma table de chevet : W.H.Auden, un poète américain, plus Mallarmé que Valéry.BERTRAND PIREL Triste nouvelle : cet été mon meilleur copain, travail oblige, ne m’accompagnera pas en vacances.Lourde tâche pour les livres qu’entre Montréal et Vancouver, tagada ta-gada, je glisserai dans mon sac à dos, tout près d’une cassette de Jean Le-loup, ils devront, les pauvres, remplacer l’irremplaçable.Bienvenus alors, l’esprit farceur, la désinvolture brillante, et l’intelligence fulgurante de Roger Nimier : Le hussard bleu (« Le bleu marine me va bien au teint.Les voyages for-ments la jeunesse, ma foi, je suis resté » — Folio), ou un receuil d’articles : Les écrivains sont-ils bêtes ( Rivages).Nimier le recours, le modèle, le héros.Ensuite, mais seulement ensuite, dans le sillage d’Ulysse, livre vénéré, Finnegan’s Wake de James Joyce,et la verve et l’imagination tant aimée dans IJévadé (Gallimard/Lacombe), de Réjean Ducharme, et que j’espère retrouver dans Les Enfantômes ou L’Avalée des avalés (Folio).JEAN ROYER Georges Perros, essai de Jean-Ma rieGibbal (l’Ion, 1991).Perros est, avec Camus et quelques poètes, un des écrivains qui me sont les plus chers.Véritable mystique de la littérature, poète ( Une vie ordinaire) et critique (Papiers collés), il n’a jamais triche.Son ami Gibbal va à la rencontre de l’homme et de l’oeuvre.L’Ombre jetée (deux tomes), poèmes de Rina Lasnier (critsdes Forges, 1987 et 1988).On n’en a jamais fini de celte oeuvre d’un des plus grands poètes de la langue française.Je veux relire cet été cette poésie qui sait renouveler mon rapport au langage(des sources)et au monde (habitable).Les deux royaumes, essai de Pierre Vadeboncoeur (l’Hexagone, 1978).S’il est un chef-d’oeuvre de la littérature de langue française, c’est bien ce livre de l'essayiste québécois, qu'un critique du journal le Monde a justement comparé à Valérv.Rencontres avec René Char, essai de Jean Pénard )José Corti, 1991).Le tombeau de Char ne pouvait mieux s’orner.Après les lectures savantes, voici des entretiens intimes avec l’homme et son oeuvre.L’auteur de ces Rencontres a fréquenté René Char de 1954 à 1987.Il nous livre les moments choisis d’une amitié littéraire exceptionnelle.Entretiens sur la poésie et la lit térature, essai de Jorge Luis Borges (Gallimard, 1990).La vivacité intellectuelle de Borges était remarquable.Je ne connais rien de plus stimulant que ses conversations et entretiens.qu’il dispensait généreusement.Aveugle, il rêvait tout haut de la littérature.SERGE TRUFFAUT De Jacques Sternberg, on va lire • LE MAITRE DE CHICHEN ITZA Vincent Chabot • SUR LE RIVAGE Lucy Maud Montgomery • COURTEPOINTE Marie Moser QUEBEC/AMERIQUE « LITTÉRATURE EN VACANCES» HISTOIRES DESERTEURS «Scs Histoires tic déserteurs, imperméables au temps qui passe, soutenues en outre par un style et des rebondissements qui gardent en baleine, continuent de procurer un rare bonheur de lecture.» Anne-Marie Voisard, le Soleil «Des histoires que I on vous suggère de redécouvrir cet etc, les pieds pendants au bout du quai.» Marie-Claude Fortin.Voir LENT DEHORS ¦UH piges •24,95$ FREUD, UNE VIE Peter Gay, Hachette, 899 pages.PROFESSEUR d’histoire à Yale, spécialiste du siècle des Lumières et de la naissance de la psychanalyse, le Britannique Peter Gay consacre à Sigmund Freud un ouvrage à la fois biographique et analytique qui redonne à Freud et à son oeuvre sa grande place dans l’histoire des idées.On y découvre Freud sous les traits d’un médecin viennois plutôt conventionnel, enraciné dans sa culture el tributaire des drames du siècle.Querelles, enjeux, concepts, théories, intuitions et remises en cause qui modifièrent notre idée de l’homme de manière irréversible.Un ouvrage majeur.AUTOUR DE PERRON Littérature, traduction, altérité Betty Bednarski, Éditions du Gref, Toronto.PUBLIÉ en français à Toronto (ce qui est rarissime), l’ouvrage de Betty Bednarski présente une suite de textes consacrés à l’acte de traduire et à l’oeuvre de Jacques Fer-ron.Traductrice, critique, professeur, Bednarski puise à ces expériences pour explorer les points de ren-conlre entre la traduction et autres formes de lectures.« Cette oeuvre-là n’a cessé de m’interpeller.Je l’ai lue et .je l’ai traduite en partie.Lire, traduire — étrange travail de circonscription au cours duquel j’ai découvert le jeu d’altérité auquel je participais», écrit l’auteur.Ce livre a reçu le prix Gabrielle-Roy 1990.BEUVE MÉRY PAROLES ÉCRITES Texte établi par Pierre-Henry Beuve-Méry, Grasset, 413 pages.LE FILS du célèbre fondateur du quotidien Le Monde a réuni dans cet ouvrage des textes, chroniques, in- terviews, que son père, Hubert Beuve-Méry, a publié dans les colonnes de son journal de l’avenue des Italiens.On y retrouve les textes sur la création du Monde, sur De Gaulle, sur Mai 68, sur la guerre froide, etc.On y trouve même la lettre de démis-, sion du H BM à ses journalistes.P$r contre, on n’y trouve pas les célèijjwÿ billets signés Sirius.LOUIS SCUTENAIRE ; ; Raoul Vaneigem fri* Poètes d’Aujourd’hui Seghers, 1991, 186 pages.IL ÉTAIT un peu oublié, le po$iç Louis Scutenaire, né en 1905 et'-aè-, cédé il y a quatre ans, en 1987.Befgg.ce très grand écrivain ne méritepys, cet oubli, et son entrée dang'lè grande collection des Poètes d’A'u-, jourd'hui chez Seghers est des plus méritées.Il a aimé et chanté'les.femmes, les oiseaux, les hôtels e( Vita lie, les tableaux de son compa-, triote René Magritte, et la vie.'Sort oeuvre se rassemble sous le tjïÿri Mes inscriptions.Histoires à mourir de vous publié chez Denoël.Faut-il se justifier ?Cet auteur est à la fiction d’aujourd’hui ce que Cioran est à la philo actuelle, un homme qui cultive la lucidité grinçante.De Robert Palmer, on va se taper Deep blues.A Musical and Cultural History of the Mississippi Delta aux éditions Penguin.Pourquoi ?Parce qu’on a beau « chroniqué » sur le sujet depuis plusieurs années, on n’en sait jamais assez.De James M.MacPherson, on va lire La Guerre de Sécession dans la collection Bouquins de Robert Laffont.De Edward Bunker on va lire Aucune bête féroce, un polar paru chez Rivages.Enfin, de William Tackeray on lira Le Livre des snobs, chez Flammarion, parce qu’on en est un, et qu’à cet égard on souhaite ardemment s’améliorer.ROBERT SALETTI En ce qui me concerne, l’été sera bref, mais je ne désespère pas de faire le ménage de ma table de chevet.Le dépoussiérage devrait commencer par Les écrits perdus, de Jim Thompson, dont le second tqbie vient de paraître.Parce que darfeïp paysage du polar américain, Thopip-son est le plus irrésistiblement libidinal et que même ses fonds de tinojr doivent sentir l’humour noir.,T-, Pour demeurer dans la même-ioL nalité expressive, je me propose de, parcourir L’Amérique de Mingus de.Didier Levallet et Denis-Constant, Martin.Parce que le jazz est le « edri-.linenl noir » de la musique occidentale (pour rendre littérale une Expression que Freud réservait & là sexualité féminine), et parce qùe Mingus en est un des explorateur!»’A cartographes les plus important^.-,'.Enfin, troisième arrêt continental, j’aimerais relire Au-dessous du ipl can, le roman de Malcolm Lowry qui a marqué mes premiers pas dans .la vie adulte.Parce qu’il s’agit d’un,roman tellurique qui se consomme comme un grand verre de mescal, noir comme si l’on se rinçait la dale à la terrasse d’une vieille cantine mexicaine en fixant le soleil de plopito.Pendant un bref été, le Québec cod', lera en flammes au milieu de fA.-.mérique.Guattari lions subjectives qui s’expriment de façon assez aberrante.» Aberration des sociétés, « qui n’ont jamais su quoi faire avec les enfants, les vieillards, les pauvres, les gens en général.Les institutions se désintéressent complètement de la vie réelle des gens ».Et aberration globale d’un monde qui laisse un continent entier, l’Afrique, devenir le cauchemar de l’humanité.« En 2025, dit Guattari, la population de l’Afrique, actuellement de 600 millions, aura quintuplé et atteindra trois milliards ! Les camps d’extermination nazis, c’est de la bande dessinée à côté de ce qui se prépare en Afrique, de cette misère sans nom.Et, le sida est un faux problème : l’espérance de vie y est tellement faible que sida ou pas.» De ce brouillard émergent toute- E NOUVEAU J AN f Boréal «le roman d’un homme à fans» (L’bxnress) où l’on retrouve ce style «intime et déroutant (|tii vous accroche le cœur et vous mène par le bout du nez» (Nuit blanche).«Son livre est un grand éclaboussement de tons, de talents divers, de techniques maîtrisées.Il épie, il renifle, il halète, bref, il est vivant.» (Le Point) lois des expériences intéressantes’ Des expériences de type miro, comme celles que Guattari obselvç actuellement en Amérique latine : par exemple, le Parti des travail,-’ leurs brésiliens, « original et intelligent », ou le renouvellement du syn) dicalisme au Chili.Quelques mifi-tanls, en rupture d’avec l’estabifeh-ment syndical, vont sur le terrai h, dans les quartiers et les bidonvilles! « De l’Asie aussi pourraient surgir de nouvelles pratiques sociales.C’est1 un continent très capitaliste et très cruel, mais les jeunes Japonais commencent à en avoir marre.» ^ Mais, la grande idée de F Al ix! Guattari, c’est ce qu’il appelle OURS'.vonuvn S £ O «Brazzaville Plage se «voit» presqu'autant qu'il se lit, (.) Boyd véritablement prend par nous la main, nous cultive et nous divertit.» Bertrand Pirel, Le Devoir D-4 ¦ Le Devoir, samedi 22 juin 1991 Q ; r-.ni ; T • le plaisir des iJlâ.ivres La poésie sonore, ou comment casser le mot pour entendre la voix PHOTO FRANÇOIS BERGERON Bernard lleidsieck, un des créateurs de la poésie sonore.Francine Bordeleau CRÉÉ dans les années 70 par le Français Jean-Jacques Lebel, le festival Polyphonix réunit chaque année au Centre Georges-Pompidou, à Paris, ces « poètes sonores » et ces performers persuadés, comme le disait Tristan Tzara, que « la pensée se fait par la bouche ».De passage à Québec pour la 16e édition de l’événement qui se déroule exceptionnellement ici cette année ( louée en soit « l’avant-garde » de la Vieille Capitale), Bernard lleidsieck, l’un des fondateurs du mouvement, m'expliquera l'histoire de la poésie sonore.Dans les années 50, tandis que le surréalisme et la littérature engagée produisaient leurs dernières flammèches, la poésie arrivait à une sorte de fin de cycle.Il s’est en même temps trouvé des gens comme lleidsieck qui ont découvert avec émerveillement la musique de Pierre Boulez et, par comparaison, ont constaté que « la poésie avait 50 ans de retard sur la musique ».Avec François Dufresne, Henri Chopin et Brian Gysin, Bernard lleidsieck veut « sortir le poème du papier pour réconcilier la poésie avec la société ».On commence à travailler avec le magnétophone, on fonde des revues comme Cinquième Saison et Ou qui s’internationalisent .Ce sont ensuite la musique électronique, puis les médias électroniques qui, en France, en Suède, aux États-U nis, font évoluer la poésie sonore.« La performance viendra plus tard, après que les artistes des arts plastiques en aient inscrit la tradition », récapitule le Hongrois Tibor Papp, qui fait partie de Polyphonix depuis 1985.Aujourd’hui, le mouvement (entre guillemets, puisque « ses éléments ne sont pas fixes et les pratiques sont hétérogènes », souligne Tibor Papp) s’interroge sur son présent et son avenir.Il faut dire que le Centre de recherche en littérature québécoise (CRELIQ) de l’Université Laval et Le Lieu, Centre en art actuel, n’ont pas trop donné le choix aux praticiens.En cette semaine du 12 au 16 juin, on a théorisé le jour, dans le cadre du colloque Oraiités organisé par le CRELIQ, sur ce qu’ont fait, le soir, les invités de Polyphonix.Arrière-garde ou avant-garde, on ne sait trop.Les John Giorno, le célèbre dormeur du film d’Andy Warhol dont les travaux actuels consis- tent à rapprocher la poésie des mass-médias, Serge Pey, qui écrit ses poèmes sur des bâtons de châtaignier et pour qui « l’oralité passe par les pieds », Steve McCaffery et autres Jean-Pierre Verheggen, sont suffisamment représentatifs pour montrer où en est rendu le mouvement.Des gens de Québec aussi — « le milieu de la poésie sonore est surtout concentré à Québec », dit Richard Martel, l’un des animateurs du Lieu —, Gilles Arteau, Pierre-André Arcand, Jean-Yves Fréchette, qui gravitent autour du Lieu et d’Obs-cure, témoignent que celte pratique alternative a également fait son chemin ici.Celle pratique alternative, il faut l’associer à une expérimentation, une expérimentation « impliquant le corps, dil lleidsieck.Et, s’il est difficile de donner une définition exacte de la poésie sonore, il faut voir dans cette pratique la volonté d’arracher le texte à la page pour le projeter dans l’espace ».Simple récital ou véritable performance, la poésie sonore joue, à des degrés divers, avec le corps, la technique, la déconstruction du langage.« ("est une logique du discontinu qui fait appel au plaisir esthétique plutôt qu'à la compréhension rationnelle », dit Roger Chamberland, du CRELIQ.Et, grâce aux vidéoclips, cette logique du discontinu est pour nous familière.« Dans la conception artistique traditionnelle, l’accent est mis sur l’oeuvre finie, sur les styles, les écoles.Ici, l’accent est mis sur l’acte créateur et sur l’instant.La poésie sonore exaspère la créativité dans ce qu’elle a de plus virulent », dit le psychanalyste Félix Guattari.Au Québec, la poésie sonore a trouvé, dans le médiéviste Paul Zumtor, sa caution intellectuelle et son plus ardent défenseur.« Survient un moment où il y a désir de forme Là, on entre dans l'art », avance-t-il.Mouvement rattaché à la moder nité, voire à la post-modernité, la poésie sonore semble toutefois avoir un avenir incertain.La semaine der mère, on s’interrogeait sur l’absepce symptomatique des moins de 30 ans Mais, Richard Martel sait où se trouve cet avenir : il passe par la diffusion télévisuelle.« La poésie sonore et la performance sont des formes esthétiques dont le support médiatique naturel est la télé.Mais; les médias électroniques sont incapables de jouer leur rôle », dit-il.HUGH HAZELTON Vers une littérature latino-québécoise Jean Royer MONTRÉAL est devenue le centre d’attraction d’une littérature latino-québécoise qui compte déjà plus de 40 écrivains venus d’Amérique latine.C’est Hugh llazelton qui me le confirme, lui qui vient de collaborer à la publication de deux anthologies, l’une en français, La Présence d'une autre Amérique (Éditions de la Naine Blanche), et l’autre en anglais, Companeros (Cormorant Books).llazelton, qui a fui Chicago et la conscription pour le Vietnam, a voyagé au Canada et s'est établi à Montréal il y a une douzaine d’années.Déjà, durant ses études à Yale University, il s’intéressait à la langue française, suivant l'exemple de sa mère.Aujourd’hui professeur d’espagnol dans un Cégep, il poursuit à l’Université de Sherbrooke des études supérieures en littératures comparées.Son obsession : explorer les rapports entre les littératures québécoise, canadienne et latino-américaines.Dans l'anthologie en français, La Présence d'une autre Amérique, il présente une quinzaine de poètes et prosateurs qui composent maintenant une littérature latino-québécoise.Jorge Cancino, Alfredo Laver-gne, Nelly Dasvis Vallejos, Yvonne América Truque ou Gilberto Flores Patino commencent d’être connus dans les milieux littéraires.Comme Pensons livres cet été avec • BRAZZAVILLE PLAGE William Boyd • LIBERTÉ POUR LES OURS! John Irving • FLEURS DE RUINE Patrick Modiano « LITTÉRATURE ER VACANCES » Pensons livres • DEUX SEMAINES EN SEPTEMBRE André Girard • LA CHINOISE BLONDE Paula Noyart cet été • FEUX DE BRINDILLES avec Ginette Paris HJCANCES LES ARBRES REMARQUABLES du jardin botanique de Montréal Marie-Fleurette Beaudion en collaboration avec Anne Charpentier plus de 160 photographies couleurs avec un itinéraire du jardin botanique 188 pages 16,95 $ Pablo Urbanyi, qui a publié chez VLB Éditeur, ils ont publié chez Boréal, chez Orphée ou ailleurs.Alvarado, pour sa part, dirige à Montréal la revue Sur, engagée politiquement, et Cancino anime la revue La Bolella Verde, de préoccupation exclusivement esthétique.« Il y a plus d’affinités entre la poésie québécoise et la poésie d’Amérique latine, me dit llazelton, qu’il y en a entre les poètes canadiens-an-glais et les poètes québécois.Au contraire, si l’on regarde la prose, les rapprochements sont nombreux à faire entre les romanciers cana-diens-anglais et les romanciers québécois ».Dans l’anthologie qu’il a réalisée en anglais avec Gary Geddes, Companeros, Hugh llazelton a réuni plus de 90 auteurs ayant écrit au sujet de l’Amérique latine.Canadiens, Québécois et Latino-Américains se côtoient dans la vision d’une autre Amérique.Poésie, fiction, témoignages illustrent l’existence d’une diaspora latino-américaine qui s’affirme en Amérique du Nord depuis trois décennies.Au Québec, tout a commencé avec les Haïtiens qui, à partir de 1964, se sont établis à Montréal.Puis, à la chute d’Allende en 1973,8 000 Chiliens ont émigré ici.Aujourd’hui, on compte au Québec plus de 80 000 latino-québécois de langues espagnole, brésilienne et française.Unis par la langue, espagnole ou française, ces nouveaux Québécois possèdent une grande cohérence culturelle, rappelle Hugh llazelton.Pour la plupart réfugiés politiques, ces immigrés sont progressistes et humanistes, ils ont choisi le Québec à cause de sa culture latine et se sont intégrés à notre société.Enfin, ils ap- partiennent à des cultures latino-américaines où la littérature a toujours eu une grande importance.Ce qui explique la vitalité de la nouvelle littérature latino-québécoise.Des noms ?Manuel Betanzos Santos, qui dirige la revue Boréal en anglais, en français et en espagnol.Les Haitiens Anthony Phelps, Serge Le-gagneur, Gérard Étienne, Roland Morisseau, Émile Ollivier.La cinéaste et romancière chilienne Ma-rilù Mallet.Alberto Kurapel, Jorge Fayardo, Pablo Urbanyi, Flores Patino, Hernan Barrias et Francisco Vinuela, qui ont tous publié au Québec.« Il ne faut pas oublier, ajoute Hugh llazelton, que depuis le début du 19e siècle et depuis leur indépendance, les pays latino-américains ne se sont pas tant rattachés à l’Espagne qu’à la France et à Paris comme centre culturel.Victor Hugo n’a pas seulement influencé Louis Fréchette au Québec, il a influencé beaucoup d’écrivains de l’Amérique latine.De même, le symbolisme a contribué à l’éclosion d’une littérature latino-américaine, comme à celle de Nelligan au Québec, par exemple ».Les affinités entre les poètes québécois et latino-américains, llazelton les reconnaît dès les années 1960, avec L'Afficheur hurle de Paul Chamberland et le courant de la poésie engagée politiquement où apparaîtront Michèle Lalonde, Patrice Desbiens et André Brochu, par exemple.Aujourd’hui, les affinités et les rapprochements se rejoignent dans la comparaison des histoires littéraires.Claude Beausoleil a fait paraître aux Écrits des Forges une Antho- TRIPTYQUE P.5670, SUCC.C.MONTRÉAL (QUÉBEC) H2X 3N4 TÉL.: (514) 524-5900 ou 525-5957 SS \ ÉSSAI Pierre Monette MACADAM TANGO 1 no 'ério d’émissions de radio consacrées a ce phénomène extraordinaire que constitue le tango, a la ïois rite et légende, dans notre uni-\erx social contemporain, here Mouette est un spécialiste du tango.Il laisse ici apparailre son érudition et surtout l’émotion de celui qui se passionne Ln livre de 2(H) pages illustré I8.95S ROBERT GIROUX PARCOURS Robert Giroux PARCOURS de l’imprimé à l’oralité 496 p.— 29,95 $ En vente chez votre libraire PHOTO JACQUES GRENIER Hugh llazelton logic de la poésie mexicaine et voici deux anthologies de Hugh llazelton qui unissent des écrivains du Québec et de l’Amérique latine.On peut dire qu’il existe maintenant une véritable littérature latino-québécoise.Éros russe LA BELLE DE MOSCOU Victor Erofeev Paris, Albin Michel 1990, 336 pages.Christian Mistral AVEZ-VOUS remarqué comme Egon Schiele est populaire depuis un bout de temps auprès des maquettistes de jaquettes de livres ?Je connais une bonne demi-douzaine de titres qui s’étalent en surplomb de l’une ou l’autre de ses toiles.C’est vrai qu’elles sont juteuses en diable, ses toiles, à Egon Schiele.Tellement que, dans certains pays, comme la Chine et Cincinnatti, c’est carrément interdit.Mais quoi, puisque c’est dangereux d’échanger des fluides, on peut toujours au moins se rincer l’oeil ! Sa Femme allongée à la une du roman de Vidor Erofeev nous donne un avant-goût de l’héroïne, Irina, femme totale, folle et fabuleusement saine d’esprit, sainte en devenir et putain généreuse, ses grands yeux pleins d’espoir en l’amour, aspirant à être Jeanne d’Arc, rien de moins, et bien plus.Prude capricieuse, femme de tête débauchée, Irina est toutes les femelles à la fois; il y a de la Joëlle dans son désir protéiforme, la Joëlle du film de Blier Merci la vie.La belle de Moscou est présenté comme un érotique soviétique, mais bon, c’est autre chose.L’auteur, né en 1947, « leader de la nouvelle génération d’écrivains de la perestroïka » (ils disent tous ça), a été censuré en URSS jusqu’en 1989.Pour une fois, on comprend pourquoi.En effet, le regard que posent les protagonistes sur le monde extérieur, comme à travers un prisme déformant, est substantiellement subversif.Comment en serait-il autrement ?La médiatisation planétaire permet à ces âmes en déroute de tout connaître des sulfureux fastes de l’ouest alors même qu’ils ne peuvent sortir de Moscou sans montrer patte bilm-che aux postes de contrôle.Qu’on n’aille pas cependant s’y tromper ; les Russes aiment leur terre, d’un amour douloureux certes, mais combien plus franc que le nôtre.Où est donc cet Occident dissolu dont on nous rebaltail les oreilles ?Ils Sont convenables à en mourir et, même quand ils ont l'impression de péchef, ils restent pondérés et précis comme un charcutier qui cou[x.‘ des tranchés de jambon.S’ils boivent de la vodka, c'est ù petites gorgées, et jamais plus de deux petits verres.Exquise et pauvre Irina, seule contre tous, persécutée pour quelques photos porno glacées.Les ténèbres russes lui lèchent les chevilles, s’agrippent à ses jambes faites au moule, cherchent a l’avaler tout entière.Elle en prend plein la gueule el revient à la charge, trompée à mort mais, de son propre aveu, elle a le cul plus fort que la tête, et puis ne faut il pas quelqu’un pour témoigner de la noirceur des hommes ?Irina gagne droit notre coeur parce qu’elle est épouvantable de vérité.Quand le lecteur voudrait aider l’héroïne à se débattre dans l’épaisseur de son drame, c’est que c’est ga gné.Irina opprimée, c’est la Vie qu’on opprime.Du reste, elle ne s’en laisse.pas conter.Mal embouchée, elle parle pur.Et rêve d’un bon mari, mais pas n’importe qui : D’après mon expérience, les écrivains ne valent pas grand-chose, encore moins en tant qu'hommes et, malgré leur physique imposant et leurs vestes de cuir, ils sont trop agités, pratiquent l’excitation rapide et jouissent tout de suite.Pas question d'en é[X>user un ! Et vlan.rcichor Ti-cul Desbiens ou le chemin d s Grèves 300 pagos/19,95$ TI-CUL DESBIENS de Pierre Desrochers • Un été ’59 particulier pour Ti-cul Desbiens et sa bande.Un été aux Grèves, à Contrecoeur.ÉDITIONS PIERRE TISSEYRE Le Devoir, samedi 22 juin 1991 ¦ D-5 • le plaisir des ivres La soutenable légèreté de l’être Lisette .MORIN A e feuiile*on LES FAUX FUYANTS Françoise Sagan Paris, 1991, Julliard, 2$ pages.KN DONNANT à Jérôme Garcin, pour son Dictionnaire (chez François Bourin, 1988), la plus courte nlàlè en même temps la plus humoristique des 250 notices nécrologiques rassemblées dans ce drôle de bouquin, Françoise Sagan ràpnelait qu’elle « fit son apparition en 1954, avec un mince roman, Bonjour tristesse, qui fut un scandale mondial; que sa disparition, après une vie et une oeuvre également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même ».Point final.Or, n’en déplaise à la principale intéressée, cette oeuvre, dont le vingt-huitième avatar (au sens d'incarnation et non pas d’événement fâcheux comme on le comprend abusivement.) vient de nous parvenir, est sans doute agréable, quelquefois même très àgréable, mais sûrement pas bâclée.Depuis qu’on peut voir et entendre, Souvent en prêtant bien l’oreille.Madame Sagan sur les différentes chaînes de télévision, on est sans doute sensible au petit rire léger, d’aucuns disent nerveux, qui lui permet d’échapper aux grincheux, aux habituels pisse-vinaigre qui lui reprochent, justement, sa légèreté, (’’est encore une fois l’occasion de citer Alain, ce philosophe qu’on redécouvre cette année, Alain qui affirmait « que la frivolité est un état violent ».Les personnages saganesques sont, très souvent et meme presque toujours, sous des dehors anodins, victimes de cette violence.ie de Diane, une quinquagénaire qui a beaucoup vécu, de Luce, beaucoup plus jeune et déjà bien lancée dans la galanterie, de son amant Bruno, ultra-sensible aux rayons du soleil, et finalement de Loïc, la cinquantaine également et hqmosexuel, Sagan s’est visiblement gondolée.Il faut voir comment, avec une rare compétence ( ! ), de quoi conclure qu’elle a bien connu, en sa prime jeunesse, la vie villageoise sinon paysanne (n’oublions pas que Françoise, née Quoirez, a vu le jour à Carjac, dans le Lot), l’auteur décrit les hôtes qui ont recueilli les Parisiens : Arlette, surnommée le Memling à cause de ses traits accusés, le fiLs Maurice qui cjeviendra dare-dare l’amant fruste mais fort goûté de la belle Luce et même l’idiot du village.Une prose comme à l’ordinaire redoutablement efficace, avec ce must, pour parler comme la pub de Cartier, d’une ironie qui n’a jamais été plus jubilatoire.Contrairement à l’Autrichien Peter Handke, expert en fatigue Chronique, que Les Faux-Fuyants n’ont pas fait rire, je me suis bidonnée constamment dans ce dernier roman de Sagan qui renferme malgré le sujet hilarant quelques passages émouvants.Ainsi, apïès la mort du chauffeur Jean, tué par'la mitrailleuse d’un pilote de S'tiika, on voit Luce, sincèrement é’miie : « Elle s’agenouillait près du Cadavre avec cette aisance que gardent les femmes devant les blessés et les morts, au contraire des hommes qui, comme Loïc, s’en écartent instinctivement ».Toujours aussi bien informée sur la
de

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