Le courrier du livre, 1 avril 1899, Avril
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LE COURRIER DU LIVRE 405 James Wilkinson aussi était un type qu’il nous faut connaître.Né au Maryland, en 1757, il étudiât la médecine lorsque la guerre de l’indépendance éclata.En 1775 il s’enrôla ; au mois de mars suivant, il passait capitaine, se trouvant alors au siège de Québec, sous Arnold.Ensuite, il alla au New-Jersey, près du général Washington.Elevé au rang de lieutenant-colonel en janvier 1777, il accepta, un peu plus tard, le poste d’aide de camp du général Horatio Gates, à l’armée du nord, fut présent à la défaite de Burgoyne, à Saratoga, l’automne de 1777, et reçut ordre de porter cette bonne nouvelle au Congrès siégeant à Philadelphie, mais, par une étourderie inqualifiable, il s’amusa en route, de sorte qu’il arriva trop tard—et le Congrès lui vota unanimement un fouet de cavalier avec une paire d’éperons, pour stimuler son allure.Nous verrons bientôt que, trente-six ans plus tard, il était encore assez lent à se mouvoir.Vers 1778-70, Gates étant devenu président du bureau de la guerre, Wilkinson le suivit en qualité de secrétaire, mais des intrigues, des cabales s’étant produites dans ce milieu contre le général Washington, il fallut se séparer, et Wilkinson accepta la charge d’inpecteur général des habillements de l’armée.Après la guerre, il tenta d’entrer dans le commerce au Kentucky, n’aboutit à rien, retourna au service militaire et on le Rencontre comme l’un des deux commissaires qui reçurent, au.nom des Etats-Unis, le territoire de la Louisiane vendu par la France (1803).Il fut mis commandant du “département du sud,” avec résidence à la Nouvelle-Orléans.Lorsque Burr entreprit d’envahir le Mexique, il l’encouragea, puis se tourna contre lui, de sorte que les historiens l’ont stigmatisé pour ce fait qui laisse comme une tache sur sa vie.Il était donc envoyé à la frontière du nord, l’été de 1813.Au commencement d’août il arrivait à Albany et de làexpé- 406 LE COURRIER DU LIVRE diait ses instructions à Hampton, qui se croyait libre dans le commandement de son corps d’armée et qui tempêta sur tous les tons pour recouvrer son indépendance.A la fin, Hampton envoya sa démission.Nouvel obstacle au plan du général Armstrong.Celui-ci parvint à dissuader le récalcitrant et lui fit promettre d’attendre au mois de décembre.Wilkinson se rendit à Sackett’s Harbour, y trouva 7,400 hommes de troupes qui pouvaient être augmentés jusqu’à neuf mille, et qui atteignirent dix mille au moment de l’action.Il donna ordre de préparer une fausse attaque contre Kingston, afin d’en profiter pour masquer sa marche sur le fleuve afin de descendre jusqu’à l’île Perrot, où il devait rencontrer Hampton.Tout à coup, le général Armstrong, ministre de la guerre, transporte son bureau de Washington à Sackett’s Harbour, disant qu’il veut suivre les opérations de plus près.Wilkinson se fâche, tombe malade, perd tout espoir ; les choses s’embrouillent ; plus de direction, rien qui avance ; on le calme cependant, mais “ cette déplorable campagne nous fait penser au monstre à trois têtes, lesquelles se mordaient et jappaient l’une contre l’autre (Armstrong, Wilkinson et Hampton) avec une furie qui leur devint fatale, et à la honte de nos nationaux ”, selon que s’exprime un auteur américain.III MARCHE DE HAMPTON DU 20 AU 30 SEPTEMBRE 1813 HAMPTON se décida le premier à agir.Il était campé non loin de Plattsburgh sur le lac Champlain.Le 20 septembre 1813, il franchit la frontière avec 4053 réguliers, LE COURRIER DU LIVRE 1500 miliciens et 10 canons., Ses hommes étaient équipés soigneusement, sauf les habits d’hiver qui manquaient.Son avant-garde surprit, à Odelltown, un piquet des nôtres qui fut enlevé.Ainsi commença la campagne.De là à Lacadie, on ne rencontrait alors que marécages sur une distance de cinq lieues, des routes pitoyables que Sala-berry avait embarrassées de corps d’arbres, l’automne précédent, pour se défendre contre Dearborn.Cette route stratégique mène à l’île aux ISToix, qu’il ne fallait pas laisser surprendre.Quelques petits détachements de l’infanterie des frontières, et des sauvages, sous le capitaine Joseph Mailloux, du 7° bataillon de la milice incorporée, tinrent tête à Hampton avec acharnement et le réduisirent à l’inaction au bout de deux jours.Mailloux possédait un talent militaire remarquable, bien reconnu de son temps.Une compagnie du 4e bataillon de la milice, sous le major Joseph-François Perrault, arriva au secours de Mailloux.Salaberry était aux environs de La Fourche, un peu plus haut que Sainte-Martine, prêt à remonter la Châteauguay ou même la rivière des Anglais si l’ennemi se montrait quelque part.Il partit avec cent cinquante hommes et tomba dans les lignes de Hampton, qui ne savait déjà plus comment se débarrasser de Mailloux et de Perrault.Hampton n’avait pas eu la précaution d’envoyer un détachement aux approches de l’île aux îsToix et de Saint-Jean pour nettoyer le chemin parce que, nous pensant nombreux, il ne voulait pas risquer un échec.La présence de Salaberry le fit sortir de son immobilité; le 22, prenant son parti, il plia bagage et retraversa la frontière.Un peu plus d’audace et de savoir-faire lui eut ouvert la route de la rivière Chambly.Le lieutenant Charles Pinguet, des Fencibles ou Régiment Canadien, écrivait à son frère, le 21 octobre 1818, du village 408 LE COURRIER DU LIVRE de Châteauguay, récapitulant ce qui s’était passé depuis six mois dans sa compagnie : “ Nous avons été si peu de temps dans les différents endroits où on nous a envoyés que je n’aurais pu t’enseigner où m’adresser tes lettres.Tu vas voir comme nous avons été trimbalés cet été ! De la Halfway House où nous étions dans mai dernier, on nous a envoyés à Chambly, de Chambly nous avons été à Plattsburg, environ quinze lieues au delà des lignes sur le lac Champlain ; de là, nous sommes revenus à Chambly où nous avons joint le régiment.Là, quatre de nos compagnies nous ont laissées pour le Haut-Canada où elles sont à présent.De Chambly nous avons été à Laprairie, de là à Saint-Philippe ; de Saint-Philippe notre compagnie a été envoyée à Douglas Settlement, près des lignes, où nous avons joint deux compagnies de Murons ; nous avons été là trois jours et nous sommes revenus à Saint-Philippe.Le lendemain de notre arrivée, nous avons reçu ordre d’aller à Saint-Pierre joindre un bataillon de flanc formé de deux compagnies de flanc du 13“ régiment, de deux du nôtre et de celles des Meurons, le tout commandé par le lieutenant-colonel Williams du 13e régiment.Là nous avons été une journée et avons reçu l’ordre d’aller à Châteauguay.Après avoir été là trois jours, le bataillon est retourné à Lacadie et notre compagnie y a été laissée, en société des Voltigeurs avec lesquels et environ cent sauvages, nous avons été envoyés pour reconnaître l’ennemi au delà des lignes, à un endroit nommé Four Corners, où les Américains ont un camp de cinq mille hommes de troupes réglées et vingt-quatre pièces de canon de différents calibres.Nos sauvages ont tué un lieutenant, quatre soldats et ont fait reculer (plus je crois par leurs cris qu’autre chose) cinq ou six cents hommes qui composaient la garde avancée des ennemis dont le camp pouvait être à environ un mille.De là nous sommes revenus à Châteauguay où nous sommes depuis environ quinze jours”.Il ajoute que le 4e bataillon de milice, corn- LE COURRIER DU LIVRE 409 mandé par son beau-frère le lieutenant-colonel Jacques Voyer, est à File aux Noix depuis près de deux mois.La conduite de Hampton faisant un pas en arrière le 22 septembre et repassant aux Etats-Unis était d’autant plus blâmable, qu’il risquait de ne point opérer sa jonction avec Wilkinson à File Perrot.Wilkinson commettait la même faute en ne bougeant pas de Sackett’s Harbour.Salaberry connaissait les ressources que possédait l’ennemi ; il était loin de se douter des écarts dont les deux chefs américains allaient se rendre coupables ; il ne savait pas non plus que le gouverneur Prévost et le général de Watte ville (qui venait d’arriver dans le pays) laisseraient les milices canadiennes dans un abandon complet durant tout l’automne.Lorsqu’il vit la retraite de Hampton, ce mouvement lui parut être la répétition de ce qu’avait fait Dearborn une année auparavant.Et pourquoi pas ?Les nouvelles d’Europe rapportaient l’entente des souverains contre Napoléon, mais aussi une suspension d’armes ou trêve générale de plusieurs jours en vue de la possibilité d’une paix à bref délai, laquelle laisserait les Etats-Unis isolés dans le concert des nations, alors comment cette dernière puissance poursuivrait-elle la guerre, ayant la perspective de voir arriver sur le Saint-Laurent les troupes de Wellington ?Presque aussitôt arrivé à Four Corners et Odelltown, Hampton s’aperçut que sa situation était fausse et il tenta de lui donner de la couleur en feignant de retourner sur ses pas, car la saison n’était pas assez avancée pour le rendre justifiable de s’immobiliser en invoquant le retour du printemps.Cette fois, au lieu de se diriger vers la rivière Chambly, il prit la route de l’ouest et atteignit l’une des branches de la rivière Châteauguay, à la frontière même, où il se tint quelques jours, ne faisant que marcher et contremarcher.C’est 410 LE COURRIER DU LIVRE aJ-Ors que, selon le lieutenant Pinguet, des Voltigeurs, des Fencibles et des sauvages furent “ envoyés pour reconnaître l’ennemi ”.Lorsque de Salaberry reçut du gouverneur Prévost l’ordre de se porter en avant de La Fourche pour barrer le chemin à Hampton, il s’écria avec humeur : —A quoi pense-t-il donc ! M’envoyer avec cent cinquante hommes contre six ou sept mille !.” Puis, saisissant sa coiffure et ses armes, il leva le camp et partit, murmurant, sans doute à part lui, comme Bonaparte en pareille circonstance : —Tu veux me causer du désagrément ! Ah ! Eh bien, Dearborn me le payera ! Le 26 septembre eut lieu la rencontre.Dearborn perdit une centaine d’hommes.Le capitaine Gamelin-Gaucher commandait les sauvages dont parle Pinguet.A la Fourche et à Châteauguay les mouvements de Hampton avaient été rapportés par des éclaireurs.La rivière mesure à peu près vingt lieues du village de Châteauguay jusqu’à la frontière, à Odelltown et Four Corners.Observons que, un mois après, une bataille moins sanglante se passa entre les mêmes troupes et qu’elle eut des conséquences bien autrement considérables, puisqu’elle amena la retraite précipitée et désastreuse des Américains.Des succès brillants mais sans résultat ; une résistance heureuse, sans grand éclat, produisant un triomphe décisif—voilà ce que l’on rencontre fréquemment à la guerre.Le lecteur est toujours trop enclin à calculer l’importance d’une action par le nombre des morts : ce n’est pas ce simple détail qui gouverne les événements.Si Hampton a abandonné la partie le 26 octobre, c’est dû, pour une large part, à son échec du LE COURRIER DU LIVRE 411 26 septembre : les deux mis ensemble lui paraissaient former un total écrasant.Le retour de Hampton décida Prévost à lancer un “ commandement général ” pour mettre sur pied tous les miliciens de la province de Québec aptes à porter les armes.Salaberry, poussant toujours des pointes sur l’ennemi, le harcelait, lui tuait du monde et l’empêchait d’avancer, mais le secours qu’il espérait recevoir de Prévost n’arriva jamais.On était au 28 ou 30 septembre ; Hampton avait à parcourir encore une vingtaine de milles avant que de se voir en pays habité.Il dépensa quinze ou dix-huit jours dans cette entreprise, que de Salaberry entravait d’heure en heure avec sa poignée de monde.Il faut noter aussi que Wilkinson n’avertissait pas son collègue (ou son subordonné, comme on voudra) de ce qu’il faisait, et cette incertitude dans laquelle on le tenait ne disait rien de bon à Hampton.' IV DE FOUR CORNERS À DEWITTEVILLE 1-21 OCTOBRE E 1er octobre à Four Corners, Salaberry donna une chaude alarme aux Américains durant laquelle les capitaines J.-B.Juchereau-Duchesnay et Gamelin-Gaucher déployèrent des talents militaires très précieux, puis, avec deux cents hommes qu’il avait il se replia, invitant, par des feintes habiles, l’ennemi à le suivre.A partir de ce moment, les Américains avancèrent de jour en jour, mais avec lenteur, et cette marche si peu audacieuse fit concevoir au général de Watte ville, qui était à La Fourche, 412 LE COURRIER DU LIVRE l’idée que Hampton attendait des renforts, par conséquent qu’il n’en serait que plus redoutable une fois en possession de toutes ses forces—tandis que, à vrai dire, Salaberry seul mesurait le temps et la distance au général ennemi.Watte-ville était à la fois un incapable et un jaloux.Prévost voulait avoir l’bonneur de toute la résistance.Il lançait de Salaberry dans les aventures, croyant sans doute amoindrir sa valeur par des défaites partielles, car Salaberry avait du prestige auprès de ses hommes.Quant à l’espoir de remporter un triomphe, ni Prévost ni Watteville ne s’y attachaient, voyant le chiffre des deux armées américaines et l’abandon de presque tout le Haut-Canada par les troupes anglaises.Il résulta de ce malentendu (on peut employer un terme plus fort) que la bataille de Châteauguay fut livrée et gagnée par des piquets envoyés le long de la rivière, sans avoir été secourus.Combat d’avant-garde—voilà le mot.Et, ce qui rend la chose plus forte, il n’y avait pas d’armée derrière ce simple rideau d’hommes ! * Les régiments de Meuron et Watte ville, composés de Français, Suisses, Italiens et Polonais, faits prisonniers dans la campagne de 1813 par Napoléon et renvoyés en Angleterre sur promesse de ne plus servir contre la France, étaient débarqués en Canada à la fin de l’été, et aussitôt après le colonel Louis de Watteville avait reçu de sirG-eorge Prévost (un Suisse lui aussi) le commandement de la frontière du Bas-Canada.Voilà pourquoi nous le voyons tout à coup en évidence.Le Mercury de Québec, dans son numéro du 10 octobre, dit que “ sur la rivière Châteauguay il y a eu de légers escarmouches ces deux ou trois derniers jours”.Les nouvelles d’Europe, datant du commencement d’août, annonçaient plutôt une paix générale prochaine que la reprise des hostilités entre Napoléon et les puissances alliées contre lui. LB COURRIER DU LIVRB 413 Hampton travaillait à s’ouvrir une route par où le canon ot la cavalerie pussent passer de Four Corners au Portage (aujourd’hui Dewitteville), distance de vingt-trois à vingt-quatre milles, à travers forêts et marécages.Voyant cela, de Salaberry quitta la place, vers le 19 octobre, et descendit au quartier-général de Watte ville, à La Fourche, pour prendre de nouvelles dispositions.Il avait une connaissance parfaite de la rivière, des terrains qu’elle traverse et savait au juste comment utiliser le tout pour la défense.De Dewitteville à Ormstown ou Durham, il y a dix-sept milles.Persuadé que Hampton avancerait plus facilement dès qu’il aurait dépassé Ormstown, d’où il pourrait suivre le chemin de voitures qui longeait dès lors la rive gauche du Châteauguay, de Salaberry se proposait de construire des retranchements sur cette voie en profitant des incidents du terrain, et d’y tenir ferme contre une attaque générale devenue imminente à ses yeux.Les têtes de colonne de Hampton débouchèrent sur Dewitteville le jeudi 21 octobre et les troupes prirent un repos bien mérité.Le lendemain, le général y arrivait à son tour.Le 21, Wilkinson exécutait une démonstration navale contre Kingston, mais son incurie, le mauvais temps, la résistance de la place, ensuite la maladie, le manque de provisions de bouche rendirent cet effort absolument nul et cet officier s’en trouva amoindri de beaucoup.Hampton ne connut cette malheureuse affaire qu’après sa propre défaite, c’est-à-dire les 29 ou 30 octobre.Le gouverneur sir George Prévost, qui était à Kingston le 20, y rencontra le major George Macdonell des Glengarry Fencibles qui avait formé un corps de six cents hommes, presque tous Canadiens-français, bien exercé et en état de 414 LE COUlîRIER DU LIVRE servir.Il lui communiqua une dépêche du bureau de la guerre qui le remerciait de la prise d’Ogdensburg effectuée* par un coup de main l’hiver précédent, à la tête de la garnison de Prescott, et lui ordonna de partir avec son nouveau bataillon pour se rendre à la rivière Châteauguay.Michel O’Sullivan, aide de camp de Salaberry, auteur de la narration signée Un Témoin Oculaire, s’exprime ainsi : ‘•L’armée américaine, stationnée à Four-Corners sous le général Hampton, après avoir si longtemps fixé l’attention de nos troupes, commença enfin à s’approcher de nos frontières, le 21 du mois dernier”., Ce texte est daté des premiers jours de novembre.La frontière dont il est question n’est pas strictement la ligne de division entre les deux pays mais bien plutôt Dewitteville, au confluent de l’Outarde et du Châteauguay, car Hampton, entré en Canada le 20 septembre, en était sorti le 22 ou le 23 et n’était revenu que le 28 par un autre chemin.Rendu à Dewitteville le 21 octobre, il se trouvait dans nos établisse, ments “ à la frontière”.Suivons O’Sullivan : “ Le même jour (21) vers quatre heures de l’après-midi, l’avant-garde de l’ennemi poussa notre piquet stationné à Piper’s Road, environ dix lieues de l’église de Châteauguay”.Dewitteville est à peu près dix lieues au-dessus du Bassin de Châteauguay.Les éclaireurs de Hampton surprirent une bande de dix sauvages dont un seul fut tué.“ Aussitôt que le major Henry (Canadien-français) de la milice de Beauharnois, commandant à la rivière des Anglais, eut reçu avis de l’approche de l’ennemi, il en informa le major de Watteville et fit avancer immédiatement les capitaines Lévesque et Debartzch, avec les compagnies de flanc du 5e bataillon de la milice incorporée et environ deux cent» hommes de la division de Beauharnois LE COURRIER DU LIVRE 415 La rivière des Anglais coule au sud de la Châteauguay et va tomber dans celle-ci à la Fourche (un peu plus haut que Sainte-Martine) où se tenait de Watteville ainsi que Sala-herry en ce moment.“ Cette force s’avança d’environ deux lieues cette nuit-là ef s’arrêta à l’entrée d’un bois à travers duquel il n’aurait pas été prudent de passer ”.L’endroit comprend aujourd’hui Allan’s Corners et le ravin Bryson, à quatre milles audessous d’Ormstown.Alors, Lévesque et Debartzch furent donc dépêchés de La Fourche par de Watteville, au lieu de l’être par Henry, comme semblent le donner à entendre les mots “ et fit avancer Y SALABERRY ADOPTE SON CHAMP DE BATAILLE 22-25 OCTOBRE ’SULLIVAN continue : “ le lendemain au matin (22), de bonne heure, ils furent joints par le lieutenant-colonel de Salaberry, avec ses Voltigeurs et la compagnie légère du capitaine Ferguson du régiment (Fencibles) canadien Voilà tous les petits détachements déjà échelonnés sur le bas de la rivière Châteauguay qui se trouvent le 22 octobre massés sur la rive gauche le long du chemin du roi, entre Allan’s Corners et la coulée Bryson.Confirmant ce qui précède, voici une lettre du lieutenant Pinguet écrit à son frère un mois plus tard : “ Le soir du 21 octobre, comme je finissais de t’écrire, un sergent des Voltigeurs vint nous faire sortir du lit, où nous 416 LB COURRIER DU LIVRE venions de nous jeter, disant que l’alarme sonnait.Nous paradâmes immédiatement et reçûmes ordre d’avancer à la Fourche, à environ trois lieues plus haut, toujours sur la rivière Châteauguay Ceci montre que la compagnie Ferguson était, le 21, au village de Châteauguay, ainsi que l’explique Pinguet dans sa lettre du 21 octobre.“ Il était presque jour lorsque nous y arrivâmes ; là, nous nous reposâmes environ deux heures et reçûmes ordre d’avancer deux lieues plus haut.Comme nous arrivions, des sauvages.qui avaient été envoyés en avant, vinrent annoncer que l’ennemi venait et était à environ deux milles de nous ; alors nous avançâmes environ un mille plus haut et là, le colonel Salaberry, qui commandait, choisit une position forte et nous fit étendre, de chaque côté du chemin, dans le bois ; nous formâmes trois lignes ”.Ils étaient à la coulée Bryson, où le chef de la famille de ce nom s’établit en 1818.C’est en 1846 que Thompson et Allan construisirent les premières maisons qui, se multipliant, formèrent le village Allan.Tout était en bois debout dans cette région avant l’arrivée de ces trois hommes.Au-dessous de la coulée Bryson, il y en a trois autres, moins profondes et moins larges, coupant les terres d’Allan’s Corners.Entre la première et la dernière on mesure vingt arpents ou deux tiers de mille.C’étaient autant de lieux convenables pour des abatis.Le tout est du côté gauche ou nord de la rivière, laquelle fait une courbe aussi au nord se rapprochant ainsi du chemin du roi vis-à-vis de la première et de la deuxième coulées.A la quatrième la rivière est guéable.Les terrains bas et marécageux de la rive droite étaient en partie couverts de bois épais ; on pensait bien que Hampton LE COURRIER DU LIVRB 417 ne s’aventurerait point dans ces endroits puisque la grande route était placée sur la rive gauche.La rivière donne partout cent dix à cent vingt pieds de largeur et six pieds de profondeur.La coulée Bryson a quarante pieds de profondeur sur cent cinquante de largeur.Elle barre donc le chemin avant que d’aboutir elle-même à la rivière.On y arrive facilement de Montréal par le chemin de fer Montréal et Cham,plain, ou d’Ottawa par VAtlantique, lesquels passent en vue du monument que l’on vient d’ériger.Reprenons le récit d’O’Sullivan : “ Le lieutenant-colonel de Salaberry remonta à près d’une lieue sur la rive gauche de la rivière, à l’autre extrémité, et une patrouille de l’ennemi s’étant montrée à quelque distance^ il fit faire halte à sa petite force.Le lieutenant-colonel, qui avait eu l’avantage de reconnaître tout le pays au-dessus de Châteauguay, dans une expédition sur la frontière américaine, quelques semaines auparavant, savait que le bord de la rivière ne pouvait fournir une meilleure position Ceci montre que le 22 octobre, Salaberry fixa son choix sur la ravine Bryson pour établir son pivot de résistance.“ Les bois étaient rempli de ravines profondes, sur quatre desquelles il établit quatre lignes de defense, l’une après l’autre.Les premières lignes étaient distantes l’une de l’autre d’environ deux cents pas ; la quatrième était à peu près un demi-mille en arrière et commandait sur la rive droite de la rivière un gué, qu’il était très important de défendre, afin de protéger la rive gauche.Il fit faire, sur chacune de ces lignes, une espèce parapet qui s’étendait à quelque distance dans le bois, pour garantir sa droite.Le parapet, sur la première ligne, formait un angle obtus à la droite du chemin et s’étendait le long des détours du fossé. 418 LB COURRIER DU LIVRE “ Toute cette première journée fut employée à fortifier cette position qui, quant à la force, ne le cède à pas une de celles qu’on aurait pu choisir.Elle avait aussi l’avantage de forcer l’ennemi, s’il était disposé à attaquer, de traverser une grande étendue de terrain inhabité et de s’éloigner de ses ressources, tandis qu’au contraire nos troupes avaient tout à souhait et étaient bien soutenues à l’arrière De Salaberry avait su choisir son champ de bataille, quatre jours avant que d’y attirer Hampton, de même que, pendant trois semaines, il avait harcelé ce général, retardant sa marche par mille artifices qui sont de bonne guerre.Je vois clairement dans le résultat du 26 octobre, les calculs, d’un homme du métier.C’est à qui, cependant, attribuera la défaite des Américains au hasard.Châteauguay a été une partie de jnquets jouée scientifiquement par de Salaberry, à compter du 1er octobre, et même auparavant ; il a fait Hampton capot le 26.Le lieutenant Pinguet dit à son tour: “ Voyant que l’ennemi n’avançait pas, nous commençâmes à nous fortifier avec des arbres et à former des espèces de retranchements ; c’est derrière ces retranchements que nous avons passé trois jours et trois nuits à guetter l’ennemi.A environ une demi-lieue plus haut que nous, il y avait une pointe de bois qui avançait jusqu’à la rivière ; le chemin seul la traversait.Là, le colonel de Salaberry fit faire un abatis que nos piquets ont gardé depuis et où la bataille a eu lieu.C’était le dimanche que l’abatis fut commencé ”.Le 2-1 octobre était un dimanche.Cet abatis en avant des quatre autres n’a pas été le lieu de la bataille puisque les Américains durent le franchir pour pénétrer jusqu’à Salaberry, mais on comprend ce que veut dire le brave lieutenant qui a tracé ces phrases.Entre la rivière et la première des quatre lignes de retran-\ chements, Salaberry fit construire, près de la route, un i-f'.yi • s'
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