Le courrier du livre, 1 décembre 1897, Décembre
Vol.IT.December.— 1897.— Décembre Vo 20 \ LE COURRIER DU LIVRE CA N ADI ANA : PUBLISHED MONTHLY PUBLIE MENSUELLEMENT IjST EN FRENCH AND ENGLISH CANADIAN HISTORY, ARCHÆO-LOGY, BIBLIOGRAPHY, NUMISMATIC, PHILATELY AND GENEALOGY OFFICIAL ORGAN OF THE Literary and Historical Society of Quebec (Founded in 1824) ANGLAIS ET EN FRANÇAIS HISTOIRE, ARCHEOLOGIE, BIBLIOGRAPHIE, NUMISMATIQUE, PHILATELIE ET GENEALOGIE CANADIENNES ORGANE OFFICIEL DE LA Société Littéraire et Historique de Québec {Fondée en 1824) S Director.— RAOUL RENAULT,—Directeur V 7 QUÉBEC RAOUL RENAULT Directeur-propriétaire 1897 SUBSCRIPTION : ABONNEMENT : Canada & United States9 $2.00 per year Postal Union.10 shillings Invariably payable in advance All communications should be addressed as follows : RAOUL REMULT, P.0.Box 142, Quebec, Canada.Canada et Etats - Unis, $2.00 par année Union Postale.12 francs Invariablement payable d'avance Toutes communications doivent adressées comme suit : RAOUL RENAULT, Boîte de Poste 142, Québec, Canada.“ I bave it since the start and prize is highly.—W.D.Madigan, Lancaster, Pa” INDEX BIBLIOGRAPHIQUE Donnant les prix des livres vendus publiquement en France, leurs titres, description et condition, et le renvoi aux numéros des catalogues deventes.Ièee année, édition 1894, 9600 descriptions, grand in-8 jésus de 502 pp.sur beau papier vélin.Prix : 36 francs.2ème année, édition 1894-95, 16000 descriptions, 682 pp., même format et papier.Prix : 36 francs.3ème année, édition 1895-96, en cours d’impression.Prix de souscription : 32 francs.Adresser les souscriptions à M.PIERRE DAUZE, 9, faubourg Poissonnière, à Paris, ou aux libraires.Til BOOKSELLER & iEWSlil The trade journal for all engaged .in the selling of BOOKS, PERIODICALS, STATIONERY k NEWSPAPERS All the bright, progressive and energetic dealers subscribe for this Journal.Ever on the march forward, nothing will be left undone to make this Journal the brightest and best trade paper in America.Subscription price : $1 per annum.Sample copies : 10 cents.The BOOKSELLER & NEWSMAN 49 West 24th St., NEW-YORK.“ I can do without it, but I can do much better with it.”—G.S.Pratt, 169 Sixth Avenue, New-York. LE COURRIER DU LIVRE No 20 VOL.II te*»* frO 01 JR READERS }ITH the present issue, Le Courrier du Livre has become the official organ of the Literary and Histori- Vq) cal Society of Quebec, and will be published monthly, ¦as heretofore, m the French and English languages.This course, has been adopt ed\as the fittest to disseminate afar historical information on Canadian subjects, in accordance with the aims of the Society.We have also considered that nearly the three fourths of our subscribers arc recruted among English students of America’s .history, and that all our French subscribers understand both •languages. r LE COURRIER PU LITRE We have altered our title, and have added to it the word : Canadiana, which needs no explanation.The scope of our review will now comprehend all matters •pertaining to the history of Canada.We will have contributors in both languages, and communications are hereby cheerfully solicited from all those interested with matters of history.Our bibliographical bulletin will contain, as before, a review of the principal publications of the preceding month, Canadian, American and European.The Transactions and Historical Manuscript series of the Literary and Historical Society of Quebec will be first published in Le Courrier du Livre, and afterwards set up in pamphlet form.We hope that all those who favored, our enterprise up to date will continue to patronise it as in the past, and that this happy combination will bring us a good many new subscribers.RAOUL RENAULT.$ k croi d’i téoi HENNEPIN SES VOYAGES ET SES ŒUVRES I OUÏS HENBEPIR naquit à Ath, en Belgique.C’est du moins l’opinion de Félix Van Hulst, auteur d’une petite biographie qu’il a intitulée : Notice sur le Père Louis Hennepin, né à Ath [Belgique).(Liège, 1845).Harrisse croit que Hennepin vit le jour à Boy, d’une famille originaire d’Ath, en Ilainault.Margry partage cette opinion.Le témoignage de Hennepin lui-même met fin à toute discussion à ce sujet.Se sentant une vocation spéciale pour la vie religieuse, Hennepin entra de bonne heure dans un noviciat de Franciscains, à Béthune, dans la province d’Artois.Il eut pour premier maître de noviciat le Père Gabriel de la Ribourde qui vint en Canada en 1670, avec le premier détachement des Récollets.Tous deux devaient jouer un rôle important dans les missions de l’ouest.Le Père de la Ribourde y trouva la mort en 1680, et le Père Plennepin devait s’y illustrer par ses découvertes opérées au prix de nombreux sacrifices.Bous ne suivrons pas le Père Hennepin à travers toutes les phases de sa vie monastique.Du reste les documents sont trop incomplets pour nous faire connaître les détails particu- LE COURRIER DU LIVRE 230 liers à son noviciat et aux années qui le suivirent.Il nous dit cependant que l’amour des voyages grandissait chez lui avec les années.“ A mesure que j’avançais en âge, écrit-il (I), cette inclination pour les voyages d’outre-mer se fortifiait dans mon cœur.Il est vrai qu’une de mes sœurs mariée à Gand, laquelle j’aime avec une extrême tendresse, me détournoit de ce dessein.autant qu’elle pouvoit, lors que j’étois auprès d’elle dans cette grande ville, où je m’étois transporté pour apprendre la langue flamande.Mais j’étois sollicité d’ailleurs par plusieurs de mes amis d’Amsterdam d’aller aux Indes Orientales, et mon penchant naturel pour les voyages, joint à leurs prières, m’ébranloit fortement, et me déterminoit presque à me mettre en mer pour contenter mon désir.“ Ainsi toutes les remontrances de ma sœur ne purent me détourner de mon premier dessein.Je me mis donc en chemin pour voir l’Italie, et je visitai par l’ordre de mon Général les plus grandes églises, et les couvents les plus considérables de notre Ordre en ce pays-là, et en Allemagne.Revenant enfin dans nos Pays-Bas, le R.P.Guillaume Herinx, récollet, mort depuis peu évêque d’Ipres, s’opposa au dessein que j’avois de continuer mes voyages.Il m’arrêta donc dans le couvent des Halles, en Hainaut, où je fis l’office de prédicateur pendant un an.Après quoi je me rendis du consentement de mon supérieur au pays d’Artois, et de là je fus envoyé à Calais pour y faire la quête, pendant qu’on y travailloit à y saler les harengs.“ Etant là, ma plus forte passion étoit d’entendre les Relations que les capitaines de vaisseaux faisoient de leurs longs voyages.Je retournai ensuite à notre couvent du Biez par Dunkerken.Mais je me cachois souvent derrière les portes (1) Nouvelle.Découverte, etc., pp.9-13. LE COURRIER DU LIVRE 231 (les cabarets, pendant que les matelots parloient de leurs navigations.La fumée du tabac me causoit de grands maux d’estomac en m’attachant ainsi à les écouter.Cependant j’étois fort attentif à tout ce que ces gens-là racontoient des rencontres qu’ils avoient eues sur mer, des hazards qu’ils avoient courus, et des divers accidents de leurs voyages dans les pays éloignés.J’aurois passé des jours et des nuits entières sans manger dans cette occupation, qui m’étoit si agréable, parce que j’y apprenois toujours quelque chose de nouveau touchant les mœurs et les manières de vivre des nations étrangères, et touchant la beauté, la fertilité et les richesses des pays où ces gens avoient été.“ Je me fortihois donc de plus en plus dans mon ancienne inclination.Dans le dessein de la contenter davantage, j’allai en mission dans la plupart des villes de Hollande, et je m arrêtai enfin à Maastricht, où je demeurai environ huit mois.J’y administrai les sacrements à plus de trois mille blessés.Etant là dans cette occupation je courus plusieurs grands dangers parmi ces pauvres malades.J’y fus même attaqué •du pourpre et de la dyssenterie, et je me vis à deux doigts de la mort.Mais Dieu me rendit enfin ma première santé par les soins et par les secours d’un très habile médecin hol-landois.“ L’année d’après je m’engageai encore par un effet de mon zèle à travailler au salut des âmes.Je me trouvai donc au combat sanglant de Seneff, où tant de gens périrent par le fer et par le feu.J’y eus beaucoup d’occupation à soulager et à consoler les pauvres blessés.Et enfin après avoir essuyé de grandes fatigues, et après avoir couru des dangers extrêmes dans les sièges de ville, à la tranchée et dans des batailles où je m’exposois beaucoup pour le salut du prochain, pendant que les gens de guerre ne respiroient que le carnage et le sang, et je me vis en état de satisfaire mes premières inclinations.” 232 LE COURRIER DU LIVRE Hennepin venait de recevoir l’ordre de partir pour le Canada.C’était en 1675 (1).Mgr de Laval retournait cette année-là dans son diocèse, après avoir réglé plusieurs questions intéressant l’évêché de Québec.Il y avait une centaine de passagers à bord du vaisseau, entre autres Robert Cavelier de la Salle et M.de Barrois, secrétaire du gouverneur Frontenac.La traversée se fit heureusement, malgré les assauts qu’ils eurent à endurer de la part de vaisseaux turcs qui faisaient de la piraterie le long des côtes de l’Atlantique.Un autre incident assez remarquable est la brouille qui surgit entre le Père Hennepin et La Salle à propos de jeunes filles, qui tous les soirs se livraient à des exercices chorégraphiques et autres divertissements broyants.Mgr de Laval avait confié au Religieux la direction spirituelle de ces jeunes personnes, plus légères que méchantes.Celui-ci les réprimanda à plusieurs reprises.La Salle prit ombrage de cette intervention, car ces danses nocturnes semblaient beaucoup l’amuser.Il s’ensuivit donc un échange de paroles blessantes, qui laissèrent un grand froid, pour ne pas dire plus, entre le Père Hennepin et La Salle.Les détails de cette altercation méritent d’être rapportés.Uous laissons parler le religieux : “ La Salle faisoit semblant de vouloir protéger ces filles dans leurs divertissements.Il ne put donc s’empêcher de me dire un peu en colère, que j’en usois en Pédant à son égard, et à l’égard de tous les officiers et des personnages de qualité qui étoient dans le vaisseau, et qui se divertissoient à voir danser ces filles, puisque je les critiquois sur des baga- (1) La Nouvelle Découverte, (Avis au Lecteur), dit 1676.C’est probablement une faute d’impression, car il est certain que Mgr de Laval revint à Québec en 1675 et non en 1676.L’on constate, du reste, que le P.Hennepin assista à une séance du Conseil Souverain, le / octobre 1675.(Edits et Ordonnances, II, 64.) LE COURRIER DU LIVRE 233 telles.Mais le Seigneur François de Laval, créé premier évêque de Québec, qui faisoit alors le trajet avec nous, m’ayant donné la direction de ces filles,je crus être endroit de répondre au Sieur de la Salle que je n’avois jamais été Pédant, terme qui, comme tout le monde sait, signifie un homme d’un caractère d’esprit sot et impertinent, et qui affecte de faire paroître en toutes occasions une science mal digérée.J’ajoutai à cela, que ces filles étoient sous ma direction, et qu’ainsi j’avois droit de les reprendre et de les censurer, puisqu’elles se donnoient trop de liberté.“ Cette réponse, que je fis sans avoir d’autre dessein que celui de faire connoître au dit Sieur de la Salle que je faisois mon devoir, le fit pâlir de colère, et en effet il s’emporta étrangement contre moi.Je me contentai de lui dire, le voyant dans cette disposition à mon égard, qu’il prenoit mal les choses et que je n’avois eu aucune intention de l’offenser, comme en effet ce n’étoit pas mon dessein.Monsieur de Barrois.voyant ce bruit, me tira à l’écart et me dit, que sans y penser j’avois mis le Sieur de la Salle en grosse colère, lorsque j’avois dit, que je n’avois jamais été Pédant, parce qu’il en avoit fait le métier pendant dix ou onze ans, qu’il avoit été parmi les Jésuites, et qu’en effet, il avoit été régent d’une classe parmi ces religieux.“ Je répliquai au Sieur de Barrois, que j’avois dit cela fort innocemment: que je n’avois jamais su que le Sieur de la Salle eut vécu dans cet Ordre célèbre ; que si j’en eusse eu connoissance, je me serois sans doute empêché de proférer ce mot de Pédant en parlant à lui ; que je savois que c’étoit un terme injurieux ; qu’en effet on exprimoit ordinairement par là un savant mal poli, selon l’expression françoise de Messieurs de Port-Royal ; qu’ainsi je n’aurois eu garde de me servir de ce terme, si j’eusse été mieux instruit que je ne l’étois de l’histoire du dit Sieur de la Salle. LE COURRIER DU LIVRE “ Quoi qu’il en soit, la faute que je iis fort innocemment en cette occasion, a été sans remède.Le Sieur de la.Salle, dont Dieu sait que je regrette la mort funeste et inopinée, a toujours eu cette affaire sur le cœur contre moi.Non seulement donc il m’a exposé à de grands dangers, mais même étant de retour en France, où ma Description de la Louisiane lui fut fort utile pour lui faire obtenir de grands privilèges de la cour, bien loin de reconnoitre mes travaux pour son service, il me rendit de très méchants offices auprès du R.P.Hyacinthe le Fèvre, commissaire provincial des Récollets de Paris.Si le Père Hennepin rencontra du mauvais vouloir de la part de Cavelier de la Salle, il n’eut qu’à se féliciter de la bienveillance de Mgr de Laval qui, à l’en croire, lui accorda dès ce moment, toute son estime et sa confiance.Le Religieux accepta de prêcher bavent et le carême à l’Hôtel-Dieu de Québec.Entre temps il parcourait les campagnes avoisinant cette ville pour travailler à l’instruction du peuple.C’est ainsi qu’on le voit apparaître à la Pointe-de-Lévi, à l’îlé d’Orléans, à Charlesbourg, à Sainte-Anne-de-Beaupré ; il se rendit même jusqu’aux Trois-Rivières.Ces voyages pénibles n’étaient que le prélude de ses grandes et aventureuses excursions dans l’ouest, américain.ENNEPIN nous dit qu’il reçut pour mission d’aller If évangéliser les sauvages sur les bords du lac Ontario.Le Père Luc Buisset s’attacha à lui, et ensemble ils travaillèrent à convertir les Iroquois.Lue chapelle s’éleva bientôt sur les rives du grand lac, au fort Cataracouy.Hennepin pénétra chez les Onnéïouts et chez les Onnon-tagués, qui l’accueillirent d’une façon hospitalière.De là il LE COURRIER DU LIVRE 235 se rendit chez les Agniers où il rencontra le Père Bruyas, jésuite, très versé dans la langue de cette peuplade.Il avait même pris la peine d’écrire un petit ouvrage intitulé : Racines Agnières, que le Père Hennepin copia pour son propre usage (1).Ainsi il est absolument faux de dire que le jésuite s’est attribué le travail du P.Hennepin, puisque c’est le contraire qui est vrai.Le Père Hennepin séjourna pendant deux ans et demi (2) au fort Cataracouy ou Frontenac, et il y paracheva avec son collègue le Père Buisset la résidence destinée à la mission.Puis il retourna à Québec, au -couvent de Hotre-Dame-des-Anges, juste le temps de s’y approvisionner des objets les plus indispensables au culte, et il reprit le chemin de son ancienne mission, où il rencontra le Père Buisset et le Père Gabriel de la Ribourde.C’était le lendemain de la Toussaint en l’année 1678.Cavelier de la Salle l’y rejoignit bientôt, et le 18 novembre, un brigantin d’environ dix tonneaux quittait le fort Frontenac, ayant à son bord le Père Hennepin, le Sieur de la Motte et seize hommes que l’on destinait à faire le voyage d’exploration dans l’ouest.Ce voyage, au dire du P.Hennepin, dura près de quatre ans.Il en serait alors revenu le plus tôt en 1682, puisqu’il était parti dans l’automne de 1678.C’est durant cette absence assez longue que le moine récollet prétend avoir découvert les bouches du Mississipi.La Salle pourtant revendique la priorité de cette importante découverte, pour l’avoir faite en 1682.Il est bien certain que dès l’année 1680, le missionnaire s’était rendu jusqu’à la chute de Saint-Antoine (Minneapolis), en suivant le cours du fleuve géant à partir de la rivière des Illinois.Mais il n’en connut pas l’embouchure, (1) M.J.-G.Shea a publié ce petit livre, en 1863.sous le titre de Mohawk Radical Words.(2) D’après le témoignage du Père lui-même, il se serait rendu au fort Frontenac, au printemps cle 1676. 236 LE COURRIER DU LIVRE et l’on peut même se demander s’il savait quelle était cette rivière, qu’il nomma Colbert, aux proportions si grandioses.Quoi qu’il en soit, lorsque le Père Hennepin annonça au monde sa découverte dans son ouvrage intitulé : Description de la Louisiane, le Mississipi avait été parcouru jusqu’à son delta par Cavelier de la Salle.Voilà une question qui mériterait d’être étudiée à fond : aujourd’hui que nous avons sous les yeux les pièces requises, il serait relativement facile d’établir à leur lumière lequel de ces deux Français a eu le mérite que chacun d’eux réclame pour soi.Hennepin n’a pas laissé une réputation de véracité bien extraordinaire ; mais il ne faut pas le juger par ses livres, car ils portent évidemment l’empreinte de mains étrangères.Trop d’éditions ont vu le jour, dans un intervalle relativement restreint, pour qu’il lui ait été possible d’exercer la surveillance voulue.Les éditeurs bien souvent étaient peu scrupuleux, et ils ont pu se laisser entraîner par des préjugés religieux ou nationaux pour enlever aux œuvres du Récollet leur cachet particulier.Du reste, ce n’eût pas été du nouveau dans l’histoire de la bibliographie de cette époque : l’éditeur et l’auteur étaient deux personnages distincts, partageant souvent des opinions opposées sur des sujets contro-versables ; et, si l’auteur disparaît soit par absence ou par mortalité, l’éditeur peut se livrer à des changements qui détériorent l’œuvre originale.Hennepin dit que la Salle lit le voyage du Mississipi en 1682, avec le Père Zénobe Membré qu’il avait quitté aux Illinois en 1680 (1).Cette affirmation est vraie, mais il ne s’ensuit pas que le Religieux ait entrepris la descente du Mississipi jusqu’à son embouchure.Tous les auteurs s’accordent à dire que la Salle prit le commandement d’une expédi- (1) Nouvelle Découverte.Avis au lecteur. LE COURRIER DU LIVRE 237 tion vers l’ouest, dans un but d’exploration.Il amena avec lui quelques missionnaires qui devaient tenter la christianisation des peuplades occidentales.C’est ainsi que le Père Hennepin et le Père Membre faisaient partie de cette expédition aventureuse.Tous savaient, depuis plusieurs années, qu’il existait là-bas un fleuve immense dont personne encore n’avait sillonné le cours.Il s’agissait de le trouver et d’en étudier la configuration.La Salle, en sa qualité de chef de l’expédition, confia au Père Hennepin la tâche d’en rechercher les sources, pendant que lui-même irait à la découverte de son embouchure.On voit en effet le Père Hennepin remonter le cours du fleuve Colbert, jusqu’aux chutes de Minneapolis, et de là regagner les grands lacs pour s’en retourner à Québec (1).Il est vrai que de son côté La Salle ne put donner suite à son projet au temps fixé, mais de Tonti, l’un de ses compagnons, affirme que le parti de découvreurs arriva sur les bords du Mississipi le 2 février 1683, et qu’il le parcourut jusqu’à son entrée en deux mois et cinq jours.Le 7 avril les découvreurs du parti de La Salle étaient parvenus aux bouches du grand fleuve.Ils en partirent le 11, et au commencement de juillet les intrépides voyageurs atteignaient Michillimakinac.Quant à la Salle, il arrivait à Québec dans l’automne de 1683, pour partir au commencement d’octobre pour la France.Il est assez probable que le Père Hennepin passa en France en 1681 et qu’il y mit en ordre les notes qui devaient voir le jour au commencement de l’année 1683.Son ouvrage intitulé : Description de la Louisiane nouvellement découverte au sud-ouest de la Nouvelle-France fut enregistré au livre de la (]) Hennepin dit qu’il partit le 8 mars 1680 pour l’embouchure du Mississipi et y arriva à la fin du même mois.En étant parti le 1er avril, le 13 il tomba entre les mains des Sioux lssatis. 238 LE COURRIER DU LIVRE Communauté des Libraires et Imprimeurs de Paris, le 10 septembre 1682, suivant un arrêt du Parlement de 1653, L’impression en fut terminée le 5 janvier 1683.Dans son Epître au Roi, le Religieux dit qu’il a donné le nom de Louisiane à cette grande découverte, en l’honneur de Sa Majesté (Louis XIY).Or, en 1679 (le 10 juin) La Salle avait concédé une île à François Daupin, sieur de la Forêt, et dans le titre on trouve le nom de Louisiane (1).Donc Llen-nepin ne pouvait se glorifier avec raison d’avoir découvert la Louisiane et de l’avoir baptisée de son nom.Le Père Hënnepin ne dit pas un mot dans sa Découverte de la Louisiane de son prétendu voyage à la Louisiane en 1680.Pourquoi ce silence ?Il essaie de l’expliquer subséquemment dans un nouveau livre intitulé : La Nouvelle Découverte, paru pour la première fois en 1697.“ Je veux bien, dit-il, que toute la terre sache le Mystère de cette Découverte, que j’ay caché jusques à présent pour ne pas donner de chagrin au Sieur de la Salle, qui vouloit avoir seul toute la gloire et toute la connoissance la plus secrète de cette Découverte.” (2) Cette explication ne nous paraît pas satisfaisante.Du reste, quel intérêt pouvait avoir le P.Hennepin à découvrir l’entrée plutôt que les sources du Mississipi?Courait-il après la gloire ou tout simplement à la conquête des âmes?Quelle qu’ait été l’intention de Cavelier de la Salle, en se faisant accompagner de missionnaires, il est patent qu’il avait reçu des instructions, et celles-ci s’étendaient non seulement à lui, mais à chacun des personnages qui tentaient la même fortune que lui.(1) Margry, II, p.21.(2) Nouvelle Découverte, p.248, éd.de J698. LE COURRIER DU LIVRE 239 Tli gl l’on ne connaissait point tout ce que peut opérer l’acti-) vite humaine, on s’étonnerait du nombre considérable • d’éditions et de traductions qu’ont obtenues les ouvrages du Père Hennepin.Les titres ronflants qu’il leur donnait et qui englobaient des pays depuis peu connus, servirent à leur procurer de la vogue, et un peu plus tard, l’esprit de parti et de religion a pu y être aussi pour beaucoup.Hennepin s’est fait traduire en anglais, en hollandais, en italien, en allemand, voire même en espagnol ; il n’est pas improbable, bien que je n’aie aucune autorité à l’appui, qu’il ait réussi à faire mettre en latin ses récits pompeux.Les ouvrages du Père Hennepin sont en trois volumes et portent des titres différents.Le premier, paru en 1683, comme nous l’avons vu, commence par ces mots : “ Description de la Louisiane ; le second n’aurait été publié qu’en 1697, à Utrecht, et il est intitulé: Nouvelle Découverte d’un très grand pays ; enfin, le troisième ouvrage dont le titre commence par ces mots : Voyage d’un pays plus grand que l’Europe, serait la suite du second, et parut à Utrecht en 1698.Cependant le titre de la traduction allemande, Brême, 1690, commence par ces mots : N eue Entdeckungen ou Nouvelles découvertes, et paraît être analysé du titre du second ouvrage.La première édition du second ouvrage en français serait donc antérieure à 1698, et il y aurait eu d’autres éditions que celle d’Utrecht, car il est dit que cet ouvrage est traduit par Langen.Hennepin aurait-il changé le titre seulement, ou aurait-il fait traduire son livre en allemand avant de le publier en français ?Le nombre d’années écoulées entre la publication du livre allemand et celle du livre français à Utrecht, ne rend point cette dernière supposition possible. 240 LE COURRIER T)U LIVRE Faribault et Ternaux-Compans ne donnent point toutes les éditions.Elles sont plus complètement indiquées dans l’ouvrage de M.Harrisse jusqu’à 1700, que dans aucune autre bibliographie.Cependant il reste des doutes quant à l’authen-cité de certaines éditions.M.J.Gilmary Shea en a dressé une liste assez complète.M.Philéas Gagnon est arrivé à un résultat encore plus satisfaisant.C’est à l’aide de ces bibliographes et de plusieurs autres encore que j’ai pu parvenir à compléter, dans la mesure du possible, une étude aussi aride que celle-là.Pendant que le Père Hennepin faisait imprimer son premier ouvrage, il demeurait à Saint-Germain-en-Laye.Aussi put-il en surveiller lui-même l’impression.En somme c’est un livre intéressant et véridique, quoi qu’en aient dit Margry, Bancroft et Park man.M.Gilmary Shea, qui en a fait une traduction anglaise, affirme n’y avoir découvert aucune erreur, si ce n’est des erreurs de détails, comme le mot ptro-quets mis pour pirogues.On l’a accusé de plagiat, mais c’est à tort, comme l’a prouvé amplement M.J.-G.Shea dans l’étude qu’il a faite de la vie du Religieux.Tout ce qu’on pourrait peut-être lui reprocher dans son premier ouvrage c’est, un peu d’exagération et de vanité.Hélas ! Cette pauvre nature humaine est toujours faible par quelque côté.Voici maintenant le titre détaillé du premier ouvrage de Hennepin : Description de la Louisiane, nouvellement découverte au Sud-Ouest de la Nouvelle-France, par ordre du Roy.Avec la Carte du Pays ; Les Mœurs et la manière de vivre des Sauvages.Dédiée à Sa Majesté, Par le R.P.Louis Henne- LE COURRIER DU LIVRE 241 pin, Missionnaire Récollet et Notaire Apostolique.—A Paris, chez la Veuve Sébastien Huré, près S.Severin.M.D.C.LXXXIII.Avec Privilège du Roy.In-12, 312 pages et 107 pages chiffrées séparément pour les Mœurs des Sauvages, et une carte portant dans un médaillon, l’inscription suivante : Carte de la Nouvelle France et de la Louisiane nouvellement découverte dédiée au Roy Van 1683.Par le Reverend Père Louis Hennepin Missionnaire Recolect et Notaire Apostolique N.G-uerard Inve.et fecit.Permis d’imprimer accordé le 3 septembre 1682, et enregistré le 10 septembre.Impression terminée le 5 janvier 1683.Cette carte fait remonter le Mississippi jusqu’à l’embouchure de l’Illinois, sans indiquer les rivières Missouri et Ohio.Sur un arbre sont dessinées les armes françaises, près du lac de Buade ; ailleurs, sur le bord du lac des Assinipoils, une église avec ces mots “ Missions des Récollets” sert à indiquer que les missionnaires franciscains avaient une mission dans ces parages.(1) Cette première édition fut bientôt suivie d’une seconde, exactement semblable à l’autre, elle fut imprimée chez Amable Auroy, proche la fontaine S.Séverin en 1684 (2).( I ) Références : Shea (Hennepin) Nos 1 et 2.Sabin (Dictionary) No 31347.Ternaux (Catalogue) No 935.Carter-Brown, II, p.24.Lennox (Historical Magazine) II, pp.24, 346.Dufossé (Americana) No 5441.Leclerc (Bibl.Amer.) No 5, 897, 898.Rich (Catalogue) No 402.Harrisse (Bibliographie) No 150.Deschamps et Brunet, I, p.598.Faribault (Catalogue) No 291.(2) Références : Tromel (Bibl.Amer) No 422.Winsor (Nar.and Critic.Hist.) IV, 248. 242 LE COURRIER DU LIVRE En 1686, parut à Bologne une traduction en italien, imprimée chez Giacomo Monti.Le traducteur s’appelait Casimir Fresliot, et sa dédicace est datée du 21 janvier 1686 (1).L’édition française de 1683 fut réimprimée à Paris, en 1688, chez Am able Auroy, rue Saint-Jacques, à l’Image Saint-Jérôme, attenant la fontaine S.Séverin.C’est un in-12 de 312 pages avec 107 pages pour les Mœurs des Sauvages.Même carte.Achevé d’imprimer le 10 mars 1688.De l’imprimerie de Laurent Rondet (2).En 1688.nouvelle édition française a Amsterdam.Faribault est le seul bibliographe qui la mentionne (3).Peut-être est-il dans l’erreur, mais cette réimpression est fort possible, vu que la même année il parut à Amsterdam une édition hollandaise.Après avoir séjourné pendant trois ans chez les Récollets de Renti en Artois, le Père Hennepin fut sommé par le ministre Le>uvois de quitter la France et d’habiter l’Espagne ou quelque territoire espagnol.Il se rendit à Gosselies où il devint confesseur des religieuses Récollectines.Il y passa cinq années de sa vie.C’est probablement durant ce séjour en Hollande qu’il vit publier une édition hollandaise de sa Description de la Louisiane.C’était en 1688.C’est, un in-quarto de 158 pages.( )n y trouve une carte de la Louisiane et quatre planches.La carte renferme l’Amérique du Hord, l’isthme et une petite partie de l’Amérique du Sud.(1) Références : Harrisse, No 157.Shea, No 4 Sabin.No ill350.Ternaux, No 1012, etc., etc., etc.(2) Références : Harrisse, No 100.Winsor, IV, 249.O’Callaghan, No 1008 Sabin, No 31348, etc., etc.
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