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Titre :
La Nouvelle-France
Éditeur :
  • Québec :[La Nouvelle-France],1881-1882
Contenu spécifique :
jeudi 1 septembre 1881
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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La Nouvelle-France, 1881-09, Collections de BAnQ.

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Bibliothèque et Archives nationales Québec La Nouvelle-France Page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 LA REVUE BIMENSUELLE Directeur : M.JACQUES AUGER Volume I.1er Septembre 1881.Numéro 8.QUELQUES MOTS SUR NOTEE SYSTEME D’INSTRUCTION Il y a une chose qu’il est souvent difficile de dire sans blesser : c’est la vérité, lorsqu’elle n’est pas flatteuse.Faites remarquer à un homme sa richesse, son importance, son talent ; il n’y a pas à craindre qu’il se fâche.Mais reprochez-lui, le plus délicatement possible, un défaut un peu sérieux ; vous verrez quel accueil il vous fera.Et, sous ce rapport, les peuples sont un peu comme les hommes : ils aiment qu’on ne parle que de leurs qualités.Je viens donc aujourd’hui remplir une tâche désagréable, mais utile.Je viens faire un petit bout d’examen de conscience qui montrera que nous ne sommes peut-être pas, sous certains rapports, au ssi exempts de défauts que nous le pensons.Lorsqu’un marchand fait son bilan, il n’inscrit pas au profit de l’année le chiffre total des gains ; au contraire, il défalque les créances mauvaises ou douteuses, et ne compte comme bénéfice réel que ce qui est absolument clair el certain.Voilà ce que nous oublions de faire quand nous parlons de l’état de notre province.Nous prenons les .faits apparents ; je vais montrer des faits réels.Le premier et le plus important- sujet sur lequel nous sommes très exposés à nous tromper, c’est celui de l’instruction publique.Les statistiques, même lorsqu’elles sont exactes, ne disent pas toujours la vérité, et surtout, toute la vérité.Ainsi, les chiffres établissent que la province de Québec vient en se- conde ligne, sur ce continent, pour la diffusion de l’instruction.Sous ce rapport, elle n’a de supérieure que la province d’Ontario, et elle passe même avant les Etats-Unis qui, cependant, ont la réputation d’occuper un rang très élevé en matière d’instruction publique.Mais ce que les chiffres ne disent point, ce qu’ils ne peuvent pas dire, c’est jusqu’à quel point l’instruction qu’on donne dans la plupart de nos établissements scolaires est appropriée aux besoins et à l’état du pays ; si elle esUréellement pratique ; si, en un mot, elle est de nature à atteindre le but qu’elle doit se proposer : former des hommes utiles à la religion et à la société, capables de faire valoir les immenses ressources qu’offre notre sol, et d’enrayer, par l’exemple du succès dans l’état qu’ils auront embrassé, ce mouvement si regrettable qui paralyse tout progrès, l’émigration.Sous le rapport de la religion et de la morale, il n’y a certainement rien à reprendre dans notre système.L’éducation, dans toutes nos institutions, est dirigée ou surveillée par une autorité compétente ; et tant ! qu’il en sera ainsi, nous aurons toujours les meilleures j garanties possibles.Mais, au point de vue des résul-! tats pratiques et purement temporels, il y a certainement beaucoup à dire : notre enseignement manque * complètement le but qu’il doit s’efforcer d’atteindre et : que j’ai énoncé plus haut.Il y a certainement çà et là d’heureuses exceptions que je signalerai en leur lieu ; mais elles ne sont pas nombreuses.On se plaint, et avec assez de raison, que, dans ce pays, il n’y a pas un nombre suffisant de carrières ouvertes à la jeunesse qui a été élevée dans les établissements d’instruction supérieure.On serait peut-être plus juste en disant que ce ne sont pas tant les professions qui font défaut que les connaissances 34 M.N.LEGENDRE.— Quelques Mots sur notre Système D'Instruction, nécessaires pour les exercer.Avec le système d’instruction que nous avons, un jeune homme, au sortir du collège, peut devenir prêtre, médecin, avocat ou notaire.Je ne parle pas de l’enseignement qui, dans ce pays, ne peut pas être mis au rang des professions : le premier métier venu rapporte davantage, sans exiger une aussi longue préparation.Or, pour ceux qui ne sont pas appelés à l’état ecclésiastique,—et il est évident que le nombre en est grand,—il reste donc les trois professions que je viens cîe nommer et qui sont déjà complètement encombrées.Et, cependant, il y a bien le grand commerce, le génie civil, l’aichitecture, les chemins de fer, etc ; mais tout cela est à peu près en dehors de notre portée : nous n’avons pas l’instruction première nécessaire pour nous y engager, ou, du i moins, pour y obtenir le succès.A celui qui choisit ces carrières, tout est à recommencer ; son éducation est complètement à refaire, à un âge où le temps manque, où la fatigue est déjà venue, parce que le découragement a envahi le cœur.Représentez-vous un voyageur qui a devant lui une immense étendue de pays à traverser pour arriver à un but vers lequel il tend.Au départ, des personnes censées compétentes, lui, donnent une direction qu’il suit en toute confiance ; la route est longue et difficile ; ®*®il marche avec ardeur, tournant courageusement les obstacles, supportant les fatigues avec patience, l’œil fixé vers ce but qu’il est certain d’atteindre ; car on n’aurait pas eu, n’est-ce pas, cette cruauté épouvantable de le tromper et de lui indiquer un chemin qui n’est pas le bon.Ce n’est pas une course de quelques jours ; c’est un voyage de plusieurs années.A chaque étape, il se repose, fait ses calculs et constate un progrès satisfaisant ; puis, il se remet en marche, le cœur content et rempli d’espoir.Enfin, au bout de huit années, il arrive au sommet d’une haute montagne ; c.’est sa dernière station ; au-delà doit exister un versant facile sur lequel il n’a qu’à se laisser descendre avec tout le monde ; c’est le grand chemin fréquenté de la vie, et l’expérience qu’il a acquise avec tant de peine, pendant la première partie de la route, doit lui rendre facile le reste du voyage.C’est, du moins, ce qu’on lui a dit, et il n’a aucune raison d’en douter.11 se repose quelque temps, il l’a bien gagné, et il entrevoit, avec une ferme confiance l’horizon qui va s’ouvrir devant lui.Cependant, lorsqu’un matin, il se décide à repartir et qu’il cherche à s’orienter pour s’élancer dans la direction nouvelle, il s’aperçoit que la montagne sur laquelle il se trouve n’est accessible que du côté par lequel il est venu ; partout ailleurs, des précipices à pic, d’une profondeur effrayante, lui ferment le passage.Il y a bien, ici, un petit sentier difficile et dur par lequel, en se laissant glisser de ' pointe en pointe, on peut, à la rigueur, arriver jusqu’au plateau inférieur ; mais ce sentier est déjà encombré par une foule d’autres voyageurs qui s’y coudoient et s’y heurtent péniblement.Les uns sont déjà arrivés au bas, meurtris, broyés ; la plupart, tombés en route, restent accrochés sur des pointes de roche, ou bien ont roulé jusqu’au fond du précipice.Que faire ?—Tenter la descente ?—Mais c’est un risque effrayant : il n’en arrive pas un sur dix.Rester là ?—C’est impossible.—Alors, retourner en arriére, refaire ce chemin qu’on a mis huit années à parcourir, et reprendre ensuite une autre voie ?—Mais, les forces sont presque usées ; le courage, surtout, manque, brisé qu’il a été par ce terrible désappointement.Cependant, il n’y a pas d’autre alternative ; le voyageur se remet en route et reprend tristement cette voie qu’il a j naguère parcourue si allègrement, la flamme dans les yeux et l’espoir au fond du cœur.Aujourd’hui, il est morne et sombre.Quelquefois, en descendant, il hésite, il s’arrête.Il cherche quelque sentier de traverse qui puisse raccourcir un peu son voyage.Il tâtonne et perd du temps ; ses forces s’épuisent.Bref, s’il rencontre à l’écart un endroit où il puisse planter sa tente et végéter au lieu de vivre, il s’y arrête et y demeure plutôt que de continuer cette marche rétrograde dont la fin lui semble trop éloignée.Ou bien, s’il parvient au terme, s’il finit par atteindre la véritable voie, alors, il est trop fatigué, trop usé pour tenter de la parcourir.Il s’assied ou plutôt se laisse tomber au bord de la route où la Fortune le ramassera peut-être, si elle passe.Mais la Fortune passe rarement dans ces endroits.Ceci n’est pas une fable ni une allégorie ; c’est l’histoire réelle de tous les jours.Demandez plutôt à cette foule de déclassés, encombrant les avenues qui conduisent à l’existence laborieuse et indépendante.Demandez a ces belles intelligences que Dieu avait destinées à de grandes et nobles choses, et qui languissent dans une triste médiocrité, parce que, au début, on leur a donné une mauvaise direction, parce qu’on a enfoui dans un sombre et froid marécage un jeune plant qui voulait un sol riche, élevé, baigné par le grand air et le soleil ; demandez, ah ! demandez à tous ceux des nôtres qui, forcés d’opter entre la faim et l’exil, ont choisi ce dernier, et sont allés en pleurant grossir sur la terre étrangère, cette phalange instruite, mais d’un savoir inutile, qui courbe son front, chargé de-grandes pensées et de fortes idées, sur la pioche du mineur ou le métier du tisserand.Allez le demander à ces jeunes filles qui toussent dans la poussière des fabriques, pâles fiancées du tombeau, que leur œil cave et vitreux s’habitue à regarder sans effroi.Ce n’est pas que je méprise les métiers ; bien au M.N.LEGENDRE.— Quelques Mots sur notre Système d’Instruction.35 co itraire, je les honore, je les estime, je les aime.L’irtisan qui vit de son travail est digne de tous les respects.Ce que je regrette, c’est qu’on ait promis la mjr, quand on n’avait à sa disposition qu’une^ misérable flaque d’eau ; qu’on ait préparé un homme à habiter la zone torride,lorsqu’on savait qu’il lui faudrait affronter les rigueurs d’un climat hyperboréen ; en un mot.qu’on ait enseigné à un pauvre être trop Gonflant, non seulement des choses parfaitement inutiles dans la plupart des carrières ouvertes à son ambition, mais même nuisibles, et de nature à lui faire regretter et mépriser l’état qu’il aura embrassé.Et ces choses, non seulement on les lui a enseignées, mais on en a fait le sujet principal, l’objet par excellence de ses études.J’ai dit qu’il existe des exceptions, et cela est vrai, heureusement ; autrement nous serions trop à plaindre.Il y a des institutions où l’on donne une instruction plus en rapport avec les besoins de la société actuelle.Les écoles normales, les académies commerciales et industrielles se rangent dans cette classe ; leur programme est excellent, leur enseignement parfaitement adapté aux idées du siècle ; mais elles ne forment que le petit nombre.Et maintenant, trouvera-t-on singulier que, dans les positions importantes sur tous les grands travaux qui se sont faits ou se font encore dans ce pays, on ne rencontre pas un seul nom Canadien-Français ?Quels sont les ingénieurs qui ont dirigé les travaux du Grand-Tronc, de l’Intercolonial, du chemin de fer du Nord, du Pacifique, de tous nos chemins de fer enfin ?Des étrangers.Quels sont ceux à qui on a confié la construction des docks, de la cale-sèche ?Qui a construit nos canaux, nos grands ponts ?Toujours des étrangers.( )ù avons-nous pris les personnes qui ont fait et qui font encore les explorations scientifiques dans le Nord et le Nord-Ouest?A l’étranger.Les directeurs du service minéralogique, de l’observatoire, des écoles de navigation et d'artillerie, toujours des étrangers.Mais ce n’est pas seulement dans les sciences pratiques et les grandes industries que nous sommes obligés de constater notre infériorité ; dans l’agriculture même, nous sommes en arrière d’un grand pas.L’instruction nécessaire leur faisant défaut, nos agriculteurs se contentent de suivre la vieille routine et marchent péniblement chaque année dans le même sillon.Or, au bout d’un certain nombre d’années, le sol mal cultivé s’appauvrit et s’épuise ; la gêne arrive, puis la misère, et enfin on vend la ferme dont le prix donne juste de quoi payer le voyage de la famille aux Etats-Unis.Sur cette ferme vient s’établir un Ecossais, un Irlandais ou un Anglais ; au bout de cinq ou six ans, vous ne la reconnaîtriez plus.La prairie qui ne donnait qu’un petit foin sec et roussi, est maintenant verte et ondoyé au vent ; des bestiaux de belle apparence broutent dans les gras pâturages, où quelques années auparavant de maigres têtes de bétail trouvaient à peine leur subsistance.Tout le reste a subi le même changement et l’aisance se voit là où la misère se faisait autrefois sentir.Ce nouveau venu a-t-il de meilleurs bras, plus de travail et plus de cœur?Non.Les nôtres sont tout aussi forts et courageux.Seulement, ils ne savent pas ; ou du moins ils ne savent rien de ce qu’ils devraient savoir.Et cela, joint aux idées de luxe qu’une éducation mal entendue a suscitées en eux, fait qu’ils restent dans une infériorité relative, tout en possédant à l’état latent, des aptitudes très remarquables.Nous avons fait voir le mal ; maintenant, où est le remède ?le voici : Nous devons, non pas supprimer les hautes études, mais les modifier.Le cours classique, tel qu’il est, n’est plus du tout en rapport avec les idées et les besoins de la société actuelle.Le cours que j’ai suivi comprenait huit années : Eléments, syntaxe, méthode, versification, humanités, réthorique et philosophie (deux années).Dans ces huit années, le }atin est sans contredit la branche sur laquelle on appelle davantage le travail de l’élève ; dans les classes de méthode, versification, humanités et réthorique, le grec a la seconde place d’honneur, lout le reste, il n’y a pas à le dissimuler, ne paraît que très secondaire, et l’élève le mieux vu des professeurs est invariablement celui qui se montre le plus fort en grec et en latin.Ainsi, le français, l’anglais, l’histoire, la géographie, l’arithmétique, l’algèbre, la géométrie, la trigonométrie, la tenue des livres, la physique et la chimie, sont regardés, non pas tout à fait comme des hors-d’œuvre, mais enfin, comme des notions d’une importance bien moindre.Quant à la mensuration, à l’histoire naturelle, au dessin linéaire, à l’économie politique, il n’en est pas question.Soyez fort en latin et en grec, c’est le principal.Eh ! bien, voilà _où est l’erreur ; je ne défends pas qu’on soit fort en latin et en grec ; mais je dis que pour cela, — et je le dis en toute connaissace de cause,—il n’y a pas besoin de pâlir sur les auteurs classiques pendant huit années de sa vie et d’étudier ces langues presqu’à l’exclusion d’autres matières bien plus importantes.Prenez deux élèves de talent égal : à l’un, faites étudier le latin et le grec depuis la classe d’éléments jusqu’à la fin du cours, comme cela se pratique actuellement.A l’autre, enseignez soigneusement les autres branches et ne lui parlez de grec et de latin que pendant les trois ou quatre dernières années du cours : le premier aura sur lui une 36 M.F.de KASTNER.— Quelques Heures de Voyage.avance de quatre années ; cependant je vous réponds qu’il ne sera pas le plus fort.S’il s'agissait d’une langue vivante, dont il faut apprendre la prononciation et la pratique usuelle, il en serait autrement ; on ne saurait commencer trop tôt.Mais pour des langues mortes qu’on n’est appelé à parler que par exception, on ne doit en commencer l’étude que lorsque l’esprit a atteint un certain développement ; et, si l’on veut me croire, on s’en trouvera bien.J’avoue que l’étude de ces langues peut être une excellente gymnastique pour les facultés mentales de l’enfant ; mais cette gymnastique qui est censée conduire à tout, ne conduit à rien.Faites faire les mêmes exercices gymnastiques avec une langue vivante, de l’histoire, du calcul, de la géographie, de la géologie, de la botanique ; vous aurez contribué dans la même mesure au développemenQde l’intelligence, et vous aurez mis au moins dans l’esprit de l’enfant des notions dont il pourra faire une application immédiate au sortir de son cours.Dans le premier cas vous aurez fait un bon élève, dans le second, vous aurez formé un homme instruit.Le latin et le grec ne sont indispensables que pour des cas isolés ; toutes les autres branches sont indispensables presque dans tous les cas.Si vous aviez à former un homme destiné à passer sa vie sur la mer, considéreriez-vous qu’il fallût lui apprendre d’abord et pardessus tout à bien nager, de crainte qu’il ne lui arrivât de tomber à l’eau ?Pas du tout ; vous lui enseigneriez plutôt à conduire et manœuvrer un navire, à bien se servir des cartes, à faire son point, etc ; la natation ne viendrait que par surcroît et, pour ainsi dire, pardessus le marché.Or, dans la plus grande partie des professions qu’un homme est appelé à exercer, les langues mortes lui servent encore moins souvent que la faculté de nager ne sert à un navigateur.Donc, et pour me résumer, notre instruction supérieure n’est pas pratique, n’est pas logique, voilà le mal ; il faut la modifier et la réformer ; voilà le remède.Maintenant, ce n’est pas à moi, naturellement, d’appliquer ce remède.Je suis comme un malade qui dirait à son médecin : Vous m’avez fait subir un traitement que vous croyiez bon ; eh ! bien, loin d’améliorer ma santé, il l’a rendue plus mauvaise ; pourtant, ma constitution est bonne et j’ai suivi de point en point vos prescriptions, donc, vous avez dû faire erreur ; s’il en est temps encore, essayez autre chose ; sinon, que mon expérience vous aide du moins à en -sauver d’autres plus heureux que moi.On pourrait consulter avec fruit à ce sujet le cours d’études qui se donne dans nos écoles normales, et voir les résultats qu’il produit : bien des gens qui n’en connaissent rien seraient peut-être très-étonnés de constater ce qu’on peut apprendre en cinq années, avec de la bonne volonté et surtout un bon programme, une bonne direction.Qu’on jette aussi un coup d’œil sur le système suivi dans le Haut-Canada et aux Etats-Unis.Ce système je n’ai pas eu occasion de l’étudier moi-même, mais j’ai pu en voir les résultats chez les élèves de ces pays qui sont venus—pour apprendre le français—terminer leur cours dans l’institution où j’ai reçu mon éducation.Ils étaient, sans contredit, bien plus forts que nous.Je crois que les idées que j’ai émises Valent la peine qu’on les examine et qu’on les étudie.Je parle avec conviction et par expérience.Du reste, je suis bien loin d’être le seul de cet avis.Napoléon Legendre.QUELQUES HEURES DE VOYAGE (0 On a déjà écrit et imprimé tant de voyages à Paris qu’il serait aisé de se faire une bibliothèque uniquement composée de ce genre d’ouvrages, et il parait bien superflu d’ajouter un nouveau volume à cette série déjà trop longue ; cependant on ne saurait refuser à aucun voyageur le droit d’écrire son propre voyage, pas plus qu’on ne pourrait interdire à un quidam quelconque de nous narrer sa biographie, sous le plaisant prétexte qu’il n’est ni roi, ni empereur, ni Gœthe, mais seulement quelque chose comme veilleur de nuit ou docteur en philosophie.Chacun vit, pense et voyage autrement que son prochain, et en fin de compte, il s’agit moins du voyage et de la description que de savoir si l’on trouve autant de lecteurs que je m’en souhaite.Ce serait en vain d’ailleurs, que l’on chercherait à trouver dans mes notes combien il faut à un jeune homme de milliers de thalers par mois pour couvrir ses dépenses j ce serait en vain que l’on y chercherait des indications sur les meilleures couchées, les restaurants les plus chers, les tours les plus hautes et les rues les plus larges.Il serait absurde de les prendre pour un guide des voyageurs, et de s’attendre à y trouver des effusions de sentiment ou des détails exacts sur un monument remarquable.Je n’écris point pour avancer ou enrichir la géographie, je ne (i) Adapté de l’allemand pour la Revue et tiré des œuvres complètes de VVhillhehn llauff. M.F.de KASTNER.— Quelques Heures de Voyage.37 veux imposer mes sentiments à personne, attendu que chacun tient les siens pour les meilleurs ; je veux seulement raconter ce que j’ai entendu, et décrire des silhouettes intéressantes que d'autres n’ont pas vues.je ne prétends point, en disant cela, parler de la petite ville de Sariouis, mais des gens qui en partaient un jour dans la voiture publique en destination de Metz et de Paris ; et bien que les diligences aient servi à confectionner presque autant d’histoires que les apparitions de spectres et les contes de revenants, j’éprouve une envie irrésistible de vous parler de quelques-uns de mes compagnons de route.j’étais assis dans un coin de la voiture, et l’on ne m’en voudra pas trop certainement, si mes regards se portaient principalement sur une jeune femme qui me faisait vis-à-vis et dont je ne distinguais qu'une boucle br.une et un œil bribant, car sa tête était enveloppée dans une grande capuche qu’elle avait attachée au moyen d’un fichu et qui lui couvrait une grande partie du visage.Quant à son âge, elle devait être jeune, si j’en croyais sa taille élancée, la dextérité avec laquelle elle avait monté en voiture, et surtout la prophétie de ma cousine de Francfort qui m’avait prédit que je ferais route pour Paris avec une jeune et belle dame.Je remarquai que les quatre pieds les plus rapprochés des siens la gênaient et lui fis de la place, mais ne pus saisir dans quelle langue elle me remerciait, car dans ma manœuvre, j’avais marché sur le cor de son voisin, un gros homme qui se mit à grommeler distinctement en allemand.Il était quatre heures du matin, l’air était frais, et je comptais bien que vers huit heures le brouillard tomberait, et avec lui, la capuche de ma belle inconnue.A côté du gros homme, dans l’autre coin, était assis un personnage a la figure bronzée et résolue, avec des yeux noirs étincelants et une moustache poivre-sel.“ Une tête tout-à-fait française, un officier,” pensai-je, lv un ancien de la grande armée et à la demi-solde, car il est pauvrement vêtu ; il n’a pas l’air content et ne se soucie probablement pas de porter une décoration royaliste, car il n'a aucun ruban à la boutonnière.Quelles pensées roulent dans son œil sombre ?Cette même route d’Allemagne, il l’a parcouiue sous la révolution en jeune et ardent patriote, puis comme officier de l’empereur, qui sait, à la tête d’un régiment.Par cette même route, peut-être, il est revenu avec ses vaillants soldats des campagnes de 1806 et 1809-Maintenant cette route impériale ne lui rappelle plus que les souvenirs mélancoliques des grandeurs passées ; il s’en faut de beaucoup que sa génération soit déjà éteinte et déjà tout ce qui lui était cher, tout ce qui était grand à ses yeux a disparu pour jamais, et sa belle France lui paraît un immense cimetière dans lequel gisent enfouies sa gloire et ses espérances jus qu’au moment d’un heureux réveil.” Le petit homme qui était assis à mon côté pouvait être un commis de boutique ; dans mon cœur je le tenais pour un tailleur allemand qui allait à Paris pour s'y perfectionner.Il avait à côté de lui un jeune homme vêtu d’une chemise bleue de toile de Flandre, d une figure insignifiante et qui dormait déjà.Aucun mot n'avait encore été échangé entre les différents voyageurs.Petit à petit ils s’endorment ; par ci par là je vois encore l’œil de la jeune femme briber dans l’ombre de la capuche.De cinq à six heures du matin Le gros homme ronfle d’une façon effrayante ; sa tête menace de tomber sur l’épaule de la jeune dame, je le ramène aux réalités de ce monde en lui administrant un petit coup de pied, il s’éveille en sursaut, s’assied droit, se rendort et ronfle derechef.Ses mouvements ont tiré le colonel français de son sommeil ; il regarde d’un air fier et mécontent autour de lui.Il ne me plaît pas de le voir tirer une énorme tabatière en corne de sa poche et priser ; il se rendort bientôt.L’air du matin souffle toujours plus froid.“ Dois-je fermer la fenêtre?N’avez-vous pas trop froid ?” demandai-je d’un air aussi aimable que possible à la jeune et belle dame, lorsque je m’avisa' tout-à-coup que nous étions depuis longtemps déjà sur le territoire français et que mademoiselle ne comprenait sans doute pas l’allemand.Mais elle me répondit dans ma langue maternelle d’une voix claire et d’un timbre agréable, sans lever son voile cependant : “ non merci, si toutefois vous n’avez pas trop froid vous-même ; je suis bien couverte.” C’est une allemande, pensai-je, allons tant mieux, je n’oublierai pas si vite la langue de mon pays.“ Notre voisin, mademoiselle, ” continuai-je, “ vous gêne bien un peu.On ne devrait pas permettre à un pareil colosse de prendre la place du milieu dans une voiture aussi étroite.” —Et pourtant j’aimerais encore moins l’avoir en tête-à-tête, répliqua-t-elle.Cette réponse me fit presque rougir et j’eus la simplicité de lui demander : -—-Et pourquoi?—Je pense que ce colosse endormi ne serait pas assez aimable pour avoir égard à mes aises.je ne sais si elle voulait, en disant cela, me remercier pour l’avoir mise à l’abri des pieds d’éléphant de son gros voisin, mais- je m’inclinai, murmurai quelque phrase sur ce qui est dû aux dames, puis me sentis agacé contre moi-même, car elle n’avait peut-être pas 3§ M.F.de KASTNER.—- Quelques Heures de Voyage.\ voulu parler de moi ; pu1's je laissai tomber la conversation et m’efforçai de prendre l’air d’un voyageur indifférent, bien que je décochasse encore bien des œillades de côté à la jeune dame dont l’œil brillait si f ut.De six à sept heures On change de chevaux ; les dormeurs s’éveillent et regardent fixement de leurs yeux ternes et ensommeillés des femmes et des enfants en loques qui, avec leur patois criard et leurs sabots, font un vacarme des plus désagréables.Le colonel tire de sa poche une montre d’argent dont le cordon est une vieille petite lanière de cuir, et je ne puis m’empêcher de penser que depuis la restauration, elle doit re arder beaucoup.Le gros homme a une figure d’une stupidité insupportable, et si je ne le prends pas pour un marchand de bestiaux, c’est grâce à ses vêtements ; je suppose que c’est un détaillant hollandais.—Nous poursuivîmes no-tre chemin, et de nouveau les traits mélancoliques du colonel attirèrent mes regards.11 se chantonnait à lui-même une chansonnette qu’il terminait par la syllabe “ Léon” et en poussant un profond soupir; ah bien sûr ! c’était son héros, son empereur, Napoléon qu’il chantait ! Puis il sorbt de sa poche des tablettes qui, je dois bien l’avouer, paraissaient sales et usées, mais elles en étaient d’autant plus intéressantes, car elles devaient être pleines de souvenirs guerriers.Je me le représentais chevauchant au clair de lune sur un champ de batai'le, reconnaissant les traits pâles d’un ami, descendant de sa monture et s’agenouillant auprès de lui, et prononçant son nom d’un ton plein de tristesse ; mais l’autre ne l’entendait plus et ses lèvres glacées par la mort ne pouvaient répondre à son salut d’adieu.Et alors il s’éloignait avec une larme héroïque à l’œil en emportant le souvenir de ce cher mort, souvenir qui ne l’avait jaanais quitté.J’examinai de nouveau mon personnage ; tantôt il jetait des regards pensas sur la contrée, iumôt il écrivait d’une main ferme ses pensées, et je ne doutai plus que le vieil officier (j’en faisais maintenant un général) parcourût l’Europe pour recueffiir ses souvenus, et les condenser dans des mémoires sur les campagnes des F rançais.De sept à huit heures La jeune femme est endormie ou du moins paraît sommeiller ; son visage est toujours enveloppé.Le jeune tailleur à mon coté laisse tomber sa grosse tête de homard, tantôt à droite, tantôt à gauche, sans se réveiller.Mais l’adolescent à la chemise bleue ne dort plus, et chose étonnante ! entre lui et le génère I ou colonel s’engage une conversation ; j’écoute, mais ce n’est ni de l’anglais, ni de l’allemand, ni du français, ni du hollandais.Cela ressemble surtout à de l’italien, et je prendrais l’officier pour un Corse ou un vétéran de l’armée d’Italie, si dans le rapide dialogue des deux interlocuteurs, ne survenaient des mots qui ont une résonnance tout étrangère.Cependant ce ne doit pas être la langue maternelle du jeune homme, car il paraît de temps à autre chercher l’expression propr , et le vieil homme grave le remet en souriant légèrement sur la bonne voie.Le gros hollandais vient de s’éveiller à son tour en poussant un profond soupir ; il observe un moment ses voisins avec attention, écoute leur parler et leur demande poliment et avec lenteur : “ Vos este Espanol, Senor ?” Ah ! pensai-je, peut-être un noble espagnol en ex’l, un compagnon de Mina peut-être ?Mais l’on se figure ma consternation, lorsque le colonel, le général, le compagnon d’Empecinado et de Mina répondit en dialecte autrichien : “ Pardon, nous sommes des marchands de verre de Bohême, mon neveu et moi, et nous nous rendons à Séville, où je tiens un commerce de verre à boire.” Et maintenant, il se nuit à raconter à n’en plus finir et de la manière la plus assommante du monde, que son frère avait un commerce de verrerie à Francfort, que Stoffel, son neveu, était lui-même entré dans la carrrière et allait passer six ans en Espagne, comment se faisait là-bas le commerce du verre, combien de milliers de verres à boire ils vendaient et faisaient passer en contrebande tous les ans.Je donnai au diable le misérable Bohémien, son bel œil, son nez aquilin, sa barbe vénérable, ainsi que l’épicier hollandais qui l’avait fait parler et avait ainsi détruit le charme ; je donnai surtout au diable ma propre folie qui me faisait rêver d’un général de la grande armée.Je trouvais maintenant tout naturel que le personnage eût une montre d’argent ; dans ses tablettes crasseuses, il n’écrivait aucun noble souvenir, mais le nom de ses clients et le nombre de ses verres, et tandis que son regard mélancolique errait sur la contrée environnante, il convertissait des florins impériaux en dollars, et de mauvais “ Kreuzer” en maravédis plus mauvais encore.J’eus honte de mon ignorance en physiognomonie ; car maintenant que je le considérais de plus près, le vieux compère avait complètement perdu tout le prestige dont mon imagination l’entourait, et ne me présentait plus que l’apparence d’un de ces vulgaires musiciens bohémiens, comme on en rencontre vaguant sur les routes, jaunes et brûlés du soleil, avec des barbes -paisses et des yeux noirs ; pour ne pas le voir, M.F.de KASTNER.— Quelques Heures de Voyage.39 je fermai les yeux et me pelotonnai dans le coin de la voiture.De huit heures à neuf heures Lveil de la belle dame brille derechef, mais le vent doit lui paraître encore trop fort, car son capuchon n’est pas encore relevé.Le gros homme cherche à entrer en conversation avec elle, mais elle répond par monosyllabes, et cette réserve me plaît, car le gros hollandais, depuis qu’il parle espagnol, me déplaît encore plus qu’auparavant.Il continue d’ailleurs avec le plus grand calme à nommer chaque village qu'on voit le long du chemin, et raconte quelques anecdotes sur le maire de Fouligny, localité que nous venons de laisser derrière nous.Pardessus le marché il rit toujours le premier, et, lorsqu’il en est à la partie intéressante de i’unecdote, il pose familièrement sa main sur le bras de la jeune femme, comme pour l’inviter à se tordre de rire, de concert avec lui et avec le Bohémien, et il ne s’offense pas de la voir (avec un regard de côté qu’elle m’adresse manifestement), retirer son bras d'un air mécontent.Le gœs homme était précisément au ic i Lu d’une histoire qui, à mon grand souci, menaçait de devenir obscène et d’effaroucher les chasms oreilles de la jeune femme, lorsqu’on entendit crier plusieurs fois d’une voix forte derrière la voiture ; halte, postillon ! halte ; au même instant arrivait un cavalier qui tenait une grande lettre à la main.La voiture fit halte.Conducteur et postillon se mirent à jurer ; après quelques mots échangés, le premier descendit de impériale, vint ouvrir notre portière avec la lettre à la main, examina la société avec attention, ôta sa casquette et présenta le message.Etant le plus près, je lui pris la lettre des mains et lus l’adresse suivante : A Monsieur, Monsieur le comte Blankenspeer, Citissimo.à Saarbruk, (poste restante).Alors le tailleur endormi monta tout-à-coup en grade dans mon estime, car personne autre que lui ne pouvait être le comte.Le “ allons messieurs ” du conducteur et un coup que je lui donnai dans le côté l’éveillèrent ; je lui tendis la lettre, il la regarda d'un œil atone puis la rendit en secouant la tête et en grommelant.Le conducteur s’impatientait du retard.“ Allez, Messieurs,” cria-t-il, “ qui est donc Monsieur le comte de Blanquespère.(i) “ Ea lettre est-elle pour moi?” demanda le hollandais surpris ; puis il me l’arracha de la main, lut (i) Le conducteur prononce le nom du comte à la française.l’adresse à la hâte—et brisa le sceau.Il tira vite sa bourse de sa poche, paya le courrier qu’on lui avait envoyé, et la voiture continua son chemin.Mais je me voyais trompé pour la seconde fois et d’autant plus amèrement que le seigneur comte, après comme avant, avait tout-à-fait la mine d’un marchand de fromages de Hollande, mais la fille aux yeux noirs ne semblait plus du tout s’apercevoir que la main du dit comte s’appuyait lourdement sur son bras rond ; oui en vérité, à ma grande indignation eile osa même rire à gorge déployée, lorsque M.le comte eut l’amabilité de lui raconter quelques fredaines de sa vie passée.De neuf heures à dix heures A Courcelles on arrêta pour déjeûner.Nous entrâmes dans la chambre riante où déjà sur le grand gril les côtelettes crépitaient ; les hommes ôtèrent leurs casquettes et leurs manteaux ; ¦ le nuage qui enveloppait la tête de la jeune femme, fut enlevé soudain, et il me sembla que je m’éveillais tout-à-coup d’un songe flatteur.Qui n’a déjà vu un château inconnu émergeant du brouillard matinal ?On l’examine ; il est habité, n’est pas mal bâti, possède un toit complet, mais différents indices, ici une tige de lierre, là une crevasse dans la muraille, ici un nid de corneille, là un coin endommagé dans la charpente du toit, en un mot l’impression générale qui se dégage de l’édifice, indique clairement qu’il a vu son plus beau temps.Si un pareil état a, lorsqu’il s’agit de châteaux, quelque chose de poétique, conformément aux bonnes traditions, la situation analogue de ma compagne de voyage n’était propre qu’à me rejeter dans la plate ^réalité ; bref, j’avais devant moi un échantillon assez réussi de ce qu’on nomme une vieille fille et les yeux, les beaux diamants noirs qui avaient séduit mon imagination, restes d’une jeunesse qui n’avait pas porté de fruits me firent pousser un soupir ; pourquoi ne peut-on tirer de pareils brillants de leur vieille monture et les sertir dans une nouvelle.Comme maint seigneur châtelain qui devient plus joyeux et meilleur vivant chaque fois qu’une pierre de taille tombe du sommet de son toit, ainsi, comme cela arrive d’ordinaire, avec les brèches que le temps avait pratiquées dans la mu raille de ses dents, elle était devenue plus active et sa langue plus agile ; car à peine le général-marchand-de-verre eut-il introduit un bout de sa serviette dans la boutonnière où je voyais naguère un ruban en imagination, à peine les côtelettes odorantes étaient-elles sur la table, que la cadence des mâchoires de la dame me fit connaître qu’elle était une de mes compatriotes des frontières de la Souabe et de la Francome, et sans être interrogée, elle nous fit savoir qu’elle allait visiter 4° M.F.GERBIÉ.— La Question Sucrière au Canada.son frère, le marchand Morgenstern, à Paris, dans des circonstances fort importantes.Monsieur son frère, disait-elle, avait par la grossière ignorance des sages-femmes françaises, perdu le rejeton de la branche, française des Morgenstern ; maintenant qu’il y avait lieu d’espérer la naissance d’un nouveau Morgenstern, il avait résolu, en dépit du système français d’éducation, en dépit des protestations de Madame, de le faire élever à l'allemande, et c’est dans ce but qu’il la faisait venir, elle, sa sœur, qui par une longue expérience, avait acquis à fond l’art de faire des suces et de confectionner la bouillie dans la famille Morgenstern.A l’appui de son dire et afin qu’aucun doute sur son vrai caractère ne subsistât dans un recoin de notre cœur, elle nous distribua d’un air triom phant des cartes lithographiées sur lesquelles se trouvait écrit en lettres gothiques: Jules Morgenstern, marchand tailleur, palais royal, galerie de bois No.65 à Paris etc.Pendant cet intéressant dialogue, le savoureux déjeuner disparaissait ; on passait en revue tous les détails d’une chambre allemande ordinaire et on les comparait avec ceux de France.Monsieur le comte qui était au demeurant d’un caractère très communicatif, entra lui-même avec affabilité et compétence au fort de la conversation, et il n’y eut pas jusqu’aux Bohémiens qui ne trouvèrent l’occasion de faire quelques remarques critiques à l’article des biberons et des verres à boire le lait.On passa ainsi en revue la genèse de tous les rejetons de la maison comtale des Biankenspeer et du tailleur Morgenstern, et je craignais déjà qu’on en vînt aussi à la descendance du Bohémien, lorsque le conducteur s’essuya la bouche, et Madeleine, une assiette à la main, nous donna le signal du départ avec son “ Messieurs, n’oubliez pas la fille.” Frédéric de Kastner.LA QUESTION SUCRIERE AIT CANADA h Ce serait sans doute une étude bien intéressante, que de passer en revue les phases traversées par la question sucrière de la betterave, pour en arriver au point où elle en est arrivée aujourd’hui au Canada, c’est-à-dire pour passer de la fiction à la réalité, de ’utopie apparente à la pratique industrielle.Dix années ont été témoins de l’agitation de cette ques- tion, et constamment l’agitation a fait frire un pas de plus vers le but de sa réalisation pratique.Depuis dix ans, il est vrai, le problème est à l’ordre du jour ; mais si l’on considère l’importance de cette industrie, les capitaux considérables qu’elle exige, son degré absolu de nouveauté, l’éloignement des lieux où l’on aurait pu l’observer, le manque d’hommes compétents sur les lieux, surtout d’hommes compétents possédant les ressources nécessaires pour concourir au moins e.i partie à l'établissement d’une fabrique ; si d’un autre côté on tient compta de la crise désastreuse qui, depuis, s’est abattue sur tous les pays sans distinction, en Europe comme en Amérique, et qui avait fait rentrer les capitaux dans une inactivité prudente, on ne doit pas s’étonner que le Canada ait dû attendre si longtemps la solution de ce problème.Plus d’une fois cependant on aurait pu croire à l’approche de cette solution, car tous les gouvernements qui se sont succédé ont fait les efforts les plus louables et les plus énergiques pour l’atteindre, soit en faisant analy ser les produits de ces essais pour en reconnaître ia valeur industrielle, soit enfin en s’abouchant avec des maisons puissantes d’Europe qui auraient pu s’occuper de l’entreprise, mais chaque fois on avait été désillusionné.Les capitaux demeuraient toujours timides, et d’ailleurs les essais de culture trayaient pas encore été suffisamment concluants pour leur inspirer confiance dans le succès de l’entreprise, et les engager à sortir de leur réserve.Quoiqu’il en soit, l’idée avait marché, sans temps d'arrêt, s’accentuant de plus en plus, et tous ceux qui, comme M.Lesage, M.Octave Cuisset et bien d’autres dont les noms m’échappent, ont pris part à ce mouvement progressif, ont droit aux plus grands éloges.C’est à ce moment que survient un grand industriel français, à la modestie duquel je serai obligé de livrer quelques assauts dans le courant de cet article.C’est grâce à ses connaissances spéciales en sucrerie, à son infatigable énergie, secondée par de riches capitalistes français et par la protection du gouvernement canadien, que fut décidée la construction d’une première sucrerie.Et c’est à juste titre que M.Hector Legru peut revendiquer l’honneur d’avoir conquis pour le Canada, l’industrie la plus profitable qu’il soit donné à un peuple agricole de conquérir, car l’industrie betteravière, comme je haï dit précédemment, n’est pas une industrie isolée, essentiellement spéculative.Au contraire de la raffinerie, industrie parasite qui ne profite qu’à ceux qui la pratiquent, ses intérêts sont liés intimement avec les intérêts de l’agriculture qui est la base réelle, Y Alma parens de toute société, comme l’appelait Olivier de Serres. M.F.GERBIÉ.— La Question Sucrière au Canada.4i En même temps qu’une compagnie française érige une sucrerie à Berthier-en-haut d’après les plans de M.H.LegrUjla compagnie West-Farnham et celle de Coati-cook construisent chacune une sucrerie, et il n’y a pas de doute qu’il ne se construise bientôt aussi d’autres sucreries dans les autres provinces, et surtout dans l’Ontario, qui observe la province de Québec et laisse faire l'expérience.Mais ici comme dans toutes ks idées généreuses, l'honneur de l’initiative reviendra à la race française.Et remarquons l’analogie des faits qui se sont produits en Europe à propos de l’industrie sucrière de la betterave, dès son début, avec ce qui se passe aujourd’hui de ce côté de l’Océan.Quoique plusieurs fabriques se fussent alors établies en Allemagne, elles ne persistèrent pas et n’eurent qu’une existence éphémère.La France seule adopta franchement et résolument l’industrie betteravière, et longtemps elle fut la seule contrée qui l’exploita.Ce ne fut que le bruit de ses succès qui engagea les contrées voisines à la reprendre.En Amérique, c’est à la Nouvelle-France que revient l’honneur d’adopter la même industrie et de donner l’exemple à ses voisins.II.Climat.—L’Industrie du sucre de betterave est essentiellement prospère dans la Russie méridionale dont Kief est le centre.Tous les capitaux engagés dans l’industrie sucrière de ce pays ont toujours été largement rémunérés, et cela tient uniquement aux conditions favorables du climat, au point de vue de l’excellence de la betterave.Comme au Canada, il y a deux saisons bien tranchées : grandes chaleurs à une époque ; grandes gelées à l’autre.Pas plus qu’en Russie, on n’a à craindre ces gelées tardives qui font parfois en France, en Allemagne et en Autriche de si grands ravages, et qui cependant n’empêchent pas cette industrie dans ces trois pays.En outre la betterave peut se conserver ici beaucoup plus longtemps sans perdre sa richesse saccharine, comme l’a reconnu M.O.Cuisset à trois reprises, en 1877, 1879, 1881, en faisant des analyses sur la fin de mai.Analyses.—Depuis l'année 1876, des essais de culture de betteraves à sucre ont été entrepris par les soins du gouvernement de la province de Québec, avtc des graines de premier choix, importées d’Europe.Les produits de ces essais, analysés avec soin, ont prouvé que les betteraves, cultivées au Canada, possèdent une richesse saccharine remarquable.Ainsi, en 1S76, environ 300 analyses ont été faites par M.O.Cuisset sur des betteraves envoyées de 40 comtés au département de l’agriculture, et la richesse moyenne du jus, constatée par ces analyses, a été de 12.25 avec un quotient de pureté de 76.Dix betteraves venues de Berthier-en-haut, ont donné une richesse moyenne de 12.18 avec un quotient de pureté de 76, et encore ce ne sont pas là les meilleurs terrains.En 1880, à la demande de M.Hector Legru, organisateur de “ l’Union Sucrière Franco-Canadienne,” le gouvernement a fait faire des analyses suivies.Une première analyse a donné 12.80 pour cent de sucre, avec un quotient de pureté de 80.Treize analyses faites le 20 septembre, ont donné une moyenne de 12.71 avec un quotient de pureté de 80.Six autres analyses du 5 octobre constatent 13.15 de richesse et 79 de pureté, et enfin le 14, la richesse s’élève à 13.42 et la pureté à 82, résultat remarquablement favorable.* » Comparaison entre la valeur des diverses récoltes en usage au Canada et celle d'une récolte de betteraves à sucre.—D’après ces analyses, aussi nombreuses que soignées, il n’est plus permis de douter que la culture de la betterave à sucre ne soit réellement avantageuse dans le pays, dès que les fabriques y seront en fonction.En effet, outre que la betterave acquiert ici un degré remarquable de richesse saccha rine, puisque les analyses des racines ont constaté la présence de 12.50 à 14 pour cent en sucre, le rendement cultural moyen est de 17 tonnes à l’arpent, et s’élèvera le plus souvent à un chiffre plus fort, si le cultivateur prend tous les soins que réclame cette culture spéciale et qui ne seront certainement pas en dehors de ses moyens.De plus, cette culture est certainement l’une des plus sûres, et elle manque bien moins souvent que celles qui semblent rapporter le plus à la ferme.Or, avec un rendement de 17 tonnes à l’arpent de 36 acres, à raison de 4 dollars la tonne, la valeur de la récolte sera de $68.00.Il y a loin de là au rendement en argent des autres cultures en usage au Canada, ainsi que le démoutrent les chiffres du tableau ci-dessous, pour l’établissement duquel j’ai, comme pour la betterave, pris des donnés moyennes.Mais ayant tenu compte de la paille pour établir la valeur de la récolte en céréales ou en légumineuses * Ce sont là les chiffres officiels extraits du rapport général du commissaire de l’agriculture et des travaux publics de la Province de Québec pour l’année 1880. 42 M.F.GERBIÉ.— La Question Sucrière au Canada.j’ai dû, pour être juste, tenir compte de la valeur des débris de betteraves, tels que feuilles et collets qui restent au cultivateur après l’enlèvement des racines.La quantité totale de ces débris qui sont excellents pour la nourriture du bétail, équivaut au moins à une tonne de bon foin, que j’évalue à 8 dollars.Nous avons donc, en tout, $76.00.Cela établi, voici la valeur des autres récoltes : Blé.15 minots à $1.20 .$18 00 200 bottes de paille à $2.50 le 100.5 00 Total $23 00 Orge.25 minots à $0.80 300 bottes de paille à $2.50 le 100 •• 7 5° Total 27 50 Avoine.40 minots à $0.40 300 bottes de paille à $2.50 .7 50 Total 23 50 Seigle.22 minots à $0.80 200 bottes de paille a $2.50 .5 00 Total 60 Maïs.40 minots à $0.60 .24 00 Valeur des tiges .3 00 Total 27 00 Fèves.23 minots à $0.60 ; .15 00 xoo bottes de fourrage .4 00 Total 19 00 Pois.15 minots à $0.90 • 13 5° 3,000 livres de fourrage • 3 00 300 bottes de foin à $7.00.*.21 00 Trèfle rouge et blanc.300 bottes à $7.00.21 00 Pommes de terre.200 minots à $0.20.4,.,,,,.40 00 N a vets.400 minots à $0.10.-40 00 On peut voir, d’après ce tableau, que les récoltes qui donnent le plus après la betterave sont les pommes de terre et les navets, mais il y a encore la différence énorme de plus d’un tiers, et les frais et soins de ces cultures sont les mêmes.Je dois faire remarquer aussi que, tandis que le prix de toutes ces céréales et iég; rameuses est soumis à des fluctuations souvent désavantageuses par suite de l’incertitude de la production, la betterave, au contraire, est vendue d’avance à un prix fixe, de telle sorte que le cultivateur a un débouché certain pour sa récolte, même avant d’avoir ensemencé sa terre.Et il est bon de ne pas oublier que le paiement des prix de sa récolte en est garanti pour le moment où il la livrera à l’usine, tandis que pour les autres récoltes, il doit le plus souvent attendre jusqu’au printemps avant d’en retirer la valeur.Cependant, si l’industrie du sucre de betterave n’est pas destinée à nous empêcher “ d’aller aux sucres,” la culture de cette racine n’est pas destinée non plus à supplanter les autres cultures, mais bien à entrer avec elles dans une combinaison méthodique, dans une rotation régulière qui ne pourra qu’amener une abondance bien plus considérable dans la.production des céréales, ainsi que cela est arrivé dans tous les pays où s’est établie l’industrie sucrière de la be.terave.III.Produits utiles à la fabrication du sucre de betteraves, — Nous venons de voir que la betterave réussit très-bien au Canada, Eau.—-L’Eau y est généralement bonne.Elle descend des montagnes après avoir été filtrée par les racines des arbres qui les couvrent, et on peut dire qu’elle ne fait défaut nulle part au Canada.Charbon.—Le charbon sc trouve ici dans de très bonnes conditions et en grande quantité.Il est ex- Total 16 50 M.F.GERBIÊ.— La Question Sucrière au Canada, 43 trait à de faibles profondeurs, de la presqu’île de la Nouvelle-Ecosse, et livré à la consommation à un prix relativement modéré.Coke.—Le Coke se trouve dans les mêmes conditions que le charbon.Pierre à chaux.—La pierre cà chaux se trouve en grande quantité et à bas prix.Noir anima!.—-Le noir animal peut y être fabriqué à un prix moitié moindre qu’en Europe, par suite de l’abondance’des os.Moyens de transport.—Des routes nombreuses et bien meilleures en hiver qu’en été, des lignes ferrées traversent le Canada en tous sens, et bientôt le chemin de fer du Nord, accomplissant l’œuvre de colonisation, aura sillonné tout le nord de la province.Si nous y ajoutons le Saint-Laurent aux eaux profondes et les rivières navigables qu’il boit, on peut dire que le Canada possède les voies de communication les plus avantageuses.Consommation.—D’après les documents officiels, le Canada consomme environ 100,000,000 de livres de sucre importé ; il n’est donc pas douteux que la production du sucre indigène l’affranchisse de ce tribut, grâce à la protection que lui garantit le gouvernement.Et comme on s’habitue aisément aux douceurs, une trop grande production n’est pas à craindre, car on remarquera au Canada ce qui s’est passé pour les pays d’Europe, à ravoir que plus la production est grande, plus grande aussi est la consommation.En outre le Canada a, sur les “ vieux pays,” l’avantage de voir sa population s’accroître tous les jours dans des proportions vraiment phénoménales, et de voir des millions d’émigrants coloniser ses immenses mais fertiles solitudes.Protection.—Les avantages et privilèges qui sont propres à encourager l’établissement de l’industrie betteravière sont considérables, mais il eut été impossible d’assurer son succès sans ces avantages et nrivî-lèges, qui n’ont été obtenus que grâce à l’activité, aux démarches incessantes de M.H.Legru.J’entends parler de l’exemption de tous droits sur le sucre indigène, accordée pour une période de 8 ans par le Gouvernement Fédéral, et les facilités de transports accordées par le gouvernement de Québec.La compagnie de West-Farnham avait obtenu une prime de $70,000.Mais pas plus que celle de Coaticook, elle ne s’était préoccupée de ces circonstances qui étaient la condition sine qua non du succès.Heureusement pour l’industrie betteravière, est survenu un homme clairvoyant et d’expérience, qui a compris quelles étaient les seules conditions pouvant mener à la réussite.IV.Avantages que le Canada retirera de la culture de la betterave à sucre.—Les récoltes que l’on sème sur les terrains ayant produit des betteraves, donnent un rendement beaucoup plus élevé.En effet par les soins qu’elle exige, tels que le binage, le sarclage, la culture de la betterave améliore les terres en les débarrassant des plantes parasites.De plus, l’industrie de la betterave à sucre produisant une bonne nourriture du bétail, bien meilleur marché que le foin lui-même, permettant de nourrir le bétail pendant l’hiver et de faire du fumier économique, restituera à la terre ce qui lui a été enlevé.L’emploi des superphosphates de chaux dote en outre le sol d’un engrais puissant.La propriété acquerra donc nécessairement une plus value considérable, comme cela s’est produit dans tous les pays sucriers de l’Europe.Mais il y a des avantages non moins grands que le Canada retirera de cette culture et de cette industrie.Depuis longtemps déjà, ceci n’est que trop vrai, les Canadiens émigrent en fouie vers des pays plus généreux, comme les Etats-Unis par exemple, où ils vont s’étioler dans les manufactures, et d’où ils ne reviennent généralement qu’après avoir perdu cette robuste constitution, qui est un des caractères distinctifs de la race Canadienne-Française.Eh bien ! l’industrie sucrière fixera cette main d’œuvre utile dans le pays, car elle trouvera son emploi, pendant l’été, dans les champs de betteraves, et pendant l’hiver, dans l’usine.En outré une foule d'industries secondaires viendront se grouper autour d’elle.Les premières usines doivent nécessairement importer leurs machines, parce-qu’il n’existe pas au Canada de maisons spéciales pour les construire, mais de semblables établissements ne tarderont pas à surgir, et alors tous les bénéfices resteront dans le pays; on verra se développer la chaudronnerie, l’exploitation des mines de charbon, la fabrication des toiles à filtrer, des emballages, l’utilisation des mines de phosphates comme engrais.Il existe également de riches gisements de tourbe dans le pays, et il n’est pas impossible que l’établissement de l’industrie betteravière donne naissance à une industrie toute nouvelle, l’exploitation des tourbières pour en extraire un combustible économique.Comme on voit, le champ du développement des richesses canadiennes est bien vaste. 44 L.FRECHETTE.— Poésie.Chances et conditions de succès—Je crois avoir, suffisamment exposé les chances de succès que le Canada offre à la culture de la betterave et à l’industrie sucrière, et les avantages multiples et considérables que les canadiens en retireront.Mais f‘ rien pour rien ” dit le proverbe, et il y a des conditions dont il Sera absolument nécessaire que les cultivateurs tiennent compte, s’ils veulent bénéficier de tous ces avantages.L’harmonie la plus complète devra régner entre le producteur de la matière première et le fabricant.Bien des cultivateurs devront rompre avec leurs habitudes routinières et prendre des soins qu’ils ne prenaient pas pour les autres récoltes.Beaucoup d’entr'eux, en effet, se fiant à la grande fertilité du sol canadien, ont jusqu’à ce jour semé leurs récoltes et ne s’en sont occupés que le jour où elles sont parvenues à leur maturité.Aussi qu’est-il arrivé ?C’est que bien des terrains se sont épuisés et que le blé ne vient déjà plus dans des terres où il prospérait jadis.Eh bien ! comme je l’ai dit plus haut, il faudra prendre les plus grands soins ; et je ne doute certainement pas que les cultivateurs, une fois pénétrés de tous ces avantages, ne prennent tous les soins que réclame cette culture et qui, je le répète, ne sont pas au-dessus de leurs moyens et ne diminueront que bien faiblement leurs bénéfices.De cette façon ils pourront livrer au fabricant des betteraves riches en sucre, et permettre à celui-ci de fa-ire prospérer l’industrie sucrière et ses satellites.D’un autre côté, si les cultivateurs ont des devoirs à remplir à l’égard de l’industrie, celle-ci a également les siens qui sont de favoriser la culture dans toute la mesure du possible, soit en l’aidant de ses conseils et d’instruments perfectionnés, soit en payant la betterave un prix raisonnable qui ne compromette cependant pas son succès.Mais ces devoirs remplis de part et d’autre, si l’industrie veut ne pas arriver à une ruine certaine et réellement prospérer, il faut qu’elle soit soutenue par des capitaux puissants et qu’elle soit entre les mains d’hommes spéciaux, de fabricants de sucre, d’hommes capables en un mot et reconnus tels ; car nous pourrions citer sur ce continent même plus d’une sucrerie qui, pour n'en être pas arrivée à une liquidation complète, n’en végète pas moins faute de capitaux suffisants, d’une direction intelligente.“ A chacun son métier ” et on ne doit pas douter du succès.Frédéric Gerbié.A MESDAMES VONHAM ET FOSTER (POUR LEUR DÉJEUNER DE NOCES) Je me souviens du temps charmant, mesdemoiselles— Ou mesdames plutôt—du temps où j’ai connu Deux frais petits minois au sourire ingénu, Blonds, gracieux, bouclés,—têtes d’anges sans ailes ! Nul papillon n’était plus léger dans son vol.On s’arrêtait pour voir leurs courses enfantines ; Et quand tintait le son de leurs voix argentines, Chacun croyait entendre un chant de rossignol.Leur sourire éclairait comme un rayon d’aurore ; Leur regard calme et pur reflétait le ciel bleu ; Et, si je vous disais qu’ils m’aimaient bien un peu, Vous me pardonneriez de l’espérer encore.Le toit qui les couvrait m’a sotivent abrité.C’était un beau manoir avec pelouse verte.J’y reçus bien des fois, sur la porte entr’ouverte, Le serrement de main de l’hospitalité.C’était bien loin d’ici, là-bas, à la campagne.En me voyant venir on accourait dehors ; Et la flanche amitié qui m’accueillait alors Me grise encor le cœur comme un bon vin d’Espagne, Dieu leur avait donné, comme à ceux qu’il bénit, Des parents dont les vœux avaient su se comprendre ; Et sur eux leur amour, infatigable et tendre, Veillait comme un oiseau veille au bord de son nidx Qu’ils sont nobles et saints, ces mariages d’âmes t Ils font la maison douce et les enfants aimés.Ces petits chérubins qui nous ont tant charmés, Vous les reconnaissez, car c’étaient vous, mesdames.Aux jours de grande fête, on ne manquait jamais De m’offrir une part de la gaîté commune, Poète de vingt ans, sans nom et sans fortune, N’ayant que des chansons pour tous ceux que j’aimais.Vous ouvriez pour moi le cercle de famille ; Des liens bien puissants paraissaient nous unir.Peut-être en avez-vous perdu le souvenir, Quand l’enfant fit, plus tard, place à la jeune fille. M.BALTHASAR.— Chronique.45 Quoiqu’il en soit pourtant,—je le dis entre nous : Pour faire un bon récit on ne doit rien omettre— Tout absurde que c’est, il vous faut bien admettre Que vous avez souvent sauté sur mes genoux.De ces choses, plus tard, les femmes se défendent.__ M ais j’aurais tort au fond de m’en enorgueillir, Car tout cela me fait terriblement vieillir, Surtout lorsque je songe aux maris qui m’entendent.I^s maris !.oui, c’est vrai des anges d’autrefois, ]e me dis, en chantant le doux épithalame, Qu’entre l’aimable enfant et la charmante femme, Il faut être mari pour oser faire un choix.Pour moi, je ne veux pas en faire un, et pour cause ; Mais sans vouloir tourner un fade compliment, Dans ma sincérité, je dirai seulement : J’aimais tant le bouton, que doit être la rose ?Mais pourquoi remonter le flot du souvenir ?Chaque page du cœur—étape de la vie— Sitôt le feuillet lu, par un autre est suivie.Nous aimions le passé : saluons l’avenir ! Oui, mesdames, partez pour l’étape nouvelle.Au bras de vos époux nos souhaits vous suivront.Laissez par d’autres fleurs se parer votre front : A votre âme aujourd’hui le futur se révèle.Et puis, tenez, la plus douce de mes chimères, Après le déjeuner des noces d’aujourd’hui, Ce sera de pouvoir assister à celui De vos petits enfants.quand vous serez grand’mères ! Louis Fréchette.CHRONIQUE SCIENCE ET IDEAL L Nul plus que nous ne rend hommage à la majesté de la science ; nul plus que nous n’est disposé à reconnaître tous les bienfaits dont elle a comblé l’humanité ; nous avons d’ailleurs, comme on dit en style universitaire, “ potassé ” quelque peu deux ou trois de ses branches, et sans avoir pénétré jusqu’au fond de ses sanctuaires, nous avons vu d’assez près les péristyles et les vestibules de ses temples, pour en avoir emporté un souvenir ineffaçable et un respect profond ; mais il y a des limites à toutes choses, et il ne faut abuser de rien.Le spirituel Victor de Laprade se plaignait dans un livre récent du débordement des ondes sonores dans la.vie moderne, de l’envahissement graduel de toute l’existence par la musique, sous toutes ses formes.Heureux homme ! c’est par la chimie que nous sommes débordés et envahis, et c’est par elle que nous sommes menacés dans notre existence même ! Nous n’avons rien dit à l’apparition du beurre manufacturé à grand renfort de chandelles ; faute d’en connaître les terribles conséquences, nous nous étions contenté de sourire en apprenant que les semelles et les empeignes des vieilles savates, entraient dans la composition d’un rhum délicieux qui se vendait fort cher, il n’y a pas longtemps, sur le marché de New-York, (voir le Shareho!der du 4 février dernier : The food we eat) ; nous avions soupiré, mais sans souffler mot, lorsque nous apprîmes (toujours par le Shareholder) qu’on débitait des sucres candis dont l’argile constitue l’élément le plus sérieux, et qui transforment en une manufacture de poterie l’estomac des jeunes générations,—chose, après tout, à laquelle elles s’habitueront peut-être, grâce aux procédés supérieurs de la fabrication.Mais voilà qu’après avoir fait des machines infernales un des facteurs les plus importants de la vie politique, on les introduit dans la vie privée.La maison d’un simple philistin de Scituate, Rhode Island, vient d’être bombardée et incendiée par une machine infernale à mouvement d’horloge, comme s’il s’était agi du palais d’hiver de l’empereur de toutes les Russies.Si c’est là cette régénération de l’humanité par la science qu’on nous promet depuis si longtemps, vertubleu ! nous préférons voir le genre humain coiffé à perpétuité d’un énorme bonnet d’âne.L’amour perdit Troie.Le monde moderne, si l’on continue de ce train là, périra sous les efforts combinés de la chimie et de la mécanique.Dans le cas particulier qui nous occupe, on parle d’une vengeance contre le quidam “ machine-infernalisé ” qui, paraît-il, apportait trop de zèle à faire appliquer la loi interdisant la vente des liqueurs fortes.Il est évident qu’un tel crime n’a pu être commis que sous l’influence du rhum aux savates.Songez un peu aux effets de l’absorption, sous forme liquide, d’une paire de vieilles bottes en provenance 46 M.BALTHASAR.— Chronique.d’un facteur rural.Ce genre de consommation n’est pas de nature à relever la moralité publique, et ne saurait aboutir qu’à des ramollissements de cerveau et à une recrudescence de la criminalité.II.La science joue sans doute dans le monde, et surtout dans le monde moderne, un rôle important, on pourrait même dire prépondérant.C’est elle qui a créé ces industries merveilleuses, ces moyens de communication non moins merveilleux dont nous nous enorgueillissons à juste titre.Ses grandes inventions ont eu, et continueront à avoir fatalement pour corollaires, des modifications profondes dans l’ordre social.Elle est devenue indispensable aux sociétés civilisées en général, et les particuliers eux-mêmes peuvent de moins en moins se dispenser d’en avoir quelque teinture.Elle arme les individus comme les peuples pour la bataille de la vie et malheur aux populations qui, s’endormant dans une sécurité trompeuse, ne se revêtiront pas de cette armure qui donne à ses chevaliers la richesse et la puissance.Quand bien même on laisserait de côté ces considérations d’ordre matériel, même en n’envisageant la science—je parle des sciences mathématiques, physiques et naturelles—qu’à un point de vue purement intellectuel, on ne saurait méconnaître la grande place qu’elle doit occuper dans l’éducation de l’esprit.Elle lui donne en effet la précision, la vigueur du raisonnement ; elle chasse les vains fantômes et nous ouvre tout grand le livre de la nature ; voilà bien des titres que nous sommes le premier à proclamer bien haut, et ils sont assez respectables, en vérité, pour assurer à cette partie des connaissances humaines la grande place qu’elle doit occuper au soleil de la civilisation ; mais ne veut-on pas lui en faire une plus grande encore, déposséder à son profit toutes les autres branches de l'intellect humain, en faire même l’unique régulatrice de nos pensées et de nos actions.Certes la science est une belle chose, mais elle ne constitue pas tout l’homme.Nous protestons contre cette apothéose qu’on lui fait aux dépens des autres sources de la connaissance.Nous n’admettrons jamais qu’elle soit une panacée universelle, ni surtout qu’elle chasse l’idéal de l’esprit humain.On l’appelle aujourd’hui “ la moelle des lions ” c’est beaucoup dire.Dans la classe où nous avons eu le bonheur de nous initier aux douceurs de la géométrie, le premier en mathématiques était aussi le plus poltron de la classe.Nous n’en conclurons pas, certes, que les éléments d’Eûclide engendrent la couardise.On nous permettra bien aussi de douter qu’ils produisent nécessairement des héros.Traiter l’homme comme un pur esprit est une faute grossière, le traiter comme s’il n’était que matière en est une autre.Quelles que soient les conditions dans lesquelles se meuve l’humanité, il faudra toujours à l’homme un idéal ; il lui faudra aussi, et surtout, une espérance, une consolation, un appui moral dans la lutte pour l’existence.Cet idéal est Dieu, cette espérance et cette consolation sont celles de la religion qui a trouvé sa véritable formule dans le Christianisme.Ce n’est pas seulement dans le malheur qu’on sent la nécessité de croire à un meilleur avenir, c’est chaque fois qu’on pratique à un degré quelconque la vertu du renoncement et du sacrifice.Le théorème du carré de l’hypothenuse nous a-t-il jamais appris à sacrifier nos goûts à ceux de nos amis, de nos proches ?La satisfaction de savoir distinguer un névroptère d’un hyménoptère et le terrain Pénéen du Cambrien, a-t-elle jamais séché une seule larme ?La loi des proportions chimiques enseigne-t-elle l’amour de la patrie ?La théorie des taches du soleil dispose-t-elle notre cœur à la charité pour nos semblables et pour toute créature ?A qui fera-t-on croire qu’il doive faire le bien pour accomplir les lois de l’évolution ?Il vous répondra que l’univers peut évoluer sans lui et qu’il s’en soucie comme d’une nèfle.Non ! non ! les sciences positives ne peuvent et ne pourront jamais satisfaire, à elles seules, le cœur de l’homme, les aspirations de son âme, ni même toutes les curiosités de son intelligence.Elles ne lui donneront pas un atome de courage de plus devant la mort.Ce n’est point en vertu d’une formule algébrique ou d’un principe de mécanique que s’effectuent les progrès de l’humanité dans l’ordre moral.L’histoire est là pour nous dire que c’est la foi dans un idéal qui a enfanté toutes les grandes actions.et fait triompher les justes causes.Craignons, en ne voulant donner à nos enfants que “ de la moelle de lion ” d’en faire des lièvres.Balthasar. M.P.F.— Notes et Impressions.4?NOTES ET IMPRESSIONS i.L’appellation de chauvin a fait le plus grand tort au patriotisme français.Bérenger n’a pu y résister ! On est étonné d’entendre aujourd’hui parler de réhabilitation, à propos du chansonnier classique de la France, comme s’il en avait besoin, lui qui a chanté toutes les gloires de son pays, sans oublier l’une des plus pures, celle de Jeanne d’Arc, à laquelle il avait voué un véritable culte.Ecoutons-le dans la Leçon d'histoire : D’un ange éblouissant mirage, Jeanne, échauffant tout de sa foi, Fille du peuple, a fait l’ouvrage Où succombaient nobles et roi.Née aux champs, d’art et de science Un rayon d’en haut lui tint lieu ; Oui, puisqu’elle a sauvé la France, Sa mission venait de Dieu.Faut-il une pure victime Au salut des peuples souffrants, Dieu, pour ce dévouement sublime, Choisit une âme aux derniers rangs.Honte et malheur à qui l’outrage, Vierge, sœur des plus grands héros.II.« Les deux derniers vers que nous venons de citer, sont évidemment à l’adresse de Voltaire.“ Mes amis, a-t-il dit, se sont parfois étonnés du peu de goût que m’inspira Voltaire, malgré mon admiration pour son rôle de réformateur et pour la merveilleuse fécondité de son puissant génie.Cette es-péçe de froideur dans l’appréciation d’une partie de ses œuvres n’a pas attendu qu’on en fît une mode en France ; elle date de l’époque où, jeune encore, je crus m’apercevoir de ses préférences injustes pour les étrangers, et je le pris presqu’en haine, lorsque plus tard, je lus le poëme où il outrage Jeanne d’Arc, véritable divinité patriotique, qui, dès l’enfance, fut l’objet de mon culte.” Il faut avouer que le chauvinisme de Bérenger était d’une assez bonne espèce, et l’on n’éprouve que du dédain pour le critique qui a osé déclarer que du jour où l’on ferait du chansonnier l’un des représentants de la poésie française, il passerait ia Manche et se ferait Anglais ! Les Anglais pourtant furent les premiers à lui décerner le titre de poète, et c’est la Revue dlldinbourg qui prit à tâche de signaler à l’Europe ce que de simples chansons contenaient de grande poésie.Les français, trop amoureux d’une certaine convention en littérature pour admettre un chansonnier au rang des grands poètes,ne paraissaient pas se douter que Bérenger fût un de ceux-là.On racontait tout dernièrement dans un journal de Paris, une boutade du général von der Thann, alors que la ville d’Orléans était occupée par l’armée bavaroise.— Savez-vous pourquoi vous avez été battus ?demandait le général au bibliothécaire de la ville.C’est que vous n’avez plus le sentiment des chansons de Bérenger que mon père, vieux soldat du premier empire, m’apprenait à chanter quand j’étais petit.On sait que Goethe faisait grand cas des poésies de Bérenger.Ce dernier disait : “ si l’on choisissait son berceau, j’aurais choisi Paris.” Gœthe comprenait cette vie large de Paris.“ Imaginez, dit-il, ce même Bérenger loin de Paris, de l’influence et des occasions d’une ville-monde ; fils d’un tailleur d’Iena ou de Weimar, poursuivant sa misérable carrière dans Time ou l’autre de ces deux petites villes et voyez quel fruit pourrait pousser sur un tel sol et dans une telle atmosphère.Bérenger n’avait pas besoin de se mêler aux évènements ; il lui suffisait de les voir et de les comprendre.” III.Bérenger s’est inspiré d’une idée à la fois grande et généreuse, particulière, il faut le dire, à notre époque et à laquelle Sainte-Beuve lui-même n’a pas échappé. 48 M.P.F.— Notes et Impressions.[1 était convaincu que les trésors de l'imagination et de la pensée doivent descendre aux classes les plus humbles de la société.Il fait cette remarque que c’est dans le haut style le plus élevé, que le peuple exige qu’on lui dise ses espérances et ses regrets.Bérenger, lui, parle un langage digne de l’avenir du peuple et, pardessus tout, lui reconnaissait son droit à la poésie.On voit de suite en quoi Bérenger diffère de Voltaire ; il aimait le peuple et les gloires de la patrie.IV.Certains personnages politiques tiennent beaucoup à ce que le programme du parti dont ils sont les adversaires, soit maintenu dans toute son intégrité.Il faut, selon eux, qu’un parti ait une tradition non interrompue, qu’il soit en quelque sorte solidaire de ses devanciers.Pourquoi maintenir des programmes qui n’ont plus leur raison d’être, agiter des questions qui n’ont pas eu la faveur populaire ?Nos personnages exigeants ne le disent pas, et ils s’en gardent bien.Un chef de parti qui abandonne un vieux programme ressemblerait a ce pédicure débarqué au milieu d’une peuplade qui ira jamais connu de chaussures ! Il ne fera rien qui vaille chez ces honnêtes va-nu-pieds, s’il ne change pas de métier, et, comme il est ingénieux, il en change et se met à guérir ou à essayer de guérir d’autres infirmités.Les charlatans indigènes en deviennent jaloux et lui repètent à cor et à cri (sans calembour) qu’il eu la lâcheté d’abandonner sa première profession.Notre pédicure, qui est homme d’esprit et de bon sens, fait à tous ces reproches une réponse dont ses patients sont émerveillés : — “ Ce n’est pas moi qui ai abandonné les cors, mais ce sont les cors qui m’ont abandonné.” La morale de l’histoire, c’est que les partis politiques, dans un pays de légalité comme le nôtre, s’aperçoivent vite que certaines questions n’ont aucune prise sur l’opinion publique et force leur est de modifier leur programme.Certaines questions ont reçu leur solution, d’autres attendent encore et plusieurs sont restées en chemin, n’ont pas poussé ; la bouture n’a pas pris et l’on a sagement abandonné une tentative de greffe impossible.D’ailleurs, les chefs des partis politiques en formation, sont des théoriciens et quand ils arrivent à la pratique des affaires, ils s’aperçoivent qu'on ne crée pas des questions, mais qu’on les résout avec l’aide et l’assentiment d i public.Iis font de la politique compatible,—défaillances à part, sans doute,—compatible avec les besoins du pays : quand ils s’engagent dans une autre voie," ils cessent d’être des législateurs et ce qu’ils font rentre dans la catégorie des choses possibles peut-être, mais dont la réalisation ne s’accomplit qu’à une condition, c’est que la nation y consente.V.Un personnage de la comédie du Demi-Monde se fait dire : — “ Taisez-vous, vous n’avez de l’esprit qu'une fois par semaine et ce n’est pas votre jour l ” J’aime à croire, et il l’a prouvé, du reste, que M.le juge Routhier, a plus de jours d’esprit qu'on en supposait au personnage inventé par Alexandre Dumas.Mais, pour Dieu, quel jour a-t-il choisi pour écrire la dédicace de son livre (Du canot) à M.le comte de Foucault ?Savez-vous pourquoi M.le juge Routhier n’a pas voulu laisser à M.le comte le soin d’écrire le livre, qu’il appelle une “ idylle ” ?C'est parce que la société française est “ profondément bouleversée parles luttes politiques.” Citons, car sans cela nous ne pourrions bien comprendre tout ce qu’un prophète-chauvin peut dire dans son plus mauvais jour de la semaine.“ Vivant au sein d’un peuple heureux et tranquille, aux bords de ce grand fleuve dont vous avez admiré les incomparables paysages, je puis laisser courir ma plume dans la description des tableaux champêtres et des joies pastorales.“ Mais vous, cher ami, le pourriez-vous, lorsque dans notre chère France un drame douloureux, mouvementé, dont la catastrophe est imminente, se déroule sous vos yeux et fait frémir votre cœur ?” “ Fait frémir votre cœur ! ” Il n’en est rien paru pourtant dans le livre de M.Routhier.Tout le monde s’y amuse et rime à qui mieux mieux pour s’encenser mutuellement.Poésie innocente, après tout, et que je n’ai garde de critiquer.L’auteur semble avoir eu comme un remords de toute cette gaieté, et il a jeté une catastrophe à la tête de son ami qui serait capable de danser sur un volcan ! Chauvin de malheur, va ! votre dédicace est bien folichonne ! P.F, Bibliothèque et Archives nationales Québec La Nouvelle-France Page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028
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