Paris-Canada : organe international des intérêts canadiens et français, 1 janvier 1903, jeudi 1 janvier 1903
[" 21e ANNÉE Paris, 1er Janvier 1903 Le Numéro 25 Centimes N« 1 PARIS-CANADA NUMÉRO SPÉCIAL CONSACRÉ PAR LE CERCLE ARTISTIQUE ET DRAMATIOUE 46Le Gardénia\u201d R la mémoire de son Président-fondateur Paul FABRE DIHECTE^UK DE O J J JOURNAL A NOS AMIS Tous nos amis, tous nos camarades, tous les parisiens habitués de nos réunions et de nos soirées ont appris, par le billet avant-faire-part que nous avons eu la douleur de leur adresser, la perte immense que nous avons faite dans la personne de notre très distingué président-fondateur Paul Fabre, secrétaire général du Commissariat du Canada à Paris.Depuis près de quatre mois, notre malheureux ami, en proie à un mal terrible, inexorable, n\u2019avait pas quitté son lit de douleur.Dès le début, le silence des médecins, leur inaction devant les progrès d\u2019une maladie dont nous ignorions la naturo, nous avaient inspiré les pires craintes ; une lueur d\u2019espoir qui s\u2019était fait jour s\u2019éteignit aussitôt pour renaître avec une intervention nouvelle.Déjà, on avait prononcé le nom du terrible mal; mais un de nos chirurgiens les plus réputés émettait un doute, bien faible hélas ! Nous savions qu\u2019il y avait une chance à tenter et qu\u2019on allait le faire.L\u2019intervention chirurgicale dont nous avions attendu le salut ne fit que confirmer les plus mauvais présages.Pourtant, on peut dire que, jusqu\u2019à la fin, ceux qui aimaient le plus le cher malade, ceux qui le voyaient le plus souvent et de plus près, passèrent par des alternatives d\u2019espérance et de crainte.Certains, parmi les médecins appelés, émettaient encore parfois un léger doute concernant la nature du mal.N\u2019est-ce point leur rôle de donner de l\u2019espoir jusqu\u2019à la fin ?Puis, notre cher Paul reprenait un peu d\u2019appétit ; il montrait la plus grande lucidité d\u2019esprit, plaisantant volontiers aux bons moments, parlant de sa voix habituelle.Il n\u2019en fallait pas davantage pour illusionner ceux qui souhaitaient si ardemment qu\u2019il se rétablît ! Le 15 et le 16 décembre, l\u2019état de notre ami semblait vraiment s\u2019être amélioré; nous renaissions à l\u2019espoir ; le 17, la journée fut moins bonne, il y eut de petites hémorragies.Le 18 au matin, la nuit avait été excellente ; rien ne présageait un dénouement rapide.Vers midi et demi, le malade commença à se plaindre et à souffrir cruellement.A 2 heures, il appela son père, sa mère, et les embrassa tendrement.Ses forces peu à peu diminuaient, il ne souffrait plus ; un prêtre fut appelé vers 4 heures; Paul reçut les sacrements, puis s\u2019éteignit doucement, inconsciemment, vers 5 heures 1/2 du soir.\u2022 - ea-sS___ Il est impossible de peindre le désespoir des parents, la morne tristesse des amis qui se pressèrent toute la nuit près de ce lit, autour de cette tête pâle dont tous les traits donnaient l\u2019impression d\u2019une sérénité inexprimable.Jusqu\u2019au samedi 20 décembre, jour de la cérémonie mortuaire, les amis de Paul Fabre ne cessèrent de veiller sur sa dépouille mortelle.Dans cette triste matinée du 20, la demeure des malheureux parents était trop petite pour contenir la foule affligée qui avait voulu partager leur douleur.A 11 heures, le triste cortège s\u2019acheminait vers Saint-Pierre de Chaillot.Les cordons du poêle étaient tenus par MM.C.L.de Marti-gny, Paul Chevré, le capitaine Ducrot, Armand Berthez, Charles d\u2019Harmenon et Paul Vessil-lier, amis intimes du défunt.I^\u2019\tL\u2019église Saint-Pierre de Chail- iot était comble; là, comme pendant le trajet, la cérémonie n\u2019eut rien de la banalité parfois navrante des deuils deParis.Point de distractions, point de conversations parmi cette assistance pourtant si nombreuse : c\u2019est dans un silence, et nous le répétons, dans un recueillement parfait que se déroulèrent les cérémonies rituelles, que s\u2019élèva vers le ciel ce chant grégorien dont la plainte surhumaine arrache tant de pleurs aux cœurs qui souffrent.Bien des larmes coulaient, larmes pieuses et sincères qui sont devant Dieu le plus beau témoignage en faveur du Juste, surtout lorsque ceux qui les versent appartiennent, comme c\u2019était le cas ici, aux plus humbles comme aux plus hautes classes de la société.LE GARDÉNIA.Paul Né à Québec, le 12 juin 1867 - FABRE Mort à Paris, le 18 décembre 1902 LE CORTEGE Le deuil était conduit par M.Hector Fabre.Venait ensuite la famille ; M.Henry Bossange, M.Harry E.Monlun, M.Sidney Monlun, M.R.Lesourd, M.Ed.Lesourd, M.Edouard Colombier, M.Achille Cochard, M.Paul Daubrée, M.le duc de Bassano, M.Lucien Chevalier, M.G.Douchement.Madame Monlun, Madame Cochard, Mademoiselle Monlun, Madame Paul Daubrée, Madame Lesourd, Madame Douchement, Madame Harry E.Monluu, Madame Lucien Chevalier, Madame Colombier.Les camarades du « Gardénia » : Pierre Foursin, Jacques Ferny, Eugène Meiffre, P.Vessillier, Hugues Delorme, Marius Poncet, Charles-Bernard, A.Bernard, Emile Gou-deau, Alphonse Allais, F.Rooman, Henri Joseph, René Grivart de Kerstrat, Barrai, Matrat, Gerhardt, Robillard de Marigny, Fernal, Louis 2 PARIS-CANADA Feugère, Récappé, Jules Oudot.Maurice Le-mesle, Georges Auriol, Alfred Bert, docteur.Paul Guillon, Bernés, Gustave Babin, Louis Joret, Victor Meusy, Félix Huguenet, Delaporte, Maurice Tessier, Th.Huguenet, Gatget, Darcey, Léon Rouquès.William Burtey, Vin-centi, Emile Lutz, Docteur Lepicard, Duluard, Narcisse Lebeau, Armand Masson, Trimouillat, De Mare, Auboin, Carpentier d\u2019Agneau, Ez-curra, De Monard, Patouillard.Dans le cortège : M.Piccioni, premier secrétaire d\u2019ambassade, chef-adjoint du cabinet, représentant le Ministre des Affaires Etrangères.M.A.Hébrard et ses tils, M.Pierre Richard et Madame Richard, sir Austin Lee, M.Jules Siegfried, M.André Siegfried, M.Onésime Reclus, M.Henry Vignaud, général Faverotde Kerbrech, M.et Madame Jules Claretie, comte Louis de Turenne, Hon.Docteur Herbert, Madame du Boscq de Beaumont, Madame Martial Chevalier, Mademoiselle Chevalier, comte de Sémallé, M.et Madame Frédéric Masson.M.F.Levée, M.Henry Laval, Madame et Mademoiselle Bernard, M.et Madame Frédéric Gerbié, marquise de Darrax et Mademoiselle de Darrax, Madame Veuve F.Guérault, comte et comtesse de Sesmaisons, M.etMadame Georges A.Cherrier, Mademoiselle Essie Noonan, M.et Madame Maurice Idzkowski, M.Henri Caillaud, M.Maxime Caillaud, M.Dalencon.M.et Madame Alfred Vidal, M.L.Villars, M.Henri Moreau, M.F.X.Mercier, M.le docteur Z.Rhéaume, M.Giberton, Madame veuve d\u2019Harmenon, M.Léon Weinberg, M.Edgard Chevalier, le docteur Ph.Roy, M.Ed.Montet, Le Souvenir Normand, colonel Stevens de Bourgogne.M.Ch.Gauthiot, M.le Dr.Flavius le Bel, Baron de Lacam, M.Antoine Graff, M.F.Ma-oni, M.et Madame Albert Maroni, Mademoiselle Maroni, M., Mme et Mlles Henri Feer, Madame Maurice Lemesfr, Comte et Comtesse de Raousset-Soumabre, M.Ch.Fil\u2014 liol, M.J.Lalay, M.Ch.Gaulon, M.L.Four-non, M.J.Schnerb, M.le Dr.R.À.Masson, M.et Madame Joseph Saucier, M.Maurice de la Fargue,M.le Dr.J.N.Roy, M.Abel Ravier, M.le Dr.Robert La Rue, M.le Dr.Robert Mayrand.Madame Graindor Michiels, M.E.Morice, M.J.Lévy, M.Tiercy, M.Van der Siuys, Mme Grützner, M.Lambert de Sainte-Croix et sa famille, M.J.Paillard, M.et Mme Armand Brun, Comtesse de Tinseau, M.L.G.Gour-raigne, M.Alex.H.Duff, M.et Mme Tambu-rini.Comte et Comtesse de Bégon, Madame Thérèse Cernay, M.A.M.Morin, M.et Mme de Villeneuve Mademoiselle de Tanquerel.M.et Mme Hector Legru, M.J.O.Bessette.M.E.Duhamel, M.le Dr.Gérin-Lajoie, M.A.Delaire.M.et Mme Corcevay, M.J.Saubrier, M.et Mme J.H.Thors, M.Charles Oudart, M, le Dr.et Mme Bull, M.Victor Tantet, M.John F.Jones, M.et Mme L.Théo.Dubé, Mme Pot-tier, M.Alphonse Blondel, M.Léon Liverquin, M.Mathieu, M.Albert Hans, M.Georges Bal, M.T.Obalski, M.Jules Gay, M.L.Herbette, M.G.A.Drolet, M.R.Drolet, M.E.B.Drolet, M.A.Haymann, M.et Mme Lieussou, M.l\u2019abbé F.M.Roberge, M.l\u2019abbé J.E.Lafortune.M.A.G.Boyé, M.G.Webb, M.F .Yzern, M.Edmond Buron, M.Seyrol, M.Duncan Macdonald, M.Maurice Baker, Madame La Rue, Mesdemoiselles La Rue, M.Pierre Stevens, M.A.Lhéritier, M.J.Moreau, M.E.Merian, M.Achille Meiffre, Madame Baignères-Fabre, M.et Mme Slatter, M.Jehan Soudan de Pierre-titte, Marquis de la Rochethulon, M.le Docteur T.Bruneau, M.Vanderheyden, M.J.A.Roby, M.E Cravoisier, M.le Docteur Lorenzo J.Montreuil, Madame Veuve Dufresne, Vicomte et Vicomtesse de Bonnemains, Miss Lardner, M.etMadame A.Lefaivre, M.Bernés.M.Frank Hyde, Baronne de Ziegesar, Madame Ives, M.le Docteur A.Chouinard, Madame Havernan, M.et Madame Donald Harper, Mademoiselle Colmard, Madame Duflos, Madame René Masson, M.Geo Prévost, M.Paul de Martigny, M.l\u2019Abbé L.A.Desjardins, M.Georges Olmer.M.Edouard Masson, M.et Madame José Maria Yznaga, Madame Hugues Delorme, M.André Massion, M.Roger Lam-be!in,M.le Docteur Wills.Baron et Baronne Hulot, Madame Foacier, M.Remy Payen.Comte et Comtesse de Job, M.et Madame Braquemont, M.Casel, M.Arthur Plamondon, M.René Plamondon, M.André Foaciez, Madame Valentine Miallet, M.F.Des-mouliu, M.l\u2019Abbé Biron, M.S.Boulanger, M.F.Gibon, M.l\u2019Abbé Orner Cloutier.M.P.Lalanne, M.et Madame William Bazin, Vicomtesse de Cargoüet, Vicomte H.de Cargoüet, M.E.Manceau, M.Donald Downie, M.W.B.\tNicol.M.Paul Robert, Madame Gatget, M.Jacqueminot, M.A.Certes, M.Albert Taffon-neau, M.et Mme A.Bonnet, M.et Mme Edouard Marbeau, M.A.E.Wills, M.Léon Chollet, M.C.\tE.Carbonneau.M.Emile Cousin, M.le Docteur Barthélemy, M.A Poindron, M.E.Million.M.A.Suzor-Côté, M.D.Leprince, M.J.Farcy, Madame Jacques Ferny, Madame Lynnès, Madame Wiener, M.Moreau, M.Maritz, Madame et Mademoiselle Génie, M.Eyerre, M.F.Chevrier, M.et Mme Henry, Madame Accasias, M.Maurice Le Dancy, M.le Dr.Duron, M.et Mme Dupain, Madame Murray Gilles, Marquis de Touanne, M.G.Démanché, M.Fernand Bour-dil, M.A.Dubreuil, M.R.Masson de Torcy, M.Baby, M.Armand Goupil, M.Paulet, Madame Vve Grünaze, etc.* LES COURONNES Gardénia, de Paris.Gardénia, d\u2019Anvers.La Colonie Canadienne, ses compatriotes.L\u2019Ordre indépendant des Forestiers.Le Sun du Canada.Madame Monlun ; M.C.Le Moyne de Martigny ; M.et Mme Maurice Lemesle; Mme Charles Grützner ; M.et Mme Victor Tambu-rini.Mme Paul Daubrée ; Mme Léopold Bos-sange ; M.et Mme Achille Cochard M.Armand Berthez ; Mme George A.Guerrier ; Mme Charles d\u2019Harmenon; M.Charles d\u2019Harmenon; M.et Mme Aug.Haymann; M.Paul Vessillier ; M.Eugène H.Meiffre ; M.A.Bert-Taquet ; M.et Mme Jules Paillard ; Mesdames E.et V.Génie : Mme Vve Guérault; Lt.-Col.Drolet, M.E.-B.Drolet; M.George A.Cherrier; M.Jacques Ferny; M.et Mme Eug.Capdevielle ; M.Paul Che-vré ; M.Fernand Rooman ; Mlle Candelier.LES DISCOURS Après la triste cérémonie, l\u2019assistance toute en larmes se réunit autour du cercueil de notre cher ami pour lui dire un dernier adieu._ Le sculpteur PAUL CHEVRÉ, président du « Gardénia », prononce alors avec une vive émotion, les paroles suivantes : Il est des heures où l'énergie la plus grande est nécessaire pour accomplir la mission qui vous incombe, et s\u2019il en est une où cette force doit se manifester, n\u2019est-ce pas au moment où l\u2019on apporte à celui qui fut toujours le plus dévoué et le plus sincère des grands cœurs, l\u2019expression des regrets, du désespoir et du souvenir ineffaçable qu\u2019il laisse dans l\u2019esprit de ceux qui ont eu le bonheur de se compter parmi ses amis.C\u2019est au nom du « Gardénia », jadis fondé, et si longtemps présidé par Paul Fabre,.que j\u2019ai la très pénible mission de prendre la parole.Mon émotion me permettra-t-elle de m\u2019en montrer digne, et trouverai-je des accents assez vifs pour dire la douleur que nous ressentons devant cette fin prématurée ?D\u2019autres amitiés, plus anciennes que celle qui me liait à notre cher Président-fondateur, pourront, à juste titre, traduire ici la profondeur de nos regrets, mais aucune ne pourrait le faire avec plus de sincérité : il était de ceux que l\u2019on ne peut approcher sans les aimer.Vous dire ses qualités de cœur et la distinction de son esprit serait diminuer les impressions quelles vous ont données, car je me juge incapable de les peindre en des termes assez élevés.Pour cette raison, je me permettrai seulement de dire en quelques mots ce qu\u2019est devenu le « Gardénia » grâce à l\u2019activité et à la sollicitude dont il l\u2019a entouré jusqu\u2019à ses derniers instants.C\u2019est aujourd\u2019hui un groupement amical et artistique important.Nous sommes en effet plus de cent qui, hier encore, étions réunis autour de lui.Et jamais ne se sont démentis, la concorde, l\u2019union et l\u2019esprit de bonne camaraderie que sa douceur et sa bonté avaient su créer parmi nous.Vous dire ce qu\u2019est cette cernue et quel en est le résultat, n\u2019est-ce pas le plus bel éloge que l\u2019on puisse faire du charme de son caractère et de son cœur.Repose paisiblement, cher ami, dans le calme que méritent les belles qualités de ton âme ! Ton souvenir est impérissable pour le « Gardénia ».En son nom je t\u2019en apporte ici l\u2019assurance avec l\u2019expression de notre douleur.* * * M.FERNAND ROOMAN, président du « Gardénia d\u2019Anvers », venu tout exprès de Belgique, s\u2019avance ensuite et dit : J\u2019apporte, au nom du Gardénia d\u2019Anvers, nos suprêmes regrets, notre suprême adieu à notre cher collègue, l\u2019aîné, le précurseur de notre cercle, celui qui nous ouvrit cette voie dans laquelle nous avons marché pour arriver à des résultats qu\u2019il voulait bien apprécier.Paul Fabre vint à Anvers encourager notre œuvre de vulgarisation française en terre flamande et y collabora dès 1890.C\u2019est donc bien dire qu\u2019il comptait en Belgique, comme partout où il a passé, des amis, des affections et des reconnaissances :ccar tous, ou presque tous, doivent de la re on-naissance à cet être exquis, bon infiniment.Pour tout le monde, il fut serviable, compatissant, dévoué.Après les paroles émues de mon distingué collègue, M.Chevré, qui a rendu hommage au Président-fondateur du « Gardénia », je veux surtout parler de Paul Fabre, l\u2019ami que j\u2019aimais, que je pleure, car c\u2019est encore par les larmes que je traduirais le mieux ma pensée.Je me sens tout à fait incapable d\u2019exprimer ma tristesse, mon chagrin devant l\u2019anéantissement de tant de qualités, d\u2019espérances, de promesses, de nobles sentiments.Mon pauvre Paul, très bon, très cher ! Nous admirions, nous adorions ta nature cl\u2019élite, distinguée, loyale, ignorante des mesquineries,dédaigneuse des intrigues, âme supérieure et douce, avide d\u2019idéal, planant et passant ici-bas sans y souiller tes ailes ; tu ne connus et n\u2019accomplis que des gestes de bonté ! Tu prodiguais ton cœur et ses trésors, généreusement et modestement.On eût dit qu\u2019en faisant le bien, tu voulais idéaliser la vie pour toi et pour nous.Paul n\u2019était pas seulement bon, il était la bonté incarnée : ce que je dis là, tout le monde le sait et je l\u2019ai éprouvé personnellement.Quelle belle, cligne et pure existence fut la sienne, illuminée par de touchantes actions et par les joies qu\u2019il procura autour de lui ! Oh ! l\u2019inexorable mort qui s\u2019en va justement choisir le meilleur cl\u2019entre les meilleurs ! Elle n\u2019a eu pitié ni de ses vénérables parents, ni de nous ! On espérait pourtant qu\u2019à tant de perfection, de jeunesse et de charme, elle ferait grâce ! Hélas ! Elle nous l\u2019a ravi.\u2014 On ne dira jamais assez la cruauté du destin, le déchirement de cette séparation : c\u2019est atroce ! Mais si nous abandonnons ici sa dépouille fragile, nous garderons précieusement et à jamais le souvenir de notre cher ami.Si un apaisement \u2014 je n\u2019ose dire une consolation\u2014 peut être donné à la famille affligée, ce sont ces unanimes témoignages d\u2019affection, d\u2019ad- PARIS-CANADA 3 miration, de regret pour le bien-aimé disparu.Mais lrélas ! ce touchant et sublime orgueil de posséder un tel fils, loin de sécher leurs larmes, rendra plus cruelle encore cette effroyable perte.Mon pauvre cher Paul, je ne sais plus que pleurer en songeant que jamais plus, jamais plus nous ne verrons ton cher visage ! Adieu.* * * Puis, le docteur PAUL GUILLON parle à son tour en ces termes : Le deuil qui nous réunit est de ceux qui s\u2019expriment plus par des larmes que par des paroles.Ce n\u2019est pas à un ami, c\u2019est à un parent, presque un frère, que nous venons tous dire un dernier adieu.En prenant la parole, en m\u2019imposant le courage de refouler ma douleur, j'ai du moins la consolation passagère de vivre encore un moment avec l\u2019exquis camarade, pendant que j\u2019évoque son image, pendant que je rends hommage à son caractère, à son cœur.Je n\u2019hésite pas à troubler pour quelques instants le pieux recueillement de tes parents et de tes nombreux amis pour faire briller encore cette aimable figure qui nous était si chère.Tu ne dois pas nous quitter définitivement dans le silence, sans que des voix ne s\u2019élèvent pour dire ce que tu as été pour nous tous.La parole émue et pleine de tristesse de ceux qui viennent de nous rappeler tes mérites témoigne hautement du chagrin qui nous pénètre ; mais combien les sanglots étouffés et nos larmes contenues sont plus éloquentes encore ! C\u2019est que chacun de nous évoque ta vie intime, et qu\u2019un souvenir de bienfait ou de douce sympathie révèle inexorablement la perte que nous subissons.Paul Fabre se trouve ici, pour la dernière fois, au milieu de ses amis.Ses amis, s\u2019il laut nommer ainsi ceux qu\u2019il a obligés et qui ont contracté envers lui une dette de reconnaissance, le nombre en est infini ; car dans ce grand Paris, où tout se tient, il a été mêlé à tous les mondes ; et, cœur ému, âme tendre, main toujours ouverte, il a trouvé partout du bien à faire et des services à rendre.11 a passé dans la vie le cœur ouvert et la main tendue.Nul n\u2019a obligé plus que lui, mais surtout nul n\u2019a obligé mieux et avec plus de grâce.Il s\u2019ingéniait à surprendre, à deviner par avance les ennuis et les besoins secrets de ceux à qui il pouvait être utile.Il avait toutes les délicatesses : il savait être bon ; il arrivait même à nous dispenser de la reconnaissance; un service de sa part était chose si naturelle, presque chose due; en même temps, avec tant d\u2019esprit, et si vif et si fin, il parvenait à n\u2019être ni railleur ni méchant; il était indulgent pour tous, c\u2019était l\u2019infinie bonté.Ce qu'un cœur aussi parfait a accompli de bien sur sa route, j\u2019aurais peur de contrister sa mémoire en le recherchant.Si je rappelle ici tant de titres aux regrets, ce n\u2019est pas que je les suppose ignorés de ceux qui entourent ce cercueil ; mais au moment du suprême adieu, il est consolant d\u2019envisager encore une fois 1 homme sous les traits qui l\u2019ont fait aimer pendant sa vie et qui perpétueront cette vie dans nos souvenirs.Adieu, Paul Fabre, nous garderons profondément dans nos cœurs la riante image de ton charmant caractère, et le vide que tu as laissé dans nos relations amicales ne sera jamais comblé.Et cependant tu laisses une œuvre durable; les solides affections que tu avais conquises, tu n\u2019as pas été égoïste, tu nous les as fait partager : et tout autour de toi s\u2019est créé un groupe serré de bons camarades, de vrais amis ; tu as su choisir parmi les artistes et les lettrés, et tu as réuni l\u2019élite de la pensée parisienne avec l'élite du cœur qui est de tous les pays.Paris t\u2019avait adopté, toi fils de sang bien français, né de l\u2019autre côté de l\u2019Océan ; et c\u2019est toi qui nous a appris à nous connaître, à nous apprécier mutuellement et à nous aimer.Cher ami, je suis l\u2019un des nombreux Béotiens que tu as pris par la main et guidés jusqu\u2019à leur donner presque droit de cité dans la grande famille artistique et littéraire.Hélas! que n\u2019ai-je pu à mon tour t\u2019être utile comme je l\u2019aurais voulu ! C\u2019est un des tristes privilèges de la profession médicale que de voir déjà la réalité lorsque d\u2019autres se peuvent encore faire illusion.Il y a de longues semaines que j'ai eu la douleur de constater sur ton visage la marque d\u2019une fininexorable etprochaine.Etlesliommes sont restés désarmés ! Néant des choses humaines, néant de la science ! Et, peu après, mon ami s\u2019éteignait doucement, sans souffrance, quittant la vie sans en avoir conscience, en nous laissant désespérés de notre impuissance à conserver à ses amis ce bon cœur infatigable, et à sa famille qui l\u2019adorait, ce fils qui en était l\u2019orgueil.Mais si les ressources de la science étaient épuisées contre une de ces implacables maladies qui affligent la pauvre espèce humaine, l\u2019âme avait besoin d\u2019être soignée à défaut du corps.Et tu as rencontré, mon cher Paul, en la personne de ton père, le plus admirable des médecins.Ces trésors de bonté que je rappelais tout à l\u2019heure chez toi, tu en avais hérité d\u2019un homme qui, tout en te les donnant, en avait gardé en lui d\u2019infinies réserves.Tu as passé dans la vie sans souffrir; la tendresse éclairée d\u2019un père admirable a su t\u2019éviter toutes les douleurs de l\u2019existence ; son héroïsme a su dissimuler ses tortures pour te laisser ignorer jusqu\u2019au bout le fatal dénouement prévu, inévitable ; tu n\u2019as pas eu les angoisses de la mort, tu n\u2019en connais que le repos.Tu n\u2019auras pas l\u2019oubli, toujours tu seras présent parmi nous ; et ce n\u2019est pas ma voix, c\u2019est celle de tous ceux qui t\u2019ont connu, c\u2019est-à-dire aimé, qui te dit : Adieu, mon cher Paul ! * * * Enfin, au docteur Guillon, succède M.JACQUES FERNY qui s\u2019exprime ainsi : Ayant à dire à mon tour un dernier adieu à notre cher Paul au nom des auteurs et des artistes qui étaient ses amis personnels, je n\u2019éviterai certainement pas de me rencontrer dans l\u2019expression de nos regrets et de notre douleur avec ses autres amis que vous venez d\u2019entendre ; car Paul Fabre s\u2019était indistinctement conquis toutes les affections qui l\u2019accompagnent aujourd\u2019hui à sa dernière demeure par la même cordialité charmante et par la même grâce des yeux, de l\u2019esprit et du cœur.Comme vous l\u2019a dit son ami Paul Guillon, il avait, dans ce Paris qu\u2019il aimait et qui \u2014 chose rare, \u2014 lui rendait son affection, les camaraderies les plus diverses.Dans ses relations artistiques et littéraires comme dans toutes, il se montrait d\u2019une loyauté parfaite, d\u2019une sensibilité exquise, d\u2019une délicatesse infinie.Doué d\u2019un goût très fin, très sûr, très parisien, sachant lui-même fort bien écrire ainsi qu\u2019il l\u2019avait montré dans un livre charmant sur le Canada trop modestement intitulé Notes de Voyage, ses conseils étaient excellents et sa sympathie artistique fort recherchée.Les écrivains, poètes, peintres, sculpteurs, musiciens, acteurs et directeurs de théâtre qui avaient eu le bonheur de devenir ses amis lui garderont au fond de leur cœur un souvenir particulièrement attendri.Son jeune enthousiasme, la sincérité de son estime ou de son admiration, son ardeur à les proclamer, les ravissaient.Ils ont bien souvent trouvé auprès de lui un encouragement et un réconfort dont ils n\u2019oublieront jamais le bienfait.Paul Chevré vous a parlé tout à l\u2019heure du joli cercle artistique qu\u2019il avait fondé et dont il était l\u2019âme.C\u2019est tout naturellement que cette œuvre prit corps.Elle fut le résultat de s,a grâce attractive et de la bonté qui émanait de toute sa personne.On se groupait autour de lui comme autour du meilleur et du plus aimable.Aussi, à l\u2019affection qu\u2019il inspirait dès la première rencontre, à la peine qu\u2019éprouvent aujourd\u2019hui de sa perte ceux d\u2019entre nous qui le connaissaient le moins intimement, nous pouvons mesurer l\u2019immense et inconsolable douleur de ses bons et chers parents dont il était toute la joie, toute la vie même, et qu\u2019il adorait.Bien que ce soit, hélas ! une consolation bien faible, je veux les assurer que nous garderons et perpétuerons pieusement sa douce mémoire, et qu\u2019eux-mêmes nous ne cesserons plus de les bénir et les aimer pour avoir éclairé et réchauffé quelques année de notre vie de ce rayon de bonté qu\u2019ils avaient fait à leur image et dont nous nous souviendrons toujours comme on se souvient du bonheur.Q OPINIONS AMITIÉS ET SYMPATHIES Des lettres adressées tant à M.Fabre père qu\u2019à notre président ou à l\u2019un d\u2019entre nous à l\u2019occasion de notre deuil, nous détachons quelques passages qui montreront combien notre ami laisse de regrets douloureux et de chers souvenirs.De Paul Déroulède, à M.Hector Fabre : J\u2019apprends aujourd\u2019hui seulement la navrante nouvelle.Les condoléances les plus sincères et les plus attristées vont vers vous.Tous ceux qui avaient connu votre fils, si jeune, si sympathique, si charmant, le regrettent avec vous et vous plaignent.De M.Odon Guéneau de Mussy, l\u2019orientaliste : .J\u2019ai aimé tendrement Paul Fabre parce qu\u2019il possédait le meilleur fond revêtu de la meilleure forme.On était attiré d\u2019abord par sa politesse exquise des temps un peu anciens, et l\u2019on s\u2019apercevait vite, chose rare, qu\u2019elle n\u2019était que l\u2019expression naturelle d\u2019un cœur disposé à la plus délicate amitié.De l\u2019humoriste Raphaël Schoomard : .Paul Fabre était un être charmant et bon, un brave homme et un parfait gentleman, t)fpe de plus en plus rare à cette époque de.etc.De Jean Goudezki : .J\u2019aimais beaucoup Paul Fabre et je ne sais comment traduire mes sentiments devant un tel malheur.C\u2019était le meilleur des amis et le plus s)fmpathique des présidents.De Marius Poncet, ancien directeur des Grands Théâtres de Lyon et de Genève, actuellement directeur du Théâtre Cluny, à Paris : .Passionné de théâtre, c\u2019est à son amitié pour les artistes que je devais le bonheur de l\u2019avoir connu lorsque je jouais la comédie à Bruxelles, et, depuis près de vingt ans, bien qu\u2019éloignés, notre amitié n\u2019avait fait que s\u2019accroître.Quand je venais à Paris, ma première visite était pour Paul, et j\u2019éprouvais un véritable plaisir à aller au théâtre en sa charmante compagnie.J\u2019étais heureux de connaître son avis sur les pièces représentées ; car, bien qu\u2019il fût très parisien, il savait échapper au snobisme et aux coteries.Il jugeait selon son cœur et savait encore pleurer aux belles scènes d\u2019une pièce émouvante.Son désir de me voir fixé à Paris s\u2019était enfin réalisé, et voilà que la mort est venue nous séparer brutalement et le ravir à mon amitié ! Mais elle n\u2019arrivera pas à enlever de mon cœur le souvenir de l\u2019ami sincère que je pleure et que nous regrettons tous.De Georges Bernés, régisseur général de la Comédie Française : .Nous perdons non seulement un ami chaud, et dévoué, mais aussi un esprit cultivé, délicat et libéral.un cœur d\u2019artiste. 4 PARIS-CANADA .Il savait goûter la joie de vivre avec une infinie douceur et il communiquait par son charme personnel ses impressions aux nombreux amis qui l\u2019entouraient; aussi sa perte.est-elle pour eux une douleur réelle, profonde, très sincère.De Louis Duplay, du Théâtre Michel, de Saint-Pétersbourg (à M.Hector Fabre) : .Notre cher Paul avait beaucoup d\u2019amis, bien dévoués, bien sincères, il était à votre exemple si bon, si généreux et si indulgent!.Mais moi je l\u2019aimais comme un frère, et c\u2019est pour cela, cher Monsieur Fabre, que je vous prie d\u2019excuser ces lignes, dans lesquelles je voudrais mettre tout mon cœur.De Robert Crawford, du Daily News, de Londres (à M.Hector Fabre) : .Paul était pour moi un ami d\u2019enfance.C\u2019est un privilège de l\u2019avoir connu.L\u2019esprit et le cœur étaient doués chez lui d\u2019une égale richesse.Nul n\u2019a possédé plus qiie votre bien-aimé fils les qualités de tolérance, d\u2019amabilité souriante.Je l\u2019ai toujours connu bon et serviable.Il appartenait à l\u2019élite de l\u2019humanité.Il héritait des traditions de deux mondes, de deux grandes civilisations à chacune desquelles il avait pris ce qu\u2019elle avait de meilleur.Vous étiez heureux d\u2019avoir un tel fils et il était l\u2019honneur de votre nom.Artiste dans l\u2019âme et écrivain de race, l\u2019avenir s\u2019ouvrait devant lui.Il y a quelques années, Paul m\u2019envoya un petit livre, ses Notes de voyage au Canada.Ce petit livre seul mérite pour lui le titre d\u2019écrivain.J\u2019ai rarement vu des pages aussi fines, bien observées, simplement écrites et empreintes de cette largeur de vues et de cette tolérance qui étaient en lui un héritage de famille.Du poète Emile Goudeau (à M.Hector Fabre) : .Que dire aujourd\u2019hui devant l\u2019inexorable coup du sort qui vous frappe dans cet enfant si gai qui nous aimait et que nous aimions! Je ne puis que mêler ma douleur très sincère, très vive, à la vôtre incommensurable.D\u2019une lettre du capitaine Ducrot : .Hélas! que vous dire de plus?.C\u2019était là pour moi une amitié comme je n\u2019en ai jamais rencontré et comme je n\u2019en retrouverai jamais !.De Jacques Ferny ; .J\u2019aimais Paul de tout mon cœur, et il n\u2019y avait pas d\u2019affection qui me fut plus précieuse que la sienne ni dont je me sentisse aussi sûr.Nous sommes ainsi certainement plusieurs qui perdons en lui notre « meilleur ami ».Il y a si peu d\u2019hommes sur la terre qui soient dignes d\u2019un si beau titre qu\u2019on est obligé de se les partager.Et ils meurent !.De Pierre Foursin, conseiller municipal de Paris, vice-président du Conseil général de la Seine, fondateur de plusieurs agglomérations d\u2019émigrés français au Canada, notamment du village canadien de Montmartre : .Le souvenir de notre eher Paul Fabre n\u2019est pas seulement un bien précieux que chacun de nous va garder dans son cœur, c\u2019est la raison pour notre association de survivre à son fondateur.L\u2019ami qui nous réunit, nous fit nous connaître et nous aimer n\u2019est plus, mais il n\u2019a pas éteint en nous quittant le foyer d\u2019amitié qu\u2019il avait créé.Maintenons donc l\u2019œuvre que Paul Fabre animait de son activité et de son sentiment artistique si affiné et si élevé.L\u2019union des amis de leur fils, se resserrant au milieu de l\u2019affliction commune, adoucira peut-être la douleur d\u2019un père et d\u2019une mère, d\u2019une grande et vénérable aïeule qui avait la grande ambition et l\u2019espoir, dans son extrême vieillesse, de donner en son petit fils à son pays un haut serviteur de plus, un homme digne de son époux et de ses fils.Enfin le Gardénia, compte d\u2019assez nombreux et éminents camarades canadiens pour qu\u2019on puisse affirmer, sans aucune exagération, que son union sera l\u2019union intellectuelle et morale indestructible du pays de Paul Fabre et de Paris.De Robillard de Marigny, avocat à la Cour d\u2019Appel de Paris : .Il était inépuisablement serviable.Canadien dans l\u2019âme, il avait pour le Canadien venu à Paris, le dévoüment absolu.Ce dévoûment, il le témoignait jusque dans la mort : pas un Canadien tombé isolé en France à qui Paul Fabre n\u2019ait rendu le pieux hommage de la dernière conduite; à ses côtés, il entraînait souvent des amis à lui, qui devenaient ainsi, par un lien mystérieux, ceux du mort.Prématurément, Paul Fabre est parti; sur lui n\u2019ont été versées que des larmes sincères ; la douleur poignante, unanime, qui étreignit les cœurs lors du dernier adieu, témoigne combien Paul Fabre était aimé.Notre ami nous a devancés; qu\u2019il né nous oublie pas ; nous lui continuons notre affection sans oublier jamais l\u2019exemple de ses précieuses qualités.De Vincent Hyspa : .On lui était tout de suite dévoué.Concourir à sa demande aux représentations du « Gardénia » était une joie.il était impossible d\u2019être plus charmant, d\u2019esprit et de cœur plus ouverts.De M.René Grivart de Kerstrat : .Que dire de lui que tout le monde n\u2019en ait pensé ?Qu\u2019il était bon, loyal, dévoué, fidèle ; que nous l\u2019aimions et qu\u2019il nous aimait.Pourquoi faut-il que ceux-là s\u2019en aillent qui devraient rester ?Pourquoi de ces tombeaux sur la route ?.Pauvre Paul ! La plus grande peine en quittant la vie a dû être de songer aux désespoirs et aux tristesses que causerait sa mort.Je n\u2019oublierai jamais en ce qui me -concerne le charme des heures coulées ensemble, et chaque fois que son nom reviendra sur nos lèvres, je me reprendrai, je crois, à murmurer avec le poète : Lui, le meilleur de tous et le premier parti ! De Georges Duval, l'auteur dramatique : .Paul Fabre n\u2019était pas seulement la tête du « Gardénia » il en était aussi le cœur.C\u2019est ce cœur qui doit reposer parmi nous et dont nous demeurerons les gardiens fidèles.Il nous dictera encore les devoirs des amitiés qui nous réunissent et qui font, du même coup, notre joie et notre force .De Georges Fragerolle : Par son accueil d\u2019une [distinction aisée et toujours souriante, par sa curiosité de toutes les choses se rapportant aux lettres et aux arts, par sa bonté enfin dont les intéressés seuls ont connu l\u2019étendue, Paul Fabre était un de ces êtres qui attirent et captivent.Grâce à lui, autour de lui beaucoup se connurent et aimèrent à se rencontrer.Si quelque jour ils devaient, lui n\u2019étant plus là, se disperser, combien ils comprendraient plus douloureusement encore la perte que la mort stupide vient de leur infliger et'le vide immense que Paul Fabre, l\u2019ami de tous ceux qui l\u2019ont approché, a laissé derrière lui.De Berthier de Casaunau : .Les anecdotes sur son bon cœur seraient nombreuses surtout s\u2019il fallait compter le nombre de fois qu\u2019il vida entièrement sa bourse et se priva de tout plaisir pendant des semaines, pour obliger des camarades nécessiteux.Nous pourrions citer encore des lettres affectueuses de beaucoup d\u2019autres personnes, entre autres : Le peintre Paul Robert ; Le docteur Charrier ; La comtesse Greffulhé ; MM.Eugène Réveillaud et Pierre Richard, députés ; L\u2019humoriste Narcisse Lebeau : Le chansonnier Nurna Blés, actuellement au Canada ; Gustave Babin, des Débats et de XIllustration ; Mme Clara Lacourt-Maugard ; Barrai, Chalmin, Maurice Minard, des théâtres de Paris; Pierre Vincenti, M.Debiève, M.Ch.-F.Just, de Londres ; Henri-Joseph, Desveaux-Vérité, Raoul Sau-lay, F.Ruhland ; Xavier Privas ; Etc., etc.Enfin, voici le témoignage de sympathie adressé par Son Excellence Sir Edmund Monson, ambassadeur d\u2019Angleterre, à M.Hector Fabre : Cher Monsieur Fabre Ma femme et moi avons appris avec le plus vif regret la mort de votre fils bien-aimé et nous venons vous offrir à vous et à Madame Fabre l\u2019expression de notre sjmipathie la plus sincère.Veuillez agréer, etc.Edmund Monson.DÉPART Pour Paul Fabre Quand les départs ne sont que des retours certains, L\u2019adieu des passagers a des rires de fête.Le navire appareille, égayé jusqu\u2019au faîte Par le pavoisement des ors et des satins.Car on sait qu\u2019il vaincra la mer et la tempête Et, confiant dans les favorables destins Qui le ramèneront après quelques matins, Le port, dès le départ, à le revoir, s\u2019apprête.\u2014 Mais, sur un vaisseau dont la voile est un linceul Et le mât une croix, tu t\u2019es embarqué, seul, Pour le mjrstérieux et long, si long voyage., Si long même que tu ne reviendras jamais.Et, regardant au loin s\u2019effacer ton sillage, Je pleure, ô voyageur, parce que je t\u2019aimais!.Charles- SSE R N A R D.A la mémoire de mon cher Paul Fabre L\u2019ami que nous pleurons chaque jour fut hanté De généreux instincts ; il ignora le blâme Ou la haine, et garda, triomphante, en son âme, La suprême vertu des hommes : la Bonté !.PIugues DELORME.Au souvenir de l'exquis jeune camarade Paul Fabre C\u2019est le Destin \u2014\u2022 Mourir ! Quelle que soit la Force Qui nous tienne debout \u2014 la Mort donne une entorse Aux pauvres pieds d\u2019argile \u2014 et nous couche à [jamais.Si haut, si loin que soient nos fronts dans les [sommets.Emile GOUDEAU.-?- NOTES DE VOYAGE Tel est le titre, modeste entre tous, d\u2019un petit volume publié par Paul Fabre à la fin de 1894, au retour d\u2019un voyage qu\u2019il venait de faire au Canada, son cher pays, en compagnie d\u2019Alphonse Allais, de Berthier de Casaunau et de Debiève.Nous en détachons une page sur Québec, sa ville natale, dont il parle avec tant de bonheur, dans un style si juvénile et si frais, que sa description semble vraiment sourire.A QUÉBEC Nous avions tous hâte de voir Québec, la vieille ville, où, malheureusement, les circonstances ne nous ont permis de faire qu\u2019un rapide passage.Ce petit voyage de Montréal à Québec, à bord d\u2019un des bateaux de la Compagnie du Richelieu, est une des choses les plus agréables qu\u2019on puisse faire.C\u2019est vraiment un service unique que ce service.Les voyageurs semblent être, à bord, plutôt des invités que des passagers ordinaires.On les traite comme des amis : s\u2019il leur plaît de changer de ceci ou de cela, de prendre la direction du bateau, ou tout au moins de se mettre dans les draps du commandant, il est fait ainsi qu\u2019ils le désirent.Je crois même qu\u2019une fois en route on demanderait à rebrousser chemin et à revenir au port reprendre un colis oublié, que le commandant se prêterait à cette fantaisie, sauf, pour ne point léser les autres voyageurs et regagner le temps perdu, à augmenter ensuite la vitesse de la marche.Tout se fait, en un mot, avec une amabilité telle qu\u2019on paraît ignorer qu\u2019ailleurs les choses se passent un peu autrement.Le capitaine Nelson et le capitaine Roy sont des figures qu\u2019on n\u2019oublie pas et qui représentent à perfection la bonhomie canadienne.Le premier arrêt est à Sorel, entre dix et onze heures.Alors tout le monde descend, PARIS-CANADA 0 pour le plaisir de se mêler à une foule animée et bruyante, très empressée et curieuse de savoir quels voyageurs vont passer sous ses yeux.On voit là s\u2019agiter dans l\u2019ombre, pendant qu\u2019on charge le navire, un fouillis pittoresque de touristes, paysans, commerçants, pêle-mêle, qui' entrent et sortent, hommes criant et bêtes mugissant.C\u2019est un coin de tableau vivant, remuant.Le bateau s\u2019éloigne du quai qu\u2019on se crie encore des bonjours.Tout ee monde est très cordial.Cordial ! C\u2019est l\u2019épithète qu\u2019on peut donner à tout dans la province de Québec; c\u2019est le trait caractéristique : notre population est essentiellement une population cordiale.De .suite, elle vous tend franchement la main ; en France, on ouvre les bras et on s\u2019embrasse.\u2022C\u2019est beaucoup pour les effusions ordinaires \u2022et qui ne doivent pas durer.Puis, nous entrons dans le lac Saint-Pierre, ¦qui, par cette belle nuit, nous rappelle l\u2019Océan aux heures calmes.Impossible de se coucher .avant Trois-Rivières, pour peut qu\u2019on ait ¦d\u2019amis à bord.Le matin, au jour, nous voici aux approches de Québec, si pittoresques, et la vieille cité apparaît avec l\u2019île d\u2019Orléans au fond du tableau.En débarquant, je trouve un vieux cocher qui me promenait gamin, qui a l\u2019air de m\u2019attendre, qui s\u2019attendrit à ma vue, comme moi à la sienne, ma foi ! et qui, la journée faite, ne voulait rien accepter, content de la seule satisfaction de m\u2019avoir fait revoir tous les coins de Québec que je connaissais d\u2019autrefois.Nous voilà à gravir la côte de la Montagne ; elle est un peu roide à monter, et l\u2019hiver, .sur neige et glace, à descendre, elle ne serait pas sans péril, si le petit cheval canadien n\u2019avait le jarret si souple et le pied si solide, et le cocher québecquois la main expérimentée.Les côtes québecquoises n\u2019ont rien qui m'effraie ; je suis né à mi-côte, rue Sainte-Ursule, et mes souvenirs me reportent au temps où l\u2019Evènement habitait une sorte de maison branlante, au haut de cette montée, et d\u2019où se détachait de temps à autre, sur les passants, une vieille pierre historique ou un vieil abonné.Il est d\u2019habitude de parler de Québec comme d\u2019une ville un peu en retard.Les Québecquois eux-mêmes n\u2019y manquent pas.Il est possible qu\u2019en arrivant de Chicago ce soit là l'impression qu\u2019on en reçoive ; en arrivant d\u2019Europe, c\u2019est different.Elle a certainement conservé des parties anciennes, et c\u2019est ce qui lui donne tant de cachet ; mais elle a aussi des \u2022quartiers tout à fait dans le mouvement,comme Saint-Roch et des boulevards de belle venue, comme la Grande Allée.La ville, en réalité, \u2022est d\u2019abord ancien et d\u2019allure moderne.Et que de coins pittoresques, avec des échappées merveilleuses, comme tout ce quartier du Cap d\u2019où l\u2019on aperçoit, par interstices, les hauteurs de Lévis, l\u2019île d\u2019Orléans, le vaste port, le fleuve magnifique ! je n\u2019ai pas vu Naples et n\u2019en puis rien dire, mais comme cette promenade de la terrasse Dufferin que domine de loin la citadelle, et au-dessous de laquelle serpente le vieil escalier et fermente la basse ville, est admirable ! Lorsqu\u2019elle est le soir envahie par la foule, restée gauloise d\u2019esprit et d\u2019allure, que traversent comme une traînée joyeuse les petites Québecquoises gentilles ; qu\u2019on entend pétiller le vieil esprit français, il semble que la France soit tout près.Ne dirait-on pas qu\u2019en écartant un peu, qu\u2019en rangeant du côté des Laurentides l\u2019île d'Orléans, on la trouverait derrière, écoutant les ¦échos fidèles de sa propre voix ! Nulle part peut-être on ne voit mieux briller son étoile.Québec est une ville unique ; aucune autre ne réunit de tels souvenirs à une conservation -si parfaite de son aspect primitif, de son ca- ractère historique, à une nature environnante si merveilleuse, à une société si aimable et si brillante.Comme me le disait un de mes compagnons de voyage, c\u2019est un bijou; et comment les américains qui viennent chercher en Europe de moindres spectacles, qui vont à Etretat, étriqué, à Trouville, baraque, je crois même à Dinard, poudré, ne finiraient-ils pas par priser ce joyau ?Maintenant surtout que le C.P.R.a mis sur sa terrasse un hôtel magnifique, Québec est destiné à être comme la ville de plaisance de l\u2019Amérique du Nord.Et avec la ville de plaisance grandira la ville industrielle.Cette situation géographique incomparable sera enfin mise en pleine valeur.Les touristes américains venus pour admirer un beau site, mais qui ne perdent jamais leur temps, découvriront aisément tout ce qu\u2019il renferme de ressources pour de plus grandes entreprises.La société québecquoise a une ph}rsionomie bien à part.Il n\u2019y a guère que là qu\u2019on trouve en Amérique une société qui songe à s\u2019amuser et que rien ne peut détourner de ses projets de fête et de plaisir.On sent un milieu qui a toujours contenu une capitale.L\u2019offîcialité n\u2019a rien de gourmé ; les fonctionnaires sont aimables, les gens en place bons enfants.On éprouve quelque confusion à les voir si empressés à vous satisfaire.C\u2019est à hésister à leur demander quelque chose, car ils ne vous refusent rien, et on a peur d\u2019abuser.Les édifices du Parlement ont un air ouvert, gracieux et comme accueillant ; ils sourient aux députés.On n\u2019a jamais, bien sûr, étoüffé de discours dans ces libres murs.On y parle comme à ciel ouvert.Allais aussitôt, voyant la grande porte ouverte, voulait entrer entendre un discours.Ça lui donnait soif d\u2019éloquence, lui qui n\u2019est jamais entré au Palais-Bourbon; il s\u2019est promis de revenir pendant une session.Il est convaincu que les députés anglais, clans ce milieu, doivent parler anglais avec un léger accent français.Nous allons à Spencer Wood, par la route Saint-Louis, pour en revenir par le chemin Sainte-Foye.C\u2019est une promenade charmante, et lorsque de Sainte-Foye on parcourt du regard tout le versant des montagnes, c\u2019est ravissant.Le lieutenant gouverneur, M.Chapleau, nous accueille avec cette bonne grâce qui est dans sa nature ; et nous voilà de suite à causer de Paris avec un Parisien, plus au courant que nous qui avons perdu langue depuis un mois, line nous reste, pour couvrir notre défaite, qu\u2019à causer du Canada, et alors notre hôte nous fait compliment d\u2019être si canadien .Le fait est que déjà mes compagnons parlent comme s\u2019ils avaient toujours habité le pays.Ils me renseignent, sans en avoir l\u2019air, sur mon pays.Ils n\u2019ont plus l\u2019air de se souvenir du train de vie parisien.Ce parc de Spencer Wood est tout à fait magnifique et de grand air.Avec cette large résidence, cette belle bibliothèque où l\u2019on retrouve, à côté des œuvres canadiennes, les dernières publications parisiennes, ces allées ombreuses, cette vue grandiose du Saint-Laurent, ce voisinage d\u2019une ville et d\u2019une société charmantes, ces réunions d\u2019hommes de goût très cultivé, ce serait une belle retraite pour quelqu\u2019un qui serait arrivé à l\u2019heure de la retraite.Mais M.Chapleau n\u2019a rien d\u2019un homme à la retraite.L\u2019éclat de son esprit, la vivacité de sa parole, sa vigueur physique, tout révèle en lui l\u2019homme d\u2019action, qui prend seulement un instant de repos, entre deux ministères.PAUL FABRE.Paul FABRE à l\u2019âge de 6 ans.- SOÜVKXIRS C\u2019est en 1880 que je fis la connaissance de mon cher Paul et depuis l\u2019heureux jour où je le rencontrai, une amitié solide nous lia, qui demeura inaltérable.Il avait alors treize ans, et déjà ses belles qualités s\u2019affirmaient.Bon et généreux envers ses camarades, rien ne lui appartenait ; sa joie était de donner.A l\u2019encontre des enfants de son âge, il était doux, timide, conciliant toujours.et ce sont des souvenirs charmants que ceux des jeux et des plaisirs partagés avec lui.Ah ! les exquises soirées passées au Cirque des Champs-Elysées ! Notre vieux cirque, l\u2019avons-nous aimé ! Avec quelle impatience nous en attendions l\u2019ouverture chaque année, et comme notre tristesse était grande le jour de la fermeture ! Nous assistions au spectacle jusqu\u2019à cinq fois par semaine et nos extases devant les clowns fameux de l\u2019époque étaient sans bornes.De l\u2019admiration à l\u2019imitation, il n\u2019y avait qu\u2019un pas, nous le franchîmes, et en compagnie de notre ami commun, Charles d\u2019Harmenon, nous devînmes, sans aucune espèce d\u2019hésitation, « clowns amateurs » sous le nom de Quick-Silver brothers.L\u2019organisation de l\u2019entreprise fut prompte.Paul Fabre mit à la disposition de la troupe une pièce de son appartement qui devint « la loge des Clowns.» Lieu sacré où nul n\u2019avait le droit de pénétrer que muni d\u2019une autorisation signée du directeur ; or c\u2019était moi le directeur (cet âge a des instincts pervers).Des médailles en argent furent frappées à nos noms respectifs : Dick, Tom et Bob Quick-Silver, et nous les arborâmes avec orgueil dans l\u2019exercice de nos fonctions.Les vieux chapeaux de M.Fabre nous furent d\u2019une grande utilité, et je dois à la vérité d\u2019avouer que nous les traitions sans aucun respect.Tous les fards nécessaires : blanc d\u2019Espagne, noir de fumée, ocres diverses étaient renfermés précieusement dans des pots uniformes, veufs du liébig qu\u2019ils avaient contenu auparavant, et disposés avec symétrie sur une console dénommée, vu la circonstance, « planche à maquillage ».-(Cette expression 6 PARIS-CANADA prenait dans notre bouche une importance considérable).Mais je vous dévoile les dessous du métier ; arrivons aux séances.Elles furent toutes très brillantes ; nous avions un talent incontestable ; c\u2019était du moins l\u2019avis de nos parents, et les soirées données chez eux nous valurent maints éloges ; nous les acceptions d\u2019ailleurs avec le calme qui sied aux gens qui ont conscience de leur valeur.Enfin, après une carrière bien remplie, c\u2019est-à-dire au bout de cinq ou six représentations, les membres s\u2019ankylosant, on liquida la Société.Les Quick-Silver brothers avaient vécu, mais ils avaient passé un bon moment.Cependant cette idée première d\u2019association devait être reprise sous une autre forme quelques années plus tard, et c\u2019est ainsi que Paul Fabre, très épris d\u2019art et toujours soucieux de grouper des amitiés, fonda le Gardenia en 1887.Son amour du théâtre, la délicatesse de son jugement, le tact qui l\u2019accompagnait en toutes choses, joints à ses grandes qualités de cœur, en avaient fait un Président accompli.Organisateur très doué, il fut excellent comédien.Très naturel à la scène, possédant de réels mérites, cet amateur aurait pu être un professionnel parfait.Sa'fin prématurée cause à tous ses camarades une douleur profonde, mais son cher souvenir ne cessera de présider aux destinées du Gardénia, qui fut son œuvre.Quant à moi, j\u2019avais lait de mon vieil ami le dépositaire de mes peines et de mes ennuis, et ayant toujours rencontré chez cette âme d\u2019élite le réconfort que j\u2019y venais chercher, je demeure inconsolable.A.BERTHEZ.-?- Ivlîv'S CONVOCATIONS du \u201cGARDÉNIA\u201d Jacques Ferny, dans ses adiéux à Paul Fabre, a parlé de ses camaraderies littéraires.Ces camaraderies, qu\u2019il s\u2019était créées surtout parmi les poètes et les écrivains gais, furent toujours très cordiales et souvent très familières.En parcourant la série des convocations rimées qu\u2019il demanda pour les dîners du « Gardénia», aux auteurs de ce petit cercle, on est frappé du caractère constamment rieur de ces sympathies.Les auteurs de chaque impromptu le citent toujours avec une affectueuse bonne humeur.Comme il avait un nom très difficile à mettre à la rime, les efforts faits par quelques-uns pour échapper à la rime « palabre » sont assez curieux.Les premiers, d\u2019ailleurs, ne l\u2019essayèrent pas.Hugues Delorme écrivait tout simplement : Voilà pourquoi notre indulgent Et bien cher président Paul Fabre M\u2019honore fort en m\u2019obligeant A faire en son nom la palabre.Emile Goudeau cherchait plus loin : Amis, le président Paul .Fabre M\u2019enjoint de vous téléphoner Que ce n\u2019est pas dans la Calabre Qu\u2019aura lieu le prochain dîner.En revanche, Lutz, le mois suivant, débutait ainsi : Amis, le président Paul Fabre (J\u2019entends Goudeau crier : « Au vol ! C\u2019est le début de ma palabre ! ») Et je corrige : Fabre Paul.Jacques Ferny, dont la convocation n\u2019était qu\u2019un torrent de joyeuses injures à l\u2019adresse de tous ses camarades, accouplait dans la même strophe les deux présidents de Paris et d\u2019Anvers : Paul Fabre, espion qui passe sa vie entière A nous susciter des incidents de frontière Avec l\u2019insolent Canada ! Rooman, orateur belge au discours homicide ! (Je suis resté gâteux depuis le jour putride Où ce parleur me présida).Jules Oudot imaginait un complot contre la sûreté de l\u2019Etat, et établissant un rapprochement entre la fameuse liste des 104 parlementaires accusés par un de leurs collègues et les 104 membres du cercle, criait au camarade « bien pensant » : A ce moment dirige vers Paul Fabre tes bons revolvers Et bravement ose l\u2019abattre D\u2019un plomb dans le dos.Cet homme a Dû tremper dans le Panama : C\u2019est le président des Cent-quatre I Citons encore Charles-Bernard : .Car, sans pitié pour mes pauvres esprits lassés,.Paul Fabre, président cruel et mal commode, Que ma Muse ne maudira jamais assez M\u2019a crié : t Nous dînons chez le Bœuf â la Mode Le dernier mercredi de ce mois de mai, vers Sept heures,-il me faut dans un quart d\u2019heure une [ode ! ».Etc., Etc.Voici maintenant les fac simile de deux originales adresses de lettres d\u2019auteurs envoyant à Paul Fabre leurs convocations : Du chansonnier Vincent Hyspa, : \"'\u201c\u2018VJ faV\tA yGWtr Vt_ cc &u_ àJ ofluemr j tzâlt faÂt \u2019/jL/y, b ' ¦\u2022V! -\u2019i \\ J\\ F.C £3 f\" i J c* crty Le.ncPn e/it/L Çci4,9emi awL- /VXf-, (Jc/OOQ?-a\tc «A /ve Ou MLconn ou//~\ttaûvc\tCctCe.c fo-^_ !>Ca n c Jii\tJerîtt./;/cu->\tm 0OiftcrvfcCfciT^ Du poète Hugues Delorme : (L\u2019original est à l\u2019encre rouge) (ZT4axk.Iv> SvjjÀf jt\t_ Q^\\\\aaà4Zkbl.ècwUZ txx.Hv-tewjL\tcuv J?njVLAvviwL, JrcdUtj &L\tA] j -\u20ac-14 tfuX'lû-, Q/Kc&iïb tJiMMA/lÛ 1Q UhJhjL ÿJU .(\u20228 CUEWuA\ttùvuJhjl.Qoj^CCrx^ Par ces quelques extraits et reproductions, pris au hasard, on voit combien la présidence de Paul Fabre paraissait aimable, combien sa personne était sympathique, et on sent quel précieux souvenir la collection des convocations du «Gardénia » va constituer maintenant pour ceux qui l\u2019ont conservée. PARIS-CANADA 7 A LA MÉMOIRE DE MON MEILLEUR AMI Paul FABRE SON PATRIOTISME Je laisserai à ceux de nos amis qui appartiennent .-au monde des lettres le soin de décrire l\u2019âme ¦exquise de Paul Fabre.Cette âme, ce cœur que je ¦connaissais pourtant si bien et qui s\u2019étaient donnés à moi sans restriction, s\u2019étaient tellement affinés et étaient devenus si complexes, sous l\u2019effort des .multiples préoccupations et des hautes pensées où se complaisait une intelligence d\u2019élite, queje craindrais de ne point trouver, pour les décrire, les termes appropriés et les mots justes.Je parlerai seulement du patriotisme de mon cher Paul; je tâcherai de traduire ici fidèlement sa façon d\u2019envisager ces terribles problèmes internationaux qui ne peuvent parfois se résoudre que dans les collisions sanglantes des peuples.Mon ami était « loyaliste » dans toute la force du terme et mettait une certaine coquetterie à le -proclamer hautement.Il professait le plus grand respect pour une constitution obtenue parses aïeux au prix de luttes glorieuses.Sincèrement il admirait l\u2019Angleterre pour la méthode si sage qui laisse â ses colonies une telle liberté et leur octroie de tels privilèges qu\u2019elles ne sauraient que chercher à maintenir indéfiniment leur situation vis-à-vis de la Métropole.Mais on peut dire qu\u2019au point de vue du sentiment tout son cœur allait tout naturellement à la France, berceau de ses ancêtres.Cette France, ¦comme il l\u2019aimait ! Et qu\u2019il aimait Paris, cœur de notre Patrie ! A l\u2019entendre parler de nos affaires, \u2022on l\u2019eût cru un Français de France ! Il se passionnait pour notre politique extérieure, suivait avec anxiété nos campagnes aux colonies, applaudissait ¦chaleureusement aux succès de nos armes.Enfin il prenait parti dans nos luttes politiques.A ses belles origines françaises il devait, en ceci, des instincts sûrs ; de puissantes forces ataviques le conduisaient toujours à la vérité; toujours dans les tristes dissentiments qui, depuis trop longtemps, divisent notre pays, il se rangea du bon côté.Il se faisait une conception extrêmement haute de l\u2019idée de Patrie .Comme tous ¦ceux qui tiennent par le sang à l\u2019élite du monde latin, il avait soif d\u2019idéal.Le culte du beau enflammait son cœur ; il attisait cette flamme, l\u2019entretenait soigneusement en lui, telle, jadis dans Rome, la vestale, attentive au rite, perpétuait le feu au foyer du temple.Il savait, pour avoir eu ¦des impressions d\u2019Art très répétées et très complètes, que l\u2019Art a une Patrie, faute de quoi l\u2019Œuvre manque de ce qui fait sa principale beauté :1e ¦caractère.Il avait pénétré les différences fondamentales qui divisent à jamais les races; il savait la force des lois obscures, mais imprescriptibles de l\u2019atavisme, l\u2019influence profonde du sol sur la race.Il avait éprouvé que les gens de lettres, les artistes et les hommes de science des autres contrées envisagent toute œuvre ou tout problème de façon toute autre que nous, ayant un cerveau fait autre-.ment que le nôtre.Pour cette raison, il aimait profondément 1 armée, il sentait que nous sommes les gardiens incorruptibles de cet héritage fragile et très précieux qui est l\u2019Art et les Lettres de France, j\u2019étais fier d\u2019une amitié, fondée sur de telles bases ! , Est-il vraiment besoin de dire, maintenant comment il aimait sa Patrie, le Canada ?Il 1 aimait passionnément, indiciblement.* Il allait jusqu\u2019à se reprocher de ne le point habiter ; pendant ces dernières années surtout, cette préoccupation revenait souvent dans ses conversations.Combien de fois il m\u2019a charmé au récit des beautés de sa terre natale ! Il me disait les grands fleu-ves, majestueux, immenses, si larges que d\u2019un bord on n\u2019aperçoit point l\u2019autre; la beauté des grands lacs, les surprenants contrastes des différentes provinces ; les saisons si nettement tranchées, 1 ardeur des étés, la splendide majesté des hivers.« Tu ne peux, me disait-il souvent, comprendre ici les charmes de l\u2019hiver ni en savourer les plaisirs ; c\u2019est chez nous qu\u2019il faut venir pour cela, d Chaque fois qu\u2019il retournait là-bas, il me proposait de m\u2019emmener avec lui.Malheureusement je ne pus jamais accéder à son désir, qui ¦ était le mien.Il admirait surtout et avec raison, le spectacle vraiment unique donné au monde par ces deux races, toujours bien tranchées, ne perdant rien de leurs traditions, ne reniant rien de leur passé, unies maintenant dans l\u2019amour de cette terre quelles avaient arrosée jadis de leur sang; vivant sans arrière-pensée côte à.côte et n\u2019ayant plus qu une rivalité : la lutte pacifique, l\u2019émulation glorieuse, à qui fera son pays plus grand et plus puissant ! Chaque page de ses Notes de Voyage montre qu\u2019il ressentait une égale sympathie pour les Canadiens anglais et pour les Canadiens français, et qu'il était payé de retour.Orgueilleux du présent, confiant dans l\u2019avenir d\u2019une nation très belle, jeune et nombreuse, il avait pour sa Patrie des idées de grandeur.Cet être de douceur et de bonté fût devenu un héros, s\u2019il lui eût été donné de voir une armée ennemie fouler le sol de la terre natale.Un jour que, seul à seul, nous devisions en frères des futures destinées du peuple canadien, je lui disais que le Canada aurait peut-être un jour maille-à-partir avec un adversaire très puissant et que, ce jour-là, les milices pourraient bien se trouver insuffisantes ; il me répondit fièrement : « Une telle race ne saurait périr ; elle pourra traverser de très grandes épreuves, mais en sortira toujours victorieuse ! » Ses beaux yeux, à ce moment, brillèrent d\u2019une fierté superbe.sa voix vibrait; elle se fit claironnante à tel point que j\u2019eus la vision de la vague d\u2019acier qui scintille au soleil de la victoire, montant d\u2019un irrésistible élan à l\u2019assaut des forces ennemies, dans les incendies et le fracas de la bataille ! Revenant à mon idée, je dis : « Qui sait si nous ne reprendrons pas cette discussion amicale plus tard, dans longtemps, si, comme il est possible, nous devenons « quelqu\u2019un » chacun dans notre pays ; peut-être alors seras-tu de mon avis.quand nous serons vieux.» « Quand nous serons vieux! » Pauvre cher ami! Capitaine J.D.DU « GARDENIA \u201d LES REPRESENTATIONS La Société dramatique, Le Gardenia, a été fondée à Paris, le 26 novembre i88p, dans le but de créer et d\u2019entretenir des relations amicales et de donner des représentations dramatiques.parle pas ici des intermèdes de poe'sies et de chansons, qui constituèrent un des attraits les plus caractéristiques de ces soire'es.) Comme les invitations étaient avidement convoitées, que la salle choisie, quelle qu\u2019elle fût, était toujours trop petite, et que le succès ne s\u2019est pas démenti une seule fois depuis dix ans au moins, il n\u2019y a aucune complaisance amicale de ma part à déclarer ici que le talent naturel de Paul Fabre (il jouait sous le pseudonyme de Paul Frény), résista parfaitement à l\u2019épreuve du vrai public.C\u2019était un interprète sobre, discret et fin.Comme on dit au théâtre il jouait nature, utilisait à la scène les qualités d\u2019élégance, d\u2019aisance et de distinction qu\u2019il avait à la ville, n\u2019avait aucun tic, ne déformait jamais un rôle pour en habiller sa propre personnalité ou une manière acquise, enfin s\u2019appliquait loyalement et sans cabotinage aucun à servir l\u2019auteur.Il admirait Antoine avec qui il entretenait d\u2019ailleurs des relations cordiales.Il assista au fameux déjeûner qui lui fut offert pour protester contre son départ de l\u2019Odéon en décembre 1896.Il attira au « Gardénia » Gémier, Barrai, Matrat, Félix Huguenet ; d\u2019autres artistes lui firent l\u2019amitié de venir passagèrement tenir des rôles.Tous étaient ravis de son accueil ; il apportait le soin le plus délicat à les faire briller et applaudir ; jamais il ne distribuait une pièce à son avantage ; à moins d\u2019insistance particulière de l\u2019auteur, il s\u2019attribuait presque toujours le rôle ingrat ou de moindre effet ; car il n\u2019avait aucune vanité, et jamais la plus légère et la plus fugitive buée d\u2019envie ne ternit le pur cristal de son âme.On a vu plus haut, dans la série des lettres Telle est la teneur de l\u2019ar-\"-ticle 1er des « Statuts du Gardenia ».Donner des représentations dramatiques ! Notez qu\u2019en 1887 Paul Fabre était encore presque enfant.Aussi ne s\u2019a-gissait-il tout d\u2019abord pour les jeunes associés que de jouer la comédie entre eux, chacun invitant ses parents et ses amis.Paul Fabre, qui avait des dons naturels de comédien, affectionnait par-dessus tout cegen-re de distraction.Ce goût lui était venu en même temps qu\u2019à son camarade d\u2019enfance, ArmandBerthez, doué comme lui pour la scène, mais qui, lui, entendait en faire sa carrière, et a, en effet, réussi à devenir à Paris même un comédien apprécié.Paul Fabre, lui, dut se contenter de briller comme acteur mondain dans les soirées données par le « Gardénia ».Comme je le disais Paul FABRE en 1900.tout à 1 heure, ces soirées furent d\u2019abord tout à fait intimes.On y jouait des pièces du répertoire courant pour le seul plaisir de les jouer.Mais, peu à peu, les relations du « Gardénia » s\u2019étendirent.L\u2019affabilité et le charme de son fondateur en firent un centre littéraire gai ; on invita aux représentations une notable partie de la presse et du Tout-Paris des premières, et on créa quelques petits actes de jeunes, puis même deux comédies importantes, (et je ne citées, en quelle haute estime le tenait Marius Poncet et quel cas il faisait de son jugement en matière de théâtre.Pour moi, qui ai eu personnellement à l\u2019apprécier comme interprète dans les comptes-rendus des soirées du «Gardénia», j\u2019ai toujours loué, comme il me semblait juste, l\u2019intelligente simplicité qui caractérisait son réel talent, et j\u2019ai eu souvent le plaisir de me rencontrer, dans l\u2019expression même de l\u2019éloge, avec d\u2019éminents critiques comme Claveau et 8 PARIS-CANADA des soiristes aussi parisiens que ce pauvre Raoul Toché et Richard O\u2019Monroy.Les œuvres inédites qu\u2019il fit réprésenter au « Gardénia » sont : Il n\u2019y a personne, un acte de Georges Tiret-Bognet.' Potoir or not Potoir, un acte de Jacques Ferny.Kerkakoff, un acte, de Lenéka et Matrat.Les Imprudences de Monsieur Bibloquet, trois actes, de Louis Autigeon.Le Papillon dans la Lanterne, un acte, de Jacques Ferny.Pierrotfinancier, un acte en vers, de Hugues Delorme.Cadiche, un acte, de Georges Fragerolle, Notre oncle, trois actes, de Maurice Lefèvre.Le Retour, un acte, de Georges Bernés.La Voix de Léonard, un acte, de Jules Oudot.Le Roi des Tempêtes et Paris, pièces d\u2019ombres, de Desveaux-Vérité, musique de Fragerolle.Il joua lui-même des rôles importants dans la plupart de ces pièces.Je n\u2019ai pas collectionné les éloges qu\u2019il y recueillit, mais je retrouve par hasard la critique du Gaulois (Toché) et celle du Soleil (Claveau) sur Les Imprudences de Monsieur Bi-bloquet.M.A.Claveau, dit dans son feuilleton dramatique hebdomadaire : «Il n\u2019y a vraiment que des éloges à adresser à M.Paul Frény qui a montré un entrain et une verve du meilleur aloi».Quant à Toché, il distingue « en M.Paul Frény qui joue le personnage de Bi-bloquet, un artiste plein de promesses ».Enfin, le rédacteur de la Reçue du Cercle Militaire dit que M.Paul Frény « fait pensera Germain ».ce qui était un grand éloge, puisqu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un vaudeville.Nous ne sommes encore, d\u2019ailleurs, qu\u2019en 1894.Le « Gardenia » et son président firent encore de grands progrès par la suite, et certes Toché n\u2019aurait pas pu écrire six ou sept ans plus tard cette joyeuse boutade \u2014 qui fut hélas ! une de ses dernières ! \u2014 : « Le Gardénia est une fleur, je ne dis pas le contraire, mais c\u2019est aussi une Société d\u2019amateurs qui jouent la comédie au Théâtre d\u2019Appli-cation.Et c\u2019est à ce titre seul que je prétends m\u2019en occuper.La chose eut lieu hier soir, devant un public nombreux et sympathique.Il y avait là des mères attendries, des sœurs palpitantes, toutes assises, et des journalistes debout.» Mais passons.On sait que, pour ces dernières années, les plus brillantes du « Gardénia », il n\u2019y a plus de critiques à citer, les théâtres à côté n\u2019ayant plus droit, sauf abonnement, aux rubriques dramatiques.La dernière création de Paul Fabre fut le rôle de l\u2019Américain Adams dans le Retour, de Georges Bernés (représentation de décembre 1900).Qu\u2019on me permette de rappeler ce que je disais de lui à l\u2019occasion de la saisissante composition qu\u2019il fit de ce personnage étrange.«.Par sa rondeur, son entrain, son autorité, la perfection d\u2019un accent anglo-américain soutenu pendant deux cent cinquante lignes sans la plus petite défaillance, il a mis le rôle d\u2019Adams au premier plan de la soirée.Son ton pressé, son énergie froide, son imperturbabilité ont donné à la susceptibilité du personnage une ressemblance qui, en abusant l\u2019auditoire sur le sens de son attitude, ont beaucoup contribué au succès du dénoûment.» Enfin, Paul Fabre fut toujours si modeste et si discret dans ses dévoûments et dans sa cha- rité que je ne voudrais pas contrister sa mémoire en insistant sur les représentations de bienfaisance qu\u2019il organisa.Toutefois, il m\u2019est impossible de ne pas les rappeler; elles furent au nombre de quatre, et, grâce au zèle qu\u2019il déploya, elles eurent toutes un brillant succès et soulagèrent grandement d\u2019intéressantes infortunes, qui ont, d\u2019ailleurs, adressé au « Gardénia », en ce jour de deuil, le suprême hommage de leur gratitude affligée.Jean de Guéras.LP \u201cCAPTAIN CAP\u201d Paul Fabre, tout.en prenant fort au sérieux ses fonctions administratives, était beaucoup plus gai que ne pouvaient le supposer ceux de ses compatriotes du Canada qui nel\u2019ont connu qu\u2019à son bureau ou dans l\u2019exercice de ses facultés diplomatiques.Comme président du «.Gardénia» il fut avec Alphonse Allais le principal auteur d'une plaisanterie parisienne énorme : le lançage du Captain Cap ! Le Captain Cap, dont Allais fit un personnage d\u2019épopée burlesque, n\u2019était pas un type imaginé de toutes pièces comme beaucoup des lecteurs du Chat Noir et du Journal l\u2019ont cru, mais une personnalité « arrangée s.L'album du Gardénia, paru en 1901, le dépeint ainsi : « Il s\u2019appelait Albert Caperon et était né à Paris.Mais il se disait capitaine de la marine marchande américaine, et à l\u2019appui de cette prétention, arborait le pseudonyme de Cap, et même, de temps en temps, un costume authentique de captain.Il avait une peur atroce de l\u2019eau et la perspective d\u2019une promenade en bateau sur le lac d\u2019Enghien le rendait malade.Jamais à court d\u2019inventions et de hâbleries, il se targuait des aptitudes les plus diverses et prétendait avoir été le héros d\u2019une foule d\u2019aventures fantastiques qu\u2019il narrait avec simplicité.D Paul Fabre l\u2019attira au c Gardénia » où il s\u2019évertua à mettre en pleine lumière sa niaiserie.monumentale et grandiloquente.Il le nomma «Chancelier!», donna des banquets en son honneur pour l\u2019obliger à prendre la parole, et le fît jouer, le plus souvent possible aux soirées dramatiques du Cercle.Bien mieux, en 1893, il le persuada de se porter comme candidat à Paris, aux élections législatives, organisa pour lui des réunions publiques, et fit apposer, dans la deuxième circonscription du IXe arrondissement des affiches froidement comiques qu\u2019il élabora en collaboration avec O\u2019Reilty, Auriol et Berthez.« Citoyens ! s\u2019écriaient, dans ces affiches, les quatre jajœux amis, la Bureaucratie est plus que jamais toute-puissante ! Or, jusqu\u2019ici aucun des candidats qui se sont présentés n\u2019a paru soupçonner l\u2019existence de ce Monstre accroupi aux portes de la Civilisation ! Cette pieuvre aux 100.000 tentacules, nul n\u2019a osé l\u2019attaquer ! Seul, un homme s'est levé ! le Captain Cap ! Et cet homme a regardé autour de lui ! Son regard a été obscurci par des nuages de San-daraque ! Plus de ronds de cuir! s\u2019est-il écrié.Les temps sont venus de renverser cette Bastille de cartons verts ! Et il a saisi la barre du paquebot de nos revendications .Tout le monde sur le pont ! a-t-il commandé, et à l\u2019abordage de la galère bureaucratique ! Au Far-West, le Captain Cap a combattu les Arapahoës.Il les a vaincus; il a scalpé leur chef ! Il va s\u2019attaquer maintenant à ceux que, dans son langage imagé, il appelle les sauvages blancs, les plus dangereux de tous !.etc.etc.» Le plus drôle, c\u2019est que le Captain obtint 200 voix.L\u2019année suivante Paul Fabre le fit battre en duel avec Darcey ; duel pour rire bien entendu et qui continuait la plaisanterie.Elle ne fut d\u2019ailleurs jamais méchante et elle eut pour résultat d\u2019immortaliser le Captain Cap, comme l\u2019avaient été avant lui le marquis de Carabas, Monsieur de Crac et Tartarin.J- F.LE \u201c GARDÉNIA \" D\u2019ANVERS Le \u201c Gardénia \u201d d\u2019Anvers, qui a pris à notre deuil une part dont nous sommes extrêmement touchés, publie en tête du \u201c Gardénia \u201d organe du cercle, sous la signature de son distingué président, un article dont nous détachons le passage suivant : Nous ne pouvions pas croire que la mort dût si impitoyablement nous l\u2019enlever.Nous ne le pouvions et ne le voulions croire, parce que nous avions peur de cette catastrophe qui devait causer tant d\u2019affliction.Paul Fabre était adoré : ce n\u2019est pas trop dire.On ne l\u2019appréciera jamais assez, on ne le louera-jamais trop! Il avait, pour ainsi dire « la vocation de la bonté » ;; il l\u2019accomplissait comme un sacerdoce.Bienveillant, encourageant, compatissant, dévoué, il le fut pour tous.Il voulait être agréable, rendre service à chacun.Il ne connaissait pas l\u2019amertume, l\u2019âpreté, pas même l\u2019ironie, parfois une très douce et très aimable taquinerie.Ni colère, ni méchanceté, ni rancœur,, ni jalousie, ni orgueil.Valant beaucoup, il ne cherchait pas à se faire valoir; sachant beaucoup, possédant des connaissances variées, très étendues, il avait un jugement très sûr et le mettait au service de ceux qu\u2019il conseillait discrètement.D\u2019une intelligence très élevée qui se manifestait par de nombreuses occupations, goûtant peu de loisirs, qu\u2019il consacrait encore, d\u2019ailleurs, à des travaux intellectuels.Précieux collaborateur de son père, M.Hector-Fabre, ancien sénateur, commissaire général du Canada en France, il l\u2019aidait dans ces délicates fonctions de diplomate, étant lui-même secrétaire du Canada à Paris.Depuis quelques années, trop absorbé par les affaires de son gouvernement, il avait donné sa démission de président du Gardénia, qu\u2019il continuait quand même à aimer, à surveiller et à guider.Cédant enfin aux instantes prières de ses amis,: il avait accepté le titre de Président-Fondateur.Son cœur noble, loyal, exerçait une irrésistible-attraction.Pauvre Paul ! Pauvres nous qui te pleurerons-toujours ! Etre exquis, âme sublime et tendre, autel où la bonté brûlait comme un divin encens ! Tu n\u2019es plus ! Atroce, déchirante réalité ! L\u2019implacable Faucheuse n\u2019a eu pitié ni des parents vénérés auxquels elle arrache le cœur, ni de nous, ses amis ; elle nous l\u2019a pris.Mais il n\u2019est pas mort en nous : nous gardons à jamais le souvenir de notre cher disparu.Les docteurs redoutaient une douloureuse agonie.Le ciel fut clément pour celui qu\u2019il rappelait.IL s\u2019est éteint doucement, sans appréhensions, sans souffrances, en paix avec les hommes et avec Dieu.Son âme s\u2019est envolée blanche comme une hostie, pure comme celle d\u2019un ange descendu parmi nous pour très peu de temps et retourné bien vite au séjour des élus.Il s\u2019en est allé dans une apothéose faite par notre unanime admiration et notre incommensurable regret.Notre pauvre cher Fabre fut accompagné à sa dernière demeure par une foule considérable, recueillie, affligée.Ce n\u2019était point là l\u2019indifférence de certains grands enterrements ; c\u2019était une immense douleur que nul ne pouvait assez exprimer.Ce fut magnifique, grandiose, émouvant et sincère comme lui-même, comme les fleurs amoncelées, mourant sur la bière et exhalant leur dernier parfum, comme la plainte des orgues, comme nos larmes !.Fernand ROOMAN.Le Gérant : Eugène Capdevielle.Paris.\u2014 Imprimerie BIENVENU, 59, rue Sainte-Amie."]
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