L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 septembre 1898, Septembre
2oe Année Septembre 1898 N 1 Revu».r«e e et de la Famille C.-J.MAGNAN - - - - Propriétaire et rédacteur-en-chef PEDAGOGIE A NOS LECTEURS A l’avenir, l’Enseignement Primaire, grâce à la générosité du Gouvernement provincial et à la bienveillante proteélion du Conseil de l’Instruction publique, sera adressé gratuitement à chacune des cinq mille écoles catholiques qui sont sous le contrôle des commissions scolaires.C’est un immense pas de fait dans la voie du véritable progrès.Par cette mesure, les autorités atteignent du même coup le personnel enseignant tout entier ; elles fournissent aux instituteurs et aux institutrices une excellente occasion de se perfectionner dans l’art si difficile d’enseigner ; elles donnent à chacun le moyen d’exercer sa profession avec goût et méthode.On dit souvent, et avec raison, “ dans le chemin de la vertu et de la perfection morale, celui qui n’avance pas recule”.Ceci est surtout vrai pour le maître qui se contente des connaissances qu’il a acquises autrefois à l’école normale ou au pensionat, et qui, confiant en ses propres forces, croit les conserver toute sa vie pour la tâche à laquelle il se livre chaque jour.A ce sujet, écoutons un des maîtres de la pédagogie moderne, Chastean : “ L’onbli, la routine, l’infériorité du savoir, tels sont les résultats d’un pareil système.Pour être réellement un bon maître, pour demeurer instruit et même en quelque sorte, intelligent, il faut étudier sans cesse ; car l’esprit se rouille comme la matière dont on ne se sert pas ou que l’on ne fait que rarement travailler : l’oubli vient jeter son voile sur ce qu’on savait si bien autrefois, et, après avoir enseigné pendant dix ans, pendant quinze ans, après avoir passé le meilleur de son existence dans des fonctions ayant pour objet de cultiver l’intelligence d’autrui, il peut arriver que l’on en sache moins long qu’à l’époque où l’on quitta les bancs de l’école.Qu’a-t-on fait pour arriver à un pareil résultat ?On 11’a pas étudié pour soi.” 95095 2 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Ce qui précède est d’une vérité frappante.Comprenant que l’ignorance est le plus grand ennemi de l’instituteur, voilà pourquoi tous les membres du Conseil de l’Instruélion publique ont bien voulu accorder leur confiance à notre entreprise ; voilà pourquoi aussi l’honorable Secrétaire provincial, qui a à cœur l’avancement de l’instruclion primaire parmi ses compatriotes, s’est fait un devoir de seconder les vues du Conseil en plaidant auprès de ses collègues la cause de VEnseignement Primaire.Au nom du corps enseignant tout entier, nous l’en remercions vivement.Nous réitérons aussi notre reconnaissance au Comité catholique du Conseil de l’Instruélion publique.A nos confrères de la presse, qui nous ont témoigné tant de sympathie, nous leur disons merci du fond du cœur.Maintenant, à vous, vaillants éducateurs de la jeunesse.Vous dire le bonheur qu’éprouve VEnseignement Primaire à pénétrer sous l’humble toit qui vous abrite, inutile.En quittant la vieille capitale, une fois le mois, il se rendra en toute hâte dans chacune des neuf cents paroisses de notre beau pays.Les chemins de fer, les bateaux, les omnibus, les facteurs, jusqu’à l’antique postillon, tout sera utilisé pour arriver le plus vite possible à destination.A chaque endroit de la province où brille un clocher, VEnseignement Primaire s’arrêtera ; il ne se contentera pas de séjourner au village, mais simultanément se répandra dans tous les rangs de la municipalité.Il frappera discrètement à la porte de la petite école, où on lui fera bon accueil?sans doute.Rendre votre tâche plus facile en vous fournissant régulièrement des lectures pédagogiques préparées par des hommes qui ont à leur crédit l’expérience et le savoir, et en mettant à votre disposition une partie pratique préparée spécialement pour nos écoles canadiennes, voilà la raison d’être de notre œuvre.A l’utile, nous ajoutons l’agréable : quelques pages traitant de religion, ci’histoire, de littérature, de science, etc., seront ajoutées chaque mois a la revue d’enseignement proprement dite.Au milieu de son isolement, l’instituteur ou l’institutrice a besoin d’une lécréation intellecduelle qui puisse lui faire oublier un instant les fatigues de la classe.Dans les chapitres intitulés : Le Cabinet de P Instituteur, Le Coin du feu, La Page de la jeune fille, Chronique du mois, Correspondance, Validés, puissiez-vous, chers confrères, trouver quelques consolations dans vos épreuves et puiser quelques forces pour la tâche du lendemain.Nous von-drions, a\ ec le secours de Dieu et le puissant concours de nos collaborateurs, faiie pénétrer quelques nouveaux rayons de soleil dans votre modeste chambre de travail.Rappelons-nous, instituteurs, que la petite école est le véritable arsenal où se préparent les combats de l’avenir.Et, en songeant qu’en votre qualité d’é- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 3 ducateurs les choses qui regardent la Religion, la Famille et la Patrie vous sont confiées, vous vous sentirez fiers de votre état et paierez de votre personne sans compter vos labeurs.Nous sommes sept mille instituteurs et institutrices dans la province de Québec.Que de grandes choses nous pouvons accomplir, si nous nous montrons dignes de notre belle mission ! La patrie est là, sous notre toit, avec nous, autour de nous, dans ce qu’elle a de plus charmant, de plus beau, de plus vivant, de plus admirable, de plus digne d’attention et de dévouement : l’Enfance.Puisque l’Eglise, la Famille et la Patrie nous confient leur trésor le plus précieux, il faut nous montrer dignes de leur confiance en donnant à la jeunesse canadienne-française une éducation chrétienne et pratique, une éducation immédiatement utilisable.Sachons inculquer à nos fils et à nos filles l’amour de la religion et un profond respect pour tout ce qui regarde l’honneur et la justice ; appliquons-nous à mettre souvent devant leurs yeux les belles pages de notre histoire nationale afin que plus tard ils restent toujours fidèles à la noble devise de la Société Saint-Jean-Baptiste : Nos Institutions, notre Langue et nos Lois ; enfin, efforçons-nous de leur faire acquérir à l’école une somme de connaissances utiles telle qu’ils puissent, dans la suite, lutter avec avantage, dans l’agriculture, l’industrie et le commerce, avec les enfants de nos concitoyens d’origine étrangère.La pfovince de Québec est grande comme la France ; d’immenses fleuves et de jolies rivières la parcourent en tous sens ; de nombreux réseaux de chemins de fer la sillonnent du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest ; elle est riche en mines précieuses et en forêts de tontes sortes ; les pouvoirs d’eau s’y comptent par milliers, en un mot, la matière première y abonde.Il ne manque qu’une chose à nos populations pour tirer partie de ces richesses sans nombre : l’esprit d’initiative, et bien souvent une solide instruélion élémentaire qui permet au plus humble des mortels, avec du travail et de l’économie, de devenir propriétaire, commerçant, industriel.Apprenons à nos petits Canadiens-français qu’ils peuvent devenir antre chose que de simples manœuvres : hommes de chantier, journaliers ou serviteurs ; que le travail opiniâtre et honnête, fécondé par l’intelligence, conduit an succès.Enfin, tâchons de former le caractère chez ceux qui, à l’âge de la majorité, seront invités à prendre part aux affaires publiques.Notre système gouvernemental exige de la part de cenx qui sont appelés à en bénéficier, une éducation capable de placer le citoyen au-dessus des misères de partis et à l’abri de la corruption électorale.Voilà ce que le pays attend de l’instituteur.Quelle tâche ! mais aussi, quel honneur d’être appelé à la remplir.Vj j > y v C;-.f.MAGNAN.v * ." J j ' > ) ¦» * > » t 4 l’enseignement primaire Les collaborateurs réguliers de “ l’Enseignement primaire” Nous avons le plaisir de présenter aux huit mille lecteurs de VEnseignement Primaire, les maîtres distingués qui ont bien voulu nous promettre leur concours pour la présente année scolaire : MM.les abbés Th.-G.Rouleau, prêtre, principal de l’Ecole Normale Laval ; A.Nunesvais, prêtre, supérieur du Patronage; D.-M.-A.Magnan, prêtre, curé de St-Gilles ; John Ahern et C.A.Lefèvre, professeurs à l’Ecole Normale Laval ; FAX.P.Demers, principal de l’Académie commerciale catholique de Montréal ; N.Brisebois et J.V.Désaulnieraf professeurs à cette dernière institution ; M.H.Antoine, professeur, M.B.Lippens, inspecteur d’écoles, et M.l’abbé E.Sirois, ptre., curé de Ste.Croix, comté de Digby, N.-E., ce dernier à titre de correspondant acadien.M.Hormisdas Magnan devient le secrétaire de la rédaélion.Le Surintendant de P Instruction Publique de Québec à Halifax Voici en quels termes le Chronicle d’Halifax apprécie la conférence que l’honorable M.de la Bruère a donnée récemmemt devant les instituteurs du Canada : “ Dans un maître discours, l’honorable monsieur a retracé l’histoire des écoles de Québec depuis leur commencement, divisant son sujet en deux parties : ic l’enseignement sous le régime français, 2° les écoles sous le nouveau régime.Le caractère principal de ce système d’écoles, est que la majorité, catholique ou protestante, ne peut pas se mêler des affaires scolaires de la minorité."A en juger par les statistiques que l’honorable monsieur a données et qui seront publiées plus tard, l’éducation dans la province de Québec est dans un état florissant.Le texte complet de cette conférence sera lu avec grand intérêt par tous les instituteurs modernes.” Nous offrons nos sincères félicitations à M.le Surintendant, qui a fait honneur à sa province au récent Congrès d’Halifax.lia proclamé hardiment, de\ ant un auditoire presqu’exclusivement anglais, avec quelle générosité les protestants sont traités, chez nous, relativement aux matières scolaires.Et 1 immense et distingué auditoire qui se pressait dans l’Académie de musique d Halifax pour entendre M.de la Bruère, a applaudi avec force aux vaillantes paroles du digne représentant du Bas-Canada.L Enseignement Primaire publiera en entier le travail du Surintendant.(i) l’Ecole Nonnak'^Tnomvr^ V v\letlte Voyférepcc que M.J.O.Cassegrain, professeur J q tei’-Carti"r^de' Montréal, a doi. .' ri; • ' g v.; iV-Jl; i a .¦;.”'ï : f\w Si S.G.Mgr FAFI/FCHK Evêque des Trois-Rivières Décédé le 14 juillet 1898, à l’âge de 80 ans. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Victoire est complément du verbe remporter ; mère, complément du substantif cœur ; ambition, complément de l’adjectif plein ; parents, complément du participe chéri ; courage, complément de l’adverbe beaucoup.Victoire est complément du verbe remporter ; mère, complément du Quand on voit une population de près de deux millions d’âmes se lever comme un seul homme pour répondre à l’appel de son nom, parlant la même langue, proclamant la même foi ; quand on la voit tenir par le cœur aux institutions et aux lois que lui ont léguées ses ancêtres, travailler courageusement à exploiter le sol qu’ils ont acquis main, on voit que ces deux millions d’âmes ne sont que l’épanouissement régulier des quelques familles françaises qui sont venues s’établir ici il y a à peine trois cents ans, pour évangéliser les peuplades sauvages et infidèles de ces contrées, il faut bien en convenir et dire : “ Digitus Dei est hic : Le doigt de Dieu est là.” Un développement aussi prodigieux à travers tant de vicissitudes et en présence de tant de difficultés, est bien réellement le cachet de l’œuvre de Dieu.Ces quelques familles étaient bien de celles que la divine Providence a privilégiées pour être l’origine et la source d’une nation.Ua discrétion et le soin qui ont présidé à leur élection pour cette haute mission nous autorisent, ce semble, à leur appliquer ces paroles de la Ste-Ecriture au patriarche Abraham : “ Sors de ton pays et viens dans la terre que je te montrerai ; je ferai de toi une grande nation ; j’y multiplierai ta postérité à l’égal des étoiles du ciel, et le nombre de tes descendants pourra égaler celui des sables qui sont au rivage de la mer.’ ’ Oui ! nous le répétons avec bonheur pour le passé et confiance pour l’avenir : nous, Canadiens-français, nous, les descendants de ces nobles familles qui ont donné des martyrs à l’Eglise et des héros à notre bien-aimée patrie, nous sommes aujourd’hui une nation.La terre que le sang de ces martyrs a purifiée, et sanétifiée, le sol que la valeur de ces héros a si légitimement conquis, défendu et conservé avec tant de sacrifices, est notre patrie.Le Canadien-français qui ne serait pas fier de son origine et content de sa patrie se montrerait, certes, par trop difficile.Bien peu de nations aperçoivent à l’aurore de leur histoire une auréole aussi glorieuse et aussi pure ; beaucoup, au contraire, ont en partage un territoire dont la fertilité, la salubrité climatérique et les richesses naturelles sont grandement inférieures à ce qu’offre la grandiose et pittoresque vallée du St-Lau- (i) “Le patriotisme, c’est l’amour de son pays, le dévouement à la terre où l’on a vu le jour ; c’est cet attachement inné dans le cœur de l’homme aux objets de la nature qui ont les premiers frappé ses regards, et qui ont été les témoins de ses premiers pas dans la vie.” ment du participe chéri ; courage, complément de l’adverbe beaucoup (A suivre') (d’après P.Larousse).VARIETES Une belle page du grand évêque patriote Les Canadiens-Français sont réellement une nation (i) au prix de leur sang, qu’ils ont arrosé et fertilisé de leurs sueurs ; quand l’histoire en Mgr L-F.Lafl 30 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE rent.Nous devons donc, Canadiens-français, bénir la divine Providence qui nous a si bien servis, et nous attacher inviolablement au sol où reposent les cendres de nos religieux ancêtres, et où de grandes destinées nous sont sans aucun doute réservées.Mgr LAFLLCHE.(La Société Civile).Patriotisme d’outre-tombe (i) Aujourd'hui nous jouissons incontestablement de plus de liberté qu’aucun peuple de l’univers.C’est à ce point que nous n’v songeons même plus.C’est presqu’un malheur, car nous sommes exposés, à défaut d’ennemis à combattre, à diriger contre nous-mêmes les coups que l’on portait alors contre une oligarchie méprisée.C’est là le plus grand danger, le seul que nous courrions aujourd’hui.Ah ! suivons donc le conseil paternel que nous donnait l’éloquent prédicateur delà St-Jean-Baptiste, lorsqu’il nous disait dans ses élans patriotiques que si les Canadiens d’aujourd’hui allaient se diviser ils perdraient le fruit des labeurs du passé.Si le vent de la discorde se mettait à souffler parmi nous, nous ne pourrions continuer l’œuvre glorieuse si bien commencée.Faisons donc aujourd’hui, sur l’autel de la patrie, le vœu de ne jamais susciter ces divisions qui absorbent un temps et des efforts qui seraient bien mieux employés aux grands intérêts que nous sommes tenus de servir ; qu’il n’y ait jamais parmi nous de ces gens qui se donnent pour mission “ D’abattre ou d’avilir tout front qui les dépasse, Et de faire petit ce que Dieu voulait grand.” La patrie vaut bien le sacrifice de nos griefs personnels, de nos plaintes, de nos ambitions, de nos préférences.A ce prix seulement nous assurerons l’avenir glorieux que nos héros ont rêvé pour leurs enfants ; à ce prix seulement nous éviterons les obstacles qui pourraient mettre en péril la destinée providentielle de notre nation.Dieu et la patrie le veulent, tous ceux qui ont du cœur et de la foi doivent le vouloir aussi.J’ai parlé de dangers.Pour ceux qui n’ont pas comme moi confiance dans la destinée providentielle de notre peuple, il semble qu’il y ait danger imminent.Nous sommes envahis de partout ; le flot des races qui diffèrent de la nôtre par la langue, la religion, les mœurs, se presse, toujours renouvelé, sur les rives de notre pays.Et dans le vieux monde, l’Italie qui se fait persécutrice, la France qui se fait païenne, semblent nous prédire que les nations catholiques, que les races latines, ont vu leurs meilleurs jours, et que notre nationalité, produit de ces deux civilisations, est en danger.N ayons crainte, cependant.Il ne tient qu’à nous de tout sauver, de vaincre tous les obstacles, d arriver au but et d’accomplir toutes nos destinées.Voyez-vous cette embarcation qui paraît si frêle ?Vous croiriez que la vague bondissante va bientôt l’engloutir ; elle a disparu un moment, mais le moment qui suit vous la montre se dessinant fièrement sur 1 azur du ciel, sillonnant la crête des vagues et plongeant hardiment dans (i) A l’occasion des fêtes du monument de Champlain. mm SIR ADOLPHE CHAPEAU Ex-Dieutenant-Gouvemeur de la Province de Québec Décédé à Montréal le 13 juin 1898.mmmm ¦'¦ ¦'¦iiyrMi'ÂO-tWjterï)' ¦ ¦ ¦ •'&’ V fp >S ¦ ¦:^êlÿà ¦MiZÏ ' ¦ > ,*v.¦ .: ¦ .-.: ' .' vQ v^- .v; éJ.-*ï
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