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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Novembre-Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • En son nom
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La vie des communautés religieuses /, 1998-11, Collections de BAnQ.

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mm wêssêë I ! LA VIE DEJ COMMUNAUTÉ/ RELIGIEU/E/ Vo I 56 dec 1998 no nov LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES ISSN 0700-7213 Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec N° TPS: 141050025 N° TVQ: 1019014190 Envoi de publication Enregistrement no.0828 Production: Hughes Corn Dessin des couvertures: Rita Montreuil, s.s.a.Direction André Bellefeuille, f.i.c.Tél.: (418) 877-5341 abellefeuille@ videotron, ca Téléc.: (418) 877-7810 Comité de rédaction Gilberte Baril, o.p.André Bellefeuille, f.i.c.Lorraine Caza, c.n.d.Denis Gagnon, o.p.Yvette Poirier, s.s.a.Secrétariat Pauline Michaud, s.a.s.v.Madeleine Paquin, s.a.s.v.Rédaction et administration La Vie des Communautés religieuses 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9 Tél.: (819) 293-8736 Téléc.: (819) 293-2419 La revue paraît cinq fois par an Abonnement: surface : 25$ taxes incluses (105 FF) (650 FB) avion : 29$ taxes incluses (125 FF) (750 FB) soutien : 40$ taxes incluses SOMMAIRE Vol.56 - no 5 - novembre-décembre 1998 Prier le Beau Dieu Soeur Jeanne Vanasse, s.a.s.v.Page 258 La vie consacrée reconnaît avec admiration la sublime beauté de Dieu (Vita consecrata, 16) et annonce ce que le Père accomplit par.sa beauté (Ibid.20).L’auteure contemple l’icône du Beau Dieu et son reflet dans l’âme des choses comme dans celle des grands mystiques.La prière et l’Esprit Saint dans les écrits de saint Paul Jacques Ferland, ptre Page 269 Paul, homme de prière.Comment prie-t-il?De quoi nourrit-il sa prière : supplications, actions de grâce, hymnes.Quelle en est la source?L’Esprit.Mais encore! Ces lignes arrivent avec bonheur à la fin de cette année préparatoire au Jubilé et consacrée spécialement au Saint-Esprit.Saint Jean-Baptiste de La Salle nous parle du Saint-Esprit à l’oeuvre dans les âmes et en Église Frère Gilles Beaudet, f.é.c.Page 282 Jean-Baptiste de La Salle maître spirituel, maître d’oraison?Reconstituer les lignes générales de la pensée lasallienne sur l’action de l’Esprit Saint dans les âmes et dans la communauté des fidèles, tel est le propos de l’auteur.Notre mémoire est pleine d’avenir Père Benoît Fortin, o.f.m., cap.Page 296 L’Esprit Saint inspire la prière, il suscite aussi l’engagement apostolique, l’action de Marthe aussi bien que la contemplation de Marie.L’auteur rend compte de trente années de rêves et de réalisations en solidarité avec des groupes populaires et communautaires. PRIER LE BEAU DIEU Jeanne Vanasse, s.a.s.v.ras* C’est dans le cadre naturel où il entendait être prié que Dieu voulut éduquer le peuple d’Israël et lui manifester ses volontés.Je ne suis pas habilitée à écrire une histoire de l’évolution des lieux de culte mentionnés dans la Bible : nature, tente, arche, temple.J’aimerais m’arrêter sur deux propositions : développement de notre sensibilité dans la vie de prière par la nature comme lieu d’intériorisation et Y icône comme présence à la prière.Nous le savons, toute l’histoire du commerce de l’humanité avec Dieu débute autour d’un arbre, celle de la piété du peuple d’Israël s’amorce également dans la poésie de la nature.La vocation d'Abraham commence auprès du chêne de Moré à Si-chem (Gn 12,8); et, plus tard, Yahvé lui apparaîtra au chêne de Mambré (Gn 18,1).Cette apparition des trois mystérieux visiteurs à Abraham, outre ce qu’elle figurera pour Abraham et Sarah, deviendra pour nous une préfiguration de la venue du Fils de Dieu et une révélation du mystère de la Trinité, magistralement écrite dans l’icône célèbre d’André Roublev.258 La Vie des communautés religieuses PRIER LE BEAU DIEU Sensibilité dans la vie de prière.Prenons pour acquis qu’il y a, latente en chaque être humain, une puissance d’éducation de la sensibilité qui ne demande qu’à être exploitée.On est agréablement surpris parfois de découvrir chez quelqu’un une finesse de perception qui ne s’était pas donné le mal de transparaître jusqu’au jour où on aperçoit au bord d’un sourire, ou dans un regard, quelque chose de vibrant devant un paysage, un enfant, un tableau, un beau corps humain, ou une belle architecture.Dieu a mystérieusement inscrit ses idées dans la matière et c’est une grâce que de percevoir le mystère d’amour de Dieu dans les beautés naturelles.Il faut encourager l’artiste chez l’enfant qui voit une cavalcade dans les nuages.Que l’enfant continue à voir des chevaux dans le ciel sans en avoir honte.Un jour, trop tôt, il sera un homme bien positif qui ne croit plus aux histoires de chevaux-nuages.L’enfant n’est pas un artiste, mais il est parfois artiste et poète.Sans raisonnement et sans effort, il traduit spontanément sa vision du monde.Elle est directe et concrète.Le soleil est un disque jaune qui ne donne pas de lumière et, conséquemment, pas d’ombre; les jardins sont des carrés verts, violets, bleus ou roses.Les hommes et les animaux sont d’abord un «petit bouton» entouré d’une ellipse, elle-même surmontée de cercles et de rectangles.«Dieu géomé-trise», disait Pascal.L’enfant découvre pour nous la géométrie secrète du monde.Il traduit les êtres comme il les «sait» exister et non comme il les «voit» exister, et cela en dehors de toutes les lois rigoureuses et sèches de la perspective et du trompe-l’oeil.Si la faculté de vision directe s’émousse et se perd avec le temps, une fois le stade ingrat passé, l’artiste enfant, s’il existait, retrouvera une nouvelle liberté; c’est une grâce qui se mérite au prix de longs silences, d’une humilité et d’un courage qui supposent une généreuse ascèse.C’est de ce point de vue que l’on peut regretter qu’en général les artistes ne soient pas des saints.Que la réciproque Novembre-décembre 1998 259 JEANNE VANASSE, S.A.S.V.puisse également se constater, est à peine moins regrettable.La sainteté devrait engager tout l’humain car la grâce ne détruit pas la nature mais elle la perfectionne.De façon générale, l’être humain peut enrichir ses moyens de perception et par eux, développer sa faculté de vibrer jusqu’à la saisie des plus fines nuances de la lumière et des sons.La nature comme lieu d’intériorisation.Rappelons que le Christ se plaisait à prier et à prêcher dans le temple de la nature.Nous savons, par les évangélistes, que les montagnes lui servaient volontiers d’ambon et de prie-Dieu; que les barques sur les lacs lui servaient de chaire de vérité.La nature nous apprend la simplicité, la pureté, la vérité, le dépouillement, la fraîcheur, le calme, le silence.Elle nous fait oublier les visions apprivoisées des écoles et des musées et nous oblige à recréer le monde pour notre propre compte.Il est vrai que les artistes nous ont appris à voir et si bien, que tout à coup, les glaçons du fleuve Saint-Laurent au printemps se mettent à ressembler aux toiles en noir et blanc de Borduas, dans les dernières années de sa vie; nos grands champs de neige désertiques, dont la lumière grise et tamisée blesse les yeux, je les vois tout à coup transportés sur les toiles de notre peintre Lemieux.La bétonneuse d’un chantier de construction (qu’y a-t-il de moins poétique qu’une bétonneuse habillée de boue séchée?) je l’ai revue dans une toile de Pellan.Il faut voir les riches tonalités jusque dans la boue! Cependant, tous ces artistes veulent qu’à notre tour, nous refassions la démarche et que le monde se mette à ressembler à notre oeil.Le silence est alors une condition de rencontre avec la nature et son Créateur.Rejoignons ici saint Jean de la Croix.«Il y a des lieux, dit-il, au moyen desquels la grâce divine fait naître la dévotion dans notre 260 La Vie des communautés religieuses PRIER LE BEAU DIEU volonté.Ainsi, une certaine disposition du site peut, par ses agréments, le charme du paysage, la beauté des arbres ou le calme de la solitude, éveiller naturellement la dévotion.pourvu que la volonté les mette promptement en oubli pour se porter vers Dieu».Saint Jean de la Croix contemple la nature en Dieu, mais il contemple aussi Dieu dans la nature, car la nature est l’image symbolique de Dieu même.En répandant mille grâces Il a passé par ces bois en grande hâte; Posant sur eux son regard, D’un reflet de son visage, Il les laissa tout revêtus de beauté1.En mon Aimé, f ai les monts, Les solitaires et ombreuses vallées, Les îles prodigieuses, Les fleuves au bruit puissant, Le sifflement des vents porteurs de P amour2.Sainte Thérèse prolonge cette pensée en remarquant que ce n’est pas de la nature qu’on se défend derrière les grilles de la clôture; au contraire, c’est bien là qu’on y protège le mieux sa sensibilité purifiée et son amour pour l’oeuvre du Créateur.Ajoutons que la beauté est l’attribut de Dieu auquel saint Jean de la Croix revient le plus souvent, beauté qui fait perdre le goût de toute beauté créée, en ce sens que celle-ci révèle son inconsistance, sa caducité, sa fragilité et nous fait souhaiter une beauté durable.Arbres.La Bible, nous l’avons dit, fait prier les Israélites auprès des arbres.Avez-vous jamais remarqué les arbres se profilant parfois comme des croix, ou comme des corps suppliciés?Comment ne pas penser alors au Christ lui-même?À la fécondité de l’arbre de la croix?Novembre-décembre 1998 261 JEANNE VANASSE, S.A.S.V.Certains arbres dénudés et tordus feront méditer sur la mort, ou bien ouvriront l’oeil de notre âme sur notre pauvreté spirituelle.Je verrais volontiers surgir du sol même, les grandes croix de nos cimetières : croix de bois, croix de pierre.Sollicités agressivement par les signes de la publicité, nous avons besoin du signe réconfortant de notre espérance éternelle.Ce monde, pour lequel le Christ est venu et vient encore a besoin, lui aussi, de vérifier occasionnellement que le signe de la croix garde toute sa valeur de signe de Pâques.On me permettra une réflexion quant à la croix communautaire que nous avons adoptée, dans ma congrégation, depuis les années soixante-dix.Dans sa conception, j’ai employé le langage direct et concis de l’évangile : une branche verticale et une branche horizontale.Quand on veut arborer le signe d’une réalité, il ne faut pas en rechercher la représentation pure et simple, mais en rechercher le signe et, un signe est une convention, et plus un signe est convention, davantage il peut signifier une réalité en la dépouillant des accidents qui retardent le regard intérieur.Si on porte attention à la texture utilisée dans cette croix, on notera que le rythme des lignes et des points est calculé et on fera aisément le rapprochement avec l’écorce du bois.Montagnes, grottes.D’où était venue aux Israélites l’idée de lever des roches pour offrir un sacrifice au Seigneur?Était-ce de la contemplation des formes naturelles des montagnes?On connaît le symbolisme des grottes et des cavernes qui ont attiré saint François d’Assise et saint Jean de la Croix.Ce dernier aimait jouir de Dieu dans la solitude.Quittant sa cellule, à Ségovie, il s’en allait parfois dans un ermitage, ou bien 262 La Vie des communautés religieuses PRIER LE BEAU DIEU vers quelques hauts rochers du jardin potager et se cachait dans une petite grotte, de la longueur d’un homme étendu, d’où l’on voyait le ciel, les montagnes, les champs et les baies du fleuve.«Un jour, comme la nuit tombait, après avoir passé un long moment seul en oraison, il était allé chercher son compagnon et, avec lui, s’était assis sur l’herbe; il lui avait parlé de la beauté du ciel, de la lune et des étoiles, et encore de la douce harmonie que font les deux avec leurs mouvements; de la sorte il était monté jusqu’au ciel des bienheureux.Alors son compagnon, voyant que la nuit s’avançait et qu’il fallait se reposer — et puis aussi que la rosée lui causerait des infirmités — l’avait pressé de rentrer.Et le Père Jean de répondre : «Volontiers, car je vois que Votre Révérence a envie de dormir.3» Les rythmes brisés des grottes pourraient bien évoquer le travail de la création auquel fait allusion saint Paul jusqu’à ce que la nature atteigne une stature parfaite dans VHomme-Dieu.La pierre levée du pays de Chanaan était encore informe : en Palestine, elle prend la silhouette du Christ en croix.L’eau.Que dire du pouvoir évocateur de l’eau?Elle évoquera le passage de la mer Rouge qui fut l’occasion du baptême du peuple élu; elle figurera l’Arche dans le Jourdain, permettant l’entrée du peuple en terre sainte.Elle rappellera encore le Baptême de Jésus et notre propre régénération.Jardins On connaît la puissance poétique des jardins japonais ; «L’arrangement des jardins japonais est si parfait qu’on ne songerait pas à changer une seule roche de place.La combinaison du sable et des Novembre-décembre 1998 263 JEANNE VANASSE, S.A.S.V.rochers est fascinante.Le sable représente l’infini du ciel, de la terre et de la mer.Les rochers sont les continents, ses habitants y vivant comme sur des îles.Même la formation des pavés de carrelage a son intérêt.Des pierres naturelles à travers lesquelles perce de la mousse créent un effet d’une austère quiétude.Au milieu du trottoir, les pierres sont arrangées de façon à garder l’attention à terre, en méditant4.» On pourrait en dire autant des arrangements floraux qui sont des synthèses de l’univers.Le monde est plein de rythmes, de couleurs, de formes qui échappent à la plupart par manque d’attention.D’autres, au contraire, les perçoivent continuellement et passent pour des distraits perpétuels.Les distraits, sauf erreur, ne sont pas ceux que l’on pense : on pourrait parler d’une sorte de pouvoir d’accommodation spirituelle de l’oeil de l’âme qui peut faire défaut et appellerait une correction du regard intérieur.L’icône comme présence à la prière.Tout a été dit, sauf par moi (Gilles Vigneault).Tout a été dit, ou presque, sur l’icône, sauf par moi.Voilà une justification qui aura peut-être suscité un étonnement en vous, lecteur ou lectrice.Cette boutade qui me sert d’entrée en matière, veut dire que personne d’autre que l’iconographe ne peut rendre compte de l’expérience qui lui est propre, personne d’autre que celle qui vous écrit aujourd’hui.J’ai parlé, plus haut, de la sainteté qui devrait être celle de l’artiste; à plus forte raison celle de l’iconographe.Chaque fois que je me dispose à écrire une icône, je le fais en éprouvant une certaine frayeur devant la tâche exigeante à accomplir, sachant combien l’icône est un pain dur à déguster, dur comme le pain d’une encyclique.C’est dépouillé et pur comme une mélodie grégorienne, comme un chant orthodoxe.264 La Vie des communautés religieuses PRIER LE BEAU DIEU Le but de l’icône est de nous faire accéder à la prière en dépassant toute valeur artistique.En ce qui me concerne, j’arriverai difficilement à prier devant une icône que j’aurai moi-même écrite, parce que mon attention sur d’éventuelles faiblesses d’écriture, sera sollicitée au détriment de la prière elle-même.Voilà déjà une disposition d’humilité excellente avant d’entrer dans le mystère de la prière.Consciente donc de ma faiblesse, je m’efface et je tâche d’accueillir la présence comme Abraham avait accueilli les trois mystérieux visiteurs au bord de sa tente.L’accueil est déjà une reconnaissance d’un besoin, d’une pauvreté, de quelque chose que l’autre possède et que je n’ai pas.Et j’essaie d’écouter ce que Dieu, l’Autre, peut avoir à me dire.Dans une lettre à son fils, Marie de l’Incarnation parle de son «oraison de respir» où elle montre que «pour sublime que soit une oraison, l’on n’est pas exempte de distraction».S’il arrive parfois que l’on s’ennuie à la prière, il faut durer (pain dur), surtout durer et inviter Dieu à demeurer avec soi; on n’a pas d’autre choix que de faire de sa prière, une prière habitée par son quotidien.L’iconographe, avant de se disposer au travail, s’adonne à une longue préparation.On a souvent parlé du jeûne comme condition préalable à l’écriture de l’icône.Le jeûne de la nourriture n’est pas possible à tous.La discipline que s’impose l’iconographe lui est souvent plus profitable que le manque de nourriture; le jeûne des sens peut s’avérer alors plus efficace.Convier les sens à la prière, comme on l’a vu en première partie, mais aussi, savoir les congédier au bon moment.Ce n’est pas en vain que les yeux immenses du Pantocrator, pour ne citer que lui, nous fixent dans une tentative d’absorber notre regard dans le sien.Ce n’est pas en vain que l’oreille est petite et se mue Novembre-décembre 1998 265 JEANNE VANASSE, S.A.S.V.en coquillage pour qu’on puisse écouter le bruit de la mer, symbole de l’infini.Ce n’est pas en vain que la bouche est ramassée, fermée, mais prête à laisser filtrer la Parole entre les lèvres comme un vent doux, comme le souffle de l’Esprit.Dieu n’est pas dans la violence du vent.Ce n’est pas en vain que l’iconographe souffle sur sa planche; par nécessité technique, il est vrai, mais aussi comme pour donner la vie à ce bois inerte (interprétation personnelle).Et que dire du regard bouleversant de la Vierge de Tendresse de Vladimir?Dieu se manifeste dans son silence, et ce silence est une parole, et ce silence est la Parole.Si l’iconographe prépare sa planche, la rend immaculée, éblouissante afin de mieux accueillir la Lumière, le priant prépare l’autel de son coeur afin d’accueillir son quotidien.La mémoire alors peut se taire et laisser parler Dieu.Pendant que l’iconographe tente de rejoindre intérieurement son modèle, de le reproduire par similitude et non par simple transcription graphique, l’image du modèle se fait de plus en plus impérieuse en lui, cependant que les traits, dans la vision intérieure, demeurent encore flous.Au réveil, je me rassasierai de ton visage (Ps 16,15); plus qu’au réveil, c’est à chaque instant que P iconographe doit se rappeler cette exigence.Il lui faut laisser descendre en soi cette image à écrire, afin de ne pas la trahir.L’iconographe demande à son modèle de l’aider, lui et ceux qui regarderont l’icône, et prieront devant elle en contemplant le mystère qu'elle suggère.L’icône alors entre en eux.Ils deviennent en quelque sorte des iconographes en cherchant à imiter le modèle, mais en le réinventant.L’icône est belle parce que son artiste est saint en voulant pratiquer l'imitation inventive.Era Angelico a été béatifié parce que son oeuvre est sainte et qu’elle est le reflet de sa vie.266 La Vie des communautés religieuses Celui qui prie devient icône, une icône plus belle que la représentation sur la planche qui, elle, demeure matérielle.L’icône, c’est le portrait de l’orant, de l’orante : Merveille que je suis, merveilles que tes oeuvres, Seigneur (Ps 139,4).L’iconographe utilise la création pour créer : la matière minérale (poudres de couleur), végétale (poudres de couleur et bois pour la planche), animale (jaune d’oeuf).D’où l’on voit que la nature vient encore à la rescousse de la prière.Tout comme on aura apporté l’offrande de son quotidien sur l’autel pour prier avec ce que l’on est, des êtres incarnés, nous devons utiliser aussi tout notre créé, tout ce dont notre vie est tissée : nos nerfs, notre tempérament, notre éducation, notre culture, notre richesse et notre pauvreté; nos sens extérieurs, surtout le regard pour, ensuite, utiliser notre regard intérieur.Il faut nous laisser peu à peu transfigurer pour devenir icône vivante; prier pour que le seul vrai PEINTRE, DIEU, nous aide à reproduire son image.En 1551, le concile de Moscou, chapitre orthodoxe, conseille que celui qui, par la grâce de Dieu, en a le talent, peigne; mais à l’autre, il faut l’interdire afin que sa maladresse ne soit pas une offense à Dieu.Mais à nous tous, il est demandé, talent ou pas, de reproduire en nous son image.D’où, l’importance de demander l’aide de Dieu dans le travail de notre propre transfiguration.Sur le bois, la première couche de couleur utilisée est le brun, couleur de la terre; le terre-à-terre de notre vie sera peu à peu transfiguré par la lumière intérieure; dans l’icône, cette lumière est ajoutée par couches superposées pour faire disparaître le créé progressivement.Tout peut nous sanctifier, même nos péchés.Utiliser le péché, c’est commencer à comprendre l’incarnation.Par cette façon d’utiliser tout le créé, nous amenons Dieu partout avec nous et le rencontrons dans les autres.Ainsi, pourrons-nous, icônes que nous serons devenus, nous donner mutuellement son image, nous faire cadeau mutuellement de notre icône.Novembre-décembre 1998 267 JEANNE VANASSE, S.A.S.V.Si l’icône est l’image d’un homme et d’une femme de chez nous en qui la grâce est présente, elle révèle l’éternité dans le temps de nos vies humaines.Dans l’icône de la Trinité de Roublev, par exemple, le regard circulaire qu’on peut observer entre les trois personnages, va dans le sens inverse des aiguilles de l’horloge comme pour marquer justement cette éternité à laquelle elle veut nous faire penser : le temps, par la représentation des figures incarnées, l’éternité, par ce mouvement à l’envers du temps.«O mon immuable!» dirait Élisabeth de la Trinité.Devant l’icône, pensons à la grandeur déposée en nous par Dieu, la propre image de Dieu.La meilleure preuve de l’existence de Dieu, à mon sens, c’est le visage humain.Regardons l’icône et laissons-nous regarder par elle, exposons-nous à sa chaleur, laissons-nous bronzer longtemps, longtemps sous ses rayons afin de devenir aussi beau et aussi belle que l’Epouse du Cantique qui chante : Je suis noire, mais je suis belle (Ct 1,5).Notes 1 Montée du Carmel, tome III, ch.XLII.Oeuvres complètes de Jean de la Croix, Bibliothèque européenne.2 Cantique spirituel, 5e strophe, p.694 et 14e strophe, p.696, Ibid.3 L’Espagne mystique, sainte Thérèse d’Avila, saint Jean de la Croix, Le Greco, p.Fr., Bruno de J,-M, Coll.Documents d’art et d’histoire, p.137.4 Revue Art Sacré, nunéros 11-12 (juillet-août) 1960.Jeanne Vanasse, s.a.s.v.251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué, Canada, J3T 1X9 268 La Vie des communautés religieuses LA PRIERE ET L’ESPRIT SAINT DANS LES ÉCRITS DE SAINT PAUL Jacques Ferland, ptre Introduction Au moment de préparer cet exposé, je me proposais de traiter du rôle de l’Esprit Saint dans la prière chrétienne, en m’appuyant sur les écrits de saint Paul.En cherchant à découvrir ce que saint Paul pouvait avoir à nous dire sur le sujet, j’ai été frappé et heureusement surpris par la place importante qu’occupe la prière dans ses lettres aux communautés chrétiennes.C’est pourquoi avant d’en venir à parler du thème de l’Esprit et de la prière, je voudrais vous entretenir, d’une façon plus générale, de la prière selon Paul, mais surtout de la prière de Paul.Paul, un homme de prière Une chose devient vite évidente quand on lit attentivement les lettres de l’Apôtre, surtout celles dont on est sûr qu'elles sont de sa main (car ce n’est pas le cas de toutes les lettres attribuées à l’Apôtre) : saint Paul lui-même était un homme de prière.Comment le savons nous?Nous le savons d'abord parce que lui-même nous le dit.À diverses occasions, l’Apôtre affirme qu’il prie, et même qu’il prie « sans cesse ».Au début de la première lettre aux Corin- Novembre-décembre 1998 269 JACQUES FERLAND, PTRE thiens, par exemple, il dit ceci: « Je rends grâce à Dieu sans cesse à votre sujet.» (1 Co 1, 4).Dans la première aux Thessaloniciens, l’expression est la suivante : « Nous rendons grâces à Dieu à tout moment pour vous tous, en faisant mention de vous sans cesse dans nos prières » (1 Th 1, 2).Et un peu plus loin : « Voilà pourquoi, de notre côté, nous ne cessons de rendre grâce à Dieu de ce que, une fois reçue la parole de Dieu que nous vous faisions entendre, vous l’avez accueillie, non comme une parole d’hommes, mais comme ce qu’elle est réellement, la Parole de Dieu.» (1 Th 2, 13).Ou encore, dans la lettre aux Philippiens : « Je rends grâce à mon Dieu chaque fois que je fais mémoire de vous, en tout temps dans toutes mes prières pour vous tous, prières que je fais avec joie.» Et ainsi de suite.Paul dit donc prier « sans cesse », « en tout temps », « à tout moment ».Nous pourrions penser qu’il s’agit là tout au plus de formules toutes faites qui ont bien leur place dans une lettre spirituelle.Mais je crois que les références de Paul à la prière et à sa prière personnelle sont trop présentes dans ses écrits pour qu’il s’agisse seulement de formules purement littéraires.Paul devait prier souvent et beaucoup.D’ailleurs, il enseigne clairement l’importance de la prière dans la vie chrétienne.A tous et à toutes, il recommande de prier et de prier sans cesse.Voici quelques exemples de ces recommandations de l’Apôtre : « Je recommande avant tout qu’on fasse des prières », dira-t-il à son disciple Timothée dans la première lettre qu’il lui adresse (1 T 2, 1).Dans la même lettre, il exprime son souhait qu’il y ait partout des hommes qui prient (2,8).Et l’apôtre invite à « prier longuement, sans cesse », à « prier toujours, tout le temps », « jour et nuit ».« Priez Dieu sans cesse; en toute condition soyez dans l’action de grâces.C’est la volonté de Dieu sur vous dans le Christ Jésus », écrit-il aux Thessaloniciens (1 Th 5, 17-18).Et voici par quels mots il achève sa lettre aux Ephésiens : « Vivez dans la prière et les supplications; priez en tout temps, dans l’Esprit; apportez-y une vigilance inlassable et intercédez pour tous les saints [c’est-à-dire pour tous les fidèles].Priez aussi pour moi, afin qu’il me soit 270 La Vie des communautés religieuses LA PRIÈRE ET L’ESPRIT SAINT donné d’ouvrir la bouche pour parler et d’annoncer hardiment le Mystère de l’Évangile, dont je suis l’ambassadeur dans mes chaînes; obtenez-moi la hardiesse d’en parler comme je le dois » (Ép, 6, 18-20).Il n’est donc pas surprenant qu’après avoir ainsi exhorté les communautés à prier avec autant d’intensité et de constance, lui-même se fasse un devoir de prier sans cesse.De toute évidence, Paul était un « priant » qui entraînait les autres à la prière.Encore aujourd’hui, sa Parole nous incite à prier beaucoup et avec constance.La prière de Paul Mais ce qui est particulièrement intéressant et instructif dans les lettres de l’apôtre Paul, c’est la nature et la source de sa prière.Comment prie-t-il?De quoi est faite sa prière?Qu’est-ce qui la nourrit?Pour trouver des réponses à ces questions, je me suis arrêté aux prières qu’il nous livre au début de presque chacune de ses lettres.Il valait la peine de le faire.Cet exercice a été pour moi très révélateur et particulièrement inspirant.Voici un premier exemple, tiré de la première lettre de Paul aux Thessaloniciens : Nous rendons grâces à Dieu à tout moment pour vous tous, en faisant mention de vous sans cesse dans nos prières.Nous nous rappelons en présence de notre Dieu et Père l’activité de votre foi, le labeur de votre charité, la constance de votre espérance, qui sont dus à notre Seigneur Jésus Christ.Nous le savons, frères aimés de Dieu, vous avez été choisis.Car notre Évangile ne s’est pas présenté à vous en paroles seulement, mais en puissance, dans l’action de l’Esprit Saint, en surabondance.De fait, vous savez comment nous nous sommes comportés au milieu de vous pour votre service.Et vous vous êtes mis à nous imiter, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole, parmi bien des tribulations, Novembre-décembre 1998 271 JACQUES FERLAND, PTRE avec la joie de l’Esprit Saint : vous êtes ainsi devenus un modèle pour tous les croyants de Macédoine et d’Achaïe.De chez vous, en effet, la Parole du Seigneur a retenti, et pas seulement en Macédoine et en Achaïe, mais de tous côtés votre foi en Dieu s’est répandue, si bien que nous n’avons plus besoin d’en rien dire (1 Thessaloniciens 1, 2-8).J'arrête là la lecture de ce passage, non pas parce que la prière de Paul est terminée, mais parce que c’est suffisant pour le besoin de cet exposé.Je dis que sa prière n’est pas terminée, même s’il semble être passé à autre chose, c’est-à-dire s’il s’est mis à raconter l’histoire de l’évangélisation des Thessaloniciens.En fait, Il est en train de rendre grâces pour l’oeuvre accomplie par le Seigneur dans cette communauté.Je rends grâces à Dieu, leur dit-il, parce que Dieu vous a donné de répondre à l’annonce de l’Évangile en l’accueillant de tout votre coeur.La prière d’action de grâces de Paul n’a donc pas pour objet des réalités abstraites, comme seraient l’amour de Dieu, sa miséricorde en général, ou d’autres merveilles semblables.Saint Paul rend grâces pour des choses très concrètes : les fruits de son ministère dont il a été le témoin ou dont il a entendu parler par d’autres.Béni sois-tu, Seigneur, dit-il, pour ce que tu as réalisé, dans ta bonté, au sein de la communauté de Thessalonique.Il s’agit là d’une vraie prière, inspirée du travail apostolique de Paul.Cette façon de prier de Paul peut grandement éclairer notre propre prière.D’abord parce qu’elle met en premier lieu l’action de grâces.Ce que Paul fait toujours.Ensuite, parce qu’elle nous suggère de rendre grâce non pas seulement dans l’abstrait, mais en fonction de réalités très concrètes dont nous sommes témoins ou de bienfaits dont nous sommes les premiers bénéficiaires.Rendre grâces au Seigneur pour ce qu’il a fait pour nous et même par nous, n’est-ce pas important et prioritaire?N’allons-nous pas trop vite à la prière de demande, intéressés que nous sommes à recevoir quelque chose de Dieu?272 La Vie des communautés religieuses LA PRIÈRE ET L’ESPRIT SAINT En cours de récit, i.e.alors qu’il est en train de rappeler tout ce que le Seigneur a fait pour eux, Paul sent le besoin de rappeler à ses lecteurs qu'il est toujours en train de prier, de rendre grâces.Voici ce qu’il dit : Voilà pourquoi, de notre côté, nous ne cessons de rendre grâces à Dieu de ce que, une fois reçue la parole de Dieu que nous vous faisions entendre, vous l’avez accueillie, non comme une parole d’hommes, mais comme ce qu’elle est réellement, la Parole de Dieu.Et cette parole reste active en vous, les croyants (1 Th 2, 13).Un peu plus loin, dans la même lettre, l’Apôtre reprend le cours de sa prière : il se réjouit des bonnes nouvelles que vient de lui rapporter son disciple Timothée : Maintenant Timothée vient de nous revenir de chez vous et il nous a donné de bonnes nouvelles de votre foi et de votre charité : il dit que vous conservez toujours de nous un bon souvenir, que vous aspirez à nous revoir autant que nous à vous revoir.Nous avons trouvé là, frères, en raison de votre foi, un réconfort au milieu de toutes nos angoisses et tribulations.Maintenant nous revivons, puisque vous tenez bon dans le Seigneur.Comment pourrions-nous remercier Dieu suffisamment à votre sujet, pour toute la joie dont vous nous réjouissez devant notre Dieu ?(1 Th 3, 6-9) « Comment pourrions-nous remercier Dieu suffisamment à votre sujet, pour toute la joie dont vous nous réjouissez devant notre Dieu ?».Il s’agit là, selon moi, plus que d’une formule.C’est sa prière qui s’étale devant nous, en toute vérité et transparence.Juste un peu plus loin, Paul continue sa prière; mais celle-ci se transforme maintenant en prière de supplication.Il demande d’abord à Dieu d’aplanir le chemin pour qu’il puisse revenir les ren- Novembre-décembre 1998 273 JACQUES FERLAND, PTRE contrer et les entretenir de la Bonne Nouvelle.Et il poursuit en priant ainsi : Et vous, que le Seigneur vous fasse croître et abonder dans l’amour que vous avez les uns envers les autres et envers tous, comme nous-mêmes envers vous : qu’il affermisse ainsi vos cœurs irréprochables en sainteté devant Dieu, notre Père, lors de l’Avènement de notre Seigneur Jésus avec tous ses saints (3.12).Voilà qu’apparaît le deuxième volet de la prière constante de Paul : la supplication.Ici encore, sa supplication prend son sens et son objet dans son ministère apostolique.Elle est, en fait, en continuité avec sa prière d’action de grâces.Il prie donc ainsi : Seigneur, je te rends grâces pour ce que tu as accompli par ta grâce auprès de la communauté de Thessalonique; je te rends grâces aussi parce que tu as soutenu mon travail apostolique.C’est en fin de compte par moi que cette communauté a été évangélisée.Maintenant, je t’en supplie, Seigneur, continue de soutenir ces gens qui sont devenus tes disciples.Donne-leur de croître dans l’amour fraternel et dans l’amour de Dieu.J’ai trouvé intéressant de relire cette partie de la lettre dans la perspective de la prière.Tout en racontant, tout en évangélisant, l’apôtre Paul est en prière; en prière d’action de grâces et en prière de demande.Paul est, de toute évidence, un homme de prière.Et il nous apprend à prier.Autre exemple très éclairant : la lettre aux Colossiens, dont voici le début : Nous ne cessons de rendre grâces au Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, en pensant à vous dans nos prières, depuis que nous avons appris votre foi dans le Christ Jésus et la charité que vous avez à l’égard de tous les saints, en 274 La Vie des communautés religieuses LA PRIÈRE ET L’ESPRIT SAINT raison de l’espérance qui vous est réservée dans les cieux.Cette espérance, vous en avez naguère entendu l’annonce dans la Parole de vérité, l’Évangile, qui est parvenu chez vous de même que dans le monde entier il fructifie et se développe; chez vous il fait de même depuis le jour où vous avez appris et compris dans sa vérité la grâce de Dieu (Col 1, 3-6).Un peu plus loin, l’Apôtre continue sa prière sous forme de supplication : C’est pourquoi nous aussi, depuis le jour où nous avons reçu ces nouvelles, nous ne cessons de prier pour vous et de demander à Dieu qu’il vous fasse parvenir à la pleine connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle.Vous pourrez ainsi mener une vie digne du Seigneur et qui Lui plaise en tout : vous produirez toutes sortes de bonnes œuvres et grandirez dans la connaissance de Dieu ; animés d’une puissante énergie par la vigueur de sa gloire, vous acquerrez une parfaite constance et endurance ; avec joie vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière.(Col 1, 9-12) On le voit, sa prière de supplication est faite avec tellement de confiance, qu’il la poursuit en faisant une série d’affirmations au futur, comme si sa prière devait être nécessairement exaucée : « vous pourrez ainsi mener une vie digne du Seigneur.vous produirez toutes sortes de bonnes oeuvres, vous grandirez dans la connaissance de Dieu.», et ainsi de suite.Cette supplication se rattache de façon particulièrement étroite à l’action de grâces qu’il vient de faire.Elle la prolonge, en quelque sorte.Après avoir constaté l’oeuvre de Dieu chez les Colossiens, il supplie Dieu de poursuivre chez eux son action et de les pousser encore plus loin dans la connaissance du Dieu vivant et de Jésus son envoyé.Novembre-décembre 1998 275 JACQUES FERLAND, PTRE Cette prière de demande se termine par une invitation à la prière adressée aux fidèles de Colosses : « avec joie vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière.» Saint Paul ne peut s’empêcher de communiquer son besoin de rendre grâces pour l’action merveilleuse du Seigneur au milieu de son peuple.La lettre aux Colossiens se poursuit alors sur le ton de la prière contemplative, avec la belle hymne au Christ premier-né : « Il est l’Image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature, car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre.» Paul est en contemplation devant le Verbe Incarné.Il emprunte très probablement les mots qu’il prononce à une prière liturgique de la communauté.Une belle prière qui a toujours pour nous autant de sens.Reprenez presque chacune des lettres de Paul et vous verrez qu’elles commencent inévitablement avec une prière d’action de grâces qui se poursuit longuement par la description des merveilles de Dieu, des merveilles qu’il a accomplies dans la communauté à laquelle l’Apôtre adresse sa lettre.Je vous conseille d’ailleurs de le faire, en vous laissant emporter par ce mouvement de prière, cet élan de reconnaissance qui part de la vie concrète et qui aboutit à une fervente supplication.« Ce que tu as fait pour nous et pour moi, Seigneur, fais-le encore, je t’en supplie.» L’Esprit Saint et la prière.Après cette longue réflexion sur la prière de saint Paul, j’en viens au deuxième point de cet exposé : l’Esprit Saint et la prière, selon l’Apôtre Paul.Les principaux textes néo-testamentaires sur cette question se trouvent dans l’épître aux Romains (8, 14-27) et dans l’épître aux Galates (4, 6).Nous trouvons là le fondement théologique de la relation entre la prière et l’Esprit Saint.Ecoutons ce que nous dit saint Paul dans sa lettre aux Romains : 276 La Vie des communautés religieuses LA PRIÈRE ET E'ESPRIT SAINT .tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu.Aussi bien n’avez-vous pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : Abba! Père! L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu.Enfants, et donc héritiers ; héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui (Romains 8, 14-17).Pareillement l’Esprit vient au secours de notre faiblesse; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, et Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l’Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu (8, 26-27).Que vient faire l’Esprit Saint dans notre vie de prière?Il ne vient pas seulement nous éclairer sur les chemins de la prière en nous montrant comment faire.Il n’est pas simplement, en ce sens-là, un Maître d’oraison.L’Esprit Saint lui-même prie en nous, dit saint Paul.L’Esprit ne vient pas simplement nous inviter à prier, Il est grâce de prière.Voici ce que dit à ce sujet le théologien Raniero Cantalamessa1: C’est cela la « bonne nouvelle » au sujet de la prière chrétienne! Le principe même de cette prière nouvelle vient à nous et ce principe consiste en ceci, que « Dieu a envoyé dans nos coeurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père! » (Galates 4, 6).C’est cela prier « dans l’Esprit » ou « par l’Esprit ».Ainsi dans la prière, pas plus qu'ailleurs, l’Esprit « ne parle pas de lui-même », il ne dit pas des choses nouvelles et différentes; simplement, il ressuscite et actualise, dans le coeur Novembre-décembre 1998 277 JACQUES FERLAND, ETRE des croyants, la prière de Jésus : « C’est de mon bien qu’il recevra et il vous le dévoilera », dit Jésus au sujet du Paraclet (Jn 16, 14) : il prendra ma prière et vous la donnera.Or, que nous dit, ou nous redit, l’Esprit Saint?Il nous dit que nous sommes par grâce les enfants du Père éternel.Il infuse dans notre coeur le sentiment filial.Ainsi, nous nous sentons fils et filles de Dieu : « L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu » (Rom 8, 16).Parce que nous nous savons et sentons les enfants de Dieu, surgit en nous l’action de grâces, cette action de grâces qui est au coeur de la prière de l’apôtre Paul.« Père, je te rends grâce », avons-nous le goût de clamer, « parce que tu as fait de moi et de nous tes enfants bien-aimés; parce que tu exerces constamment à notre égard ton amour de Père.» Seul l’Esprit peut susciter en nous ce cri du coeur lancé en toute vérité : « Abba! Papa! ».Seul, par conséquent, il peut faire naître dans nos coeurs ces « gémissements ineffables », qui sont l’expression surnaturelle de l’expérience de fils et de filles.L’Esprit Saint fait donc naître en nous des sentiments profonds de reconnaissance qui aboutissent normalement à la prière d’action de grâces.Et quand on a commencé à prendre conscience, dans l’Esprit, de l’amour paternel de Dieu à notre égard, quoi de plus normal que de se tourner vers Lui pour le supplier de nous venir en aide.Le sentiment filial donne donc sens à notre prière de demande.Mais l’Esprit, quand nous Le laissons nous entraîner, quand nous Le laissons prier en nous, nous donne de prier mieux.Plus l’Esprit nous révèle notre identité d’enfants de Dieu, plus il nous en dévoile toute la signification, plus aussi il nous entraîne à sortir de nous-mêmes et à demander des choses plus importantes; non seulement pour nous-mêmes, mais aussi et surtout pour les autres.En vrais fils et en vraies filles du Père, nous en venons à nous préoccuper davantage des biens de toute la famille, de la famille de Dieu, à nous soucier davantage du dessein d’amour du Père.Notre prière devient 278 La Vie des communautés religieuses LA PRIÈRE ET L’ESPRIT SAINT alors plus désintéressée, plus universelle, plus tournée vers l’Église et les autres.C’est alors en toute sincérité que nous disons au Père : « Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.» L’Esprit nous fait alors comprendre plus en profondeur la prière que Jésus nous a laissée.Il nous la fait prononcer avec plus de vérité.Notre prière devient alors plus semblable à celle de Paul qui passait tant de temps, tant de moments à supplier le Seigneur en faveur des communautés chrétiennes.On peut donc dire que nous prions parce que nous sommes enfants de Dieu et que nous le savons.Mais on peut également dire que plus nous prions notre Père du ciel, plus nous devenons de vrais fils et de vraies filles.Ainsi, l’Esprit vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il le faut.Il vient au secours de notre faiblesse en priant en nous et en nous apprenant à prier mieux.Il ne prie pas vraiment à notre place et il ne nous enlève pas notre responsabilité personnelle.Nous aurons encore à faire effort pour entrer en communion avec le Seigneur.Nous aurons encore à rechercher comment mieux prier.Et pourtant, l’assurance que l’Esprit Saint prie en nous et avec nous est un soutien non négligeable sur le chemin de la prière et de l’oraison.Et quand surviennent les moments d’aridité dans la prière, quand Dieu semble absent de notre coeur, il est particulièrement bon de savoir que l’Esprit continue de prier en nous.Je dis parfois aux soeurs plus âgées qui rencontrent de grosses difficultés dans leur vie de prière, généralement en raison de leur faiblesse physique : « Laissez l’Esprit prier en vous.» Il ne s’agit pas là seulement d’une formule, d’une parole qui se veut consolante, qui cherche à déculpabiliser.Il s’agit au contraire d’une conviction puisée dans la foi et nourrie par l’enseignement de saint Paul : « l’Esprit vient au secours de notre faiblesse ; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables.» Il y a donc un lien indissoluble entre Novembre-décembre 1998 279 JACQUES FERLAND, PTRE la prière chrétienne et l’Esprit Saint.Tout comme il y a un lien indissoluble entre notre identité d’enfants de Dieu et notre prière.C’est l’Esprit, et lui seul, qui nous fait dire : « Abba! Père! » Conclusion De tout cela, je retiens surtout les éléments pratiques suivants: 1.La prière chrétienne n’est pas simplement une oeuvre de notre intelligence, une élévation de notre coeur à laquelle nous parvenons par notre propre pouvoir.La prière chrétienne authentique n’est pas possible sans l’intervention de l’Esprit Saint.De même que personne ne peut dire « Jésus est Seigneur » sans l’aide de l’Esprit, ainsi personne ne peut vraiment prier sans son aide.2.Par conséquent, il est bon, de temps à autre, de prendre conscience de l’action de l’Esprit en nous au moment de la prière; et de faire appel à son souffle pour parvenir à prier comme il le faut.Invoquer l’Esprit Saint avant d’entrer en prière ne devrait pas être une simple routine.Il est plutôt question de se mettre dans le vent de l’Esprit.3.L’insistance de l’apôtre Paul sur la prière d’action de grâces qui précède toujours chez lui la prière de demande constitue une invitation à faire de même.L’exemple de Paul dont la prière part de la vie concrète est également éclairant pour nous.4.L’utilisation des prières que Paul nous livre au début de ses lettres peut être utile pour nourrir notre propre prière et pour nous entraîner à prier à partir de la vie.280 La Vie des communautés religieuses LA PRIÈRE ET L’ESPRIT SAINT Que l’Esprit Saint nous apprenne à mieux prier, individuellement et communautairement.Que la Vierge de l’Assomption aussi nous accompagne dans notre prière, elle qui « méditait toutes ces choses en son coeur ».NOTES 1 R.CANTALAMESSA : La vie dans la seigneurie du Christ, p.176 Jacques Ferland, ptre, aumônier 700 boul.Louis-Fréchette Nicolet, Qc, Canada, J3T 1V5 Novembre-décembre 1998 281 SAINT JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE NOUS PARLE DU SAINT-ESPRIT EN OEUVRE DANS LES ÂMES ET DANS L’ÉGLISE F.Gilles Beaudet, f.é.c.Connaît-on assez Jean-Baptiste de La Salle comme maître spirituel?On peut se le demander.Ses écrits, nombreux, sont de deux ordres complémentaires et inséparables: le monde scolaire' et le monde de sa communauté éducatrice; ils demandent à être retravaillés en2 quelque sorte pour passer la rampe3.Jean-Baptiste de La Salle n’a pas écrit de traité systématique concernant le Saint-Esprit, bien que ses études, en tant que Docteur en Théologie, aient dû inclure l’approfondissement des traités sur la grâce et aussi sur l’Esprit Saint.C’est occasionnellement qu’il en traite, mais en puisant dans le riche fond d’une doctrine qu’il a bien assimilée.D’ailleurs, La Salle n’a pas à chercher beaucoup en dehors de la sainte Ecriture pour nous instruire sur le Saint-Esprit.Est-ce à dire que nous connaissons déjà ce qu’il peut avoir à nous en apprendre ?Voire ! Nous n’avons pas oublié nos leçons de Biaise Pascal: «Deux personnes jouent à la paume et c’est la même balle qui est lancée, mais chacun le fait à sa manière.» Quelle est donc la manière de saint Jean-Baptiste de La Salle ?Notre article tâchera de reconstituer les lignes générales de la pensée lasallienne sur l’action de l’Esprit Saint.Nous reformulons ain- 282 La Vie des communautés religieuses SAINT JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE si, un peu maladroitement et de façon trop schématique, une pensée qui se trouve dispersée en divers endroits de ses écrits.On comprendra qu’il ne peut s’agir d’une étude exhaustive qui, elle, demanderait un volume tout entier.Mais nous croyons que cette «recomposition» parviendra à donner une idée acceptable de la doctrine lasallienne concernant le rôle du Saint-Esprit dans les âmes et en Eglise4.La vraie lumière L’Esprit Saint agissant en nous transforme notre façon de voir et de juger des faits autour de nous et des «choses du Ciel».En avons-nous fait l’expérience personnelle?Nous connaissons depuis quelque temps le témoignage fréquemment diffusé à la radio et ailleurs, de la conversion d’une athée militante devenue un ardent témoin de la vie surnaturelle5.C’est l’exemple vivant des transformations qu’opère le Saint-Esprit: elle comprend et admire les «choses du Ciel» qu’auparavant elle méprisait et dénigrait.La pensée de Jean-Baptiste de La Salle rend compte de ce genre de miracle venu du Saint-Esprit: Par la descente du Saint-Esprit, la vraie lumière est venue dans le monde.Le premier effet qu'il produit dans une âme qui a eu le bonheur de le recevoir, c est de lui faire voir les choses du Ciel tout d’un autre oeil que ne les voient ceux qui vivent selon l’esprit du siècle [.] Il fera connaître toutes choses en les montrant non pas seulement selon ce qu elles ont d’apparent, mais selon ce qu elles sont en elles-mêmes et selon qu’on les connaît lorsqu on les approfondit par les yeux de la foi (MD 44,1).Il n’y a que l’Esprit de Dieu qui puisse donner T intelligence des maximes répandues dans le saint Evangile et porter efficacement à les pratiquer(MD 44,2).Par son Esprit Saint, les Novembre-décembre 1998 283 GILLES BEAUDET, F.E.C.âmes pénètrent ce qu’il y a de plus caché en Dieu (I Co 2,10) EM 2,60.(Méd.32 au complet).Jean-Baptiste de La Salle revient fréquemment sur l’opposition entre une âme qui ne possède pas la lumière de l’Esprit Saint et celles qui vivent de son don d’intelligence: C’est l’Esprit de Dieu, la vraie lumière, qui éclaire nos âmes.Cependant la plupart des hommes n’y comprennent rien parce qu’ils aiment mieux les ténèbres que la lumière et qu’ils ne connaissent ni l’Esprit de Dieu (Mt 5,3) ni ce qu’il est capable d’inspirer et de produire dans les âmes.Et la raison qu’en donne Jésus-Christ est parce que leurs oeuvres sont mauvaises et que quiconque fait le mal déteste la lumière (Mt 5,44).Comme le monde est aveuglé par le péché, il a des maximes toutes contraires à celles que l’Esprit de Dieu enseigne aux âmes saintes et c’est par ces maximes [erronées] que le monde se conduit; ce sont elles qui sont en lui les sources de ses péchés et de la corruption de son coeur (Md 44,3,1).En lisant ce texte de La Salle, je le transforme bien volontiers en une image informatique toute simple.Ce que La Salle me dit évoque pour moi comme une sorte de logiciel de l’Esprit Saint (ses maximes) qui accompagnerait l’âme dans son agir quotidien.La vie dans la grâce Il y a donc dans l’être humain, comme une lutte de deux esprits.Cette lutte que saint Paul nous a déjà signalée: «Laissez-vous mener par l’Esprit et vous ne risquerez pas de satisfaire la convoitise chamelle.Car la chair convoite contre l’esprit et l’esprit contre la chair; il y a entre eux antagonisme; si bien que vous ne faites pas ce que vous voudriez.6» 284 La Vie des communautés religieuses SAINT JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE On peut compléter la vision lasallienne de cet antagonisme «esprit de Dieu vs esprit du monde» par l’énoncé suivant qui montre l’action positive de l’Esprit habitant l’âme: L'Esprit Saint ne vient dans une âme que pour lui donner la vie de la grâce ou pour la faire agir avec grâce.Comme il est nécessaire de vivre pour pouvoir agir, le premier mouvement que l'Esprit de Dieu doit donner à un coeur dont il prend possession est de produire en lui la vie de la grâce (MD 45,1 ).Par la force du Saint-Esprit, T âme est en mesure de résister à ce qui peut lui faire perdre cette vie de grâce (MD 45,2).L’Esprit Saint affermit notre coeur dans le bien.Ne trouvons-nous pas dans ces propos un grand réconfort ?Si vous vivez par l’Esprit, agissez aussi par l’Esprit (Ga 5,17).Dans votre état vous devez agir par grâce et faire paraître que vous vous conduisez par le mouvement de l’Esprit de Dieu; qu’il n’y ait rien dans vos actions qui ne soit produit par la grâce (JMD 45,3,1 ).L’exigence nous semblera peut-être un peu forte, du moins pouvons-nous aspirer à cette situation idéale?Notons cependant que la référence à «votre état» ne s’applique pas uniquement à l’état religieux mais aussi à la condition générale des chrétiens.Au temps de saint Jean-Baptiste de La Salle, la spiritualité chrétienne est fortement imprégnée de T Introduction à la vie dévote et l’on a compris que la sainteté chrétienne se vit dans les «devoirs de son état», i.e.dans les engagements de son emploi, de sa vie quotidienne.«Assurez-vous que vous ne ferez jamais mieux votre salut et n acquerrez jamais tant de perfection qu en vous acquittant bien des devoirs de votre état, pourvu que vous le fassiez en vue de T ordre de Dieu», i.e.en cherchant l’accomplissement de la volonté divine (O.C.,R 6,1,4).Novembre-décembre 1998 285 GILLES BEAUDET, F.É.C.Filiation divine revigorée Il va de soi que dans cet accomplissement du vouloir divin, Pâme rencontre la complaisance du Père à son égard: Entrer en participation de l’Esprit de Jésus nous donne accès auprès du Père, comme ses enfants adoptés en son Fils unique (EM 10,231 ),( EM 2,51 ).Le Saint-Esprit à Y oeuvre dans une âme «la purifie de tout péché, lui donne ou lui augmente la grâce et lui inspire la pensée, lui donne Y amour et la force défaire le bien; il lui fait vaincre ses tentations et la console dans ses actions» (Devoirs, CL 21, p.53).L’action de l’Esprit Saint ne s’exerce pas uniquement à l’échelle individuelle.Du moins Jean-Baptiste de La Salle se plaît à le souligner, et c’est peut-être un trait particulier de son enseignement.C’est une dimension importante de la vie chrétienne, particulièrement signifiante dans la vie communautaire.Elle peut s’entendre aussi de toute l’Eglise.Jésus-Christ est au milieu de (la communauté) pour lui donner son Saint-Esprit» (EM 2,26) «pour unir ensemble [ses membres.l n ayant qu’un même Esprit qui est l’Esprit de Dieu» (EM 2,27; EM 2,36).Effectivement si l’on applique cette pensée à la dimension de l’Eglise tout entière, on comprend de quels bienfaits la présence de l’Esprit Saint est capable de combler la chrétienté en quête de son unité.Mais il est clair qu’il convient d’assurer le bénéfice de cette intervention au niveau des communautés de vie qui sont les nôtres, afin de ne pas nous perdre dans des rêves dont nous ferions trop facilement notre alibi.Puisqu’il anime plus directement une communauté religieuse, Jean-Baptiste de La Salle, en écrivant ses méditations, ne manque pas de 286 La Vie des communautés religieuses SAINT JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE s’arrêter plus spécifiquement à cet aspect.Il est soucieux de la qualité de vie spirituelle des maisons religieuses et il les voit comme des lieux dont «l’Esprit de Dieu seul devrait avoir la conduite» (MD 77,2,2).Ce sont des lieux où «les personnes ne devraient respirer que Dieu et ne penser qu’à lui plaire parce qu’elles se sont consacrées à son service» (MD 77,2,2).Dans cette condition, il n’est pas possible que l’Esprit ne soit en pleine action dans la communauté.Rayonnement surnaturel fécond À la tâche bénéfique d’unir les coeurs d’une même communauté, le Saint-Esprit ajoute celle d’aller chercher des coeurs qui se tiennent éloignés de la vérité divine.La Salle nous en fait prendre conscience.Si l’Esprit de Dieu unit les coeurs de ceux qui vivent côte à côte jour après jour, il est aussi le «merveilleux Conseiller» qui est capable de rejoindre les coeurs qui gravitent autour de nous à différentes occasions.C’est le cas de tout apôtre qui souhaite exercer un apostolat fructueux.Son «assistant», son Paraclet efficace sera l’Esprit Saint: Vous ne pourrez toucher les coeurs que par T Esprit de Dieu.Priez Dieu, qu après vous avoir remplis de son Esprit pour vous sanctifier, il vous le communique aussi pour procurer le salut des autres» (MD 44,3,2).Nous disions, en commençant cette petite étude, que l’enseignement de Monsieur de La Salle se présente sous deux ordres complémentaires et inséparables: celui de la mission (monde scolaire ou sphère apostolique) et celui de la personne (vie religieuse communautaire).Cette double dimension est aussi, toutes proportions gardées, celle de toute vie chrétienne prise au sérieux.Novembre-décembre 1998 287 GILLES BEAUDET, F.E.C.Comme vient de nous le dire saint Jean-Baptiste de La Salle, on ne peut accomplir la «mission» sans se remplir de l’Esprit Saint qui nous donne la capacité de toucher les coeurs.Aussi bien nous faut-il rappeler les conditions d’une prière de qualité.Ce n’est pas par une science naturelle que vous viendrez à bout des inclinations qui portent au mal, mais c est avec l’Esprit de Dieu et la plénitude de sa grâce que vous n’attirerez en vous que par la force de l’oraison.Eclairés de ses lumières, vous confondrez les mauvaises tendances de ces petites âmes et vous en éloignerez toutes les suggestions du démon» (MF 161,2,2).Prière pénétrante et dynamisante Une oraison animée par l’Esprit Saint se hausse à la qualité de prière du coeur, venue du plus profond de l’être.«C’est ce même Esprit qui fera monter mon oraison à vous comme un encens agréable» (Ps 141,2) et qui pourra ensuite conserver en moi l’esprit d’oraison (EM 6,171,3).«Dieu se communique volontiers aux hommes qu’il trouve détachés de tout; car II aime parler seul à seul, et plus trouve-t-il leur coeur vide des choses du monde, plus se fait-il connaître à eux et les remplit-il de son Esprit.» (MF 171,1,2).Jean-Baptiste de La Salle estime hautement la prière intérieure, la prière du coeur, si brève soit-elle.C’est un élan qui monte du profond de l’âme, sans besoin de formulation de mots.«Une simple attitude de mendiant qui expose sa misère sans employer de formules.» C’est, par exemple, un regard amoureux tourné vers le Christ mourant sur la Croix.Dans sa méthode d’oraison, il parlera d’oraison de simple attention ou de simple regard.C’est une prière intuitive dont il reconnaît la présence déjà dans les textes du moine Jean Cassien dont il cite un passage: «Quelquefois, dans la prière, l’Esprit se cache à soi-même dans un profond silence» (DA 405, 288 La Vie des communautés religieuses SAINT JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE 1,11).Cette pratique mène à la prière continuelle; c’est pourquoi on a pu écrire de Jean-Baptiste de La Salle: «Seul ou en compagnie, dans l’inaction ou dans le travail, il était avec Dieu et il savait trouver le moyen d’être toujours occupé de lui et pour lui.» (Vie par Blain, t.2, p.283) Un extrait de sa méthode d’oraison illustre l’enseignement que nous venons de signaler: «On peut s’appliquer au sujet de l’oraison par une simple attention, qu’on nomme autrement contemplation, et qui consiste à se tenir avec un profond respect intérieur en considérant le mystère par une simple vue intérieure de foi vive et respectueuse, qui porte l’esprit et le coeur à une disposition d’adoration silencieuse, d’amour, d’admiration, de reconnaissance et d’action de grâces, d’anéantissement et d’un désir de coeur de s’unir à Notre-Seigneur [.] et de participer à son Esprit et à ses grâces» (EM 8,2,10).On aura noté que cette forme de prière laisse agir l’Esprit Saint en toute initiative et peut procurer des faveurs surnaturelles que seuls les plus grands priants ont expérimenté et dont témoigne notre guide: «Soyez fidèle à ce que la grâce demande de vous [dans la prière] et, quelque indigne que vous soyez d’ailleurs des caresses et des faveurs de l’Epoux des âmes, [l’Esprit Saint], il vous en comblera» (Lettre 126).L’expérience spirituelle, cependant, connaît aussi des moments difficiles, des heures d’aridité que même une Thérèse de l’Enfant-Jé-sus a éprouvés malgré sa générosité surnaturelle.Jean-Baptiste de La Salle a vécu de telles heures de ténèbres, comme l’affirme son biographe: «Son âme ne goûtait plus la douceur divine, Dieu ne lui disait plus rien et le laissait dans les ténèbres» (Blain, 2, p.96).La Salle était assez instruit des voies de la mystique à travers Thérèse d’Avila, Jean de la Croix et d’autres grands auteurs, pour savoir que l’âme peut rencontrer de semblables épreuves.Mais il invite ses dirigés à comprendre ce qui se produit en de tels moments: Novembre-décembre 1998 289 GILLES BEAUDET, F.É.C.Il est quelquefois plus avantageux d’être privé de consolations spirituelles que d’en avoir; parce que plus on est dégagé de ce qui plaît aux sens, et plus on a de moyens d’aller à Dieu purement et avec un entier détachement de toutes les choses; c est alors que l’Esprit de Dieu vient dans une âme et qu’il la comble de ses grâces» (MD 35,3,1 ).Être rempli de l’Esprit de Dieu en proportion directe de la place que nous lui faisons en nous dégageant de nos attaches à toutes sortes de babioles, c’est l’enseignement constant de tous les spirituels.Nous ne sommes donc pas surpris de voir Jean-Baptiste nous rappeler cette loi de la vie ascétique et spirituelle.L’Esprit nous éclairera sur nos choix, sur les valeurs dignes de ce nom, il viendra aussi prier en nous avec cet art particulier qui est le sien, celui des «gémissements ineffables» dont parle saint Paul (Rm 8, 26).Il est nécessaire que l’Esprit de Dieu, par le moyen de la grâce actuelle, nous fasse connaître ce qui nous convient et nous mette en état de Vobtenir de Dieu, par nos prières (CE 20, DA p.196).L’écoute de l’Esprit dans la Bible L’action de l’Esprit Saint sera efficace en nous et autour de nous non seulement par les fruits de notre prière, mais aussi par notre assimilation de la Parole de Dieu.Puisque nous attribuons au Saint-Esprit, depuis toujours, la capacité de nous combler de ses sept dons merveilleux, il faut bien supposer que cette Sagesse, cette Intelligence, ce Conseil, cette Science seront particulièrement à l’oeuvre en nous lorsque nous nous appliquerons à scruter l’Ecriture.N’est-ce pas «en expliquant l’Ecriture sur tout ce qui le concernait depuis Moïse jusqu’à son dernier moment» que Jésus a ouvert les yeux des disciples d’Emmaüs perdus dans la tristesse de leurs ténèbres ?Oui, la lecture de la Sainte Ecriture est le lieu où 290 La Vie des communautés religieuses SAINT JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE l’Esprit Saint, selon la promesse de Jésus, «vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit.» (Jn 14,26).Si vous voulez être pleins de l'Esprit de Dieu et tout à fait capables de parler de Dieu, faites surtout votre étude des saints livres de T Ecriture et particulièrement du Nouveau Testament, afin qu il serve de règle de conduite et à vous et à ceux que vous instruisez» ( MD 170,1,2).C’est une conviction ancrée chez Jean-Baptiste de La Salle et nous ne sommes pas surpris de le voir rappeler autrement cette idée: «Lisez fréquemment la sainte Ecriture et que cette sainte lecture vous remplisse tellement de l’Esprit de Dieu qu’elle vous fasse faire avec facilité toutes ces choses [instruire, reprendre, corriger, conduire à la piété et à la justice] (MF 191,1,2).Nous serons frappés du lien étroit que fait La Salle entre l’Ecriture et l’Esprit Saint.C’est pourtant l’une des sources où il nous enseigne le plus directement et le plus abondamment.S’il nous est permis de faire un rapprochement, ce sera avec la Lectio divina.Par ailleurs, nous avons rencontré assez rarement chez les auteurs que nous avons consultés ce lien étroit établi par saint Jean-Baptiste de La Salle entre l’Ecriture et l’Esprit Saint.Une telle association s’explique chez le fondateur des Ecoles chrétiennes qui a donné pour marque spécifique de son Institut l’esprit de foi.Pour Jean-Baptiste de La Salle, la foi trouve son fondement dans la Parole de Dieu.Et cette Parole divine est inspirée par l’Esprit de Dieu.C’est donc l’Esprit de Dieu, et l’esprit de foi, qui est aussi «esprit du christianisme», que l’on retrouve à foison dans les textes de la sainte Ecriture où il faut aller s’abreuver et s’alimenter sans se lasser.Heureusement nous trouvons dans la constitution Dei Verbum de Vatican II, un encouragement à fréquenter assiduement la sainte Novembre-décembre 1998 291 GILLES BEAUDET, F.É.C.Ecriture: «L’Epouse du Verbe Incarné, l’Eglise, instruite par le Saint-Esprit, s’efforce d’acquérir une intelligence chaque jour plus profonde des saintes Ecritures, pour offrir continuellement à ses enfants la nourriture de la Parole divine» (D.V.no 23).Pour la lecture individuelle, une certaine sagesse demandera toujours de respecter la mise en garde donnée par le Père Rey-Mermet: «L’Eglise ne peut accepter, l’Esprit ne peut accepter qu’on prétende lire l’Ecriture, ou même la tenir, en dehors de sa Tradition, en se coupant des témoins de celle-ci.[.] Ni la Bible, ni le chrétien ne se peuvent sortir du courant de la Tradition sans mourir» (Rey-Mermet, Croire, 3, p.70,71).On peut être assuré que Jean-Baptiste de La Salle, en encourageant ses Frères à fréquenter le Nouveau Testament, le faisait aussi dans cet esprit de fidélité au magistère de l’Eglise.Mais ce qui est admirable c’est que La Salle recommande la fréquentation de la sainte Ecriture en langue française7 dans un temps où l’on manifestait bien des réticences à y inviter l’ensemble des fidèles.Intimité eucharistique, foyer de Vie Depuis les tout premiers siècles, on a reconnu que l’Esprit de Jésus-Christ est à l’oeuvre dans l’Église à la fois dans la table de l’Écriture et dans la table de l’Eucharistie.Jean-Baptiste de La Salle ne déroge pas à cet enseignement.Il nous a parlé ci-dessus de l’Écriture, mais nous savons qu’il a mesuré aussi toute l’importance de l’Eucharistie dans la vie du chrétien et dans la transmission de l’Esprit de Jésus-Christ.La doctrine eucharistique de saint Jean-Baptiste de La Salle a été admirée par le jésuite André Ramière8 et Jean du Cénacle9, de la Fraternité sacerdotale.Tous deux en ont saisi et exprimé la richesse et la profondeur.292 La Vie des communautés religieuses SAINT JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE L’Eucharistie a été instituée par Jésus-Christ pour nous conserver l’abondance de sa vie: «Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance.» «Ma Chair est la vie du monde.» C’est donc cette vitalité surnaturelle que Jésus nous communique, comme une nourriture, toute proportion gardée, nous transmet un principe d’énergie.Mais l’Eucharistie nous apporte, au coeur de tout cela, l’Esprit de Notre-Seigneur.Lorsqu’il entra dans la salle où les Disciples étaient assemblés après sa mort, Jésus ne souffle-t-il pas sur eux en disant: «Recevez mon Esprit» dont le souffle est métaphoriquement l’expression.«Rendre l’esprit» comme il le fit sur la croix, c’était signer le dernier moment de sa vie mortelle.«Remettre son esprit» entre les mains du Père, c’était sceller la volonté du Père sur cette vie humaine dans laquelle le Verbe s’était incarné.Mais, par le geste symbolique du souffle, évoquant le premier souffle du Dieu créateur sur l’argile terrestre qui allait faire surgir Adam, par le geste symbolique de son souffle sur ses disciples, il leur transmet et ceux-ci «reçoivent son Esprit», c’est-à-dire le principe de sa vie, une vie de ressuscité.Le Christ de l’Eucharistie dans la Pâque chrétienne, c’est le Christ reconnu par les disciples d’Emmaüs, c’est celui du Sacrement eucharistique qui réalise la promesse de Jésus: «Voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des siècles» (Mt 28, 20).Pour cette raison, Jean-Baptiste nous présente la communion comme une rencontre avec le Christ qui nous y fait cadeau de son Esprit de Vie.On a l’avantage, quand on reçoit le corps de Jésus-Christ, de participer à la vie du Sauveur [.] d’être assuré de vivre éternellement si l’on conserve en soi T Esprit de Jésus-Christ qui est ce qu il laisse en nous» (MD 43,3,2p; 54,3,2).Novembre-décembre 1998 293 GILLES BEAUDET, F.E.C.Conclusion Bien que nous ayons dû nous limiter à un exposé sommaire, nous avons essayé de mettre en lumière la pensée de saint Jean-Baptiste de La Salle sur le rôle de l’Esprit Saint dans les âmes et dans l’Eglise en tant que communauté de fidèles.C’est comme si nous avions fait appel à un spécialiste (ici, Jean-Baptiste de La Salle), pour nous dire ce qu’il pense d’un sujet complexe et dont tout le monde parle.Il faut espérer que le lecteur aura fait, avec l’aide de ce saint, la découverte d’aperçus valorisants pour son progrès spirituel.Notes 1 Conduite des Écoles chrétiennes, Règle du formateur des maîtres, Règle de la bienfaisance et de la civilité chrétienne, Instructions et prières pour la messe, la confession et la communion; Devoir d’un chrétien envers Dieu, catéchismes, exercices de piété.2 Méditations pour les dimanches et les fêtes de toute l’année, Méditations sur l’emploi de l’école, Recueil de différents petits traités.Explication de la méthode d’oraison, Règle commune, Règle du Frère directeur, correspondance, écrits personnels.On trouve tous ces textes (note 1 et 2) dans les Oeuvres complètes de st Jean-Baptiste de La Salle, 476 Via Aurelia, Rome.3 Parmi les ouvrages accessibles on trouve ceux de la Petite Bibliothèque lasallienne, par F.Gilles Beaudet, 300 chemin Du Bord-de-l’Eau, Laval H7X 1S9.La liste des ouvrages est disponible.4 Nous employons l’expression: «en» Église plutôt que «dans» l'Église pour souligner davantage la réalité communautaire de l’Église, plutôt que sa dimension magistérielle qui mériterait, elle aussi, d’être considérée dans une approche plus élargie.294 La Vie des communautés religieuses SAINT JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE 5 On comprendra qu’il s’agit du Docteur Nathalie Beaudet, psychiatre.6 Ga5,17.Passage expressif en soi, qu’il faut replacer dans son contexte global et interpréter dans les limites réelles de ce qu’il enseigne, évidemment.(Cf Rom 5, 17ss) 7 Préférablement l’édition de Denis Amelote approuvée par l’Église romaine.8 La mission eucharistique de saint Jean-Baptiste de La Salle, A.Ramière, Ed.du Messager du TSS.1902 ?9 Fleurs d'autel, neuvaine sur l’Eucharistie avec s.Jean-Baptiste de La Salle, 1924.Frère Gilles Beaudet, f.é.c.300 Chemin Du Bord-de-l’Eau Laval, Qc, Canada, H7X 1S9 Novembre-décembre 1998 295 NOTRE MÉMOIRE EST PLEINE D’AVENIR Benoît Fortin, o.f.m., cap.Lettre aux gens de /’ Outaouais.Nous inspirant de notre fondateur, François d’Assise, qui avait adressé une lettre à tous ses contemporains pour leur exprimer bien librement le coeur de sa pensée, la fraternité des Capucins de Hull aimerait, à son exemple et à l’occasion du trentième anniversaire de sa présence parmi vous, vous partager une lettre intitulée Notre mémoire est pleine d'avenir.Notre fraternité désire vous exprimer, d’une part, toute la gratitude qu’elle a à l’égard de la population ou-taouaise et, d’autre part, vous exposer bien simplement ses rêves d’avenir par rapport à l'Église et à la société.Notre histoire avec vous En 1967, Mgr Paul-Émile Charbonneau invitait les Capucins à envoyer des frères à Hull pour y travailler comme missionnaires.Ceux-ci prirent la décision de relever ce défi.En conséquence, quatre capucins s’installèrent, rue Kent, dans une petite maison style “allumette”.Certains d’entre vous se souviendront peut-être de François Carrière, de Rolland Bergeron, de Claude Hardy et évidemment d’Isidore.Au fil des ans, les uns sont partis, d’autres sont 296 La Vie des communautés religieuses NOTRE MÉMOIRE EST PLEINE D’AVENIR venus pour vivre diverses formes d’engagements dans le milieu.À titre d’exemples, nous pouvons parler de travail à caractère social, de la Jeunesse Ouvrière Catholique, de travail manuel, d’animation pastorale etc.Prendre la rue.Revenons à nos début pour mieux découvrir cette aventure missionnaire.Mais comment être missionnaires dans un pays chrétien?A cette question, Mgr Charbonneau répondit: Allez voir les gens et vous verrez.! Ainsi, le premier mouvement fut-il une prise de contact avec la population en allant de porte en porte pour identifier les besoins.Cette enquête-terrain mit en lumière certains problèmes sociaux: celui du logement, de la santé, de l’éducation etc.Lors d'assemblées publiques, les gens mirent en commun leurs difficultés tout en prenant conscience de certaines pistes de solution.Différents comités d’action s’organisèrent qui deviendront, avec le temps et la créativité de la population, des comités de citoyens.De différentes façons et bien modestement, nous avons été présents à ce bouillonnement de vie et de prises en charge.Avec le clergé, les communautés religieuses d’hommes et de femmes, les laïcs, les citoyens et les citoyennes, de la région, nous avons travaillé à la prise en charge du milieu.Quelques années plus tard, ce mouvement s’est élargi avec T Assemblée générale de T île de Hull (1968) qui deviendra le Regroupement des comités de citoyens et des citoyennes en 1972.Dès 1970, le Dispensaire des citoyens et des citoyennes se préoccupera de la santé de la population démunie.Plus tard, en 1973, il y eut la mise en place de la Table des Organismes volontaires d’éducation populaire et, en 1974, la fondation du comité Logement-va-pu.Comme vous tous, nous avons été présents et témoins de la créativité de la population qui s’est dotée de différents moyens pour provoquer les changements qui s’imposaient.Après cette courte N ovembre-décembre 1998 297 BENOÎT FORTIN, O.F.M., CAP.description, peut-on encore parler des Capucins?Difficilement, puisqu’au fil des ans nous nous sommes inscrits dans un collectif qui regroupait plus d’une centaine de personnes réparties en plusieurs comités.A l’intérieur de ce mouvement, nous avons été tantôt le levain, tantôt le grain qui meurt, tantôt celui qui tire en avant et tantôt celui qui tire de la patte en arrière.Il y eut des périodes de langueur et d’autres d’un dynamisme étonnant.Tout cela, pour vous dire en toute vérité que c’est à partir de vous et du cri des pauvres que les frères de la fraternité de Hull ont pu vivre ce qu’on appelle la conversion du coeur par les pieds.La rue Principale a été volée.Durant cette même période, la ville de Hull a connu un véritable chambardement par la construction d'édifices fédéraux et de boulevards, provoquant par la même occasion l’expropriation d’une partie de la population hulloise.A ce sujet, le P.Roger Poirier a même écrit un livre intitulé: Qui a volé la rue principale?Les petits propriétaires et les locataires ont été délogés et agressés par les spéculateurs.Ceux qui restèrent connurent des augmentations de taxe et de loyer qui ont ainsi provoqué un appauvrissement de la population en général.Peu à peu, nous avons vu progresser la pauvreté dans nos quartiers et plus particulièrement celle des femmes et des enfants.Pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, nous avons essayé d’être solidaires des forces de changement, c’est-à-dire des comités qui se sont levés et battus au nom de la justice et du respect de la dignité des personnes.A la même occasion, nous avons été témoins de cette résistance et des efforts courageux démontrés par les citoyens et les citoyennes au coeur de toutes ces luttes.Oui, il nous a été donné, au fil des ans, de constater la grande qualité du mouvement populaire et la valeur inestimable de la solidarité.298 La Vie des communautés religieuses NOTRE MÉMOIRE EST PLEINE D’AVENIR Prendre le chemin de la solidarité.Nous voulons vous dire notre reconnaissance pour nous avoir appris à mieux vivre notre engagement.Nous avons vu l’importance de nous déplacer, d’aller sur le terrain pour sentir dans notre chair ce qui arrive à l’autre quand il est humilié et appauvri.Nos yeux se sont ouverts sur les situations de vie et sur les causes véritables de la misère de nos milieux populaires.Merci pour ces temps d’informations et d’analyse dans des sessions ou sur le coin de la rue.Nous avons saisi que la solidarité est l’unique voie pour sortir de cette situation de survie.Nous avons vu la beauté de tous ces groupes qui, jour après jour, luttent pour une vie meilleure.Nous avons participé à beaucoup de manifestations et de fêtes et nous nous sommes sentis heureux d’être de l’aventure.C’est au coeur de ces mouvements que nous avons grandi dans la foi et l’espérance.Nous croyons que l’espérance passe par ces chemins solidaires et nous sommes reconnaissants pour la chaleur de votre accueil.L’Eglise de la rue.Nous avons découvert qu’une Eglise qui se veut authentique et missionnaire doit aussi s’inscrire dans la vie et les luttes des gens humbles et pauvres.A partir des luttes du milieu populaire, nous avons voulu appuyer un courant d’Eglise qui se veut solidaire des appauvris et qui s’engage dans la construction d’une société différente.Cet engagement s’est aussi incarné dans les cellules paroissiales.Nous avons été présents dans l’action de regroupement des paroisses de l’île de Hull et dans la paroisse Saint-Alexandre.L’engagement d’Arthur dans le secteur Fournier a souvent nourri notre vie.Nous espérons vivre cet idéal par notre style de vie simple et par nos engagements missionnaires en solidarité avec l’Evêque et les communautés chrétiennes d’ici.En conséquence, nous aimerions exprimer notre gratitude aux évêques qui nous ont toujours accueil- Novemhre-décemhre 1998 299 BENOÎT FORTIN, O.F.M., CAP.lis et soutenus.Au fil des ans, des liens d’amitié et de solidarité vrais et sincères se sont tissés avec les membres du clergé de ce diocèse, les communautés religieuses et les chrétiens et les chrétiennes qui se sont engagés à construire des communautés vivantes.Nous nous sentons portés par ce souffle de vie et invités à travailler pour une Eglise qui n’a pas peur de prendre la rue.Une mémoire de résistance et d’espérance.Pour conclure la première partie de cette lettre qui résume bien succinctement notre histoire commune, nous aimerions vous dire que c’est grâce à votre accueil, à votre ouverture d’esprit et à toutes ces complicités missionnaires qu’il nous a été possible de mettre nos modestes talents au service de la mission.Autrement dit, nous reconnaissons que nous avons appris beaucoup de vous et des gens du milieu en inscrivant nos pas sur la route de l’école de la vie, de l’école de la justice et de la paix pour un monde meilleur.Si vous nous le permettez et, sans rien enlever à qui que ce soit, nous voudrions faire mémoire de deux personnalités qui ont été de cette marche dans les années passées et qui ont été pour nous tous et, à plusieurs reprises, comme une lampe dans la nuit.Nous voulons nous souvenir de la présence ardente de Mme Yolande Duval et de Mgr Adolphe Proulx.Aujourd’hui comme hier, nous sommes heureux et reconnaissants d’avoir été invités à participer à votre vie et à votre action missionnaire.Après trente ans, le regard tourné vers demain, nous voulons rêver.Rêves et chantiers d’avenir Il nous est impossible de prévoir combien de capucins seront dans l’Outaouais dans les prochains siècles.Pourtant cette lettre ne se veut pas un testament d’anciens combattants! À partir de notre expérience commune, nous voulons esquisser quelques rêves pour qu’ils deviennent réalités.300 Fa Vie des communautés religieuses NOTRE MÉMOIRE EST PLEINE D’AVENIR Opter pour une société différente.Aujourd’hui malgré des découvertes et des nouveaux pas sur la planète, la vie est de plus en plus menacée.Nous vivons un temps d’exclusion et de survie.La nourriture, le travail, la santé, l’éducation, le logement, l’eau et la dignité sont objet de lutte quotidienne pour une bonne partie de l’humanité.Sous le règne du néolibéralisme triomphant, l’inégalité s’est installée sur son trône et les victimes sont sacrifiées sur l’autel du libre marché.Pendant que les banques font des profits exorbitants, les besoins essentiels ne sont pas comblés dans nos quartiers.Pour régler les finances publiques, nos gouvernements, obsédés par le déficit zéro, n’hésitent pas à couper dans les programmes sociaux, au lieu d’aller chercher l’argent dans les abris fiscaux des riches.Malgré nos luttes continuelles, la situation s’est détériorée dans l’île de Hull.A partir des appauvris et avec les forces de changement de notre milieu et du monde entier, il nous faut travailler à la construction d’un monde différent.Nous démarquer du néolibéralisme.Nous devons rompre avec le néolibéralisme et sa logique de profit et de compétition.A partir du cri des pauvres et de la planète menacée, nous devons dire non à cette organisation du monde qui crée l’inégalité.Nous ne pouvons pas continuer à être des témoins muets de cette situation d’inégalité.C’est le temps de l’indignation et de la solidarité! Nous sommes acculés, comme société, à des choix de vie et de consommation qui nous invitent à vivre dans la frugalité et le partage.Nous devons vivre dans la vigilance et dénoncer les politiques créatrices de misère.Etre dans le mouvement de résistance et d’alternatives.Pour opérer un changement véritable, nous devons rejoindre tous ces groupes qui travaillent pour une société différente.Il faut entrer Novembre-décembre 1998 301 BENOÎT FORTIN, O.F.M., CAP.dans le grand mouvement des gens solidaires qui résistent aux mesures néolibérales et qui font arriver des alternatives sur le terrain concret.Il faut travailler à la mondialisation de la solidarité dans la recherche de la justice, de la paix et de la sauvegarde de la création dans une perspective de développement durable.Nous rêvons d’un travail de plus en plus solidaire de tous les groupes pour présenter des alternatives.Nous espérons sortir d’un certain fatalisme face aux puissances qui fabriquent les pauvres.Nous rêvons d’être de plus en plus insérés dans ce mouvement de vie et de liberté.Pour un projet de société.Nous voulons travailler pour une société différente où les besoins essentiels seront comblés.Au coeur de cette société, nous réclamons la redistribution des richesses pour que chaque personne puisse avoir sa place au soleil.Nous ne rêvons pas d’un monde riche,mais d’un monde de partage solidaire.Notre engagement doit aussi prendre une dimension politique pour que l’égalité et la dignité s’organisent.Nous devons faire arriver une société différente à travers des gestes pour que la vie l’emporte.Cette vision d’avenir doit nous soutenir.Comme Capucins de la fraternité de Hull, nous nous engageons à travailler dans cette direction avec ceux et celles qui luttent pour un avenir meilleur.Oeuvrer pour une Église humble, passionnée et variée.Nous espérons une Église suffisamment ouverte, confiante et bienveillante à l’égard de son peuple pour oser prendre le risque de laisser grandir et cohabiter une variété de manières d’être et de vivre l’Église.Nous souhaitons la fin des modèles uniques qui s’imposent ici comme ailleurs.Nous rêvons d’une Église qui favorise la naissance et la reconnaissance de modèles multiples et adaptés aux personnes, aux lieux, aux temps, aux cultures et aux inspirations les plus profondes qui pourraient jaillir d’une Eglise parti- 302 La Vie des communautés religieuses NOTRE MÉMOIRE EST PLEINE D’AVENIR culière comme de l’Eglise universelle.Nous désirons l’unité dans la diversité dans une Eglise qui reconnaît et libère les quatre Evangiles.Une Église humble et ouverte Nous devons passer d’une Eglise puissante à une Eglise pauvre et discrète, attentive aux drames de notre temps; d’une Eglise lointaine à une Eglise proche qui n’a pas peur de prendre parti et de dénoncer les causes de la misère.Ainsi, nous rêvons d’une Eglise qui sort du temple et qui se mouille pour le triomphe de la vie, d’une Eglise qui s’insère dans le quotidien du monde et qui opte, à partir des appauvris, pour une société différente.Nous désirons une Eglise qui refuse d’enfermer ses croyants, et particulièrement ses croyantes, à l’intérieur de sous-catégories limitatives.Nous rêvons d’une Eglise qui accorde une place réelle aux femmes dans sa vie et son organisation afin qu’éclate en son sein une pleine reconnaissance de la dignité de toute personne humaine: Dieu créa l'homme à son image, à T image de Dieu, il le créa: mâle et femelle, il les créa (Gn 1,17).Cette Eglise deviendrait une communauté d’espérance et un lieu de passion pour l’humanité.Une Église de communautés.Nous espérons voir naître une Eglise de communautés de base diversifiées où la vie communautaire permettrait à ses membres: de vivre une spiritualité qui soit à la fois vécue, éprouvée et adaptée; de découvrir et de développer une solidarité humaine créatrice d’une coresponsabilité, d’un sentiment d’appartenance et d’élan missionnaire; d’explorer une manière différente de penser et de gérer l’économie au point de défier le capitalisme sauvage en promouvant la bonne gérance des biens, des ressources naturelles, et l’engagement pour la justice.Novembre-décembre 1998 303 BENOÎT FORTIN, O.F.M., CAR Nous voulons travailler à une Église de communautés et de réseaux qui se tient là où la vie est menacée, mais aussi là où les hommes, les femmes et les enfants de notre temps se dressent dans la dignité.Nous voulons une Église de la rue qui s’incarne dans une culture nouvelle au service de la vie.Pour nous, cette Église humble proche, passionnée et variée doit s’enraciner dans la vie des appauvris si elle veut devenir signe de Jésus qui est venu pour que nous vivions en surabondance (Jn 10,10).Nous voulons être des capucins en liberté qui travaillent dans cette direction en liens étroits avec leur Évêque, le clergé, les communautés religieuses et les communautés chrétiennes de ce diocèse.Cette invitation à être missionnaire à Hull, nous voulons y répondre encore aujourd’hui en prenant la rue et en nous insérant là où la vie l’emporte sur la mort.Conclusions sur un avenir ouvert Nous avons plus reçu durant ces années que nous n’avons donné.Nous avons besoin de vous pour continuer de grandir dans notre engagement.C’est un honneur pour nous d’être avec vous.Votre créativité et votre courage nous ont portés durant toute ces années de solidarité.Comme les disciples d’Emmaüs, nous nous sommes sentis le coeur brûlant en marchant avec vous.Nous sommes pleins de reconnaissance envers notre communauté qui nous a envoyés ici à Hull.Le Général des Capucins a écrit une lettre aux Capucins du monde entier sur le travail pour la justice, la paix et la sauvegarde de la création.Il nous l’a dédiée spécialement.A travers nous, vous avez aidé toute la communauté des Capucins à être fidèle à son engagement.Nous vous remercions d’être avec nous pour cette fête de solidarité.Demain, nous nous engageons à marcher avec vous.Grâce à vous, nous avons la mémoire pleine d’avenir.Benoît Fortin, o.f.m., capucin 165, rue Kent Hull, Qc.J8X 3K9 304 La Vie des communautés religieuses Jubilé 2000 dossier spécial Liturgie, Foi et Culture consacre deux numéros au Grand Jubilé 2000 Le numéro 155, automne 1998 : Réflexions Le numéro 156, hiver 1998 : Célébrations Ces dossiers sont d’une grande utilité pour les pasteurs et les animateurs qui désirent préparer dans leur milieu des célébrations adaptées a l’occasion du Jubilé 2000.Réflexions Aldina da Silva Pierre Boglioni Jacques Bertrand Fernand Ouellette Raymond \'clillancourt Sylvia C.Keesmaat Célébrations Remise, liberté et réjouissance Les jubilés romains au Moyen Age L’occasion d’effacer une dette meurtrière Mon rapport avec le temps Le culte: mémorial a dimension jubilaire Le Jubilé selon la tradition réformée Guy Lapointe Jean Desclos Sophie Tremblay André Chevalier G.Gingras et L.-A.Naud André Lamoureux Paul-André Durocher Un temps pour vivre la réconciliation Au carrefour du chronos et du kaïros Dans le cadre domestique Dans la région Lanaudiere Dans une communauté paroissiale Dans une grande paroisse Dans les communautés amérindiennes Novembre-décembre 1998 305 s Echos du congrès des Soeurs de l’Assomption de la Sainte Vierge Nicolet, 12-15 août 1998.Marthe Lamothe, s.a.s.v.Je vous écris d’un matin.D’un lendemain de rassemblement, d’un matin d’espérance.Je vous écris au nom de mes consoeurs sasv.Nous avons tenu notre congrès : Femmes d’aube nouvelle du 12 au 15 août dernier, à Nicolet.Du Brésil, du Québec, de l’Ouest canadien, de l’Ontario, des Etats-Unis, du Japon, de l’Ecuador, de Haïti, les cultures se sont croisées, comme les couleurs des visages ou la lumière des yeux.Nous avons célébré cette communion qui nous rassemble, une communion sans frontières, où la diversité des provinces maintenant unifiées s’offre comme ouverture, créativité.Pendant quatre jours, des femmes-soeurs ont échangé dans un langage plus expressif que les mots, qui pouvaient être barrières.La beauté des êtres et des choses avait pris rendez-vous.L’art, la musique, la danse se sont entremêlés aux moments de fête familiale, de repas champêtre, de croisière sur le Saint-Laurent, de visite aux lieux de fondation.Les sourires, les larmes parfois ont marqué des moments d’émotion, des moments d’histoire.306 La Vie des communautés religieuses Une femme, au coeur de ce rassemblement, Dr Maria Teresa Porcile Santiso, théologienne latino-américaine.Touchée par le thème du congrès, elle a fait se lever devant nous les signes d’éveil de notre monde contemporain, soulignant plus spécifiquement l’éveil des femmes en éducation.Nous entraînant dans un bel itinéraire biblique, elle nous a découvert des visages de femmes éveillées.L’éveil, nous a-t-elle dit, est confié à la femme, de la première femme qui éveilla l’humanité jusqu’à ces femmes d’aujourd’hui qui, ensemble, chaque matin, se laissent visiter par l’Astre d’en-haut.Au passage, bien sûr, Marie.Une femme d’annonciation, de visitation.Une femme de résurrection, d’ascension, d’as-somption.Une femme éveillée, ouvrant la clarté d’une aube nouvelle, Et longuement, Marie de Magdala, la femme du matin de Pâques, d’une espérance naissante, d’un monde qui s’éveille à une vie nouvelle.Comme le nôtre.Ces femmes nous ont rejointes sur notre chemin d’assomp-tion.Elles ont réveillé notre élan pour une mission renouvelée.Elles ont touché notre espérance.Elles ont ouvert notre désir d’être au monde des femmes d’éveil, d’aube nouvelle.Et le ciel de ce matin du 15 août, bien symboliquement, nous a fait passer de l’ombre à la lumière.Dans un geste d’une grande beauté silencieuse, les bougies des cultures différentes se sont unies en une seule flamme, celle qu’il nous faut maintenant porter ensemble, avec joie, au monde d’aujourd’hui.Novembre-décembre 1998 307 50e anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme Il y a cinquante ans, le 10 décembre 1948, l’Assemblée générale des Nations Unies adoptait la Déclaration universelle des droits de l’homme.Même si cette Déclaration n’est qu’une résolution, sans force juridique, elle demeure un texte de référence obligé pour les pays qui l’ont prise en considération et pour tous les citoyens et citoyennes qui travaillent à la libération des personnes dont les droits sont bafoués à travers le monde.La Charte des droits et libertés de la personne existe au Québec depuis 1975 et, pour sa part, la Charte canadienne a été enchâssée dans la Constitution en 1982.Beaucoup de Québécois et Québécoises ont pris l’habitude de se préoccuper des droits humains.Un grand nombre de citoyens ont eu l’occasion de recevoir une formation dans leur milieu associatif grâce à l’initiative de la coalition formée autour de la Ligue des droits et libertés, ou encore, avec l’appui institutionnel de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.En 1998, c’est le temps de faire un bilan de ces cinquante ans.Si les droits de l’homme représentent aujourd’hui un acquis appréciable, ceux et celles qui militent en faveur de chacun de ces droits savent combien les gains sont fragiles.Cet anniversaire devrait nous stimuler à nous engager davantage dans le respect des droits fondamentaux.Certains travailleront à consolider les acquis, tout en étant attentifs aux besoins des personnes les plus vulnérables.D’autres souhaiteront mettre l’épaule à la roue pour atteindre l’égalité des femmes et des hommes, des 308 La Vie des communautés religieuses riches et des pauvres, des aînés et des jeunes, des peuples organisés et de ceux qui sont désorganisés par toutes sortes de conflits.A l’occasion de ce 50e anniversaire, nous tenons à témoigner de notre volonté de favoriser les conditions sociales et économiques pour que tous les êtres humains puissent vivre dans la dignité.Certains progrès scientifiques et technologiques permettent de mieux connaître les besoins de segments fragilisés de la population ici et ailleurs.Nous devons contribuer à garantir le développement durable des collectivités les plus menacées.Tout au long des cinq dernières décennies, l’Église s’est associée aux personnes de bonne volonté dans cette démarche vers une société plus humaine.Malgré les échecs et la limite de nos moyens, nous réaffirmons notre attachement aux droits de la personne et notre solidarité envers tous ceux et celles qui travaillent à la promotion de ces droits.Le Comité des Affaires sociales de l’Assemblée des évêques du Québec Mgr Matin Veillette, président Évêque de Trois-Rivières Mgr Raymond Dumais Évêque de Gaspé Mgr Jean-Guy Hamelin Évêque de Rouyn-Noranda Mgr Brendan O’Brien Évêque de Pembroke Novembre-décembre 1998 309 RETRAITES INTERCOMMUNAUTAIRES 1999 19-26 mars La vie chrétienne, continuation Rénald Hébert, c.j.m.et accomplissement de la vie de Jésus: liberté intérieure, amour 23-30 avril et engagement Nous avons un Dieu qui est un André LeBlanc, p.m.é Père 7-14 mai 14-21 mai “Si tu savais le don de Dieu.” Réginald Tardif, c.ss.r.Le pauvre : Celui (celle) qui Denis Régimbald, o.p.attend tout de Dieu 18-25 juin Un Jésus dérangeant, un Esprit Roger Poudrier, o.f.m.créateur et un Père étonnant 27août-3sept.Prier pour vivre et faire vivre en Claude Mayer, o.m.i.plénitude (Ép 3,19) Les retraites débutent à 19h30 le jour de l’ouverture et se terminent à 13h00 le jour de la clôture.Frais: Pension et chambre avec lavabo : 259$ (37$ x 7 jours) Pension et chambre avec salle de bain : 308$ (44$ x 7 jours) Libeller votre chèque à l’ordre de Manoir d’Youville Inscription : Bien vouloir vous informer s’il y a de la place pour la retraite désirée.Nous faire parvenir les renseignements suivants: nom - âge -adresse - no de téléphone - nom de votre communauté.Pour confirmer votre inscription, envoyer un chèque ou mandat au montant de 15$, non remboursable et non déductible du montant de la pension.Bien vouloir nous aviser si vous arrivez avant le souper.Adresse : Programme des retraites intercommunautaires Manoir d’Youville Ile Saint-Bernard Châteauguay (Québec) J6J 5T9 tél.: (450) 692-8291 téléc.: (450) 692-7370 310 La Vie des communautés religieuses PRIER LE BEAU DIEU RETRAITES Printemps - été 1999 01-08 mars Témoins de la gratuité de l’amour de Dieu Michel Vigneault, o.s.s.t.02-09 mai En alliance avec Dieu André-M.Syrard, o.s.m.31 mai-07 juin La révélation de la miséricorde de Dieu Gilles Ouellet, ptre 07-14 juin Prier, célébrer à partir des appauvris Benoit Fortin, o.f.m.14-21 juin Témoins de la gratuité de l’amour de Dieu Michel Vigneault, o.s.s.t.04-11 juil.En alliance avec Dieu André-M.Syrard, o.s.m.12-19 juil.La poésie de sainte Thérèse de Lisieux Francis Demers, o.m.i.Réservation et inscription : Joindre à sa réservation un montant de 45$ pour frais d’inscription.Les retraites débutent à 19h30 et se terminent après le dîner.Frais de séjour : 185,00$ (inscription non comprise) Maison Rivier 999, rue du Conseil Sherbrooke QC JIG 1M1 Tél.: (819) 562-2184 ou (819) 569-9306 Novembre-décembre 1998 311 RETRAITES 1999 Mars 07-14 En alliance d’amour André-M.Syrard o.s.m.Mars 28-avr.04 Montée pascale Armand Chouinard cjm Mai 02-09 “Voici l’Epoux! sortez à sa rencontre” Mt 25,6 André Gélinas s.j.Mai 16-23 Au seuil de l’an 2000 avec un Dieu-Père Richard Guimond o.p.Mai 31-juin 07 En alliance d'amour André-M.Syrard o.s.m.Juin 20-27 Me laisser accueillir par le Père à la manière de Jésus Bernard Carrière s.j.Juillet 04-11* La communauté fraternelle, priante, missionnaire Lucien Pépin o.m.i.Juillet 11-18 “Toi, suis-moi” Mc 2,14 André Gélinas s.j.Juil 25-août 01 “Les Béatitudes : des recettes à rajeunir” Gaston Vachon ptre Août 17-24 La révélation de la miséricorde de Dieu Gilles Ouellet c.j.m.Sept.18** Nous, l’Eglise de l’an 2000 Benoit Lacroix o.p.Octobre 17-14 “Pour vous, qui suis-je?”Lc 9,20 Réginald Tardif c.ss.r.Nov.21-28 “Je t’ai aimé d’un amour étemel” Jr 31,3 André Daigneault i.s.p.x Frais: 245,00$ + inscription 15,00$ (non remboursable) Total : 260,00$ Les activités débutent le premier jour à 20h00 et se terminent avec le dîner du dernier jour.* Apporter le texte “Vita consecrata” exhortation apostolique.** Session : 15,00$ + inscription 5,00$ Total : 20,00$ CENTRE DE RENOUVEAU CHRETIEN 20, rue des Ursulines - C.P.276 LORETTEVILLE QC G2B 3W7 312 La Vie des communautés religieuses CENTRE MARIE RÉPARATRICE 1025 boul.Mont-Royal Ouest Outremont QC H2V 2H4 tél.: 514-279-5619 RETRAITES ET SESSIONS 1999 Janv.25-29 (4j) Guérison intérieure: “Béni soit le Dieu de Henri Paradis m.s.a.toute consolation.” 11 Co 1,3 Le Jourdain 648-5111 Janv.29-31 (2j) Une année consacrée au Père A.M.Syrard o.s.m.Fév.08-15 (7j) En alliance avec Dieu le Père A.M.Syrard o.s.m.Fév.26-5 ms (7j) Voici l’Epoux, sortez à sa rencontre A.Gélinas s.j.Mars 15-18 (3j) Retraite pour tous J.C.Bélanger ptre Mars 19-21 (2j) Retraite en langue anglaise Mars 22-26 (4j) “Me voici Père” Retraite charismatique Germain Côté i.v.d.Mars 26-28 (2j) Session d’intériorité Le Dieu caché Alain Dumont M.29-4 avril (6j) Un Jésus dérangeant, un Souffle créateur, un Père étonnant Montée pascale Roger Poudrier o.f.m.Avril 23-30 (7j) Dieu le Père m’aime sans mesure, et moi?M.Grand’Maison s.j.30 av.-2 mai (2j) Guérison intérieure “Ta parole guérit tout Seigneur.” 2 Sag 16,12 Le Jourdain 648-5111 Mai 17-24 (7j) Retraite avec la Vierge Marie A.M.Syrard o.s.m.Mai 25-1 juin (TJ) Ma vie en action de grâce J.M.Rocheleau s.j Juin 1-09 (8j) “Si tu savais le don de Dieu” Retraite de la communauté & des affilié(es) Réginald Tardif cssr Juin 14-21 (7j) Voici l’Epoux, sortez à sa rencontre A.Gélinas s.j.Juin 23-30 (7j) Les yeux du disciple Gilles Pelland s.j.Juin 30-7juil (7j) L’espérance ne trompe pas.Yvon St-Arnaud o.m.i.Juil.7-14 (7j) La rédemption, un chemin de libération Richard Guimond o.p.Août 10-15 (5j) *Je t’ai cherché longtemps Alain Dumont, laïc Août 16-23 (7j) Qui est le Père?Gérard Marier ptre Sept.10-12 (2j) Retraite contemplative Retraite Equipe Marie- accompagnée individuellement Réparatrice Oct.11-18 (Vj) En alliance avec Dieu le Père A.M.Syrard o.s.m.Oct.23 “Abba, notre Père” Récollection pour : Roger Poudrier o.f.m.(de lOh à 17h) Religieux(ses), Affiliés, Associés, Laïcs Nov.8-15 (Vj) “Quand au fondement, nul ne peut en poser Bernard Carrière s.j.un autre que celui qui est en place : J.C.’MCor 3,11) Déc.3-5 (2j) L’an 2000 est proche A.M.Syrard o.s.m.L’inscription pour les retraites de 7,6 ou 8 jours est de 35,00$.La pension est de 34,00$ /jour pour une chambre ordinaire et de 39,00$ pour une chambre avec toilette et douche.Novembre-décembre 1998 313 (Relance en (5uialité-Q&ie Qrormation ^Printemps -
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