La vie des communautés religieuses /, 1 septembre 1992, Septembre-Octobre
yir a.sept.-oct.1992 0^ÊÊÊÊ *.V 1 des communautés religieuses Exemplaires disponibles Si vous désirez poursuivre individuellement ou en groupe votre réflexion sur les thèmes du présent numéro ou des numéros antérieurs, vous pouvez vous procurer un ou plusieurs exemplaires de la revue à l’adresse et aux prix suivants : 5750, boulevard Rosemont, Montréal Tél.: 259-6911 2,75$ l’exemplaire 2,25$ pour 10 exemplaires et plus Frais de poste en plus Partage fraternel De nombreuses communautés locales, situées en pays pauvres, seraient heureuses de recevoir la Revue, pourvu que des groupes plus favorisés financièrement acceptent d’assumer les frais d’abonnement.Ceux et celles qui désirent aider ces frères et soeurs en assurant le coût total ou partiel d’un abonnement, n’ont qu’à envoyer leur contribution au nom et à l’adresse suivante : La Vie des communautés religieuses Partage fraternel 5750, boulevard Rosemont Montréal (Québec) Canada H1T2H2 Merci d'avance, au nom des bénéficiaires. Sommaire Vol.50 — sept.-oct.1992 Léonard Audet, c.s.v., Le prêtre diocésain et le religieux prêtre : unité et diversité de leur charisme 195-293 Jacques Bélanger, o.f.m.cap., “Reconstruire l’espérance” 204-222 Alfred Ducharme, s.j., Discerner les routes de Dieu 223-235 Des religieux, oeuvrant dans les paroisses, se questionnent sur leur identité face aux prêtres diocésains, et sur leur mission spécifique dans l’Église et le monde.L’A.situe d’abord cette question dans sa perspective historique, présente ensuite des observations théologiques et ecclésiologiques, puis termine par quelques réflexions d’ordre pastoral.Le texte comporte quatre aspects majeurs, énoncés comme suit: l’espérance menacée, la décision de vivre et d’engendrer, vivre autrement en Église aujourd’hui, place à la Vision et à l’Utopie.L’A.insiste, entre autres, sur la nécessité de redéfinir nos objectifs, de redécouvrir un autre Dieu et un autre rapport au monde, de vivre autrement notre vie religieuse au quotidien.L’A.précise d’abord ce qu’est un adulte dans la foi, affirme ensuite que le signe de l’Esprit est la joie et la paix.Dans un 193 Janet Malone, c.n.d., L’internationalité, à quel prix ?236-247 Roger St-Arnaud, o.f.m., Le partage d’une expérience 248-251 troisième temps, il traite du discernement spirituel dans la vie quotidienne ; puis, dans un quatrième, du discernement personnel en vue d’un choix particulier.L’A.présente l’internationalité comme un processus de conversion et de supranationalité.Dans ce cadre, elle signale d’abord sept caractéristiques de cette internationalité dans les Instituts religieux ; elle mentionne ensuite ses effets sur les membres de l’Administration générale et, enfin, elle signale le prix à payer pour qu’un Institut devienne international.L’A.livre brièvement son expérience de la maladie et de l’approche de la mort, de sa dépendance totale et de la joie d’une vie recouvrée.Il termine en précisant pourquoi il considère cette expérience comme une grâce.194 Le prêtre diocésain et le religieux prêtre : unité et diversité de leur charisme Léonard Audet, c.s.v.* Plus particulièrement en Amérique, beaucoup de religieux oeuvrent dans des paroisses dont ils ont souvent la pleine responsabilité.Cet engagement apostolique a amené plusieurs de ces religieux à se questionner sur leur identité face aux prêtres diocésains et sur leur rôle propre en tant que religieux insérés dans la structure paroissiale d’un diocèse particulier.De plus, cette situation a suscité, dans certains Instituts, une réflexion sur leur mission particulière et sur la mission spécifique de la vie religieuse dans l’Église et le monde d’aujourd’hui.D’ailleurs, c’est dans cette perspective qu’un groupe de travail (Task Force) de la Conférence des Supérieurs Majeurs aux États-Unis se penche depuis déjà deux ans sur la question du «sacerdoce dans la vie religieuse».Ce groupe a effectué des recherches théologiques et a tenu plusieurs réunions de consultation auprès des Supérieurs majeurs de ce pays.Dans un deuxième temps, le groupe entend poursuivre son travail par des recherches scripturaires, historiques, ecclésiales et théologiques.Il ne fait pas de doute que ces études de la Conférence des Supérieurs Majeurs pourront aider grandement à éclairer et à approfondir cette question qui est un enjeu majeur pour la vie religieuse et pour l’Église d’aujourd’hui et de demain.Le présent article veut proposer quelques réflexions sur ce même thème.Toutefois, le sujet est fort complexe.En effet, la * C.P.10793, 00144 Roma, Italia.195 vie religieuse comporte actuellement une grande variété de familles nées dans des circonstances historiques et culturelles fort différentes et pour répondre à des besoins très divers.De plus, au cours de l’histoire, il y a eu manifestement une attraction réciproque entre le sacerdoce et la vie religieuse; parfois, il y a même eu un glissement de l’un vers l’autre.À l’intérieur même de la vie religieuse, le lien entre le sacerdoce et la vie consacrée ne se présente pas de la même façon d’un Institut à l’autre.Pour employer une expression utilisée en théologie, certains membres des Instituts religieux sont plutôt des «prêtres religieux», alors que d’autres sont plutôt des «religieux prêtres »\ Les premiers mettent le sacerdoce au centre de leur vie et de leur agir, la vie religieuse étant un cadre de vie et un puissant moyen d’action (le regroupement des prêtres) pour l’exercice du ministère ordonné.Les seconds considèrent le mode de vie consacrée comme le coeur de leur vie et de leur agir, le sacerdoce étant une façon d’accomplir la mission spécifique confiée à l’Institut.Le lien entre le sacerdoce et le charisme de la vie religieuse n’est pas identique partout.Dès lors, il est dangereux de trop systématiser ou de simplifier: on risque de perdre une partie de la richesse de la vie.Note sur la perspective historique L’histoire de la vie religieuse montre à l’évidence que celle-ci a surgi dans l’Église sous une forme tout à fait distincte du sacerdoce.Dans ses débuts, le monachisme n’avait aucun lien de parenté avec le ministère ordonné.Il ne répondait absolument pas au même besoin.Il est apparu dans l’Église comme un charisme tout à fait original qui comportait un style de vie et un témoignage bien particuliers.Toutefois, surtout à partir du 10e siècle, les moines commencèrent à avoir une part importante dans le ministère et dans la vie apostolique.Ce sont les Ordres mendiants, au 13e siècle, qui mettront plus fortement l’accent sur la vie apostolique, en réponse à des besoins spécifiques.Leur ministère sera d’un type particulier (v.g.196 la prédication pour les Dominicains), il transcendera l’Église locale et sera pratiquement exempt de la juridiction des évêques.C’est avec eux aussi que la mission auprès des infidèles (ad gentes) prendra un essor nouveau.À partir du 16e siècle, naîtront des Instituts directement voués aux oeuvres d’apostolat.À leur sujet, le Concile Vatican II affirmera: «Dans ces Instituts, à la nature même de la vie religieuse appartient l’action apostolique et bienfaisante » (PC 8).Notre propos n’est pas de faire la typologie des Instituts religieux à travers les époques, mais simplement d’attirer l’attention sur trois données importantes que nous révèle l’histoire de l’Église.1.À mesure qu’ils assumaient des tâches plus directement apostoliques, les moines et les religieux ont eu tendance à se cléricaliser.Il serait certes intéressant d’étudier le pourquoi et le comment 6e ce mouvement vers le sacerdoce.Notons en passant que certaines familles religieuses tendent actuellement à récupérer la condition laïcale qui était la leur à l’origine.2.D’autre part, les prêtres diocésains ont tendance à adopter, comme idéal, un style de vie semblable à celui des religieux, ou même à se constituer en Instituts religieux ou en Sociétés de vie apostolique.Pour décrire la vie des prêtres, le décret Presbyterorum ordinis n’est pas loin de la terminologie employée pour caractériser la vie religieuse.Les différences tendent de plus en plus à s’estomper dans les documents romains officiels.3.De façon indéniable, il y a deux traditions différentes du ministère dans l’Église qui ont donné forme au sacerdoce tel qu’on le connaît actuellement : d’une part, la tradition du ministère dans les Instituts religieux, surtout depuis le 12e siècle ; et, d’autre part, la tradition du ministère des prêtres séculiers ou diocésains, caractérisée d’abord par le service de la paroisse.Cela n’est pas sans importance pour l’étude du charisme propre à chacune des deux traditions.197 Observations théologiques et ecclésiologiques Avant de tenter d’établir les distinctions entre le charisme du religieux prêtre et celui du prêtre diocésain, il est important d’énoncer quelques principes théologiques et ecclésiologiques ayant trait à la vie religieuse et au sacerdoce.Il est clair, par exemple, que la vie religieuse appartient à la vie et à la sainteté de l’Église (cf.Lumen Gentium 44c et CJC 207), alors que le sacerdoce relève de la structure hiérarchique de l’Église.La vie religieuse est d’abord un état de vie, alors que le sacerdoce est d’abord un ministère.Les deux sont des vocations complètes en elles-mêmes.Le religieux se situe dans la ligne charismatico-prophétique, alors que le prêtre, en tant que tel, se place dans la ligne du ministère hiérarchique.Cela ne veut pas dire pour autant que les Instituts de vie consacrée sont étrangers à la vie ministérielle de l’Église, bien au contraire.Par exemple, les Instituts de vie apostolique ont reçu de l’Église une mission spécifique qu’ils réalisent par le biais de différents ministères ordonnés ou non ordonnés.Le sacerdoce est, pour les Instituts cléricaux, un moyen privilégié pour remplir leur mission particulière.Il est, dans l’ensemble des Instituts, un ministère parmi d’autres ministères au service de la mission spéciale que l’Église a confiée à tel ou tel Institut.On peut donc affirmer que le sacerdoce ne fait pas partie de l’essence de la vie religieuse.Il est, dans certains Instituts, un moyen privilégié pour accomplir leur mission spécifique qui, elle, fait partie intégrante de la vie religieuse (PC 8).Il peut alors être considéré comme une extension ministérielle de la vie religieuse.Mais le charisme missionnaire des religieux ne se réalise pas uniquement par le sacerdoce.Toutefois, il faut ajouter que, plus particulièrement dans les Instituts de vie apostolique, la profession religieuse comporte en elle-même une dimension ministérielle indéniable.En effet, dans ces Instituts, les membres non ordonnés sont aussi appelés au ministère dans l’esprit du fondateur et de la mission apostolique particulière.Leur ministère est alors directement relié à leur 198 profession religieuse.Pour les membres ordonnés, le ministère est à la fois relié à l’ordination et à la profession religieuse.Car la mission ecclésiale n’est pas l’apanage de la hiérarchie: elle se greffe d’abord sur la vocation baptismale et, à ce titre, elle relève de la responsabilité apostolique de tout chrétien et fait partie intégrante du charisme de la vie religieuse.À plus forte raison quand c’est l’Église elle-même qui a confié officiellement à un Institut une mission particulière.Le sacerdoce ministériel est bien sûr unique.Il n’y a pas deux sacerdoces ministériels.Mais il peut être vécu sous des modalités fort diverses.Bien plus, il a été vécu de fait au cours de l’histoire à l’intérieur de deux traditions bien distinctes qui l’ont marqué et façonné: d’une part, la tradition du ministère dans les Instituts religieux et, d’autre part, la tradition du ministère des prêtres diocésains.Il y a donc unité de charisme du prêtre diocésain et de celui du prêtre religieux dans un seul et même sacerdoce ministériel ; par ailleurs, il y a diversité par le fait des deux traditions différentes qui l’ont porté et exprimé concrètement à travers l’histoire.C’est en ce sens qu’on peut parler de l’unité et de la diversité des deux charismes.Il s’agit de deux charismes différents qui comprennent des styles de vie, des appartenances, des engagements et des témoignages qui sont distincts et particuliers à chacun.Le prêtre séculier fait partie du presbytérium diocésain, il est incardiné dans un diocèse et vit « dans le siècle ».Son ministère implique une présence quotidienne auprès du peuple qui lui est confié.Il est lié par son existence même à un peuple concret, à une paroisse, à une mission diocésaine.Le prêtre religieux, lui, appartient à un Institut religieux.Son ministère fondamental consiste à témoigner de la proximité et de la radicalité du Royaume, à être «signe» par sa vie communautaire et par sa consécration religieuse à la suite du Christ.Son action apostolique se situe à l’intérieur du charisme prophétique de son Institut et de sa mission particulière.Même dans le concret de son agir, le religieux se consacre souvent à des ministères spéciaux qui mettent l’accent sur l’aspect prophétique : par exemple, la prédication, l’éducation 199 des jeunes, les retraites, la presse écrite, l’engagement auprès des pauvres, etc.Alors que, pour le prêtre diocésain, la paroisse est en quelque sorte normative, en ce sens qu’elle constitue le lieu habituel de l’exercice de son sacerdoce.En définissant le ministère presbytéral, le Concile Vatican II a affirmé la dimension universelle inhérente au sacerdoce dans son être profond : « Tout ministère sacerdotal participe de la même ampleur universelle qui est celle de la mission confiée par le Christ aux apôtres.Les prêtres se souviendront donc qu’ils doivent avoir au coeur le souci de toutes les Églises » (PO 10).Pour les prêtres séculiers, c’est de fait la «mission canonique», reçue en même temps que le sacrement de l’Ordre, qui les destine et les consacre à une Église particulière et locale.Cependant, comme le rappelait le père H.Kolvenbach, S.J., au cours du synode sur la formation des prêtres (octobre 1990), «il existe depuis des siècles au service de l’Église un prêtre (le religieux) qui vit existentiellement l’universalité virtuelle de tout sacerdoce ministériel».En effet, le nouveau Code dit clairement que le Souverain Pontife, « en raison de son primat sur l’Église universelle, peut exempter les Instituts de vie consacrée de l’autorité de l’Ordinaire du lieu et les soumettre seulement à sa propre autorité ou à une autre autorité ecclésiastique » (CJC 591).Les religieux de ces Instituts ont donc le droit, et souvent le devoir, de travailler en dehors des frontières de l’Église locale.Comme nous le signalions précédemment, le prêtre séculier est lié à une Église diocésaine qui est le lieu normal de son engagement apostolique, tandis que le religieux appartient à une famille religieuse souvent internationale qui dépend de supérieurs qui ont la responsabilité de missions ecclésiales dans différents diocèses et pays.Les religieux sont souvent appelés à quitter une Église diocésaine pour servir dans une autre Église, alors que les prêtres diocésains doivent habituellement tenir le terrain.L’appartenance à une famille spirituelle débordant les frontières de l’Église locale, pour le service de l’Église universelle et pour l’exercice de ministères spécialisés, n’est pas sans modeler profondément le type de ministère sacerdotal exercé par les 200 religieux.En vertu de leurs voeux de religion et du charisme propre à leur famille religieuse, les religieux prêtres sont souvent appelés à exercer leur ministère selon des modalités et dans des contextes que les prêtres diocésains ont moins l’occasion d’affronter.Par exemple, depuis le 13e siècle, la mission adgentes a été assumée en très grande partie par les Instituts de vie consacrée.Cela a marqué profondément leur tradition ministérielle.Au plan de l’organisation structurelle de leur groupe d’appartenance, le religieux prêtre et le prêtre diocésain appartiennent à deux structures bien différentes.Ainsi, le religieux prêtre vit dans un groupe communautaire, sous la responsabilité d’un supérieur immédiat et d’un supérieur majeur ; son style de vie est régi par les statuts de son Institut; son engagement apostolique se situe normalement dans la ligne du charisme de son Institut.Au plan ecclésial, on peut donc affirmer avec Monseigneur H.Goudreault, O.M.I., que la différence entre le prêtre diocésain et le religieux prêtre «est dans le charisme, le témoignage, l’engagement, l’encadrement et les moyens pour vivre le charisme » (intervention au synode sur la formation des prêtres, octobre 1990).De plus, le lien ecclésial du religieux avec le Souverain Pontife et avec l’Église universelle s’exprime par la médiation de ses supérieurs religieux et par la reconnaissance, par l’Église, du charisme de son Institut.Il n’en est pas de même du prêtre diocésain.Les considérations qui précèdent montrent à l’évidence que la théologie du sacerdoce religieux s’enracine dans la dimension universelle et charismatique de la vie de l’Église plutôt que dans l’ecclésiologie de l’Église locale.Notons de plus que, dans tout Institut de vie consacrée, il y a quelque chose d’un caractère laïc fondamental, car la vie religieuse appartient à la vie et à la sainteté de l’Église et non à sa structure hiérarchique ou cléricale (LG 44c).La profession religieuse est un engagement fondamental à vivre une vie chrétienne intense à la suite et à l’exemple du Christ.Même pour le religieux prêtre, un tel engagement s’appuie sur le baptême et non d’abord sur le sacrement de l’Ordre.201 Quelques considérations d’ordre pastoral Au plan pastoral, ce serait une grande perte pour l’Église que de masquer ou de niveler les différences entre les traditions ministérielles des prêtres diocésains et celles des religieux prêtres.Pour la richesse de l’Église, il faut que les religieux gardent bien vivants ces ministères spéciaux qu’ils exercent en raison même de leur charisme fondateur.C’est l’invitation que le Concile Vatican Il leur a faite en les incitant à retourner à Y inspiration fondatrice qui est à l’origine de leur Institut.Les Instituts de vie consacrée ont traditionnellement poursuivi des fins apostoliques qui leur sont caractéristiques.Réduire leurs engagements apostoliques à une seule sorte de ministère (v.g.le ministère paroissial) serait une infidélité profonde à la grâce de leur fondation et un appauvrissement regrettable de la vie de l’Église.La plus grande contribution que peuvent apporter les Instituts religieux à la vie et à la mission de l’Église, c’est de vivre à fond leur spiritualité, leur charisme propre et leurs finalités apostoliques.Il en est de même du clergé diocésain.Traditionnellement, les prêtres diocésains ont eu tendance à s’occuper des paroisses et de communautés chrétiennes stables ; de leur côté, les religieux sont plutôt allés vers des groupes spéciaux, dans des contextes particuliers : par exemple, les écoles, les universités, les maisons de retraite, la recherche théologique, les centres spécialisés, l’accompagnement des groupes marginaux, l’insertion au milieu des pauvres, etc.De plus, comme nous l’avons déjà signalé, la mission ad gentes a constitué un domaine privilégié par les Instituts religieux : rendre présents le Christ et l’Église à ceux qui vivent aux frontières de la religion.Ils ont aussi assumé des missions aux frontières de l’humanité, auprès des opprimés, des défavorisés, des désespérés de la vie.Ces missions ne sont pas le domaine exclusif des religieux, mais ceux-ci y ont été traditionnellement présents.Conclusion En guise de conclusion, nous voulons d’abord citer un passage de la Déclaration de la Conférence des Supérieurs majeurs des 202 États-Unis d’août 1991 : « Le sacerdoce d’un religieux est façonné par la spiritualité et le charisme de son Institut: par les traditions de son Ordre et de sa Congrégation, par sa formation religieuse et apostolique et par l’exigence des objectifs apostoliques de l’Institut à l’égard de celui qui en est membre »2.C’est donc dire que la vie religieuse, qui est elle-même un charisme particulier, marque profondément la vie et l’engagement du religieux prêtre.C’est au coeur et au centre de la vie religieuse que son ministère sacerdotal est distinct de celui du prêtre diocésain.Il ne s’agit pas d’une différence de sacerdoce, mais d’une différence de charisme ministériel à l’intérieur de l’unique sacerdoce ministériel.Ainsi le sacerdoce religieux et le sacerdoce séculier ne sont pas différents dans leur essence, mais dans leurs modalités, leurs finalités et leurs façons concrètes de se réaliser.Le charisme propre à chacune des deux traditions sacerdotales donne à chacun un visage particulier, distinct mais complémentaire.Ensemble ils concourent à la ministérialité globale de l’Église.Le religieux prêtre doit normalement trouver sa première identité dans sa vie religieuse et voir comment le ministère sacerdotal peut concourir à réaliser plus pleinement la mission particulière qui a été confiée à son Institut par le charisme du Fondateur et par la reconnaissance officielle de l’Église.C’est donc à partir de son héritage religieux qu’il est d’abord appelé à développer sa compréhension concrète de son ministère sacerdotal.Et même si le rapport entre la vie religieuse et le sacerdoce ordonné varie selon la typologie des différents Instituts, il semble tout à fait normal que le religieux considère sa consécration religieuse comme le coeur de sa vie et de son agir, le sacerdoce' ministériel étant souvent une façon privilégiée d’accomplir la mission spécifique confiée par l’Église à son Institut.Notes bibliographiques 1.Voir à ce sujet « Modelli del ministero nella Storia della Chiesa » dans II prete (en coll.), Glossa, Milano, 1990, pp.123-124.2.Priesthood and Religious Life, C.M.S.M., August 1991.203 « Reconstruire l’espérance » * Jacques Bélanger, o.f.m.cap/* Je commence par un fait : nous sommes sur la rue Sanguinet, à Montréal, dans une salle d’hébergement pour itinérants, le Dernier Recours.C’est la messe de Noël 1988.Au cours d’un échange, à l’homélie, un jeune homme s’écrie : « Nous sommes tous morts ici.J’étais étudiant., j’ai voulu sympathiser avec les plus pauvres, et je m’y suis blessé.Je n’ai aucune espérance de m’en sortir».Ce fait n’est probablement pas unique en son genre.D’autres personnes au contraire s’alimentent dans ces milieux blessés; «c’est plein de vie», ne cesse de dire un confrère qui travaille en milieu populaire.«Nous sommes là au milieu des « misérables » parce que nous voulons être heureuses, écrit une religieuse brésilienne, Ivone Gebara.C’est par les pauvres que nous avons accès à certaines portes de la vie.Nous sommes au milieu des pauvres parce que, paradoxalement nous avons besoin d’eux».Religieux, religieuses du Canada, qui avons fait, ces récentes années, des efforts énormes pour nous rapprocher de nos contemporain-e-s, pour être surtout plus «attentifs au cri des pauvres», où en sommes-nous maintenant de l’Espérance?Comment et à qui la communiquons-nous ?Nous ne sommes pas les seuls à faire le point sur l’Espérance.Le chilien Pablo Richard nous invitait récemment à «reconstruire l’espérance».En 1989 Texte d’une conférence donnée à la réunion de la CRC, tenue à Calgary, Canada, en mai 1992.Le texte de cet exposé et les autres textes de la Session seront publiés dans le prochain Donum Dei, n° 34.** 190, rue Dubuc, Longueuil, Qc, J4J 2P8.204 et en 1991, en France, se tenaient «les états généraux de l’espérance ».Cette réflexion de notre Assemblée sur l’espérance m’apparaît personnellement très opportune, à un moment de l’histoire et de notre histoire d’ici, où tant de choses nous glissent sous les pieds que nous pourrions avoir l’impression de ne plus rien maîtriser.À quoi, à qui se raccrocher, pour éviter la dérive totale tant de chacune de nos personnes que de l’ensemble de la population ?Où l’Esprit souffle-t-il?Comment «rendre compte de notre Espérance » aujourd’hui ?Avant d’entrer dans le vif de la réflexion, je me permettrais d’inviter ici symboliquement une personne suicidaire, un clochard, un jeune sans emploi, de même qu’une personne qui a lié son sort avec celui des plus blessés, pour nous assurer que notre conversation entre nous tient vraiment compte de ces personnes et s’enrichit de leur présence.Nous aurons plus de chances alors de ne pas trop nous éloigner de l’Évangile, Bonne Nouvelle aux pauvres en priorité.1.L’espérance menacée Nous vivons, à l’échelle planétaire, le syndrome du désastre.Des cris alarmistes ne cessent de nous parvenir : « Sauvons notre planète » ; réagissons vite pour rendre possible « notre avenir à tous».Nous nous trouvons également, la plupart du temps au désert de l’espérance, dans ce que nous véhiculent les médias.Et la présente conjoncture de notre pays ne laisse rien présager de facile.Par ailleurs l’impact de la Bonne Nouvelle de l’Évangile auquel nous nous référons, se trouve drôlement handicapé par un tenace malentendu qui caractérise les rapports Église-monde.Les deux se tiennent à distance et l’on ne sait même plus qui est loin de qui.L’Église arrive, porteuse de l’Évangile, «comme une grâce pour la société » (Helen Lonbard).Une grâce méconnue.« Connais pas ».« Une Église en procès », comme l’écrit Valadier.205 Les lieux d’intensité semblent même aujourd’hui ailleurs que dans l’Église.Plusieurs de nos contemporains parlent volontiers de «valeurs»; un bon nombre poursuivent une recherche spirituelle ; nombreuses sont les personnes qui ont une « pratique évangélique», mais qui ne se réfèrent pas explicitement à Jésus, et encore moins à l’Église ; les plus militant-e-s pour un monde fraternel ont même souvent perdu toute confiance en l’Église comme collectivité.Ces personnes se référeront volontiers à tel membre de l’Église, mais comme à une exception.Nos groupes religieux se tiennent tellement à l’abri des grands coincements, que leur espérance risque bien d’apparaître comme un produit inutilisable.Nous pratiquons une «foi muette» (J.Grandmaison), dans une Église implosée, inhibée, qui vit un « schisme silencieux » (René Latourelle) ; « une Église tranquille dans une société volcanique » (Julien Harvey).« Le monde crie.l’Église murmure », titrait récemment Mgr Jacques Gaillot.Les religieux et religieuses d’ici échappent-ils à ce diagnostic ?Les chiffres sont transparents.À moins de surprises tout à fait imprévisibles, nos institutions se trouvent en fin de course, et les échéances sont à nos portes.Plusieurs ont vécu cette situation comme une trahison, ou du moins comme la conséquence d’erreurs humaines ; ou comme un deuil, qui a fini par faire place à la sérénité.Un certain nombre de religieux et de religieuses continuent de porter haut le flambeau, avec beaucoup de vitalité et d’imagination.Mais il n’est pas sûr que la « délicieuse torture » de la facilité ne soit pas une tentation pour un grand nombre, déroutés et fatigués de lutter.Il n’est pas certain, par exemple, que la présente récession économique, qui affecte beaucoup de nos concitoyens et concitoyennes d’ici, ait modifié, de façon significative, notre style de vie et nos habitudes de penser.Il peut alors s’installer chez nous, au coeur même d’une apparente facilité de vie, une profonde désespérance : l’impression de n’avoir plus de prise sur rien, voire d’être devenu-e-s complices d’un monde tordu, et d’être en train de tirer subtilement notre épingle du jeu.Nous vivons en pleine contradiction.Nos prétentions en prennent pour leur rhume.Nous 206 avons peut-être plus qu’un problème de mise en marché.Nous faisons nous-mêmes problème.Et cela est dur à prendre.2.La décision de vivre et d’engendrer Par où alors ressaisir la vie, pour « changer la patience en passion», pour relever le défi de la fatalité, pour redonner une chance à l’espérance ?Le combat pour la joie Je connais un religieux, nommons-le Gustave, qui est profondément croyant, serviteur et efficace par surcroît.Rien ne lui échappe dans les faits de l’actualité.Mais sa tendance de fond est celle de la femme qui s’en va au tombeau à la recherche du cadavre de Jésus; ou celle des disciples d’Emmaüs qui repassent en tous les sens leur malheur.Le Vivant n’a pas encore affleuré.Quand on évoque l’actuelle Présence du Vivant dans le monde, Gustave se dit bien d’accord, mais il retourne vite à sa désespérance.Le combat qui attend Gustave, et qui nous attend tous et toutes, n’est-il pas justement celui même de Jésus, aux dernières heures de sa vie ?Jésus n’a jamais autant parlé de joie qu’au moment où tout l’entraînait vers la tristesse.C’est comme s’il communiait à la joie-mère qui est en Dieu.La vie a été plus forte en lui, reliée à la confiance envers son Père, dont il sentait pourtant l’abandon.Quel combat a-t-il dû mener ce soir-là?Le monde n’a jamais été aussi connecté à la Résurrection qu’au moment où il était en train d’en extirper les racines mêmes, en la personne de Jésus.Nous savons l’amour de Dieu.Nous sommes au fait de la Résurrection de Jésus et de l’accomplissement indéfectible de son Esprit.Le Germe promis, le Héros que nous annonçaient les prophètes, chaque personne et chaque génération doivent en découvrir, tout comme nous le faisons nous-mêmes, la révélation progressive dans leur propre vie.Mais l’Événement s’est produit de fait.Nous le savons.Et nous attendons avec certitude le glorieux 207 retour de Jésus et notre propre glorification.Nous savons que nous venons d’«Ailleurs», et que nous allons vers «Ailleurs».Et nous savons que nous sommes intérieurement équipés pour affronter avec d’autres le combat de la vie.Nous n’avons donc aucune raison de développer des complexes en ce qui concerne nos certitudes chrétiennes.Il nous reste à écouter en profondeur ces paroles brûlantes, à les laisser nous habiter et nous toucher, à demeurer en elles et à nous les approprier, pour qu’elles influencent de fait notre manière de voir et d’intervenir.Et cela jusqu’à l’âge de cent ans.Nous ne fonctionnons pas ici par sondage, sur l’opinion des autres, ou par calcul.Nous nous avançons, comme les premiers disciples, avec l’assurance et l’énergie pascales.N’avons-nous pas vu et expérimenté ?Ça nous est arrivé ! Le mutisme de notre foi peut bien être une épreuve à travers laquelle nous n’avons pas le choix de passer, une « nuit des sens ».Assurons-nous toutefois qu’il ne cache pas un vide intérieur.La joie chrétienne, celle des Béatitudes, passe par la souffrance et par le combat, nous le savons bien.Mais jamais rien ni personne ne peut tarir en nous les sources de l’ivresse.« Ils n’empêcheront pas le printemps», fait-on dire à Mgr Romero, au coeur de sa lutte en faveur des exclus.Nous n’attendrons pas permission de personne pour afficher la fierté et la dignité de notre vocation chrétienne et religieuse, et pour agir en conséquence.Communier à la peine de Jésus et à son dynamisme Cette décision de miser sur la Parole et sur la joie-mère, et de remuer la braise de nos certitudes ne nous empêche toutefois pas de communier à l’angoisse de Jésus: «Jérusalem.si tu m’avais écouté!» «Que deviendront les pécheurs?» (S.Dominique); «l’Amour n’est pas aimé» (S.François d’Assise).Gustave a bien raison de s’inquiéter.Les certitudes des premiers disciples n’ont pas empêché tous les malheurs du temps.Mais elles ont introduit, en eux et en elles, un dynamisme de vie capable 208 de faire son chemin à la manière d’une source ou d’un ferment : là se trouve toute la différence.Consentir à de nouveaux passages Redescendre sur le chantier L’écoute en profondeur et l’appropriation de la Parole de Dieu ne sont guère en vase clos par rapport à la vie du monde.« N’entre jamais tout seul dans le monde de la Bible, nous avertit Carlos Mesters.Tu t’y perdrais et n’y trouverais rien du tout.Aie toujours en toi la mémoire des souffrances du peuple auquel tu appartiens »1.Religieux, religieuses d’ici, nous avons parcouru, ces dernières années, le chemin de la compassion et de la solidarité décrit par Exode 2 et 3, et par Gaudium et spes 1.N’est-ce pas qu’il faut pousser plus loin encore l’écoute en profondeur de ce que vivent l’humanité et la planète, pour ne pas passer à côté du Corps du Christ aujourd’hui, et pour développer une espérance qui ait du sens pour ceux et celles qui éprouvent le besoin vital d’un changement ?Sommes-nous allé-e-s au bout de l’aventure commencée?Avons-nous, comme Moïse, subi le choc de l’oppression au point de laisser entrer en nous la compassion et l’indignation, au point d’emprunter ouvertement avec d’autres le chemin du risque et du courage ?Sommes-nous, comme Jésus, descendus jusqu’aux enfers de la vie humaine, avons-nous comme lui été remués en profondeur, et avons-nous risqué la vérité jusqu’à nous exposer sur la Colline, à 33 ans ?Avons-nous vécu le saut de conscience des premiers disciples devenus témoins, voire martyrs de sang pour nombre d’entre eux ?Disons en passant que de telles exigences valent également pour des personnes âgées, pour des moniales ou des moines, ou pour des personnes que leur devoir d’état retient à la maison.Une personne qui a laissé entrer en elle en profondeur la compassion et l’indignation et qui a pris une juste mesure d’elle-même, aura une autre compréhension des choses et vivra d’autres 209 solidarités, même à distance.Elle trouvera sa manière d’être témoin.C’est ailleurs que ça se passe.repartir d’ailleurs La grâce présente, me semble-t-il, c’est que Dieu lui-même nous accompagne dans ce passage, et qu’il est lui-même en train de nous en montrer le chemin.Or ce chemin, s’il passe par la compassion et par l’indignation, ne conduit absolument pas à un nouveau triomphalisme, il mène plutôt à de nouvelles prises de conscience, à des solidarités à ras le sol.Nous souhaitons nous rapprôcher des plus pauvres.Nous avons reçu la grâce de l’appauvrissement.Nous avons perdu nos institutions et notre pouvoir.Nous sommes devenus un « petit peuple » négligeable et sans influence.Nous communions à l’impuissance et à la vulnérabilité de ceux et de celles que nous voulons accompagner.Nous qui avions l’habitude de convoquer chez nous, nous voilà renvoyés à la périphérie, pour y reconnaître « l’action de l’Esprit Saint dans l’expérience séculière des gens ».Ailleurs aussi l’Esprit Saint est à l’oeuvre.C’est précisément devant ce « Mystère » (EP 3, 6) annoncé par Paul, qu’ont trébuché les Juifs.«Les païens sont admis au même héritage», disait saint Paul.Les juifs ont mis bien du temps à comprendre que l’amour fou de Dieu pour eux était un « signe donné aussi aux autres nations, et non pas un privilège pour eux ».Ce dépouillement de nos prétentions, voire cette chute de notre Temple, n’ont rien de la rigolade.Mais une telle expérience peut devenir un « moment favorable » (2 Cor 6, 2), unique, pour nous situer tout à fait autrement dans notre foi chrétienne et dans nos choix de solidarités.Ce peut être aussi l’occasion de redéfinir les objectifs que nous poursuivons ensemble avec d’autres personnes.210 Revisiter nos objectifs et redéfinir nos priorités Que cherchons-nous exactement, nous les religieux et religieuses, qui sommes aussi des chrétien-ne-s et des citoyenne-s de ce pays ?À quoi travaillons-nous ?Quelle est notre image directrice, et quel est notre agenda ?Quel rêve poursuivons-nous en commun avec les femmes et les hommes de ce pays?Et quel est le Dieu qui accompagne cette aventure ?Bien des incompréhensions entre nous, et bien des pertes d’énergie ne sont-elles pas justement dues au fait que nous ne poursuivons pas les mêmes objectifs, même à l’intérieur de la même communauté ?Assis devant le même écran de télévision lors de la guerre du Golfe, ou lors de la crise autochtone, nous ne nous attristions ou ne nous réjouissions souvent pas pour les mêmes raisons.Notre analyse des faits ne concordait pas, et nous ne misions pas sur les mêmes coureurs.Nous étions peut-être animés de la même espérance eschatologique, mais notre espérance historique ne se rejoignait guère.À la limite, nous n’adorions pas le même Dieu.Et nous n’avions pas trop le goût de nous en expliquer.La même chose se produit sans doute par rapport à l’avenir constitutionnel de notre pays, par rapport aux situations d’extrême pauvreté qui affligent beaucoup de nos concitoyen-ne-s, et par rapport à bien d’autres réalités d’ici et d’ailleurs.L’Évangile que nous professons ensemble a-t-il quelque chose à dire sur le projet de société que d’autres personnes sont en train de définir pour nous en ce pays?L’Évangile est-il capable, oui ou non, d’éclairer et de transformer nos réalités et de nous convoquer à une unité bâtie sur l’amour et sur la vérité, où justice et paix se rencontrent ?Comment se fait-il que les gens d’Église n’ont pas une parole consistante, concordante et publique pour dénoncer par exemple l’actuelle fabrication d’armes et les intolérables situations de pauvreté et d’inégalité qui en sont l’une des conséquences directes?Et pourquoi ne sommes-nous pas tous et toutes unanimes, nous les chrétien-ne-s, à soutenir 211 ouvertement les personnes et les mouvements qui travaillent à rendre ce monde plus habitable ?Peut-être notre difficulté à lire les signes des temps et à vivre l’espérance est-elle due en bonne partie au fait que nous sommes encore braqué-e-s sur la reproduction de nos modèles d’Église, sur la «correction et la symétrie ecclésiastique», souvent très mondaine, et pas suffisamment sur la vie du peuple, et sur le Souffle imprévisible de l’Esprit dans notre vie, tant collective que personnelle?Nous avons peut-être mis à ce point l’accent sur la dévotion que nous n’avons pas eu le temps de développer sur le terrain des réflexes contemplatifs et des habitudes de discernement ?Les communautés religieuses d’ici cherchent-elles en priorité à survivre, voire à mourir en beauté ?Ou bien mettent-elles en commun leur charisme pour devenir avec d’autres « artisans et artisanes d’un monde nouveau à naître » ?Sans doute ne faut-il pas opposer ces deux préoccupations.Mais le fait de mettre l’accent sur l’un ou sur l’autre de ces objectifs peut faire toute la différence dans nos choix de priorités.3.Vivre autrement en Église aujourd’hui Sur quoi faut-il donc continuer de nous concentrer ensemble aujourd’hui, pour donner une nouvelle chance à l’espérance ?Redécouvrir en amont l’autre Dieu Saint Dominique me semble avoir le ton juste, lui qui ne cessait de se redemander : « Qu’est-ce que Dieu a donc voulu nous dire au juste ?» Le « retour aux sources » que nous proposait Paul VI nous renvoie à la liberté d’un Abraham qui part seul à la recherche d’un autre Dieu, et qui prend des risques en conséquence.Nous croisons également, dans cette recherche, le chemin de Jésus, en contradiction ouverte avec les chefs religieux de son temps.212 Et nous rencontrons les premiers chrétiens qui seront amenés à faire des choix périlleux, face à la tradition juive.Il nous faut aujourd’hui dépoussiérer Dieu que nous avons peut-être apprivoisé aux dimensions de nos besoins de consolation et de pouvoir.Dieu n’a pas changé d’idée en cours de route et il n’est pas un Dieu découragé.Il se laisse toujours impressionner par la souffrance humaine et ne tolère pas l’injustice ni l’exclusion ; et il est toujours décidé d’intervenir pour libérer son peuple au prix de son propre sang (Ep 2,14) mais aussi par nous.La centième brebis, égarée est toujours pour lui le critère premier d’intervention.Tout le contraire d’un Dieu complaisant pour un ordre établi sur l’inégalité, ou d’un Dieu complice des oppresseurs.Ce Dieu est appelé à mourir.Comment donc Dieu accompagne-t-il aujourd’hui notre monde, marqué par des structures d’oppression systématique ?Personne de nous ne peut faire l’économie, et plusieurs fois dans sa vie, de cette humble quête du vrai Dieu, si proche et si différent à la fois.Réhabiliter des faces cachées de Dieu Il n’est pas certain toutefois que ce vrai Dieu révélé en Jésus, à la fois proche de nous, serviteur, compatissant, rassembleur, mais également différent et résistant ait vraiment droit de cité dans notre pratique quotidienne.Notre actuel langage de chrétienne-s en est un de consolation, de service caritatif et de réconciliation ; mais nous semblons beaucoup moins à l’aise dans une pratique de résistance et de défense de l’opprimé.Et pourtant l’Esprit Saint envoyé par Jésus est à la fois consolateur et défenseur.Pourquoi avons-nous laissé tomber en cours de route ce qui, dans l’expérience de Jésus, fait davantage appel à la transformation des situations et au courage de la vérité, ce qui finalement l’a exposé publiquement à la colère de ses concitoyenne-s, et à l’assassinat ?L’expérience de Jésus comporte indissociablement la fête et la lutte ; la consolation et la mission, en passant par l’affrontement 213 intérieur, mais aussi public, avec les forces du mal.La hantise de nous rendre acceptables, d’éviter les conflits et les erreurs nous aurait-elle rendus imperméables à la détresse, et incapables de discernement et de courage ?Nos cantiques, de même que nos appels à une unité qui ne s’est pas donné la peine de faire la vérité, risquent alors de sonner bien faux ! Nous concentrer davantage aujourd’hui sur les autres présences réelles de Dieu J’ai eu la joie d’être parrain, au mois de janvier dernier, à 58 ans, pour la première fois.J’ai fait dans mon coeur un double souhait pour ma filleule, Céline Kathleen.Qu’elle fasse d’abord tout au long de sa vie l’expérience des deux disciples d’Emmaüs qui rencontrent l’Étranger: la fraction du pain y a été un moment-clef; que Kathleen ne passe pas à côté de la fraction du pain eucharistique.Mais également, qu’elle soit brûlée par Celui qui n’a pas toléré l’injustice, par celui dont le nom est Le Juste.Ces deux expériences représentent deux pôles fondamentaux de notre foi chrétienne.Si je devais cependant choisir un accent, par les temps qui courent, ici maintenant, je crois que mon souhait porterait en premier lieu sur la justice.Je ne voudrais pas que ma filleule se fasse dire: tes cantiques et ta dévotion m’écoeurent, parce que tu as méprisé la veuve et l’orphelin.Si beaucoup de nos contemporain-e-s qui ne viennent plus à nos églises sont sensibles aux valeurs de justice et de fraternité, pourquoi ne pas les accompagner sur ce terrain, de manière à leur faire découvrir sur leur propre terrain Celui dont le nom est Le Juste, notre Frère ?Les personnes qui ont développé le respect pour notre mère la terre, et qui se portent à sa défense, n’est-ce pas par cette fissure que Dieu est en train de s’introduire chez elles ?Leur intérêt pour ce qui est sorti des mains de Dieu pourrait bien devenir un intérêt pour Dieu.De même ceux et celles qui accompagnent les pauvres de toute espèce auront peut-être un jour l’incroyable surprise d’apprendre que c’était Jésus qu’elles accompagnaient ?214 N’est-il pas vrai que Dieu développe d’autres stratégies, imprévisibles comme le vent (Jn 3), au rythme de nos besoins et de notre croissance ?Dieu de l’ouragan ou Dieu de la « brise légère » ; Dieu face à face, ou Dieu vu de dos, à tâtons après coup; Dieu aux temps de fête, et Dieu au temps de lutte, en habits de semaine ; Dieu dans le silence et Dieu dans le bruit ; Dieu dans le temple, et Dieu hors-les-murs, en esprit et en vérité ; Dieu des processions et Dieu des grandes coalitions ; Dieu des apparitions et Dieu qui attire l’attention sur les personnes disparues ; Dieu du merveilleux et Dieu de l’humble quête de sens et des obscures pratiques du lundi matin ; Dieu de la Résurrection et Dieu de Nazareth ; Dieu même au creux de l’ambiguïté, voire du péché, comme le suggère Thomas d’Aquin ; ou Dieu qui se révèle au moment de la peur et de la tentation, comme en fait foi ce moine solitaire, assailli par le mal, et qui confiera plus tard : « C’est le diable qui m’a appris à prier ».L’autrement de notre rapport au monde Theillard de Chardin donne ici le ton de ce qui m’apparaît le premier réflexe chrétien à développer : « On ne convertit que ce qu’on aime.Si le chrétien n’est pas en pleine sympathie avec le monde naissant., il continuera à s’effrayer et à condamner presque indistinctement toute nouveauté, sans discerner, parmi les souillures et les maux, les efforts sacrés d’une naissance».(Dans un même sens, lire Ro 8).Helder Camara a pratiqué ce réflexe : « Mets ton oreille contre le sol et interprète les rumeurs autour de toi.Ce qui domine ce sont des pas inquiets et agités, des pas lourds d’amertume et de révolte.Ils n’ont pas encore commencé, les premiers pas d’espérance.Approche davantage ton oreille du sol.Retiens ton souffle: le Maître chemine aux alentours.Il est plus facile qu’il soit absent aux heures heureuses qu’aux heures dures des pas incertains et difficiles »2.C’est la même expérience chrétienne que décrit l’auteur grec Kazantzakis en parlant de François d’Assise : « François s’est incliné, et il a écouté au-dedans des choses les plus humbles 215 et les plus insignifiantes, ce quelque chose d’immortel, de caché, la mélodie.Son biographe Thomas de Celano a vraiment raison quand il dit: «Un voile très mince le séparait de l’immortalité».Pour cette raison, il était capable d’écouter la mélodie au-delà de l’épaisseur des choses.Cette mélodie, lui l’appelait Dieu ; moi, jusqu’à présent, je l’appelle poésie »3.La conscience chrétienne se trouve désormais marquée par l’expérience de la femme au Tombeau.Elle qui cherchait un mort, c’est un Vivant qu’elle a trouvé.Il faut parfois beaucoup de vigilance pour pratiquer un tel réflexe.Tout récemment un ami prêtre recevait un jeune couple qui se prépare au mariage.Ils ignoraient tout de l’Église et semblaient n’avoir aucune idée précise sur les raisons de choisir un mariage religieux.Exaspéré, le prêtre leur demande : « Dieu, est-ce que c’est Quelqu’un pour vous ?» Et le jeune homme de s’animer tout d’un coup : « J’étais dans le fond du trou.Y m’a pogné, m’a relevé, et m’a mis sur la map».Voilà l’étincelle qu’il fallait comme débusquer, enfouie qu’elle était sous un amas d’autres réalités.Le plus difficile est peut-être de continuer à pratiquer ce réflexe premier de bienveillance, avec des personnes ennemies.François d’Assise l’a fait avec le Sultan d’Égypte, à l’encontre de toute la chrétienté du temps.Ai-je moi-même pratiqué ce réflexe face aux marxistes qui se présentaient comme porteurs d’un grand rêve ?A-t-on réussi ce tour de force lors de la guerre du Golfe, en pensant indistinctement à l’un ou l’autre des protagonistes de la guerre, comme à des enfants de Dieu d’abord et avant tout ?À qui pourrais-je annoncer une parole de bienveillance de la part de Dieu, si je n’ai pas d’abord pris le soin de le ou la reconnaître dans sa dignité fondamentale d’image de Dieu ?Mais l’écoute profonde des êtres, et la découverte de leur dignité, sans oublier sa propre dignité, entraîne aussi directement un deuxième réflexe : celui de percevoir comme d’instinct ce qui entrave cette dignité, de laisser entrer en soi l’indignation et de se porter à la défense de qui est la victime.216 Helder Camara appelait « la cause du siècle » l’éducation d’un tel réflexe, qu’il nommait «l’éducation libératrice».Et il appelait à dépasser «le mal par excellence, l’égoïsme», pour surmonter « le scandale du siècle, la marginalisation qui écarte du progrès, de la créativité et de la décision plus des deux tiers de l’humanité »4.Notre baptême et notre profession religieuse sont des actes publics.Ils compromettent la réputation de Dieu qui s’est lié à notre sort, en faisant ainsi publiquement alliance avec nous.Au nom même de cette alliance avec Dieu, nous ne pouvons en conscience laisser planer l’impression que nous sommes de connivence avec les vastes scénarios d’oppression qui s’écrivent présentement à grands traits.« Le nouvel ordre mondial international », à la solde du Dieu Marché, nous enferme de plus en plus dans son étau, entraînant avec lui, comme un fossoyeur, notre culture, religieuse y incluse.Les pauvres et les riches savent-ils clairement que nous contestons cette vision du monde et ces pratiques ?Les pauvres savent-ils qu’ils pourront toujours compter sur notre appui non équivoque et ouvert, chaque fois qu’ils en ont besoin ?Et les bien nantis seraient-ils fondés d’avoir peur, s’ils abusent des petits?L’intervention de la CRC-Q auprès de M.Bourassa en 1988 contre « l’appauvrissement au Québec » m’apparaît une très heureuse prise de position en ce sens.Mais qu’avons-nous l’intention de faire maintenant que la preuve est faite que le gouvernement Bourassa ne veut pas bouger d’un pas ?Nos Évêques du Québec ont souvent le ton du courage et de la lucidité dans leurs déclarations.Mais on reste sur son appétit.Il y manque précisément ce qui a conduit Jésus sur la Colline.C’est comme s’ils disaient : « Voici ce que l’Évangile vous demande impérativement de faire.Et si vous ne le faites pas, c’est bon pareil ».Les communautés religieuses d’ici se sont beaucoup impliquées, ces récentes années, dans un accompagnement caritatif qui a pris les formes les plus variées.N’est-ce pas qu’il faudrait consacrer maintenant un peu plus de nos énergies à la transformation radicale de cette société qui fait tant de blessés que nous devons ensuite secourir ?Comment donc cela se fera- 217 t-il, sainement, sans culpabilité malsaine, dans le réalisme de notre situation, puisque nous sommes diminué-e-s en nombre, vieilli-e-s, déjà surchargé-e-s de travail, et puisque nous n’avons pas la compétence pour répondre à un tel défi ?Le passage à opérer ici me semble celui d’un réaiguillage de nos solidarités et de nos complicités.Nous retouchons alors nos choix d’objectifs.Nos premiers alliés sont-ils donc ceux qui viennent à nos messes ou ceux et celles qui se portent à la défense de l’opprimé et qui cherchent avant tout la vérité ?C’est également notre manière de travailler qui se trouve mise en question.Nous n’avons pas à mettre sur pied Amnistie internationale, ni Greenpeace, ni les groupes de défense des droits et libertés, ni des écoles de conscientisation : tout cela existe déjà.Que ces groupes cependant puissent nous compter parmi leurs alliés, et qu’on puisse introduire dans leurs rangs les dimensions évangéliques qui pourraient faire défaut, voilà un agenda capable de changer quelque chose.Il est urgent de lever le soupçon que nous boudons ces efforts de transformation.Nous souhaitons les reconnaître, au contraire, et les appuyer et cela au nom même de Jésus qui s’est montré d’emblée l’Allié de toute personne et de tout mouvement qui vient au secours des plus mal pris.Ces alliances avec les plus mal pris et avec ceux et celles qui les accompagnent, m’apparaissent une Clef pour notre avenir comme communautés religieuses d’ici.Nous avons donné de nos argents aux groupes populaires.Nous avons bâti des amitiés.Ils nous ont très souvent initiés à leur espérance.C’est eux, peut-être, qui prendront la relève de notre charisme quand nous ne serons plus là.J’ai animé récemment quelques retraites regroupant environ dix religieuses, plus quinze personnes à faible revenu convoquées par ces religieuses qui couvraient une bonne partie des dépenses de la retraite.Cette alliance, au coeur même de nos ressource-ments, m’apparaît un signe d’avenir.Nous avons aussi, me semble-t-il, à dépister les groupes qui sont le plus susceptibles de comprendre notre charisme, et à travailler avec eux, sur leur propre 218 terrain.Des communautés ont accepté de vivre un parrainage avec des militants d’action catholique qui poursuivent à leur manière une mission que nous ne pouvons plus accomplir dans les écoles ou auprès des jeunes travailleurs.Et de même récemment, avec le groupe ATD-Quart Monde dont «le point d’unité, comme ils disent, ce sont les pauvres ».Nous pourrions disparaître en paix, si nous avions vraiment soutenu des personnes et des groupes qui travaillent déjà dans une ligne parente avec notre charisme.Nous aurions alors transmis notre héritage, au lieu de l’entraîner frileusement avec nous dans le tombeau.L’autrement de notre vie religieuse au quotidien Faire la différence entre fierté et prétention Les premiers disciples de Jésus, qui étaient des Juifs, n’avaient pas à renier l’expérience unique de leur peuple, sous prétexte que l’Esprit travaillait aussi chez les autres peuples.Ils pouvaient accompagner les autres avec fierté et dignité, mais en renonçant à la prétention de monopoliser l’Esprit.Nous avons à parcourir et à reparcourir le même chemin.N’allons pas sous-estimer le charisme de notre vie religieuse, mais en même temps, préservons cette dernière de toute prétention pharisaïque.Notre condition de religieux, religieuses ne nous confère en elle-même aucune supériorité ni garantie de sainteté.Tout dépend de l’honnêteté que nous y mettons.Notre espérance ne réside pas dans le fait que nous avons fait une profession religieuse, pas plus qu’elle ne résidait chez les juifs dans le fait qu’ils étaient peuple de Dieu (1 Cor 10, 1-12).Elle s’appuie uniquement sur la courtoisie de Dieu pour tous et pour toutes, 219 et sur la qualité de réponse que lui-même suscite en nous et qu’il ne cesse de soutenir.Nettoyer sa propre maison Les deux messages du 1er mai 1991 et 1992, émanant de l’Assemblée des Évêques du Québec, sont une très belle invitation à tenir compte de ce qui monte des groupes populaires et du peuple en général, à bâtir une démocratie digne de ce nom.De telles exhortations, et bien d’autres semblables émanant des plus hautes instances de notre Église apparaissent bien sûr comme une espérance pour les plus petits de la société.Mais à une condition : que l’Église mette vraiment en pratique sur son propre terrain les conseils qu’elle distribue aux autres.Il me semble que nous avons encore beaucoup de ménage à faire dans notre Église, si nous voulons exhorter les autres d’une façon crédible, sur des sujets tels la démocratie, la participation, la liberté d’expression dans la réflexion, etc.Nos discours ouvrent larges les portes à une espérance pour les exclus, mais nos habitudes séculaires les referment aussi vite.De larges secteurs de notre vie en Église sont marqués par ce fossé : les rapports hommes-femmes; laïques-prêtres; situation matrimoniale et eucharistie; pratique évangélique sur le terrain et pratique religieuse.L’espérance que nous proposons a besoin de signes, si elle veut être crue.Nos communautés religieuses, même vieillissantes, peuvent rendre ici un service inestimable.Elles peuvent témoigner par leur joie de vivre dans la sobriété, la prière et des solidarités courageuses, qu’une autre manière d’habiter ensemble cette planète est possible.Vivre au présent, mais aussi travailler avec urgence à préparer l’avenir Nous pouvons choisir de mettre l’accent sur la sérénité et sur la consolation de notre ministère, comme responsable de communautés.Nous pouvons dorloter nos personnes âgées, leur 220 prolonger la vie par des soins d’exception, voire pratiquer sur elles une euthanasie qui n’a plus de fin : les faire mourir avant de mourir, les « embaumer » bien avant la mort.L’attention à nos personnes âgées et blessées par la vie est précisément une marque de la société évangélique que nous voulons bâtir.Gardons-nous toutefois d’humilier les pauvres en nous procurant des soins dont ils seront toujours éloignés.Attention à ce que notre sérénité se construise sur l’oubli de leur détresse.Nous pouvons aussi choisir de vivre intensément jusqu’à la fin, sur la brèche, dans la vigilance contemplative, comme des gens qui attendent la manifestation de Dieu, mais aussi qui la préparent de toutes leurs forces, avec urgence, et avec d’autres.Les responsables de communautés auront besoin de se tenir beaucoup avec des personnes suintant la vie pour ne pas risquer de définir l’avenir à partir des plus fatiguées ou des plus moroses.Si nous choisissons de donner encore la vie, bien qu’autrement, nous devrons faire encore des choix courageux, et pas toujours par addition.Puissent nos choix être inspirés par autre chose que par le souci de terminer notre vie dans la tranquillité.4.Place à la Vision et à l’Utopie Dans la rencontre de la CRC-Q avec M.Robert Bourassa en décembre 1988, suite à la présentation du rapport: L’appauvrissement au Québec, le premier ministre exhortait les religieux et religieuses à comprendre son problème de restrictions budgétaires.« M.Bourassa, a-t-on répondu, le fait que des femmes et des hommes d’ici aient faim, n’aient pas de toit convenable, ne puissent vivre décemment, ce fait n’est pas négociable ! Révisez vos priorités ! » Notre décision de «vivre l’Évangile sans transiger», comme dit Catherine de Hueck, et de vivre nos engagements religieux intensément jusqu’à la fin, cela n’est pas négociable.Et conséquemment notre Rêve de voir ce monde devenir plus fraternel, de voir disparaître l’insupportable inégalité entre nous, 221 et de voir notre mère la Terre respirer de nouveau sans agression, ce Rêve n’est pas négociable.C’est précisément l’acharnement que nous mettrons à le réaliser, et à le faire ouvertement, qui rendra crédible l’espérance que nous professons.Que jamais un froid réalisme ne vienne briser les ailes du Rêve et de l’Espérance.Ce serait alors le signe que nous sommes morts avant de mourir.Courage ! Notes Bibliographiques 1.Carlos Mesters, La mission du peuple qui souffre, Cerf, 1984, p.24.2.Helder Câmara, Le désert est fertile, Desclée, 1971, p.63.3.Kazantzakis, cité dans la revue Laurentianum 26-2-3 (1985) p.663.4.Câmara, op.cit., pp.67 et 69.222 Discerner les routes de Dieu Alfred Ducharme, s.j.* Il faut du temps pour devenir un adulte dans la foi.On n’accède pas à la plénitude d’emblée.On y parvient par étapes.Les catéchumènes se préparent au baptême.Après le baptême, saint Paul reconnaît trois « degrés » dans la vie chrétienne : l’initié, tout juste baptisé, est encore un enfant dans la foi.Il devient disciple du Christ, en s’attachant à lui.Une longue fréquentation de Jésus fait enfin du disciple un adulte dans la foi.Les pères l’appellent un spirituel ; saint Paul, un saint (1 Co 1,2 ; 2 Co 1,1 ).L’adulte dans la foi Ce qu’il est C’est la personne qui vit la charité en plénitude.Elle a atteint une maturité intérieure, est capable de prier et pratique habituellement la charité.Elle n’est pas centrée sur des défenses morales mais est proprement conduite par l’Esprit du Christ en elle.L’adulte est celui qui a fréquenté le Christ au point d’être imprégné de son Esprit et d’avoir acquis «sa mentalité».«Les adultes., écrit saint Paul, eux qui par la pratique, ont les sens exercés à discerner ce qui est bon et ce qui est mauvais » (Hé 5,14; voir aussi Rm 12,2).C’est donc la personne qui a acquis un discernement spontané des routes de Dieu.Saint Irénée insiste sur l’action de l’Esprit qui l’anime.Il écrit: «Ceux qui ont reçu le gage de l’Esprit et qui se conduisent droitement en tout, ceux-là, l’Apôtre les appelle à juste titre les spirituels».C’est donc la * C.P.130, Saint-Jérôme, Québec J7Z5T8.223 pratique du discernement des voies de Dieu et la soumission à l’Esprit qui révèlent une foi adulte.Ses caractéristiques Trois traits marquent la personnalité de l’adulte chrétien.1) Sa vie se déroule dans une situation de conflit.C’est une personne libre qui vit les événements ordinaires au milieu d’humains limités, dans une société imparfaite et toujours à refaire.Elle n’est donc pas parfaite ; mais, conduite par l’Esprit, elle se dégage ordinairement des comportements «terreux» (Rm 8,9; 12-13;26-27).Dans l’épître aux Galates, Paul énumère les oeuvres de la personne laissée à elle-même : « Libertinage, impureté, débauche, idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, rivalités, dissensions, factions, envie, beuveries, ripailles » (Ga 5,19).À ces oeuvres, il oppose celles du spirituel.« Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi » (Ga 5,22).Laissée à elle-même, la personne se dégrade.Elle est «terreuse»; saint Paul dit «charnelle».Quand l’Esprit la libère, elle s’ouvre à son expérience spirituelle et reste attentive à l’action de cet Esprit en elle.Tendu entre les tendances de l’homme «terreux» et celles de l’homme spirituel, l’adulte assume les situations conflictuelles et les dépasse grâce à l’Esprit qui l’habite.2) L’homme spirituel développe une attitude positive face à la vie, au monde et à l’histoire.C’est une personne qui se sait sauvée en Jésus Christ et qui se laisse conduire par son Esprit.«Je vis mais ce n’est pas moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi » (Gai 2,20).C’est donc une personne d’audace.qui ne roule pas le pied sur le frein, et qui a confiance en soi parce qu’elle se sait mue par l’Esprit.Sa vie spirituelle se déploie dans un engagement au milieu de situations de vie qu’elle assume ; son attitude est positive ; son 224 regard, lancé vers l’avenir.Elle accueille la réalité pour l’améliorer ; aide les autres à vivre debout et à déployer toutes leurs dimensions humaines.Elle marche en avant, jette des ponts, ouvre des routes, suscite le courage et le dynamisme.La charité « croit tout, espère tout, endure tout» (I Co 13,7).3) Sa vie s’intégre autour de la charité, dans une profonde unité intérieure.C’est là, un don de l’Esprit.« Alors que nous étions morts à cause de nos fautes, Dieu nous a donné la vie avec le Christ; .avec lui, il nous a ressuscités» (Ép 2,5-6).«C’est par grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi, vous n’y êtes pour rien, c’est un don de Dieu » (Ép 2,8 ; voir Col 1,13).Le fruit unique de l’Esprit, c’est l’amour qui intègre et unifie sa vie.C’est à cette personne que s’adresse Augustin quand il écrit : « Aime et fais ce que tu veux ».Saint Paul décrit longuement cet amour dans son hymne à la charité (I Co 13).Le spirituel trouve une réponse aux différentes situations dans ce «flair» intérieur qu’est le discernement.Sa vie est unifiée.Elle jaillit de son coeur et le signe que c’est bien l’Esprit qui le conduit, c’est cette paix et cette joie qui l’habitent en permanence.La longue étude du père Scaramelli nous montre que la tradition chrétienne trouve dans la paix et la joie habituellement présentes dans le coeur le signe d’une âme pleinement accordée avec Dieu.Les pères grecs parlent alors de «l’impeccabilité du chrétien».Son âme est tellement en consonance avec le Christ qu’il devient incapable de pécher.Sa vie est une montée sans faille vers Dieu.L’adulte dans la foi ou l’homme spirituel a donc le coeur assez libre pour utiliser spontanément les créatures de façon à assurer le meilleur service de Dieu et à assurer du même coup sa croissance continuelle.Chacune de ses actions accueille la plénitude de vie que Dieu lui offre dans le geste qu’il l’invite à poser.Le signe de l’Esprit : la joie et la paix Dans l’épître aux Galates, Paul écrit : « Voici le fruit de l’Esprit : 225 amour, joie, paix.(5,22).Les exégètes disent que l’amour est le fruit unique de l’Esprit.La joie et la paix en sont les signes.Un chrétien cherche dans ses décisions libres à s’accomplir en servant Dieu et son prochain.Dieu nous a créés pour la vie non pour la mort.Notre Dieu est un Dieu « ami de la vie » (Sg.11,26 et 12,1).Il a confié à chacun et chacune de parfaire la création et aussi de s’accomplir pour retourner à lui avec une plénitude accrue par le bon usage de sa liberté.« Vous m’avez confié dix talents, je vous les rends et en voici dix autres » (Le 19,16s.).Tel devrait être le résultat de nos choix libres.La liberté est la possibilité d’accueillir par son action le surcroît d’être que Dieu nous offre.Elle est la capacité de cueillir la perfection que Dieu nous offre au gré des heures en nous invitant à agir.Il faut bien comprendre l’expression « chercher la volonté de Dieu ».Elle ne signifie pas que Dieu a tracé d’avance notre route et qu’il faille chercher à connaître ses décisions.La volonté de Dieu, c’est que chaque créature, qu’il a créée libre, décide librement de la meilleure façon pour elle de monter vers lui et d’aider les autres à croître.C’est à chacun et chacune de décider.Dieu respecte notre liberté ; il ne décide jamais à notre place.Le projet de Dieu se bâtit et se déroule à même nos décisions libres qui sont un élément essentiel de son dessein.En nous créant libres, Dieu incluait nos actes libres dans la trame même de son projet.Un être humain doit toujours choisir le bien.Sa conscience le lui rappelle sans cesse.Une insatisfaction intime l’habite, s’il refuse de se soumettre à elle.Or le bien d’une créature libre est de croître et de cheminer vers Dieu.Une décision, prise selon sa conscience, engendre la paix du coeur.Une décision ne doit jamais écraser ou détruire celui qui la prend, empêcher sa montée ou entraver son accomplissement.Mais souvent dans ma vie, je renonce à un bien immédiat qui répondrait à mon besoin actuel parce que ce renoncement me permet de satisfaire un besoin supérieur.Il y a alors renoncement, mais ce renoncement n’est pas un refus de vivre et de grandir; il est la recherche d’une vie plus intense.Il est 226 libre.Ce renoncement, inspiré par un bien réel qui m’est offert, ne m’empêche pas de grandir et n’étouffe pas ma créativité.Il n’est pas rejet ou refus.Il est le moyen d’atteindre un bien qui me comblera davantage.Le psychologue parle alors de sublimation ; le spirituel, d’ascèse.Le dépassement est, en effet, une dimension de l’ascèse.Saint Augustin définit le sacrifice: «Toute action faite pour entrer en communion d’amour filial avec Dieu ».Le sacrifice n’est pas d’abord un renoncement.Évidemment, une action qui me permet d’entrer en communion plus profonde avec Dieu exigera souvent un renoncement.Mais ce renoncement ne me détruit pas ; il ne m’empêche pas de grandir et il n’étouffe pas ma créativité, ma joie et ma paix intérieures.La joie et la paix que promet le bien recherché dépassent d’emblée la tristesse qu’apporte le renoncement.C’est pourquoi la paix et la joie sont, même dans le renoncement, les signes d’une route en montée conforme au projet de Dieu.Les contraintes Mais il y a des contraintes qui entravent ou limitent l’exercice de sa liberté.La nécessité de gagner sa vie, se nourrir, se loger et s’assurer un minimum de sécurité imposent des contraintes au niveau de son travail professionnel et de ses choix.Cela limite souvent l’exercice de sa liberté.De plus, la décision à prendre se situe au service de mon idéal personnel ou communautaire; elle peut aider l’accomplissement de plusieurs personnes.Mon acceptation d’une charge proposée m’apportera, peut-être, moins de satisfaction personnelle et un accomplissement moindre, mais elle permettra à d’autres de mieux s’accomplir.Faut-il alors accepter ce renoncement?Comment concilier mon besoin d’accomplissement et la recherche d’un idéal social ?Comment concilier ma décision avec la nécessité de gagner ma vie, avec mes obligations et avec mon idéal humain et spirituel ?Si je suis religieux ou religieuse, comment concilier mon choix personnel et mes responsabilités communautaires ?227 Discerner l’appel de Dieu Comment savoir si l’invitation à un renoncement est de Dieu et si je peux sublimer ce renoncement?Quand Dieu invite, il le fait en proposant un bien supérieur qui permet de se dépasser.Souvent d’ailleurs Dieu lui-même, aimé par-dessus tout, sera ce bien qui motivera son action.Quand Dieu m’invite, je trouve en moi une valeur ou un motif assez puissant pour me permettre d’assumer le renoncement que j’accepte et de le vivre dans la paix et la joie.Comment alors savoir si l’appel de Dieu est authentique et si je suis capable de dépasser le renoncement que j’entrevois ?C’est la capacité de vivre ma décision dans la paix et la joie intérieures qui le dira.Si je ne peux pas porter ma décision avec satisfaction, dans la sérénité et avec un minimum de joie, la route sur laquelle je m’engage est une impasse.Elle ne conduit pas à Dieu.Elle me détruit.Par contre, si je peux marcher sur la route que j’ai choisie, dans la paix et avec une satisfaction intime, si la sérénité et la joie restent présentes, cette route est une route éclairée par Dieu.La grâce est là.Mais alors devant une décision à prendre, je dois me situer face à Dieu ?La question n’est pas : « Est-ce que je suis assez généreux ou généreuse pour renoncer à telle chose ?» mais bien : « Est-ce que Dieu m’invite à tel renoncement ?» Si Dieu m’appelle, sa grâce sera au rendez-vous et je vivrai ce renoncement dans l’amour, la paix et la joie.Si Dieu ne m’invite pas à ce renoncement, la grâce et l’amour ne seront pas présents pour me permettre de porter ma décision.La générosité ne donne pas la grâce et l’amour ; elle les suppose.Mais ce sera moi et moi seul qui déciderai si oui ou non je marcherai sur cette route de l’Esprit.Parfois d’ailleurs Dieu éclaire deux ou trois routes qui seraient bonnes pour moi.Toutes sont « la volonté de Dieu ».Pourtant, je dois en choisir une et une seule.La décision sera toujours mienne.Une décision libre qui détermine mon avenir.Ma liberté joue un rôle réel dans le projet de Dieu.228 Le discernement spirituel dans la vie quotidienne L’homme spirituel est donc l’homme du discernement.Or ce discernement est un don et un charisme.Il s’exerce pour le bien individuel et, quand il se fait en commun, pour le bien du groupe.Le discernement personnel Il est un bon jugement spirituel éclairé par l’Esprit.Tenant compte des dimensions personnelles et sociales de la situation, de son dynamisme interne, des conditions matérielles et financières, la personne trouve sa route dans la sagesse de Dieu et dans la foi.C’est donc un « flair » intérieur, « une clairvoyance et une vraie sensibilité », dit l’épître aux Philippiens (1,9).La Bible de Jérusalem traduit: «Une vraie science et un tact affiné».La vulgate parle d’une «caritas discreta», une charité raisonnable.C’est un choix, une réaction spontanée qui jaillit du coeur, compris au sens biblique, et qui conduit sur les routes de paix et de joie.Pour qualifier l’expérience mystique, on parle parfois de «connaissance affective».C’est proprement la connaissance du coeur d’où jaillit le discernement.Le Cardinal Martini définit ainsi le discernement spirituel personnel.Il est «une familiarité si profonde avec l’Esprit de l’Évangile et la tradition chrétienne, une expérience si vivante, réelle et intérieure des différentes situations humaines, qu’on peut dire : là, nous sommes devant un fait humain ouvert à l’Esprit, tandis qu’ici nous avons une façon de penser et d’agir incompatible avec l’Évangile ».Le discernement en commun Le discernement en commun suppose une communauté de partage et d’accueil, composée d’adultes.Tous accueillent les suggestions prophétiques et, comme groupe, ils discernent l’authenticité de ces suggestions.Ils discernent celles qui sont conformes à l’Esprit et celles qui naissent du caprice ou des calculs humains.Ce discernement en commun est aussi le fruit d’un 229 charisme, il est pour la communauté, ce que le discernement personnel est pour l’individu.Il suppose une communauté formée de spirituels et situe celle-ci dans la mouvance de l’Esprit.Impossible de parler de discernement en commun, si la communauté n’est pas composée de spirituels ou si elle n’est pas ouverte à l’accueil et au partage.Un sain discernement communautaire engendre la paix et la joie au sein du groupe.Le discernement personnel en vue d’un choix particulier Le problème Parfois, une personne a un choix à faire qui implique un engagement durable.À la suite de ce choix, sa vie sera consacrée à un travail donné ou à la réalisation d’une mission particulière.Il s’agit de décider si elle accepte une situation, un travail, une profession ou une activité déterminée.Cet engagement conduit à une certaine stabilité et suppose une priorité accordée à la poursuite d’objectifs précis.Pour une religieuse ou un religieux, ce peut être l’évaluation d’une assignation possible.Le travail que j’accomplis actuellement est valable.Il est bon.Mais il est difficile pour moi de m’accomplir totalement dans ce travail.La montée est malaisée mais elle est possible.Je me sens invité à faire un choix.« Dois-je rester là où je suis ou faut-il m’engager dans une nouvelle route qui s’ouvre devant moi?» Il ne faut pas dire à priori : je change.Ce serait facilement une fuite (Ex.no 318).Changer d’auto ne montre pas à conduire.Si la source du malaise est en soi, il faut corriger le mal à la source avant de faire un choix.Par contre si une route nouvelle, qui me promet un meilleur accomplissement et sur laquelle je pourrais marcher avec une paix plus grande, s’ouvre devant moi, il y a lieu de faire un discernement.La démarche contraire est aussi possible.Discerner s’il faut passer d’un travail actuel comblant à un travail moins comblant qui me mettra au service d’un bien plus universel et plus large.Ici encore, le discernement a sa place.230 Une condition de départ Avant de prendre une décision, il est important de connaître le contenu de chacune des options et ce qu’implique leur réalisation concrète.Sans cette connaissance, — qui suppose parfois des essais, — le danger est grand de faire un discernement irréaliste.En effet, prendre ses appréhensions ou ses fantaisies, souvent non fondées, pour des raisons objectives n’est pas réaliste.L’engagement que je prendrai m’insérera dans un milieu et dans des conditions concrètes de vie.C’est dans ce milieu que je réaliserai ma décision.Ne pas avoir toutes les données m’amènerait à prendre une décision qui me plongerait dans des conditions différentes de celles à partir desquelles j’ai discerné.Mon discernement serait irréaliste ou même illusoire.De même, bâtir mon discernement sur des préventions sans vérifier leur objectivité serait rêverie.Trois façons de discerner La raison et la foi Saint Ignace propose une première manière de faire ce choix.Elle s’appuie sur la raison éclairée par la foi (Ex.nos 178-183).Son regard sur la vie s’appuie sur des valeurs découvertes dans son expérience.Une ou des valeurs premières constituent le fil autour duquel se tisse un réseau qui devient la trame de sa vie, sa Weltanschauung, diraient les allemands.La foi vient transfigurer ce fil de départ.Il reste enraciné dans son expérience, mais la foi le situe en Dieu.Le réseau que constitue son regard global sur le monde devient alors vraiment une vision de foi.Sans détruire la raison, la foi situe sa vision humaine dans un regard neuf, total, global qui insère sa vie dans le projet même de Dieu.Un nouveau sens est donné à son regard sur la vie.C’est dans ce regard de raison et de foi que nous situons nos décisions.Après avoir prié pour retrouver la pureté de son regard de foi, il faut demander à Dieu une grande liberté de coeur pour que ce soit vraiment Dieu et la foi qui éclairent sa décision.Le danger ce sont les idoles.Faire d’une valeur passagère le Dieu 231 de sa vie et décider en fonction de cette valeur relative.La liberté du coeur face à toutes les créatures permet d’en faire des moyens et non des idoles.Écrire ensuite les raisons contre et les raisons pour chacun des choix situés dans cette lumière.Les écrire une à une, une par ligne.Toutes les raisons, humaines, spirituelles, profanes, terre à terre ou sublimes qui nous habitent, doivent être formulées.Discerner consistera à évaluer ces raisons face aux valeurs efficaces qui me font vivre et nourrissent ma foi.Une raison qui rejoint la dynamique profonde de ma vie, qui atteint ce qui anime ma vie, ce qui bouge des choses en moi, ce qui, diraient les jeunes, me fait tripper doit prendre une grande importance.Les raisons extérieures qui rejoignent en moi des choses intimes sont importantes, mais moins que les premières.Les raisons purement circonstancielles, qui rejoignent moins les dynamismes profonds de ma vie, sont secondaires.C’est le coeur et les mouvements qui s’y produisent qui pèsent le poids de ces raisons.Évidemment, les raisons contraignantes, qui ne dépendent pas de ma volonté et que la nécessité de gagner ma vie m’impose, forcent parfois une décision, qui sans être la meilleure, m’est dictée par la nécessité.Elles ne me permettent pas un choix totalement libre.Choisir un idéal désincarné m’imposerait alors un standard de vie concrètement impossible à réaliser.Je ne suis pas toujours totalement libre de choisir.Je tends vers un idéal élevé, mais je dois monter vers lui avec mes pauvres jambes parfois bien faibles et dans un monde torturé.Ordinairement, l’évaluation des raisons contre et pour conduit à une décision qui sera celle de ma raison éclairée par ma foi vive.C’est un choix qui s’accorde avec moi, rejoint le dynamisme de ma vie et est conforme à Dieu.Dieu m’a créé raisonnable et humain.Je dois donc me conduire selon ma raison, ma sensibilité et mes forces physiques.Il m’a donné la foi qui situe ma raison dans le projet de Dieu.Je dois obéir à ma foi.232 Les mouvements intérieurs Pourtant Ignace va plus loi.Ordinairement, il effectuait ses discernements en se soumettant à ce processus.Mais il ne décidait pas sans avoir confirmé ce discernement par les mouvements spirituels que la décision produisait en lui.C’est la seconde manière (Ex.nos 184-188).Il se projetait, pour un temps, dans la première décision ; il la vivait avec ses exigences concrètes et la portait dans sa vie en restant attentif aux mouvements de l’Esprit en lui.Puis après une période de prière, il se projetait, pendant un certain temps, dans l’autre alternative qu’il portait aussi dans sa vie et dans sa prière.Les mouvements produits dans son coeur étaient significatifs.Une décision vécue dans la paix et la joie indique une route éclairée par l’Esprit.Une route d’insatisfaction, de déprime et de tristesse est une impasse à éviter.Si deux routes de paix s’ouvrent, il faut alors décider en cherchant le plus grand bien de l’Église et le meilleur service des autres.Pour un religieux ou une religieuse, le supérieur décidera en fonction du bien commun, et le religieux assumera dans la charité pour ses frères et soeurs cette décision comme celle que Dieu confirme.Cette dernière façon de procéder appuie sa décision sur la force de l’Esprit qui agit dans son coeur.La foi et la charité qui animent sa vie ont des répercussions dans sa sensibilité humaine et spirituelle.C’est proprement cette réaction intime qui est un mouvement spirituel.Ces mouvements alors permettent d’intégrer sa raison, sa vie et sa foi en vue d’une décision qui engagera toute la personne que je suis.C’est une décision qui prend racine dans le coeur habité par l’Esprit.Or le coeur, selon la Bible, c’est le tout de l’homme.C’est là que l’Esprit habite et agit.L’illumination Il y a, parfois, des décisions qui s’imposent de l’intérieur dans une illumination intime.L’Esprit apporte tellement de lumière et de dynamisme que, tout en restant libre, la personne est 233 nécessairement mue et portée à agir.C’est le propre de l’Esprit de pouvoir agir ainsi dans l’être humain sans entraver sa liberté.Il éclaire de l’intérieur et fait lever un dynamisme dans l’intime de l’être.Saint Ignace parle alors d’un premier temps pour faire élection (Ex.no 175).Les deux autres manières que j’ai décrites plus haut se rapprochent du deuxième temps (no 176) et du troisième (no 177 et 178).La confirmation L’offrande de sa décision à Dieu dans la prière devrait normalement apporter une grande paix et une joie intime.C’est une confirmation que sa décision est la bonne.Une désolation passagère, balayée par le dynamisme que suscite la décision, confirme celle-ci.La désolation est un sursaut de l’homme « terreux ».Une autre confirmation, c’est la facilité avec laquelle la décision s’intégre dans sa vie.Ordinairement, la vie n’impose pas de sauts brusques.Elle invite à cheminer, pas à pas.Mais alors la décision prise devrait normalement s’accorder avec son cheminement antérieur et s’harmoniser avec la personnalité spirituelle de celui ou de celle qui discerne.La facilité de réaliser sa décision montre que tel est bien le cas.Si l’Esprit éclaire plusieurs routes Parfois deux choix sont équivalents ou presque.J’ai les aptitudes et le goût de marcher sur l’une et l’autre des deux routes possibles.Je m’y sens appelé.Les deux routes semblent dans la mouvance de l’Esprit.Pour faire face à ces cas, il est bon de préciser quelques critères qui aideront à faire un choix plus efficace pour réaliser le Royaume du Christ.Je suggère quelques pistes que chaque personne peut enrichir: 234 1.Préférer le choix qui vise un bien plus universel ou qui est en lien avec une solidarité internationale plutôt que locale élargit son champ apostolique.2.Atteindre dans son action des multiplicateurs ou des décideurs est socialement plus efficace qu’agir sur des individus sans influence.3.Rejoindre les jeunes, qui sont l’avenir de la société et ont leur vie devant eux, est préférable à l’action auprès de personnes qui approchent le terme de leur vie.4.Travailler en solidarité avec les pauvres et les victimes d’injustice est éminemment évangélique.5.Il vaut mieux travailler à la promotion collective de la solidarité et de la justice plutôt qu’aux oeuvres de bienfaisance auprès d’individus.6.Agir sur les causes des situations malheureuses produit des fruits plus durables que l’agir sur les effets.7.Une religieuse ou un religieux préférera un choix conforme à sa mission et à son projet communautaire plutôt qu’un choix purement ecclésial.Conclusion Discerner est une affaire de raison et de foi mais, quand les mouvements intérieurs se manifestent, il devient une affaire de coeur et intéresse son intimité avec le Christ.La décision jaillit alors vraiment de l’Esprit.Elle établit dans une route de montée, de paix et de joie.« Voici le fruit de l’Esprit : amour, paix, joie » (Gai 5,22).Parfois un discernement porte sur une question personnelle qui implique aussi le groupe avec lequel je chemine.Le discernement a une dimension communautaire.Il convient alors de se laisser interpeller par sa communauté ou encore d’en faire, selon le cas, un véritable discernement communautaire.Mais cela est une autre question.235 L’internationalité, à quel prix ?* Janet Malone, c.n.d.** Depuis plusieurs années, les communautés religieuses se questionnent sérieusement sur ce que signifie vraiment être international.Quel est le « prix » à payer pour être une congrégation internationale ?Jusqu’à tout récemment, pour plusieurs congrégations, l’internationalité ne signifiait qu’une simple présence physique dans plusieurs pays du monde.Parmi les nombreux facteurs qui ont incité certaines communautés religieuses à analyser les conséquences de leur internationalité, deux sont relevés ici.Premièrement, avec la prise de conscience accélérée qui surgit dans plusieurs régions en ce qui a trait aux questions de justice sociale, certaines communautés religieuses se servent d’analyse sociale comme outil pour atteindre le coeur de quelques-unes de ces questions.Ceci les oblige à se poser de rigoureuses interrogations face à l’oppression et à la domination qu’exercent certains groupes à l’intérieur de leurs communautés à cause des différences de race (racisme), classe (classisme), culture (hégémonie), sexe (sexisme), âge (âgéisme), capacité physique/ mentale («abléism»), religion (anti-sémitisme, anti-islamisme, anti-protestantisme, etc.).Deuxièmement, plusieurs de ces communautés dont les racines historiques sont du premier-monde, ainsi que la majorité de leurs membres, reçoivent des vocations en grande partie du tiers-monde, et le nombre de ces vocations s’accroît de nos jours.Traduit de l’anglais par Fernande Collin, c.n.d.**2140, Place Dublin, Montréal, Québec H3K2A2.236 Un tel phénomène a également entraîné la nécessité d’évaluer sérieusement le poids de l’internationalité.Lors du dernier chapitre général de ma communauté, à l’été 1990, la Congrégation de Notre Dame s’est consciemment déclarée internationale, mais non sans des hésitations et inquiétudes très évidentes de la part de certaines participantes.J’ai perçu que la majorité des déléguées se seraient senties plus à l’aise en se disant multiculturelles plutôt qu’internationales.Malgré les efforts pour faire la différence entre multiculturalisme et internationalité (on peut posséder plusieurs cultures sans quitter sa propre nation), j’ai senti une crainte profonde du « prix » inconnu à payer pour devenir une congrégation internationale au-delà d’une présence physique au sein d’autres cultures et nations.Soit dans des chapitres généraux ou au cours de recherches spécifiques, un bon nombre d’autres congrégations qui ont des « missions » dans plusieurs nations à travers le monde, ont commencé à s’interroger sérieusement sur leur statut « international», i.e.entre/parmi nations.Quelles sont les attitudes à développer pour devenir une congrégation internationale ?Quelles sont les caractéristiques d’une congrégation internationale ?À quel « prix » est-on une communauté internationale ?Dans cet article, je traite de quatre dimensions relatives à l’internationalité des congrégations.Premièrement, je mets en évidence l’importance de la conversion individuelle et communautaire pour qu’une congrégation religieuse devienne internationale, au-delà d’une simple présence physique dans d’autres pays.Deuxièmement, je souligne quelques caractéristiques incontestables d’une congrégation internationale.Troisièmement, je propose des implications pour l’administration générale et pour la formation de comités communautaires établis à des fins de recherche /d’étude se rapportant à la communauté entière.Quatrièmement, je suggère le « prix » pour l’internationalité d’une congrégation.Ces réflexions sont fondées sur des entrevues réalisées auprès de supérieures majeures de plusieurs congrégations internationales pour des fins 237 d’autres recherches (l’évaluation des communications officielles à la CND).Internationalité : Processus de conversion Se dire internationale à cause d’une présence physique au milieu d’autres nations ne constitue pas automatiquement une congrégation religieuse internationale dans toutes ses ramifications.Devenir international est un processus de conversion pour tous les groupes culturels représentés internationalement dans une congrégation spécifique.Dans un Évangile de charité et de respect des différences, les pierres angulaires de l’internationalité sont kenosis et metanoia.À ce processus de conversion s’intégre le développement complémentaire de qualités/vertus telles que confiance, vulnérabilité, ouverture au changement, force intérieure, foi et dialogue en mutuelle interdépendance.Kenosis et metanoia requièrent l’appellation et l’appropriation de l’hégémonie culturelle qui font partie de plusieurs congrégations depuis des décennies.Évidemment, le fait que chaque congrégation ait une culture dominante est relié à des événements historiques dont les plus manifestes sont la culture d’origine du fondateur/fondatrice et le nombre de personnes de cette culture dans une congrégation.À sa fondation, chaque congrégation a des racines culturelles, historiques, sociales et politiques spécifiques.Aujourd’hui, le but d’une congrégation internationale doit s’interroger pour savoir si le fait historique de la culture d’origine exige que cette dernière devienne la culture dominante de la congrégation.Quelques questions : Est-ce que la congrégation tient fortement à l’élection d’une administration internationale ou existe-t-il encore une prédominance de la culture d’origine avec l’idée préconçue (l’hégémonie) que les membres d’autres cultures et nations ne sont «pas encore prêts»?Peut-on déceler les valeurs, les perspectives globales du monde, les attitudes et la mentalité de la culture dominante dans le programme de formation de la congrégation de sorte que chaque membre est « homogénéisé » à la culture dominante?Dans des travaux de comités qui 238 concernent la communauté entière, y a-t-il une représentation internationale ou la communauté prétexte-t-elle le voeu de pauvreté pour choisir des personnes demeurant à proximité du Généralat ?Finalement, utilise-t-on le modèle de communication à sens unique empêchant tout dialogue et échange des différences et des richesses?À l’intérieur d’un tel contexte, quel est le langage premier des communications ?Internationalité en tant que supranationalité L’internationalité, décrite ici, n’est pas synonyme du sens parfois utilisé dans des contextes séculiers, politiques et sociaux.Dans ces derniers, on réduit l’internationalité à un groupe culturel qui remplace le groupe prédominant tout en conservant le statu quo en terme de domination et d’oppression.L’internationalité, au sein de congrégations religieuses, se fixe dans un contexte évangélique de kenosis et metanoia.Elle est contreculturelle en ce sens qu’elle devient un modèle pour les groupes culturels séculiers et politiques : tous les groupes culturels à l’intérieur de la congrégation sont égaux et solidaires.Toute question de domination entraînant de l’oppression relative à la race, la classe, le langage, les effectifs, l’éducation etc.au sein d’une congrégation religieuse est opposée à l’internationalité selon le concept évangélique.L’internationalité est l’équivalent de respect mutuel, acceptation de différences et dialogue au sujet des diversités et des richesses culturelles des membres du groupe.Pour expliquer l’internationalité telle que décrite ici, Gérald Arbuckle utilise le terme supranationalité.Comme cela le laisse entendre, une congrégation qui est physiquement présente (internationale) dans plusieurs nations du monde doit effectivement devenir supranationale (au-dessus/au-delà des nations) dans ses attitudes et ses comportements.Devenir international dans un processus de conversion à la fois communautaire et individuel, exige l’acceptation et la fierté face à son groupe ethnique, sa propre culture, son pays, sa nation avec toutes les richesses et les pauvretés impliquées.Cela signifie 239 également découvrir le positif et le négatif dans toutes les cultures et nations, incluant la sienne propre et celle qui domine dans sa communauté.Cela incite la congrégation, communautairement et individuellement, à vivre et travailler en harmonie, dans le dialogue et le partage.En somme, l’internationalité réclame que l’on devienne marginalisé et supranational.L’internationalité entraîne un mouvement psychologique et parfois physique, au-delà des limites de son groupe ethnique, de sa culture, de son pays, de sa nation.Dans ce cadre de conversion et de supranationalité, quelles sont les principales caractéristiques d’internationalité pour des congrégations religieuses ?Les caractéristiques de l’internationalité Une première caractéristique d’une congrégation internationale est l’interpellation à être prophétique.Puisqu’une congrégation internationale est appelée à être supranationale par un processus de conversion tel que mentionné précédemment, il s’ensuit qu’elle peut être prophétique dans sa façon de vivre le respect des différences, l’absence de parti-pris politique, l’encouragement et l’exemple d’un dialogue collaborateur et mutuel en ce qui concerne les différences.À partir de cette fonction prophétique, une congrégation doit nommer sa culture dominante originale et examiner sa « mémoire sélective » en rapport à ses racines et traditions.Sinon, la mémoire sélective d’une congrégation peut inconsciemment perpétuer le statu quo de la culture dominante avec toutes ses subtilités de domination et d’oppression.Une deuxième caractéristique d’une congrégation internationale est d’avoir une vision globale, en particulier, de son charisme et de sa mission.Cette largeur de vue concerne la congrégation tout entière de sorte que les autorités et les membres individuels ont conscience d’appartenir à une congrégation internationale et peuvent être envoyés en mission n’importe où dans la communauté.Une perception de ce genre implique une (ré)éducation de la part de chacun(e) à savoir, qu’en entrant dans une 240 congrégation internationale, on n’entre pas dans une province ou une région spécifique.Cela signifie également la «fusion» des limites provinciales et régionales et de « l’esprit de possession » par rapport au personnel et aux ressources que cette conception « provinciale » crée.Une troisième caractéristique d’une congrégation internationale réside dans l’étude et l’acceptation des différences dans les perspectives globales du monde, les valeurs, les attitudes, les croyances et les comportements au sein des diverses cultures et nations de la congrégation.Cela implique la nécessité de relativiser sa façon de communiquer, de solutionner des problèmes, de prendre des décisions ainsi que ses symboles, coutumes, rites et ses manières de prier et de relaxer.Il est parfois très difficile pour la culture dominante d’une congrégation de respecter les différences en ces domaines, lorsque l’unique critère « d’évaluation » est la « norme » de cette culture.Ce processus de conversion, dont l’ouverture et le dialogue au sujet des différences sont partie intégrale, exige de l’humilité pour admettre que la culture dominante ne possède pas le meilleur en personnel, ressources, idées, valeurs, coutumes, rites, moyens de communication, solution de problèmes, prises de décision, façons de prier et de relaxer.Une quatrième caractéristique d’une congrégation internationale est l’acceptation et la promotion de la diversité de langage parmi ses membres.Ce qui signifie que chaque membre de la congrégation prend les moyens d’apprendre une deuxième langue.Nonobstant l’âge et le talent naturel pour l’apprentissage des langues, il est quand même important d’examiner et de reconnaître les prétextes possibles de domination, d’ethnocentrisme, de nationalisme outré comme manque de motivation à apprendre une deuxième langue.En rapport avec cette diversité linguistique chez les membres d’une congrégation internationale, il y a le défi de saisir les nuances dans une langue autre que la sienne propre.Le langage étant un système de symboles qui communique les perspectives 241 globales du monde, la culture, les attitudes et les croyances de chaque personne, il faut être attentif et patient pour prêter l’oreille et capter ces nuances.Toute personne, qui a participé à des réunions qui se tenaient en au moins deux langues, sait quel effort il faut fournir pour être vraiment à l’écoute de ce que l’autre personne dit afin de saisir exactement le vrai sens de sa parole et ne pas se prévaloir de sa propre compréhension culturelle.Une cinquième caractéristique d’une congrégation internationale est la connaissance collective et individuelle.Ici encore, chaque personne ayant été socialisée et «formée» selon la « norme » concernant l’âge, le sexe, la classe sociale/économique, la culture, l’intelligence, la religion, etc, il s’ensuit que chacun (e), consciemment ou non, a des préjugés et parfois même de la bigoterie.En conséquence, pour qu’une congrégation soit internationale, une formation initiale et continue est essentielle au groupe et à l’individu.Autrement, tout préjugé collectif ou personnel, hégémonie, ethnocentrisme, nationalisme, ou n’importe lequel des « ismes » (racisme, sexisme, classisme, âgéisme, « abléism », etc.) est considéré comme le « problème » de l’autre.Des commentaires tels que, « Il n’est pas possible de travailler avec tel groupe, telle culture, parce que les gens sont toujours en retard, n’ont pas le sens du temps, ne peuvent pas prendre de décisions, ne sont pas éduqués, sont trop émotifs, agissent et prient de façon étrange, n’ont pas de goût.», etc, peuvent camoufler de l’intolérance, des préjugés et de la bigoterie de groupe et/ou personnelle.Une bonne connaissance de soi-même est un précieux atout pour aider à faire la différence entre des conflits et problèmes de personnalité bien déterminés et ce qui aurait pu être conçu comme disparités ethniques, culturelles ou nationales.Une sixième caractéristique d’une congrégation internationale est la reconnaissance, l’acceptation et la promotion des éléments qui unissent ses membres dans leurs multiples différences : unité dans l’essence même du charisme et de la mission.Chaque religieux/religieuse est entré (e) dans la communauté à cause du charisme et de la mission du fondateur/fondatrice.L’interpellation universelle de ce charisme et de cette mission s’adressant à des 242 gens de cultures, groupes ethniques, pays et nations variés, il appert qu’il doit y avoir de « l’espace » pour l’expression diversifiée et riche du charisme et de la mission d’origine.Ceci veut également dire qu’il faut laisser tomber les accessoires et les ajouts qui se sont insérés d’eux-mêmes au cours des années à un point tel que peut-être même le fondateur/fondatrice ne reconnaîtrait plus le charisme de sa communauté originale.Une septième caractéristique d’une congrégation internationale est la création d’une atmosphère et d’une politique favorables à des échanges et dialogues honnêtes au sujet des différences telles que décrites ici.Cela implique la présentation à tous les niveaux de la congrégation d’un modèle de communication non-hiérarchique et non-patriarcale, à savoir une communication qui soit dialogue, coopération et corrélation, quels que soient les moyens utilisés.En somme, le présent résumé de quelques particularités inhérentes à une congrégation internationale renferme celles qui suivent : 1 ) le prophétique, 2) une conception globale de la société, de l’église et de sa congrégation, 3) la connaissance et l’acceptation des valeurs, dispositions d’esprit, vision globale du monde, méthodes de prières, rites de différentes cultures, solution de problèmes, prises de décisions, etc, qui sont différents des siens/ siennes, 4) la promotion de la diversité linguistique, 5) une connaissance de soi-même et de son groupe, 6) l’unité dans l’essentiel et 7) un modèle de communication qui invite au dialogue.Veuillez me permettre maintenant de discuter des conséquences qu’entraîne le fait d’être une organisation internationale en regard à l’administration générale.Évidemment, le fait d’être une communauté internationale a également une influence sur la promotion vocationnelle et la formation (initiale et continue), le personnel et les ressources, la fondation de nouvelles «missions» et les missionnaires et, finalement, sur les communications.Le manque d’espace ne me permet pas d’élaborer sur chacun de ces sujets.À toutes fins 243 pratiques, les effets sur les structures et les membres de l’administration générale sont esquissées.Les membres de l’administration générale Premièrement, une congrégation internationale doit être ouverte à la possibilité d’avoir un leader du conseil général qui n’est pas de la culture qui a prédominé à l’origine.Il y a plusieurs raisons pour lesquelles ceci ne s’est pas produit dans bon nombre d’organisations internationales : le nombre supérieur de la culture dominante, le manque de « préparation » des membres d’autres groupes culturels, etc.D’ailleurs, une congrégation qui se dit internationale doit examiner quel est le critère utilisé pour déterminer les qualités du leader.Il est de première importance d’étudier les motifs, conscients ou non, incitant à maintenir le statu quo de prédominance.En plus, la « survie » de plusieurs de ces congrégations peut très bien reposer sur les vocations et, conséquemment, le leadership éventuel provenir de cultures autres que celle qui domine.Deuxièmement, une congrégation internationale doit avoir une représentation internationale au sein de son conseil général.Il ne suffit pas d’avoir un conseil international « de nom seulement », i.e.ayant un membre provenant du groupe non dominant de la congrégation.Certaines congrégations ont fait de grands progrès en ce sens en innovant pour assurer une adhésion internationale qui inclut une représentation culturelle, linguistique et géographique.Troisièmement, il faut aussi considérer le lieu du Généralat d’une congrégation internationale.Certaines congrégations qui se sont déjà occupées de cette question ont tenté de déménager le Généralat dans un endroit «neutre», particulièrement quand ce dernier habitait le lieu de la fondation où demeurait également la majorité des membres de la culture dominante première.En rapport avec cette visée, c’est une nécessité qu’il y ait rotation de sites géographiques pour les chapitres généraux, les réunions, conférences ou tout ralliement du conseil général.244 Quatrièmement, dans une congrégation internationale, il est impérieux que tout comité mis sur pied pour étudier n’importe quel sujet se rapportant à la congrégation entière soit également international.La raison la plus souvent invoquée pour justifier que les mêmes personnes siègent sur presque tous les comités est celle du coût de transport et la proximité du Généralat.Sans minimiser les coûts de déplacement actuels, il importe tout de même de se demander s’ils constituent l’unique raison.Dans certains cas, il est très possible que le problème des finances entre en ligne de compte, mais en d’autres, les questions d’argent et du voeu de pauvreté peuvent être un simple prétexte pour éviter les rencontres avec des membres d’autres cultures et nations, lesquels seraient susceptibles de s’opposer au statu quo dominant.Cinquièmement, la question de la diversité linquistique se pose pour les membres du conseil général au sein d’une congrégation internationale.Dans bon nombre de congrégations, un des critères d’éligibilité est la diversité linguistique (au moins une autre langue que la sienne propre).D’autres congrégations, qui n’ont pas un grand nombre de personnes bilingues ou multilingues, exigent que les nouveaux membres élus au conseil apprennent une deuxième langue.Et d’autres encore sont en voie d’organiser des expériences internationales pour les nouveaux membres dans la communauté, lesquelles consistent à faire de l’apprentissage d’une nouvelle langue une partie du processus d’acculturation.Bref, la formation du conseil général d’une congrégation internationale doit refléter son internationalité relativement à la supérieure générale/au supérieur général, aux membres du conseil et à leur diversité linguistique.Il est important de discuter du lieu du Généralat, des chapitres généraux et des réunions.De plus, tout comité d’étude/recherche qui se rapporte à l’ensemble de la congrégation se doit d’être international.Dans la dernière partie de cet article, je me permets de réfléchir sur le « prix » à payer pour qu’une congrégation puisse se déclarer internationale.245 Le prix de l’internationalité L’internationalité d’une congrégation s’acquiert à un certain prix.Plusieurs congrégations internationales commencent à prendre conscience que la richesse et la diversité culturelles, une plus grande vision globale, la possibilité d’être prophétique et de servir de modèle pour d’autres organisations sont des avantages qui en valent le « prix ».Ce « prix » se résume en termes de temps, personnel, argent, voyages, témoignage.Il exige une ouverture aux différences, ainsi que leur acceptation.Il oblige à un dialogue au sujet de ces différences et à la bonne volonté de changer par la suite.Il signifie également de laisser tomber tout ce qui n’est qu’accessoire.Il contraint à vouloir faire partie du village global de la congrégation et à s’y sentir chez soi.Puisque l’internationalité marque tous les aspects d’une congrégation, il va de soi qu’elle ne se réalise pas en un jour.D’une part, certaines congrégations saisissent la complexité de ce processus de conversion quand elles analysent leurs modes précis de domination et d’oppression.Elles pressentent et constatent la crainte et l’opposition à un changement de statu quo de la part de plusieurs.Par ailleurs, ces mêmes congrégations répètent que la richesse, la largeur de vision, la possibilité d’être prophétique et de servir de modèle à des organisations internationales « séculières » valent l’effort, la lutte, et parfois, la tension tenace que cela comporte.Résumé Tel qu’il a été mentionné au début de cet article, devenir une congrégation internationale est un processus de conversion qui débute consciemment quand le groupe se « redit » lui-même international dans ce contexte.Ce cheminement est délibérément vécu quand la congrégation relève prophétiquement le défi continuel de kenosis et metanoia requis pour une telle internationalité.246 Lecture recommandée Jean Alvarez.Prejudice in Religious Congregations.Human Development., Vol.4, No.4, Winter 1983, 24-30.Gerald Arbuckle.Beyond Frontiers : The Supranational Challenge of the Gospel.Review for Religious, May-June 1987, 351-370.______________.Organizations Must Ritually Grieve.Human Development, Vol.12, No.1, Spring 1991, 22-27.William A.Barry, Sheila Campbell, Judith Dieterle.Culture Shock Afflicts Missionaries.Human Development, Vol.11, No.4, Winter 1990, 19-23.Alan Figueroa Deck.Multicultural Sensitivities.Human Development.Vol.8 No.2, Summer 1987, 32-34.247 Le partage d’une expérience Roger St-Arnaud, o.f.m.* En cette fin de novembre 1991, j’attends que le cardiologue me fixe un rendez-vous, comme il le fait trois ou quatre fois par année.Il s’agit d’un examen de routine pour vérifier l’état du coeur qui a subi, il y a plus de dix ans, un infarctus sévère; ce qui m’a obligé d’abandonner ma cure paroissiale et l’animation dans une École secondaire importante.Allait-il maintenant m’interdire le travail pastoral que j’effectue au Buisson Ardent (Lennoxville), une maison de ressourcement spirituel, d’animation franciscaine, de prière?Lors de la dernière rencontre, le médecin pensait à une intervention chirurgicale (pontages coronariens) ; il avait même exigé un examen au nucléaire.Mais des pontages, à 71 ans, impliquaient de grands risques.Cette fois, le médecin est des plus explicite : « les médicaments ne permettent plus au coeur de remplir ses fonctions.Une intervention chirurgicale s’impose ; elle peut vous assurer plusieurs années de vie.» Quelques instants de réflexion, et j’accepte l’opération.« Dès demain, reprend le médecin, vous serez sur la liste d’attente des cardiaques qui ont fait le même choix que vous.À partir d’aujourd’hui, repos total.» Vivre avec un coeur blessé Face à l’obligation du repos total et à la nécessité d’une grave intervention chirurgicale, je prends conscience qu’une nouvelle étape de ma vie, la dernière peut-être, s’ouvre devant moi.Comme pour les autres étapes : adolescence, jeune adulte, adulte, il me faut mourir à des projets, à des activités, à des comportements, *319, rue Queen, Lennoxville, Québec J1M 1K8.248 à un rythme de vie, pour renaître à une nouvelle manière de vivre et donner à cette étape toute sa valeur.Mais le passage d’une étape à l’autre ne s’opère pas sans une certaine angoisse devant l’inconnu.Et pourtant, je veux vivre, continuer d’élaborer des projets selon mes énergies, mes goûts, mes talents.Je veux vivre en sachant pourquoi et pour qui je vis, en ayant foi dans cette vie.Une parole de saint Paul me revient : « Même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (2 Cor 4, 16).En perçoit-on toujours la puissance ?À maintes reprises, durant mes années de vie religieuse, j’ai pris la résolution de consacrer plus de temps à la prière.Le Seigneur m’en donne maintenant l’occasion ; il me faut la saisir, alors que s’allonge mon attente de l’hôpital.Quand on attend un événement heureux, on a le coeur à la joie ; quand on attend une intervention chirurgicale grave, avec ses souffrances et ses risques, le moral est facilement émoussé.Les jours où je ne ressens aucune douleur, je regrette presque de m’être engagé sur la voie de l’intervention chirurgicale.Par contre, aux heures où la souffrance se fait sentir, je souhaite me retrouver à l’hôpital le plus tôt possible.La mort toute proche ?Durant les onze semaines d’attente, j’ai à maintes reprises pensé à la mort.Je voulais vivre et, pourtant, il me fallait envisager la fin de mon existence.Jamais la mort ne m’était apparue avec autant de réalisme.Elle n’était plus seulement pour les autres.Comme le dit Pierre Chaunu : « Il nous est arrivé une curieuse aventure : nous avons oublié que l’on doit mourir ».Pour la première fois, la mort me semblait être mon lot personnel.Bientôt peut-être elle mettrait fin à ma vie.Dans ces circonstances, ne valait-il pas mieux en finir au plus tôt, au lieu de traîner une existence pénible, apparemment inutile ?« Voué à une fin certaine, à quoi bon vivre encore?» (Jb 6, 11).L’Apocalypse n’affirme-t-elle pas qu’une vie meilleure nous attend, où il n’y aura ni pleur ni souffrance (Cf.Apoc 21,4).Et saint Paul: «Si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec 249 lui » (Rm 6, 8).Malgré tout, au fond de moi, je désirais encore vivre et collaborer de quelque manière à l’avènement du Royaume.L’épreuve à l’horizon serait pour moi l’occasion de vérifier la vérité de ma vie.Ne dit-on pas que la qualité d’un tambour se vérifie au son qu’il émet quand on le frappe ?Vient enfin l’hospitalisation, suivie de neuf jours d’attente.À mes questions, on donne des réponses évasives.On hésite à m’opérer à cause de mon âge et des risques sérieux.Je tente de nouveau d’apprivoiser la mort, sans toutefois réussir à l’appeler, comme François d’Assise, « notre soeur la mort corporelle ».C’est au cours de cette période d’hospitalisation qu’un confrère franciscain m’offre le sacrement des malades.Nous prenons le temps de le bien célébrer, dans la simplicité, la foi et l’espérance.S’installe alors en moi une paix difficile à traduire, qui est comme le fruit intérieur de ces paroles : « Ne crains pas », « Je suis avec toi ».En fait, le Seigneur est vraiment là, agissant par le sacrement.Il me fait comprendre que la mort donne à la vie son sens véritable et, par l’Onction, Il me prépare à lui offrir ma vie sans réserve.« Père, en tes mains, je remets mon esprit ».Enfin, on me demande : acceptez-vous d’être opéré demain ?Sans hésiter, je donne mon accord par écrit.Et le lendemain, juste avant l’opération, je salue les trois chirurgiens et leur souhaite : « Que le Seigneur vous guide ! » Intérieurement, je m’abandonne au Seigneur.Que je vive ou que je meure, loué soit-il ! Je me sens soutenu par la prière de nombreux religieux et religieuses, par celle de mes parents et amis.Une dépendance obligatoire Vingt-quatre heures de sommeil, suite à l’anesthésie.Au réveil, je suis un peu comme Lazare dans ses bandelettes.Une infirmière me rassure: «Tout s’est bien passé.Vous êtes en bonne voie de récupération.» Mais quelle faiblesse ! Pendant les jours qui suivent, j’expérimente la fragilité humaine comme jamais auparavant.À l’instar d’un petit enfant, j’ai besoin des autres; je ne peux rien faire par moi-même, alors que j’ai été habitué très jeune à être autonome.Cette parole de Jésus à Pierre me 250 revient: «Quand tu seras vieux (et on pourrait ajouter: quand tu seras impotent), un autre te ceindra et te conduira lâ où tu ne voudrais pas aller.» Toutefois, dans cette situation de dépendance obligatoire, je me rappelle la joie que j’ai déjà éprouvée en rendant service à des personnes handicapées.Et je me dis, sans doute pour m’encourager, que je peux aujourd’hui être cause de joie pour les personnes qui me prodiguent des soins.La joie d’une vie recouvrée Malgré la douleur, heureusement atténuée par les médicaments, je suis heureux de vivre, de sentir la vie triompher quand je me lève, marche, mange ; heureux de percevoir les battements du coeur à un rythme régulier, ce qui n’existait plus depuis des années ; heureux de revoir parents et amis et de leur dire : « C’est bien moi.je suis vivant » ; heureux de bâtir des projets pour les années à venir.J’ai la volonté de récupérer par tous les moyens suggérés, marche, physiothérapie, exercices respiratoires, efforts gradués, etc.Certes, la convalescence se prolongera durant des semaines, mais d’un jour à l’autre je me sens revivre; ce qui m’apporte une grande joie.Quel don que la vie ! En guise de conclusion Je ne souhaite à personne de passer par une expérience semblable.Toutefois, si cela se produit, qu’on considère cette expérience comme une grâce.En effet, elle permet de s’en remettre en toute confiance à Dieu, d’apprécier davantage la vie ; elle donne l’occasion d’admirer les progrès de la science et le professionnalisme des médecins, des infirmiers-ères ; elle fait toucher du doigt le besoin qu’on a des autres ; elle développe la patience, fait comprendre la fragilité humaine et maintient dans l’humilité ; elle enseigne à prendre soin de son «frère âne» (François d’Assise), à doser travail et repos, elle aide à mieux comprendre ses frères et soeurs malades ; elle fait saisir la bonté et la sympathie des amis ; elle ouvre à l’admiration de tout ce qui est vie sur la terre ; elle laisse beaucoup de temps pour louer, bénir, glorifier le Seigneur.251 RETRAITES DE 1993 ABBAYE CISTERCIENNE NOTRE-DAME DE NAZARETH 471, RUE PRINCIPALE, ROUGEMONT, QC, JOL 1M0 1.23-30 MARS P.JACQUES, o.cist.(moine de l’abbaye) — DEVENIR AMI DE DIEU.2.15-22 AVRIL P.DENIS GAGNON, o.p.— L’ÉVANGILE DE DIEU SELON LE ROI DAVID.LA VIE RELIGIEUSE À LA LUMIÈRE DU TÉMOIGNAGE DE DAVID.3.19-26 MAI P.ANDRÉ LeBLANC, p.m.é.«BIENHEUREUX LES PAUVRES.» DIVERS REGARDS SUR LA PAUVRETÉ.4.27 MAI-3 JUIN P.BERTRAND BÉLANGER, o.p.— NOTRE COMMUNION EST AVEC LE PÈRE ET SON FILS JÉSUS.5.15-22 JUIN P.JEAN-MARIE COTÉ, C.Ss.R.— JE CROIS EN L’ESPRIT-SAINT.6.23-30 JUIN P.JACQUES, o.cist.(moine de l’abbaye) « DIS-MOI, Ô TOI QUE MON COEUR AIME.» 7.9-16 JUILLET S.LORRAINE CAZA, c.n.d.« EN SA PERSONNE, IL A TUÉ LA HAINE.» (Eph 2,14) RETRAITE À L’ÉCOUTE DE LA LETTRE AUX ÉPHÉSIENS.8.20-27 JUILLET GASTON VACHON, prêtre — AVEC MARIE SUR LA ROUTE DE LA FOI.9.9-16 AOÛT S.FRANÇOISE McNICOLL, f.d.I.s.— CHEMIN DE SAGESSE — CHEMIN DE BONHEUR.252 10.17-24 AOÛT P.JEAN-MARC GAY, o.p.« SEIGNEUR, J’AI ENTENDU PARLER DE TOI.» (HA 3) 11.31 AOÛT-7 SEPT.P.FRANCIS DEMERS, o.m.i.— L’UNION À DIEU : BONHEUR DE L’ÂME.12.28 SEPT.-5 OCT.P.HENRI DE LONGCHAMP, o.p.— LORSQUE JE PRIE, J’ÉCOUTE : UNE CATÉCHÈSE DU « NOTRE PÈRE », DU « JE VOUS SALUE MARIE » ET DU « GLOIRE SOIT AU PÈRE».HÔTELLERIE (514) 469-2551 RENSEIGNEMENTS UTILES : • Les retraites commencent le soir à 20 h 00, après l’office de Complies.• Pour mieux vous accueillir l’on propose que vous arriviez entre 14h00-16h30 (VÊPRES À 16 h 30, SOUPER À 17 h 30 OU BIEN 18 h 00 -19 h 30 (COMPLIES À 19 h 45, ENTRETIEN À 20h00) • La participation aux offices liturgiques fait partie intégrale de la retraite.• La retraite se vit en silence complet.• Les retraites se terminent au milieu de l’avant-midi du dernier jour afin de faciliter le départ par autobus qui s’arrête devant le monastère.• Les retraites à l’abbaye sont ouvertes à tous et à toutes.PRIX SUGGÉRÉ : • Chambre simple avec lavabo : $25.par jour.• Chambre avec toilette et douche : $30.par jour.FRAIS D’INSCRIPTION : • $20.00 en faisant sa réservation.Celle-ci est assurée quand les frais d’inscription sont payés.Chèque à l’ordre de ABBAYE CISTERCIENNE.253 INDICATIONS ROUTIÈRES : 1.PONT CHAMPLAIN (Mtl) : autoroute 10, sortie Richelieu ou bien Marieville, route 112 est, première sortie pour Rougemont.2.SUR LA ROUTE 20 OUEST : sortie Mont St-Hilaire, direction St-Jean-Baptiste, puis indication Rougemont.3.DE QUÉBEC PAR LA ROUTE 20: sortie Ste-Madeleine, direction St-Jean- Baptiste, puis indication Rougemont.4.DE ST-HYACINTHE : soit route 116, sortie Ste-Madeleine (229).soit Douville, à droite avant le pont (231 ) ; à droite sur la rue Principale en arrivant à Rougemont.POUR RENSEIGNEMENTS, INSCRIPTIONS RÉSERVATIONS : • par correspondance : ABBAYE CISTERCIENNE SECRÉTARIAT 471, RUE PRINCIPALE ROUGEMONT, QUÉ.J0L1 MO • par téléphone : (514)469-2551 MATIN (10h à 11h15) : LUNDI AU SAMEDI APRÈS-MIDI (14h à 16h30) : LUNDI - MARDI - JEUDI - VENDREDI - SAMEDI SOIR (18h15 à 19h15) : LUNDI - MERCREDI - VENDREDI - SAMEDI.RECOLLECTIONS - RETRAITES 1992-1993 (pour toute personne intéressée) COUVENT DE BELOEIL 1056, Richelieu, Beloeil J3G 4R2 RECOLLECTIONS Novembre 27-29 Halte : réflexion-prière-silence à partir des textes de l’Avent Février 19-21 Halte : réflexion-prière-silence à partir des textes du Carême Pierre Métivier, o.p.et une équipe s.n.j.m.Pierre Métivier, o.p.et une équipe s.n.j.m.254 RETRAITES Octobre 18-24 Grandir dans la fidélité à l’Évangile Jean-Luc Vannay, ptre Novembre 03-10 Au gré des rencontres avec Jésus Gaston Vachon, ptre Novembre 16-23 La Lectio divina, un chemin vers la contemplation et la justice Yolande Laberge, s.n.j.m.Fév.24-Mars 03 Le Christ miséricorde dans la passion selon Matthieu Jacques Nourissat, ptre Mars 07-13 Le Jésus des Évangiles (Session priante) Claude Mayer, o.m.i.Mars 22-29 La Lectio divina, un chemin vers la contemplation et la justice Yolande Laberge, s.n.j.m.Avril 04-11 « Montée pascale » : Entrer dans le regard de Jésus pour vivre son Mystère pascal André Le Blanc, o.p.Avril 21-28 Les miracles de Jésus Jacques Beaupré, s.j.Mai 02-09 Intériorité et présence au monde Richard Guimond, o.p.Mai 18-25 L’Action de Dieu Marcel Grandmaison, s.j.Jean Genoud, ptre Juin 06-12 Le temps de l’Esprit Juin 16-22 Justice et louange (Groupe spécial) Jacques Bélanger, cap.Juillet 05-12 Lire la Bible à partir de la vie Lorenzo Lortie, f.ch.Juillet 18-24 Appartenir à une fondation (pour S.N.J.M.soeurs et membres associés) Evelyne Bastien, s.n.j.m.Juil.29-Août 05 La Lectio divina, un chemin vers la contemplation et la justice Yolande Laberge, s.n.j.m.Août 10-17 Redécouvrir le coeur de notre Dieu et notre vocation à l’Amour André Le Blanc, o.p.Août 22-29 Lorsque je prie, j’écoute Henri de Longchamp, o.p.Octobre 17-23 Marie dans le mystère du Christ et de l’Église Jean-Luc Vannay, ptre Novembre 02-09 Un coeur qui écoute Louis-Bertrand Dés-ilets, o.p.255 Novembre 16-23 La Lectio divina, un chemin vers la contemplation et la justice En tout temps : Retraite accompagnée et E.V.C.Yolande Laberge, s.n.j.m.Constance Létour-neau, s.n.j.m.Le Couvent de Beloeil est heureux aussi de vous accueillir pour : • des jours de solitude • des retraites individuelles • des rencontres communautaires • des sessions de croissance INFORMATIONS : • Les récollections commencent le vendredi à 19 h 30 et se terminent le dimanche à 15 h.• Les retraites commencent à 19 h 30 la journée de l’ouverture et se terminent avec le dîner la journée de clôture.FRAIS : • POUR LES RÉCOLLECTIONS : Inscription : 10$ (non remboursable) Frais de séjour : 50 $ • POUR LES RETRAITES : Inscription : 20$ (non remboursable) Frais de séjour : 25 $ par jour Faire le chèque à l’ordre de : Couvent de Beloeil Les personnes qui peuvent donner davantage pour la pension, nous permettent d’en accueillir d’autres qui ne peuvent payer les frais proposés.Trajet : De Montréal : autoroute Jean Lesage (20 est) ; prendre la sortie 109 ; après le rond-point, tourner à gauche ; filer tout droit jusqu’à la rivière Richelieu ; tourner à gauche ; le couvent est la 3e maison après l’église St-Mathieu.De Québec : autoroute Jean Lesage (20 ouest) ; prendre la sortie 112 ; après le rond-point, tourner à droite ; longer la rivière Richelieu un bon 2V2 km jusqu’au 1056.Période de relâche : • du 1 er au 30 septembre • du 23 décembre au 10 janvier Pour informations ou réservations, vous adresser à : Yolande Laberge, s.n.j.m.(514) 467-4442 256 RETRAITES D’ÉTÉ 1992 —dans un décor naturel remarquable au Lac Nominingue, à la Villa des Jésuites Le programme de ces retraites est conçu de façon à profiter des avantages du milieu : promenade en forêt, bain, plages, rame, etc.PREMIÈRE RETRAITE (8 jours) — Réservée aux Jésuites DEUXIÈME RETRAITE (6 jours) — Retraite biblique : Les Actes des Apôtres, direction du Père R.Bourgault, s.j.Réservée à ses initiés.Tél.: 745-4318 RELÂCHE Du 11 au 18 juillet : Séjour de repos possible.TROISIÈME RETRAITE (7 jours) — Ouverte à tous.Du 18 juillet (20 heures) au 25 (midi).Animateur: Jean-Louis D’Aragon, s.j., professeur d’Écriture Sainte (U.de M.), directeur du Centre Justice et Foi, animateur du Comité de rédaction pour la revue du Cursillo (De Colores).Thème: «Le salut est entré aujourd’hui dans cette maison » (Luc 19, 9) QUATRIÈME RETRAITE (7 jours) — Ouverte à tous.Du 25 juillet (20h00) au 1er août (midi).Animateur: Origène Grenier, s.j., missionnaire.Thème : « Si tu laissais Dieu être Dieu en toi.» CINQUIÈME RETRAITE (6 jours) — Réservée par et pour l’Entraide Missionnaire.Du 1er août (soir) au 7 (midi).Tél.: 270-6089 SIXIÈME RETRAITE (7 jours) — Pour dames et demoiselles, religieuses et laïques.Du 7 août (20h00) au 14 (midi).Animateur: Fernand Bédard, s.j., préposé aux retraites.Thème : Tu as du prix à mes yeux et je t’aime (Is.43, 4).Inscription : soit à Mlle Germaine Morissette, 3465, rue Sherbrooke Est, app.2, Montréal H1W 1C9 — Tél.: 522-7782 ; soit comme indiqué plus bas.SEPTIÈME RETRAITE (30 jours) — Du 14 août au 14 septembre.Inscriptions réservées.HONORAIRES Chambre et pension : 33,00 $ par jour à verser à l’arrivée Offrande personnelle à l’animateur à votre discrétion.INSCRIPTIONS : par la poste jusqu’au 15 juin: 3233, rue Jean-Brillant, Montréal H3T 1N7 après le 15 juin : Villa des Jésuites, 10, chemin des Mélèzes, Lac Nominingue J0W 1R0 Par téléphone : au directeur des retraites jusqu’au 19 mai : 738-2595 ou 738-2764 du 19 mai au 15 juin : 1 -819-687-3752 à partir du 15 juin : 1 -819-278-3852 Envoi de publication Enregistrement n° 0828 la vie des communautés religieuses 5750, boulevard Rosemont Montréal, Québec Canada H1T 2H2
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