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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Novembre-Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • En son nom
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Références

La vie des communautés religieuses /, 1991-11, Collections de BAnQ.

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4, nov.-déc, des communautés religieuses La vie des communautés religieuses Directeur : Laurent Boisvert, o.f.m Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m.René Baril, o.f.m.Pierre Bisaillon, o.f.m.Laurent Boisvert, o.f.m.Secrétariat ; Yvette Viau, s.s.a.Courrier de la deuxième classe Enregistrement n° 0828 Composition : PLB Graphique Impression : L’Éclaireur Ltée Rédaction et administration : La vie des communautés religieuses 5750 boulevard Rosemont Montréal, Canada H1T 2H2 Tél.: 259-6911 La revue paraît cinq fois par an Abonnement : de surface : 13,00 $ (70FF) (435 FB) par avion : 17,00 $ (98 FF) (595 FB) de soutien : 20,00 $ Sommaire Vol.49 — nov.-déc.1991 André Couture, m.s.c., Une vie de communauté « à la carte » 259-272 Jean Leclercq, o.s.b., L’amitié et les amitiés dans la vie monastique 273-282 Lorraine Caza, c.n.d., Des voeux dans un Québec en mutation.283-292 L’A.fait une série de réflexions relatives à la vie communautaire qui a beaucoup changé depuis Vatican II.La situation actuelle dans les communautés pose aux religieux des questions de fond sur leur engagement personnel.Chacun se sent impliqué dans la « communauté de consommation ».L’A.se demande si la vie communautaire a encore un sens quand elle se laisse serrer dans l’étau de la consommation individuelle.L’amitié monastique existe; toute la tradition en rend témoignage.Mais quel est son contenu exact?Voilà ce que l’A.explicite dans la première partie du texte.Il tire ensuite quelques leçons d’ordre pratique.Entre autres : nous devons avoir des idées justes et saines sur l’amitié; nous ne devons pas idéaliser l’amitié.Les voeux de pauvreté, chasteté et obéissance sont au service de la vie filiale et de la vie fraternelle, de l’amour de Dieu et du prochain.Notre 257 condition de personnes, engagées à vivre les voeux, est-elle éducatrice d’un amour de Dieu inséparable de la préoccupation des mal-aimés?Chose certaine, la mission est liée à la contemplation comme à sa source.P.A.Kalilombe, évêque, Évangélisation et solidarité avec le monde 293-304 Les religieux ont à s’interroger : de quel côté sommes-nous ?Si c’est du côté des pauvres, comment pouvons-nous l’affirmer de façon certaine ?Après avoir rappelé la préférence de Dieu pour les pauvres et la solidarité de Jésus avec les malheureux, l’A.insiste sur la nécessité pour les religieux et religieuses d’être solidaires du monde actuel pour devenir de vrais témoins du Royaume.Louis Roy, o.p., La présence active de Dieu 305-309 L’A.exprime quatre convictions bibliques sur lesquelles le christianisme n’a pas assez insisté depuis quelques siècles.Il s’agit de quatre formes de présence active de Dieu : dans son acte créateur, dans son Fils incarné, dans son Esprit Saint et dans des médiations humaines.Tables de l’année 258 Une vie de communauté « à la carte » ?André Couture, m.s.c.* Il y a environ quatre ans déjà, Reginald W.Bibby publiait un livre important intitulé dans sa version française La religion à la cartel Les thèses qui y sont soutenues ne sont pas neuves, mais elles sont appliquées à un champ qui nous touche de près, celui de l’évolution de la religion dans l’ensemble du Canada y compris le Québec.Pour rendre ce travail encore plus accessible, il m’a semblé utile d’en présenter les grandes lignes, et c’est ce que je ferai dans la première partie de cet article.Mais un ouvrage comme celui-là ne nous concerne pas seulement comme canadien ou québécois ; il est susceptible de nous interroger également comme religieux.Plutôt que de m’attarder à des aspects théoriques, j’enchaînerai donc tout de suite avec une série de réflexions touchant la vie communautaire qui, on le sait, a énormément changé depuis vingt-cinq ans.Les remarques de la deuxième partie de ce texte se présentent donc comme une sorte d’examen de conscience fait à la lumière du livre de Bibby.La situation vécue présentement dans les communautés pose à tout religieux, je pense, des questions de fond sur le sens de son engagement personnel.Nous sommes tous impliqués à un degré ou à un autre dans ce que j’ose appeler une « communauté de consommation », et il vaut peut-être la peine de se pencher ensemble sur cette réalité.* Faculté de théologie, Université Laval, Québec, Canada G1K 7P4.259 Bibby et sa conception d’une religion moderne « à la carte » Bibby se propose de montrer comment se vit actuellement la religion dans l’ensemble du Canada.Le portrait qu’il brosse est fondé sur des enquêtes statistiques, exactement comme les sondages pré-électoraux.Il est rare qu’un seul sondage soit pleinement satisfaisant; mais en multipliant de telles enquêtes, on arrive à une perception relativement exacte des tendances générales d’un phénomène.Pour dégager un portrait précis de la situation religieuse canadienne, Bibby s’appuie évidemment sur les données recueillies par Statistiques Canada.Mais il a lui-même réalisé trois sondages nationaux concernant la religion des Canadiens dans le cadre d’un grand projet appelé Projet Canada.Plus de 3 000 adultes ont pris part à trois sondages nationaux préparés avec soin, qui nous ont fourni plus de renseignements sur la religion que nous n’en avions jamais obtenu auparavant.Ils nous ont également valu des données précieuses sur les préoccupations sociales et les relations entre groupes.Menés en 1975, 1980 et 1985, chacun de ces trois sondages comportait un échantillon très représentatif, touchant environ mille deux cents personnes, et permettait des généralisations d’une grande précision qui valent aussi bien pour Terre-Neuve que pour la Colombie Britannique.Bien plus, ces sondages avaient ceci d’unique qu’un noyau de 600 personnes avait participé aux trois sondages, ce qui nous donnait des tableaux fascinants pour tracer une courbe de l’évolution à travers le temps.2 Bibby utilise également les résultats fournis par un sondage national sur les jeunes, Projet Adolescent Canada, réalisé en collaboration avec Don Posterski en 1984 et dont un bilan a été publié en 1986.3 260 Voilà les bases du travail de Bibby.Mais une des caractéristiques de ce chercheur, c’est aussi de ne pas se limiter à une compilation de statistiques.« Bien au contraire, dit-il, je cherche à comprendre comment le monde fonctionne — dans le cas présent, ce que devient la religion dans notre pays».4 C’est justement parce qu’il n’est pas qu’une accumulation de chiffres, mais qu’il contient aussi une réflexion sur le sort de la religion dans le monde moderne que ce travail devrait nous intéresser.Bibby présente les résultats de son enquête à partir d’une sorte de paradoxe.D’une part, les sociologues s’entendent pour dire qu’il y a une diminution dramatique de la pratique religieuse.Du côté protestant, cette diminution s’est opérée très progressivement depuis le début du siècle; tandis qu’au Québec, des facteurs comme la modernisation accélérée ont fait qu’en une vingtaine d’années la chute a été de 50 p.c.D’autre part, ces mêmes sociologues notent qu’après un désintérêt profond, il existe maintenant une curiosité nouvelle pour la religion, pour le surnaturel, pour la méditation et les recherches personnelles qui s’en inspirent.À l’heure où les discours sur la religion semblent de plus en plus abstraits, ou que certaines homélies se réfugient dans de vagues appels à la responsabilité personnelle, l’astrologie règne en maître et joue le rôle que jouait jadis le Dieu-Providence.L’horoscope permet à beaucoup de gens, même quand ils font semblant de ne pas y croire, de tirer au clair les ressorts cachés de la destinée humaine.Ce sont souvent les mêmes personnes qui s’intéressent aux phénomènes de clairvoyance, à la présence des esprits, à la réincarnation, etc.et qui demandent avec insistance le mariage religieux, le baptême pour leur enfant et des funérailles à l’église.Une enquête de la firme Léger et Léger parue en octobre 1987 dans le Journal de Québec confirmerait, s’il en était besoin, cette montée des croyances non conventionnelles.On y lisait par exemple qu’au Québec, 40 p.c.des gens croient à l’astrologie, 70 p.c.vérifient de temps en temps leur horoscope, 40 p.c.croient aux extra-terrestres, et 26 p.c.acceptent la réincarnation.261 Les gens semblent désabusés de la religion, et du même coup ils se passionnent pour l’âme, les esprits, les astres, la réincarnation.Il reste donc à se demander où sont rendus concrètement ceux qui, jadis, fréquentaient assidûment les églises.À quel type de religion adhèrent-ils?Pour répondre à ces questions, Bibby repasse l’une après l’autre les hypothèses les plus courantes.Est-ce que les groupes protestants conservateurs (les Baptistes, les Pentecôtistes, l’Armée du Salut, les Évangélistes, etc.) ne seraient pas en train de rafler toutes les mises?Évidemment non.Ils ne forment que 7 p.c.de la population canadienne, et ils auraient même perdu 1 p.c.de leurs effectifs entre 1921 et 1981.Il semble en effet facile de passer d’une de ces Églises à une autre, mais en général le recrutement de membres vraiment nouveaux reste minime.Nos Canadiens se seraient-ils tournés en masse vers ce qu’on appelle les Églises électroniques ?Serait-ce que des prédicateurs comme Rex Humbard, Jimmy Swaggart, Jim Baker, etc.auraient volé la vedette aux pasteurs des Églises traditionnelles ?Ici encore, la réponse est non.Il n’y a que 4 p.c.de la population qui regardent régulièrement ce genre d’émissions.Sauf pour les personnes âgées déjà engagées dans une Église précise, les Églises électroniques tendent à apporter un supplément à la pratique habituelle, plutôt qu’à s’y substituer.Deux autres hypothèses pourraient encore permettre d’expliquer la situation actuelle: l’abandon de toute forme de religion, ou bien les fameuses sectes ou nouvelles religions qui semblent connaître tellement de succès autour de nous.Encore ici, ces hypothèses n’expliquent que peu de choses.Seulement 7 p.c.de la population canadienne affirment n’avoir aucune religion, et pour beaucoup de jeunes adultes, il ne s’agit là que d’une option de transition; avec le temps, au moins la moitié d’entre eux retrouvent leur affiliation au catholicisme ou au protestantisme.262 Quant à ce raz-de-marée sectaire dont la presse a pu souvent donner l’impression, les statistiques le réduisent à bien peu de choses.Environ V2 p.c.des Canadiens s’engage à fond dans ces groupes.Pour la plupart des gens, ces religions présentent des options trop radicales pour susciter une adhésion exclusive.Bibby s’attaque ensuite à ce qu’il appelle le « mythe de l’abandon » des grandes Églises.Le « marché religieux », explique-t-il, est beaucoup plus stable qu’il n’apparaît.Dans l’ensemble, 88 p.c.de ceux dont les parents étaient catholiques ou protestants conservent la même affiliation.3 p.c.passent du catholicisme au protestantisme ou vice versa ; 1 p.c.se convertit à une autre religion et le 8 p.c.qui reste « entre dans la catégorie transitoire des sans religion».5 Bibby en conclut que c’est une erreur grave de confondre l’assistance irrégulière aux offices, ou la fréquentation même rare des offices, avec la désaffiliation aux grandes Églises.Parce que les gens ne pratiquent plus ou qu’ils ne vont que rarement à l’église, cela ne veut pas dire qu’ils ne veulent plus être catholiques ou protestants.Bibby, après d’autres observateurs, mais ici statistiques à l’appui, en arrive à proposer une autre façon de comprendre ce qui se passe au plan religieux.Les gens d’aujourd’hui continueraient à adhérer aux Églises traditionnelles et seraient en même temps plus réceptifs aux idées nouvelles et anciennes qui circulent.Il ressort en effet des chiffres que les Canadiens (autant anglais que français, catholiques que protestants) s’intéressent toujours aux grandes questions religieuses, mais qu’ils sont moins prêts que jadis à accepter les solutions dictées par leur Église, même lorsqu’ils s’en réclament.Ils sont encore plus éloignés des pratiques vers lesquelles leurs pasteurs voudraient qu’ils s’orientent, ne serait-ce que la prière journalière ou la lecture de la Bible.40 p.c.des Canadiens croient avoir eu un jour ou l’autre le sentiment de la présence de Dieu ou d’une force supérieure.Quant à leur savoir religieux, il est en général très pauvre.263 Que se passe-t-il donc ?Nous avons vu qu’il y a en fait peu de personnes vraiment engagées dans les nouvelles religions.Il semble bien que cela soit également le cas dans les Églises traditionnelles.Si l’on entend par engagement le fait d’accepter d’une Église à la fois des réponses aux grandes questions, des pratiques spécifiques, une expérience religieuse et un savoir religieux correspondant, il ressort clairement des statistiques présentées par Bibby que tout au plus 20 p.c.des Canadiens devraient effectivement figurer dans la catégorie des personnes engagées.Mais il y a toutes ces autres personnes dont les noms figurent au registre des grandes Églises et qui le font valoir à certaines occasions.D’après Bibby, ce sont surtout ces autres personnes qui professent ce qu’il faut bien appeler une religion « à la carte ».Cela veut dire une religion faite de fragments que le fidèle choisit selon les circonstances ou au gré de ses états d’âme, exactement comme au restaurant.Beaucoup de catholiques et de protestants acceptent des parties de croyances ou des éléments de pratiques aussi facilement qu’ils choisissent des mets, et sans se sentir le moins du monde obligés de prendre tout ce que suggère le chef.Autrement dit, de plus en plus de Canadiens consomment des produits religieux ou sacrés, sans se croire forcés de s’engager dans des institutions.Ils sélectionnent des mets à leur convenance, et ne répugnent pas du tout aux assaisonnements exotiques.On serait donc passé d’une religion de l’engagement à une religion de la conscommation.Ce que nous fait comprendre Bibby, c’est que la religion moderne obéit aujourd’hui de plus en plus aux lois du marché de la consommation.Il y a une minorité de Canadiens qui engagent toute leur vie dans les Églises traditionnelles; tandis qu’une majorité de plus en plus importante trouve plus satisfaisant de consommer des fragments de religion suivant les besoins du moment.Ils demandent encore aux Églises établies d’assurer les rites de passage; mais le message global de ces Églises concernant Dieu, l’autorité, la sexualité, la famille est beaucoup 264 moins entendu.Tout en fournissant les denrées de base qu’on leur réclame, les Églises finissent même par fournir des produits extrêmement diversifiés, des produits qui fluctuent selon les demandes du marché religieux.À partir de ses tableaux de statistiques, Bibby montre que, de plus en plus, la religion s’avère incapable de livrer un message qui puisse influencer toute la vie des fidèles.Elle est entrée toute entière dans la logique de la société de consommation ; elle s’est laissé découper en multiples fragments sur lesquels joue la concurrence.Quand la religion est livrée ainsi toute entière aux règles du marché, ce doit être que les valeurs religieuses ne sont pas si différentes de celles de la culture séculière et laïque.Et c’est exactement ce que Bibby découvre pour la majorité des Canadiens.Les fragments sont florissants.Les consommateurs les demandent et les compagnies religieuses répondent à leur demande.Mais les dieux, dans la vie canadienne, sont de plus en plus silencieux.La raison en est bien simple : la religion a toujours prétendu apporter quelque chose qui dépasse la culture.Les dieux, au dire des croyants, nous ont parlé de la vie et de la mort.Mais, quand on a recours à la religion selon les caprices des clients, les dieux sont démantelés.Ils sont faits sur mesure, au goût de chacun.Et au lieu d’attendre d’eux des conseils, nous les installons sur nos genoux et nous jouons les ventriloques.Quand la religion n’est plus qu’un article de consommation, c’est le client qui mène.Les dieux, réduits à jouer un rôle à la carte, n’ont plus grand-chose à dire sur la vie de tous les jours.6 Il ne fait pas de doute en mon esprit que cette étude de Bibby devrait être méditée par tous ceux qui s’occupent de pastorale.Notre christianisme, cela se sent, est en train d’être remodelé par la société de consommation.Bien entendu, cette situation n’est pas absolument nouvelle ; par le passé, l’institution était en pratique 265 moins englobante qu’elle ne l’aurait souhaité.Mais la différence ici, c’est peut-être que l’engagement en une institution, avec tous les risques et les accommodements qu’il peut comporter, n’est plus senti comme un idéal digne d’être poursuivi ; la société moderne permet à chaque individu de poursuivre ses valeurs à lui, ce qui veut dire que sont désormais privilégiées les valeurs de l’instant présent, l’accès aux jouissances du moment, la capacité de juger par soi-même de tout et la sélection de symboles religieux de son choix.De l’engagement communautaire à la communauté de consommation On peut bien sûr contester tout ce qui vient d’être dit et rejeter d’un revers de main ce type d’analyse.Mais si l’on se donne le temps d’y réfléchir un peu, on s’aperçoit vite que ce ne sont pas les illustrations qui manquent.Il fut un temps, par exemple, où les chrétiens se préoccupaient beaucoup de ce que leur Église pensait de tel ou tel comportement moral : ils demandaient entre autres à leur curé comment se comporter en matière de sexualité.Or, les chrétiens d’aujourd’hui ont appris à trouver par eux-mêmes les réponses les plus diverses à leurs questions morales.Ce qui surprend à première vue, c’est qu’il n’est plus tellement important que ces réponses soient cohérentes avec tout un ensemble doctrinal et institutionnel.« Les chrétiens n’obéissent plus ; ils ne respectent plus l’autorité », entend-on dire parfois.Si l’on accepte l’analyse de Bibby, on comprendra plutôt que les réponses multiples que trouvent les chrétiens à leurs problèmes moraux sont naturellement choisies parmi celles que les média présentent comme les plus susceptibles de soulager, momentanément du moins, l’appétit insatiable des consommateurs qu’ils sont devenus.Chacun pourra prolonger ces réflexions dans le sens qui lui plaira.Pour ma part, j’ai l’impression que la vie religieuse et communautaire peut fournir un vaste champ d’application aux thèses de Bibby, et que les religieux et les religieuses gagneraient tous et toutes à examiner de plus près la façon dont se vit aujourd’hui la vie religieuse.Les remarques suivantes s’inspirent 266 librement de ce que j’ai pu observer dans quelques communautés d’hommes, et c’est la raison pour laquelle je conserverai le masculin tout au long de ce texte.Personne ne niera que la vie religieuse moderne, ne serait-ce que par le refus du mariage, implique certaines formes de renoncement au monde.Mais cela ne veut pas dire qu’à d’autres égards, la vie religieuse n’est pas perméable aux valeurs de la société contemporaine; il me semble tout de même que les religieux modernes, en dépit du renoncement qu’ils vivent, arrivent mal à échapper à l’emprise de la logique de consommation.Je dirais même que tous les religieux sont, d’une façon ou d’une autre, soumis à cette logique.Et je suis tout à fait conscient d’être le premier touché par les remarques qui vont suivre.Pour la circonstance du moins, et en reprenant la comparaison que Bibby applique aux Églises, imaginons la compagnie religieuse A.Z.Évidemment, une compagnie prospère et bien administrée.Chaque membre a investi sa vie dans la compagnie, et dans la mesure de ses capacités y investit encore son temps, ses énergies, son salaire et ses autres gains.Il est assuré en retour de pouvoir puiser à même les fonds collectifs disponibles, selon son sens de l’équité, du partage, de l’ascèse.Chaque religieux s’est donné à sa compagnie et la compagnie consent en retour à subvenir à ses besoins.Chacun vient manger selon un horaire assez flexible, et est assuré d’une ou de quelques chambres dans les édifices qui sont mis à la disposition de tous.Puisqu’un ouvrier reposé travaille mieux, chaque religieux est encouragé à se trouver les loisirs qui favoriseront son épanouissement personnel.L’idéologie de la compagnie A.Z.favorise l’aide aux plus démunis et il est ordinairement bien vu d’utiliser à cet effet une petite partie des fonds collectifs.Sécurité sociale oblige, et la compagnie sait faire les choses : ses membres retraités n’auront certainement pas à se plaindre d’être rejetés quand ils auront moins les moyens d’investir dans la compagnie.Nous avons vu avec Bibby que la religion ancienne mettait davantage l’accent sur l’engagement.On peut sans hésitation en dire autant des anciennes communautés religieuses.Leurs 267 membres étaient employés dans des oeuvres communes, ils vivaient ensemble la pauvreté et savaient prier ensemble.Mais comparons cette forme ancienne de communauté avec la nouvelle vie qui s’impose dans une communauté comme A.Z.Ses membres le remarquent parfois sur un ton mi-résigné mi-serein, la compagnie religieuse A.Z.n’a maintenant que très peu d’oeuvres communes.Les changements sociaux récents, le manque de recrutement expliquent peut-être valablement cette situation.Encore faudrait-il y regarder de plus près.La logique de la consommation dans laquelle la communauté A.Z.est entrée favorise aussi le travail individuel.Il est d’ailleurs d’autant plus facile de s’engager à l’extérieur que la communauté est prête à embaucher du personnel pour faire les travaux qui, anciennement, revenaient à des religieux.De fil en aiguille, le religieux A.Z.s’est laissé prendre au jeu, et a commencé à se désintéresser des quelques vestiges d’oeuvres communes qui subsistent encore dans sa compagnie.À telle enseigne que l’on peut tout aussi bien se demander si des religieux aussi épris d’autonomie et ne cherchant à la limite dans la communauté que l’assurance d’une plus grande liberté souhaitent vraiment retrouver des oeuvres communes.Auparavant, l’oeuvre commune, bon gré mal gré, halait toutes les énergies dans la même direction.Aujourd’hui, la communauté devient peu à peu une institution sur laquelle chacun mise pour satisfaire ses projets individuels.Le religieux A.Z.ne tient plus en fait à s’engager tout entier dans la vie communautaire ; il tend à consommer à sa guise des fragments de vie commune.En poussant à bout cette logique, il en arrive à chérir beaucoup plus sa liberté individuelle que sa communauté.À moins qu’il n’aime sa communauté que dans la mesure où elle sait jouer le jeu de l’autonomie individuelle.Pas étonnant que la tâche de supérieur ou de coordinateur soit devenue si ingrate ! On sait que le traditionnel voeu de pauvreté obligeait le religieux à demander constamment à son supérieur pour satisfaire ses moindres besoins.À l’opposé, le religieux A.Z.n’a à peu près plus de comptes à rendre à personne.La logique de la consommation vise le minimum de frustrations et le maximum de 268 satisfaction personnelle.Jadis, le religieux se mettait au service d’une institution et se sacrifiait en son nom ; le religieux A.Z.en jouit le plus possible.Les vacances se prenaient, soit en visite dans la famille, soit ensemble dans une maison de campagne aménagée pour tous.Les anciennes communautés ne connaissaient peut-être pas mieux; mais somme toute, ces religieux aimaient prendre ensemble du repos.Le religieux de la compagnie A.Z.a plutôt tendance à se fabriquer des vacances pour lui tout seul.Les vacances sont un temps fort de la société de consommation, et celles de ce religieux n’y échappent guère.On peut prolonger la réflexion dans le domaine de la prière communautaire.Il était un temps où les exercices de prière commune comme les prières du matin, du midi ou du soir, la méditation, la messe, et surtout la messe du dimanche, étaient perçues comme des temps forts de vie communautaire.Ces moments n’étaient pas voulus pour eux-mêmes: il paraissait normal que l’oeuvre commune se prépare par la prière et débouche sur elle.Cela ne veut pas dire que ces prières réunissaient toujours des coeurs unanimes.Mais il s’y trouvait souvent une conviction qui provenait peut-être du fait que l’on croyait donner par là une âme à son travail.De temps à autre, des liturgies plus longuement préparées contribuaient d’ailleurs à rompre la monotonie et à revivifier les énergies spirituelles du groupe.Si le religieux de la compagnie A.Z.sent beaucoup moins aujourd’hui l’importance de la prière communautaire, c’est peut-être pour autant qu’il se sent moins engagé dans une oeuvre commune.À quoi servirait-il de prier en commun, de préparer une lecture que des confrères puissent écouter, d’adopter un ton qui convienne à l’ensemble du groupe, de former un choeur qui chante de façon agréable, si les membres de cette communauté prient ensemble exactement comme s’ils étaient tous isolés les uns des autres?Dans un contexte où la spiritualité individuelle domine, il suffit d’exprimer personnellement sa foi, et de laisser les autres s’exprimer comme ils l’entendent.Ou, pour reprendre l’image de la société de consommation, la communauté A.Z.donne parfois l’impression d’un super-marché où la prière et la liturgie figurent parmi les produits qu’un religieux peut choisir, au même titre que l’auto et 269 la télévision.En d’autres termes, si le religieux A.Z.n’est pas prêt à mettre du temps pour apprendre à prier en harmonie avec les autres, c’est peut-être que, pour lui, la prière commune tend à devenir une réalité d’un autre âge.Un consommateur de prières ne demande qu’à suivre son rythme personnel, rien de plus.Entre l’idéal communautaire et la logique de la consommation, il y a une contradiction évidente.L’un met l’individu au service d’un projet de groupe, l’autre utilise le groupe pour décupler sa jouissance individuelle.Il est sûr que la vie de communauté, justement parce qu’elle était un idéal, a toujours laissé subsister des zones d’individualisme et d’égoïsme.Elles étaient perçues comme telles et critiquées.On conviendra cependant qu’il est fort différent de placer la satisfaction individuelle au centre de la vie dite communautaire et de mettre les facilités communes au service de son égoïsme.À la limite, cela veut dire que les religieux de la compagnie A.Z.n’ont plus grand-chose à partager, sinon de l’argent.La vie ensemble n’est plus un lieu de ressourcement spirituel, c’est un rite auquel il faut parfois sacrifier et qui procure de temps à autre un certain épanouissement personnel.L’ennui éprouvé aux réunions communautaires n’est tolérable que parce que la compagnie religieuse permet en compensation tant de facilités individuelles ! L’engrenage de la consommation ne tourne bien que si la circulation de l’argent est assez forte pour satisfaire les demandes de tous.Il semble bien que c’est aussi ce qui se passe dans la compagnie religieuse A.Z.En cela, elle est bien à l’image de la société qui l’entoure.Des valeurs de tolérance, de respect des individus, de responsabilité s’y développent.Mais le religieux qui fait partie de cette communauté n’en appelle à ces valeurs pour les autres que parce qu’elles lui permettent à lui aussi une plus grande liberté de manoeuvre.On dirait bien que cette communauté, comme une association de consommateurs, est d’abord tournée vers l’utilité immédiate.Il s’y trouve bien de ces nostalgiques qui rêvent de la communauté de jadis.Mais pour les consommateurs avertis que les religieux A.Z.sont devenus, la nostalgie est une 270 option parmi d’autres.Il y a évidemment place pour ce type de consommateurs rétro, même s’ils sont bien difficiles à comprendre.On s’étonne parfois dans la communauté A.Z.de la liberté avec laquelle les jeunes religieux consomment.Ne faudrait-il pas plutôt se demander pourquoi cette communauté dans son ensemble présente (inconsciemment sans doute) la consommation comme un idéal.Ce qui est sûr, c’est qu’un jeune qui vient d’une société où tout dispose à consommer n’a aucune raison de se sentir dépaysé en entrant dans cette communauté.S’il goûte ses aises et désire développer son sens de la consommation, il trouvera sûrement dans son nouveau groupe des modèles auxquels s’identifier.Mais si cette communauté mime à ce point la société qui l’entoure, on peut se demander de quelles sortes de valeurs elle témoigne.On a entendu Bibby affirmer que les dieux devenus des articles de consommation ressemblent à des poupées de ventriloques.À partir du moment où la communauté religieuse A.Z.est entrée elle aussi dans le jeu de la consommation, a-t-elle encore quelque chose d’original à dire au monde ?Conclusion Je ne suis pas un nostalgique.Je suis décidément du côté des religieux modernes épris de consommation.Je ne voudrais pas avoir l’air non plus de défendre une thèse.Je me contente de réfléchir tout haut.Ce que je me demande, c’est si la vie communautaire a encore un sens quand elle se laisse serrer dans l’étau de la consommation individuelle.Ou pour dire les choses autrement, est-ce que la vie communautaire a un sens quand le projet individuel précède de loin le projet communautaire ?Ces remarques ne visent aucune situation particulière.À un degré ou à un autre, je pense que tous les religieux modernes sont entrés dans un système de vie moderne trépidante et exigeante.Et tous sont atteints par cette peste de consommation qui nourrit leur ego jouisseur.Mais devons-nous encore parler de vie communautaire ?Entre la société de consommation, la religion à la carte et la vie religieuse moderne, il y a à n’en pas douter des liens ténus, mais réels.Le religieux d’aujourd’hui n’est pas si en dehors du 271 monde qu’il en a l’air par son célibat.Comme ses contemporains, il a lui aussi un moi de consommateur qui l’oblige à une réinterprétation complète du sens de sa vie religieuse.S’il n’y prend garde, le religieux moderne deviendra comme une sorte de superconsommateur, beaucoup plus efficace en son genre que les consommateurs séculiers ordinaires à cause du pouvoir de consommation que lui confère la compagnie florissante auquel il a accès en permanence.Notes bibliographiques 1.Reginald W.Bibby, Fragmented Gods: the Poverty and Potential of Religion in Canada, Toronto, Irwin Publishing, 1987.Traduit en français sous le titre de: La Religion à la carte.Pauvreté et potentiel de la religion au Canada.Montréal, Fides, 1988.2.Ibid., pp.21-22 3.Reginald W.Bibby et Donald C.Posterski, La Nouvelle Génération, Montréal, Fides, 1986.4.La religion à la carte., p.23.5.Ibid., p.76.6.Ibid., p.198.272 L’amitié et les amitiés dans la vie monastique Jean Leclercq, D.S.B.* Ce titre évoque un chapitre d’un thème beaucoup plus vaste, celui de l’amitié chrétienne; mais ce chapitre est important, et même privilégié.Il arrive qu’il soit méconnu.On cite cette réflexion, entendue, paraît-il : « Un moine ne peut avoir d’autre ami que Dieu ».Des personnes qui ne connaissent la vie monastique que de l’extérieur, ont pu s’imaginer qu’il n’est pas de place en elle pour l’amitié, puisqu’on y vit dans le silence, dans l’uniformité des mêmes observances, comme si la juxtaposition de différentes individualités suffisait, sans qu’il existât ni communion ni communications.Or il suffit d’avoir partagé la vie de ces personnes silencieuses pour constater qu’il existe entre certaines d’entre elles de vraies relations personnelles et intimes.Et toute la tradition rend témoignage à la réalité et à la continuité de ce mystère qu’est l’amitié monastique.Aussi importera-t-il de réfléchir sur son contenu et d’en dégager quelques leçons d’ordre pratique.Sens et valeur de l’amitié On ne peut comprendre l’amitié chrétienne que si on la situe à l’intérieur du mystère de la charité.Qu’est-ce que la charité ?On peut l’approcher à partir de différents aspects du mystère chrétien: la Trinité, le Christ, l’Église.Ces différentes approches ne s’excluent pas, bien sûr.La plus immédiate consiste à partir de la désignation même de « charité chrétienne » : la charité du * Abbaye St-Maurice, L-9737 Clervaux, Luxembourg.273 Christ, celle qui est dans le Christ.Elle seule nous permet de réaliser toute notre capacité d’amour.Elle a trouvé sa parfaite expression dans la théologie du Sacré Coeur: nous ne pouvons aimer vraiment que « dans le coeur de Jésus », c’est-à-dire comme lui, avec lui et par lui, car il est le seul homme qui, uni à Dieu, participant maintenant à sa gloire, aime avec tout le dévouement, l’intensité, la générosité, l’universalité qui correspondent à notre dignité de personnes créées à l’image de Dieu.Si nous voulons comprendre à quel besoin profond répond la charité universelle, nous pouvons réfléchir sur quelques-unes de nos expériences concrètes.Nous sommes des êtres à la fois spirituels et corporels.En tant qu’esprits, nous sommes capables de «comprendre», c’est-à-dire d’embrasser dans le regard enveloppant de la connaissance et de l’amour le Créateur et les créatures, et premièrement nos semblables.Dieu nous a faits à son image, intelligents et libres, capables de connaître et d’aimer.Intelligent, l’homme peut capter en soi ce que les philosophes appellent l’universel.Il est ouvert sur l’être, c’est-à-dire sur tout être, et sur tous les êtres.Nous le savons, en effet, chacun de nous porte en lui la présence immatérielle d’autres personnes humaines que nous pouvons nommer, nous représenter, avec qui nous sommes intimes et qui existent en nous-mêmes et surtout peut-être si nous en sommes séparés par la distance — d’une façon spirituelle, mais réelle.L’esprit ne se borne pas à connaître : nous sommes capables d’aimer les autres, c’est-à-dire de consentir librement à ce qu’ils sont, de leur vouloir et de leur faire du bien, et cela sans limite.Par sa nature, l’intelligence peut recevoir en elle la présence de tous les êtres, la volonté peut se porter dans un mouvement de bienveillance vers tous les êtres sans exception : l’esprit, de soi, tend vers l’universel, et vers l’univers.L’expérience nous prouve que nous pouvons aimer un nombre de personnes de plus en plus grand : notre tendance profonde est de les accueillir toutes et de nous donner à toutes.274 Et cependant, cette capacité, nous sommes impuissants à la réaliser.Deux obstacles s’y opposent.D’abord l’opacité du corps.L’homme peut devenir tout être parce qu’il est esprit.Mais parce qu’il est chair, il ne le devient pas en effet : nous le constatons aussi, chacun de nous ne connaît en réalité qu’un nombre d’hommes limité et fini, ceux avec qui nous avons pu communiquer par le moyen des sens.Le corps est un médiateur entre nous et les autres, et c’est sa dignité ; mais il est aussi un obstacle à la médiation universelle.À cela s’ajoute en nous la conséquence du péché originel : l’égoïsme.Dieu avait fait les hommes pour échanger entre eux dans une charité mutuelle les biens dont chacun disposait pour les autres et pour soi.Le péché a rompu cette belle harmonie.Il reste en l’homme de quoi y tendre.Mais livré aux ressources de la seule nature, il ne peut plus se donner entièrement, et, puisqu’il est fait pour cela, il ne peut plus être pleinement lui-même.Désormais la matière, au lieu de limiter simplement l’homme, l’enferme ; au lieu de séparer seulement les hommes, elle les divise et les oppose.Et tandis que la tendance originelle de l’esprit est de sortir de soi, de s’unir à autrui et de communier avec lui en Celui qui nous conserve tous dans l’être, l’amour-propre, qui est le contraire de l’amour, nous replie sur nous-mêmes et nous fait nous complaire en nous seuls.L’égoïsme est un reniement de notre vocation humaine, c’est un refoulement de l’aspiration profonde qui nous constitue.Tel est donc le dilemne dans lequel nous sommes enfermés : catholiques par nature, c’est-à-dire universels, nous sommes, en fait, inclus dans l’égoïsme comme dans une prison dont nous ne pouvons sortir seuls.Telle est notre situation douloureuse.Comment y remédier?Il y a une solution.Il y a eu un homme qui fut «l’Homme parfait», qui fut, comme nous, catholique par essence, et qui le fut en fait.Le Christ a résolu en sa personne l’antinomie que nous ne pouvons concilier: il comble nos insuffisances.Parce que nous sommes charnels, le Fils de Dieu a voulu nous sauver par la voie de l’Incarnation ; il a donc assumé une nature individuelle, concrète ; c’est pourquoi il n’est pas 275 pécheur, ayant pris une humanité qui n’était pas viciée comme le sont les nôtres ; et c’est pourquoi aussi nous ne sommes pas devenus Dieu par le fait que le Verbe s’est uni à l’homme, car il est devenu un homme particulier, non tous les hommes.Comment donc a-t-il pu, dans une nature humaine déterminée, sauver le genre humain tout entier?En exerçant dans son humanité une activité catholique et en réalisant une oeuvre universelle: la Rédemption.Dans son intelligence et sa volonté d’homme, le Fils de Dieu — et c’est là le mystère profond de la science et de l’amour du Christ, et l’abîme insondable de son Sacré-Coeur — a pu, en un seul acte connaître et aimer tous les hommes ensemble et chacun d’eux en particulier.Pour eux il est mort au péché, dont il portait la ressemblance; pour eux, il est ressuscité.Le fruit de sa Passion, c’est l’Esprit qu’il nous a envoyé, réalisant le jour de la Pentecôte la réconciliation de la famille humaine.En communiant au Christ, en participant à son oeuvre, nous remédions au péché et nous pouvons enfin nous réunir tous ensemble par lui au Père qui est dans les deux dans l’unité du Saint-Esprit.Jésus est le médiateur entre Dieu et les hommes ; il est aussi le médiateur des hommes entre eux.En une personne qui représente, qui symbolise et qui, d’une façon mystérieuse, contient toutes les autres, qui est signe sensible et sacrement de l’Être, chacun de nous peut communier avec toutes les personnes et avec tous les êtres, avec Celui par qui ils sont: Dieu même.Nous sommes réconciliés avec tout l’univers par la médiation du Christ.Il est «l’homme unanime», il est le lieu de tout catholicisme.En participant à sa vie, nous complétons la nôtre, nous nous enrichissons de tout ce qui nous manque, nous comblons les insuffisances de notre nature déchue, nous remédions à toutes nos impuissances, nous remplissons notre « capacité » d’autrui.La charité est nécessairement, et essentiellement, universelle.Elle est une participation à l’amour universel qui est dans le Christ.Or qu’est-ce que l’amitié?C’est une forme particulière de cette charité universelle : c’en est une manifestation particulière, un résultat, un fruit particulier.Ce qualificatif de « particulier», fait 276 partie de la définition même de l’amitié, comme celui « d’universel » fait partie de la définition de la charité.Il est vrai qu’on a parfois dit que toute amitié particulière doit être évitée.Mais on ne voit pas comment une amitié pourrait être autre que particulière, à condition de donner à ce mot son sens précis, et c’est sans doute pour éviter tout malentendu, que certains parlent aujourd’hui, d’amitiés privilégiées.L’amitié est nécessairement particulière car à la différence de la charité, qui doit être de tous envers tous, l’amitié est toujours le fait d’une personne déterminée dans sa rélation à une ou à plusieurs personnes déterminées.C’est là ce qui ressort de sa notion la plus commune.L’amitié, en effet, suppose une certaine affinité entre des personnes.« Affinité » : en droit canon, ce mot est appliqué à une relation de parenté.Mais dans le cas de l’amitié, cette relation est enracinée, non dans la chair et le sang, mais dans une certaine proximité spirituelle.Cette proximité entre esprits peut se manifester de différentes façons : dans une certaine ressemblance, non absolue: il est des amis dissemblables, et qui, cependant, s’entendent l’un avec l’autre.Une certaine harmonie, comme, en musique, deux sons différents peuvent constituer un bel accord.Une certaine sympathie, inhérente à la nature même que chaque personne reçoit de Dieu.Un certain consentement, spontané ou acquis, sur différents points ; on se rappelle la définition de l’amitié que Salluste a donnée : Idem velle, idem nolle.Vouloir les mêmes choses, refuser les mêmes choses.Et puisque cet accord tend à s’exprimer, l’amitié implique une certaine transparence de l’un à l’autre, une certaine intimité entre eux.Pourquoi et comment une telle affinité est-elle possible ?Il est difficile de l’expliquer.Lorsqu’on demande à Montaigne, un philosophe français du XVIIe siècle, pourquoi il avait été l’ami de tel autre, il répondit : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ».Ce n’est certes pas là une explication.Celle-ci ne peut consister qu’à voir dans l’amitié une réalisation, pour ainsi dire: une concrétisation particulière, de la charité dont Dieu a voulu qu’elle existât entre toutes les personnes humaines.En même temps qu’un amour absolument universel, Jésus a eu des amitiés.277 La tradition a proposé plusieurs images ou analogies de cette charité universelle voulue par Dieu.On l’a considérée à partir du commencement du monde ou de ce qui sera son achèvement total.L’amitié a pu être vue comme un reste, un symbole, de cette charité qui existait avant le premier péché : elle était spontanée.Maintenant, elle est rendue difficile par des antipathies et des inimitiés.S.Augustin, lui, a aimé partir de la contemplation de ce que sera le Royaume à son achèvement, la Cité de Dieu pleinement réalisée: ce sera ce qu’il a appelé une «société fondée sur l’amitié », societas amicalis: cette transparence absolue qui existe entre les Trois Personnes divines, entre elles et tous les saints du ciel, et dans les saints entre eux.C’est cette amitié totale qu’ont pour rôle de commencer à réaliser, dès maintenant, les nombreuses formes d’amitié qui sont possibles dans l’Église, comme autant d’anticipations de cette éternelle amitié : entre hommes et femmes — et S.Augustin a aimé présenter sous ce jour le mystère du mariage —, entre femmes, entre hommes, entre parents et enfants, entre frères, entre soeurs, entre frères et soeurs — c’est là une forme d’amitié qui peut être assez silencieuse, et dont la profondeur ne se révèle parfois que quand il y a séparation ; entre membres d’une même famille, de familles différentes, d’une même communauté religieuse, de communautés différentes, et l’on pourrait allonger cette liste de possibilités.Toutes ces affinités, toutes ces formes de parenté spirituelle, sont particulières, et chacune d’elles est limitée, mais elles se situent toutes à l’intérieur de la même charité, qui est universelle.La charité doit exister indépendamment de toute affinité ou de son contraire, même — et surtout — en cas d’antipathie ou d’inimitié : « Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle récompense aurez-vous ?» On n’est jamais plus sûr de pratiquer la charité qu’envers des ennemis, si on en a.Mais à l’intérieur de cette charité, il y a place pour l’amitié.Cette forme de charité est possible, elle est légitime, elle est nécessaire à certaines personnes, et, de fait, elle est, pour beaucoup d’entre elles, une réalité.Seulement nous devons savoir que ce bienfait, ce don de Dieu, comme d’autres, est une richesse, mais peut être source de difficultés.Il peut être 278 occasion de joies et de peines.Il a ses risques.Et c’est pourquoi nous devons maintenant nous demander quel usage en faire.Du bon usage des amitiés Comment accueillir, conserver, développer, irradier ce don de Dieu qu’est l’amitié?Tout d’abord, n’en ayons pas peur.Ne craignons pas qu’il va s’opposer à la charité.Ne soyons pas de ces personnes soit-disant religieuses dont il paraît qu’on a pu dire : « Parce qu’ils n’aiment personne, ils croient qu’ils aiment Dieu ».Au contraire, le meilleur moyen de purifier l’amitié est de la multiplier.Elle est particulière, mais non limitée, exclusive.Non : elle peut et doit être étendue à plusieurs, à beaucoup, et devenir ainsi une participation plus réelle et plus pleine à l’éternelle et universelle «société d’amis», societas amicalis, que sera la Cité de Dieu.Au ciel, l’amitié, devenue universelle, coincidera avec la charité.Nous serons tous transparents les uns aux autres, entièrement pénétrés par la gloire du Christ ressuscité.En cette vie, tout ce qui est contraire à notre amour-propre spontané, à l’intérêt que nous portons à nous-mêmes et à tout à cause de nous-mêmes, nous projette hors de nous.L’amitié est l’un des moyens qui nous aide à nous donner à d’autres personnes, au plus grand nombre possible d’entre elles.« Dieu est amitié», a pu dire Aelred de Rievault, et cela est vrai au sens le plus strict de ces mots : Dieu a pour chacun de nous tous, sans exception, un amour singulier, unique, particulier.Et c’est à son image que nous devons être, en nos amitiés.Ainsi éviterons-nous les dangers du particularisme.Si une amitié est unique, trop unique, elle devient obsessive, elle nous limite dans nos relations avec tous les autres.Mais si elle est «plurielle», multipliée, partagée avec beaucoup d’autres, elle nous maintient dans le juste rapport qui doit exister entre elle et la charité.Le meilleur remède au péril qu’une amitié peut présenter est d’en avoir beaucoup.Nous ne devrions pas avoir à nous reprocher 279 de n’avoir pas d’amis, mais de n’en avoir pas assez.Comment, pratiquement, avoir des amis, en avoir davantage ?Ceci suppose d’abord que nous soyons formés, habitués, à la doctrine de l’amitié, avec ce qu’elle inclut de psychologie saine et de théologie.Heureusement, notre siècle a vu produire une vaste et belle littérature sur les fondements philosophiques et théologiques de l’amitié, en des ouvrages comme ceux de Louis Lavelle, Gabriel Marcel, Max Scheler, le P.M.C.d’Arcy, S.J., et d’autres, qui ont développé une doctrine de la communion entre les personnes.Cette formation à l’amitié comporte deux aspects.Premièrement, nous devons avoir des idées justes et saines sur l’amitié, sur ses fondements théologiques : elles nous libéreront de toute peur non justifiée.Nous ne devons pas entretenir la conviction que l’amitié, si nous la concevons correctement, ne comporte que des dangers.Une amitié qui serait « particulière » au sens impropre de ce terme consisterait à nous refermer sur nous-mêmes, et avec un seul autre être.Au contraire, une amitié particulière réelle, spirituelle, et des amitiés de cette sorte, nous ouvrent à une ou à plusieurs personnes avec lequelles nous entrons vraiment en communion.L’amitié, par elle-même, est un remède à l’égoïsme : nous devons savoir que cette vue positive et optimiste de l’amitié appartient à la tradition théologique de l’Église, et en particulier à celle du monachisme.D’autre part, nous ne devons pas idéaliser l’amitié, en avoir une idée trop belle, comme si elle devait toujours se situer au niveau intellectuel, spéculatif, mystique, le plus élevé.Restons simples, humains, réalistes.L’amitié revêt différentes formes et elle peut exister à différents degrés.Durant la seconde guerre mondiale, ceux d’entre nous qui étions mobilisés dans les armées, menions une vie difficile, dans des abris inconfortables.Il m’échut d’être avec des ouvriers des mines, qui étaient séparés de leurs familles.La tristesse nous menaçait.Elle recula dès que furent 280 fondés ce qu’on appelait des «groupes d’amitié».L’atmosphère du bataillon s’en trouva bientôt transformée : la joie revint, avec la confiance mutuelle.Il n’y a qu’une charité.Mais l’amitié peut revêtir une grande variété de formes, selon les différents milieux de vie.Ceci s’applique à nos communautés monastiques.Nous devons y faire régner une atmosphère de cordialité, d’amitié diffuse, généralisée, avec la possibilité de relations amicales plus personnelles, mais jamais exclusives.La joie de tous et de chacun dépend de cette capacité que nous avons de tout faire pour les rendre heureux.C’est là notre premier devoir conventuel.Sa pratique peut exiger, plus ou moins selon les personnes, leur nature et leur grâce, un effort.Mais personne n’est dispensé de cette ascèse en vue de rendre amicale la charité.Des auteurs monastiques anciens ont aimé dire que le ciel sera un grand monastère.Il dépend de nous de faire de chacun de nos monastères, maintenant, un ciel ou un enfer, selon le degré de cordiale amitié que nous y entretenons.On connaît le thème du drame de Jean-Paul Sartre intitulé Huit-Clos: trois hommes se trouvent enfermés, se découvrent l’un l’autre, et plus ils se connaissent, plus ils se méprisent, se haïssent.Au moment où l’un d’eux veut en tuer un autre, celui-ci déclare : « C’est impossible, car nous sommes en enfer.Il en sera ainsi éternellement.» Et tout se conclut par ces mots : « L’enfer, c’est les autres.» Une vie commune dans une haine réciproque et croissante: voilà comment on peut se représenter l’enfer comme antipode absolu du paradis.Tout au contraire, une vie commune dans une charité réciproque est un commencement du ciel, et dans cette charité fleurissent des amitiés.Sur d’anciennes croix celtiques, on voit, d’un côté, les damnés qui tournent le dos au Crucifié : ils sont ensemble, mais sans Dieu, en opposition à Dieu, par conséquent en répulsion réciproque les uns pour les autres.Mais de l’autre côté, tous les élus sont tournés vers le Christ ; ils mènent la vie commune avec Dieu, en présence de Dieu : tous contemplent sa face et se connaissent les uns les 281 autres en sa lumière, ils s’aiment du même amour dont il les aime.Voilà le sens du thème traditionnel du « paradis claustral ».À nos idées et convictions sur l’amitié doivent donc correspondre des attitudes pratiques.En ce domaine, la première exigence à rappeler est celle du détachement.Il nous faut être détachés de tout, même de l’amitié : l’estimer, la désirer, lui être ouverts, mais savoir qu’elle est un don de Dieu, qui nous l’accordera ou non.Il est donné à beaucoup, non à tous.Si nous l’avons reçu, conservons-le, gardons-le dans toute son authenticité.Si nous ne l’avons pas reçu, souffrons de son absence, attendons-le, espérons-le, et examinons-nous.Il en est qui se lamentent de n’avoir pas d’amis.Mais qui est responsable?Eux ou les autres ?Dieu ne donne pas l’amitié à qui y est fermé.Y sommes-nous suffisamment ouverts?Le meilleur moyen d’avoir un ami est d’en être un.Éduquons notre faculté d’amitié, et nous verrons qu’elle nous sera donnée.La Collecte de la « Messe pour les amis dévoués », Pro devotis amicis, que comporta le Missel Romain jusqu’à notre temps, commençait par ces mots : « Deus quicaritatis dona tuorum fidelium cordibus infudisti.Dieu qui as répandu les dons de la charité dans le coeur de tes fidèles.» Les dons de la charité sont variés : miséricorde, pardon et autres, autant de formes, de manifestations, de résultats, de fruits de la même et unique charité.Parmi eux, l’amitié.Parce que « Dieu est amitié », l’amitié est un don de Dieu.C’est l’un des dons les plus exquis du Saint-Esprit.282 Des voeux dans un Québec en mutation.* Lorraine Caza, c.n.d.** Dimanche dernier, c’était Pentecôte et, avec toute l’Église nous avons chanté: «Alléluia.L’Esprit du Seigneur remplit l’univers».C’est à l’un de ces magnifiques dons que l’Esprit a semé dans l’histoire que nous nous arrêtons, à cette vie sous les voeux de pauvreté, de chasteté, d’obéissance dans laquelle tant d’hommes et de femmes, au cours des siècles, ont coulé leur vie de disciples de Jésus.Cette vie sous les voeux, il se trouve que tous les membres de la CRCQ et la plupart des personnes qui les accompagnent en cette session y sont engagés ou mieux l’ont reçue comme un trésor à faire fructifier.Nous parlons donc d’un don de l’Esprit qui nous concerne personnellement, au plus profond de nos vies.Si on nous demandait d’exprimer quel sens nous donnons à notre engagement depuis le moment initial, il me semble que nous pourrions tous et toutes affirmer qu’il avait et qu’il a toujours à voir avec notre façon de nous situer devant Dieu, qu’il se veut expression du fait que Dieu est terriblement important pour nous, qu’il est la façon bien concrète dont nous assumons notre responsabilité de dire Dieu.Je crois aussi que nous dirions presque du même souffle qu’il traduisait et traduit toujours notre façon de nous situer face à nos frères et à nos soeurs en humanité, le visage concret de notre service, de notre être-avec.Mais cet engagement face à Dieu et au monde que Dieu aime et nous a donné à aimer, nous l’avons articulé dans ce qu’avec * Conférence donnée à la CRCQ, en mai 1991.* 96, Empress, Ottawa, Canada K1R 7G3.283 une longue tradition nous appelons les voeux de pauvreté, de chasteté, d’obéissance.À l’heure du tout premier engagement sous les voeux de la presque totalité d’entre nous, le contenu de chaque volet de l’engagement était clairement défini, minutieusement inventorié.Un peu comme Jean-Yves parlait hier de l’importance de se réapproprier son passé, il me semblerait fécond pour chacun(e) de nous de retrouver dans nos mémoires comment nous aurions rendu compte des engagements que nous prenions au jour de notre profession.Pourtant, dès ce moment, des observateurs attentifs de ce qui se passait dans l’ensemble de la société auraient pu nous dire que de gros changements que nous n’hésitons pas à appeler une mutation profonde se préparaient.Vatican II constitue certainement un point de repère important pour distinguer un avant et un après non seulement pour l’intelligence chrétienne de la vie religieuse mais pour l’ensemble des réalités de la foi.À partir de Vatican II, on ne parlerait plus de la vie sous les voeux que comme une modalité de la vie baptismale, de cette plongée dans le mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur, de cette entrée dans la vie de disciple de Jésus.La vie sous les voeux, nous la verrions donc comme une voie pour concrétiser cette restauration de l’image de Dieu en nous qui nous est offerte en Jésus Christ, donc comme une voie respectueuse jusqu’au bout de toute la richesse de la personne humaine créée par Dieu, respectueuse de la liberté humaine, de l’importance de nommer ses besoins, de goûter les réalités, d’entrer en relation avec d’autres, d’aimer.Il y a plus de quinze siècles, Benoît présentait la vie monastique comme une école du service de Dieu.J’aime regarder la vie sous les voeux comme une telle école.Il y a quelque chose de très humble dans une institution qui a vocation d’initier, d’aider à faire les premiers apprentissages.Qu’on pense à l’artiste de demain qui répète les gammes aujourd’hui.La loi de l’école était très claire, les moeurs de la maison très unifiées dans un certain passé; nous n’en sommes plus là en ce temps de mutation profonde, mais il me semble important que nous soyons conscient(e)s du 284 fait qu’il y a un sérieux problème d’écologie de la vie religieuse, de la vie sous les voeux.Oui, nous avons à être conscient(e)s de la responsabilité que nous avons face à Dieu et face à l’Église de ne pas dilapider le trésor de la vie consacrée.Le voeu de pauvreté Dans la perspective d’une vie baptismale, nous reconnaissons bien sûr avec tous les humains que si nous voulons survivre, croître, nous avons absolument besoin d’un ensemble de biens.Ces biens, cependant, nous les recevons comme dons de Dieu à notre vie ; comme fruits du travail de nos frères et de nos soeurs.Nous les voyons comme le matériau qui va nous permettre de nous relier les uns aux autres, comme les instruments pour façonner en nous le coeur filial, le coeur fraternel.Ils ne sont pas donnés pour qu’avec eux certains se hissent au-dessus des autres, les asservissent.Tout ceci, la Bible nous le dit abondamment depuis le récit de création de Genèse, les nombreuses lois de l’Ancien Testament relatives aux pauvres, les vigoureux oracles des prophètes fustigeant les injustices sociales, les émouvantes supplications des psalmistes jusqu’à la vie et l’enseignement de Jésus.Ce Jésus a rendu grâce pour les biens de la création qui ont nourri, fait croître sa vie d’être humain.Il s’est fait pauvre: on pense aux images de Bethléem et de la croix, à celle de l’homme qui n’a pas de pierre où reposer sa tête.Il s’est soucié des pauvres, a immédiatement lancé ses disciples dans la voie du partage des biens en faveur des pauvres, dans la voie du «tout quitter» pour le suivre, dans la voie du « Bienheureux les pauvres ».Réuni(e)s dans la vie religieuse sous un voeu de pauvreté nous constituons à ce titre un signe spécial, visible dans l’Église, de cette utilisation du dynamisme de l’avoir au service de la vie filiale, de la vie fraternelle.Nous pouvons nous demander si et en quoi l’utilisation des biens dans la dépendance qui définit le voeu a vraiment cultivé en nous les personnes de l’action de grâce, les personnes et communautés du partage avec les personnes dans le besoin, les personnes et communautés qui essaient de 285 se rapprocher de plus en plus de la réalité des appauvri(e)s et des opprimé(e)s, qui non seulement travaillent en faveur des pauvres mais partagent quelque chose de leur condition.Aujourd’hui l’utilisation des biens dans la dépendance, — dans le climat de respect pour la liberté et le cheminement de chaque personne où nous vivons, — ne suffit généralement pas à assurer un style de vie simple, une passion pour une plus juste répartition des biens, non plus qu’à nourrir la conviction que tout est don et que la mise en commun des biens resserre les liens de fraternité.Peut-être que l’interpellation la plus efficace c’est encore celle qui vient d’une proximité avec des frères et des soeurs dans le besoin.Dans le climat où nous vivons, passé ce qu’on pourrait avec d’autres appeler les modèles conservateur et libéral de la vie religieuse, ce qui me paraît le plus prometteur c’est la force d’interpellation des religieux(ses) et des groupes qui ont pris sur eux, sur elles le cri des pauvres parce qu’ils (elles) l’ont entendu de si près.Le voeu d’obéissance Dans la perspective d’une vie baptismale, nous reconnaissons bien sûr, avec tous les humains, que là où il y a vie, il y a pouvoir, que voir, entendre parler, sentir, comprendre sont des pouvoirs (s’il était une personne pour en douter, demandons à une personne aveugle, muette, sourde, ce qui en est).Le pouvoir, c’est la vie qui déborde, qui agit sur d’autres vies.Le Dieu qui, parlant d’Adam, ordonne qu’« il domine sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre, qui crée l’homme à son image et à sa ressemblance», qui donne à Moïse le pouvoir de diriger la sortie d’Égypte, l’entrée d’un peuple dans la terre de la promesse, qui promet à David d’affermir pour toujours son trône royal, est un Dieu qui, loin de bouder le pouvoir de l’homme, le promeut au contraire.Jésus est apparu comme un homme puissant, fort de la force de Dieu : « Il parle avec autorité ».Il commande même 286 aux esprits impurs et ils lui obéissent {Mc 1:27).On lui reconnaît le pouvoir de guérir : « Si tu le veux, tu peux me guérir >> {Mc 1:40) et il eut conscience de la force qui était sortie de lui {Mc 5:30).La vie qui est pouvoir de faire vivre peut aussi être pouvoir de faire mourir, d’assurer sa vie au détriment de la vie d’autrui.On pense aux abus du Pharaon sur le peuple en Égypte, du roi de Babylone.Dans l’Évangile, Jésus apparaît comme quelqu’un qui a été victime de l’abus que les humains peuvent faire du pouvoir qui leur est donné.Jésus a été victime de l’injustice humaine, de l’abus.Mais en plein coeur de cette expérience d’impuissance, il apparaît comme le fort, le puissant mû par la force de résister à l’injustice, cette force qui fait vaincre les peurs de souffrir, cette force qui fait «obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes» {Ac 4:19s), cette forme qui permet d’« obéir jusqu’à la mort et à la mort sur une croix » (Ph 2:8).Ressuscité, Jésus se présente comme « ayant tout pouvoir au ciel et sur la terre» {Mt 28:18) et dans la liturgie des heures, avec tout le peuple chrétien, nous acclamons cette puissance et cette gloire avec les accents de l’Apocalypse {{Ap 4-5, 11-12, 15, 19) et ceux du Magnificat: «Le Puissant fit pour moi de grandes choses».L’Évangile parle aussi du pouvoir de la foi {Le 1:37 ; Mc 9:23), de la prière {Mc 9:28).Réuni(e)s dans la vie religieuse sous un voeu d’obéissance, nous constituons à ce titre dans l’Église, un signe spécial, visible, de cette utilisation du grand dynamisme du pouvoir au service de la vie filiale, de la vie fraternelle.Nous pouvons nous demander si et en quoi, la prise en compte d’un point de vue autre que le mien, dans les choix et décisions de ma vie, la recherche avec d’autres du dessein de Dieu sur ma vie selon les Constitutions de la Congrégation à laquelle j’appartiens ont été et demeurent une voie d’évangélisation du dynamisme de soumettre la terre, d’organiser l’humanité en communauté, d’intervenir, de participer à l’oeuvre du créateur.Le voeu d’obéissance, dans la tradition chrétienne, il me semble que c’est un lieu d’apprentissage de l’exercice du pouvoir dans le sens de la construction de la relation la plus fondamentale qui soit, celle de frère, de soeur de tous 287 les humains.L’Église attend de nos vies dans l’obéissance non pas que nous renoncions à nos ressources, que nous les niions, mais bien que nous les mettions quotidiennement au service du dessein de réconciliation dans l’amour, d’adoption filiale de la part du Père, au service de la promotion de la dignité de toute personne.Comment faudrait-il incarner l’engagement à l’obéissance vouée pour qu’il soit vraiment école de vie filiale, de vie fraternelle ; comment articuler l’obéissance à l’intérieur d’une vie communautaire pour qu’elle soit vraiment l’école qu’elle peut et doit être de l’ouverture aux appels que l’Esprit me lance par les autres, au coeur des situations dans lesquelles je me trouve engagée.Lié(e)s à l’intérieur d’une même famille religieuse, sous les mêmes Constitutions, c’est comme si nous vivions sous un pacte devant Dieu : nous sommes engagé(e)s à tenir compte les unes des autres, à nous écouter, à nous relancer dans une écoute du monde, dans une écoute de Dieu.Je pense que, fondamentalement, l’obéissance minutieuse d’hier servait la cohésion communautaire et la mission de la Congrégation dans l’Église pour le monde.Quel type d’obéissance, quels rites d’obéissance servent au mieux, aujourd’hui cette vie d’ouverture faite d’écoute mutuelle, d’attention devant Dieu aux appels du monde, d’analyse de la société.À l’heure de l’individualisation de la vie, le projet de tenir compte des autres dans le tissu de la vie communautaire, d’accepter les structures pour une oeuvre communautaire est un grand défi.À l’heure de l’hétérogénéité des systèmes de valeurs, comment concrétiser la culture d’une attitude d’ouverture aux valeurs des autres qui soit autre chose que ce qu’Élizabeth McDonough appelle «la facilitation de la tolérance réciproque», qui soit lieu de croissance humble sans doute mais réelle des uns avec et par les autres.Importance pour qu’une vie du corps, de la communauté soit possible de ne pas perdre de vue le corps à construire, le rôle de cette communauté dans l’Église et dans le monde.288 Le voeu de chasteté Dans la perspective d’une vie baptismale, nous reconnaissons avec tous les humains l’importance du dynamisme de l’amour aussi bien dans la croissance personnelle que dans la vie et la croissance de tous les groupes humains.Il est intéressant du point de vue biblique que, dès son apparition sur la terre, l’être humain l’Adam soit présenté comme quelqu’un que Dieu sort de la solitude en lui donnant une aide assortie (Gn 2:18), qui est émerveillé devant « l’os de ses os, la chair de sa chair » pour laquelle il sera amené à quitter son père et sa mère, s’attachant à elle et faisant avec elle une seule chair (Gn 2:23s).À son image il le créa; homme et femme il les créa (Gn 1:27).L’homme et la femme comme image de Dieu, l’union de l’homme et de la femme vue par un prophète comme Osée comme merveilleuse image pour dire le lien d’alliance intime entre Dieu et son peuple.Paul, parlant aux Éphésiens, voit dans cette union des époux une merveilleuse image pour dire le lien d’alliance intime du Christ avec l’Église, un lieu où quelque chose du mystère de l’union du Christ et de l’Église se joue.Pourtant Jésus vit sa vie d’être humain sans connaître cette expérience de l’union conjugale avec une femme.Dès les premiers siècles de la mission chrétienne, la communauté a reconnu l’oeuvre de l’Esprit dans le choix qu’ont fait un certain nombre d’hommes et de femmes de vivre un attachement fou au Christ, à sa mission pour le monde et donc à la construction de la communauté de la réconciliation.Tout polarisé(e)s par leur attachement au Christ et aux humains pour qui il est venu, ils et elles ne se sont pas engagés dans une vie de couple.Ce choix que Jésus a fait, ce choix que tant d’hommes et de femmes ont fait, à cause de leur engagement à suivre Jésus, est donc le choix d’une voie d’amour.«À cause du Christ, tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les ai tenus pour un désavantage.Bien plus, je tiens tout désormais pour désavantageux au prix du gain suréminent qu’est la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur.Pour lui j’ai accepté de tout perdre, je regarde tout comme déchets, afin de gagner le Christ ».289 Pour que le célibat consacré soit chrétien, il doit être itinéraire d’une vie toute sous le signe de l’amour; il n’y a pas, en effet, d’autre voie chrétienne que la voie de l’amour, le premier et le plus grand commandement, le nouveau commandement, la voie royale, ce qui résume toute la loi, ce qui vaut plus que tous les holocaustes et tous les sacrifices, ce qui est le point d’ancrage de toute la loi et des prophètes, ce qui est l’agir pour hériter la vie éternelle.Quelle est donc la passion de ta vie, de ma vie qui peut expliquer que l’on ne nous trouve pas engagé(e)s à bâtir avec quelqu’un d’autre une vie de couple, à avoir pensé et vécu une fécondité selon la chair.Qu’un tel choix, que la perception d’un appel à un tel type d’engagement puisse être perçu comme appel de Dieu, l’Évangile nous persuade de le croire : Il est donné à certains de comprendre ce langage qu’il y a des eunuques qui sont nés ainsi du sein de leur mère, il y a des eunuques qui le sont devenus par l’action des hommes, et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels en vue du Royaume des deux.Comprenne qui pourra» (Mt 19:11s).Et l’on pense à l’appel qui sous-entend une même attitude.« Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses soeurs et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Luc 14:26).Tout en disant qu’il n’avait pas reçu d’ordre du Seigneur à ce sujet, Paul encourage à la virginité parce qu’il est comme happé par la perspective du Royaume : « le temps se fait court», « elle passe la figure de ce monde » et parce qu’il pense trouver là une voie qui attache sans partage au Seigneur (1 Co 7:25s, 29, 31,35).Qui sont les bénéficiaires de mon (notre) engagement dans la voie de l’amour qui intègre le célibat consacré?Ma (notre) condition de personne engagée dans un célibat pour le royaume a-t-elle été et demeure-t-elle école éducatrice d’un amour plus universel, d’un amour de Dieu inséparable de la préoccupation des mal-aimés ?L’hymne à Laudes pour la fête des vierges dit si bien le sens de nos vies : La compassion de Dieu vous a blessées 290 Au fond de l’âme comme un glaive de feu ; Vous deveniez l’image de l’Agneau mystérieux Quand vous portiez la mort des mal-aimés (CFC) Ma (notre) condition de personnes vivant sous le voeu du célibat a-t-elle été un bon lieu pour entrer plus profondément dans une relation d’intimité avec Dieu ?En commentant son affirmation sur l’hétérogénéité des valeurs, Simon Langlois évoquait bien combien dans toutes les enquêtes sur les valeurs, ce qui semble être toujours la préoccupation principale c’est ce qui touche à l’amour.De ce point de vue, ce choix fondamental est une question prophétique elle aussi pour une société où l’exercice génital de la sexualité est tellement mis de l’avant.Et il est évident que ce qui parle vraiment c’est la fidélité dans l’ordre de la durée dans ce choix au coeur d’une société où les mutations des modes de vie se font à un rythme vertigineux.Je ne veux pas terminer ce très court exposé sans faire état d’une des questions que les jeunes se posent à notre sujet.Ils et elles nous regardent aller à un rythme trépidant; et cela se comprend quand on entend les cris, qu’on devient sensible aux besoins, qu’on a des rêves à réaliser.Ils et elles se demandent s’ils (elles) seront à l’aise avec la manière dont nous établissons le rapport prière-engagement, temps donné en pure gratuité à contempler Dieu qui s’est révélé si proche en Jésus Christ, temps donné à rendre grâce, à louer et à intercéder ensemble et engagement dans tous les autres services d’évangélisation.J’aime bien pour ma part la lettre de Jean-Paul II sur la mission du Christ rédempteur et, entre autres, ce passage du chapitre sur la spiritualité de la mission : 291 Le missionnaire doit être un «contemplatif en action».La réponse aux problèmes, il la trouve à la lumière de la parole divine et dans la prière personnelle et communautaire.Le contact avec les représentants des traditions spirituelles non chrétiennes, en particulier celles de l’Asie, m’a confirmé que l’avenir de la mission dépend en grande partie de la contemplation.Le missionnaire s’il n’est pas un contemplatif, ne peut annoncer le Christ d’une manière crédible ; il est témoin de l’expérience de Dieu et doit pouvoir dire comme les apôtres : «Ce que nous avons contemplé.le Verbe de vie., nous l’annonçons ».{1Jn 1:1-3) (Redemptoris Missio, par.91) 292 Évangélisation et solidarité avec le monde* P.A.Kalilombe, évêque** S’il est vrai que dans le monde moderne une des réalités les plus importantes est la coexistence et l’interaction des riches et des pauvres, des puissants et des sans-voix, des favorisés et des marginaux, les religieux devraient alors se poser cette importante question : « De quel côté sommes-nous ?Avec qui nous identifions-nous ?» Si c’est avec les pauvres, Comment pouvons-nous en juger d’une façon certaine ?Il est très possible pour nous d’être du côté des riches, des favorisés, des avantagés, au lieu de nous ranger du côté des pauvres, et de n’en être pas conscients.Le simple fait d’avoir fait voeu de pauvreté ne constitue pas une garantie automatique que nous sommes avec les pauvres.De fait, les pauvres réels ont toujours eu tendance à croire que les religieux étaient du côté des riches : notre profession de pauvreté leur a souvent semblé une véritable énigme.Il importe donc de nous pencher plus attentivement sur cette question.Préférence de Dieu pour les pauvres Au cours des dernières années, l’Église, dans plusieurs pays * Traduit de l’anglais par SS Yvette Viau et Madeleine Carmel, s.s.a.* Selly Oak Colleges, Birmingham B29 6LQ.293 et par la voix même de ses chefs — le Saint-Siège, les Synodes, les Conférences épiscopales — n’a cessé d’affirmer son option privilégiée pour les pauvres.Nous, religieux/ses, devrions être des chefs de file dans ce mouvement.Une telle option prise sérieusement n’est guère populaire : bien des gens, même parmi les chrétiens bien intentionnés, mettent sa véracité en doute.Ils se demandent souvent si c’est là une attitude vraiment chrétienne, ou s’il ne s’agit pas, de notre part, d’un compromis avec le communisme (Marxisme).Après tout, disent-ils, Dieu aime tout le monde, et le Christ est mort pour sauver tous les hommes — riches et pauvres, propriétaires et personnes influentes, aussi bien que simples ouvriers ou paysans.Durant sa vie sur la terre, Jésus s’est allié aussi bien avec les riches qu’avec les pauvres : Il comptait des amis dans les deux classes de la société.Prendre parti pour une portion de l’humanité voudrait dire provoquer la haine et la lutte des classes.Le Christ ne saurait approuver une telle attitude.De telles demi-vérités démontrent qu’il nous faut analyser soigneusement le sens réel de « préférence pour les pauvres ».Dieu, en effet, aime tous les hommes sans exception ; le Christ a vécu et est mort pour les sauver tous.Mais dans un monde divisé, la manifestation de Dieu en Jésus montre clairement quelle portion de la société Dieu privilégie.Jésus se tenait avec les pauvres et les humbles de ce monde : Il est né dans la pauvreté et II est mort dans le mépris, victime de la haine des chefs de son propre peuple aussi bien que de celle des gouverneurs romains.Il ne fait donc aucun doute qu’il faisait partie des petits et des sans-voix : Il avait choisi d’être l’un des leurs.Pourquoi ?Était-ce parce qu’il méprisait les richesses et le pouvoir comme tels?Comment l’aurait-ll pu, Lui, le Dieu infiniment riche et tout-puissant ?Était-ce parce qu’il affectionnait la misère et la souffrance par inclination sentimentale, comme des états prestigieux et désirables en eux-mêmes?Certainement non.Celui qui fut sans cesse préoccupé par les misères physiques et spirituelles des siens et ressentit de la pitié pour les opprimés et les accablés ne saurait être accusé de s’être fait pauvre pour le plaisir.Pourtant lorsque le Christ déclare : « Bienheureux les pauvres, les affamés, 294 ceux qui pleurent ou ceux qui sont rejetés et persécutés ! » (Le 6: 20-26; Mt 5: 3-12), comment ne pas nous demander: « Exactement, pourquoi cette préférence » ?Je pense que la meilleure manière de comprendre l’option préférentielle du Christ (et de Dieu son Père) pour les pauvres, c’est de chercher la raison de sa venue dans le monde et le sens de sa vie.Nous lisons en Marc: «Jésus est venu en Galilée, prêchant l’Évangile de Dieu : “Les temps sont accomplis et le royaume de Dieu est proche ; convertissez-vous et croyez à l’Évangile”» (Mc 1 : 14-15).L’objectif de la vie de Jésus était d’établir le royaume ou le règne de Dieu.Il est venu parce que le monde était en perdition, dominé par le règne du péché et de la mort.Jésus est venu allumer le feu sur la terre (Le 12: 42-53), pour apporter un changement radical (« conversion ») dans la vie du monde, dans leurs valeurs, pour que le monde soit transformé et que le règne de Dieu advienne par l’observance du commandement central : l’amour de Dieu et du prochain (Mt 22: 34-40).Dans un monde esclave de l’idolâtrie et de l’égoïsme, une telle transformation ne peut commencer que du côté des victimes et des perdants : donc du côté des pauvres.C’est pourquoi le Christ a choisi d’être de leur parti.Selon le projet du Royaume de Dieu, les pauvres sont « privilégiés » parce que ce sont eux les témoins authentiques de ce qui ne va pas dans le monde.En eux et à travers eux, la vraie nature du péché se révèle: ses causes, ses manoeuvres et ses terribles effets.C’est dans et par les pauvres que le besoin de changement et de salut devient évident.Nous commençons à comprendre ce que Dieu est en train de faire dans notre monde, et nous sommes amenés à voir à quelle condition le règne de Dieu peut arriver.Il nous devient possible d’évaluer les progrès de ce règne, en observant ce qui arrive aux pauvres (Mt 11: 2-6).Il ne faut donc pas conclure que Dieu n’aime pas les riches, qu’il ne s’en soucie pas: Ne les met-il pas en garde contre le danger de l’idolâtrie (Mt 6L 24-34) et de la convoitise (Le 12: 13-15) ?Il les regarde avec amour et s’attriste lorsqu’ils trouvent difficile 295 d’entrer dans le royaume des deux (Mc 10:21 -27), car Dieu désire ardemment leur libération et leur salut.Il ne se range pas non plus du côté des pauvres parce que ce sont des gens aimables et parfaits par définition.Eux aussi peuvent être mesquins ou méprisables.Il est avec les pauvres simplement parce que c’est là où ils sont que le règne de Dieu commence.Et cela, de deux manières : 1.Le changement souhaitable selon la manière de fonctionner du monde, commence lorsque quelque chose de nouveau leur arrive : quand les affamés sont rassasiés, quand ceux qui pleurent sont consolés, quand leur expérience de rejet et d’insulte se transforme en une danse joyeuse (Le 6: 20-23).En vérité, c’est là un signe rassurant que le règne de Dieu arrive en ce monde.2.Le Royaume de Dieu arrive en vérité quand et si le changement s’opère par l’impuissante douceur des pauvres et non par cette sorte de violence arrogante qui engendre la pauvreté; lorsque le changement se produit grâce au vide accueillant des démunis plutôt qu’à la cupidité rapace des exploiteurs ; en résumé lorsque le changement est dû uniquement à des moyens de pauvres.Voilà tout le sens du récit de la tentation de Jésus (Mt 4: 1-11 ou Le 4:1-13).Le Royaume de Dieu n’arrive pas par l’avarice, le prestige humain, ou la convoitise du pouvoir.La croix (pierre d’achoppement pour les Juifs et folie pour Grecs: (I Cor 1, 23) est le moyen choisi par Dieu pour l’avènement de son règne.C’est en ce sens que Dieu se range du côté des pauvres.Spiritualité de l’Incarnation du Christ Comment donc juger si, oui ou non, le règne de Dieu arrive dans notre monde ?Le plus fort témoignage de ce règne, c’est la mesure dans laquelle le mystère de l’Incarnation du Christ se reproduit chez les individus et dans la société.Cette spiritualité est merveilleusement résumée dans la lettre aux Ph.2: 1-11 et dans une phrase étonnamment courte et impressionnante de la 2e épître aux Cor.8:9 : « Vous connaissez, en effet, la générosité de Notre Seigneur Jésus-Christ qui, pour vous, de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour vous enrichir de sa pauvreté ».296 L’Incarnation du Christ, le moyen par lequel II a inauguré le règne de Dieu, éclaire plusieurs points essentiels.Et tout d’abord, son objectif final : rendre les pauvres « riches », ou, dans un langage moderne, libérer les pauvres.Il est évident que Dieu n’aime pas la misère ou l’indigence.La pauvreté n’est pas bonne en elle-même : il faut la surmonter.Comment donc?Trois notions-clés semblent émerger: solidarité, partage et promotion.Jésus a connu la misère en quittant sa situation majestueuse de pouvoir, de sécurité, de privilège : Il s’est fait pauvre avec les pauvres, Il s’est dépouillé et s’est fait serviteur.Voilà ce qu’on appelle solidarité.Il n’a pas voulu sauver les hommes en gardant une distance sécuritaire, mais en se faisant l’un d’eux, pauvre parmi les pauvres.Mais II n’est pas venu les mains vides: Il a apporté ses richesses de Fils de Dieu.Son dépouillement voulait donc dire qu’il partageait ses privilèges.Celui qui était monté dans les hauteurs, est descendu au plus bas sur la terre pour prodiguer ses dons à l’humanité (Ép.4: 8-10).« Il a distribué gratuitement, Il a donné aux pauvres».Ainsi qu’on le lit au Ps 112: 9 et en Paul (2 Co 9: 9).En partageant ainsi, Il se rendait capable d’investir les pauvres d’une promotion qui leur donnait désormais droit à ses privilèges et à ses richesses : eux aussi devenaient capables, maintenant, de se lever fiers de leur dignité d’enfants de Dieu.Le secret de ce don du pouvoir se trouve dans le partage lui-même.Le péché appauvrit les autres parce que basé sur l’égoïsme; la grâce promeut parce qu’elle est partage.La spiritualité de l’Incarnation opère ainsi en tout homme qui l’accepte et la pratique.Elle détruit l’individualisme et rassemble les hommes dans une communion fraternelle.Comme le démontre la lettre aux Éphésiens, les dons du Christ ne sont pas donnés seulement en vue d’avantages individuels.Ils sont des « charismes destinés aux saints en vue d’accomplir leur ministère, afin de bâtir le corps du Christ» (Ép.4: 12; I Cor 12 et Rom 12).On devient libre et puissant en vivant l’esprit communautaire: la solidarité, le partage mutuel et la réciprocité des dons.Le règne de Dieu est à l’oeuvre là où grandit la communauté véritable.Le secret 297 de la libération repose dans la collaboration plutôt que dans la compétition tendant à éliminer, dans l’interdépendance plutôt que dans la suffisance et la revendication individualiste.Témoins du Royaume par notre solidarité avec le monde Dans notre monde éclaté, comment proclamer la Bonne Nouvelle ?D’une façon véritable et effective, en ayant entre nous « les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus » (Ph 2 : 5).Comme Lui, les messagers de l’Évangile ont à affronter le péché qui engendre la pauvreté et la misère chez un nombre grandissant de personnes dans le monde.D’autre part, ils doivent se mêler aux pauvres, partageant avec eux les ressources qui peuvent les rendre forts et les libérer.C’est là un défi que ce choix clair et précis : De quel côté êtes-vous ?Avec les pauvres, contre la pauvreté ; ou avec les riches, contre les pauvres ?Comme nous l’avons dit précédemment, les religieux ne devraient pas supposer trop hâtivement que la simple profession de la pauvreté les range « ipso facto » du côté des pauvres.Il n’est pas si difficile de se ranger du côté des forces opprimantes et d’être complices de projets destructeurs.Cela s’est vu dans l’histoire.Durant les siècles d’esclavage et plus tard durant la période de colonisation, un bon nombre de religieux et de communautés ont tout simplement accepté ces systèmes corrompus comme des faits accomplis avec lesquels il fallait vivre.Ils ont vécu leur engagement religieux et se sont lancés dans l’évangélisation sans vraiment protester contre la société environnante.Bien plus, leur ministère a souvent servi les intérêts du système, même lorsqu’ils étaient convaincus qu’ils travaillaient pour le Royaume de Dieu.À titre d’exemple, citons certaines implications: dans l’éducation (i.e.écoles pour les privilégiés et les riches), dans la santé, dans le «développement» (encouragement à la cupidité ou création de la dépendance), et même dans la formation religieuse (du type aliénant).Le résultat final de tels engagements, par ailleurs généreux, contribua souvent à faire voir le système oppressif comme plus digne et plus 298 acceptable et à conduire les peuples opprimés à accepter le « statu quo >> comme un plan sacré, reçu de Dieu.À la lumière d’une rétrospective, nous sommes capables aujourd’hui de voir où étaient les erreurs commises autrefois.Ce n’est pas dans un manque de bonne volonté ou de générosité qu’il faut chercher la cause de telles erreurs, mais bien plutôt dans l’absence de ce que nous avons appelé une analyse adéquate de la société.La bonne volonté et ce que nous appelons sainteté ne mettent pas par elles-mêmes les chrétiens à l’abri de telles erreurs.Il nous faut en plus une dose de compétence réaliste et analytique qui devrait être une composante normale si nous voulons réaliser notre engagement comme messagers de la Bonne Nouvelle.N’oublions pas d’ailleurs que, si l’esclavage et la colonisation sont des choses du passé, il existe de nos jours un système persuasif néo-colonial, moins facile à dépister et auquel il est difficile de s’opposer effectivement.Il est donc essentiel pour les missionnaires d’aujourd’hui d’essayer de trouver la cause des erreurs passées, s’ils ne veulent pas répéter aujourd’hui les erreurs commises par leurs prédécesseurs.Une autre source majeure de confusion vient de la conviction inadéquate que les religieux devaient être séparés du monde et préoccupés uniquement des choses de Dieu.La manière de vivre selon les voeux de religion devait alors être organisée et vécue en accord avec ce point de vue : par exemple, habiter des maisons différentes de celles du monde ordinaire ; porter des costumes d’un style spécial (« habit religieux »), fuir certains lieux et certaines occupations comme étant mondaines, divers intérêts et projets comme étant séculiers.On s’attendait à ce qu’ils soient des spécialistes du sacré et des choses saintes: prière, pénitence, oeuvres de miséricorde spécialement envers les pauvres, les malades, les orphelins et les personnes âgées.Ainsi leur vie devenait-elle un rappel de la vie à venir dans l’au-delà et une invitation à mépriser les choses de la terre.Tout cela est juste et vrai si on le comprend bien, mais si cet aspect de la vie religieuse est mal compris, cette vie devient aliénante et peut être facilement manipulée par les forces de l’oppression et de l’exploitation.En 299 évitant de se mêler avec le monde, par exemple, les religieux peuvent être tellement distants de la société qu’ils vivent dans des milieux distincts, exactement comme les riches.Et afin de se couper des occupations mondaines, ils adoptent un style de vie qui ressemble davantage à celui de la classe bourgeoise.Le principe de séparation du monde est dangereusement semblable à un autre principe très répandu, lequel aide à protéger les systèmes socio-économiques et politiques injustes et oppressifs : la séparation de la sphère religieuse d’avec le monde séculier.L’énoncé ordinaire de ce principe est que la religion (et l’Église) ne devraient pas se mêler de politique, d’économie ou d’intérêts «purement humains», car ceux-ci ont leur propre autonomie.Evidemment, il y a une confusion ici entre « distinction » et « séparation ».S’il est utile et nécessaire de distinguer la religion des autres dimensions de la vie, les séparer dans la vraie vie n’est pas seulement irréaliste mais aussi dangereux, car cela veut dire que le séculier n’est plus responsable devant Dieu, mais qu’il suit ses propres principes humains.De telles normes humaines autonomes ne sauraient demeurer neutres très longtemps ; elles deviennent très vite assujetties aux lois du péché : avarice et égoïsme.Le séculier s’étend à ce qui est vraiment indispensable dans la vie courante et dans les occupations journalières : affaires, politique, relations sociales et familiales ; par contre, le domaine religieux se ramène aux secteurs qui semblent les moins importants de la vie.Ainsi quand les religieux s’excluent des occupations dites «mondaines», l’objet de leur engagement apparaît comme secondaire pour la plupart des gens.Qu’arrive-t-il quand s’opère une telle séparation ?Les normes qui ressortent, dès lors, trahissent des tendances humaines qui deviennent facilement la proie du péché.La politique, par exemple, est dominée par la convoitise du pouvoir, lequel tend à devenir de moins en moins attentif à ceux qui, pour des raisons variées, sortent à peine de leur impuissance.Il y a danger que la quête du pouvoir favorise les « forts » et marginalise les « faibles ».Dans de telles situations, la tendance à dominer et à opprimer ceux 300 qui ne peuvent se défendre devient irrésistible.Dans le domaine de l’économie, le principe qui consiste à maximiser les profits, à accumuler des biens et à promouvoir des besoins sans fin (souvent artificiels et non essentiels) crée une psychose malsaine de la consommation.La course vers les satisfactions de la cupidité effrénée génère une compétition sans pitié qui n’a que faire des perdants.D’une façon semblable, les relations humaines et un peu toute la vie s’en trouvent réglées par une recherche intéressée, individuelle ou collective.Les seuls principes modérateurs, dans tout ce système, ce sont les règlements faits par les hommes : lois ou conventions morales possédant par elles-mêmes très peu d’autorité pour promouvoir le véritable bien commun.Le système régi par de tels principes fait des victimes parce qu’il se nourrit d’oppression, d’exploitation, de conflits et de compétition.Ceux qui ne réussissent pas dans un tel système en deviennent les victimes: malades, personnes âgées, handicapés, démunis, pauvres.Même s’il n’est pas du ressort de l’Église de s’occuper des affaires temporelles, le peuple en général désire qu’elle s’implique dans les cas de situations inacceptables, à combattre : aider les pauvres, nourrir les affamés, procurer un toit aux sans-abris, soigner les malades, consoler les affligés.Il s’agit là, évidemment, de réalités «séculières».Cependant la société feint d’ignorer ces conditions de vie aussi longtemps que l’Église n’en dénonce pas les causes ou ne questionne pas le système, premier responsable de cet état de choses (ce serait se mêler de politique).En dernier ressort, la religion, l’Église et les religieux finissent par accomplir le travail de sauvetage.Mais en agissant ainsi, c’est le système oppressif qu’ils servent: ils ne sont pas vraiment du côté des pauvres.Comment les Religieux peuvent-ils vivre en vraie solidarité avec les Pauvres ?De nos jours, l’appel fait aux religieux pour une solidarité avec les pauvres exige beaucoup plus que simplement être bons pour eux, leur procurer du secours matériel ou moral, ou même travailler à leur mieux-être d’une façon spontanée.Il faut adopter un 301 engagement courageux dans la spiritualité de l’Incarnation du Christ.1.Tout d’abord, les religieux, à l’exemple du Christ, se doivent d’adopter un style de vie qui les classe, d’une façon visible et réelle, parmi les démunis et les sans-voix.Le critère pour juger s’il en est ainsi, c’est de pouvoir dire qu’ils font l’expérience, individuellement et comme communauté, des privations et des inconvénients qui constituent le lot quotidien des pauvres: insécurité, vulnérabilité, mésestime de la part de la société et, spécialement, ce risque particulier d’être impliqués avec les boucs émissaires des problèmes et des crimes de la société.Cela exige que, comme le Christ, les religieux n’aient ni peur, ni honte d’être vus parmi les pauvres et de partager leurs expériences quotidiennes, au risque de faire sourciller ceux qui se disent pieux (Le 5: 27-32; 7: 31-35).Un tel engagement est-il possible sans une révision radicale des normes imposées par la tradition, quant à la sécurité et aux convenances religieuses, i.e.« nos vêtements, notre milieu de vie, nos occupations et même nos loisirs ».2.Cette solidarité avec les pauvres doit être perçue comme une « protestation » contre la pauvreté et la souffrance dans le monde et contre les causes de ces malheurs : l’égoïsme, l’injustice, l’exploitation.Ce doit être une solidarité libératrice.Ainsi que les théologiens de la libération le soulignent souvent, cette solidarité offre deux facettes: l’une, négative: la dénonciation et l’autre, positive: l’annonciation.Notre présence parmi les pauvres sert à dénoncer l’oeuvre d’un système corrompu, les fausses valeurs et les promesses sans lendemain qui asservissent le coeur des hommes et qui engendrent la violence, l’oppression et les conflits.Le fait de partager l’expérience des pauvres rend les religieux aptes à démasquer les rouages du système pernicieux et de le dénoncer.Par ailleurs, ils sont bien placés pour proclamer les valeurs de l’Évangile et exposer les moyens qu’il offre d’une libération possible et authentique.Rappelons quelques-unes de ces valeurs évangéliques : l’esprit d’entr’aide, l’interdépendance, le support des faibles, le partage des ressources.La présence des religieux parmi les pauvres devrait être une proclamation que 302 la puissance de Jésus-Sauveur est à l’oeuvre et que, dès lors, il y a lieu d’attendre le salut avec espérance.Enfin, en partageant la vie des pauvres, les religieux deviennent des agents de promotion pour les démunis: ils apportent avec eux ces ressources que la société refuse souvent aux exploités: ressources de dignité personnelle, de connaissances, d’habiletés et autres outils pratiques, propres à aider les déshérités à bâtir le genre de pouvoir qui les rendra moins vulnérables et dépendants.De la part des religieux, ce travail de promotion consiste dans le partage de leurs propres ressources avec les pauvres : biens spirituels, intellectuels, professionnels et matériels.Comparées au monde ordinaire, les communautés religieuses possèdent, habituellement, des biens assez considérables.Toutefois, leur façon de pratiquer la pauvreté est telle, bien souvent, que leur partage n’a pas de sens valable, même lorsqu’elles donnent de leurs biens.Il existe une manière de faire des dons qui n’est pas un partage du pouvoir mais, au contraire, un usage de ses biens en vue d’exercer son pouvoir sur les bénéficiaires.Cette attitude, il va sans dire, est contraire à la façon de partager de Jésus-Christ.La pratique de la pauvreté religieuse se doit de comporter des risques puisqu’elle suppose un partage de pouvoirs et de privilèges avec ceux qui en sont démunis.Si les religieux apprennent à partager leurs ressources sans les faire servir à ériger un pouvoir et à l’exercer pour dominer les autres, ils deviennent des modèles pour la société.Leur rôle ne consiste pas seulement à partager ce qu’ils possèdent, mais encore à aider les autres à pratiquer ce genre de dépouillement dans le partage.La société offre tout un éventail de « bienfaiteurs » — les organismes de bénévoles, les oeuvres de charité, les agences d’assurances, etc., lesquels prétendent aider les nécessiteux, alors qu’ils contribuent à les rendre esclaves.Les religieux sont appelés à frayer le chemin vers une façon différente de donner : la vraie manière chrétienne.Comment donc juger si, oui ou non, nous sommes réellement du côté des pauvres ?Par un examen sérieux pour voir si nous sommes vraiment présents dans leur milieu, partageant leur 303 situation.Il nous faut aussi vérifier si nous partageons nos ressources avec eux: ce partage doit être tel qu’il habilite les démunis à se prendre en main plutôt que de les rendre esclaves.Si c’est notre cas, alors notre présence du côté des pauvres en est réellement une de libération.304 La présence active de Dieu Louis Roy, o.p.* Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la théologie et la spiritualité ont beaucoup parlé de l’absence de Dieu.Ce thème est amplement justifié par bien des phénomènes : en plus des souffrances individuelles telles que la maladie et la mort, les échecs et les infidélités, mentionnons la sécularisation causée par la science et la technologie, la relativisation des croyances et des morales, le recul des Églises dans la sphère du privé, ainsi que des calamités telles que l’injustice, la criminalité, la guerre, la pollution de notre planète et l’holocauste de six millions de Juifs.Face à cette toile de fond, j’essaierai d’exprimer, dans un langage simple et actuel, quatre convictions bibliques et thomistes sur lesquelles le christianisme n’a pas assez insisté depuis quelques siècles.Il s’agit de quatre formes de présence active de Dieu : dans son acte créateur, dans son Fils incarné, dans son Esprit Saint et dans des médiations humaines.1.Dans son acte créateur Tout a commencé par la parole originelle de Yahvé: « Dieu dit : “Que la lumière soit” et la lumière fut.Dieu vit que la lumière était bonne» (Gn 1,3-4).«Dieu vit tout ce qu’il avait fait: cela était très bon » (1,31).Cette parole exprime le désir libre de Dieu.Il crée non par besoin, mais par bonté, par amour, par souci de répandre sa beauté et de communiquer sa joie de vivre.L’esprit de partage qui constitue l’éternel échange trinitaire inspire l’acte créateur.* 2715, chemin de la Côte Ste-Catherine, Montréal H3T 1B6.305 Tout continue à exister parce que le Créateur le veut.Cette offre continuelle de la vie est peut-être ce qui frappe le plus les croyants, surtout ceux qui la reçoivent chaque matin comme un don étonnant.« Les âmes des justes sont dans la main de Dieu » (Sg 3,1 ).« Les justes vivent à jamais, leur récompense est auprès du Seigneur, et le Très-Haut a souci d’eux » (5,15).Méditant sur ces phrases bibliques, Thomas d’Aquin enseigne que l’âme, ou le principe de vie, de chaque personne n’est pas le résultat des causalités ordinaires ; toute conscience humaine est individuellement créée par Dieu, dans un geste chaque fois unique, plein d’inventivité et de tendresse.Le Dieu de la révélation judéo-chrétienne n’est pas celui de Voltaire et du déisme, qui, après un travail de création limité au début de l’histoire, prend une retraite anticipée ! Au contraire, le repos sabbatique n’empêche pas Yahvé d’exercer son rôle de juge engagé dans le gouvernement du monde.Ceci constitue le contexte de la déclaration de Jésus : « Mon Père est à l’oeuvre jusqu’à présent et j’oeuvre moi aussi» (Jn 5,17).La conviction que le Créateur s’avère le maître de l’histoire dans son ensemble et ses détails a donné naissance à la doctrine de la providence et du gouvernement divin.2.Dans son Fils incarné Dieu établit et oriente le monde un peu à la manière dont un auteur imagine et fait jouer une pièce de théâtre.Comme Créateur, il n’est pas un acteur sur la scène.La Cause première n’est pas interventionniste : elle agit toujours, mais sans jamais supplanter les causes secondes.Et pourtant — chose généralement impensable en dehors du christianisme —, en s’incarnant, le Fils éternel de Dieu devient cause seconde dans l’humanité qu’il assume.Comme homme, Dieu entre dans l’histoire et s’y place personnellement.En devenant l’un des nôtres, Dieu nous offre une présence interpersonnelle.Avec nous, Jésus subit l’absurde et le mal.Mais contrairement à nous, il a le pouvoir de transformer l’absurde et le mal en sens et en amour.Qui plus 306 est, sa résurrection entraîne pour conséquence qu’il nous partage ce pouvoir de transformation.Parce qu’il est à la fois Dieu et homme, le Christ reprend l’affirmation de présence qui se trouve en Exode 3,14 : « Je suis », c’est-à-dire: «Je suis là, je suis avec vous, je suis qui je serai, actif dans votre exode ».C’est le « Je suis » que l’on entend dans l’Évangile selon saint Jean (6,20, 8,24.28.58 ; 13,19 ; 18,5-6.8) Ou encore le «Je suis.Ne craignez pas!» de l’Évangile selon saint Marc (6,51).Pourtant, ce Jésus ressuscité à qui toute puissance est accordée n’empêche pas ses disciples de souffrir, voire de subir le martyre.Mais ayant lui-même été le premier à donner sa vie, il les accompagne personnellement dans ce suprême acte d’amour.Lapidé et agonisant, Étienne se sait en relation avec le Christ : « Ah ! je vois les deux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (Ac 7,56).Et il fait cette invocation : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit» (7,59).3.Dans son Esprit Saint Contrairement au Fils qui, dans son humanité, s’avère un acteur comme nous sur la scène du monde, l’Esprit Saint — comme le Père — reste invisible.Il prolonge l’acte créateur du Père en un acte re-créateur, car il agit, à l’intérieur de l’être humain, comme sanctificateur et libérateur.Sa présence active exerce donc un double effet.Elle consiste à nous donner la vie de Dieu ainsi que la capacité de répondre à l’amour de Dieu.En premier lieu, l’Esprit nous fait le don d’une forme de conscience, faite d’intuition amoureuse, qui dépasse absolument notre niveau humain de fonctionnement.C’est la même vie que celle donnée à Jésus ressuscité.Il s’agit de rien de moins qu’une participation à la nature divine (voir 2 P 1,4).La grâce sanctifiante nous permet d’entrer dans des relations semblables à celles qui unissent le Père, le Fils et l’Esprit.Cette grâce produit le renouvellement du coeur que Yahvé avait promis : 307 Je vous donnerai un coeur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le coeur de pierre et je vous donnerai un coeur de chair.Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes.(Ez 36,26-27) En deuxième lieu, l’Esprit agit comme principe de guérison, qui libère notre volonté chancelante.Par rapport à l’oeuvre du Fils, celle de l’Esprit consiste à nous faire adhérer, avec intelligence et coeur, au sens et à l’amour incarnés par Jésus et ses disciples.La grâce guérissante établit une connivence entre les croyants et la Loi de Yahvé : Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur coeur.Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple.Ils n’auront plus à instruire chacun son prochain, chacun son frère, en disant : « Ayez la connaissance de Yahvé ! >> Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands.(Jr 312,33-34) 4.Dans des médiations humaines Qu’ils soient chrétiens ou non, les humains qui nous entourent et nous aident continuent la mission visible du Christ.En nous rejoignant à travers des personnes, l’action de Dieu utilise des intermédiaires qui nous permettent de toucher du doigt, d’une manière palpable, la présence du Père, du Fils et de l’Esprit Saint dans nos vies.Grâce aux événements et aux personnes, Jésus nous atteint de diverses façons.D’une part, il nous communique sa bonne nouvelle, il nous ouvre au sens et à la vérité, il nous interpelle, parfois assez rudement.D’autre part, il nous offre son accueil, son écoute, son empathie, son réconfort.Le visage du Christ se dessine dans toutes ces présences qui nous permettent d’échapper à l’isolement, à l’ennui, à l’indifférence, à la désespérance.Les médiations humaines renvoient donc au Christ, qui lui-même fait découvrir le Père et l’Esprit.Sans que ces derniers 308 soient isolés dans leur tâche propre, on peut dire que le Père illustre surtout l’oeuvre créatrice de Dieu, tandis que l’Esprit Saint est directement lié à son oeuvre sanctificatrice et libératrice.Ainsi, en passant par la présence visible de Jésus et de ses témoins, on peut se faire une idée de la présence invisible du Créateur, qui nous donne sans cesse l’existence, et de l’Esprit Saint, qui fait jaillir en nous la source vive qu’est la lumière, l’espérance, la motivation, la paix.En conclusion, revenons brièvement sur le thème de l’absence de Dieu.Dieu est certainement absent, mais pas au sens où il serait indifférent, impuissant ou inactif.Il est absent au sens où sa présence est discrète.On remarque cette extrême discrétion dans la passion de Jésus, dans notre quotidien, dans les événements du monde et jusque dans l’enfer d’Auschwitz.Dieu apparaît discret parce qu’il n’est pas un acteur sur la scène de notre monde, parce qu’il n’est pas un super-agent à la fois semblable aux autres agents et plus fort qu’eux.Quand il s’est fait personnellement proche en Jésus, c’est comme un homme au pouvoir limité qu’il est devenu visible, et non pas selon une confusion humano-divine.L’apparente absence de Dieu constitue donc une manière de nous faire découvrir sa présence unique, la présence active de celui qui est différent et tout-autre.309 CENTRE DE RENOUVEAU CHRÉTIEN DES URSULINES RETRAITES Décembre 01-08 « Pour vous, qui suis-je ?» Jean Bouchard, s.j.Février 17-24 Entrer dans le regard de Jésus André LeBlanc, o.p.Mars 16-23 Trouver le repos dans le Seigneur Bernard Carrière, s.j.Avril 12-19 D’une croix a jailli la lumière Richard Guimond, o.p.Mai 17-24 Élizabeth de la Trinité André-M.Syrard, o.s.m.Juin 07-14 « Où t’es-tu caché, Ami » ?avec Jean de la Croix Claude Mayer, o.m.i.15-22 L’Évangile de Jean Réginald Tardif, c.ss.r.Juillet 05-12 « Si tu savais le don de Dieu » Raymond Tremblay, c.ss.r.15-22 Rencontrer le Christ Jean Galot, s.j.24-31 Qui nous séparera de l’amour du Christ ?Martin Marier, p.s.s.Août 03-10 Prière de Jésus des Églises soeurs Lucien Coutu, c.s.c.d’Orient 11-18 Entrer dans le regard de Jésus André LeBlanc, o.p.19-26 La prière du coeur André-M.Syrard, o.s.m.Septembre 22-29 Connaissance savoureuse de Paul-Émile Vachon, Jésus s.m.Octobre 12-19 La Réalité pour Jésus, c’est quoi ?Roger Gauthier, o.m.i.Novembre 23-30 L’Évangile de Jean Réginald Tardif, c.ss.r.FRAIS : 50 $ à l’inscription 160$ à l’arrivée 310 SESSIONS A.La prière chrétienne profonde (méditation — oraison — contemplation) 1reétape: 8-10 nov.1991 2e étape : 27-29 mars 1992 Animatrice : Monique Gagné, o.s.u.Inscription avant le 25 octobre 1991 maximum 20 personnes B.Les femmes dans la Bible 16-18 octobre 1992 Animatrice : Monique Dumais, o.s.u.Inscription avant le 1er septembre 1992 maximum 25 personnes C.La spiritualité d’Angèle Mérici 24-26 janvier 1992 La spiritualité de Marie de l’Incarnation 24-26 avril 1992 Animation : une équipe d’Ursulines Inscription avant le 1er décembre 1991 Priorité accordée aux membres associés FRAIS: 10$ à l’inscription 70$ à l’arrivée Les activités débutent le soir du premier jour à 20h00 et se terminent avec le dîner du dernier jour.Si vous êtes obligés de prendre le souper précédant l’ouverture, veuillez avertir.1.Notre CENTRE est ouvert à TOUS pour une démarche spirituelle de groupe, de couple ou individuelle.2.Périodes de relâche : 23 déc.1991-7 janv.1992 19-24 avril 1992 26 août - 20 septembre 1992 20 décembre - 4 janvier 1993 3.Frais de séjour : 30$ par jour 70$ fin de semaine 175$ semaine 8$ repas additionnel 4.Inscription : La réceptionniste peut accepter votre inscription aux retraites et sessions (842-1421) RENSEIGNEMENTS : Soeur Cécile Dionne, o.s.u.20, rue des Ursulines, C.P.276 Loretteville (Québec) G2B 3W7 Tél.: (418) 842-4757 ou 842-1421 311 RETRAITES AU BUISSON ARDENT 1,2, 3 nov.1991 Évangélisation 2000 Roger 6, 7, 8 déc.1991 Avec Marie, c’est toute une vie Roger 20, 21,22 déc.1991 Un Noël chrétien, ça se prépare Roger 20, 21,22 mars 1992 Évangélisation 2000 Roger 15, 16, 17 mai 1992 Avec Marie, c’est toute une vie Roger INSCRIPTION ÉCRITE OBLIGATOIRE 10$ déduite du coût de 70$ tous/toutes.ETE 1992 21 au 27 juin 1992 Retraite d’intériorité Sem.d’intériorisation et de contemplation avec Jean l’Évangéliste.Tous/toutes Claire Dandurand, P.M 28 juin au 4 juil.92 Retraite intercommu- nautaire « Heureux celui/celle qui a un coeur de pauvre ».Rel./religieuses Léo Hébert, ofm 5 au 11 juil.1992 Récitatifs bibliques Rens.et inscription Louise Bisson, 2828, Iroquois Rock Forest, QC J1N 2X6 Tél.: (819) 565-8366 Tous /toutes Louise Bisson et son équipe 2 au 18 juil.1992 Retraite intercommu- nautaire La Trinité au coeur de nos vies.Religieux/ses et laïcs engagés/es François Carrière, ofm Cap.19 au 25 juil.1992 Retraite d’intériorité Dieu m’a donné de quoi rire, ou le salut.Tous/toutes Roger Poudrier, ofm 26 juil.au 1er août 92 Retraite Pour nourrir notre espérance, notre fidélité et notre prière.Tous/toutes René Bacon, ofm 2 au 8 août 1992 Retraite Pour vivre et célébrer dans la reconnaissance notre communion en J.-C.Rel./religieuses et laïcs engagés/es René Bacon, ofm 9 au 15 août 1992 Retraite d’intériorité Dieu m’a donné de quoi rire, ou le salut.Tous/toutes Roger Poudrier, ofm INSCRIPTION OBLIGATOIRE ÉCRITE de 25$ déduite du coût total de 200$ excepté pour « Récitatifs bibliques ».LES FRANCISCAINS 319, rue Queen, Lennoxville (Québec) J1M 1K8 Tél.: (819) 566-5877 312 _____ RETRAITE.Pour religieuses, religieux, prêtres, toutes personnes consacrées qui auraient le goût de relire toute leur histoire d’amour avec le Seigneur.Du dimanche soir le 9 août 1992 à 20h00 au vendredi le 14 août à 13h00.DESCRIPTION : C’est une chance que d’être choisi(e) par le Seigneur.Malheureusement, comme pour toutes choses, on s’habitue même à cette chance.Pour tous ceux et celles qui auraient le goût de redécouvrir le printemps de leur vocation, cette retraite en sera une merveilleuse occasion.On nous dit qu’on est jeune par son coeur.Venez donc vous replonger dans les ardeurs de votre première consécration.Retraite animée par Gilles Mathieu, prêtre du diocèse de St-Hyacinthe, spécialisé en spiritualité de l’Université grégorienne de Rome (Institut de spiritualité), chargé de cours à la Faculté de théologie de l’Université de Montréal ainsi qu’en Afrique.La Maison du Renouveau vous propose sans hésitation ce bon orateur et prédicateur qu’est Gilles Mathieu, ptre.Avec éloquence ; en un langage vivant et imagé, il sait nous faire aimer ce qu’il aime : La vie, Jésus-Christ, Marie et notre vocation.Nous communiquant une espérance nouvelle, il nous redonne la fierté de notre don à Dieu.Quelle joie de l’entendre.P.S.Les personnes qui désirent un temps d’arrêt privé et plus long peuvent arriver un ou deux jours avant.Il s’agit d’avertir d’avance en s’inscrivant.Inscriptions par téléphone ou en écrivant.Adresse et numéro de téléphone ci-dessous.Prix : 190,00$ MAISON DU RENOUVEAU 870, carré de Tracy est C.P.7127 Charlesbourg (Québec) G1G 5E1 Tél.: (418) 623-5597 il 313 RETRAITES 1992 22-28 mars « Marcher en présence de Dieu » : Prière et vigilance 12-18 juillet « Le Père m’a révélé son Fils pour que je l’annonce » : Révélation-Mission 19-25 juillet En toute occasion recourir à la prière Ph 4,11 26 juil.-1er août « La Sagesse a bâti sa Maison ».2-8 août Marie dans le Nouveau Testament 9-15 août « La dure et belle route vers l’Amour » 18-24 sept.Regard sur l’Eucharistie S.Thérèse Drolet, c.s.c.S.Thérèse Drolet, c.s.c.P.Lucien Pépin, o.m.i.P.Bruno Richard, s.m.m.S.Stella Bernier, f.d.I.s.P.Édouard Hamel, s.j.P.Claude Sumner, s.j.P.Alfred Ducharme, s.j.Ces retraites débutent à 20h00 le premier jour et se terminent à 15h00 le dernier jour.FRAIS : Inscription : 25$ (non remboursable) PENSION: 155$ AUTRES ACTIVITÉS 6-8 déc.1991 Préparation à Noël Mgr Paul-Émile Charbonneau FRAIS : Inscription et pension : 70$ 16-19 avril 1992 Jours Saints Mgr Paul-Émile Charbonneau FRAIS : Inscription et pension : 100$ ERMITAGE SAINTE-CROIX 21269, boul.Gouin ouest Pierrefonds (Québec) H9K 1C1 Tél.: (514) 626-6379 (S.Claire Lanthier, c.s.c., responsable) III 314 Mil lllipil:ï J jj|S 1 :Étlj||j RETRAITES 1992 MARS 22-29 Tout miser sur Dieu pour révéler l’Amour du Père aux autres dans la mission.Père Léo Hébert, o.f.m.AVRIL 3-10 Jésus Christ, Fils très aimé du Père Père Paul-Émile Vachon, s.m.AVRIL-MAI 26-3 « Si tu veux, viens, suis-moi.» Père René Pageau, c.s.v.MAI 4-11 L’amour est compatissant Soeur Ida Deschamps, r.s.r.MAI 24-31 Vivre le charisme de charité dans l’aujourd’hui de Dieu.Père Antoine Bugeaud, o.m.i.JUIN 7-14 « Si tu veux, viens, suis-moi.» Père René Pageau, c.s.v.JUIN 14-21 Vivre le charisme de charité dans l’aujourd’hui de Dieu.Père Antoine Bugeaud, o.m.i.OCTOBRE 3-10 Les Béatitudes Père Robert Choquette, c.s.c.MANOIR D’YOUVILLE île Saint-Bernard Châteauguay (Québec) J6J 4Z2 Tél.: 692-8291 (Soeur Suzanne Collette, sgm, directrice) RETRAITES 1991-1992 Correction: Les retraites débutent avec le souper (19h30) et se terminent avec le dîner (non pas : après le souper) de la dernière journée.SOEURS DE SAINTE-ANNE Résidence Ste-Geneviève 16115, boul.Gouin ouest Sainte-Geneviève (Québec) H9H 1C7 315 RETRAITES 1992 24-31 mars « Dis-moi, Ô Toi que mon coeur aime.» P.Jacques, o.cist.(moine de l’abbaye) 12-19 mai La quatrième prière eucharistique Jean Malo, s.s.s.20-27 mai « Nos Pères nous ont raconté » (Ps 44,2) Regard sur les saints de l’Ancien Testament.inspiration pour notre spiritualité.André LeBlanc, p.m.é.12-19 juin Jésus-Christ que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore (I Pierre 1,8) Pierre Michalon, p.s.s.9-16 juillet Devenir ami de Dieu P.Jacques, o.cist.(moine de l’abbaye) 21-28 juillet « Vous le verrez en Galilée ».Le quotidien transformé Marie-Paule Dion, laïque engagée 31 juill.au 7 août « Transfiguré devant eux ».La joie de la transfiguration Monique Gagné, o.s.u.17-24 août « Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous » Francis Demers, o.m.i.8-15 sept.Marie dans le mystère du Christ et de l’Église Jean-Luc Vannay, prêtre 22-29 sept.Redécouvrir le coeur de Dieu et notre vocation à l’Amour André Leblanc, o.p.30 sept, au 7 oct.« Une porte ouvrant sur la lumière, ta Parole » (première initiation à la Marc-Daniel, o.cist.(moine de l’abbaye) LECTIO DIVINA pour ceux et celles qui n’ont jamais suivi une retraite sur la LECTIO DIVINA à l’abbaye.) N.B.20-27 mai André LeBlanc, p.m.é.(prêtres des missions étrangères) 22-29 septembre André LeBlanc, o.p.(dominicain) 316 RENSEIGNEMENTS UTILES • Les retraites commencent le soir à 20h00, après l’office de Complies.• Pour mieux vous accueillir l’on propose que vous arriviez entre : 14h00-16h30 (VÊPRES à 16h50, SOUPER à 17h30) OU BIEN 18h00-19h30 (COMPLIES à 19h45, ENTRETIEN à 20h00) • La participation aux offices liturgiques fait partie intégrale de la retraite.• La retraite se vit en silence complet.• Les retraites se terminent au milieu de l’avant-midi du dernier jour afin de faciliter le départ par autobus qui s’arrête devant le monastère.• Les retraites à l’abbaye sont ouvertes à tous et à toutes.PRIX SUGGÉRÉ.• Chambre simple avec lavabo : 25$ par jour.• Chambre avec toilette et douche : 30 $ par jour.FRAIS D’INSCRIPTION.20 $ en faisant sa réservation.Celle-ci est assurée quand les frais d’inscription sont payés.• Chèques à l’ordre de ABBAYE CISTERCIENNE.POUR RENSEIGNEMENTS.INSCRIPTIONS.RÉSERVATIONS.• Par correspondance : ABBAYE CISTERCIENNE SECRÉTARIAT 471, rue Principale Rougemont (Québec) J0L1 MO • Par téléphone : (514)469-2551 HEURES: 10h00-11h20 14h00-16h30 18h30-19h20 Tables de l’année 1991 1.Auteurs et articles BARIL, Gilberte, o.p., Témoins de l’essentiel .31 BELLEFEUILLE, André, f.i.c., L'avant-garde est notre place .35 BERGERON, Chantal, a.m.j., Signe du Royaume et monde des jeunes.39 BOURDEAU, Gilles, o.f.m., Convictions et espérances.195 CAZA, Lorraine, c.n.d., Des voeux dans un Québec en mutation .283 COUTURE, André, m.s.c., Une vie de communauté « à la carte » .259 DEMERS, Jean-Paul, s.j., La solitude.86 DIONNE, Céline, o.s.u., Signe vivant .46 DUBÉ, Francine, La mission des communautés religieuses.106 DUCHARME, Alfred, s.j., La réconciliation .215 DUFORT, Jean-Marc, s.j., Pour un engagement évangélique : perspective d’avenir de la vie consacrée.168 FOURNIER, Norbert, c.s.v., Aux responsables de « l’éveil » vocationnel .97 GAGNON, Rémi, Un projet pertinent .50 GALOT, Jean, s.j., Le don de Dieu dans la vie consacrée.224 GUELLUY, Robert, ptre, Je crois en Dieu, mais le Dieu de Jésus-Christ Notre Seigneur.205 HOGAN, William F., c.s.c., Sens de l’internationalité .185 Les chapitres généraux .242 KALILOMBE, évêque, L’évangélisation et les religieux.178 Évangélisation et solidarité avec le monde .293 LAFOREST, Jacques, L’art de vieillir : l’estime de soi.156 LAROCHE, Yvon, r.s.v., Mon espérance face à notre avenir.18 LAVOIE, Madeleine, c.n.d., La qualité d’être .23 LECLERCQ, Jean, o.s.b., L’amitié et les amitiés dans la vie monastique .273 MATURA, Thaddée, o.f.m., Justice, paix, sauvegarde de la création selon la Bible .131 MOORE, Sebastian, o.s.b., Jésus et le désir humain .121 PAGEAU, René, c.s.c., Que l’amour se lève jusqu’au bout du rêve .2 RICHARD, A.-Marie, s.s.c.m., Mes rêves pour aujourd’hui et demain .27 ROY, Louis, o.p., La présence active de Dieu.305 SANSFAÇON, Lucie L, Pour venir à la rencontre de l’Armée de Marie .67 318 SANTANER, M.-Abdon, o.f.m.Cap., Enjeux actuels de la communication à l'intérieur des communautés religieuses.113 2.Sujets Aimer : se savoir aimé : 210 Amitié : dans la vie monastique : 273 ; sens et valeur : 273 ; se donner à tous : 274 et 275 ; obstacles : 275 ; sauvée par le Christ : 276 ; sa nature : 277 ; et amour : 278 ; privilégiée : 278 ; dans le Royaume : 278 ; son usage : 279 ; celle de Dieu pour nous : 280 ; variété de formes : 281 ; et détachement : 281 ; don de Dieu : 282 Amour: jusqu’au bout du rêve: 2; présence de l’amour : 231 ; don trini-taire : 234 Armée de Marie: à sa rencontre: 67; histoire: 69; comprendre de l’intérieur: 70; traits marquants du discours : 73 ; se laisser toucher au-delà du discours : 77 Audace : de notre rénovation : 32 Avant-garde : lieu de la vie religieuse : 31 Avenir : et partenariat : 22 Bibby: et sa conception d’une religion moderne « à la carte » : 259 Célibat consacré : notions : 175-178 Chapitres généraux: 242; diverses tensions : 234 ; fonctionnements nouveaux : 244 ; moyens utilisés : 246 Chasteté : Voir Voeux.Christ : Voir Jésus.Sa présence : 229 ; sequela Christi: 118; l’homme unanime : 276 ; spiritualité de son Incarnation : 296 Communautés religieuses: et leurs pâques successives: 10; et évolutions : 10 ; leur mission : 106 ; commu- nication à l’intérieur des: 113; Responsables de la Bonne nouvelle : 120 ; une communauté « À la carte » ?260 ; de l’engagement communautaire à la communauté de consommation ; 266 Communication : et vie religieuse : 113 Consécration : et soliltude : 91 ; Voir Vie consacrée; le don de Dieu dans la vie consacrée : 224 Conversion : chrétienne : 196 ; et option évangélique: 196 Convictions : et espérances ; 195 Création : sauvegarde de la création selon la Bible: 131; perspectives fondamentales : 132 ; bonté du créé : 133 ; toute sa réalité : 133 ; caractère historique, linéaire et eschatologique du créé : 134 ; « déjà et pas encore » : 134; coopérer à l’oeuvre de Dieu: 135 ; sa sauvegarde : 148 Culture: de l’exil culturel à l’exode évangélique : 198 Dieu: coopérer à son oeuvre: 135; de Jésus-Christ, Notre Seigneur : 205 ; et amour : 206 ; don de Dieu dans la vie consacrée : 224 ; souveraineté du don de Dieu : 226 ; préférence pour les pauvres : 293 ; sa présence active : 305 ; présent dans son acte de créateur; 305; présent dans son Fils incarné : 306 ; présent dans son Esprit Saint : 307 ; présent dans des médiations humaines : 308 Espérance : et renaissance : 21 ; témoins et artisans inventifs de : 200 Esprit : don de : 237 Estime: de soi: 156-157; et image corporelle : 158 Évangélisation: et libération: 20; et solidarité avec le monde: 293; et religieux: 178 Évangile : permanents de l’option évangélique et de la conversion chrétienne : 196 ; de l’exil culturel à l’exode évangélique: 198 319 Incarnation : spiritualité de l’Incarnation du Christ : 296 Initiation chrétienne: et la réconciliation : 215 Internationalité: son sens: 185; ses implications : 188 Jésus : et le désir humain : 121, le Dieu de Jésus-Christ, Notre Seigneur: 205 ; et la réconciliation : 219 ; don du Christ en son intimité : 225 Jeunes : et renouveau : 20 ; et leurs aspirations religieuses: 39; leur monde : 39 Justice : et paix et sauvegarde de la création selon la Bible : 131 ; analyse du terme: 136; de Dieu comme miséricorde: 137; de Dieu comme jugement: 139; de l’homme: 139; propositions bibliques : 153 Libération : et évangélisation : 20 Marie : Armée de : 67 Mission : et Pentecôte : 202 Monde : solidarité avec, pour témoigner du Royaume: 298; ne pas pactiser avec: 299; séparation pour les religieux : 299 Obéissance : Voir Voeux.Ouverture : et sensibilité : 33 Paix : et justice et sauvegarde de la création selon la Bible : 131 ; analyse du terme : 136,143 ; don de Dieu dans l’A.T.: 144 ; du Christ : 145 ; positions bibliques : 153 Pâques : successives des communautés religieuses : 10 Partage : et solidarité : 34 Partenariat : et avenir : 22 Pauvreté : et richesse : 178 ; exploitation sans merci : 179 ; voir Voeux ; Préférence de Dieu pour les pauvres : 293 ; religieux et solidarité avec les pauvres : 301 Pentecôte : et mission : 202 Perfectae caritatis : et Vatican II : 5 ; et supérieurs majeurs : 6 ; ses objectifs : 9 ; et attachement à l’Église : 28 Qualité d’être: nature: 23; et vie religieuse :23 Renaissance : et espérance : 21 Réconciliation : et la difficile initiation chrétienne : 215 ; au début de l’Église : 216; évolution de la pratique; 217; me garde dans la vérité de mon être : 218 ; me fait participer au sacrifice du Christ: 219; me rend conscient de l’amour personnel du Christ: 219; solidarité ecclésiale; 220; forces nouvelles pour vivre ma foi :221 ;dans ma vie : 221 Religieux: et l’évangélisation: 178; et pauvreté : 178 ; et richesse : 178 ; messagers de la Bonne Nouvelle: 182 ; et solidarité avec les pauvres : 301 Religion : « à la carte » : 260 ; divers groupes : 262 ; nouvelles religions : 263; moderne et consommation: 265 ; selon Bibby : 260 Renouveau : et jeunes : 20 ; dans l’audace : 32 Rêves: mes rêves pour aujourd’hui et demain ; 27 Royaume : signifié par vie religieuse : 39 ; et monde des jeunes : 39 ; les consacrés comme signes du : 41 ; signes éclatants du: 43; témoins du Royaume par la solidarité avec le monde : 298 Sensibilité : et ouverture : 33 Sequela Christi : 118 ; exigence particulière : 118 Signe; Vie religieuse comme signe vivant : 46 320 Solidarité: et partage: 34; avec le monde et évangélisation : 293 ; avec le monde pour témoigner: 298; religieux et solidarité avec les pauvres : 301 ; modes de solidarité avec les pauvres : 302 Solitude: humaine: 86; quelques illustrations : 89 ; orientée mais non supprimée : 90 ; des consacrés : 91 ; le grand solitaire : 95 Spiritualité: de l’Incarnation du Christ: 296 Stabilité : dans la vie religieuse : 32 Témoins : de l'essentiel : 35 ; nécessité : 108; où témoigner?: 108; comment témoigner: 109; conditions de réussite: 110; de l’espérance: 200; du Royaume par solidarité avec le monde : 298 Trinité; don trinitaire : 234; le don du Père : 234 ; le don de l’Esprit : 237 Vie consacrée : perspectives d’avenir : 168; un défi à l’espérance: 169; éléments essentiels : 170-172 ; entrevoir l’avenir: 173; et sexualité: 175-177 Vie monastique: l’amitié et les amitiés dans la : 273 Vie religieuse : diverses évolutions : 10-14 ; dans les prochaines années : 15 ; sacrifice et expansion : 18 ; espérance face à l’avenir: 18; chemin et don: 19; et évangélisation : 20 ; et avant-garde : 31 ; et stabilité : 32 ; et audace : 32 ; et ouverture : 33 ; et sensibilité : 33; et solidarité: 34; témoin de l’essentiel : 35 ; et signe du Royaume : 39; et Monde des jeunes: 39; les consacrés comme signes du Royaume: 41 ; Signe vivant: 46; un projet pertinent: 50; pertinence sociale et politique; 52; et témoignage : 35, 108, 109 Vocation : aux responsables de « l’Éveil vocationnel » : 97; son éveil, pas seulement prière ni propagande : 99 ; et projets dynamiques et interpellants: 100; engagement des autres religieux: 101 ; relations interpersonnelles indispensables: 103; illusions à éviter : 104 Voeux : dans un Québec en mutation : 283; de pauvreté: 285; d’obéissance : 286 ; de chasteté : 289 w.• ./'¦• «gB& 'v:- - S\ f'V#, 5750, boulevard Rosemont Montréal, Québec, Canada H1T 2H2 la vie des communautés religieuses
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