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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Mars-Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • En son nom
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Références

La vie des communautés religieuses /, 1987-03, Collections de BAnQ.

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'to r » 1 " ., « ! ‘ v£i[f;:< mars-avril 1987 » i, ¦P des communautés religieuses La vie des communautés religieuses Directeur : Laurent Boisvert, o.f.m Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m.René Baril, o.f.m.Pierre Bisailion, o.f.m.Laurent Boisvert, o.f.m Secrétariat : Liliane Caron r.s.r.Rédaction et administration : La vie des communautés religieuses 5750 boulevard Rosemont Montréal, Canada H1T 2H2 Tél.: 259-691 1 Courrier de la deuxième classe Enregistrement n° 0828 Composition: Graphiti Impression: L'Éclaireur Ltée La revue paraît cinq fois par an Abonnement: de surface: 1 0,00$ (55 FF) (350 FB) par avion: 1 3,50 $ (75 FF) (475 FB) Sommaire Vol.45 — mars-avril 1987 René Voillaume, La conversion et la vocation de Charles de Foucauld 67-87 Agnès Cunningham, s.s.c.m., La primauté de l'amour en communauté: un éclairage de l'Église primitive 88-104 À l'occasion du centième anniversaire de la conversion et de la vocation de Charles de Foucauld, l'A.présente d'abord les aspects principaux de cette conversion : miséricorde divine, courage et ascèse personnels, purification morale, multiples grâces.Il précise ensuite le rôle déterminant de Marie de Bondy et celui de l'abbé Huvelin dans le cheminement spirituel de Charles de Foucauld.Ce dernier vit ses dernières années dans une union exceptionnelle avec Dieu.L'expression « un cœur et une âme» traduit bien l'idéal de la communauté chrétienne primitive que les religieux et religieuses continuent de poursuivre selon une forme de vie particulière.Que dit la Règle de saint Augustin sur la vie en communauté?C'est ce que l'A.explicite dans un premier temps.Elle précise ensuite les implications théologiques de la primauté de l'amour en communauté, cet amour étant au cœur de tout renouveau et de toute adaptation.65 Louise Gosselin, La route et le maître ; la maison et le charpentier 105-113 Estelle Tardif, s.g.m., La glorieuse Vierge Marie et Mère d'Youville 114-121 L'érémitisme à court, moyen ou long terme répond à un large besoin actuel.L'important quand on se retire au désert est de rechercher le Maître, non de poursuivre un but ascétique.Toutefois on ne peut vivre au désert sans s'aimer, sans ce désir de grandir, de s'accomplir.Point de départ plus que d'arrivée, l'ermitage est d'ordinaire un lieu modeste qui, graduellement, devient lieu de la Présence.Se rappelant que le geste parle plus fort que la parole, l'A.reconstitue l'itinéraire marial de Mère d'Youville à partir du milieu social de la jeune colonie du 18esiècle, en considérant aussi sa vie conjugale malheureuse et son entrée dans l'archicon-frérie de la Sainte-Famille, en tenant compte enfin des gestes significatifs posés par Marguerite d'Youville dans les moments particulièrement graves de sa vie.66 La conversion et la vocation de Charles de Foucauld René Voillaume * Voici cent ans, un jeune homme en quête de Dieu est venu trouver un prêtre dans un confessionnal.Il confessa les fautes et les égarements de sa vie, reçut l'absolution et, sur l'ordre de ce prêtre, alla recevoir sur-le-champ la sainte communion.En quoi un tel événement peut-il faire l'objet d'une célébration après cent années écoulées?On pourrait d'autant plus s'en étonner que de cet événement, nous savons bien peu de choses.Combien de dizaines, de centaines, de milliers de conversions semblables ne se sont-elles pas déroulées, confortées par l'absolution sacramentelle, dans le secret des confessionnaux de nos églises ! Comme à Ars et partout à travers le monde dans toutes les langues, comme à Lourdes où les miracles de guérison des corps ne sont, comme au temps du Christ, que le signe des miracles de guérisons morales et spirituelles autrement plus grandes par leurs répercussions parfois éternelles.Celles-ci sont autant de secrets connus du Christ seul et de celui qui a été l'objet d'une telle grâce.Il ne nous est pas permis, par respect de la vérité et par respect de la nature indicible de l'action de Dieu dans une âme, d'imaginer quoi que ce soit du contenu de la confession de Charles de Foucauld.Nous en savons donc seulement ce qu'il s'en exprimera à lui-même, au cours d'une méditation de retraite à Nazareth, en novembre 1 897.Ce texte n'était pas destiné à être lu, par personne.Car frère Charles s'adresse à Jésus dans des sentiments d'immense gratitude pour toutes les grâces qui l'ont conduit de l'incroyance à * Cépie — 71300 Limoux.France.67 la foi, d’une vie désordonnée à une vie chaste et plus pauvre, de l'éloignement de la religion de son enfance à la vie sacramentelle retrouvée, et enfin de la tristesse, de l'obscurité et du doute à la joie d'avoir retrouvé la Voie, la Vérité, la Vie.I.Aspects de sa conversion Avant de nous demander ce que pourrait signifier pour chacun de nous ce début de la célébration de ce qui se déroula dans le confessionnal de cette église, ne conviendrait-il pas que nous lisions ensemble, dans le recueillement, ce qu’en écrivit Charles de Foucauld lui-même, avec une sincérité d'autant plus pure qu'il croyait alors ne s'adresser qu'à Dieu seul ?Il ne pouvait prévoir que la Providence permettrait que ces feuillets intimes, qui ne nous étaient pas plus destinés qu'à aucun autre, parviennent intacts jusqu'à nous.Depuis que le secret de ces confidences fut dévoilé au public par René Bazin, d'abord en 1921, dans sa « Vie de Charles de Foucauld», puis deux ans plus tard, dans les « Écrits spirituels», combien de fois n'ai-je pas lu et relu ces pages, en me disant qu'une grande grâce avait été donnée ce jour-là à Charles de Foucauld, grâce qui devait couvrir sa vie entière.René Bazin ressentit la même impression qu'il exprime dans sa préface: « J'ai parcouru un nombre immense de feuillets, écrits par Charles de Foucauld, dans l'intervalle qui sépara la conversion de la mort, et je n'ai rien trouvé que de parfaitement pur.Tous les brandons de l'ancien feu étaient morts.Phénomène singulier, qui porte à croire que l'officier de chasseurs d'Afrique, le jour où il entra inopinément dans le confessionnal de l'abbé Huvelin, à Saint-Augustin, fut l'objet d'une grâce extraordinaire.Je n'ai pas l'autorité qu'il faudrait pour en juger, mais je suis sûr que beaucoup de lecteurs ont eu la pensée que j'indique ici.» Écrits spirituels, préface p.VIII Miséricordes de Dieu Ce qui frappe à la lecture de cette confession, c'est que loin de s'appesantir sur ses fautes, ses errements, ceux-ci lui apparaissent 68 comme ayant été des occasions pour les miséricordes de Dieu de se manifester.«Y en a-t-il, mon Dieu, des miséricordes! Miséricordes d'hier, d'aujourd'hui, de tous les instants de ma vie, d'avant ma naissance, et d avant les temps ! J'y suis noyé, j'en suis inondé, elles me couvrent et m enveloppent de toute part.Ah ! mon Dieu, nous avons tous à chanter vos miséricordes.» Écrits spirituels, p.74 Et puis après avoir énuméré tous les bienfaits qu'il reçut durant son enfance, de sa mère, de son grand-père, de sa famille, il ajoute : « Mais, malgré tout cela, hélas ! je m'éloignais, je m'éloignais de plus en plus de vous, mon Seigneur et ma vie, .et aussi ma vie commençait à être une mort, ou plutôt c'était déjà une mort à vos yeux.Et, dans cet état de mort, vous me conserviez encore; vous conserviez dans mon âme les souvenirs du passé, l'estime du bien, I attachement dormant comme un feu sous la cendre, mais existant toujours, à certaines belles et pieuses âmes, le respect de la religion catholique et des religieux; toute foi avait disparu, mais le respect et I estime étaient demeurés intacts.Vous me faisiez d'autres grâces, mon Dieu, vous me conserviez le goût de l'étude, des lectures sérieuses, des belles choses, le dégoût du vice et de la laideur.Je faisais le mal, mais je ne l'approuvais ni ne l'aimais.Vous me faisiez sentir un vide douloureux, une tristesse, que je n'ai jamais éprouvée qu'alors; .elle me revenait chaque soir, lorsque je me trouvais seul dans mon appartement.elle me tenait muet et accablé pendant ce qu'on appelle les fêtes: je les organisais, mais le moment venu je les passais dans un mutisme, un dégoût, un ennui infinis.Vous me donniez cette inquiétude vague d'une conscience mauvaise, qui, tout endormie qu'elle est, n'est pas tout à fait morte.Je n'ai jamais senti cette tristesse, ce malaise, cette inquiétude qu'alors, mon Dieu, c'était donc un don de vous.comme j'étais loin de m'en douter I.» Écrits spirituels, p.76 Et de rappeler combien de fois il fut préservé d'une mort accidentelle, accidents de cheval, duels empêchés, périls en expédition, dangers en voyage, 69 «si grands et si multipliés, dont vous m'avez fait sortir comme par miracle! Cette santé inaltérable dans les lieux les plus malsains, malgré de si grandes fatigues !.Oh ! mon Dieu, comme vous aviez la main sur moi, et comme je la sentais peu ! » Écrits spirituels, p.77 Courage et ascèse Sans qu'il le veuille, une telle confession laisse apparaître un trait de son caractère qui est le courage, le courage physique, l'absence de peurs, le besoin d'aller jusqu'au bout de l'effort, du don, du renoncement physique.René Bazin, son contemporain, qui eut le privilège de pouvoir interroger des témoins directs de la vie de Charles de Foucauld, nous dit la même chose.Il écrit dans sa préface aux « Écrits spirituels» : «Plusieurs de ses parents, de ses camarades, de ses amis, m'ont raconté que jamais l'enfant, l'officier, le trappiste, l'ermite n'eut peur.» Écrits spirituels, préface p.IX On comprend dès lors que Charles de Foucauld trouve naturel d'écrire : « C'est une des choses que nous devons absolument à Notre Seigneur de n'avoir jamais peur de rien.» Écrits spirituels, p.37 Ce trait de caractère explique pourquoi il sentait comme une obligation d'aller simplement, comme naturellement, dans le chemin de l'ascèse et du renoncement jusqu'au bout de sa résistance physique.Ce n'était pas pour lui excès ou recherche de l'exploit spirituel, mais simplement logique de l'amour.Pouvait-il moins faire pour l'amour de Jésus qu'il n'avait fait durant son expédition à travers le Maroc, expédition qu'il avait faite « pour son plaisir» — suivant ses propres paroles.C'est ce qu'il écrira un jour à Mgr Guérin pour justifier ce qui apparaissait aux autres comme un excès déraisonnable d'austérité dans sa vie quotidienne.70 Purification morale Mais reprenons la lecture de la confession du frère Charles.Celui-ci va maintenant noter une période de sa vie marquée par une préparation plus directe de la rencontre avec le Christ.Il y a d'abord une sorte de purification morale, qui doit correspondre à la période qui suivit celle des renoncements qu'il fut obligé de s'imposer pour aller jusqu'au bout de son exploration du Maroc.«Mon cœur et mon esprit restaient loin de vous, mais je vivais pourtant dans une atmosphère moins viciée ; ce n'était pas la lumière ni le bien, il s'en faut; .mais ce n'était plus une fange aussi profonde, ni un mal aussi odieux.la place se déblayait peu à peu; .l'eau du déluge couvrait encore la terre, mais elle baissait de plus en plus, et la pluie ne tombait plus.vous aviez brisé les obstacles, assoupli l'âme, préparé la terre en brûlant les épines et les buissons.Par la force des choses, vous m'obligeâtes à être chaste, et bientôt, m'ayant à la fin de l'hiver 1886, ramené dans ma famille, à Paris, la chasteté me devint une douceur et un besoin du cœur.C'est vous qui fîtes cela, mon Dieu, vous seul ; je n'y étais pour rien, hélas ! » Écrits spirituels p.77-78 De quoi Charles parle-t-il ici?Il convient, me semble-t-il, de noter une erreur de date: il ne saurait s'agir de la fin de l'hiver 1 886, qui suivit sa conversion, mais de la fin de l'hiver 1 885 qui la précéda.Il venait alors probablement pour la première fois de ressentir les sentiments d'un amour très pur pour une jeune femme, Marie-Marguerite Titre.Il l'avait rencontrée à Alger et s'était moralement engagé envers elle en la demandant en mariage à son père.Ayant quitté Alger et de retour à Paris, fin mai 1885, Charles est contraint, sous la pression de sa famille, de rompre ses fiançailles.Cette décision prise en juillet 1 885 lui fut profondément douloureuse et il en ressortira meurtri.Il souffre au point d'éprouver le besoin de se retirer à l'écart de sa famille « fatigué en raison de contrariétés personnelles», comme il l'écrira à son beau-frère.71 Influence de sa cousine Cependant cette épreuve le prépare à accepter une autre influence, celle de sa famille et particulièrement l'influence de Marie de Bondy, sa cousine.« .voyant ma faiblesse et combien seul j'étais peu capable de garder mon âme pure, vous avez établi pour la garder un bon gardien, si fort et si doux que non seulement il ne laissait pas la moindre entrée au démon de l'impureté, mais qu'il me faisait un besoin, une douceur, des délices de la chasteté.Vous m'aviez ramené dans cette famille, objet de l'attachement passionné de mes jeunes années, de mon enfance.J'y vivais dans un tel air de vertu que ma vie revenait à vue d'oeil, c'était le printemps rendant la vie à la terre après l'hiver.Vous aviez chassé le mal de mon cœur; mon bon ange y avait repris sa place, et vous lui aviez joint un ange terrestre.» Écrits spirituels, p.78-79-80 « Un ange terrestre», c'est donc ainsi qu'il désigne sa cousine Marie de Bondy.On ne saurait trop souligner le rôle décisif qu'elle fut amenée à jouer dans la conversion de son cousin Charles.Quinze ans plus tard, tout est encore présent à la mémoire de celui-ci et à son cœur.Le 28 avril 1901, un mois après son ordination au diaconat et quelques semaines avant d'être ordonné prêtre le 9 juin suivant, il lui écrit : «Puisque le bon Dieu vous a fait le premier instrument de ses miséricordes à mon égard, c'est de vous qu'elles découlent toutes: si vous ne m'aviez pas converti, ramené à Jésus, appris petit à petit, comme mot à mot, ce qui est pieux et bon, en serais-je là aujourd'hui ?» Lettres à Mme de Bondy, p.83 Rien ne saurait être plus clair: sa conversion, sa vocation, son sacerdoce sont des grâces qu'il doit à sa cousine.Ce disant, il ne se laisse pas entraîner à des exagérations sentimentales.Les faits sont là et il convient de découvrir comment et par quels moyens Marie de Bondy put exercer une telle influence, et aussi décisive et permanente, sur la vie de Charles de Foucauld.Lui-même s'en explique: il s'agit du rayonnement silencieux, plein de respect et d'affection, de sa vie chrétienne.72 Deux ans après sa conversion, le 20 septembre 1888, il le lui écrira.Dans cette lettre, il fait allusion à une incartade à laquelle il s'était livré en février 1879, alors qu’il était élève à l'école de cavalerie de Saumur.Étant aux arrêts, il s'était évadé de l'école, déguisé en plombier et muni d'une fausse barbe, ce qui lui avait valu d'être arrêté à Tours par des gendarmes.Sa tante Moitessier avait très mal pris la chose.Voici donc ce qu'il écrit à Marie de Bondy dans cette lettre de septembre 1 888 : « Il y a vingt ans maintenant que vous m'écrivez et que je vous écris, avez-vous jamais cessé d'être bonne pour moi, et pourtant quelles raisons vous aviez de me laisser de côté! Quand, à Saumur, je me suis fait arrêter à Tours par des gendarmes, ma tante, (Mme Moitessier), m'a fait du mal avec de bonnes intentions, mais vous, vous m'avez écrit une lettre qui m'a fait du bien, qui m'a ému à un âge où j'étais difficile à émouvoir et a contribué plus qu'autre chose à me faire revenir à ma tante.En revenant du Maroc, je ne valais pas mieux que quelques années avant et mon premier séjour à Alger n'avait été plein que de mal, vous avez été si bienveillante au Tuquet que je me suis repris à voir et à respecter le bien oublié depuis dix ans.Et depuis, quel bien ai-je reçu que je n'aie reçu par vous?Qui m'a ramené au bon Dieu?Qui m'a donné à M.l'abbé?Le premier livre religieux que j'ai relu, vous me l'aviez donné, c'est vous qui m'avez conduit à la Trappe; vous m'avez fait connaître, par son image sur votre table, le coeur de Notre Seigneur, par le nom de Magdeleine, ma patronne.» Lettres à Mme de Bondy, p.23 Multiples grâces Revenons au texte de sa confession.Nous comprenons mieux maintenant ce qu'il va nous dire : « Et quelles grâces intérieures ! ce besoin de solitude, de recueillement, de pieuses lectures, ce besoin d'aller dans vos églises, moi qui ne croyais pas en vous, ce trouble de l'âme, cette angoisse, cette recherche de la vérité, cette prière : « Mon Dieu, si vous existez, faites-le moi connaître!» Tout cela, c'était votre oeuvre, mon Dieu, votre œuvre à vous seul.Une belle âme vous secondait, mais par son silence, sa douceur, sa bonté, sa perfection; elle se laissait voir, elle était bonne et répandait son parfum attirant, mais elle n'agissait pas.73 Vous, mon Jésus, mon Sauveur, vous faisiez tout au-dedans comme au-dehors ! Vous m'aviez attiré à la vertu par la beauté d'une âme en qui la vertu m'avait paru si belle, qu'elle avait irrévocablement ravi mon cœur.Vous m'attirâtes à la vérité, par la beauté de cette même âme.Vous me fîtes alors quatre grâces : la première fut de m'inspirer cette pensée : puisque cette âme est si intelligente, la religion qu'elle croit si fermement ne saurait être une folie comme je le pense.La deuxième fut de m'inspirer cette autre pensée: puisque la religion n'est pas une folie, peut-être la vérité, qui n'est sur la terre dans aucune autre, ni dans aucun système philosophique, est-elle là?La troisième fut de me dire: étudions donc cette religion: prenons un professeur de religion catholique, un prêtre instruit, et voyons ce qu'il en est, et s'il faut croire ce qu'elle dit.La quatrième fut la grâce incomparable de m'adresser pour avoir ces leçons de religion, à M.Huvelin.En me faisant entrer dans son confessionnal, un des derniers jours d'octobre, entre le 27 et le 30, je pense, vous m'avez donné tous les biens, mon Dieu : s'il y a de la joie dans le ciel à la vue d'un pécheur se convertissant, il y en a eu quand je suis entré dans ce confessionnal !.Quel jour béni, quel jour de bénédiction !.Et depuis ce jour, toute ma vie n'a été qu'un enchaînement de bénédictions! Vous m'avez mis sous les ailes de ce saint, et j'y suis resté.Vous m'avez porté par ses mains, et ce n'a été que grâces sur grâces.Je demandais des leçons de religion: il me fit mettre à genoux et me fit me confesser, et m'envoya communier séance tenante.Je ne puis m'empêcher de pleurer en y pensant, et ne veux pas empêcher ces larmes de couler, elles sont trop justes, mon Dieu ! ».Écrits spirituels, p.81 -82 Voilà donc ce que frère Charles écrivait à Nazareth, à propos de l'événement que nous célébrons aujourd'hui, au cours de sa retraite, en novembre 1897.Onze ans après, cet événement était présent à sa mémoire et à son cœur, car il continuait en vérité à vivre des grâces reçues ce jour-là.D'année en année, il n'a jamais cessé de célébrer cet anniversaire qui continuait d'être pour lui l'occasion d'une action de grâces ininterrompue.74 Rappels d'un anniversaire Jusqu’à la mort de l'abbé Huvelin, en 1910, chaque année, vers le mois d'octobre, le frère Charles ne manquera pas de rappeler à son directeur cet anniversaire.Je ne résiste pas au désir de vous citer ici quelques passages des lettres de Charles de Foucauld à M.Huvelin.Le 16 septembre 1891, cinq ans après, il écrit : « Que n'avez-vous pas été pour moi et dans ces premiers temps de ma conversion, et pendant les années qui ont suivi et toujours ?Si je dois me rappeler que j'ai un Père dans le ciel je sais aussi que j'ai un père sur la terre.» 1 Et le 1 5 octobre 1 898 : « Il y a une chose qui me ramène particulièrement à vous en ce mois d'octobre, et aussi à elle.C'est tout à fait dans les derniers jours d'octobre, le 29 ou le 30, vers l'époque où vous recevrez cette lettre, que je me suis, il y a douze ans, présenté pour la première fois à votre confessionnal, que vous m'avez rendu au bon Dieu, que vous m'avez envoyé communier, que vous êtes devenu mon père ! Priez bien pour moi en ce temps qui me met tellement près de vous, et avec tant d'émotion ! .Quel besoin j'avais que le bon Dieu me donne vous pour père, et qu'il est bon de m'avoir fait ce don ! » 2 Et cinq ans plus tard, le 30 octobre 1903, Charles a été ordonné prêtre et il est à Béni-Abbès : « Ces derniers jours d'octobre me remplissent chaque année d'émotion et de reconnaissance : c'est à pareille époque, il y a 17 ans, que vous me reconciliiez avec le bon Dieu, que vous m'envoyiez à la Sainte Table, que vous m'étiez donné par Jésus pour père, pour son représentant.»3 1.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.19.2.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.89.3.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.215.75 Et deux ans plus tard, en 1905, toujours la même fidélité à se souvenir et à remercier: «Voici cette fin d'octobre qui vient me rappeler les grâces de Dieu et comment le bon Pasteur m'a, par vous, ramené à lui.19 ans à la fin de ce mois.»4 Et l'année suivante, il se répète: «.vingt ans que vous êtes mon père.Que de grâces de Dieu depuis ce temps.»5 À Tamanrasset, le 17 septembre 1907, il ne se lasse pas de célébrer cet anniversaire : «.vers l'époque où vous recevrez ceci, il y aura 21 ans que vous m'aurez rendu au bon Dieu.C'est une date chère et bénie, renouvelant ma reconnaissance et mon amour envers Jésus et envers vous.»6 Et quelques mois plus tard, le 1 er janvier 1 908, il ajoute : « Plus de 21 ans que vous m'avez rendu à Jésus et que vous êtes mon père ; près de 1 8 ans que je suis entré au couvent ; dans la 50e année de mon âge: quelle moisson je devrais avoir et pour moi et pour les autres ! et au lieu de cela, moi la misère, le dénuement, et aux autres pas le moindre bien.»7 « Pas le moindre bien» ! Et pourtant, si nous sommes réunis ici ce soir, nous le devons bien à la réponse que Charles de Foucauld a donnée à Dieu dans le confessionnal de l'abbé Huvelin.La moisson qui lui échappait à Tamanrasset devait mûrir en d'autres temps et en d'autres lieux.Frère Charles, arrivé à la cinquantaine et à huit ans seulement de sa mort, ne pouvait entrevoir cette mission.4.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.240.5.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.263.6.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.273.7.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.280.76 Si je me suis permis de citer aussi longuement des textes de lui, c'est d'abord par respect, pour lui laisser la parole et le rendre présent parmi nous.C'est aussi pour nous permettre, après avoir ainsi écouté ce qui fut un secret entre Dieu et lui, de mieux comprendre à quelle mission Dieu le destinait, de quel message il le chargerait pour nous.S'il est vrai, comme il l'affirmera un jour lui-même que sa vocation religieuse datait de l'instant même de sa conversion, il nous est bon d'essayer de percevoir la nature des grâces qu'il reçut à ce moment-là.II.Rôle de Marie de Bondy On ne peut qu'être frappé par la manière dont Charles de Foucauld décrit le rôle joué par sa cousine dans sa conversion à la lecture de la lettre qu'il lui adressera le 20 septembre 1888, cinq jours après l'avoir quittée pour entrer à la Trappe de Notre-Dame des Neiges, lettre dont je vous ai lu un passage.Pour Charles, c'est clair, c'est à sa cousine qu'il doit tout: c'est elle qui l'a ramené à Dieu, c'est elle qui l'a conduit à l'abbé Huvelin.Si tout fut grâce et prévenance divine, les deux instruments dont Dieu se servit furent Marie de Bondy et l'abbé Huvelin.Or, l'influence de Marie sur son cousin fut d'autant plus efficace qu'elle fut silencieuse, au dire même de Charles.« Une belle âme vous secondait, mais par son silence.elle se laissait voir, elle était bonne et répandait son parfum attirant, mais elle n'agissait pas.» Écrits spirituels, p.81 C'est donc à travers le rayonnement silencieux de la personnalité chrétienne de sa cousine, que Dieu fit découvrir à Charles, l'existence d'une beauté morale et d'une vérité en matière de religion.Il est permis de penser que cette expérience contribua à lui faire découvrir que le témoignage silencieux d'une vie peut devenir un chemin d'évangélisation.Et c'est à une telle vie qu'il se sentira plus tard appelé.Comment aurait-il pu ne pas avoir devant les yeux l'exemple que lui donnait sa cousine lorsqu'il écrivait: 77 «On fait du bien, non dans la mesure de ce qu'on dit et de ce qu'on fait, mais dans la mesure de ce qu'on est.» Œuvres spirituelles, p.489 Comment la vénération qu'il avait pour elle ne l'aurait-elle pas porté à imiter son exemple, en concevant sa vocation comme un appel à « crier l'Évangile par sa vie» ?Il en sera de même pour ses fraternités, ces Petits Frères du Sacré Cœur dont il rêvait et qu'il attendait.Ne les concevait-il pas comme destinés à rayonner la charité du Christ, à témoigner de leur vie de foi et de prière, dans le silence, préparant ainsi les voies à la prédication ouverte de l'Évangile ?Certes, le milieu dans lequel Charles de Foucauld fut appelé à vivre, milieu constitué par des populations musulmanes, ne pouvait accepter d'autre présence du christianisme que silencieuse.Cependant l'attrait du frère Charles pour cette vie va bien au-delà.Qui peut arrêter le rayonnement de l'amour, le rayonnement de la foi, lorsque ce rayonnement est celui d'une présence humaine ?Frère Charles concevra la vie de Jésus à Nazareth, comme un prolongement de la présence vivante de Jésus caché dans le sein de sa mère, agissant invisiblement, lorsque, transporté par Marie, il visitait d'une manière invisible ceux que sa mère visitait avec toute la douce présence de sa charité.Frère Charles se sentit toujours attiré par ce mystère de Marie enceinte en visite chez sa cousine, mystère que la tradition chrétienne appellera de ce beau mot de «Visitation».Charles de Foucauld, dans une méditation sur ce mystère, donne la parole à Jésus : «Travaillez à la sanctification du monde, travaillez-y comme ma mère, sans parole, en silence; allez établir vos pieuses retraites au milieu de ceux qui m'ignorent; portez-moi parmi eux en y établissant un autel, un tabernacle et portez-y l'Évangile non en le prêchant de bouche, mais en le prêchant d'exemple, non en l'annonçant mais en le vivant : 78 sanctifiez le monde, apportez-moi au monde, âmes pieuses, âmes cachées et silencieuses, comme Marie m'a porté à Jean.» Écrits spirituels, p.1 29 Et lorsque plus tard au Hoggar, il aura pleinement assumé la responsabilité de l'évangélisation des populations touaregs, et alors qu'il désire des successeurs, qu'il attend des prêtres, des évangélisateurs au plein sens du terme, il affirmera le besoin d'une présence de laïcs chrétiens.« Il faudrait, écrit-il en 1906, des chrétiens comme Priscille et Aquila, faisant le bien en silence;.en relations avec tous, ils se feraient estimer et aimer de tous, et feraient du bien à tous.» Écrits spirituels, p.254 Parmi eux, frère Charles voyait de petits commerçants, des agriculteurs et il savait par expérience le bien que pouvaient faire des administrateurs et des officiers chrétiens.On sait, je ne puis que le rappeler ici, comment ce projet connut un début de réalisation dans cette association destinée à des laïcs et qu’il appelait: «l'Union des frères et soeurs du Sacré Cœur».Il en rédigea les statuts et il composa pour ses membres un «Directoire», véritable règle de vie pour des chrétiens appelés à prendre conscience du devoir de l'évangélisation qui leur incombe.Grâces de l'agenouillement Cependant, ce rayonnement, cette influence décisive exercée par Marie de Bondy sur le cœur de Charles, était un acheminement vers d'autres grâces, grâces qui lui furent accordées, semble-t-il, au moment même où il consentit à s'agenouiller dans le confessionnal de l'abbé Huvelin.Il était venu pour consulter, pour étudier, se faire instruire et il attendait debout la réponse de l'abbé.Or cette réponse fut tout autre que celle qu'il attendait: «Mettez-vous à genoux et confessez-vous».C'est en un instant, en quelques secondes que Charles dut se décider.Qu'en serait-il advenu de lui, de sa vie à venir, s'il avait persisté à demander d'être enseigné?79 «Je demandais des leçons de religion : il me fit mettre à genoux et me fit me confesser, et m'envoya communier séance tenante.Je ne puis m'empêcher de pleurer en y pensant.» Écrits spirituels, p.82 Cet instant précis fut celui où sa vie se retourna d’un coup, si l'on peut dire.Il en était venu depuis quelque temps à chercher la Vérité.Et comment trouver une vérité sinon au terme d'une recherche intellectuelle?Il la chercha donc, cette vérité, dans la lecture des philosophes païens où, dit-il, il ne trouva que « le vide, le dégoût.» Il avait même cherché durant un temps à connaître la religion musulmane et s'était mis à lire le Coran.«Vous me fîtes alors tomber sous les yeux quelques pages d'un livre chrétien, et vous m'en fîtes sentir la chaleur et la beauté.Vous me fîtes entrevoir que je trouverais peut-être là, sinon la vérité (je ne croyais pas que les hommes pussent la connaître), du moins des enseignements de vertu toute païenne dans des livres chrétiens.» Écrits spirituels, p.79 Alors se pose pour Charles de Foucauld cette ultime question : «Puisque la religion n'est pas une folie, peut-être la vérité est-elle là ?» — « Prenons un professeur de religion.voyons ce qu'il en est, et s'il faut croire ce qu'elle dit.» Écrits spirituels, p.81 Oui, c'était à sa raison de décider s'il fallait croire.Et au lieu de cela, voici qu'on lui demande de tomber à genoux, de s'humilier devant un Dieu qu'il ne connaît pas et de s'abandonner à sa miséricorde.Le voici mis en demeure de sortir de l'impasse de la raison qui croit pouvoir décider de la vérité des mystères de Dieu et d'entrer, d'un coup, dans l'humilité d'un pécheur qui s'abandonne entre les bras de Dieu.Si Charles se met à genoux et se confesse, c'est qu'il renonce à chercher par sa raison, qu'il renonce à son propre jugement.Alors il est envahi par la clarté de la foi, et il croit comme un enfant.J'emploie à dessein ce mot d'enfant car, à la vérité, à partir de cette heure il se comporte vis-à-vis de Dieu comme un enfant.Aux yeux du monde, il n'est pas changé, mais 80 son langage, son style même quand il s'épanchera devant Jésus, seront le langage et le style d'un enfant.Et tel il restera devant Dieu jusqu'à la fin de sa vie.Le contraste est total entre ce qu'il avait été dans le passé, entre l'officier frondeur refusant de se plier à la discipline, affichant le scandale plutôt que de se soumettre et ce qu'il est désormais dans sa vie intime avec Jésus.Cette différence est frappante entre le style de l'explorateur, de l'homme de science qu'il était toujours, entre le style des lettres qu'il écrira plus tard aux officiers des territoires sahariens et le style des épanchements dont ses méditations sont pleines.Il est vrai qu'il ne pensait pas devoir être lu.Mais tout de même, son âme, les sentiments de son cœur, l'humilité de sa foi et de son amour s'y expriment librement.À la lecture de ces méditations, nous éprouvons de l'étonnement devant ce style affectif et sentimental, et même peut-être un certain agacement, et cependant nous nous surprenons à être saisis de respect devant cette violation d'un secret d'amour, secret intime dans lequel la foi toute pure et comme innocente d'un enfant s'exprime dans l'au-delà de toute raison, de tout respect humain.Nous aurions été enclins à sourire, et puis nous nous demandons si ce n'est pas lui qui a raison.«En vérité, je vous le déclare, si vous ne changez et ne devenez comme les enfants, non, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux.» (Mt 1 8, 3) Rencontre intime de Dieu C'est bien ce qui s'est passé dans le cœur de Charles au moment où l'abbé Huvelin lui donna l'absolution au nom du Christ, et l'envoya communier.Celui qui allait devenir frère Marie-Albéric à la Trappe, avant d'être frère Charles de Jésus, celui-là venait de naître.Sa vocation la plus intime, la plus essentielle, cette vocation à vivre une relation d'intimité de plus en plus profonde, amoureuse et permanente avec Dieu, cette vocation lui fut manifestée ce jour-là.Cette relation d'amour s'exprimera en sa dévotion au Sacré Cœur et davantage encore dans sa vénération pour la présence du Christ dans le Saint Sacrement.81 Cette grâce d'intimité avec le Christ ne cessera d'habiter son âme durant les sept années de son séjour à la Trappe.Elle continuera de s'épanouir de plus en plus durant son séjour à Nazareth.C'est là qu'il recevra, probablement durant les premiers mois de 1898, la grâce d'une vraie vie unitive.Ce don d'une intimité exceptionnelle avec Dieu semble alors lui avoir été donné pour le restant de sa vie, d'une manière stable, même lorsqu'elle sera parfois comme voilée en des périodes d'épreuves et d'obscurité.Le secret du rayonnement du frère Charles est là.Cette vie d'union à Jésus transparaissait dans toute sa personne.Je voudrais seulement entrouvrir un coin du voile qui recouvre ce secret d'amour en vous lisant ce qu'il écrivit le 7 avril 1898 au jour anniversaire de la mort de Jésus : « Qui est entré en moi ?Qui s'est uni à moi d'une union pour laquelle la terre n'a pas de nom, d'une union que l'oreille n'entend pas, l'œil ne voit pas, l'esprit ne comprend pas?.D'une union divine, divine en tout, divine parce que vous, mon Dieu, vous vous êtes uni à moi, créature, divine parce que vous vous êtes uni à moi au moyen d'un miracle divin et d'une manière surnaturelle !.Oh ! mon Jésus, quand je vous ai senti si en moi ce matin, je vous ai fait une demande : vous nous avez tant dit: demandez, demandez avec foi.J'ai demandé, je vous ai demandé que votre cœur soit le plus consolé possible par tous les hommes.C'est une demande bien vaste, mon Dieu.Mais je ne puis faire autrement, vous sachant si bon et si puissant, que de vous demander ce que je désire le plus ardemment et j'ai beau consulter mon âme, je n'y trouve rien que je désire plus ardemment que cela.C'est donc cela que je vous demande, ô mon Dieu, puisque vous voulez que je vous demande quelque chose en ce jour nuptial.» Considérations sur les fêtes de l'année, 7 avril 1898.Tel fut le secret de frère Charles.Tel demeura son cœur plein de la Présence divine, aussi bien à Béni-Abbès que lors de ses courses au désert, durant ses mois de travaux de linguistique, et à l'instant d'une mort qui vint le chercher de la manière qu'il avait tant désirée.82 NI.Rôle de l'abbé Huvelin Avant de conclure, il nous faut dire un mot du rôle que joua l'abbé Huvelin dans la vie de Charles de Foucauld.On peut affirmer sans crainte de se tromper que sans la direction ferme, aimante, éclairée de celui qu'il appelait «Monsieur l'abbé» aussi bien que son « père chéri», que sans cette direction, Charles de Foucauld se serait égaré et n'aurait pas accompli le destin auquel Dieu le destinait.Nous avons vu à quel point frère Charles avait conscience que cette direction de l'abbé Huvelin était un don que Dieu lui avait fait le jour même de sa conversion.Ce don traduisait une volonté de Dieu clairement exprimée.Le frère Charles ne cessera de le redire et c'est pourquoi il appliquait à son père spirituel la parole que le Christ avait prononcée, concernant l'Église: «Qui vous écoute, m'écoute».L'abbé Huvelin lui avait vraiment été désigné par Dieu pour prendre la direction de sa vie.Dieu lui-même le lui avait donné comme père.Par quelle inspiration M.Huvelin avait-il pris en charge ce jeune homme qui venait seulement le consulter, au point de lui commander de se mettre à genoux et de se confesser?Avait-il été mis au courant de l'état d'âme de Charles par Marie de Bondy qui se confessait à lui ?L'avait-il reconnu ?Ou bien avait-il été poussé par une intuition surnaturelle ?Toujours est-il que dans la direction qu'il donnera à Charles de Foucauld, l'abbé Huvelin fera preuve d'une fermeté, d'une sagesse, et par moments d'une intuition quasi prophétique de la vocation de son dirigé.Cette direction paraît d'autant plus remarquable, quand on songe à ce qu'était la situation de ce prêtre, accablé de visites, de ministère et anéanti par toutes sortes d'infirmités douloureuses.À l’époque, il avait 48 ans alors que Charles, son fils spirituel, en avait 28.Vieilli avant l'âge, mûri par la souffrance physique et peut-être plus encore par le poids des confidences et des misères humaines qu'on lui confie, l'abbé Huvelin sait ce qu'il en coûte à un ministre de Dieu, de prendre en charge le destin d'une vie.Il «portera», 83 peut-on dire, littéralement, en lui la vie de Charles de Foucauld.Il suit ses recherches avec amour mais non sans inquiétude.Il souffre parfois comme s'il engendrait dans la douleur la vocation de son dirigé, de celui qu'il appelle son enfant.La lecture de quelques passages des lettres de M.Huvelin nous fera comprendre à quelle profondeur se nouait le lien qui unissait ces deux âmes, ces deux existences, si différentes et qui se retrouvaient dans l'amour du Christ.Après avoir orienté son dirigé vers la Trappe, il suivra pas à pas l'évolution qui conduira frère Marie-Albéric à en sortir.Il lui écrit alors : « Ah ! que je souffre, mon pauvre cher enfant, et que je me reproche cette décision donnée ad duritiam cordis.»8 Il s'agissait de l'autorisation de commencer les démarches pour quitter la Trappe.Et il répète: « Mon enfant, je souffre ! Si l'on vous refuse la permission que vous demandez, tenez-vous le pour dit, restez.»8 Et après avoir lu le projet de règle qu'il écrivit en 1 896, pour les Petits Frères de Jésus, alors qu'il était encore à Akbès: « Ce règlement.à vous dire vrai, il m'a effrayé ! Vivez à la porte d'une communauté, dans l'abjection que vous souhaitez.mais ne tracez pas de règle, je vous en supplie.Voyez-vous, mon enfant, ce que je souffre est incroyable.»9 Il souffre ici à cause de frère Marie-Albéric, non à cause de ses infirmités physiques.Et il termine ainsi sa lettre: «Ah! votre lettre me fait mal, mon enfant.Je pensais que vous attendriez encore.»10 8.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.40.9.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.41.10.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.42.84 Par contre, dès que son dirigé arrive à Nazareth, il lui écrit le 1er mai 1897.«Eh bien, j'aime vous chercher où vous êtes.Oui, cette vie me va parfaitement pour vous.» 11 Plus tard : «C'est un repos pour mon âme, mon cher enfant, de vous sentir où vous êtes.Je vous y cherche avec une vraie consolation de cœur.» 12 Cependant, il s'inquiète de l'influence de l'abbesse de Jérusalem qui a des projets pour frère Charles : «Je suis bien heureux que vous restiez à Nazareth ; je n'étais pas sans inquiétude pour ce séjour à Jérusalem.» (16 octobre 1 897)13 Et deux mois plus tard, le 9 décembre 1897 : « Oh ! ne quittez pas Nazareth.» 14 Frère Charles va traverser une crise, une période de recherche inquiète.Plusieurs projets se succèdent: acheter le Mont des Béatitudes, retourner à la Trappe, fonder les Ermites du Sacré Cœur dont il rédige la règle.Enfin, il se sent attiré à «travailler au bien des âmes», il éprouve le désir du sacerdoce et il voudrait retrouver cette « obéissance de tous les instants» que lui donnait la vie monastique.Frère Charles écrit cela en mars 1898, au moment même où les grâces d'union les plus élevées ont envahi son âme.Alors au milieu de tant d'incertitudes sur son avenir, sur ce qu'il doit faire, il supplie l'abbé Huvelin de lui dire la volonté de Dieu : 11.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.46.12.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.47.13.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.55.14.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.56.85 «J'ai remis mon âme entre vos mains, lui écrit-il.Je vous obéirai en tout.Qui vous écoute m'écoute.» 15 Il ne veut faire que la volonté de Dieu.L'abbé Huvelin ne lui répond pas tout de suite : «Je ne vous ai pas écrit parce que je ne voyais pas la volonté de Dieu.» 16 Et à propos de l'achat du Mont des Béatitudes: « Votre lettre d'aujourd'hui me décide, mon enfant, c'est non ! » 16 Enfin, lorsque frère Charles revient en France, demande le sacerdoce et choisit de quitter la Terre Sainte pour aller vers le Maroc, son directeur tout à coup est soulagé, comme si enfin la recherche de son fils spirituel se terminait et que le navire entrait au port.«Maintenant, lui écrit-il le 25 juillet 1900, je crois que cela ira, que vous irez à Notre Seigneur et que vous y conduirez d'autres et que vous apprenez à vivre l'Évangile.» 17 Deux mois plus tard, le 1 3 septembre 1 900 : « Et maintenant le sacerdoce ! Regardez là.Ne regardez que là.» 18 Et lorsque, ordonné prêtre, frère Charles s'installe à Béni-Abbès, il semble que l'abbé Huvelin sait que sa tâche est terminée : il continue certes d'écrire à son fils spirituel, il le soutient, l'encourage, le conseille pour sa vie d'union à Dieu, mais pour le reste, il lui laisse la décision.15.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.77.16.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.141.17.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.180.18.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.183.86 «Mon cher ami, suivez votre mouvement intérieur, allez où vous pousse l'Esprit.Ce sera toujours la vie solitaire partout où Jésus vous recueillera en lui pour vous donner aux âmes.» 19 Et en septembre 1 905 : « Faites ce que le bon Dieu vous inspirera, suivez l’instinct et l'appréciation que vous seul pouvez faire du bien à réaliser.Nazareth est partout où l'on travaille avec Jésus dans l'humilité, la pauvreté, le silence.»20 L'abbé, exténué par la maladie, n'écrira plus que deux fois à son dirigé.La dernière lettre que nous possédions de lui sera datée du 26 octobre 1 908.M.Huvelin mourra en juillet 1910.Le 31 août 1910, Charles de Foucauld écrit à son ami Massignon : « Le courrier vient de m'apporter des détails sur les derniers moments de celui entre les mains de qui je me suis converti, il y a vingt-quatre ans, et qui est resté depuis lors mon père bien-aimé.Ses deux dernières paroles ont été: «Je n'aimerai jamais assez» et «On vaut par ce qu'on aime.» Ces deux mots résument toute sa vie.»21 Et nous ajoutons : ils résument aussi la vie de frère Charles.Il les écrira d'ailleurs à sa cousine, le jour même de sa mort, le 1er décembre 1 91 6 : «On trouve qu'on n'aime pas assez; comme c'est vrai; on n'aimera jamais assez, mais le bon Dieu qui sait de quelle boue il nous a pétris et qui nous aime bien plus qu'une mère ne peut aimer son enfant, nous a dit, lui qui ne ment pas: qu'il ne repousserait pas celui qui vient à lui.»22 19.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.212.20.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.239.21.P.de Foucauld — Abbé Huvelin, Correspondance inédite, p.295.22.Lettres à Mme de Bondy, p.252.87 La primauté de l'amour en communauté : un éclairage de l'Église primitive * Agnès Cunningham, s.s.c m.** L'idée de considérer les premiers temps du christianisme pour y rechercher de nouveaux aperçus touchant la notion de communauté, ne doit pas être pris à la légère.La plupart des documents qui ont dirigé ou influencé le renouveau de la vie religieuse depuis Vatican II ne semblent pas toutefois se porter garants d'une telle idée.Si nous examinons par exemple le texte dePerfectae caritatis, nous devons admettre que la priorité a été donnée à la base scripturaire du renouveau en raison des nombreuses références aux citations néo-testamentaires1.Les principes généraux du renouveau, tels que statués dans le décret, commencent avec et s'enracinent dans cette position fondamentale que l'adaptation et le renouveau doivent être déterminés par la «loi suprême» qui consiste à suivre le Christ « comme c'est proposé dans l'évangile.»2 Puisque l'expérience nous a enseigné qu'il ne faut lire aucun document du concile de façon isolée, nous pourrions nous tourner vers la Constitution dogmatique sur l'Église, Lumen Gentium.Nous y voyons que la poursuite de la perfection de la charité, par l'observance des conseils évangéliques, découle de l'enseignement et de l'exemple du Christ3.* Traduit de l'américain par René Baril, o.f.m.** North Batavia Avenue.Batavia, Illinois 60510.U.S.A 1.Cf.n°s 1, 5, 6, 7.8, 12, 13, 14, 15, 25.2.P C., n.2.3.Cf.L.G.VI, n.43; P C., n.1.88 Nous serions toutefois infidèles à l'esprit des Pères conciliaires et, bien sûr, à l'Église entière, si nous allions prétendre que cette évidence est concluante.Vatican II n'a jamais voulu exclure l'Église primitive des sources auxquelles nous sommes conviés dans nos efforts pour amorcer un renouveau approprié de cet état connu sous le nom de vie religieuse.La seule référence non biblique de ce décret4 ne nous amène-t-elle pas au remarquable traité De virginitate de cet évêque du quatrième siècle et Père de l'Église, S.Ambroise.Si d'un côté nous sommes désappointés de nous retrouver devant un manque complet de références à la littérature primitive chrétienne, en ce qui touche à la documentation citée pour le chapitre VI («Religieux») de Lumen Gentium, d'un autre côté notre compréhension des sources et la composition des récits évangéliques, comme nous l'enseignent les spécialistes de l'Écriture, laissent supposer une expérience de vie, touchant le mystère chrétien, qui va plus loin que les textes évangéliques.Le renouveau de la vie religieuse, comme nous l'avons appris dans les derniers vingt ans, doit être envisagé à la lumière de cette réforme et de cette purification auxquelles l'Église est constamment invitée de par sa fidélité à la loi de Vagapè.Comme l'indique Lumen Gentium dans le chapitre sur l'appel universel à la sainteté (Ch.V), c'est dans l'histoire de l'Église que nous trouvons le remarquable témoignage à l'amour de Dieu que l'Esprit a allumé depuis le début chez ceux qui sont connus comme ses enfants et comme des saints5.Une des sections les plus significatives du décret Perfectae caritatis commence par la déclaration suivante: D'après l'exemple de l'Église primitive dans laquelle la multitude des croyants n'avait qu'un cœur et qu'une âme (Act 4, 32), la vie communautaire s'alimente de l'enseignement de l'Évangile et de la 4.P C., n.25.5.Cf.L.G., V, n.40.La documentation de ce chapitre se réfère à plusieurs des grands écrivains de l'antiquité chrétienne pour leur témoignage à leur compréhension de l'idéal de la sainteté évangélique.89 liturgie sacrée, spécialement l'eucharistie, tout en persévérant dans la prière et en partageant le même esprit (cf.Act 2, 42).6 Cette expression « un cœur et une âme», qui nous est proposée comme l'idéal de la communauté, sera la phrase sur laquelle nous centrerons notre attention dans les pages qui suivent.Nous nous tournons donc vers la primitive Église dans un effort pour explorer le concept de communauté et examiner, peut-être à une nouvelle profondeur, les implications théologiques d'un témoignage spécifique rendu à la relation entre ce concept de communauté et le défi posé par le renouveau.En réalité, quelle situation prévalait dans la communauté chrétienne primitive?Il n'est ni réaliste ni nécessaire d'attribuer à l'Église primitive les caractères d'une société utopique ou un état paradisiaque auquel nous aspirons avec nostalgie.Les Actes des Apôtres eux-mêmes, par exemple, après avoir affirmé le cor unum, donnent le récit de l'affaire « Ananie et Saphire» 7.Nous connaissons également les soucis de Paul pour toutes les Églises ; nous sommes familiers avec les exhortations à la charité et à l'unité dans les épîtres pauliniennes8.L'un des documents les plus hautement appréciés qui nous soient parvenus de la chrétienté primitive est la Lettre aux Corinthiens de S.Clément de Rome.Elle a été écrite aux environs de 96 à l'occasion d'une série de perturbations qui eurent lieu dans la communauté chrétienne de Corinthe.Les circonstances peuvent prendre une résonance étonnamment familière pour certaines oreilles du 20e siècle.Voici les faits: quelques membres plus jeunes de la communauté s'élevèrent contre les chefs en place afin de les expulser de force de leurs fonctions.L'Église de Rome, ayant eu vent de la chose, se pencha sur la question en termes de anima una, temporairement rompue.6.P.C., n.15.Les italiques sont de moi.7.Cf.Act 5.1-11.8.Cf.Rom 12.3-13; 10; I Cor 1.10-16; 8.7-13; 12, 12-13, 13; Gai 5, 13-15; Eph 4, 1-16; Phil 2, 1-11; Col 8, 12-15; I Thess 4, 9-12.90 Est-ce alors à Luc, à Paul ou à Clément que nous devons nous adresser dans notre quête d'éclairage sur la primitive Église en ce qui regarde le concept de communauté?N'allons-nous pas plutôt explorer les écrits d'Ignace d'Antioche célébrant la communauté de l'Église de Rome qui n'a jamais «envié» personne ni marchandé avec personne?9 Ne ferons-nous pas plutôt une étude sur la pensée d'Irénée de Lyon (vers 140-202 ?), le champion de la paix de l'Église, dans ses supplications aux évêques de Rome en faveur et des hérétiques de l'Ouest et des fidèles de l'Est?10 Aurons-nous l'audace d'éviter le traité par excellence, le De Ecclesiae unitate, de Cyprien de Carthage (+ A.D.258) avec tout ce qu'il a à nous dire aujourd'hui sur la collégialité et la subsidiarité?Notre poursuite de ce cor unum de la communauté nous conduit en fait au-delà de ces géants des premiers siècles de l'antiquité chrétienne, jusqu'à ce moment où le phénomène de la vie érémitique se fut développé en vie monastique.Nous sommes au cinquième siècle.Nous y rencontrons un extraordinaire converti au christianisme : c'est l'évêque d'Hippone en Afrique.Nous possédons le texte d'un document qui lui est attribué: La Règle de S.A ugustin.I.La Règle de S.Augustin Comme beaucoup d'autres textes qui nous sont parvenus de l'antiquité chrétienne, la Règle de S.Augustin a posé un défi aux savants qui eurent à déterminer son authenticité et son historicité.Aucun des écrits d'Augustin ne fait référence à une Règle qu'il aurait personnellement composée; elle n'est pas incluse non plus dans la liste des ouvrages établie peu après sa mort (A.D.430) par 9.Cf.Épître aux Romains, 3, 7.10.Irénée demanda à Éleuthère, évêque de Rome, (c.A.D.174-189) de se montrer plus indulgent envers les Montanistes.Plus tard, lorsque Victor / (c.189-198) eut imposé aux Églises d'Asie la coutume de la célébration pascale observée dans la tradition de l'Église de Rome, Irénée intervint de nouveau pour défendre l'unité plutôt que l'uniformité.91 Possidius, un disciple et un ami11.De plus, du milieu du cinquième siècle jusqu'à la fin du onzième, on ne connaît aucun monastère qui ait suivi cette Règle.Il semble toutefois que d'autres formules monastiques, incluant la Règle de S.Benoît, dépendent plus ou moins de la pensée d'Augustin.Après avoir suivi le débat de ceux qui ont approfondi la question plus pleinement que nous ne pouvons le faire ici12, il est possible de voir en Augustin l'auteur d'une règle monastique destinée aux religieux et adaptée plus tard pour des religieuses.Contrairement à ce que nous pourrions penser, il ne semble pas que cette Règle remonte aux premières années de l'expérience monastique d'Augustin ni non plus qu'elle fut composée pour les monastères qu’il avait lui-même fondés.La science récente suggère que le texte fut écrit aussi tard que 426-427 en réponse à un appel venant du supérieur d'un monastère africain dont la communauté était en train d'être ravagée par des agitations, par la division et la discorde.La réponse d'Augustin semble avoir été une tentative pour faire le portrait de la vie évangélique idéale telle qu'il l'avait encouragée et telle qu'il désirait la retrouver parmi les moines, les religieuses et les clercs des trois maisons monastiques de sa ville épiscopale.Si nous comparons la Règle de S.Augustin avec d'autres formules de la tradition occidentale, que trouvons-nous?La voie bénédictine proclame la paix ; l'idéal dominicain souligne la vérité ; S.François a enseigné la joie dans la pauvreté.S.Augustin insiste sur la charité fraternelle.La phrase est inadéquate.La charité fraternelle se retrouve au cœur de toute la tradition monastique; c'est une base sur laquelle repose toute vie religieuse.De façon plus précise, Augustin proclame la primauté de l'amour en communauté.Ce thème est annoncé dans les premières lignes de son texte : 11.Possidius.évêque de C a lame, composa une vie d’Augustin peu après la mort de son ami.Il rattacha à cette oeuvre l'Indiculus, une liste détaillée mais incomplète des oeuvres d’Augustin.12.Cf.spécialement La Règle de S.Augustin commentée par ses écrits par A.Sage, Paris, «La vie augustinienne», 1961.92 Avant toute autre chose, puisque vous êtes unis en communauté, n'ayez qu'un coeur et qu'une pensée en Dieu, afin que vous puissiez vivre en harmonie dans la maison (Ps 68, 7).13 Pour Augustin, l'amour a préséance sur l'observance des règlements, puisque, comme il l'a si souvent exprimé, la justice elle-même réside dans la charité14.Toutefois, c'est l'amour qui nous pousse à être fidèles aux observances, comme c'est la fidélité à la loi qui conduit à la charité, accomplissement de la loi.Augustin se rendait compte que la valeur de notre vie et de nos actions se mesure finalement par les objets de notre amour: notre amour de Dieu, des autres et de nous-mêmes.De ce premier commandement découlent toutes les dimensions de la vie en commun.Si Augustin recommande la communauté de biens, c'est que les religieux partagent quelque chose de beaucoup plus profond qu'un toit, un réfectoire ou un dortoir.Il n'y a qu'un bien qu'ils peuvent posséder, un bien qui de fait ne peut jamais « être possédé» : Dieu est leur Bien commun, le seul patrimoine de tous ceux qui ne vivent pas simplement en état de cohabitation, mais bien ensemble comme frères ou soeurs.C'est pour cette raison qu'Augustin ne parle pas d'égalité dans la distribution des biens matériels placés à la disposition des religieux.Chacun reçoit selon ses besoins — mesurés aussi bien par les fragilités passées que par les aspirations futures15.La Règle d'Augustin envisage la question de la discipline monastique sur trois points : 1 ) le jeûne et la prière ; 2) la chasteté ; et, selon le langage actuel, 3) l'usage des biens matériels.Ici encore, la compréhension et le support mutuels renforcent d un côté l'expérience communautaire et de l'autre encouragent le respect des différences qui caractérisent les individus formant communauté.13.Rule of St.Augustine, I, 1.Ma traduction.14.Cf.De natura et gratia, 70.84; in epistolam Joannis tractatus, X, 9, 2.15.Régie de S.Augustin, 1,2.93 Nous ne pouvons accepter sans esprit critique toutes les prescriptions exposées par Augustin en matière de procédure et de discipline monastiques.Plusieurs ne sont plus appropriées au moment historique que nous vivons.Toutefois, l'idéal fondamental de l'amour, considéré comme primordial dans l'expérience communautaire, n'a pas épuisé sa réalité dynamique en vie religieuse.Nous avons encore à nous revêtir, comme Augustin le souhaiterait pour nous, de charité fraternelle, qui, comme la robe sans couture du Christ, est complète et entière, d'une seule pièce.Elle ne peut se diviser ni se déchirer.Si les années de renouveau en vie religieuse ont appris à chacun de nous une pénible vérité, c'est bien que nous n'avons vraisemblablement pas encore appris assez comment vivre en communauté de manière à pouvoir dire que nous sommes vraiment un : plusieurs sous l'aspect du corps, mais pas en esprit; plusieurs de corps mais pas de cœur; de manière à réaliser le mot de l'Écriture : cor unum et anima una 16.Cette brève présentation de l'essentiel de la contribution d'Augustin au concept de communauté peut maintenant servir de données de base dans notre tentative pour explorer les implications théologiques qui ressortent de cette notion de la primauté de l'amour.L'hypothèse suggérant que le message d'Augustin en vint à être exprimé en réponse à une crise de la vie commune, si elle est valide, ajouterait du poids à sa signification pour nous qui avons à affronter le défi, et parfois la peur, des appels au renouveau de notre vie commune comme religieux.II.Les implications théologiques de la primauté de l'amour en communauté À considérer de plus près les principes qui sous-tendent le concept d'Augustin sur la primauté de l'amour en communauté, nous percevons que les éléments théologiques qui se retrouvent dans la présentation de ce concept sont la source et le couronnement de la vraie fraternité.C'est par la recherche de ces 16.Cf.Enarrationes in Psalmos, 132, 6.94 éléments que nous pouvons identifier les implications de la pensée d'Augustin en termes de renouveau tant de l'esprit que du code de la vie religieuse.Éléments d'une théologie de la communauté Augustin ne peut être appelé le fondateur de la vie religieuse en Occident.Des monastères et des couvents existaient avant lui, au moins en Italie et en Gaule.L'importance d'Augustin s'enracine surtout dans sa compréhension aiguë de la vie religieuse considérée comme vie d'amour en communauté et dans sa perception de la relation qui existe entre la poursuite de la perfection chrétienne et la « pratique parfaite de la charité fraternelle.» Le religieux, qui a fait profession de poursuivre la sainteté évangélique, se retrouve, selon Augustin, obligé à la pratique de la charité.Cette notion d'« obligation », jointe à celle de «pratique», tend à déformer l'essence de la pensée qui est exprimée ici.Augustin semble nous dire que nous ne pouvons vivre sans amour.La vie est dynamique, toujours en croissance, toujours en mouvement.Il n'y a aucun mouvement qui n'ait l'amour comme principe.Celui qui agit aime par le fait même.Celui qui est « en action » est porté de toute la force de son amour vers cette réalité où est centrée l'option totale de sa vie.Augustin affirme que l'amour est « un don reçu ».La charité est un cadeau déposé dans nos coeurs par l'Esprit qui est lui-même «donné».C'est pour cette raison qu'Augustin pouvait déclarer que dans la mesure où la charité est présente dans nos vies, elle doit se manifester en « oeuvres de sainteté» ; dans le cas où elle est faible et imparfaite, nous devons prier pour la recevoir plus pleinement17.Augustin enseigne avec Paul que la charité est l'accomplissement de toute la loi.L'amour constitue cette vraie justice qu'est la perfection chrétienne.Avec S.Jean, Augustin célèbre l'idéal de 17.Cf.Sermones, 209, 1 95 I amour fraternel qui va plus loin que le frère et la sœur et embrasse même «l'ennemi» appelé à partager la même vie éternelle.L amour de ses ennemis, pour Augustin, est le premier signe que l'on aime vraiment les siens.C'est alors seulement, quand nous commençons à aimer vraiment les nôtres, que nous pouvons affirmer que nous aimons Dieu, nous assure Augustin 18.La primauté de l'amour en communauté repose sur le fait que cette charité est à la fois un principe et une source d'action.«Qui peut compter le nombre des commandements ?» demande Augustin.«Et cependant, par l'amour, nous les observons tous».Quand existe l'amour, que peut-il nous manquer?Quand il n'existe pas, quel profit peut-il y avoir?Le fruit le plus précieux de l'amour fraternel réside dans l'harmonie de la vie qui prévaut lorsqu'il est bon et agréable pour des frères et des sœurs de vivre ensemble dans l'unité (Ps 1 32, 1 ).Cette harmonie de vie, comme la charité dont elle dérive, est un don.C'est Dieu qui rend possible le fait que plusieurs demeurent ensemble, d un seul cœur, cor unum (Ps 67, 7).Comme le pain dont parle le Pater, le don de vivre en harmonie est offert journellement, mais il doit aussi être gagné à la sueur de notre front19.L'idéal de l'amour communautaire énoncé par Augustin, tel que nous l'avons vu, est à la fois un principe et une source de dynamisme.Comme principe, l'amour fournit les orientations pour une vie en harmonie: compréhension mutuelle, considération, patience, confiance et respect.En tant que source, l'amour suscite la liberté du cœur vis-à-vis les possessions, la pureté du cœur vis-à-vis l'obéissance.L'amour se nourrit non seulement de sincérité mutuelle, mais aussi de l'interaction de la prière partagée et surtout de I eucharistie à laquelle nous convie notre baptême.Les liens de l'amour communautaire façonnent ainsi un seul corps à partir de plusieurs membres qui partagent le même pain, 18.Ibid, 265, 9.19.Cf.Sage, op.cit., p.88.96 qui sont stimulés par un seul amour, et qui sont vivifiés par une seule âme.Même si les membres sont nombreux, le corps est un.Il ne vit plus pour les individus et leurs intérêts, mais en suivant un seul rythme de coeur et d'esprit.L'œil voit pour le corps tout entier, l'oreille entend pour tout le corps.Cette interaction mutuelle de soutien est à la base de la notion d'Augustin concernant le rôle de la correction fraternelle dans les cas où faiblit la discipline de la chasteté ou encore lorsqu'il semble opportun de demander pardon pour des violations de l'amour communautaire.La charité ne se recherche pas elle-même mais regarde au bien de tous ceux qui s'efforcent en commun d'accomplir la loi de l'amour, non pas comme des esclaves soumis à la loi, mais comme des hommes et des femmes libres qui vivent sous la nouvelle disposition de la grâce20.Quels sont alors, en termes clairs et précis, les éléments de la théologie d'Augustin sur la communauté?En fin de compte, ils sont simples et peu nombreux.Augustin affirme : 1 ) la primauté de l'amour; 2) que l'amour est un don reçu-, 3) le dynamisme de l'amour.En établissant la primauté de l'amour, Augustin reconnaît clairement la supériorité de la charité sur la loi, et cela, sans compromettre ni la fidélité personnelle à l'idéal évangélique de la sainteté chrétienne, ni l'intégrité de l'idéal lui-même.En proclamant que l'amour est un don reçu, Augustin reconnaît que c'est une grâce, un don, rien autre chose que la charité de Dieu déposée librement dans nos cœurs.En mettant de I avant le dynamisme de l'amour, Augustin reconnaît la tension où nous nous retrouvons dans ce monde, in saecu/o.Dans un contexte plus large, nous pourrions parler ici des deux Cités.Le fait que cette expression revient souvent dans le texte de la Règle semble indiquer le défi constant auquel les religieux doivent faire face par rapport aux valeurs de l'époque, les valeurs de « ce siècle» et celles de l'éternité.Nos choix dévoilent la valeur de nos actions et, selon l'expression d'Augustin, la «perfection de [notre] charité.» 20.Cf.La Règle de S.Augustin, VI, 4.97 Même si Augustin affirme la primauté, la gratuité du don reçu et le dynamisme de l’amour en communauté, les mots « charité» et «amour» reviennent rarement dans le texte de sa Règle.L'exhortation initiale de la Règle n'est pas une proclamation d'amour fraternel mais d'harmonie de vie.Cependant, Augustin identifie le cor unum et anima una comme étant la source et le principe de la vie pacifique.C'est pourquoi, même si le prologue de la Règle ne semble pas être l'œuvre d'Augustin, il reflète son caractère de «docteur de la charité».Il attire aussi l'attention sur la loi évangélique de I amour à laquelle la Règle tout entière et chacune de ses prescriptions sont censées acheminer21.Implications pour la vie communautaire Rendus où nous en sommes, il serait instructif de relire l'un des textes de Perfectae caritatis (n.15a).Il reflète l'intuition d Augustin, même s'il ajoute à la compréhension de la vie religieuse : À l'exemple de l'Église primitive, dans laquelle la multitude des fidèles n'avait qu'un cœur et qu'une âme (Act 4, 32), la vie commune doit être menée avec persévérance, nourrie de la doctrine de l'Évangile, de la sainte liturgie, et surtout de l'Eucharistie, dans la prière et dans la communion au même esprit (cf.Act 2, 42).Membres du Christ, les religieux se préviendront d'égards mutuels, dans une vie de fraternité (cf.Rom 1 2, 10), portant les fardeaux des autres (cf.Gai, 6, 2).Dès là en effet que la charité de Dieu est répandue dans les cœurs par l'Esprit Saint (cf.Rom 5, 5), la communauté, telle une vraie famille réunie au nom du Seigneur, jouit de sa présence (cf.Matt 18, 20).La charité est la plénitude de la loi (cf.Rom 13, 10) et le lien de la perfection (cf.Col 3, 14), et par elle nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie (cf.1 Jn 3, 14).Bien plus, l'unité des frères manifeste la venue du Christ (cf.Jn 1 3, 35 ; 1 7, 21 ), et il en découle une puissante vertu apostolique.22 27.Le Prologue de la Règle contient ceci: «Par-dessus tout, frères bien-aimés aimons Dieu, aimons le prochain: ce sont les premiers de tous les commandements qui nous ont été donnés.» 22.Décret «Perfectae caritatis».Éd.Be Harm in, 1965.n.15 a, p.15.98 On voit ici la primauté de l'amour qui est donnée par l'Esprit, nourrie par l'eucharistie, encouragée par des efforts communs et mutuels pour en arriver à une vie harmonieuse.On y trouve aussi un nouvel aperçu, celui de la dimension eschatologique de la vie religieuse.Nous notons encore cette perception que le dynamisme de l'amour est apostolique.La dimension essentiellement ecclésiale de la vie religieuse est aussi identifiée, comme le Père Tillard l'a fait remarquer dans un précédent commentaire23.C'est ainsi que la communauté religieuse doit devenir, à travers une vie de charité fraternelle, le signe et la proclamation de la koinonia de charité que le Père veut restaurer parmi nous par son Fils24.Nous nous retrouvons de nouveau face à face avec la nature évangélique de la vie communautaire, et, peut-être plus important encore, avec le mystère de l'essence même de la communauté.Le mystère de la communauté lance aujourd'hui un défi aux religieux hommes et femmes, même lorsque souvent il nous échappe dans nos efforts pour mettre la main sur lui.Cela est vrai pour tous les religieux dans n'importe quelle forme de vie: céné-bitique, monastique, cloîtrée, apostolique.Il y a probablement plusieurs raisons à cela.J'en suggère trois qui sont particulièrement critiques actuellement : la nature, la mission et ce que j'appellerais, faute d'un mot plus approprié, Vintégrité de la vie religieuse.Le mystère de la vie religieuse est affirmé avant tout dans notre perception contemporaine de la nature dont on vit la vie chrétienne.J'ai spécialement à l'esprit notre idée que tous les religieux sont appelés à une vie à la fois de contemplation et d'action.En rapport avec le charisme spécifique de chaque communauté, les membres d'une famille religieuse doivent intégrer dans le quotidien, en des manières appropriées, les dimensions de la prière contemplative et du service apostolique.Le défi est réel.Quelle proportion « d'action » doivent poursuivre les contemplatifs ?23.«Les grandes lois de la rénovation de la vie religieuse» dans L adaptation et la rénovation de la vie religieuse (Unam Sanctam, 62), Tillard et Congar éditeurs, Paris, Éd.du Cerf, 1967.24.Ibid., p.147.99 Quel degré d'apostolat peut être exercé sans violer la communauté monastique ?Comment un religieux apostolique pourra-t-il trouver, dans une journée remplie d'activité pour — et avec — le Seigneur, le temps et I atmosphère adéquats pour une authentique contemplation ?Le mystère de la vie religieuse est mis en pleine lumière, peut-être de façon plus dramatique encore, quand on considère la mission à laquelle tous les religieux sont appelés de par leur profession.Ce n'est pas autre chose que la mission de l'Église: proclamer la Bonne Nouvelle et annoncer la mort et la résurrection du Seigneur jusqu à ce qu'il revienne.Cette mission doit s'exercer dans ce que nous pouvons vraiment appeler « notre monde» — ce «monde» dans lequel nos Ordres, Congrégations ou Instituts sont implantés.La proclamation doit être faite par ceux qui sont appelés maintenant comme dans le passé — du milieu de ce monde, en tant qu'ils répondent aux impératifs de l'amour de Dieu dans leurs coeurs.Ceux d'entre nous qui sommes religieux depuis dix, vingt, trente ans et plus, sommes-nous capables d'accepter comme nos frères et nos sœurs les candidats qui viennent d'une société dont ils portent souvent les cicatrices dans leur propre vie ?Il y a encore, dans notre terre nord-américaine, des hommes et des femmes à qui on peut attribuer « I innocence».Beaucoup ne l'ont pas : des situations familiales et l'absence de programmes efficaces d'éducation religieuse ont fréquemment contribué à l'érosion des valeurs morales.Nous qui sommes religieux, pouvons-nous respecter le mystère d un appel, d une conversion, d'une vocation dans nos vies qui sont clairement — ou en apparence — différentes des expériences d un autre âge?Sommes-nous convaincus que la mission de l'Église pourra être transmise alors que ces «autres» viennent nous rejoindre et prendre notre place?Le mystère de la vie religieuse apparaît finalement, et parfois douloureusement, quand nous sommes aux prises avec la question du nombre et son impact sur l’intégrité de cette vie.Des communautés nombreuses, faites principalement de maisons à clôture 100 monastique ou ayant une tradition de stabilité résidentielle, sont souvent constituées d'un nombre croissant de membres âgés.Ce phénomène devient un fardeau et un problème dans la mesure où les tâches et les responsabilités multiples, confiées à un petit nombre de membres valides de la communauté, laissent peu de temps pour la restauration des énergies spirituelles, psychiques et physiques.Dans les communautés de vie apostolique, l'expérience est très différente.La vaste extension des besoins de l'Église et la possibilité, qui va toujours en se développant, de services ecclésiaux, fixent des attentes et des demandes aux religieux qui risquent souvent de les conduire à la frustration.Comment répondre aux nombreux appels au service?Où sont les religieux qui assureront la continuité dans des engagements collectifs ?Comment maintenir l'équilibre entre les engagements apostoliques et les responsabilités communautaires ?Est-il possible d'imaginer et de bâtir des communautés qui seront vraiment des sources de renouveau, des oasis de support mutuel, des centres qui assureront une vie humaine et chrétienne viable ?Les questions surgissent de tous côtés.Elles nous interpellent tous.On n'y répondra pas facilement et rapidement.Au point où nous en sommes, nous pourrions sincèrement poser la question: qu'est-ce que la Règle de S.Augustin a à voir avec ces pressantes questions contemporaines?Nous avons parlé du mystère de la vie religieuse.Si nous nous tournons vers ce mystère en essayant de le pénétrer et, jusqu'à un certain point de l'étreindre, nous devons retourner à Augustin.Il a vu que l'amour communautaire est un don qui doit et peut être maintenu par une vie de prière.C'est la prière en commun qui rend le Christ présent à ceux qui vivent en harmonie, de telle manière qu'ils se donnent le Christ l'un à l'autre.Les racines de ce don résident dans cette dimension de la grâce qui nous rend libres et crée notre unité.Augustin utilise l'analogie du pain lorsqu'il parle de ces dons de Dieu.Il n'y a qu'un pas à faire pour percevoir le lien entre communauté et eucharistie.101 La communauté religieuse tient sa signification, en un sens très réel, de son insertion dans cette communaulté sacramentelle qu est I Église.Au milieu de la koinonia rassemblée autour de I autel, la communauté religieuse apparaît comme une communauté eucharistique d amour25.Lorsque les chrétiens, après s'être rassemblés autour de l'autel, se séparent et retournent à leur tâche, la charité fraternelle perdure comme un signe de cette eucharistie dans laquelle le mystère de la communauté est affirmé et célébré à travers I intensité du culte sacramentel.Par sa profession d un mode spécifique de vie — mode déterminé par la primauté de l'amour — la communauté religieuse rend plus perceptible pour I Église le signe de ce don qui proclame que le Christ doit venir26.La communauté devient ainsi pour les religieux I expression non sacramentelle de ce qui est expérimenté symboliquement dans le sacrement de l'amour communautaire, l'eucharistie.Augustin nous redit que l'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l'Esprit qui nous est donné.C'est l'Esprit qui est le lien de l'amitié véritable qui existe entre ceux qui s'aiment mutuellement.C'est par l'Esprit que le Christ imprime sur nos coeurs Son nouveau commandement d amour.Augustin enseigne que ceux qui vivent dans l'unité des esprits et des coeurs — cor unum et anima una — deviennent les temples de ce Dieu qu'ils honorent par l'amour fraternel.C est en parlant de l'Esprit que nous prenons conscience de la réalité de notre insertion par le baptême dans la communauté de ceux qui croient que Jésus est Seigneur et que par Lui l'amour de Dieu a été rendu manifeste à nos yeux humains.C'est l'Esprit qui a été donné pour faire fructifier dans l'humanité la vérité que le Christ nous a fait connaître.En d'autres termes, c'est l'Esprit qui doit faire connaître le mystère dont la source est Jésus, le mystère qui est Jésus27.Ce mystère, celui de la divine communauté 25.Cf.Ibid., p.153.26.Cf.Ibid., p.154.27.Cf.Ibid., p.153.102 d'amour, doit s'actualiser par le signe de la charité fraternelle qui est professée dans la vie religieuse.C'est ici que nous devons être assez libres pour permettre à l'Esprit d'agir.Quel est le travail de l'Esprit?C'est l'Esprit qui atteint puissamment d'un bout du monde à l'autre; c'est l'Esprit qui ordonne toute chose avec douceur; c'est I'Esprit qui réduit tout à l'unité28.En d'autres mots, c'est à l'Esprit de faire l'harmonie dans l'unité fraternelle.C'est l'Esprit qui produit la paix quand il y a division et discorde.C'est encore à Lui de déranger quand on se trouve en face de la vaine complaisance ou de l'indifférence.Quand on trouve tranquillité et joie dans l'amour communautaire, on célèbre alors l'œuvre de l'Esprit.Quand il y a angoisse et souci, nous affirmons que l'Esprit est actif, qu'il nous désinstalle de nos confortables convictions, celles que nous n osons pas affronter dans la liberté de la vérité de Dieu.L'Esprit nous presse d'ouvrir les yeux pour que nous lisions les signes des temps dans lesquels nous vivons.L'Esprit nous invite à prendre en charge les fardeaux de notre époque avec courage et optimisme.Si nous croyons en la présence dynamique de l'Esprit dans la dimension spatio-temporelle qui structure l'expérience humaine, nous pouvons alors reconnaître l'activité de l'Esprit partout où peuvent être perçues la bonté et la vérité.Cette identification de l'Esprit présuppose que nous résistions à la tentation de « mesurer» l'étendue de la présence et de l’activité de Dieu dans l'humble mouvement vers le bien des événements qui nous entourent.Cela signifie que nous laissions à l'Esprit le droit de juger le monde et de le condamner ou de le convaincre de péché.De cette reconnaissance de l'Esprit, dans la foi et l'humilité, surgit ce singulier témoignage à l'espérance envers ce monde, espérance qui est la contribution des chrétiens en un siècle qui proclame toujours plus le pessimisme et le désespoir.Si cela est vrai de la vie chrétienne en général, ce ne l'est pas moins pour ces chrétiens qui professent une vie d'amour communautaire.28.Cf.Les antiennes « O » de Lavent.103 Nos réflexions sur la primauté de l'amour en communauté doivent nous amener en définitive, à admettre de façon inéluctable, que nous sommes, tous et chacun, à un degré plus ou moins grand, des serviteurs inutiles, même si nous sommes appelés à être des enfants de Dieu et des saints.Affirmer cela, c'est reconnaître que le défi du renouveau nous accompagne sans cesse.C'est aussi réaliser qu'après avoir perçu le besoin d'adaptation et de purification dans la communauté, nous ne pouvons jamais nous permettre d'étouffer cette prise de conscience.C'est de cette manière que nous réalisons dans nos propres vies cette fidélité à la loi de Yagapè qui contribue, en faveur de l'Église entière, au mystère de la komonia que cette Église doit affirmer et célébrer.C'est avec cette conviction et cette attitude que nous nous sommes tournés vers Augustin et sa Règle, comme nous aurions pu le faire avec tout autre Père de l'Église ou avec chacun des documents de I Église primitive.Le message d'Augustin semble être I un des plus significatifs pour nous quand nous envisageons le défi que Vatican II nous a invités à affronter: au cœur de tout renouveau et de toute adaptation, à la source de toute révision et de toute réforme, doit exister au-dessus de tout et avant tout la primauté de l'amour.104 La route et le maître La maison et le charpentier Louise Gosselin, ermite* Ces lignes s'adressent à ceux et celles qui éprouvent au fond du cœur un goût d'ermitage, de vie au désert, pour de brefs séjours.Parmi la multitude des réunions, congrès, « échanges», on propose de plus en plus «des sessions de désert».Peu importe d'où l'on part, il importe surtout de se mettre en route tel qu'on est, dans la longue caravane qui remonte à l'Église primitive.Devant nous, parmi nous, surgira Celui dont Jean le Baptiste a dit: «Voici l'Agneau de Dieu», mieux connu dans son entourage, comme Jésus, «le fils de Joseph, le charpentier».Ce Maître-Charpentier pourra nous mener à notre demeure et la bâtir avec nous.I.La route « Il y aura une route pure qu'on appellera "Voie sacrée Elle sera pour son peuple Quand il fera route» (Is.35.8).Elle part de loin la route de l'ère chrétienne! Elle fuit les persécutions et se réfugie dans les catacombes ou à flanc de montagne, loin de la grande ville, où l'on fait chaque jour la cueillette humaine pour amuser les foules au stade olympique.S'il fallait ainsi des martyrs et leur sang à l'Église primitive, comme premier vin fortifiant offert aux générations à venir, il a fallu aussi des chrétiens du «secret» et de l'imploration sur la montagne pour rejoindre Moïse et Élie, les ancêtres.Cela devint vite l'Église de la * L'Instant, B.P.336 — Lachute.J8H 3X5.105 faim et de la soif; d'abord pour partager le Pain de Vie et la Parole, au temps de l'agapè des premières communautés, où l'on s'appelait «frères», «soeurs», et pour la première fois, «chrétiens».Quand la paix revint, des hommes et des femmes s'enfuirent au désert, mais non plus pour survivre à la persécution pour la pérennité de la chrétienté, mais cette fois-ci, pour fuir « les séductions du monde», qui tendaient un voile entre Dieu et leur désir de Le voir enfin face à face.On allait au désert en ce temps-là, et longtemps encore après, à grands coups d'ascétisme, pour mâter la chair et libérer I esprit! Mais il y eut ça et là, quelques enfants de Dieu au cœur pur, tel Jean, l'évangéliste, qui se contentaient de se perdre et de se trouver, de s'oublier (sans y penser !), et qui voyaient Dieu; qui ne parlaient plus que d'aimer, et qui vivaient l'amour.Quelques contemporains Je ne vais pas parler des ermites connus comme groupes ou comme individus, bien identifiés comme ermites.Je veux parler de ceux et de celles qui un jour sont partis au désert ou qui souhaitent y aller, pour un bref séjour.Une des caractéristiques de la société contemporaine, c'est: les «sessions».Réunions syndicales, de comités, d'information, de formation jalonnent, mais je devrais plutôt dire, «envahissent», le monde ecclésial, du commerce, des affaires culturelles et sociales.Autant de « plateformes, dit-on, indispensables à tout bon fonctionnement de la société»; on crée même des «palais des congrès».Bien sûr, ce ne sont pas des échiquiers géants sur lesquels des cités symboliques se dressent et où des pions se rencontrent, s'affrontent, se meuvent, changent de camp ; où, en fin de compte, les personnes sont considérées comme peu de chose et sont manipulées, cela aussi on I entend dire.Pour ma part, je préfère I idée d un immense réseau ferrovière où, d'une voie à l'autre, d'un compartiment à I autre du monde on se croise, on s'arrête, on se parle, on se décompartimente, on se visite, on contemple l'autre paysage, l'autre vision de la vie.Les sessions, les «rencontres au sommet», etc., sont éminemment bonnes et nécessaires.106 Cependant, on ne s'étonne plus que toutes ces réunions empilées provoquent chez beaucoup de personnes la nausée, et que l'on éprouve le besoin de se retirer de la circulation de temps en temps.Ce besoin est devenu si impérieux qu'on voit renaître des formes d'érémitisme, à court, à moyen ou à long terme à travers le monde.Les ermitages foisonnent déjà.On s'organise, on se regroupe.Pour tout dire, on propose des « sessions de désert« .Qui sont ces nouveaux ermites?Des fuyants de la vie?des chercheurs de solitude?des coureurs d'expériences?des chercheurs de Dieu?On veut tout lâcher, s'en aller, respirer, prendre du recul, faire le point, se retrouver soi-même, prier, rencontrer Dieu etc.Des religieux et des laïcs viennent s'informer et voir pour établir à leur tour, sur leur terrain, des ermitages à offrir à leurs membres comme zones de solitude et de prière, ou à des individus comme soutien spirituel.De jeunes étudiants sont tout heureux d'y venir relever le défi des sept, vingt-quatre ou quarante-huit heures.À côté de ces démarches déjà très variées, on offre maintenant des déserts-santé, par cures : jeûne total ou partiel d'eau, d'alimentation naturelle etc.; massages, relaxation, libre expression ; on est partout en mal de «retrouver sa peau».On parle de «rassembler ses énergies», de décupler ses puissances, etc.On en fait plus ou moins, parfois, de nouvelles religions.Je laisse aux spécialistes des «nouvelles religions», le soin de faire le tour de ces jardins-des-merveilles.Les buts et moyens de refaire la personne sont évidemment très diversifiés.De l'ermite à l'Ermite Quoi qu'il en soit de ces diverses avenues de réintégration de son corps, sinon de son être, on arrive au désert comme on est.Peu importe la route parcourue, l'important est de s'arrêter à temps, d'arrêter de courir, de prendre le temps de respirer, de regarder, de lire, de se lire, non plus à travers les modèles de vie et de comportement «passe-partout» que la société nous propose.Un jour peut-être, dans l'ermitage chrétien, on sentira sur nous le souffle de Dieu, on se verra regarder par un autre regard, on entendra en soi la Parole expliquer le Chemin.107 Il faut venir avec quelques provisions suffisantes et substantielles.C est beau parler de I essentiel; mais vous et moi sommes d'abord femmes et hommes de chair et de sang, liés à nos besoins physiologiques et psychologiques, et les provisions sont au service de nos besoins.Elles sont destinées à bâtir notre charpente humaine.On ne peut trop les réduire sans danger.Le risque des premiers pas en ermitage, c'est peut-être d'y rechercher l'ascétisme.L'important, il me semble, est de chercher d'abord le Maître de l'ermitage.Le reste devrait venir après plutôt qu'avant.Dans I Évangile, Jésus apparaît d abord à ses disciples comme un être séduisant, non comme un ascète.Plus tard, il leur proposera la prière et le jeûne comme moyens de chasser certaines formes de démons (Mt 9, 29).Les apôtres André et Jean, d'abord disciples de Jean le Baptiste, sont fascinés à la vue de Jésus annoncé comme l'« Agneau de Dieu», et ils se mettent à le suivre.« Rabbi, où demeures-tu?— Venez et voyez» (Jn 1,38).Ce regard de Jésus se retournant et enveloppant ces deux jeunes gens, c’est celui-là même qu'il pose sur nous aujourd hui, quand II nous invite à «venir à l'écart nous reposer» (Mc 6, 31).Derrière Jésus, nous suivons son sentier, attendant émus et frémissants d'un peu de crainte (sera-t-il fâché qu'on le suive ?), qu'il se retourne et nous regarde.Et alors, ce sera la lumière et l'éblouissement émerveillé.«Que voulez-vous?» — « Où demeures-tu ?» —« Ce jour-là ils demeurèrent avec lui, c'était environ la dixième heure» (Jn 1,39).L'heure n'est pas à l'ascétisme, mais à la joie intime de se sentir accueilli.«Les compagnons de l'époux peuvent-ils mener le deuil tant que l'époux est avec eux?Viendront des jours où l’époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront» (Mt 9, 1 5).André et Jean, ce jour-là, avaient trouvé leur Maître.Jamais, par la suite, ils n'ont pu s'en détacher, malgré le jour de la peur-abandon-trahison.Il en sera ainsi pour nous, à la condition de suivre Jésus et de cesser d'aller sans cesse à la recherche d'autres maîtres que Lui.La première question d'André et de Jean fut tellement importante dans leur vie.Ce «où demeures-tu» rebondira tout au long de leur formation évangélique en réponses de plus en plus 108 denses et profondes de la part de Jésus.La première fois que nous l'entendons parler dans l'évangile de Jean, c'est pour nous demander : «que voulez-vous?», puis de répondre : «venez et voyez», à la question des deux jeunes gens.C'est une manière de situer sa vie profonde : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie», « nul ne va au Père que par moi ».La vie avec Jésus, refondra complètement Jean, au point qu'à la fin du ministère de Jésus, on appellera Jean «le disciple-que-Jésus aimait», et non plus «fils du tonnerre», comme au début de son engagement.Jean a trouvé non seulement son Maître, mais il est devenu son ami.C'est habité par cet Ermite qu'il ira désormais ses routes.De même plus tard Paul, ce fou de Dieu, s'exclamera d'une parole formidable et extrême, qui nous concerne tous: «Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi» (Gai 2, 20).Quels disciples ! Mais aussi, quel Maître ! Alors donc, « éprouvez-vous vous-mêmes.Ne reconnaissez-vous pas que Jésus-Christ est en vous?» (2 Cor 13, 5) Lui, Paul, le sait d'expérience longue: «votre vie est désormais cachée avec le Christ, en Dieu».Voilà où peut nous conduire la route des marcheurs-vers-Dieu.S'aimer au désert Il faut s'aimer pour vivre au désert.Il ne s'agit pas seulement d'y être, mais d'y vivre, d'y grandir, de s'y épanouir.On vient au désert pour rencontrer Celui qui refait nos forces, parce qu'« Il est doux et humble de cœur» (Mt 11,28).Il est bien évident qu'André et Jean n'étaient pas occupés d'eux, mais tout tournés vers Celui qu'ils cherchaient à connaître.On ne vient pas à l'ermitage pour se châtier, voire pour se châtrer, pour se punir de n'être pas ce qu'on souhaiterait d'être; et sûrement pas pour regretter d'exister.Le bon petit vieux dicton: «on ne prend pas les mouches avec du vinaigre», s'applique bien ici.« Dieu est amour» (1 Jn 4, 8); Il n est ni aigreur ni amertume.Il nous donne le goût de ce qu'il est, plein de saveur exquise.Il faut être bon pour soi.Nous arrivons parfois au désert si malades, si blessés, si conscients de toutes nos insuffisances, ou si vaguement atteints de maladie latente, qu'il faut prendre bien soin de nous.109 Aimons-nous donc avec tendresse, portons-nous avec miséricorde, «soutenons-nous avec des gâteaux de raisin, avec des pommes, car nous sommes malades d'amour» (Cant.1,5).Prenons-nous en patience, « comme une mère caresse son enfant» ; mettons de l'huile sur nos plaies, versons un baume sur le cœur de « notre frère le corps», soyons le bon samaritain qui confie le corps malade à l'hôtelier du village, et pourquoi pas à l’ermitage et à celui qui nous y attend.«C'est moi qui ferai paître mon troupeau, et c'est moi qui le ferai reposer, déclare le Seigneur Dieu ! La brebis perdue, je la chercherai.Celle qui est blessée, je la soignerai, celle qui est faible, je lui rendrai des forces» (Ez 34, 15-16).Peu à peu, nous sentirons posée sur nous la main des miracles qui, avec la boue et la salive, matière si humble de nos vies d'hommes et de femmes, ouvrira nos yeux jusqu'à ce qu'ils « voient tout distinctement», et nos oreilles, jusqu’à ce qu'elles perçoivent enfin la voix de Celui qui deviendra notre Parole ferme pour régénérer nos membres perclus et recroquevillés sur eux-mêmes.Si Jésus a parlé avec tant de délicatesse des «lis des champs», c est peut-être qu'il admirait ces fleurs s'épanouissant doucement à la chaude lumière du soleil; ouvrant peu à peu leur corolle à la Vie, de qui elles tirent elles aussi leur être.Le Père céleste les revêt de beauté.La route du désert est simple, si simple.On y trouve un ermitage; on y arrive avec quelques provisions de bouche et de quoi nourrir aussi son âme; mais surtout, on y vient pour apprendre à s aimer, ce qui se fait en regardant nous regarder Celui qui est l'Amour et qui nous aime.«Jésus le regarda et se prit à l'aimer» (Mc 10, 21).II.L'ermitage Au bout de mon chemin, il y aura la maison.«La Maison»! C'est la famille, ce sont les souvenirs; ou bien, si la maisonnée ou moi sommes malades, la nostalgie devant ce qu elle aurait pu être, 110 nous atteint.«La Maison», ce mot plein de racines! «Regardez, c'est là que j'habite».«J'ai hâte de rentrer à la maison», dit-on après une absence et après le travail.C'est une très vieille histoire, aussi vieille qu'un psaume: «J'ai hâte d'avoir un abri contre ce grand vent de tempête» (Ps 54, 9).Il y aura une porte.Je l'ouvrirai, j'entrerai.«Seigneur, où demeures-tu?» Peut-être qu'au début, il n'y aura que moi.Peut-être fermerai-je trop tôt la porte: j'ai tellement besoin de me retrouver moi-même ! Mais que la porte ne demeure pas trop longtemps fermée; que les rideaux ne restent pas trop longtemps clos ; que la fenêtre soit l'œil extérieur de mon être vers la vie, la terre, le monde.L'ermitage ne pourra jamais être un ghetto, l'endroit où se terrer.«L'habit ne fait pas le moine», ni l'ermitage, l'ermite.Mais il est vrai cependant de croire que l'ermitage bâtit l'ermite.On se transporte partout, mais son ossature ne se modifie pas si vite.De même qu'il ne suffit pas de changer de pays pour changer d'origine, de culture, de tempérament.Mais l'ermitage commence toutefois à nous transformer, à nous modifier, dès que nous y mettons le pied.Car on avance dans l'ermitage, si l'on consent à ce que ce soit un point de départ plus qu'un point d'arrivée.En Jésus, fils de Joseph le charpentier, on peut reconnaître aussi « le Fils bien-aimé du Père céleste»; Il saura encore refaire notre charpente et reconstruire notre être.Quiconque s'est aventuré sur ce sentier apparemment désertique sait aussi qu'il change d'univers.Journaux, stéréo, télévision, super-marché, terminus et centres d'achats bruyants n'ont pas où loger ici.Certaines personnes ne pourront supporter le silence; elles en seront oppressées, le contraste étant trop grand.Il faudra alors prévoir des zones de transition, aller ailleurs s'habiller tout doucement de silence, à petites doses.On pourra, par contre, éprouver dès le début le sentiment d'arriver «chez soi», à la maison.En posant par terre le baluchon, quelque chose de bienfaisant montera du cœur, comme: «Ô mon peuple qui habite en Sion, ne crains pas.Il adviendra en ce jour-là que le fardeau glissera de ton épaule et le joug, de ta nuque» (Is 10, 24-27). L'ameublement Généralement sommaire, on l'acceptera comme il est, quitte à en modifier un peu l'agencement, si cela est possible, de manière à lui conférer un air plus personnel.Certaines personnes, par peur du vide, du «manque», auront tendance à emporter une bonne partie de leur garde-robe et garde-manger, (j'exagère exprès), tandis que d autres, naturellement très sobres, viendront à l'ermitage sans presque rien.Peu importe ces débuts, Dieu saura faire de chacun un vrai ermite, avec le temps.Je crois cependant qu'il peut y avoir quelque intérêt à apporter avec soi une ou deux choses significatives pour nous, qui nous feront rester en continuité avec ce que nous sommes, qui nous rappelleront d'où nous venons.Ces «points d attache», quand nous les ramènerons à notre appartement, auront acquis un nouveau sens, comme nous-mêmes sans doute.Car préparer le retour, c'est aussi important.L'ermitage est un coin où vivre; de soi il n est qu'un abri à qui nous donnons couleur, odeur et présence.Acceptons d'aller simplement de l'accessoire à l'Essentiel.Je veux parler de notre « Maître-charpentier».La maison que je suis Les aspirants à la solitude auront peut-être rencontré un jour, avec émotion, la parole que le prophète Osée prononça sur son épouse infidèle : «Je vais la séduire, je l'emmènerai au désert, et je parlerai à son cœur» (Os 2, 1 6).Ou bien, comme Moïse fasciné par le Buisson Ardent, ils voudront monter jusqu'à l'Horeb, vers la Face de Dieu.Mais, le chemin de la Montagne est désert et rochers.Heureux serons-nous, si nous pouvons seulement y trouver notre nid de passereau! «Le passereau même, trouve une maison, et I hirondelle, un nid où elle dépose ses petits» (Ps 84).Il n'y a pas de place au désert pour les débuts fracassants.«Travaillons, mes frères, disait François d Assise, nous ne faisons que commencer ! » Et le proverbe transmis au long des générations; «qui veut aller loin, doit ménager sa monture» est toujours d'actualité même si, aujourd'hui, on ne va plus guère à cheval.112 Notre corps réclame si peu de place; notre ermitage n est, au fond, qu'une toute petite planète, mais qui peut nous amener loin quand nous en aurons fait le tour.Jésus d ailleurs, ne nous emmène pas si loin au désert : « Quand tu veux prier, retire-toi dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père qui est dans le secret» (Mt 6, 6).On dit parfois que cette chambre, que cette maison, c'est nous-mêmes; et la porte, nos yeux qui se ferment.Dans cette maison, il y a un «veilleur»; il attend I Ami, I Époux, le Maître après le voyage, avant ou après la noce, tout présent dans le travail, à l'attente et à la joie.L'ermitage devient ainsi la maison du désir, de l'espérance en Celui qui viendra immanquablement, pourvu que nous l'attendions avec la lampe et avec I huile, I huile même qui peut servir à calmer le feu de nos brûlures, le creux de nos blessures.L'ermitage, en fin de compte, pourra devenir « la maison que je suis», la maison de «Je suis», car à notre porte, frappera sans cesse Celui qui veut venir : « S'il m'aime, j'entrerai, je souperai avec lui et lui avec moi » (Ap 3, 20).Et nous lui murmurerons : « Demeure avec moi, Seigneur, car le soir vient» (Le 24, 27).Nous aurons enfin trouvé, dans la Présence, notre dimension réelle, qui n'est peut-être pas celle du mont Carmel ou de l'Horeb.Peu importe que la maison soit grande ou petite, impressionnante ou banale, elle sera à la fois toujours plus grande que nous-mêmes, et pourtant, juste à notre mesure, car ce sera «la demeure de Dieu parmi les hommes.Et Dieu, avec eux, sera leur Dieu» (Ap 21,3).« Pour toi, ne sois rien que le bois, et que cela soit l'ouvrier de ce bois; ne sois que la maison, et que cela soit l'habitant de cette maison», le Charpentier qui demeure là.1 7.Le Nuage d'inconnaissance, Coll.Points Sagesses 12, Paris, Éd.du Seuil, 1977, p.114.113 La glorieuse Vierge Marie et Mère d'Youville Estelle Tardif, s.g.m.* S'il fallait prouver la dévotion mariale de Mère d'Youville par ses écrits, je devrais démissionner.Mère d'Youville, en effet — et combien nous le déplorons — n'a tracé que quelques directives à ses filles spirituelles, directives contenues dans le premier règlement adopté dès 1 737.Elles se lisent ainsi : Dès leur éveil, les sœurs prononceront les saints Noms de Jésus et de Marie et elles s'agenouilleront pour adorer le Cœur de Jésus et honorer le Cœur de Marie; à cinq heures de l'après-midi, elles se rendront à la chapelle réciter l'Office du Nom et du Couronnement de 13 Sa'nte„Vierge ainsi que le chapelet; on offrira son sommeil à Dieu après s'être spécialement unie aux sacrés Cœurs de Jésus et de Marie.Ce règlement est suivi des Manières de se comporter où la Bienheureuse note ; « On prendra pour patrons la très sainte Vierge et saint Charles Borromée».Cette dernière prescription disparaît lorsque, dès janvier 1738, M.Normant donne un caractère de finalité à ce règlement.Le supérieur des Sulpiciens entretient des idées très précises au sujet de cette communauté naissante.Il la destine à remplacer les Frères Hospitaliers de la Croix et de Saint-Joseph dont I établissement a pour titulaires la sainte Croix du Seigneur et saint Joseph.La petite communauté respectera cette intention initiale sans pour autant négliger la dévotion mariale, essentielle à l'esprit de Saint-Sulpice et à la piété de Mère d'Youville.5633 est.rue Sherbrooke.Montréal.H1N J A3.114 Comment montrer que la Bienheureuse a honoré Marie d'un culte très spécial puisque ses quelques écrits n'en révèlent presque rien?Son fils, l'abbé Charles Dufrost, nous explique en partie sa réserve: «Marguerite pense beaucoup mais parle peu» nous dit-il en ses deux textes sur sa mère à qui il décerne, avant Rome, le titre de Bienheureuse.L'abbé Charles aurait pu ajouter que Madame d'Youville a très peu écrit.Nous possédons quelques mémoires et quatre-vingt-neuf lettres rédigées par elle, dont trois en 1 751-52 et les autres au cours de la dernière décennie de son existence, soit de 1 762 à 1 771.Or, on le sait, lettres et mémoires ont été suscités par ses difficultés avec Bigot et ses réclamations à la Cour de France.Quelques missives adressées à des amis qui ont quitté le Canada après la conquête révèlent son exquise politesse, mais ne se prêtent guère aux confidences intimes.Toutefois, quelques aveux lui échapperont et nous serons en mesure de constater son abandon plénier aux mains du Père céleste et l'universalité de sa charité envers les enfants de ce Père, ses frères et soeurs d'humanité.Afin de soutenir son oeuvre, Madame d'Youville devait en outre se livrer à un travail incessant qui ne lui laissait guère le loisir de rédiger un journal intime.Quelles admirables considérations aurions-nous lues si elle nous avait confié ses sentiments envers celle qu'elle nommait Notre-Dame-de-la-Providence ! Nous recourrons donc aux seuls gestes de la Bienheureuse et sans doute avec profit, puisque l'éloquence du geste couvre toujours celle de la parole.Climat spirituel Reconstituer l'itinéraire marial de Mère d'Youville exige d'abord une brève évocation du climat spirituel de la jeune colonie au début du 18e siècle et celle des influences qui ont acheminé Marguerite vers une piété mariale si profonde qu'elle lui était devenue, pourrait-on dire, une seconde nature, ainsi que nous tenterons de le montrer.115 En 1 701, année de la naissance de notre héroïne, nos premiers missionnaires, les Récollets et les Jésuites, avaient déjà solidement implanté la dévotion à Marie au cœur de lÉglise canadienne.À Québec comme à Montréal ont vécu des personnages dont I histoire a immortalisé le nom et que l'Église a honorés plus tard de la béatification et de la canonisation.Il s'agit de Mgr de Laval, Marie de I Incarnation et sainte Marguerite Bourgeoys.Nous connaissons maintenant la dévotion mariale du bienheureux Évêque de Pétrée et celle de l'illustre Champenoise.Il semble que la fille aînée de Christophe Dufrost de la Jemmerais et de Marie-Renée Gaultier de Varennes ait reçu le prénom de Marguerite, précisément en souvenir de I admiration que I on portait à la Voyagère de Notre-Dame, décédée quelque deux ans plus tôt.En son milieu familial, l'enfant, la jeune fille bénéficie d'une influence qui la marque profondément.Privilégiée, Marguerite a vécu trois ans sous le toit de Pierre Boucher dont l'existence et les relations ont été mêlées à celles des Jésuites martyrs, de Mgr de Laval, Marie de l'Incarnation, Jeanne Mance et Marguerite Bourgeoys.Gratifié d'un fief par le Père Jacques de la Place, en 1656, le bisaïeul le nomme fief Ste-Marie.L'année suivante, il devient membre de la Congrégation de la sainte Vierge, congrégation qu'il établira à Boucherville et dont il deviendra le premier président.Notons surtout qu'une fois établi à Boucherville, le seigneur y invitera Marguerite Bourgeoys à venir enseigner le catéchisme à la génération montante.En ses mémorables Adieux, l'une des plus belles pièces de notre littérature canadienne, grand-père Boucher écrit: «Je vous laisse sous la protection de la sainte Vierge».À l'instar des autres descendants Boucher, Marguerite d Youville lira ces Adieux à genoux chaque anniversaire de la mort de celui qui les a tracés, mort survenue le 1 9 avril 1 71 7.Gratifiée par le bisaïeul d'un séjour de deux ans chez les Ursulines de Québec, Marguerite entre en contact avec la spiritualité de Marie de l'Incarnation.Évidemment, elle ne connaît pas personnellement la «Thérèse du Nouveau Monde», mais la vie du couvent s'anime de sa présence encore toute fraîche.De plus, en 116 cette année 1712, la colonie rend grâce au Ciel.Elle vient d'échapper au danger puisque la flotte de Walker s'est brisée sur les récifs de l'île-aux-Œufs, l'automne précédent.L'église Notre-Dame-de-la-Victoire est devenue Notre-Dame-des-Victoires et Marguerite apprend à se familiariser avec la dévotion à Marie que l'on invoque au monastère sous le vocable de Notre-Dame-du-Grand-Pouvoir.Mûrie par l'épreuve, l'adolescente est sensibilisée aux approches de la grâce et l'on remarque déjà chez elle un esprit lucide orienté vers l'essentiel.«Esprit sérieux, jugement mâle» dira son fils; autant d'appréciations appuyées par les contemporains.En 1721, lorsque la famille La Jemmerais se transporte à Montréal «en la maison sise sur la rue St-Vincent», Marguerite entre pour ainsi dire dans le domaine de Marie.L'église paroissiale où elle contracte mariage avec François d'Youville est sous le vocable de Notre-Dame et voisine d'un lieu de pèlerinage, la chapelle de Bonsecours.À Ville-Marie, on vit encore de l'esprit qui inspire la Société Notre-Dame de Montréal.Les Messieurs de Saint-Sulpice, depuis leur arrivée en 1657, ont développé le culte marial et enseigné, conformément à l'École de spiritualité française, que le mystère de l'Annonciation nous livre le secret de la grandeur de Marie.Milieu conjugal Marguerite d'Youville, on le sait, ne rencontre pas le bonheur en sa vie conjugale.Sa situation devient même si désespérée que le Seigneur intervient.Il emploie alors les avenues qu’il s est ouvertes dans son âme pour en prendre possession et la diriger vers les sommets.De bonne chrétienne qu'elle était, elle devient chrétienne fervente au point que tous ceux qui l'entourent constatent un changement radical dans sa mise et son comportement.Marguerite se transforme.En 1727, selon le conseil de M.du Lescoat, elle devient membre de l'archiconfrérie de la Sainte-Famille établie à Montréal par Mme d'Ailleboust et le Père 117 Chaumonot, Jésuite, en l'année du «tremble-terre» de 1 663.Mère Bourgeoys, Mère Macé de l'Hôtel-Dieu, Sœur Crolo et Mademoiselle Jeanne Mance ont adhéré à I archiconfrérie dont les exigences s apparentent au règlement austère de la vie religieuse au 17e siècle.Nous n hésitons pas à affirmer que c'est en assimilant I esprit de cette confrérie que Madame d Youville est devenue une fervente disciple de Notre-Dame.Il suffit pour s'en convaincre de parcourir le traité de La solide dévotion à la très sainte Famille.De plus, I attitude de Marguerite à I égard de son époux volage, attitude dont témoigne l'abbé Dufrost, et les rôles importants qu elle assume dans la confrérie nous révèlent aussi la profondeur de sa vie chrétienne.Les membres de l'archiconfrérie s'engagent à imiter la Personne de la sainte Famille selon leur état et leur condition.« Les femmes auront un soin particulier d imiter la sainte Vierge qu elles auront toujours devant les yeux comme le modèle de leurs actes.Avant d agir, elles s interrogeront Que ferait la Vierge en cette circonstance ?.L imitation de Marie est tellement essentielle que l'on ne sera pas de la sainte Famille dût-on remplir toutes les autres prescriptions» ajoute l'auteur de la brochure.Cette contemplation de l'humble vie de la Servante du Seigneur inspire à Marguerite un héroïsme quotidien.Écoutons son fils nous dire qu en dépit del indifférence de son mari, «on n'entendit jamais Marguerite lui faire le moindre reproche quoiqu'il le méritât grandement, ni même diminuer ses attentions et complaisances pour lui».Quant à ses devoirs d'éducatrice, son fils les résume en disant : « Il est peu de mères qui ont aimé leurs enfants autant que Mme d'Youville».Un autre biographe, M.Sattin, ayant connu huit des contemporaines de la fondatrice, dira que la Bienheureuse était «fidèle à réunir censitaires et employés en son domaine de Châteauguay afin de leur parler de Dieu et de réciter avec eux la prière du soir», prescription contenue dans la brochure mentionnée plus haut.Au sein de la confrérie, Mme d'Youville occupe des postes de confiance: conseillère, dame de charité, trésorière, supérieure, 118 institutrice des postulantes, autant de preuves qu'on lui reconnaît les qualités nécessaires à ces diverses fonctions.Admirons en passant l'action de la Providence qui prépare Marguerite à son rôle futur.Gestes révélateurs Nous avons dit que Madame d'Youville avait manifesté sa dévotion mariale par les gestes révélateurs qu'elle a posés dans les circonstances particulièrement graves de sa vie.Le temps est venu d'en faire la nomenclature.En octobre 1731, Marguerite d'Youville se rend à Québec, au monastère des Ursulines, afin de s'agréger à l'archiconfrérie du Sacré-Cœur de Jésus.Le volume du Père Croizet qu'on lui remet à cette occasion préconise également la dévotion au Cœur de Marie.L'état de ce volume précieusement conservé nous convainc de la dévotion fervente de Mère d'Youville au Cœur de la Vierge.Devenue fondatrice, elle se constitue l'apôtre de cette dévotion que Mgr de St-Vallier instaurait à Montréal en 1 722.À la fin d'octobre 1 737, lorsque Mère d'Youville décide de son engagement définitif au service de Dieu et des pauvres, c est devant une statue de la Vierge offrant son Fils au monde — statue à elle offerte par un ecclésiastique — qu'elle s'agenouille avec ses trois compagnes.«À haute voix, les yeux secs, d'un ton ferme et pleine de confiance en la Mère de Dieu, elle la supplie de prendre la petite société sous sa protection, protestant que tout leur but était de se consacrer au service des pauvres» nous dit l'abbé Dufrost.Et il ajoute: «La sœur Thaumur et la sœur Cusson accompagnèrent cette prière de leurs larmes».Comme il y a lieu de déplorer ici que personne n'ait rapporté cet acte de donation improvisé par Mère d'Youville ! On indique cependant qu'elle s'est adressée à la Vierge sous le vocable de Notre-Dame-de-la-Providence.L'appellation a jailli spontanément et elle répond bien à la piété mariale de la fondatrice.Depuis la faveur extraordinaire reçue dix ans plus tôt, Mère d'Youville « se sait l'objet de l'amour du meilleur des Pères», de ce Père dont la Providence a donné gratuitement au monde son 119 Sauveur né de Marie, d'où l'invocation de Notre-Dame-de-la-Providence au moment solennel où elle choisit la voie du renoncement, au service de Dieu et de ses pauvres.Cette invocation révélatrice suffirait à elle seule à témoigner de la dévotion mariale de Mère d'Youville.La Mère posera pourtant d'autres gestes significatifs.Elle inaugure son œuvre le 21 novembre, jour de la Présentation de Marie au Temple, par l'accueil de sa première protégée, l'aveugle Françoise Auzon.En 1741, lorsque la vie de M.Normant est en danger, Mère d'Youville a recours au Père céleste, au Cœur de Jésus certes, mais elle promet également « de faire brûler un cierge annuellement en l'église Notre-Dame au jour de la Présentation, 21 novembre».Quatre ans s'écoulent et le refuge de Madame d'Youville et de ses quelques pauvres est rasé par l'incendie au cours de la nuit du 31 janvier 1 745.La situation des Sœurs Grises est désespérée.Pour sa part, Mère d'Youville y entend un appel à plus de détachement.C'est alors qu'est rédigé le document appelé Engagements primitifs, qui lie pour toujours Mère d'Youville et ses compagnes au service des pauvres d'abord, des sœurs ensuite.Rédigés en hâte, les Engagements sont signés le jour de la Purification de Marie, soit le 2 février, vingt-quatre heures après le désastre que Mère d'Youville qualifie de «purification» exigée par Dieu.Les servantes des pauvres entraient à l'Hôpital général le 7 octobre 1747.L établissement est à peine relevé de ses ruines que Madame d'Youville s'empresse d'obtenir du Saint-Siège une indulgence plénière attachée à l'église pour le jour de l'Incarnation «comme celui où la très sainte Vierge, entrant en participation des droits et privilèges de Mère de Dieu, a été mise en communauté parfaite de tous ses biens».« En tous ses besoins, la servante des Pauvres recourait à la Vierge comme à une avocate toute puissante sur le cœur du Père éternel» nous dit le biographe Faillon.Notre-Dame se laissera toucher par tant de confiance.Lorsque les Sœurs Grises seront de nouveau témoins de la destruction de leur demeure, le 18 mai 1765, les flammes épargneront la petite 120 statue devant laquelle elles se sont consacrées vingt ans plus tôt.Quand on la retrouve dans les décombres, l'on constate que la base, de même métal que la statue, a fondu sous l'action de la chaleur.On signale le fait aux Vieux mémoires, comme l'ont fait les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame lors de l'incendie de la chapelle de Bonsecours, en 1 754, et comme elles le feront à trois ans de là quand le feu détruira leur Maison-mère.En 1771 s'achève la carrière de Madame d'Youville.Au début de novembre, la maladie la confine à sa chambre.Elle sait que le moment est venu pour elle d’aborder l'éternel rivage.Souventes fois au cours de sa vie mouvementée, elle a prié Notre-Dame d'être là, à l'heure de sa mort.Aussi demande-t-elle à ses sœurs d'installer Notre-Dame-de-la-Providence à son chevet.Après avoir mis sa confiance en Marie au cours de son existence, Mère d'Youville compte encore sur son appui pour être introduite à jamais auprès du Père des miséricordes.Par sa béatification, le 3 mai 1959, l'Église nous a dit que l'ultime requête de Marguerite d'Youville avait reçu une réponse affirmative.121 Les livres Cameron, Jean, Le chant de mes jours: Un temps pour vivre, un temps pour mourir, Éd.Bellarmin, 1986, 120 pp.Les pages qui suivent fournissent au lecteur l'occasion peu banale d'expérimenter avec Jean les difficultés et tribulations engendrées par une affection maligne en progrès.Nombre de problèmes qu'elle a rencontrés se retrouvent communément chez les cancéreux.Mais chez Jean, s'ajoutait une dimension supplémentaire de complexité, en raison de son statut de spécialiste des soins de la santé.C'était une amie autant qu'une patiente; elle était dispensatrice autant que bénéficiaire de soins.Pour elle, l'expérience s'est révélée un processus d'ouverture à autrui, à elle-même et à son Dieu.Chagnon, Roland et Viau, Marcel, Études pastorales : Pratiques et communautés, Éd.Bellarmin, 1986, 288 pp.Pour avoir quelque chance de réussir, l'intervention pastorale doit ajuster ses objectifs et ses stratégies aux diverses communautés humaines auxquelles elle s'adresse.Plus que flair et intuition, cette tâche requiert une réflexion critique et systématique sur les diverses expériences pastorales en cours dans le milieu, une réflexion qui sache profiter non seulement des acquis de la théologie, mais aussi de ceux des sciences humaines.C'est dire le caractère nécessairement interdisciplinaire des études pastorales.De Mello, Anthony, s.j., Comme un chant d'oiseau, Éd.Bellarmin, 1984, 1 83 pp.Tout le monde aime les histoires et vous en trouverez en abondance dans le présent livre: histoires bouddhiques, histoires chrétiennes, histoires de zen, histoires de hasidisme, histoires russes, histoires chinoises, histoires hindoues, histoires soufites, histoires anciennes et modernes.Ces histoires, tout de même, présentent toutes une même caractéristique: lues d'une certaine façon, elles occasionnent une croissance spirituelle.Domergue, Marcel, s.j., Découvrir la Parole de Dieu.Au fil des dimanches et fêtes de l'année A, Éd.Salvator 1986, 117 pp.M.Domergue ne nous donne pas ici des homélies toutes faites, il nous 122 propose une porte d'entrée : pour que chacun s'approprie les textes de la liturgie par une lecture active et une prière personnelle.Ce n'est pas un commentaire spirituel ou moral, ni une analyse qui s'attarderait sur des détails exégétiques : c'est la vie d'une Parole.Le livre nous invite à une «circulation» entre les lectures du dimanche, pour en percevoir le dynamisme, celui d'une Parole qui libère, le mouvement d'une rencontre, entre le Christ et les siens, entre les hommes de l'Ancien Testament et les hommes du Nouveau, entre eux tous et nous.Il excelle à montrer comment tels mots, telle expressions structurent et éclairent un passage.Dumont, Micheline et Fahmy-Eid, Nadia, Les Couventines ; l'éducation des filles au Québec dans les congrégations religieuses enseignantes 1840-1950, Éd.Boréal, 1 986, 31 5 pp.Jusque dans les années soixante, à peu d'exception près, les Québécoises qui ont poursuivi des études au-delà du niveau primaire ont été des couventines.En effet, les pensionnats dirigés par les communautés religieuses étaient pour ainsi dire le seul lieu où les jeunes filles pouvaient acquérir une formation académique d'un certain calibre.Parfois dénoncés avec amertume, le plus souvent évoqués avec nostalgie sinon avec ferveur, les pensionnats constituaient tout un univers qui a laissé une trace indélébile dans la mémoire des Québécoises.C'est cet univers que reconstituent ici Micheline Dumont, Nadia Fahmy-Eid et une équipe de collabo- ratrices.Ce livre s'adresse non seulement aux nombreuses lectrices qui ne manqueront pas de se reconnaître dans ces couventines, mais aussi à ceux et à celles qui veulent découvrir une facette aussi fondamentale du passé québécois.Ignace De Loyola.Exercices Spirituels, Éd.Bellarmin, 1986, 298 pp.Traduire est un acte difficile, à vrai dire impossible, et toute traduction est perfectible.Il est possible que, s'appuyant sur ce travail, l'édition française des Écrits de saint Ignace, projetée pour 1991, nous offre une traduction de l'Autographe, en concordance avec celles de la Vulgate et de la «Versio prima» encore améliorée.Toujours est-il que l'actuelle publication vient nous rappeler à point nommé que le texte des Exercices, que nous croyions connaître, est difficile, étrange, non seulement parce qu'il est écrit en une langue étrangère, mais surtout parce qu'il nous vient d'ailleurs, d'une expérience autre, où l'Esprit travaille sans cesse la lettre.Nous avions peut-être cru le domestiquer en nos paisibles traductions.En fait il reste énigmatique, daté, singulier, échappant à nos adaptions.La meilleure traduction des Exercices n'est-elle pas de les «faire»?Et le meilleur traducteur n'est-il pas «l'Esprit Saint qui écrit et imprime dans les coeurs la loi intérieure d'amour et de charité»?Ainsi les Exercices deviennent-ils vraiment « Spirituels».123 Retraites chez les servîtes de Marie — 1987 JUIN : Pour les couples mariés Du 26 au 28 «Notre mission: Artisans de Paix, portée par la prière.» JUILLET: Pour tous Du 1 er au 8 « La sainteté dans la liturgie des Heures» (Dieu veut nous partager sa sainteté, He 12, 10) Du 10 au 17 «Suivre Jésus, source de vie et de bonheur» Du 19 au 26 Prière — Contempler avec l'évangéliste Jean».Pour inscription et information : Le Responsable des Retraites Pavillon St-Philippe 4974, Lionel-Groulx St-Augustin de Québec, QC G3A 1V3 Tél.: (418) 872-8300 Exemplaires disponibles Si vous désirez poursuivre individuellement ou en groupe votre réflexion sur les thèmes du présent numéro ou des numéros antérieurs, vous pouvez vous procurer un ou plusieurs exemplaires de la revue à l'adresse et aux prix suivants: 5750, boulevard Rosemont, Montréal Tél.: 259-691 1 2,00$ l'exemplaire 1,50 $ pour 10 exemplaires et plus Frais de poste en plus Claude-M.Préfontaine, o.s.m Luc-M.Marsolais, o.s.m.Claude et Diane Joyal Camil et Ginette Duchesne Gérard-M.Biron, o.s.m.Alexis-M.Brault, o.s.m.André-M.Syrard, o.s.m 124 Retraite et session — 1987 — Socabi Retraite biblique : Date: Du dimanche, 28 juin à 1 9 h 30 au vendredi, 3 juillet 1 6 h 30.Thème: « Voici que moi je vais faire du neuf qui déjà bourgeonne ; ne le reconnaîtrez-vous pas ?» Is 43, 1 9 Co-prédication : Claude Julien, f.ch., Camille Bessette.Prix : Inscription 65.00 $, payable à l'avance à SOCABI (20.00 $ non remboursable).Pension complète : 11 5.00 $ payable sur place.Endroit: Maison Marie-Reine-des-Cœurs (Pères Montfortains), R.R.3, Rive Nord, Drummondville, QC J2B 7T5, Tél.: (81 9) 472-5449 (S.Germaine Lauzon) Journée sur la prière biblique : Date: Samedi, le 9 mai 1987 — De 9 heures à 17 heures.Thème: La Prière Biblique — dans un monde non problématique où la foi est reconnue — dans un monde problématique où la foi est en lutte — dans un monde vu sous un aspect nouveau où la foi transforme le regard.Personne-ressource : Jean-Pierre Prévost, s.m.m.Prix: 10.00 $ pour la journée.Possibilité de dîner à la cafétéria pour 5.00$.Endroit: 7400, boul.St-Laurent, Montréal, QC H2R 2Y1, Tél.: (514)274-4381.Information et inscription : SOCABI 7400, boul.St-Laurent, #519 Montréal, QC H2R 2Y1 (514) 274-4381 125 Retraites intercommunautaires — 1987 Mars-avril 29-4 Quelques invitations suite à la visitation de Jean Paul II.Mgr Paul-Émile Charbonneau Mai 9-16 Les Paraboles: Révélation de Dieu et de I existence réussie.Jacques Beaupré, s.j.Mai 23-30 «Si donc quelqu'un est dans le Christ, c'est une création nouvelle».Pierre Michalon, p.s.s.Juin 21-28 Bonne nouvelle pour toi.Roger Poudrier, o.f.m.Juillet 5-12 « L'Esprit vous rendra libres».Alfred Ducharme, s.j.Juillet 16-23 Prière et volonté de Dieu.Mgr Gaston Vachon Août 11-18 «Si donc quelqu'un est dans le Christ, c est une création nouvelle».Pierre Michalon, p.s.s.Octobre 21-27 « Heureux l'homme qui médite la loi du Seigneur jour et nuit».Michel Villemure, prêtre Novembre 10-17 Alliance et Vie de prière.André Forest, capucin Le Couvent de Belœil est heureux d'accueillir toute personne ou tout groupe de personnes pour des jours de solitude, des retraites privées, des rencontres communautaires, des sessions de croissance.COUVENT DE BELŒIL 1056, boul.Richelieu Belœil, Qc J3G 4R2 Pour inscriptions et renseignements, s'adresser à Thérèse Foisy s n i m Tél.: 467-4442 126 Retraites pour religieuses et laïcs — 1 987 6-13 avril « Dieu nous a aimé le premier» (complète) André-Marie Syrard, o.s.m 13- 18 avril La vie religieuse en l'an 2000.Roger Poudrier, o.f.m.20-27 avril Paraboles: Jésus révèle le vrai Dieu et l’existence réussie.Jacques Beaupré, s.j.18-25 mai Instinct évangélique pour un serviteur du Royaume.Roger Gauthier, o.m.i.25-1er juin Notre rencontre avec Jésus-Christ en Marie.Lucien Pépin, o.m.i.14- 21 juin Paraboles: Jésus révèle le vrai Dieu et l'existence réussie.Jacques Beaupré, s.j.2 1 -28 juin Pour nourrir notre esprit, notre fidélité et notre prière.René Bacon, o.f.m.28-5 juillet En croissance vers la femme nouvelle.Yvon Filippini, o.m.i.6-13 juillet «Maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur.Vivez en enfants de lumière.» Norbert Fournier, c.s.v.26-1 er août La liturgie quotidienne : source d'eau vive.Jean-Luc Vannay, ptre 3-10 août Expérience spirituelle à la suite de Jésus de Nazareth.André Lafond, ptre 10-17 août La vie religieuse dans l'aujourd'hui de Dieu.Mgr P.É.Charbonneau 17-24 août Un cœur nouveau.Roger Cyr, ptre Maison Rivier « Centre de Renouveau Chrétien» 999, rue Conseil Sherbrooke, QC J1 G 1M1 127 Retraites intercommunautaires — 1987 Juillet 19-26 « Nous avons reconnu l'amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru.».Réginald Tardif, c.ss.r.Août 2-9 « L'Évangile selon St-Jean».Réginald Tardif, c.ss.r.Août 9-16 « L Évangile selon St-Jean».Réginald Tardif, c.ss.r.— Ces retraites commencent à 20 h et se terminent à midi, le dimanche suivant.— Pour informations et réservations, s'adresser à : Père Réginald Tardif, c.ss.r.a/s Paul Barrette (adresse ci-dessous) Tél.(418) 872-0687 Pavillon St-Rédempteur 4957, rue Honoré-Beaugrand St-Augustin, Québec G3A 1T8 Retraite intercommunautaire — 1987 Date: Du 5 au 10 juillet 1 987 (5 jours) Thème: Les béatitudes Prédicateur: P.Gilles Jacques, s.m.m.Maison Reine-des-Cœurs RR 3 — Rive nord Drummondville, QC J2B 7T5 Tél.: (819)472-5449 128 Accueil Jean XXIII 1 2 000 est, boul.Gouin, Montréal Qué H1 C 1 B8 (514) 648-3116 Retraites et session intercommunautaires — 1987 Juillet : 20-26 Habite ton cœur, Temple de l'Esprit.Paul Hodée, ptre 30-6 août Le radicalisme évangélique et la pauvreté.Henri Goudreault, o.m.i Août : 27-2 sept.La rencontre du Christ dans l'Évangile.Jean Galot, s.j.Septembre : 21-24 Épître aux Hébreux (Session sans atelier).René Feuillet, p.s.s.Octobre : 8-14 L'Esprit Saint et la prière.Robert Choquette, c.s.c.Partage fraternel Une trentaine de communautés locales, situées en Afrique, seraient heureuses de recevoir la Revue, pourvu que des groupes plus favorisés financièrement acceptent d'assumer les frais d'abonnement.Ceux et celles qui désirent aider ces frères et soeurs en assurant le coût total ou partiel d'un abonnement, n'ont qu'à envoyer leur contribution au nom et à l'adresse suivante: La Vie des communautés religieuses Partage fraternel 5750 boulevard Rosemont, Montréal, Qué.Canada.H1T 2H2 Merci d'avance, au nom des bénéficiaires. ».m-74 .t&’M 5750, boulevard Rosemont Montréal, Québec, Canada H1T 2H2 la vie des communautés religieuses
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