La vie des communautés religieuses /, 1 septembre 1980, Septembre
min NPItp , m la vie septembre 1980 des communautés religieuses La vie des communautés religieuses Directeur : Laurent Boisvert, o.f.m.Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m.René Baril, o.f.m.Pierre BisaiIIon, o.f.m.Laurent Boisvert, o.f.m.Odoric Bouffard, o.f.m.Secrétariat : Rita Jacques, s.p.Bérard Charlebois, o.f.m Rédaction et administration : La vie des communautés religieuses 5750 boulevard Rosemont Montréal, Canada H1T 2H2 Tél.: 259-6911 Courrier de la deuxième classe Enregistrement n° 0828 Composition.Graphiti Impression: L'Éclaireur Ltée La revue paraît dix fois par an Abonnement : de surface: $ 8.00 (32 FF) (205 FB) par avion: $10.00 (45 FF) (255 FB) Sommaire Vol.38 — Sept.1980 Robert Lebel, évêque Le sens et la mission de la vie religieuse dans l'Église locale André Parenteau, f.i.c.L'Esprit Saint et la croissance spirituelle William F.Hogan, c.s.c.Autorité et communauté L'A., exprimant ses convictions de pasteur, considère certains aspects de la vie religieuse dans l'Église locale.Quels sont les besoins de l'Église auxquels la présence, la vie et l'action des religieux vont apporter une réponse?La profession religieuse unit à l'Église et à son mystère; elle n'en sépare pas.La vie religieuse est une manière particulière de participer à la nature sacramentelle du Peuple de Dieu.Le plus important pour l'Église est de vivre la Pentecôte.Pour ce, l'Esprit doit l'introduire dans la vérité, l'éduquer, mettre en elle un cœur nouveau, transformé par l'amour.L'Église doit accepter d'être un champ d'expérience de l'Esprit Saint.L'autorité religieuse est comparée, par analogie, à celle des évêques; son rôle est d’enseigner, de sanctifier et de gouverner.Par ailleurs, la vie communautaire doit favoriser la foi, le partage des valeurs spirituelles, la relation à Dieu.Les livres 201 Le sens et la mission de la vie religieuse dans l'Église locale * Robert Lebel, évêque** N'attendez pas de moi une savante conférence sur la vie religieuse : il y a ici plusieurs experts capables de le faire mieux que moi à partir de leur expérience et de leurs recherches théologiques.Je vous apporte simplement le point de vue d'un pasteur dont le rôle est de coordonner, susciter parfois et toujours confirmer les diverses manifestations de la vie de l'Église.Je le ferai dans l'Esprit que Vatican II manifeste dans les divers documents qui touchent la vie religieuse: «Lumen Gentium» et «Gaudium et Spes» nous fournissent la toile de fond qui nous aide à situer tout dans son vrai contexte; le décret «Christus Dominus» sur la charge pastorale des Évêques, le décret « Perfectae Caritatis» sur la vie religieuse; puis l'admirable exhortation de Paul VI sur l'évangélisation ainsi que l'encyclique «Redemptor Hominis» de Jean-Paul II, deux documents majeursqui éclairent singulièrement l'aspect missionnaire de toute situation et de toute responsabilité dans l'Église.Nous sommes aussi éclairés par le document produit conjointement par la Sacrée Congrégation pour les Évêques et la Sacrée Congrégation pour les Religieux et les Instituts Séculiers et intitulé « Directives de base sur les rapports entre les Évêques et les Religieux dans l'Église»1.* Cette conférence a été donnée à Montréal, le 1er juin 1980, à l'occasion du 25 e anniversaire de la Conférence Religieuse Canadienne.Le texte sera publié dans le prochain Donum Dei, n° 26,intitulé Sens et Mission de la vie religieuse dans l'Église locale.** Évêché de Valleyfield, 31 rue Fabrique, Qué.J6T 4G9.1.Osservatore Romano, éd.française, 18 juillet 1978.Fides, «L'Église aux quatre vents», 1978, désigné dans la suite par le sigle É.R.É.202 Je n'irai pas au-delà des aspects fondamentaux de la vie religieuse et de la vie de l'Église locale.S'en tenir à ces aspects fondamentaux n'est pas nécessairement se condamner à la répétition de lieux communs; il est bon parfois, pour s'y retrouver, de dégager les grands axes qui nous font voir l'ordre des ensembles.Ainsi, pour se retrouver dans une grande ville, on s'oriente par rapport aux grandes artères.Ce que j'ai à vous dire se situe bien plus au niveau des convictions d'un pasteur que de la science d'un théologien: les deux sont nécessaires, mais il y a un temps pour chaque chose.Mes paroles seront aussi un appel au nom de la communauté ecclésiale: quels sont les besoins de l'Église auxquels votre présence, votre vie et votre action vont apporter une réponse?La vie religieuse, un aspect de la vie de l'Église « Les conseils évangéliques de la chasteté consacrée à Dieu, de la pauvreté et de l'obéissance, fondés sur les paroles et les exemples du Seigneur et recommandés par les Apôtres, les Pères, les docteurs et les pasteurs de l'Église, sont un don divin que l'Église a reçu de son Seigneur et qu'elle conserve toujours avec sa grâce»2.La vie religieuse est un don que le Christ fait à son Église, elle est un aspect important de la vie de l'Église.Si on veut appuyer sa compréhension de la vie religieuse sur ses bases essentielles, il faut se référer à l'Église.On ne saisit pas le mystère de la vie religieuse si on ne le situe pas dans le mystère de l'Église et inversement la vie religieuse, par les traits marqués de son radicalisme, nous aide à mieux voir la figure de l'Église et la nature de sa mission.La vocation religieuse dans la vocation baptismale Le document des deux congrégations romaines mentionné plus haut situe d'emblée ses réflexions et recommandations dans la perspective de notre «commune vocation baptismale à la vie de l'Esprit».De ces perspectives «naissent des exigences éclairantes 2.Lumen Gentium, n° 43.203 et des influences efficaces sur les rapports réciproques entre les Évêques et les religieux»3.La vie religieuse est une façon radicale de vivre son engagement baptismal.Tout le monde est convaincu de cette vérité élémentaire.Mais il y a intérêt à réfléchir sur les vérités élémentaires car au moins on y avance sur un terrain solide.Le baptême est la chose la plus importante qui nous est arrivée depuis notre naissance.Rien de plus important ne peut nous arriver devant Dieu que de «renaître de l'eau et de l'Esprit» (Jean 3, 5) pour partager la vie divine et devenir réellement enfants de Dieu (Jean 1,12 — Jean 3, 1-2).Que peut-il nous arriver de mieux que de «revêtir le Christ» (Galates 3,27), être plongés dans le mystère de sa mort et de sa résurrection (Romains, 6, 1-11), et devenir son Corps Mystique (I Cor.12, 27).Tout ce qui nous arrive après le baptême ne fait qu'en actualiser les possibilités.Jamais on ne peut sortir au-delà du dynamisme du baptême : la vie héroïque des saints, les degrés les plus élevés de l'union à Dieu ne sont pas autre chose que cette plongée dans l'Esprit figurée et réalisée dans le baptême.La perfection de la charité que cherche la vie religieuse n'échappe pas à cette dynamique du baptême ; elle est une manière de libérer ce dynamisme de l'Esprit donné au baptême.Le baptême est une naissance dans l'Église Se référer à son baptême, ce n'est pas seulement rappeler son union personnelle au Christ, son engagement à le suivre, sa disponibilité à se laisser guider par l'Esprit.Être baptisé, c'est aussi entrer dans le sein de la communauté ecclésiale.C'est dans le sein maternel de l'Église que Dieu nous donne sa vie et son Esprit.On ne peut avoir Dieu pour Père quand on n'a pas l'Église pour mère, nous dit saint Cyprien de Carthage4.Naître de l'Église, ce n'est pas 3.É.R.É., n° 4.4.« Habere non potest Deum Patrem qui Ecclesiam non habet Matrem».De Catholicae Ecclesiae Unitate, n° 6: PL.4., 519.Trad.P.de Labriolle, U nam Sanctam 9, éd.du Cerf.1942, p.13.204 en sortir pour avoir son existence autonome, comme dans la naissance corporelle ; c'est entrer en elle, c'est s'identifier à ce que le Christ produit en elle.Plus on grandit, plus on lui est uni, identifié.Toutes les étapes qui nous font développer les possibilités de notre baptême ne font que nous unir plus étroitement à notre mère l'Église, comme l'amour de Dieu fait en même temps grandir l'amour pour nos frères.La profession religieuse est donc un renforcissement du lien à l'Église; à mesure qu'on progresse dans la vie religieuse, on progresse aussi dans son union à l'Église, on s'associe plus intimement à sa contemplation de Dieu et à son souci d'évangéliser le monde.Il serait tout à fait contradictoire de s'identifier de plus en plus à une congrégation religieuse tout en se distançant de la grande communauté ecclésiale.«Par la charité à laquelle ils conduisent, les conseils évangéliques unissent d'une manière spéciale leurs adeptes à l'Église et à son mystère ; aussi convient-il que la vie spirituelle de ces derniers soit consacrée au bien de toute l'Église»5.Le document des deux congrégations commente: «Tout Institut est né pour l'Église, il est tenu de l'enrichir par ses caractéristiques propres selon son esprit particulier et sa mission spécifique.En conséquence, les religieux doivent cultiver une conscience ecclésiale renouvelée, prêtant leur activité pour l'Édification du Corps du Christ, persévérant dans la fidélité à la règle et l'obéissance à leurs supérieurs».«La vie religieuse est une manière particulière de participer à la nature sacramentelle du peuple de Dieu»6.L'Église universelle se réalise dans l'Église particulière Il n'y a qu'une seule Église du Christ, l'Église universelle, sans frontières, rassemblée autour de l'unique Pasteur invisible (Jean 10, 1-16).Néanmoins, cette Église universelle s'incarne de fait dans les Églises particulières.Celles-ci ne sont pas seulement une 5.L.G.n° 44.6.É.R.É., n° 14 et n° 10.205 partie de l'Église universelle, elles sont la réalisation de l'Église universelle dans un endroit particulier7.En adhérant à une Église locale qui se trouve en communion avec l'Église universelle, c'est à l'Église tout court qu'on adhère et non pas seulement à une portion de l'Église.Le mystère de l'Église existe dans l'Église particulière et c'est par rapport à celle-ci que les personnes et les groupes ont à se situer.La législation canonique sur le sujet découle d'une notion de l'Église.Telle est l'inspiration du document romain auquel je me réfère souvent8.Devoir de l'Évêque de s'occuper des religieux Lorsque je parle de la vie religieuse, il me semble que je le fais avec conviction.À cause de cela, je me suis fait demander à plusieurs reprises si j'étais membre d'une congrégation religieuse.Je prends cette question comme un compliment.Mais, par ailleurs, je trouve normal qu'un pasteur ait une connaissance assez précise de la vie religieuse, étant donné la place importante que les religieux occupent dans l'Église.Ils font partie de l'ensemble de sa physionomie, ils participent d'une manière particulière à la nature sacramentelle de l'Église.«Les Évêques, en union avec le Pontife Romain, reçoivent du Christ-Chef, la charge (cf.L.G.21) de discerner les dons et les compétences, de coordonner les énergies multiples et de diriger tout le peuple pour vivre dans le monde comme signe et instrument de salut.C'est donc à eux qu'est confié également l'office de prendre soin des charismes religieux, d'autant plus que l'indivisibilité même du ministère pastoral les rend responsables de la perfection de tout le troupeau.De la sorte, en promouvant la vie religieuse, en la protégeant conformément à son caractère propre, les évêques accomplissent un véritable devoir pastoral9.« L'Évêque 7.Evangelii Nuntiandi, n° 61-62.8.Voici te chapitre III intitulé « La vie religieuse dans la communion ecclésiale ».9.É.R.É.n° 9.206 doit être le principal animateur de la vie religieuse en elle-même et non seulement des activités pastorales»10.S'occuper de la vie religieuse est donc un des devoirs essentiels de l'Évêque.Il doit être «le gardien de la fidélité à la vocation religieuse dans l'esprit de chaque institut».«En union avec leur clergé, les Évêques seront les partisans convaincus de la vie consacrée, des défenseurs des communautés religieuses, des éducateurs de vocations, des tuteurs valables du caractère propre de chaque famille religieuse, aux plans spirituel et apostolique»11.Ils doivent aussi voir à ce que les prêtres et les pasteurs aient une bonne information sur la vie religieuse, qu'ils s'en fassent les promoteurs et qu'ils offrent aux personnes consacrées une aide pastorale appropriée12.Le premier rôle des religieux dans l'Église diocésaine «La vie religieuse est une manière particulière de participer à la nature sacramentelle du Peuple de Dieu»13.Il s'ensuit que le plus important pour l'Église ce n'est pas ce que font les religieux et les religieuses, mais ce qu'ils sont.Cela ressemble à une vérité évidente qu'il est inutile de souligner.Mais pourquoi semble-t-on si souvent l'oublier en pratique?Ce n'est pas pour rien que le document romain prend la peine de le rappeler : « Les religieux et leurs communautés sont appelés à donner dans l'Église un témoignage visible de consécration totale à Dieu ; cette option fondamentale de leur existence chrétienne est la première tâche à réaliser dans la forme de vie qui leur est propre.Quel que soit le caractère particulier de leur Institut, les religieux sont en effet consacrés pour témoigner publiquement dans l'Église- 10.Le Cardinal Pironio vous parle.Office diocésain des religieux, Québec, 1977, page 80.11.É.R.É., n° 28.12.É.R.É., n° 29.13.É.R.É., n° 10.207 Sacrement que le monde ne peut être transfiguré et offert à Dieu sans l'esprit des béatitudes» (L.G.31 )14.Les religieux et les religieuses dans un diocèse sont plus et mieux que des collaborateurs utiles, des travailleurs bénévoles ou peu exigeants sur le plan salaire, des personnes compétentes et expérimentées auxquelles on a largement recours.Ils sont tout cela et nous les en remercions ainsi que la Providence et leurs supérieurs majeurs.À tous, nous disons : ne nous lâchez pas, sans vous nous serions «mal pris».Ils sont tout cela et c'est beaucoup.Mais ils sont aussi beaucoup plus: ils sont des témoins d'une dimension essentielle de la vie chrétienne et de la vie de l'Église.Je cite ici un texte de « Perfectae Caritatis » que je trouve d'une importance capitale.Les religieux devraient s'en faire des phylactères pour ne pas l'oublier.Les Évêques aussi, j'imagine.« Poussés dans cette voie (de consécration spéciale au Seigneur) par la charité que l'Esprit Saint répand dans leurs coeurs, (les religieux) vivent toujours davantage pour le Christ et pour son Corps qui est l'Église.C'est pourquoi plus fervente est leur union au Christ par cette donation d'eux-mêmes qui embrasse toute leur existence, plus riche est la vie de l'Église et plus fécond son apostolat»15.La vie religieuse est une vie donnée au Christ.Voilà «le cœur de la vie religieuse» selon les mots mêmes du décret «Perfectae Caritatis ».C'est Jésus-Christ qui sauve le monde : en se consacrant totalement à Jésus-Christ, le religieux unit l'Église à son Seigneur et lui fait partager plus intimement son désir de sauver le monde.Le premier apostolat religieux Le premier apostolat des personnes consacrées, c'est d'être un bon religieux et une bonne religieuse.C'est la façon concrète qu'ils ont choisie d'être de bons chrétiens.Par la qualité et la ferveur de leur vie religieuse, ils rendent le Christ plus présent à l'Église.Le 14.É.R.É.n° 14.15.Perfectae Caritatis, n° 2.208 salut de l'humanité, c'est d'être de plus en plus transformée en Jésus-Christ, d'être pénétrée de son Esprit, de devenir un sacrifice spirituel, cette humanité qui remonte vers le Père dans l'adoration, l'amour, la transfiguration de tout son être.Ce salut se réalise totalement en Jésus-Christ.Il se communique à son Église en commençant par la cellule initiale parfaite qu'est la Mère de Dieu; mais il se répand aussi par d'autres médiations que sont les ministères, les charismes, les témoignages qui sont les véhicules et les signes de l'Esprit.La vie religieuse est l'un de ces puissants témoignages propagateurs de vie.Ce qui, chez les religieux, doit intéresser le plus les pasteurs, c'est la qualité, l'authenticité, la ferveur de la vie religieuse.Le devoir primordial de l'Église, la première préoccupation des pasteurs, c'est d'évangéliser16.Dans cette responsabilité commune d'évangélisation, les religieux ont un rôle spécial et irremplaçable.Écoutons « Evangelii Nuntiandi » : « Les religieux trouvent dans leur vie consacrée un moyen privilégié d'évangélisation».Notons-le bien, leur vie consacrée est un moyen privilégié d'évangélisation : c'est leur premier moyen et celui qui qualifie tous les autres.«Par leur être le plus profond, ils se situent dans le dynamisme de l'Église, assoiffée de l'absolu de Dieu, appelée à la sainteté.C'est de cette sainteté qu'ils témoignent.Ils incarnent l'Église désireuse de se livrer au radicalisme des béatitudes.Ils sont par leur vie signes de totale disponibilité pour Dieu, pour l'Église, pour les frères.En cela, ils ont une importance spéciale dans le cadre du témoignage qui est, nous l'avons affirmé, primordial dans l'évangélisation »17.La vie religieuse a donc en elle-même une portée missionnaire.Elle constitue l'apport premier, essentiel, des religieux à la vocation missionnaire de l'Église.La vie religieuse est déjà en elle-même un engagement apostolique.16.Evangelii Nuntiandi, n°68.17.Idem, n° 69.209 Le témoignage spécifique de la vie religieuse Qu'est-ce que le Seigneur demande aux religieux pour son Église, en quoi consiste le témoignage original de leur vie religieuse?«Par leur être le plus profond ils se situent dans le dynamisme de l'Église, assoiffée de l'absolu de Dieu, appelée à la sainteté (.) Ils incarnent l'Église désireuse de se livrer au radicalisme des béatitudes».Dans l'entreprise commune d'évangélisation, les religieux témoignent à leur façon du radicalisme des béatitudes.D'autres le font aussi car tous les chrétiens sont appelés à vivre le radicalisme des béatitudes: les béatitudes sont l'appel de la loi évangélique adressé à tous les croyants.Mais le témoignage des religieux est nécessaire à l'Église et au monde : sans lui le témoignage global de l'Église serait incomplet et moins conforme à la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.Le vrai Jésus-Christ au vrai monde On peut résumer en une courte expression le souci que porte l'Église dans sa mission d'évangéliser: «apporter le vrai Jésus-Christ au vrai monde ».L'Église missionnaire est soucieuse de deux vérités: la vérité de Dieu et du salut qu'il nous propose en Jésus-Christ; mais aussi la vérité de ceux à qui l'Évangile s'adresse, la connaissance de ce qu'ils sont vraiment et de ce que l'Évangile deviendra en s'incarnant dans la pâte humaine qu'ils sont avec leur vie concrète, leur culture, leurs problèmes, leurs projets, etc.Telle est la perspective globale de l'Église missionnaire qui s'exprime dans Vatican II : l'Église qui se regarde dans l'Évangile, qui cherche comment Jésus la veut (Lumen Gentium, Dei Verbum) mais qui est préoccupée de la qualité et de la vérité de sa relation au monde (Gaudium et Spes).Il serait trop simple de dire que le laïcat est la face de l'Église tournée vers le monde tandis que la vie religieuse est celle qui est tournée vers Dieu.Faire un absolu de cette affirmation nous 210 amènerait dans l'erreur en supposant que Dieu est étranger au monde.Dieu est dans le monde.Tous ont à découvrir Dieu et le monde : la différence est dans la façon de les découvrir et dans les aspects différents mis en lumière.Dans leurs efforts de renouveau post-conciliaire les instituts religieux ont adopté la perspective globale de Vatican II : chercher à témoigner du vrai Jésus-Christ pour le vrai monde.Comme on l'a remarqué avec justesse, ils ont su intégrer les perspectives de «Gaudium et Spes» à celles de «Lumen Gentium» qui avait servi de toile de fond au décret sur l'adaptation et la rénovation de la vie religieuse18.Nous retrouvons cette perspective globale dans l'Encyclique «Redemptor Hominis» de Jean-Paul II.«Toutes les routes de l'Église conduisent à l'homme» (n° 14) nous dit notre Pape.Le témoignage original des conseils évangéliques Tous les chrétiens sont appelés à la perfection de la charité: «Soyez parfaits comme notre Père céleste est parfait» (Matthieu 5, 48).Les conseils évangéliques ne se situent pas au-delà du commandement de l'amour parfait (Matthieu 22, 37-40) : ils explicitent l'appel que contient le commandement.Ils signifient «que la loi d'amour ne saurait s'exprimer en préceptes définis, mais qu'elle peut toujours exiger davantage de celui qui, en l'acceptant, accepte de devoir donner sans limites»19.Les conseils s'adressent ainsi à tous les chrétiens.La vie religieuse en a privilégié trois qui englobent toute la vie humaine et font de la profession religieuse un don radical de soi-même à Dieu.Ils orientent la vie du profès dans le sens d'un sacrifice spirituel qui soit total, comme un holocauste.Ce sacrifice total est en lui-même un témoignage de l'absolu de Dieu, des exigences de son amour total.Il affirme dans des faits 18.J.M.R.Tillard, O.P., Appels du Christ, appels du monde, Le Cerf, 1978, page 14.19.R.Voillaume, Entretiens sur la vie religieuse, Le Cerf, 1973, pages 45-46. que la loi évangélique est plus qu'une morale simplement honnête mais l'appel des béatitudes et la suite de celui qui va à la Résurrection par la Croix.D'autres situations de chrétiens, d'autres gestes ou attitudes peuvent aussi témoigner de l'absolu de Dieu, mais la vie religieuse le fait d'une manière complémentaire qui ne peut être remplacée.L'approche missionnaire des conseils Mais les conseils sont aussi une façon de se situerface à Dieu et face au monde.Ils qualifient non seulement l'approche de Dieu mais ils donnent aussi à l'approche de l'homme un caractère spécial sans lequel certaines réalités humaines ne seraient pas atteintes par l'Évangile ou, en tout cas, ne le seraient pas de la même manière.Et ce que je dis ici est vrai même pour les contemplatifs.La pauvreté « Bienheureux les pauvres» (Matthieu 5, 3).Les pauvres ont un cœur tourné vers Dieu ; ils sont comme l'enfant qui vit simplement sa dépendance envers ses parents: ils sont ouverts aux dons de Dieu.Leur renoncement aux richesses de ce monde témoigne de l'importance accordée aux valeurs que privilégie la foi.Une foi qui ne s'accompagnerait pas d'une forme ou l'autre de pauvreté montrerait son peu de vigueur et de profondeur.Par sa profession de pauvreté et sa pratique, le religieux témoigne radicalement de l'option de vie qu'est sa foi.La pauvreté parle de Dieu, de ses exigences, des richesses de son amour pour lesquelles on est prêt à laisser tout le reste.Mais la pauvreté donne aussi une approche et une compréhension du pauvre qui est à évangéliser (Matthieu 11,5).C'est pourquoi les religieux sont interpellés d'une façon spéciale par le cri des pauvres.La vie simple et modeste du religieux favorise le partage avec les pauvres.Il doit avoir du souci pour les pauvres, se préoccuper de secourir les sans-défense, les démunis, ceux que les organisations sociales ne rejoignent pas.Une forme d'esprit de 212 pauvreté nécessaire au monde présent, c'est l'amour des pauvres, le souci de leur situation et l'engagement social pour corriger le mauvais partage qui les défavorise.Où vont nos sympathies entre les diverses classes sociales, dans les conflits?Les pauvres s'attendent à trouver chez les religieux, compréhension, sympathie et aide et le religieux ne devrait pas se sentir mal à l'aise avec les pauvres.Le célibat Le célibat est un moyen de s'approcher de Dieu et de parler de lui; mais il a aussi une parole à dire sur la réalité humaine importante qu'est la sexualité et il peut donner une qualité spéciale à la présence aux humains du témoin de l'Évangile.Le célibat pour le Royaume (Matthieu 19, 12) témoigne de l'absolu de Dieu, des exigences totales de son amour.Il ne se comprend ni ne s'accepte sans la foi et sans les perspectives de la vie future et de la résurrection (Matthieu 22, 30).Vivre le célibat pour le royaume d'une façon épanouie demande non seulement un bon équilibre humain mais surtout, une solide vie théologale.C'est pourquoi il est un témoignage puissant pour Dieu, pour la grandeur de ses dons et de ses exigences.Dans l'engagement qu'il exige et qui est incompréhensible sans la foi, il témoigne que les voies de Dieu ne sont pas comme nos voies humaines (Isaïe 55, 8-9).Le célibat pour le Royaume témoigne de la transcendance de Dieu.Mais il est aussi une approche de la sexualité humaine, une façon de la vivre et d'en révéler toutes les possibilités.Le célibat consacré, comme le mariage conforme à la volonté du créateur, est un témoignage de ce qu'est l'amour humain véritable.La société de consommation, qui tire profit de tout, a fait de la sexualité un objet d'exploitation : elle a réussi à séparer la recherche du plaisir sexuel et l'amour; elle sous-estime les qualités de l'amour que sont la fidélité et la fécondité.Le célibat consacré témoigne que l'on peut s'épanouir sans céder à toutes les requêtes de la sexualité; il témoigne que l'on peut aimer, donner son dévouement et même sa tendresse de façon gratuite et qu'on trouve dans ce renoncement joie et épanouissement.Le mariage conforme à la volonté du 213 créateur témoigne aussi des mêmes valeurs, mais d'une autre façon.Le célibat a pour l'humanité un message important et irremplaçable dont notre monde moderne a un pressant besoin.Il donne aussi à celui qui le vit une dimension originale dans son approche de ses frères et de ses soeurs.Il est une ouverture du cœur à la charité universelle.Ceux qui ont renoncé à l'amour légitime qu'on vit dans un couple et dans une famille sont disponibles pour secourir et chérir ceux qu'on oublie d'aimer: les vieillards abandonnés, les handicapés, les étrangers et tous les laissés pour compte.Tous ceux qui sont nécessiteux dans leur cœur et dans leur corps et que les organismes publics ne secourent pas sont un champ tout désigné pour la charité et le dévouement des célibataires consacrés.Un célibat qui se donne ce visage de bonté et ces mains secourables n'est vu par personne comme un refus d'aimer.L'obéissance L'obéissance religieuse témoigne à sa façon que le salut du monde ne vient pas de notre initiative mais de l'initiative du Père en Jésus-Christ.Celui-ci nous a sauvés dans l'obéissance à son Père.Personne ne peut arriver au salut par un autre chemin : le monde a besoin aujourd'hui de se faire rappeler cette exigence du salut; l'ensemble du peuple de Dieu aussi.L'Église n'est pas maître de l'Évangile ; elle doit être conforme non pas à ses propres désirs mais à ceux du Christ; c'est lui qui sauve le monde en elle et il le fait selon la volonté du Père.Le religieux obéissant est dans l'Église un constant rappel de cette dimension obéissance qui en fait l'authentique peuple de Dieu.Mais l'obéissance donne aussi à l'évangélisateur une capacité originale de rencontre avec le monde à évangéliser.Le couple autorité-obéissance suppose de part et d'autre une attitude d'écoute, de compréhension, de respect de la réalité et des personnes.Celui qui sait obéir élargit son regard et ses possibilités au-delà de ses propres limites; il se présente avec la capacité de son institut et finalement, avec la capacité de l'Église.214 L'obéissance favorise évidemment une organisation pastorale efficace où toutes les énergies convergent et se complètent dans l'harmonie.Ce qui est vrai de toute organisation l'est aussi de l'Église.Mais l'unité dans sa pastorale est plus qu'une question d'efficacité: c'est un témoignage du mystère que l'Église a la mission de réaliser: «Qu'ils soient un comme nous sommes un, moi en eux comme toi en moi, pour qu'ils parviennent à l'unité parfaite» (Jean 17, 22-23).Le témoignage de la vie communautaire Le salut du monde comporte le rassemblement des enfants de Dieu dans le Royaume.L'Église est communion, rassemblement dans l'Esprit autour de Jésus-Christ.L'unité dans la communion est plus qu'une qualité nécessaire à l'efficacité de sa mission : c'est la forme même de son être et l'objectif suprême de sa croissance dans l'Esprit.L'Église a pour mission de faire de toute l'humanité une communauté rassemblée dans l'Esprit autour du Sauveur et offerte ainsi au Père (Éphésiens 1, 1-14).Ce monde rassemblé dans l'amour c'est l'Église elle-même dans son accomplissement.En attendant, elle se construit peu à peu en rassemblant des fidèles dans diverses communautés comme les communautés paroissiales, les autres groupes communautaires plus restreints, la communauté familiale.Ces divers groupes forment le tissu de l'Église diocésaine et de l'Église universelle.Les communautés religieuses illustrent d'une façon radicale ce caractère communautaire de toute l'Église: elles sont des témoins de ce que l'Église a voulu être dès ses débuts et de ce qu'elle sera dans son accomplissement final.La vie communautaire des religieux est un témoignage prophétique qui a une singulière efficacité dans la construction de l'Église.Si les religieux réalisent une vie communautaire de qualité malgré toutes les difficultés à vaincre, ils annoncent que le projet rassembleur de l'Église est réalisable par la grâce de l'Esprit et la coopération humaine.Ils encouragent toutes les communautés 215 ecclésiales qui essaient de se constituer à différents niveaux; ils affirment les possibilités de vivre ensemble à tous les groupes qui éprouvent des difficultés, aux familles, aux couples, aux organismes pastoraux, aux groupes de prière et d'apostolat.Votre vie communautaire fervente et unie est un exemple et un encouragement dont l'Église a besoin.Un pasteur ne peut que vous supplier de donner une très grande importance à cet aspect de la vie religieuse.La prière Toutes les composantes de la vie religieuse sont un témoignage de l'absolu de Dieu20.Le témoignage des religieux tend à ce que l'Église et le monde ne perdent pas de vue le Dieu de la Révélation et le Mystère de Jésus-Christ qui nous le révèle.Le grand besoin du monde, celui d'aujourd'hui comme celui de toujours, c'est celui du sens.Jésus-Christ apporte une réponse à cette quête de sens : cette réponse est telle qu'elle n'est captée que dans la vie théologale.Le témoignage des religieux se situe au niveau de la vie théologale: il est un don de l'Esprit; notre collaboration humaine y est un fruit de l'Esprit.La vie religieuse ne se comprend pas et ne se vit pas sans la foi.Or, ce qui repose sur la foi ne s'épanouit pas et ne dure pas sans la prière.Les communautés religieuses ne peuvent pas offrir à l'Église et au monde leur difficile témoignage prophétique sans se rassembler dans la ferveur de la prière.Sans la prière assidue et la contemplation on ne peut être pour le monde un témoin du vrai Dieu.Ceci est vrai pour tous les chrétiens, à plus forte raison pour tous les religieux et non 20.« En dépit de leurs divergences, les théologiens se sont trouvés d'accord pour voir dans la référence à l'absolu de Dieu l'inspiration essentielle du projet religieux, quoi qu'il en soit de son incarnation dans ses structures très diverses ».J.M.J.Tillard, Devant Dieu et pour le monde.Le projet des religieux.Coll.«Cogitatio Fidei», Le Cerf, 1975, p.24.Cf.Evangelii Nuntiandi, n° 69.216 seulement les membres des instituts contemplatifs.Sans la prière et la contemplation peut-on aussi être un témoin, un prophète qui entre en contact avec le vrai monde.Celui à qui la prière a donné un cœur attentif a des antennes pour capter non seulement la voix de Dieu mais aussi l'appel de ses frères.Le «vrai monde» est celui où Dieu habite, agit, fait croître la bonne semence (I Corinthiens 3, 6-7), réclame notre attention, notre aide et notre amitié (Matthieu 25, 40).Conclusion Tout cet exposé d'allure austère peut se résumer en quelques paroles.La mission que le religieux reçoit dans l'Église, c'est d'apporter le témoignage de sa vie religieuse, en somme, d'être un bon religieux.Ceci ne nous apprend peut-être pas grand-chose.J'ai au moins eu l'occasion de vous apprendre mes convictions sur ce que vous êtes pour moi qui ai reçu dans l'Église une responsabilité pastorale.Au nom de tous ceux qui apprécient votre témoignage, au nom aussi de ceux qui en ont besoin sans le savoir, je vous exprime ma reconnaissance et mes attentes.Votre témoignage est nécessaire à la vie de l'Église et à sa mission de révéler au monde le salut de Dieu.Il nous empêche d'oublier que ce salut dépasse les horizons et les attentes du monde actuel ; il nous rappelle les exigences d'un Dieu qui veut nous faire grandir au-delà de nous-mêmes et nous demande une réponse totale.Mais votre témoignage qualifie aussi le regard de l'Église sur le monde: votre profession des conseils évangéliques donne à votre relation au monde, en Église et pour l'Église, une qualité de liberté et d'engagement.Vous êtes plus libres vis-à-vis certaines valeurs importantes pour l'ensemble de l'humanité ; mais cette liberté vous rend plus responsables et plus engagés pour sauver vos frères et vos sœurs qui ont besoin de se faire montrer à travers ces valeurs le chemin de la justice, de l'amour, et surtout le terme du voyage qui donne un sens à tout.217 Tout cela, on va le trouver avant tout dans ce que vous êtes, votre manière d'être vis-à-vis de Dieu et vis-à-vis le monde.Les services que vous rendez sont importants, irremplaçables; mais plus irremplaçable encore est ce que vous êtes.À ceux et celles qui, à cause de la maladie, de l'âge ou de fonctions qualifiées de modestes, se demandent s'ils servent bien l'Église, je réponds avec les mots de Perfectae Caritatis: «Plus fervente est votre union au Christ par la donation de vous-même, plus riche est la vie de l'Église et plus fécond son apostolat».218 L'Esprit Saint et la croissance spirituelle André Parenteau, f.i.c.* Les chrétiens d'aujourd'hui ne cessent de redécouvrir avec émerveillement le mystère du Saint-Esprit.Déjà, fin du siècle dernier, Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus l'avait retrouvé en un temps où il était particulièrement méconnu : elle ne s'y réfère pas moins de vingt-cinq fois dans ses écrits.Rien d'étonnant qu'on ait attribué à la sainte de Lisieux «une des révolutions les plus émouvantes et les plus grandioses que l'Esprit Saint ait déclenchées dans l'évolution spirituelle de l'humanité».Certes, depuis longtemps déjà, nous avions machinalement fait nôtre l'appellation : «le Grand Inconnu» donnée à l'Esprit Saint par le cardinal Mercier.Car, s'il est bien vrai que l'Esprit n'est ni plus ni moins mystérieux que le Père et le Fils, il est sûrement moins connu qu'eux.Mais on peut penser que la constatation un peu verbale et conventionnelle de cette méconnaissance n'a pas entraîné beaucoup de changements décisifs dans nos existences et dans la vie de l'Église.D'une part, il ne nous est jamais venu à l'esprit de nous définir, à la manière des premiers chrétiens, comme étant composés de corps, d'âme et d'Esprit Saint».De l'autre, le schéma primitif de Vatican II sur l'Église oubliait pratiquement, au scandale des observateurs orientaux, de marquer le rôle déterminant du Saint-Esprit dans le mystère de l'Église.Le Pape Jean nous a joué ce tour de nous faire demander à Dieu, pendant les trois ans de son pontificat, rien de moins qu'« une * 6201, 3e Ave Rosemont, Montréal.Qué.H1Y 2X6.219 nouvelle Pentecôte».Et l'Esprit est en effet descendu sur l'assemblée conciliaire et sur l'Église tout entière.Celui qui est comme «l'artère cachée de l'Église», selon le beau mot d'un théologien orthodoxe, sort de plus en plus de l'injuste oubli où l'anémie de notre foi l'avait relégué à notre propre détriment.Si bien que nous admettons mieux aujourd'hui que le «premier besoin de l'Église, comme l'affirme Paul VI, est toujours de vivre la Pentecôte».Redécouverte de l'Esprit Saint et de son rôle dans la vie chrétienne individuelle et ecclésiale: est-ce bien là en vérité notre cas personnel ?Puisses-Tu ô Souffle de Sainteté, Te révéler de plus en plus à nos cœurs comme le «Milieu divin» où ils vivent et se meuvent; l'air frais qu'ils respirent; la lumière aimante qui les guide avec sûreté ; le vent tour à tour doux et véhément dont ils ont tour à tour besoin ; et, en même temps, le feu dévorant qui fasse joyeusement flamber le bûcher de nos existences en une vive flamme d'amour de Dieu et de nos frères; bref, une Pentecôte tous les jours de la vie.«L'Esprit enseigneur» Le prophète l'avait distinctement prédit: «Tous tes fils seront instruits par Yahvé» (Is 54, 13), et saint Paul constate l'accomplissement de cette prédiction (I Th 4, 9).Ce que « l'Esprit de sagesse et de révélation» (Ép.1, 13) nous enseigne, nous le savons bien maintenant: que Dieu est notre Père et que nous sommes ses enfants par adoption, puisque l'Esprit nous fait crier: «Abba! Papa ! » (Rm 8, 15); que «Jésus Christ est Seigneur» et qu'il nous sauve par la puissance de sa Mort-Résurrection (I Co 1 2, 3) ; enfin, que, par toute la part pécheresse de notre vie, nous nous soustrayons à la suprême Seigneurie du Christ pascal (Jn 16, 8).«L'Esprit Saint, Paul VI ne craignait-il pas de dire, nous enseigne jusque par l'incroyance du monde».Insistons cependant davantage ici sur le rôle de celui que saint Jean de la Croix appelle «l'Esprit enseigneur» dans toutes les situations de l'existence où nous sommes aux prises avec l'obscu- 220 rité, la perplexité, le doute, la tentation ou, tout bonnement, quelque décision à prendre.Tant de faibles, qui s'exaltent aisément, ont en effet une étrange propension, notait Mounier, «à se jeter justement au-devant de l'événement qui n'est pas fait pour eux».Comment nous en tirer, s'il est vrai, suivant saint Paul, que «l'homme laissé aux seules ressources de sa nature n'accueille pas ce qui est de l'Esprit de Dieu, car c'est folie pour lui et il ne peut le connaître, tandis que c'est par l'Esprit seul qu'on en juge».(I Co 2, 14) ?C'est-à-dire par cette Vivante Perspective qui situe tout et juge tout (I Co 1, 10), jusque dans les «articulations et les moelles» (He 4, 1 2-13).Le «Père du mensonge» (Jn 8, 44) excellant à se maquiller en « ange de lumière» (Il Co 11, 14) et notre lumière intérieure pouvant elle-même, à l'occasion, être ténèbres (Le 11, 35), nous avons grand besoin, à la suite de Salomon, de prier l'« Esprit enseigneur » de nous donner « un cœur plein de jugement pour pouvoir discerner le bien et le mal (I R 3, 9).Remarquons tout d'abord que la référence explicite à Dieu ne suffit pas à nous préserver de l'erreur (Cf Jn 8,41 ).Satan lui-même, dans la tentation de Jésus, ne jonglait-il pas brillamment avec les citations bibliques?Il nous faut savoir également que la vie des grands saints elle-même n'a pas été exempte de gaffes dues à des discernements superficiels.Pensons seulement à François d'Assise envoyant Frère Rufin prêcher en caleçon en pleine cathédrale d'Assise, quitte, pour se punir d'avoir donné un ordre aussi tyrannique, à le relayer lui-même en chaire dans la même tenue.Pensons à Ignace de Loyola, qui s'était d'abord livré dans la joie à des pénitences démesurées qui finirent par le rendre triste.Pensons au Curé d'Ars désertant plus d'une fois son confessionnal pour se réfugier à la Trappe, sauf à en revenir chaque fois un peu bredouille.« N'ajoutez pas foi à tout esprit, nous recommande saint Jean, mais éprouvez les esprits pour voir s'il sont de Dieu» (I Jn 4, 1).Il devrait être possible en effet de «sélectionner» la voix de Dieu parmi tant d'émissions-pirates qui emploient la même longueur d'ondes.— qu'elles proviennent seulement de l'extérieur ou quelles rencontrent aussi en nous une audition complaisante.221 Pour recourir à une autre image, où donc trouver le gyroscope spirituel qui nous permettrait de repérer à tout coup le bon parti à prendre?S'il est vrai que «l'Esprit souffle toujours vers le centre» (A.von Speyr), il semble bien que ce soit l'Esprit de vérité lui-même qui doive remplir cette fonction.Oui, certes, mais non sans nous.S'il vient au secours de notre faiblesse, il n'entend pas cautionner notre paresse ; et, s'il consent à éclairer notre recherche, c'est précisément parce qu'il ne veut ni la supprimer, ni l'étouffer.Observons par exemple ce qui se passe à l'Annonciation.Dieu fait sa part: «L'Esprit Saint viendra sur toi et la force du Très-Haut te prendra sous son ombre».Et Marie fait la sienne : «Tu concevras et enfanteras un fils.» Et, lors du baptême de Jésus, si l'Esprit figure là sous la forme d'une frêle colombe, n'est-ce pas aussi pour montrer que, Dieu, quand il entre dans nos vies, ce n'est pas pour occuper brutalement tout l'espace, ni pour tout faire à notre place.À une personne lui demandant un jour: «Quand je passe devant une église, je suis poussé à entrer : que dois-je faire ?» Jules Lebreton, s.j., bibliste et accompagnateur spirituel remarquable, répondit: «Surtout, ne faites rien.Voyez si c'est raisonnable.» Entendons : raisonnable selon la balance de la foi : tout bien pesé, quel est le meilleur parti à prendre, non en soi, mais ici-et-maintenant-aux-yeux-de-Dieu?Il faut donc «se servir de sa tête».Nous pouvons en croire le Docteur de la mystique : « Dieu veut que l'on se serve de la raison et du jugement».Car beaucoup de choses «tombent sous la raison naturelle.Le Seigneur reprendra pour leur compte ses amis.de leurs défauts et paresse» à en user (Montée au Carmel, II, ch.22).Quant à saint Ignace, son avis est qu'il n'y a tout simplement qu'une prudence, à la fois divine et humaine.On connaît bien les «symptômes» bibliques d'une décision heureuse ou d'un discernement selon l'Esprit: «amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi ou bon sens » (Ga 5, 22-23).Auxquels critères il convient d'ajouter « pureté et science» (Il Co 6, 6), «justice et vérité» (Ep 5, 9); persévérance» (I Tm 6, 11 ) et «liberté» (Il Co 3, 17).Beaucoup ne remarquent 222 toutefois peut-être pas assez que, selon les meilleures traductions récentes, saint Paul ne dit pas : « Les fruits de l'Esprit sont.», mais bien: «Le fruit de l'Esprit est.» (Ga 5, 22).Il s'agit donc là d'un unique fruit multiforme qui doit se présenter solidairement.Ainsi, il ne suffit pas qu'on éprouve de la joie, si l'on n'éprouve pas aussi de la bienveillance.La patience ne suffit pas: encore faut-il l'amour vrai.La maîtrise de soi est trop courte si manque la paix intérieure.Ce n'est pas tout d'être doux : il faut aussi être vrai et juste.Et surtout, il importe que ce fruit multiple soit perçu et goûté comme venant de l'Esprit.Saint Paul dit ailleurs: «paix et joie dans l'Esprit».L'Esprit de vérité enseigne et renseigne si bien que le Curé d'Ars pouvait un jour affirmer : «Ceux qui sont conduits par l'Esprit Saint ont des idées justes.Voilà pourquoi tant d'ignorants en savent plus long que les savants.» Lui était-il donc revenu aux oreilles ce qu'un autre, son évêque peut-être, avait déclaré à ce sujet : «Je ne sais si le curé d'Ars est instruit.Ce que je sais, c'est qu'il est illuminé».Notre mystérieux entraîneur intime Saint Patrick, enlevé à l'âge de seize ans par des pirates, fut forcé de paître des troupeaux.«Je reconnus, confessera-t-il quarante ans plus tard, que l'Esprit de Dieu vivait en moi.» Qui de nous pourrait dater le moment de sa première expérience de l'Esprit?Suivant une boutade américaine: «Bien sûr, nous avons l'Esprit Saint.Mais peut-être que Lui ne nous a pas.» Pourtant, «Dieu a bel et bien mis sa marque sur nous et nous a fait une première avance sur ses dons: l'Esprit qui habite en nos coeurs» (Il Co 1,22).Or, « puisque l'Esprit est notre vie, n'est-t-il pas normal qu'il nous fasse aussi agir» (Ga 5, 25; cf.Rm 8, 14)?Ce n'est pas pour rien qu'il nous éduque(Sg 1,5)et forme notre cœur (Ps 33,1 5), greffe même en nous un cœur nouveau et met au fond de notre être un esprit nouveau (Ez 36, 26), tant il désire renouveler toutes choses (Ap 21,5).À croire même que le Doigt du Père calligraphie quelque chose dans nos cœurs.Saint Paul n'écrit-il pas aux 223 Corinthiens : «Vous êtes.une lettre du Christ.écrite avec l'Esprit de Dieu vivant.sur les tablettes que sont vos coeurs» (Il Co 3, 3)?Ce n'est en effet pas seulement comme Esprit de vérité que l'Haleine de Dieu demeure en nous, mais aussi comme Esprit d'amour (Rm 5, 5), et y a-t-il rien de plus dynamique et de plus transformant que l'amour?Encore faut-il que nous répondions à l'initiative amoureuse de Dieu, s'il est vrai, que «la présence de l'Esprit (en nous) n'anticipe pas sur la vie éternelle à la manière d'un premier coupon d'un capital, mais à la manière d'une première rencontre entre fiancés».(A.-M.Besnard).C'est ici que l'Esprit Saint devient amour jaloux et vent incendiaire, brûlant non seulement nos péchés et les derniers déchets du mal, mais encore les structures du bien dès que nous y sommes trop attachés ou qu'elles se révèlent inadaptées à son dessein essentiel de nous configurer au Christ Jésus (I Co 3, 18).Car, écrit P.Talée, « sanctifier, pour l'Esprit, ne veut pas dire donner à l'homme les moyens de devenir saint, mais ne faire qu'un avec lui, le créer, le recréer.Pour l'Esprit, sanctifier, c'est demeurer le Saint au cœur de notre vie de pécheur et, par conséquent, nous révéler que nous sommes autre chose que notre péché».Une formule traditionnelle suggère que, si le Père nous fait et le Fils nous refait, le Saint Esprit, lui, nous parfait.Ce n'est pas si mal vu.N'est-ce pas en effet le rôle propre de l'Esprit que de «remplir» (mot si cher à saint Luc) le cœur de l'homme et l'Église, c'est-à-dire d'aller jusqu'au bout de ce qu'il est et de ce qu'il fait ?Aussi sommes-nous bien inspirés de «chercher dans l'Esprit notre plénitude» (Ép 5, 18).Et l'esprit, lui, nous introduira dans l'intimité des Trois en Un.Un peu comme Rubens, paraît-il, saisissait jadis le pinceau de la main d'un élève et, sur des lignes mornes, faisait déferler le souffle de la vie.D'où l'importance de la «docilité à l'Esprit Saint» tant recommandée par le grand spirituel jésuite Lallemant, — les pentecôtistes protestants parlant symétriquement de yieldedness.Avouons qu'il n'est pas facile, dans le vif de notre existence, de ressembler à 224 cette balance dont parle saint Ignace et dont les fléaux ne bougent que sous l'action de l'Esprit de Dieu.Car ce qui nous est ici demandé, ce n'est rien de moins que «d'accepterd'êtreunchampd'expérience de l'Esprit Saint» (Teilhard de Chardin); de renaître du Saint Esprit et de nous laisser mener sans savoir où cela débouchera: «Le vent (Spiritus) souffle où il veut., mais tu ne sais pas où il va» (Jn 3, 8).Un vent parfois cinglant, perçant et qui fait claquer les dents.Un vent impérieux comme l'expérimenta cet aventurier de l'Esprit que fut le Père des croyants.Un vent qui nous «enchaîne» à lui (Ac 20, 22) et nous emporte, désarmés, dans sa spirale.Conclusion Devant la perspective de vivre une vie dont le «programme» nous échappe sans cesse, grande est en nous la tentation de reprendre pour notre compte la prière de Claudel: Ô Esprit Saint, «n'entrez pas: je crains les courants d'air!» Et pourtant, nous aurions tort de le faire, car, pour citer en conclusion Dom A.Vonier :« Seul, l'Esprit Saint, Dieu de l'expérience chrétienne, peut nous faire sentir, goûter et savourer les réalités divines.En lui seul, notre foi devient comme une vision, et notre espérance, comme l'impression de l'enfant dont la main est tenue chaudement par l'étreinte d'un homme fort.En lui seul, notre amour, qui n'était que résolution et détachement, peut se muer en indicible tendresse.» 225 Autorité et communauté William F.Hogan, c.s.c.* Les membres de plusieurs instituts religieux se demandent si chaque communauté locale devrait avoir son supérieur.On s'interroge au sujet de la dimension obédientielle de la vie consacrée: À qui doit-on obéir?Qui est capable de faire connaître la volonté de Dieu aux religieux, s'il n'y a pas de supérieur local ?Ce sont là des questions importantes, certes, mais les problèmes qu'elles expriment n'impliquent pas nécessairement la présence d'un supérieur dans chaque communauté locale.Quelques congrégations religieuses ont trouvé moyen de résoudre autrement ces problèmes, là où la situation l'exigeait.Sur le plan des valeurs religieuses et humaines, comment peut-on aider une communauté particulière à croître ?Telle devrait être la considération primordiale capable d'orienter une réponse.Les quinze dernières années ont été difficiles pour les supérieurs de communautés religieuses.Depuis Vatican II, on a beaucoup insisté sur la participation à l'autorité, et nombre de religieux ont rejeté l'idée que les décisions relèvent d'une seule personne ; l'accent a été mis sur la discussion en commun de tous les problèmes.Les attributions traditionnelles ont été renversées et de nouvelles formes de gouvernement communautaire ont été expérimentées.Actuellement on est surtout préoccupé par le fait que les problèmes de vie communautaire sont soumis à la décision du groupe.D'une part, plusieurs religieux orientent leurs efforts vers la promotion d'un apostolat plus efficace et la diffusion de la Bonne Nouvelle, et ils s'efforcent de combattre les injustices sociales.D'autre part, un nombre croissant de religieux se sont simplement désintéressés du problème de l'autorité en communauté.Une telle façon d'agir peut être l'indice d'un sain dévelop- * Via Framura, 85.00168 Roma.226 pement, à condition que ces religieux soient préoccupés des malaises de l'Église et du monde au lieu de se replier sur eux-mêmes.Il y a là toutefois un sujet de sérieuse inquiétude, si c'est parce que l'autorité n'affecte pas leur vie comme religieux et ne les intéresse aucunement.Rôle de l'autorité La réaction assez répandue contre les supérieurs visait davantage la manière dont l'autorité était exercée que l'autorité elle-même.Le rôle du supérieur religieux fut d'abord entrevu comme celui d'une autorité spirituelle: enseigner, sanctifier et gouverner.Le récent document intitulé Directives de base sur les rapports entre les évêques et les religieux dans l'Église (n.13) rappelle la condition prophétique, sacerdotale et royale de tout le Peuple de Dieu (LG 9; 10; 34; 35; 36) et affirme que la compétence de l'autorité religieuse peut être comparée, par analogie, au rôle de l'évêque.Alors que les premières formes de vie religieuse insistaient sur le ministère d'enseignement et de sanctification du supérieur, les temps plus récents ont davantage accentué la dimension gouvernement, souvent de façon exagérée.C'est précisément ce qui a provoqué la réaction de plusieurs.Même là où l'on a favorisé la direction spirituelle et l'ouverture de conscience, la résistance perdure, parce que les individus les considèrent comme une intrusion dans leur vie privée.En examinant la question des supérieurs religieux aujourd'hui, les communautés doivent réfléchir sérieusement sur leur évolution.Il ne suffit pas de produire de magnifiques documents sur la vie communautaire; ni de démontrer, l'Écriture à l'appui, que les autorités religieuses sont, comme Jésus, au service de la communauté ; il ne suffit pas non plus de donner une variété de structures et de directives en vue de ce service, laissant aux autorités le soin de se débrouiller pour définir existentiellement ce service.Ceux qui sont constitués en autorité souvent ne savent que faire, et il en résulte que des communautés comme telles se débattent pour survivre ou vont à la dérive ; même si l'on croit que cela favorise la maturation personnelle chez quelques religieux en particulier, 227 leur sens de la mission, de la spiritualité et de la simplicité de vie.Les communautés locales, provinciales et la communauté en général doivent honnêtement évaluer leur statut actuel de vie en commun.C'est sur le plan local que les communautés trouvent un terrain plus favorable à l'exercice de l'autorité et à une prise de conscience du besoin de progresser ensemble spirituellement; c'est aussi sur ce plan qu'une communauté doit rendre témoignage, si elle aspire à un impact profitable sur les individus comme membres de la communauté et de l'Église locale.Trop souvent des communautés se contentent de vivre autour d'un objectif commun pas trop exigeant malgré les aspirations profondes de certains de leurs membres.La qualité de la vie évangélique menée dans de telles communautés peut fort bien ne pas satisfaire les aspirations de certains individus.Cela peut être le résultat d'un manque d'élan, de support et d'encouragement: autant de choses qui sont du ressort du supérieur.Communauté et vie de foi La vie communautaire exige vraiment plus qu'une condition de vie confortable.Elle doit procurer une atmosphère favorable à une relation intime avec Jésus qui est censé être le centre de cette vie communautaire.Aux yeux des hommes, les communautés religieuses locales devraient être des exemples d'une vie intense de foi et de partage des valeurs spirituelles.Trop souvent il n'en est pas ainsi ; plusieurs raisons y contribuent : aigreurs qui diminuent la confiance réciproque dans le groupe, occupations particulières qui accaparent les uns au point de les séparer des autres, l'appartenance simultanée d'un religieux à plusieurs groupes et la facilité qu'il éprouve d'échanger avec ceux dont il ne partage pas la vie ordinaire, etc.Une communauté locale doit se poser périodiquement cette question : Y a-t-il besoin, pour nous, de prier en commun, d'être une communauté priante qui aspire à louer et à prier le Seigneur ensemble?Il ne s'agit pas seulement d'éprouver un besoin de 228 présence corporelle comme pour réciter les Laudes ou les Vêpres.Prier ensemble et être une communauté priante, c'est bien plus qu'une simple réunion routinière pour réciter des psaumes, des cantiques et des hymnes; c'est sentir un besoin profond comme groupe de se tenir devant le Seigneur, de s'ouvrir à Lui et, devant sa propre pauvreté spirituelle, de vivre en sa présence ensemble et de partager cette présence les uns avec les autres le plus intensément possible.La réponse sera alors révélatrice du climat spirituel et de la bonne entente de cette communauté.Il n'existe pas de solution magique ; l'expérience nous apprend à nous défier des solutions faciles.Mais l'insistance sur le rôle d'enseignement et de sanctification du supérieur religieux peut contribuer passablement à l'épanouissement de la vie spirituelle de la communauté.Il est vrai que chaque membre d'une communauté locale doit coopérer avec le groupe d'une façon responsable pour créer un climat communautaire intensément spirituel.Cet effort commun suppose le renoncement à ses craintes, à ses rancœurs, à ses préoccupations personnelles.Certains groupes peuvent réaliser cet objectif sans le secours d'une autorité locale.Cependant quand les formes du gouvernement local sont en question, le premier facteur déterminant est de décider quelle forme de gouvernement est la plus apte à développer une communauté capable de partage spirituel et de vie communautaire vraiment centrée sur le Christ.C'est avec ces idées en tête que l'on devrait s'interroger sur le besoin et le rôle des supérieurs.229 Les livres Doucet, Marcel, Jean-Marie Robert de la Mennais, anthologie tirée de ses oeuvres.St-Romuald, Qué., Éd.Etchemin, 1980, 395 pp.Notons d'abord qu'il ne s'agit pas de Félicité de la Mennais, qui connut une fin malheureuse de carrière, mais de son frère, fondateur des Frères de l'Instruction Chrétienne et des Filles de la Providence.Le sous-titre indique que le contenu de cette publication est une sélection de courts textes tirés de ses écrits nombreux et variés, même si de la Mennaisétait un homme d'action.Ces extraits n'ont pas tous la même valeur.Comme une présentation l'insinue très justement, il ne serait pas honnête de demander à cet homme de Dieu, dont on espère la béatification, de raisonner «avant Vatican I comme on raisonne après Vatican II».Cette anthologie renferme tout de même de fort belles élévations spirituelles valables pour notre temps.Gillard, Bernard, Évocations.Prière.Mulhouse, Salvator, 1979, 100 pp.Voici un recueil de courts poèmes qui portent à la contemplation et à la prière.Quelques paraboles de même inspiration y sont ajoutées.Les âmes avides de poésie pourront y trouver une saine nourriture.Hung, Hans, L'Église assurée dans la vérité?Paris, Seuil, 1980, 96 pp.En 1970 paraissait l'ouvrage-choc du professeur Hans Kung intitulé: Infaillible?Une interpellation.L'A.y déniait toute infaillibilité au Magistère de l'Église, tant pontifical que collégial.Il s'ensuivit une contreverse entre spécialistes.L'un de ceux-ci, le P.G.Dejaifve, S.J., a fourni récemment une mise au point précise de cette controverse dans La Nouvelle Revue théologique, 100 [1978], pp.373-387 : Où en est le problème de l'infaillibilité ?Le présent volume, qui s'adresse au grand public, reprend sans vergogne le meilleur et le pire des thèses soutenues dans Infaillible ?Ici comme là, il s'agit pour Kiing de «défendre l'indéfectibilité de l'Église envers et contre le caractère faillible des instances et des déclarations des hommes» (p.16).L'A.ne semble guère avoir tenu compte des objections pourtant fort pertinentes que lui avait naguère faites à ce sujet le P.Congar, O.P., grand spécialiste en la matière (Cf.« Infaillible et Indéfectible », /?evtye des Sc.phil.et théol., 54 [1970].601 -615.).L'A.présente sa thèse sous page 55, on affirme que Jean XXIII Celle-ci, à côté d'affirmations éclairantes, en comporte nombre d'autres qui feront sursauter.J'en relève quel- 230 ques-unes: «Plus d'un dogme a été abandonné (sic) ou, dans le meilleur des cas, il ne touche plus que superficiellement la conscience croyante des chrétiens»; «l'intégrité de la foi réside dans la plénitude du don de soi, et non point dans une collection de propositions exactes» (p.36).À la page 55, on affirme que Jean XXIII «n'attachait aucune importance à l'infaillibilité» et qu'il a montré «qu'il pouvait être (pape) même sans revendiquer l'infaillibilité».Ces affirmations, dans leur contexte, sont pour le moins ambiguës.Celle qui suit est franchement erronée : « Le pape Paul VI, écrit Kung, a légitimé l'interdiction de tous les moyens contraceptifs.par son infaillibilité et son caractère irréformable» (p.70).Affirmation erronée et.irresponsable! Car, parmi les théologiens de métier, qui a prétendu que Paul VI, dans Humane Vitae, engageait son infaillibilité?Malgré ses mérites, l'ouvrage de H.K.appelledesérieuses réserves.Les articles de Congar et Dejaifve cités plus haut permettent d'apporter les correctifs nécessaires.Picard, Thérèse, Élisabeth Turgeon, 2e éd., Rimouski, SS de N.-D.du Saint Rosaire, 1979; 102 pp., $5.00 (poste $5.25).L'A.présente la fondatrice des SS de N.-D.du Saint Rosaire comme une «pauvre de Jésus-Christ».Désintéressée d'elle-même et disponible, le Seigneur peut agir en elle et faire réussir une difficile entreprise.« Dans un siècle de possessivité, de fol orgueil, conclut l'A., d'indépendance, de camouflage, elle est un signe de pauvreté», pour notre temps.Confiance en saint Antoine de Padoue, Montréal, Librairie St-François (2080 ouest, boul.Dorchester), 1 980; 81 pp.$0.75.C'est un «guide de prières et de pratiques» assemblé par le P.Léandre Poirier, O.F.M., pour orienter une saine dévotion à saint Antoine.Brochure peu volumineuse, format de poche, ce «guide» sera utile à tous les fidèles qui recourent à saint Antoine pour se rapprocher de Dieu et obtenir son aide dans les multiples besoins de la vie quotidienne.Entretien avec l'Église.Interviews recueillies et organisées par R.Giacomelli.Trad, de l'italien, Paris, Desclée, 1979; 206 pp.Quelle estactuellement la situation et l'action de l'Église dans le monde ?Vingt personnalités, à travers la catholicité, répondent à cette question.Elle travaille au salut des hommes en vue de leur destinée éternelle, et aussi pour une honnête vie humaine sur cette terre.La promotion légitime de l'homme accompagne l'évangélisation.Les situations économico-sociales sont fort diverses.L'Église — c'est une de ses caractéristiques — sait s'adapter.Parmi les hautes personnalités interrogées, se remarque le cardinal Wojtyla, devenu depuis le Pape Jean-Paul II.Vingt-trois pages ont trait au rôle des communautés religieuses, attentives à opérer leur «aggiornamento» suscité par le dernier Concile.Cette publication nous apporte une information autorisée sur l'état et l'action de l'Église dans les différentes contrées du globe.231 Retraites intercommunautaires Automne 1980 Réginald Tardif, c.ss.r.Yvon Filippini, o.m.i.Paul-Émile Charbonneau, évêque Gérard Therrien, c.ss.r.Réginald Tardif, c.ss.r.Jean-Marie Côté, c.ss.r.André-Marie Syrard, o.s.m.Paul Lapierre, ptre.Maison Rivier 999, rue Conseil Sherbrooke, Qué.J1 G 1M1 (819) 569-9306.22 au 29 septembre : 30 septembre au 7 octobre: 8 au 1 5 octobre : 20 au 27 octobre: 27 octobre au 3 novembre: 1 8 au 25 novembre : 2 au 9 décembre : 26 au 31 décembre : Exemplaires disponibles Si vous désirez poursuivre individuellement ou en groupe votre réflexion sur les thèmes du présent numéro ou des numéros antérieurs, vous pouvez vous procurer un ou plusieurs exemplaires de la revue à l'adresse et aux prix suivants: 5750 boulevard Rosemont, Montréal Tél.: 259-6911 0.80$ l'exemplaire 0.50$ pour 10 exemplaires et plus Frais de poste en plus.232 RETRAITES 1981 : 20 au 27 mars : 7 au 14 avril : 24 avril au 1er mai : 1er au 8 mai : 1 5 au 22 mai : 23 au 30 mai : 31 mai au 7 juin : 12 au 19 juin : 20 au 27 juin : 27 juin au 4 juillet : 25 septembre au 2 octobre Lucien Pépin, o.m.i.Marcel Dégarie, o.s.m André Syrard, o.s.m.Roger Gauthier, o.m.i.Roger Gauthier, o.m.i.Lucien Pépin, o.m.i.Marcel Dégarie, o.s.m André Syrard, o.s.m.André Leblanc, o.p.Jean Galot, s.j.André Leblanc, o.p.Les retraites commencent à 19 h 15 et se terminent après le déjeuner aux dates indiquées.Manoir d'Youville île Saint-Bernard Châteauguay, Qué.J6J 4Z2 (514) 692-8291 am la vie des communautés religieuses 5750, boulevard Rosemont Montréal, Québec, Canada H1T 2H2
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