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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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La vie des communautés religieuses /, 1948-05, Collections de BAnQ.

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Vol.6, n.9 MONTRÉAL Mai 1948 SOMMAIRE UNE VÉRITABLE PAIX DANS LE MONDE PAR LE SACRÉ-COEUR ! HISTOIRE M.Lagrée Origine de la dévotion au S.-C.257 PRATIQUE Une Sr de la Providence La dévotion au S.-C.dans la vie religieuse.204 MESSAGES Victor Lelièvre Le S.-C.et l'Évangile.209 Mateo Crawley-Bœvey Le S.-C.et la paix.212 ü.H C Adrien-M.Malo Des visiteurs pour le Sauveur du monde.215 CONTEMPLATION Vincent Colozza L'Agonie de Jésus au jardin des Oliviers.2 16 CONSULTATIONS COMPTES RENDUS ADMINISTRATION C.P.1515 (PL.DARMES} - RÉDACTION: 3113 AVE.GUYARD MONTPEAL LA VIE des COMMUNAUTES RELIGIEUSES Publication des RR.PP.Franciscains du Canada Paraît le 15 de chaque mois, de septembre à juin, en fascicule de 32 pages.Abonnement : $ 2.00 par année.Cette revue est imprimée en vertu du certificat No 164 de la Commission des prix et du commerce en temps de guerre.Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, ministère des postes, Ottawa.Rédaction : 3113, avenue Guyard, Montréal 26 Administration : C.P.1515, Piace-d'Armes, Montréal 1 Directeur : R.P.Adrien-M.Malo, O.F.M.Conseil de direction : S.E.Mgr J.-C.CHAUMONT, vicaire délégué pour les communautés religieuses.Mgr ].-H.CHARTRAND, vicaire général.Secrétaire : R.P.logues MASSÉ, O.F.M.Administrateur-gérant : M.J.-Charles DUMONT Imprimeurs et expéditeurs : Les Frères des Écoles chrétiennes.Nihil obstat : Imprimatur : Hadrianus MALO, O.F.M.Albert VALOIS, V.G.Censor ad hoc.Marianopoli die 8a aprilis 1948 Lee FRÈRES des É.C 959, rue Côté, Montréal, impbimjé au canada PRINTED IN CANADA Lfi VI€ Des communflUTés ReuGieuses Vol.6, No 8 Montréal Mai 1948 HISTOIRE Origine de la dévotion au Sacre-Coeur de Jésus La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus est comme la fleur de la piété chrétienne.Fondée sur la croyance à l’Incarnation rédemptrice, elle est un hommage d’adoration, de confiance et d’amour rendu à l’humanité sainte de Jésus dans la partie la plus noble, la plus délicate et la plus sensible de sa personne adorable : son Cœur d’Homme-Dieu.Si les dogmes ne changent pas, les dévotions varient, évoluent selon les besoins des temps.C’est ainsi que la chrétienté a successivement vengé, par ses dévotions populaires, les restes déchirés des martyrs, le sépulcre et la croix du Sauveur, la présence réelle, le culte de la Sainte Vierge, qui ont été, au cours des siècles, un objet de haine pour les persécuteurs, les infidèles et les hérétiques.La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus est aussi venue à son heure pour ranimer la foi, la confiance et la charité dans les âmes refroidies par l’accoutumance des bienfaits divins ou par un rigorisme, désespérant.D’abord d’ordre privé, cette dévotion est devenue publique au dix-septième siècle et a continué depuis sa marche victorieuse.Nous nous proposons, dans ces quelques lignes, de rappeler les grands noms, qui sont à l’origine de cette dévotion tant privée que publique.1 — DÉVOTION PRIVÉE AU SACRÉ-CŒUR DE JÉSUS La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus a commencé vers le onzième siècle.A peu près tous les grands Ordres religieux présentent un groupe imposant de belles âmes, qui ont compris le mystère d’amour que symbolise le Sacré-Cœur.1 — Voici, d’abord, l’Ordre bénédictin avec saint Anselme, saint Bernard, sainte Gertrude, sainte Mechtilde et sainte Lut-garde. 194 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES « O tendresse du Cœur de Jésus, s’écrie saint Anselme, que vous rendrai-je, que souffrirai-je pour toutes les peines que vous avez endurées pour moi ?Je vous aimerai de tout mon cœur, et vous servirai de tout mon être )).(( Comme Thomas, dit saint Bernard, je désire voir et toucher le Christ tout entier, approcher même de la blessure sacrée de son côté, porte de l’arche du salut, y plonger non pas un doigt ou la main entière, mais entrer tout entier jusqu’au Cœur de Jésus, dans le saint des-saints, l’arche du testament, l’urne d’or de notre humanité qui contient en elle la manne de la divinité.O heureuse, trop heureuse, l’âme fixée en Dieu, au point de n’aimer que Dieu seul en l’unité de son Cœur et de son Esprit ».Sainte Gertrude rapporte, dans le livre de ses révélations, de nombreuses manifestations du Sacré-Cœur, qui ont beaucoup contribué au développement de cette dévotion.En voici deux exemples.Un jour Jésus lui présenta son Cœur, en lui disant : (( Regarde mon Cœur ; je veux que ce soit ton temple.— Ah ! Seigneur, répondit la sainte, je trouve dans votre Cœur, que vous daignez appeler mon temple, une si douce abondance de biens qu’il ne me reste rien à désirer ni à chercher ailleurs ; car hors de cet aimable Cœur je ne puis trouver aucun repos ».Une autre fois la sainte priait et, malgré toute sa bonne volonté, elle était tellement harcelée de distractions qu’elle se disait : « Quel fruit peut-on espérer d’un pareil exercice ?» Pour la consoler Jésus lui montra son Cœur et lui dit : « Voilà mon Cœur, les délices de la très Sainte Trinité ; je te le donne afin que tu t’en serves pour suppléer à ce qui te manque.Désormais, il sera toujours prêt à te secourir et à réparer tes négligences ».Sainte Mechtilde, qui vivait dans le même couvent et à la même époque que sainte Gertrude, a joui comme elle de l’intimité du Sacré-Cœur.(( Il sort de ce Cœur, dit-elle, une flamme d’amour qui embrase, une suavité qui embaume.Par lui nous recevons tous les biens.Il est comme une coupe d’or dans laquelle boivent tous les élus, comme un festin auquel ils participent, comme la demeure mystique des Saints ».Dans une apparition, Jésus demanda à cette sainte moniale bénédictine d’aimer ardemment et d’honorer le mieux possible son Sacré Cœur dans le très Saint-Sacrement.Comme gage de ORIGINE DE LA DEVOTION AU SACRÉ-CŒUR DE JESUS 195 son amour, il lui donna son Cœur pour être son refuge pendant sa vie et sa consolation à l’heure de la mort.2 — Les Chartreux du moyen âge faisaient également leurs délices de la dévotion au Sacré-Cœur, comme on peut le constater dans les écrits de Ludolphe et de Lansperge.Lansperge ne se contente pas d’effusions mystiques.Il énonce nettement les principes de la dévotion au Sacré-Cœur et il en indique la pratique.(( Honorez-le d’un culte assidu.Demandez par lui ce que vous désirez.Offrez-lui toutes vos actions.Mettez, dans un endroit où vous devez souvent passer, quelque image de son divin Cœur.C’est une pratique très utile et très pieuse d’honorer dévotement le Cœur du Seigneur Jésus )).3 — Plus que tout autre, l’Ordre franciscain était préparé à cette dévotion.Saint François d’Assise avait si bien inculqué à ses frères l’esprit évangélique, fait de simplicité et d’amour ! Que de belles pages sur le Sacré-Cœur dans saint Bonaven-ture : Voici un passage de son troisième sermon sur la Passion : « Oh ! qu’il est bon, qu’il est doux d’habiter dans le Cœur de Jésus ! J’ai trouvé mon cœur afin de prier mon Dieu, dit David.Moi aussi, j’ai trouvé le Cœur de mon Roi, de mon frère, de mon ami, du bon Jésus.Est-ce que je n’adorerai pas ?Je prierai, certes ; car son Cœur est le mien.Oui, je le dis avec assurance : son Cœur est le mien ; car si le Christ est mon chef, comment ce qui appartient à mon chef n’est-il pas mien ?De même donc que les yeux de mon chef corporel sont vraiment mes yeux, ainsi le Cœur de mon Chef spirituel est aussi mon cœur.J’ai donc ce bonheur : je n’ai vraiment qu’un cœur avec Jésus.(( Votre Cœur est à moi, ô mon très doux Jésus ; par lui je prierai mon Dieu.Ouvrez le sanctuaire de vos miséricordes à mes humbles prières ; ou mieux, attirez-moi tout entier dans votre Cœur.Les lacets de mes fautes me retiennent ; mais votre Cœur est dilaté et gonflé d’une incompréhensible charité ; ô Jésus, lavez-moi de plus en plus de mon iniquité ; purifiez-moi de mon péché, afin que je sois digne d’habiter dans votre Cœur pendant tous les jours de ma vie.)) Saint Bernardin de Sienne, qui fut le promoteur de la fête du Saint Nom de Jésus, comparait le Sacré-Cœur à un encensoir d’or, à un trésor, à une fournaise ardente de charité capable d’embraser tout l’univers. 196 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Saint Antoine de Padoue en parlait souvent dans ses sermons.Sainte Claire d’Assise disait un jour : « O très aimable Jésus, par la très sainte plaie de votre côté, par la miséricorde infinie que vous avez montrée en voulant que votre Cœur nous fût ouvert à tous, daignez me délivrer de tous les maux passés, présents et à venir ; accordez-moi une foi vive, une espérance ferme et une charité parfaite ; que je vous aime de toute mon âme, de tout mon cœur et de toutes mes forces ».Une illustre tertiaire de saint François, la bienheureuse Angèle de Foligno, a puisé toute sa science dans le Cœur de Jésus.« Je priai la Mère du Christ et son évangéliste saint Jean de m’obtenir un signe qui gravât éternellement dans ma mémoire la Passion de Jésus-Christ.En proie à ce désir, je fus saisie par un songe où le Cœur du Christ me fut montré, et j’entendis ces paroles : « Voici le lieu sans mensonge, le lieu où tout est vérité.)) D’autres tertiaires franciscaines, en particulier sainte Marguerite de Cortone, sainte Catherine de Gênes, sainte Françoise Romaine ont aimé et honoré le Cœur de Jésus.4 — La méditation des mystères du Rosaire, surtout des mystères douloureux, n’a pas manqué non plus de conduire les Frères Prêcheurs au Cœur blessé de Jésus en croix.Dans un opuscule, attribué à saint Thomas d’Aquin, on lit de pieuses réflexions comme celles-ci : « Le Christ a versé son sang par la blessure de son côté et de son Cœur pour affermir la foi chancelante de ses disciples, pour exciter la piété de tant d’autres que trompe le calme d’une bonne vie et réchauffer leurs âmes froides et défaillantes )).Le sage Tauler a décrit le bonheur de l’âme plongée dans ce Cœur divin et le but que Jésus s’est proposé en nous le donnant : « Il nous a donné son Cœur cruellement blessé afin que nous y demeurions jusqu’à ce que, purifiés de toute souillure et devenus semblables à lui, nous soyons dignes d’être introduits avec lui dans le Cœur du Père céleste )).Le bienheureux Henri Suso est familier de semblables considérations.La plus célèbre des tertiaires dominicaines, sainte Catherine de Sienne, a eu le privilège insigne d’échanger mystiquement ORIGINE DE LA DÉVOTION AU SACRÉ-CŒUR DE JÉSUS 197 son cœur avec le Cœur de Notre-Seigneur.Ses lettres forment un admirable recueil de sa dévotion au Sacré Cœur.5 — Dès son origine, la Compagnie de Jésus fournit toute une légion d’âmes dévouées au Sacré Cœur.Au seizième et au dix-septième siècle, on cite surtout les noms de saint Pierre Canisius, saint Alphonse Rodriguez, le bienheureux Claude de la Colom-bière, Suarez, de Lugo, Maldonat, Corneille Lapierre, de Saint-Juré, Nouet et Huby.6 — L’humanisme de saint François de Sales l’a tout naturellement porté vers le Cœur de Jésus et il y a trouvé sa doctrine d’amour, si pleine d’onction.Sous sa douce et forte direction, sainte Jeanne de Chantal a préparé des âmes d’élite, dont la dévotion était centrée sur le Cœur de Jésus.Quelques-unes furent plus tard d’un précieux secours à sainte Marguerite Marie dans son apostolat.7 — Ici, dans la Nouvelle-France, la vénérable Marie de l’Incarnation, fondatrice des Ursulines de Québec, pratiquait cette dévotion avec une rare perfection.Elle écrivait à son directeur : « Vous me demandez que je vous fasse part de quelques-unes de mes pratiques de dévotion.Je vous dirai en toute simplicité que j’en ai une que Dieu m’a inspirée, c’est au Sacré-Cœur de Jésus.Il y a près de trente ans que je la pratique.Voici le motif qui me la fit embrasser.Un soir que je traitais dans ma cellule avec le Père éternel pour la conversion des âmes, je voyais que le Père éternel ne m’exauçait point comme de coutume ; mais dans ce moment une voix intérieure me dit : « Demande-moi par le Cœur de mon Fils ; c’est par lui que je t’exaucerai ».Cette divine touche eut son effet, et tout mon intérieur se trouva en communication très intime avec cet adorable Cœur, en sorte que je ne pouvais plus prier que par lui.« Voici à peu pyès comme je me comporte, lorsque je suis libre, en parlant au Père éternel.Je lui dis avec confiance : « C’est par le Cœur de mon Jésus, ma « voie, ma vérité, ma vie, que je m’approche de vous, ô Père (( éternel.Par ce divin Cœur, je vous adore pour ceux qui ne « vous adorent pas ; je vous aime pour ceux qui ne vous aiment (( pas ; je vous reconnais pour tous les aveugles volontaires, qui, « par mépris, ne vous connaissent pas.Je veux par ce divin « Cœur satisfaire au devoir de tous les mortels ». 198 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Toutes ces citations, qui sont loin d’épuiser la matière, prouvent amplement que la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus n’est pas née au dix-septième siècle dans un monastère de pieuses moniales.Les âmes intérieures la pratiquaient depuis longtemps.Mais elles la pratiquaient à titre privé.La nouveauté du dix-septième siècle c’est d’en avoir fait un culte public, liturgique, officiel dans l’Eglise.II —NAISSANCE DU CULTE PUBLIC DU SACRÉ-CŒUR DE JÉSUS Un grand danger menaçait alors la religion.Les outrances doctrinales des Jansénistes montraient en Dieu un justicier implacable, un Sauveur dur et parcimonieux, qui ne donnait les grâces de salut qu’à un petit nombre et à des conditions héroïques.Désespérant de leur salut, les âmes s’éloignaient des Sacrements, tombaient dans l’indifférence religieuse ou l’impiété, et se livraient à tous les débordements du vice.Pour lutter contre cette erreur mortelle, il fallait sortir des couvents cette dévotion, qui avait consolé, encouragé et sanctifié tant d’âmes pieuses ; il fallait présenter Dieu au monde sous ses traits véritables.Ce Dieu, qui s’est fait chair, est Amour ; il est tout Cœur ; il est la bonté infinie qui ne sait que donner et se donner.et tous nous avons reçu de sa plénitude.Cet amour magnifique, il fallait le rendre populaire, l’honorer, l’adorer, le célébrer dans une fête, qui fût (( la fête des fêtes », puisque l’amour est l’inspirateur de toutes les fêtes de notre sainte religion.Voilà ce que pensa saint Jean Eudes.Et voilà ce qu’il réalisa.Pendant plus de cinquante ans, ce saint missionnaire se fit Tardent apôtre de l’amour et de la miséricorde du Cœur de Jésus.A partir de 1648, il unit dans une même fête les Cœurs de Jésus et de Marie, en donnant la prépondérance au Cœur très pur de Marie.Quelques années plus tard, il pensa que le temps était venu de rendre de solennels hommages au divin Cœur de Jésus lui -même.Il composa, en son honneur, un office et une messe ; et, en 1670, à la suite d’une grande mission, donnée à Rennes, il obtint de Mgr de la Vieuville, évêque de cette ville, l’autorisation de procéder à la solennité liturgique, selon la coutume alors en vigueur. ORIGINE DE LA DEVOTION AU SACRÉ-CŒUR DE JESUS 199 Au cours des mois suivants, les évêques de Coutances, d’Évreux, de Bayeux, de Lisieux, ainsi que l’archevêque de Rouen, accordèrent la même approbation pour leurs diocèses.Muni de ces documents, saint Jean Eudes adressa, le 29 juillet 1672, une lettre circulaire à toutes les maisons de son Institut, leur enjoignant de célébrer la fête du Sacré-Cœur, le 20 octobre de chaque année.Voici quelques passages de cette lettre mémorable : (( Mes très aimés frères, (( Quoique jusqu’ici nous n’ayons pas célébré une fête propre et particulière du Cœur adorable de Jésus, nous n’avons pourtant jamais eu l’intention de séparer deux choses que Dieu a si étroitement unies ensemble, comme sont le Cœur très auguste du Fils de Dieu et de sa bénie Mère.Mais la divine Providence, qui conduit toutes choses avec une merveilleuse sagesse, a voulu faire marcher le Cœur de la Mère avant la fête du Cœur de Jésus, pour préparer les voies dans les cœurs des fidèles à ce Cœur adorable.Embrassons donc avec joie et jubilation la solennité du divin Cœur de Jésus.En voilà l’office et la messe que je vous envoie approuvés de tous les Messieurs nos Prélats.Je vous conjure, mes très chers frères, de célébrer cette fête avec toute la dévotion et la solennité que vous pourrez.» Le 20 octobre 1672, on rendit donc pour la première fois un culte public et solennel au divin Cœur de Jésus.Le savant cardinal Pitra résume ainsi les activités apostoliques de saint Jean Eudes au sujet du Sacré-Cœur : (( Le premier, il a donné le branle à un mouvement, qui a fini par envelopper l’Église entière.Il est le docteur qui donne la formule pieuse de cette dévotion, expose le fondement théologique, répond aux adversaires, détermine le sens pratique et liturgique, assigne un rite, des chants et des prières, provoque des fêtes, des corporations, des ordonnances épiscopales, reçoit des Brefs apostoliques destinés à propager et à perpétuer le culte des Sacrés-Cœurs.Il en fut l’embassadeur auprès des peuples, des princes du monde et du sanctuaire )).Léon XIII, Pie X et Pie XI ont ratifié ce magnifique hommage.Dans le décret d’héroïcité des vertus, Léon XIII proclame saint Jean Eudes « auteur du culte liturgique des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie ».En 1908, dans le décret de béatification, 200 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES Pie X est plus explicite encore : (( Un autre mérite qui revient à saint Jean Eudes, dit ce décret, c’est, dans son amour très ardent pour les très saints Cœurs de Jésus et de Marie, d’avoir pensé le premier — et non sans une inspiration divine — à leur rendre un culte liturgique.C’est donc à juste titre qu’il doit être considéré comme le Père, le Docteur et l’Apôtre de cette très suave dévotion ».On trouve le même éloge dans le Martyrologe romain et dans les leçons de la fête du Sacré-Cœur.A chacun son mérite et sa gloire.Après saint Jean Eudes, d’autres sont venus, qui ont propagé la dévotion au Cœur de Jésus avec un zèle admirable.Et personne n’ignore que sainte Marguerite Marie tient une place d’honneur dans la phalange de ces apôtres.Mais saint Jean Eudes restera dans l’histoire comme l’initiateur, l’auteur et le promoteur du culte liturgique du Cœur divin de Jésus et du Cœur très pur de Marie.Montréal M.Lagrèe, C.J.M.nécROLOGie R-P* Gaudiose Coté, O.M.I.— RR.SS.Marie-de-la-Réparation, Saint-Leonidas, Saint-Édouard, Saint-Wenceslas, Sainte-Marguerite et Saint-Simon, S.G.Q.— RR.SS.Victorine Leduc et Euphrasie Faust, S.G.M.— RR.SS.Marie-Jeanne-Virginie, Marie-Agnès-d’Assise et Marie-Louise de Marillac, SS.NN.J.M.— R.S.Alphonsine Jeannotte, S.G.S.-H.— R.S.Marie-de-l’Incarnation, S.P.S.— R.S.Sainte-Marie-Yvonne, C.S.-L.— R.S.Marie-Madeleine-des-Anges, P.M.— R.S.Marie-Jean-de-Dieu, S.S.A.— R.S.Marie-Pascal-du-St-Sacrement, O.S.C.— R.S.Marie-de-Sainte-Albine, C.S.C.— R.S.Saint-Alban, C.N.D. PRATIQUE LA D€VOTIOn AU S.-C.dans la vie religieuse La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus existait avant sainte Marguerite-Marie et elle remonte bien haut dans l’histoire de la piété chrétienne.Il est cependant incontestable que le culte et la fête du Sacré-Cœur tels que nous les avons aujourd’hui se rattachent étroitement aux révélations de Paray-le-Monial.Le jugement approbatif de l’Église au sujet de ces révélations nous permet de les admettre sans la moindre imprudence.S.S.Pie XI les cite textuellement et les signale à plusieurs reprises dans son encyclique Miserentissimus Redemptor du 8 mai 1928.Nous puiserons nous-mêmes à cette source authentique pour étayer notre présent travail.Daigne la Vierge Marie, dont le mois de mai en cours sera notre plus belle préparation à la prochaine fête du Sacré-Cœur, présenter elle-même aux âmes religieuses ces humbles pages qui leur sont fraternellement dédiées.Parlant de la dévotion au Sacré-Cœur, dont elle fut l’apôtre choisie par Notre-Seigneur lui-même, sainte Marguerite-Marie recommandait : « Faites en sorte, surtout, que les personnes religieuses l’embrassent, car elles en retireront tant de secours, qu’il ne faudrait point d’autre moyen pour rétablir la première ferveur et la plus exacte régularité dans les communautés les moins bien réglées, et pour porter au comble de la perfection celles qui vivent dans la plus grande régularité », (Vie et Oeuvres, t.II, p.623).A cette affirmation personnelle, la Sainte ajoutait des promesses qu’elle tenait du divin Maître lui-même : (( Il m’a promis que, comme il est la source de toutes bénédictions, il répandra la suave onction de son ardente charité sur toutes les communautés où il sera honoré et qui se mettront sous sa particulière et spéciale protection.qu’il en tiendra tous les cœurs unis pour n’en faire qu’un seul avec le sien.qu’il détournera tous les coups et tous les traits de la divine justice, pour remettre ces communautés en grâce, lorsqu’elles en seraient déchues », {Ibid.p.244).On voit ici nettement affirmées l’importance et la fécondité de la dévotion au Sacré-Cœur dans la vie religieuse.Une question maintenant se pose : Sous quelle forme la pratiquer et à quelles conditions mériter les grâces promises ?Pour y répondre, nous ne sommes pas réduits à des conjectures : le Sacré-Cœur lui- 202 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES même a indiqué et demandé à sa sainte confidente les hommages extérieurs qu’il désire et aussi les sentiments profonds qui doivent en être l’âme.L’Église les a approuvés et recommandés.Nous les passerons en revue, d’un large coup d’œil, en les proposant comme suit : a) pratiques quotidiennes : vénération de l’image — offrande de l'Apostolat de la prière et de l'Heure de garde ; b) pratique hebdomadaire : l’Heure-Sainte ; c) pratique mensuelle : le premier vendredi du mois et la communion réparatrice ; d) pratique annuelle : la fête du Sacré-Cœur ; e) pratique continuelle : la vie d’union au Sacré-Cœur.a) Pratiques quotidiennes Vénérer l'image du Sacré-Cœur.— « Il m’assura, écrit sainte Marguerite-Marie, qu’il prenait un singulier plaisir à être honoré sous la figure de ce Cœur de chair dont il voulait que l’image fût exposée en public, afin de toucher par cet objet le cœur insensible des hommes.et que partout où cette image serait exposée pour y être honorée, elle y attirerait toutes sortes de bénédictions )).Notons que l’image ne doit pas être objet de pure ornementation : elle n’attire toutes sortes de bénédictions que là seulement où on l’honore.La plupart des maisons religieuses s’étant consacrées au Sacré-Cœur, son image ou sa statue s’y trouvent en maints endroits ; plusieurs religieuses tiennent en outre à l’introniser pri-vément dans leurs emplois pour‘qu’il préside à leurs travaux quotidiens : souvent elles jettent sur la sainte image un regard de confiance et d’amour qui les soutient dans leurs fatigues ou leurs difficultés.Quand nous aimons quelqu’un, au dire de sainte Thérèse, son portrait nous fait plaisir à voir, il excite en nous les mêmes sentiments que la présence de la personne elle-même et la remplace pour ainsi dire à nos yeux.Ne méprisons pas ces humbles marques extérieures de vénération : à défaut de gestes héroïques dont l’occasion est rare, l’amour s’exprime comme il peut, par de menues attentions où il met toute sa sincérité.Le Cœur de Jésus, infiniment plus délicat et sensible que les nôtres, ne peut manquer de les avoir pour agréables.L'Apostolat de la Prière et la Garde d'Honneur.— Par deux fois, Notre-Seigneur avait suggéré à sainte Marguerite-Marie la pensée d’une pieuse union autour de son Cœur ; la Sainte LA DÉVOTION AU S.-C.DANS LA VIE RELIGIEUSE 203 étendit plus tard cette idée : ce fut l’origine des associations, dont les plus répandues dans nos communautés sont l’Apostolat de la Prière et la Garde d’Honneur, deux œuvres auxquelles les Souverains Pontifes ont prodigué les éloges et les indulgences.La première vise à former autant d’apôtres qu’elle recrute de membres.La seconde a pour but de donner au Cœur blessé de Jésus une innombrable phalange d’âmes consolatrices.Celle-ci s attache a la Personne du Roi d’amour ; celle-là se préoccupe de ses intérêts et de son règne.Par l’offrande quotidienne de sa journée aux intentions du Cœur de Jésus s’immolant continuellement sur l’autel, l’âme religieuse s’embauche sur le chantier de la Rédemption et devient apôtre avec tous ceux qui missionnent activement sur toutes les plages du monde.Bon nombre de Communautés ont introduit l’offrande de /’Apostolat de la Prière dans leurs prières de Règle récitées en commun : impossible de la mettre en oubli.Il n’est que de combattre la routine, ce mal de l’accoutumance qui menace les plus saintes pratiques.La Garde d'Honneur peut aider à prévenir ce mal.En prescrivant à ses membres une heure par jour de recueillement, de travail prié, une heure de faction que l’on passe en esprit au pied du tabernacle pour aimer, glorifier et consoler le Cœur de Jésus, elle fortifie la vie intérieure et assure par la a l’apostolat de la prière une efficacité croissante.Des milliers d’âmes religieuses trouvent dans cette pratique quotidienne un puissant moyen de sanctification et de conquête apostolique.b) Pratique hebdomadaire : /’Heure-Sainte.Cet exercice répond également à un désir de Notre-Seigneur qui l’a demandé à sa pieuse confidente dans les termes suivants : (( Toutes les nuits, du jeudi au vendredi, je te ferai participer à cette mortelle tristesse que j’ai voulu ressentir au Jardin des Olives.Et pour m’accompagner dans cette humble prière que je présentai alors à mon Père parmi toutes mes angoisses, tu te lèveras entre onze heures et minuit, pour te prosterner pendant une heure avec moi, la face contre terre.)) Il lui indiqua ensuite le triple but de cette pratique : a) apaiser la divine colère ; b) demander miséricorde pour les pécheurs ; c) adoucir l’amertume qu’il ressentit de l’abandon de ses apôtres. 204 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES A Gethsémani, l’homme était convié à l’honneur de consoler le Cœur de son Dieu brisé par l’angoisse : il ne fut pas à la hauteur de son rôle et le Ciel dut envoyer un ange pour le remplacer.L’humanité restera jusqu’à la fin du monde sous le poids accablant de cette dette d’amour méconnu.Mais des légions d’âmes généreuses se lèveront, de siècle en siècle, pour répondre à l’invitation du Cœur de Jésus triste à en mourir : « Veillez avec moi ».L’heure des ténèbres, qui est aussi l’heure du péché, les verra en compagnie du divin Agonisant, pour compatir à ses mystérieuses douleurs.Parmi ces âmes, les communautés fournissent une élite.Que de religieux et de religieuses, avec les permissions voulues1, sacrifient chaque semaine ou chaque mois une partie de leur repos de nuit pour faire privément l’Heure-Sainte ! On sait avec quel merveilleux succès le P.Matéo, l’apôtre mondial du Sacré-Cœur, a établi et propagé cette pratique dans les familles chrétiennes : pourquoi ne serait-elle pas organisée dans les Communautés où elle n’existe pas encore ?Nous connaissons un Institut chargé d’œuvres où l’Heure-Sainte est établie par roulement : chaque semaine, dans la nuit du jeudi au vendredi, deux ou trois de ses maisons font cet exercice en commun à la chapelle, au nom de la Communauté entière.L’exemple est à suivre.Dans son encyclique Miserentissimus Redemptor, S.S.Pie XI a recommandé la pratique de l’Heure-Sainte à tous les fidèles.Une indulgence plénière est attachée à ce pieux exercice.Les âmes qui le pratiquent régulièrement vérifient par expérience ces paroles de sainte Marguerite-Marie :
de

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