La vie des communautés religieuses /, 1 octobre 1944, Octobre
La VIE des COMMUNAUTES RELIGIEUSES Publication des RR; PP.Franciscains du Canada Paraît le 15 de chaque mois, de septembre à juin, en fascicule de 32 pages.Abonnement: $1.25 par année.Cette revue est imprimée en vertu du certificat No 164 de la Commission des prix et du commerce en,‘temps de guerre.Enrégistré au Canada comme matière postale de seconde classe.m Rédaction î 3113, avenue Guyard, Montréal.Administration : C.P.15 15, Place d'Armes, Montréal.Directeur : R.P.Adrien-M.Malo, O.F.M.Conseil de direction : S.E.Mgr J.-C.CHAUMONT, vicaire délégué pour les communautés religieuses.Mgr Ulric PERRON, vicaire délégué pour les^communautés religieuses.Mgr J.-H.CHARTRAND, vicaire général.Secrétaire : R.P.Jogues MASSÉ, O.F.M.Administrateur-gérant : M.J.-Charles DUMONT.Avis concernant les Consultations.1.— Le service des consultations ne tiendra compte que des lettres qui porteront une signature.2.— La revue ne publiera que les consultations réunissant les conditions'suivantes: ¦'Présentations par les supérieurs, sauf les consultations par les^prêtres ; Utilité pour le bien général de la revue ; Absence d'opposition du consultant.Nihil obstat : Imprimatur : Hadrianus MALO, O.F.M.f losephus CHARBONNEAU Marianopoli, die la Octobris 1944 HISTOIRE SUB UmBRfl P6TRI1 Avec la plus exquise discrétion, nous est arrivé d’Ottawa un volume aux couleurs papales.Le titre vient d’un mot de Son Excellence Monseigneur le Délégué Apostolique.En réponse à l’adresse de bienvenue de Son Eminence le Cardinal Villeneuve, il disait : « Votre Eminence, dans un élan de vive foi et de profonde union au Siège de Pierre, a bien voulu me saluer dans cette basilique, mère de toutes les Eglises de l’Amérique du Nord, par ces touchantes paroles : Vous êtes le Pape parmi nous ».« Je sens dans cette expression toute la douceur et la noblesse de l’âme canadienne, toute la grandeur et la générosité d’un prince de la sainte Eglise.« Permettez-moi cependant d’ajouter que je suis que l’ombre du Pape : Umbra Petri.Mais cette ombre, si faible soit-elle, n’est ni froide ni obscure.Elle s’efforcera d’éclairer et de réchauffer, car c’est la lumière de Rome qu’elle porte, c’est la chaleur de l’âme paternelle du Pape qu’elle se propose de répandre.» Les quatre cents pages du volume projettent cette lumière sur le rôle du Pape (Ire partie), des circonstances mémorables (2e partie), nos anniversaires historiques (3e partie), nos congrès eucharistiques (4e partie), notre Action Catholique (5e partie), nos œuvres missionnaires (6e partie), nos universités (7e partie).Ces 32 pièces, dont les plus courtes ne sont pas les moins savoureuses, couvrent toute notre vie catholique, à partir des mines jusqu’à l’Eucharistie, en passant par la presse catholique, le Grand Séminaire de Montréal et les différentes communautés religieuses.Dans cette projection, certaines vérités lapidaires s’allument de feux nouveaux.L’Acadie n’oubliera jamais l’interpellation inspirée : « Surge, Acadia mea et veni » (p.96), ni les Jeunesses canadiennes cette pressante invitation : (( Jeunesse catholique du Canada : debout ! » (p.283).Les catholiques de Montréal entendent encore le rappel d’une responsabilité : « Dans votre ville, ils sont aujourd’hui par centaines de milliers ceux qui ne partagent pas avec vous les trésors de la foi catholique.N’oubliez pas que c’est votre devoir à tous de faire connaître et aimer votre sainte religion par les bons exemples d’une conduite irréprochable » (p.151).Les Canadiens français ont retenu ces mots stimulants : « Canadiens français, c’est votre droit d’avoir à Montréal une Université qui ne le cède à aucune autre ; c’est votre devoir d’agir 1.Mgr Ildebrando Antoniutti, Sub umbra Petri.Ottawa 1944, 400 pp. 34 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES pour vous assurer la primauté qui vous appartient dans le domaine de la culture et de la science (p.378).Cette école (des Mines) permettra désormais aux Canadiens français de jouer le rôle qui leur appartient dans ce domaine.S’il est vrai que vous n’avez fias demandé les richesses mais la sagesse.cependant la sainte Ecriture ajoute : Utilitor est sapientia cum divitiis )) (p.383-384).Les missionnaires se rappelleront que (( suivant saint Augustin, les païens constituent pour l’Église la matière d’opération, materia operationis, qui doit être transformée dans le Christ, car, d’après saint Thc«nas, les païens, bien qu’ils ne soient pas membres de l’Eglise, ne sont pas moins en puissance de le devenir )> (p.344) ; les prêtres qu’ils doivent s’adapter : Saint Paul (( serait certainement plus moderne que certains enthousiastes des temps passés qui ne s’aperçoivent pas, ou ne veulent pas se persuader que la société a changé et qu’il nous faut sortir de nos sacristies pour rencontrer ceux qui ne fréquentent pas les sanctuaires » (p.73).Tous devraient méditer ce mot de l’Epître à Diognète : « Les chrétiens sont dans le monde ce que l’âme est pour le corps )) (p.130).« L’Action Catholique doit trouver parmi les tertiaires ces soldats du Christ et nouveaux Macchabées, déjà prêts pour les batailles les plus ardues et pour un apostolat tel qu’exercé par le Tiers-Ordre de la première heure» (p.131).La fierté des canadiens trouvera toujours un stimulant dans le mot de Pie XI : « Le Canada est devenu un des plus beaux jardins de l’Église par ses vocations et ses œuvres missionnaires.» (p.351 ).Les catholiques reconnaîtront que « les lois de l’Église se servent du fini pour arriver à l’infini ; elles regardent le temporel pour obtenir le spirituel, et elles passent à travers le muable pour assurer l’immuable » (p.392).Ces quelques citations prises entre tant d’autres laissent soupçonner la richesse de ce volume : document historique, il peut servir de lecture spirituelle et former les âmes « à l’ombre du Vatican » (p.377).Sous tous les aspects, il administre un tonique fortifiant.Remercions les éditeurs et surtout Son Excellence Monseigneur le Délégué Apostolique d’avoir permis la permanence des bienfaits de cette ombre (( claire, lumineuse, chaude et ravissante » (p.375).C’est grâce à ce volume que l’ombre qui s’était évanouie, nous revient, (( l’ombra torna che s’era dipartita » (Dante Alighieri).Montréal Adrien Malo, O.F.M. GOUVERNEMENT Chapitre III La deuxième ai le des supérieurs, la bonté 1.La deuxième aile de ce séraphin ecclésiastique est la bonté ou la compassion pour les Frères.De même que l’amour de Dieu enflamme le zèle de la justice, de même aussi que la dilection fraternelle forme à la bonté.Si le vice exige le châtiment de la verge, la faiblesse réclame l’assistance d’un soutien ; Ps [22, 3] : « Votre verge et votre bâton )), etc., et I Cor 4, [21] : « Irai-je chez vous, bâton en main ou animé de charité et d’esprit de douceur ?» C’est ainsi que le samaritain répandit sur les plaies de celui qui avait été laissé à demi-mort le vin d’un zèle fervent et l’huile d’une bonté adoucissante1.2.Il faut distinguer l’infirmité corporelle et l’infirmité spirituelle ; l’une et l’autre ont besoin de bonté.INFIRMITÉ CORPORELLE L’infirmité corporelle se présente sous trois formes.La première comprend les malades qui gardent le lit, en proie à des maux aigus ou à d’autres maladies graves.L’autre compte les malades qui marchent à domicile et même parfois à l’extérieur et cependant ressentent souvent des douleurs graves, comme ceux qui souffrent de calcul, de fistule, d’obésité et de maladies semblables.Les troisièmes n’ont pas de maladie déterminée mais ou bien ont un corps débile et des forces épuisées, comme les vieillards, ceux qui sont usés par le travail, déprimés par une infirmité naturelle, ou bien sont parfois affaiblis temporairement par une langueur accidentelle.A ces personnes il faut offrir trois espèces de soins : les remèdes de la médecine si cela peut se faire convenablement ; l’adoucissement de l’austérité dans la nourriture, le vêtement, les veilles et les points semblables ; l’exemption du travail des charges, des services, des courses et des choses de ce genre, selon que la nécessité de chacun l’exige, en sorte que les soins soient plus spécialement adaptés aux besoins de chacun : aux premières personnes, les premiers soins ; aux deuxièmes, les deuxièmes ; aux troisièmes, les troisièmes.1.Le 10, 33 ; vois aussi Grégoire, Régula pastoralis, p.2, c.6 vers la fin. 36 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES 3.Il faut montrer aux malades et aux faibles une bonté sans restriction, parce qu’ils sont frappés par le Seigneur ; si de plus ils sont affligés par les hommes, leur misère elle-même crie leur plainte au Père des miséricordes contre ceux qui les tourmente ; Ps [68, 27] : (( Parce qu’ils ont persécuté celui que vous-même vous avez frappé, et qu’ils ont ajouté à la douleur de mes plaies » etc.Le malade qui en raison de son affliction ne peut pas se secourir lui-même souffre davantage du fait que ceux qui devraient le secourir ne lui donnent ni consolation, ni soulagement dans son travail, ni secours dans son indigence, ni compassion ; Ps [68, 21-23] : « Ils sont en votre présence tous ceux qui me tourmentent ; mon cœur a attendu l’opprobre et la misère.Et j’ai attendu avec constance quelqu’un qui prît part à ma tristesse, et nul ne l’a fait ; et quelqu’un qui me consolât, et je n’ai trouvé personne.Ils m’ont donné pour nourriture le fiel (du blâme), et dans ma soif ils m’ont abreuvé du vinaigre )) (des reproches).Que s’accomplissent sur eux les imprécations qui suivent ! 4.Le bon supérieur s’estime le père et non le maître de ses frères, se comporte avec eux en médecin, non en tyran, les considère non comme ses bêtes de charge, ses esclaves de marché, mais comme ses enfants, appelés à partager avec lui l’héritage céleste, les traite comme il voudrait l’être en pareille indigence.Ceux qui sont forts et en bonne santé n’éprouvent pas ce qu’éprouvent les malades ; aussi ne savent-ils pas compatir, ils le sauront après que la souffrance les aura frappés.Objecte-t-on que certains se croient plus faibles qu’ils ne le sont ?Faut-il donc pour cela les juger tous hypocrites ?Bien au contraire, pour quelques justes le Seigneur a consenti à pardonner au grand nombre des coupables, Gn 18, [23-33].5.Pour trois raisons, les malades ont besoin plus que les personnes robustes et bien portantes de l’assistance de la bonté.Premièrement, pour la sustentation de la vie qu’ils ne peuvent pas se procurer par eux-mêmes ; s’ils n’en sont pas pourvus par les autres, ils faiblissent forcément et ne peuvent pas subsister ; 2 Rois 14, [14] : « Celui qui a été rejeté ne doit pas périr entièrement ».Deuxièmement, pour la restauration de la santé et des forces perdues dans la maladie.Celui qui est fort et en santé n’a besoin de se sustenter que pour conserver ce qu’il a ; les personnes malades et faibles ont besoin d’une double réfection et pour ne pas périr, ne pas perdre ce qui leur reste et pour réparer leurs LA DEUXIEME AILE DES SUPERIEURS, LA BONTE 37 pertes ; Le 19, [26] : « A celui qui n’a pas, même ce qu’il semble avoir lui sera ôté »2.Troisièmement, pour le soulagement de la consolation ; au milieu de leurs multiples tribulations, ce leur est une consolation que de voir les autres compatir et coopérer avec dévoûment au soin de leur rétablissement ; 1 Rois 23, [21] : « Bénis soyez-vous du Seigneur, parce que vous avez été affligés de mon sort ».6.Il s’en trouve pour dire : Il est juste de secourir les malades dont on espère la convalescence ; mais il ne sert de rien de faire des dépenses pour ceux qui ne donnent aucun espoir de guérison.On aurait raison de parler ainsi, si le motif de la miséricorde envers les malades résidait non dans le mérite de la charité mais dans la récompense d’une humaine utilité.Celui qui soigne un malade avec l’intention, que, une fois guéri, le malade lui rende des services en retour de ses bienfaits, se prive du mérite de la charité.Là où la misère est plus grande, là aussi la miséricorde apparaît plus éclatante et la charité plus désintéressée.Il est donc avantageux que, pour apprendre à compatir, le supérieur fasse l’expérience des maladies des autres ; Héb 4, [15] : « Nous n’avons point un pontife qui ne puisse compatir à nos infirmités » etc.INFIRMITÉ SPIRITUELLE 7.Il existe trois catégories de malades spirituels.Les premiers sont ceux qui par défaut de dévotion ou par impulsion de la tentation sont enclins au scandale et au péché, chancellent et sont portés à succomber à la première occasion.Les deuxièmes sont ceux qui, bien disposés et pieux, perdent courage pour un léger reproche ou une vive réprimande ; ou ils tombent dans la défiance du désespoir, ou ils se laissent aller à des mouvements de grave impatience.Dans la suite, ils s’en attristent et les autres en sont parfois troublés ; Rom 15, [1] : « Nous devons, nous qui sommes plus forts, supporter les faiblesses des invirmes ».Les troisièmes sont en général tous les imparfaits qui chancellent souvent dans la pratique des diverses vertus, se sentent 2.Ce texte se trouve plutôt en Mt 25, 29 ; Le 19, 26 porte « ce qu’il a » à la place de « ce qu’il semble avoir », 38 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES parfois agités, même contre leur gré, par la fièvre des différentes passions, tantôt l’orgueil, tantôt la colère, tantôt la paresse, l’envie, la concupiscence, la gourmandise et les autres vices tant charnels que spirituels ; Ps [6, 3] : « Ayez pitié de moi, Seigneur, parce que je suis infirme » etc.8.Il faut remédier à ces infirmités : leur supprimer l’occasion de scandale, la facilité du péché, ne leur laisser ni voir ni entendre ce qui augmente leur faiblesse, ne pas leur permettre de fréquentes sorties, Gn 34, [1-2] : c’est au cours d’une sortie que Dina fut corrompue.— Les encourager par l’exemple de la patience au cours d’exhortations fréquentes, leur épargner tant qu’ils ne sont pas revenus à la santé les blâmes sévères et les autres reproches qui les troublent ; Col 3, [21] : « Pères, n’irritez point vos enfants, de peur qu’ils ne deviennent pusillanimes ».Exciter davantage celui qui est déjà assez ému par lui-même, c’est provoquer contre soi un chien qui aboie pour s’en faire mordre.— De même, supporter avec égalité d’âme leurs manières et leurs imperfections ; Eccli 17, [29] : « Tous ne peuvent tout faire »3.9.Les docteurs excusent habituellement l’inexpérience des ignorants et des moins habiles lorsqu’ils pensent moins justement ; ainsi les hommes vertueux supportent avec bienveillance les défauts des autres, sachant bien que tous ne peuvent pas posséder une perfection égale.Comme à de petits enfants délicats dans le Christ, ils ne leur imposent pas des fardeaux trop lourds à porter et n’exigent pas d’eux ce qui dépasse leurs forces ; Gn 33, [13] : (( Vous savez que j’ai avec moi de petits enfants bien faibles encore, des brebis et des vaches pleines ; si je les fatigue trop par la marche, tous mes troupeaux mourront en un jour », ce qui veut dire que celui qui s’adressant à des enfants imparfaits, ayant un commencement de bonne volonté comme un embryon en formation, les pousse à la pratique de la vertu plus que ne le comporte la mesure de la grâce qu’ils ont reçue, détruit en eux ce qu’ils possèdent déjà en les excitant au delà de leurs forces ; 1 Thess 2, [7] : (( Nous nous sommes faits petits parmi vous, comme une nourrice qui soigne ses enfants », comme s’il voulait dire : Je vous ai caressés avec humilité et bonté pour condescendre à votre faiblesse et à votre imperfection.3.Le texte de la Vulgate porte : Toutes choses ne peuvent être dans les hommes, parce que le fils de l’homme n’est pas immortel, et qu’ils se sont complu dans la vanité de la malice. LA DEUXIEME AILE DES SUPERIEURS, LA BONTÉ 39 Au contraire le Seigneur se plaint des pasteurs sévères et sans compassion ; Ez 34, [4] : (( Ce qui était faible, vous ne l’avez pas fortifié ; et ce qui était malade, vous ne l’avez pas guéri ; et ce qui a été brisé, vous ne l’avez pas lié ; et ce qui était égaré, vous ne l’avez pas ramené.Mais vous leur commandiez avec rigueur et avec empire )).« Apprenez, écrit Bernard, que vous devez être les mères et non les maîtres de vos sujets ; appliquez-vous à vous faire aimer plus qu’à vous faire craindre ; et si parfois la sévérité s’impose, qu’elle soit paternelle, non tyrannique.Montrez-vous maternels dans vos encouragements, paternels dans vos reproches.Adoucissez-vous, abandonnez la dureté ; cessez les coups, employez la douceur ; que vos cœurs s’enrichissent de bonté et ne se gonflent pas d’arrogance.Pourquoi appesantir votre joug sur ceux dont vous devez plutôt porter les fardeaux ?» Nom 11, [12] : « Porte-les dans ton sein, comme une nourrice a coutume de porter son petit enfant, et conduis-les dans la terre au sujet de laquelle vous avez juré à leurs pères ».Montréal Adrien Malo, O.F.M., traducteur.COURS BIBLIQUE RADIO CANADA a inscrit au programme des émissions éducatives de RADIO-COLLÈGE une série de causeries bibliques intitulées : « EN CE TEMP S-LÀ.LE MONDE OU LE CHRIST A VÉCU.A partir du 19 octobre prochain, l’émission sera présentée régulièrement chaque jeudi de 4 h.30 à 4 h.45 et sera suivie d’un quart d’heure de réponses à toutes les questions concernant la Bible, envoyées par les auditeurs.PRIX DE LA REVUE Le coût élevé des réimpressions nous force à porter à $2.00 le prix des années 1942-43, 1943-44 de LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES. CATÉCHÉTIQUE Le mystique de renseignement religieux C’est le sage Confusius qui disait, paraît-il, que son premier soin, s’il devenait empereur de Chine, serait de faire stabiliser la signification des mots de la langue.Beau projet ! Irréalisé cependant : Confusius ne devint pas empereur de Chine.Bien plus, irréalisable : on ne fige pas la vie.Les mots vivent.Comme les concepts qu’ils recouvrent.Comme l’esprit de l’homme qui engendre les concepts.Le temps en fait bien vite fléchir le sens, quand il ne va pas jusqu’à le dédoubler en des significations fort divergentes.Et c’est ainsi qu’après avoir écrit comme titre : La mystique de l'enseignement religieux, je me prends à douter du sens précis à attribuer au mot « mystique ».Le Corps mystique, la mystique chrétienne en regard de l’ascétisme chrétien, les mystiques raciste, fasciste, communiste, la mystique des affaires, la mystique rurale, et quoi encore ?Que le lecteur veuille bien se souvenir de l’aveu que je lui fais présentement et ne voir en cet article qu’un essai d’analyse.XXX Comme point de départ, admettons ceci que le catéchisme n’est pas une matière comme une autre ; qu’il n’est pas uniquement, pas surtout une science, mais une Vie, une Présence vivante et vivifiante.Aussi — il faut le dire sans tarder — notre bonne volonté nous égare lorsque, désirant sincèrement améliorer notre catéchistique, nous ne songeons qu’à nous enquérir de méthodes scientifiques, de procédés à la mode.Certes, le recours aux techniques de la pédagogie moderne est necessaire.Autant que le corps est essentiel au composé humain.Et les éducateurs chrétiens se doivent — noblesse oblige — d’être à l’avant-garde du véritable progrès.Mais si par là commence et s’achève leur recherche, elle n’est qu’un leurre.Un corps sans âme.Plaise à Dieu qu’elle ne dégénère pas en une course à la nouveauté et aux fantaisies méthodologiques.A l’enseignement catéchistique, il faut son climat spirituel, sa mystique simple et complexe à la fois, une comme l’âme, mais, comme l’âme aussi, multiple et riche de virtualités que nous tenterons de dégager.Le premier de ces éléments est, selon nous, la 'perception d'un appel.Appel mystérieux mais aussi clair qu’une note de clairon dans 1 air du matin.Tout le contraire d’une poussée biologique, d’un réflexe de l’instinct.Appel à la conquête — à la lutte par conséquent — sur un front de bataille bien désigné : la formation chrétienne des jeunes. LA MYSTIQUE DE L’ENSEIGNEMENT RELIGIEUX 41 C’est jusqu’à nous en effet — membres religieux ou laïcs de maisons d’enseignement, institutrices rurales, mamans qui épellent à leurs petits les choses divines—jusqu’au plus humble d’entre nous, que se répercute, vibrante encore de tout l’amour d’un Dieu éternel, l’ordonnance à laquelle le monde doit sa conversion : « Allez, enseignez toutes les nations ».C’est Pie XI—celui qui en 1929 dotait le monde chrétien d’une « charte de l’éducation )) — qui l’a dit bien haut : « Tout maître qui a conscience de son mandat se fait le continuateur et le collaborateur du divin Maître dans l’apostolat ».Tout éducateur qui entend l’appel du Christ possède le premier élément de la mystique propre à l’enseignement du catéchisme.Par la vertu de cet appel, il voit son métier s’éclairer, se transfigurer, devenir une mission, presque un sacerdoce.XXX Entendre l’appel n’est pas tout cependant.L’essentiel reste d’y répondre.Et la seule réponse, qui ne soit pas dérisoire, à l’invite divine, c’est le don de soi.Le second élément de la mystique de l’enseignement religieux, c’est le don total.Tout don partiel est indigne de Dieu et à jamais impuissant à remuer les âmes.L’enseignement religieux est une tâche exigeante et qui demande — non pas à supprimer — mais à se subordonner toute autre activité, à canaliser à son profit les ressources les plus vives de la personnalité.« Cherchez avant tout le Royaume de Dieu ».Pour un maître, une manière toute indiquée de chercher le Royaume, c’est de faire le catéchisme.Et la consigne en est aussi simple qu’impérieuse : il faut le faire avant tout.On conçoit sans peine que cet avant tout n’est pas à situer sur la ligne horizontale du temps, qu’il s’agit ici de tout autre chose que d’un moment de l’horaire.C’est la droite verticale qu’il faut prendre, droite selon laquelle s’étagent les valeurs.L’enseignement catéchistique est au haut, immédiatement au-dessous du ministère apostolique de la prédication.Faut-il s’étonner qu’il y faille un don plénier de soi ?Le don de son intelligence d’abord par une préparation doctrinale ininterrompue et jamais achevée.Est-il sûr, en effet, que la cause de certaines vies égarées, de certaines piétés faussées, ne soit pas à chercher uniquement dans un enseignement douteux ou trop peu substantiel ? 42 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Mais plus encore que le don de son intelligence, il y faut la consécration de son vouloir, par un ascétisme de toutes les heures et l’avance conquérante, jamais ralentie, dans l’âpre pays de la vertu.Si la sainteté manque au catéchiste, tout lui manque.Jamais la science ni la méthode n’ont suffi à la transformation d’une seule âme dans l’ordre de la charité.Et il n’y a vraiment, selon le mot de Bloy, qu’une tristesse sur terre, celle de n’être pas des saints.XXX La perception d’un appel, le don de son intelligence et de son vouloir, cela ne suffit pas encore à créer une mystique.La braise est là, rouge et brûlante, il y faudrait la flamme.La composante essentielle de toute mystique, c’est la ferveur, l’enthousiasme conquérant, la « vive flamme d’amour ».On a dit de Lénine qu’il avait épousé la révolution, qu’il l’aimait de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces, de tout son esprit, qu’il y pensait vingt-quatre heures par jour.Et il faut bien qu’il en ait été ainsi, que la passion ait atteint en son cœur une densité inouïe pour avoir pu éclater et se répandre sur le monde avec la force bouleversante et tragique que l’on sait.Un professeur de catéchisme devrait avoir de même, accumulées en son cœur, d’inépuisables et crépitantes réserves d’amour.Est-ce trop demander à qui, par la grâce, abrite en soi l’Amour incree ?La charité du Christ répandue en nos cœurs, comme nous l’assure saint Paul (Rom 5, 5), n’y aurait-elle pas allumé une étincelle au moins ?Supposez consciente une étincelle et demandez-lui ce qu’elle veut.— Je veux brûler le parquet où je suis tombée.— Et tu seras contente ?— Non.Je veux brûler la pièce.— Et après ?— La maison.— Ton ambition sera satisfaite alors ?— Non.Après, je veux la rue, et après la ville.— Puis ?_ Üf — Puis, il me faut la province, le pays, le continent, le monde ! LA MYSTIQUE DE L’ENSEIGNEMENT RELIGIEUX 43 Si tous les catéchistes du Canada français étaient, chacun en sa classe, une étincelle de la (( vive flamme », quel incendie de charité, capable de fondre le glacier d’égoïsme qui l’écrase, ne pourraient-ils pas, à eux seuls, faire éclater sur le monde ! D3 Jésus à nous.De nous à nos élèves.Par eux à leurs parents.Puis à la paroisse, au diocèse, au pays, au monde ! XXX Non, vraiment, le catéchisme n’est pas une simple matière du programme d’études.Et l’on n’en est pas quitte avec les préséances pour lui avoir assuré la première place dans son horaire.Car, enfin, pour être ainsi premier, il faut prendre son rang.Le catéchisme n’a pas à prendre son rang.Il n’est pas premier de la série.Il transcende infiniment toute série.« De tous les corps ensemble, écrit Pascal, on ne saurait en faire réussir une petite pensée : cela est impossible et d’un autre ordre.De tous les corps et esprits, on n’en saurait tirer un mouvement de vraie charité : cela est impossible et d’un autre ordre, surnaturel ».La classe de catéchisme réclame son climat spirituel où passe, doux et vainqueur, le souffle ardent de l’Esprit.La classe de catéchisme a sa mystique à elle, exaltante, sublime, conquérante, puisée au cœur même du premier des catéchistes, Jésus, celui qui a apporté sur la terre le feu de la divine charité.Nicolet Sr Sainf-Ladislas, A.S.V.NÉCROLOGIE R.P.Mathieu-Marie Daunais, O.F.M.— R.P.Jules Calais, O.M.I.— R.P.Abel Mirault, O.F.M.— R.P.Joseph Payne, S.J.— R.F.Nérée Du-charme, O.M.I.— RR.FF.Ignace-Henri et Constant-Jules, I.C.— RR.SS.Gatien, Caïus, Laurent, Jeanne de Portugal, Marie du Cénacle, Orner, Bernard du Sacré-Cœur, Mary Wilfrid et Pierre de Rome, F.C.S.P.— RR.SS.Marie-Louise du Crucifix, Marie-Émeline, Marie Adélaïde, Marie de Nazareth, Marie Théodore d’Alexandrie, Marie-Grégoire, Marie-Pierre-Fourrier et Marie Germain, SS.NN.de J.et M.— RR.SS.Anna Lafontaine, M.du Calvaire et Agnès du Sacré-Cœur, S.G.M.— RR.SS.Marie Saint-Rodrigues, Marie Sainte-Germaine, Marie Saint-Calixte, Marie Saint-Gustave, Saint-Norbert et Marie Antonio, P.de M.— RR.SS.Marie-de-Sainte-Romaine et Marie-de-Sainte-Béatrix-du-Sacré-Cœur, C.S.C.— RR.SS.Marie de Saint-David et Marie du Saint-Nom-de-Jésus, B.P.— R.S.Sainte-Alena, C.N.D.— R.S.Saint-Émiland de Jésus, F.M.M.— R.S.Sainte-Eugénie, S.M.R.I.P. DROIT iniTiRTive P€Rsonn
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.