Le Canada-français /, 1 décembre 1944, Coups d'ailes en Amérique latine
Coups d'ailes en Amérique latine Antilles, Vénézuéla, Colombie 1 18 juin 1942, 5 h.du soir.Je descends du train à Miami.Chaleur étouffante, d’autant plus pénible que, depuis New-York, j’ai voyagé par le « Champion », beau convoi aérodynamique, où la température est maintenue à 72° F.: vingt-trois heures de confort, sans poussière, sans fumée, sans heurts, grâce à la locomotive Diesel.De plus, pour le voyageur, grande économie: chose appréciable, en ce temps de guerre où le dollar américain, indispensable Sésame, nous est parcimonieusement ménagé! J’ai déjà vu Miami en 1925.C’était avant sa vogue insensée.Aujourd’hui, même en hiver, les grands hôtels sont ou fermés ou réquisitionnés par l’armée.Le mien, le Columbus, a l’avantage d’attenir aux bureaux de la Pan-American Airways.On vise mon billet pour Cuba: départ de l’autocar pour l’aéroport demain matin dès 6 heures: (« Mince! » dirait un Français).Je pourrais faire examiner mes bagages dès ce soir: le frère Marie-Victorin, qui revenait de ces parages, m’a bien dit à Montréal: «Prenez gardeàMiami! La douaneetlacensure ysont terribles ! ».Bah! il fait si chaud! Je remets la partie à demain.Mal m’en prendra.J’avale force jus d’oranges, dîne frugalement, puis vais faire un tour de promenade au bord de la mer.Pas un souffle de brise.Dans ma chambre, avec la moustiquaire, ce sera suffocant.Aussi passerai-je en somme la nuit sous la douche.1.Notes prises au jour le jour, mais dont la publication fut volontairement différée: la censure n’eflt pas laissé passer, en pleine guerre sous-marine, tant de détails sur la Martinique, les bases navales, la terreur qui régnait dans les îles .A.Y.vol.XXXII, n° 4, décembre 1944. 284 LE CANADA FRANÇAIS Vendredi 19 juin.Je ne me sens guère reposé.Impossible d’avoir même du café, à cette heure matinale.Pour comble d’infortune, je manque le car, de sorte qu’il me faut gagner en taxi l’aéroport.Et les dollars ?Il est près de sept heures, et il y a cohue! J’avise un préposé qui a l’air bon enfant, et lui présente mes bagages.Malheur! c’est le pire argousin qui soit: il exige la remise immédiate de tous mes papiers, de mes photos, de tous films impressionnés ou non! N’ayant plus le temps d’examiner cela ce matin, dit-il, il fourre le tout dans une grande enveloppe, et les objets me seront renvoyés sous peu à Trinidad ?au Vénézuéla?où je voudrai! Mais je proteste: parmi ces papiers, il y a des lettres de recommandation, mes pièces d’identité, mes billets de retour.Quant aux photos, je dois y renoncer: on me les expédiera à Montréal, où effectivement elles attendront mon retour.Je ne parviens pas à sauver mon Guide aux Antilles, édité à Londres (« It’s not on account of you, Father, but there are lots of maps and plans of harbours, and it might fall in alien hands!») Ensuite, re-visa des billets, pesage et enregistrement des bagages.Il y a naturellement excédent et, tout calcul fait, cette première journée en Floride m’aura coûté dix-huit dollars ! Nous passons enfin à l’embarcadère.L’avion est un Douglas bi-moteur comme celui qui m’a conduit de Montréal à New-York.Il s’élève bientôt, et nous ne voyons plus que la grande Bleue, dont la face se ride à peine par cette matinée de l’été tropical.I — Les îles espagnoles Une heure et demie plus tard, arrivée à l’aéroport de La Havane.La ville ne me paraît guère changée depuis mes visites de 1925 et 1927.C’est la grande capitale (550,000 habitants), avec ce que ce titre comporte de meilleur et de pire.Rendez-vous d’hiver des fêtards, c’est aussi le paradis des fumeurs.Les magasins sont moins dégarnis que ceux de Le Canada Français, Québec, COUPS d’ailes EN AMÉRIQUE TATINE 285 nos villes du nord.Bijoutiers et orfèvres étalent des pièces superbes.On a comparé La Havane à Barcelone.C’est assez juste.Mêmes contrastes entre l’ancien et le moderne, la tradition espagnole et le progrès américain, la simplicité classique et le mauvais goût nouveau riche.Mais les vendeurs de billets de loterie y sont aussi importuns que dans la cité catalane! Contraste également entre l’agitation exubérante des quartiers populaires et le calme satisfait des banlieues fashionables .Fait la visite traditionnelle aux Frères du Vedado, le Westmount de La Havane, — un Westmount moins accidenté que le nôtre, mais plus riche en couleurs, avec ses palais blancs, roses, ocreux, enfouis dans les frondaisons tropicales.Là s’élève le collège de La Salle, fondé en 1905 par une équipe de religieux venus du Canada — la plupart Canadiens, et dont un seul vit encore, le F.Adrias, natif des Trois-Saumons.Accueilli à bras ouverts, je passe le reste de la journée à la maison de campagne ou quinta des Frères, quinze milles plus loin.C’est l’occasion de ressasser maints souvenirs canadiens.On parle beaucoup, ici comme au Canada, du bel ouvrage que le frère Marie-Victorin vient de publier sur la Flore cubaine.Rentrant vers sept heures, je trouve tous les Havanais dehors, suivant la coutume espagnole.Comment passer près de la cathédrale sans songer que, dans un coin ignoré de cette capitale, repose le fils le plus illustre de Montréal: Pierre Lemoyne d’Iberville, décédé à bord du Juste, en rade de La Havane, le 9 juillet 1706?Il fut inhumé, comme on sait, dans l’ancienne cathédrale dédiée à Saint-Christophe, la nouvelle s’élevant sur un site différent.Faute de meilleurs renseignements, c’est cette dernière église qui porte la plaque commémorative, envoyée par la ville de Montréal en 1936 et inaugurée avec une autre plaque offerte par le Comité France-Amérique.On a pu heureusement retrouver l’acte de sépulture, où notre marin est appelé (( don Pierre Bervila », la première lettre de son nom ayant dû, à l’audition, passer pour un y, conjonction dont les Espagnols se servent volontiers pour vol.XXXII, n° 4, décembre 1944. 286 LE CANADA FRANÇAIS enchaîner les multiples noms patronymiques dont ils aiment à se parer (José Gômez y Sanchez y Alarcôn de Sanjurfo).Un voyage d’études m’a déjà démontré que Cuba possède encore d’abondantes Archives nationales, quoique, pendant la guerre de 1895-1898, 150 tonnes de documents aient été transportées en Espagne, aux Archives de la Guerre, à Ségovie.Certaines pièces conservées à La Havane remontent à 1550.Cette fois, mon séjour dans la capitale cubaine sera de courte durée.Par un petit avion local, je dois me rendre à Camagüey, dans l’est de l’île, où m’attendent des amis.La ville (deuxième du pays, avec une population de 135,000 âmes) est moins intéressante que je n’imaginais.Le principal monument, avec quelques églises délabrées, est une ancienne caserne, qui sert aujourd’hui d’hôtel.J’admire le frais patio.On nous y sert un repas qui fait honneur à la cuisine cubaine.Avec mes amis, je m’arrêterai chez eux, à Holguin, vieille petite ville endormie de la province d’Orient, et qui eut jadis la visite de Christophe Colomb en personne.Je verrai là une famille canadienne charmante, — celle du gérant de la succursale de notre banque Royale.De ces succursales, il s’en trouve dans toutes les Antilles, — preuve que les intérêts canadiens sont toujours considérables dans ces régions: en tout, d’après un rapport de 1942, 42 bureaux, dont 22 pour la seule île de Cuba! Nos compatriotes se feront aussi connaître dans le domaine spirituel: il y a peu de temps, nos prêtres des Missions Étrangères de Pont-Viau se sont vu offrir par Mgr l’Archevêque de La Havane la paroisse de Nueva Gerona, dans l’île des Pins.Ils rayonneront ainsi sur un territoire comparable à un diocèse: 840 milles carrés, dont les 7,000 habitants étaient fort délaissés, surtout depuis que les Américains, à la suite de cyclones, ont déserté l’île.La moisson est vaste, mais les ouvriers, heureusement, se font de plus en plus nombreux.C’est là un beau champ d’apostolat pour nos Missions Étrangères, fort bien préparées à ce ministère par l’expérience acquise aux Philippines.Le C/xaim Français, Québec, COUPS d’ailes EN AMÉRIQUE LATINE 287 Dans l’auto de mes amis, nous allons d’Holguin à Santiago, la capitale du sud, ville bien antillaise, toute blanc.'ie, et où domine par contraste la population de couleur.Nous suivons la route nationale, — la gran carretera tant vantée — belle dans son ensemble, mal entretenue par endroits.Soudain, à droite, se dresse une vaste structure: quatre murs percés de fenêtres béantes, pas de toit .Qu’est-ce ?« Un hôpital, ou plutôt un projet d’hôpital », me dit-on.En effet, au moment des élections, on a commencé la construction; une fois les élections gagnées, on a cessé tout travail.Voilà qui caractérise bien ce que fut souvent la politique .aux Antilles! Un grand autocar qui fonce dans la nuit embaumée me ramène à Camagüey: pour passer de Cuba à l’île voisine d’Haïti, j’aurai un grand quadrimoteur du service Miami-Rio: deux heures pour Port-au-Prince; deux autres heures pour Ciudad Trjillo.Nous ne ferons qu’une halte d’un quart d’heure en Haïti> cette partie de Saint-Domingue qui fut jadis colonie française; avec le Cap-Français (dénommé aujourd’hui Cup-Haïtien) comme chef-lieu; au XVIIIe siècle, c’était même la plus riche et la plus prospère des possessions de la France outre-mer.En 1927, je me suis arrêté un jour à Port-au-Prince, pendant l’escale du navire qui me ramenait de France en Amérique.Cette fois, je dois m’interdire pareille aubaine.Mon itinéraire demeure immuable.Les agents de la P.A.A.me l’ont bien dit: sur ces lignes, les passages sont réservés jusqu’en 1944! Faute de mieux, je me contente, pendant l’arrêt, d’échanger quelques mots avec les employés de l’aéroport, lesquels parlent un français impeccable.Puis, du haut de ma nacelle, je vois se déployer en marge de la mer indigo cette ville toute blanche à demi cachée dans ses massifs d’un vert sombre: vraie vision de la Côte d’Azur! Nous voguons maintenant vers la république espagnole de Saint-Domingue, qui occupe les deux derniers tiers de l’île, soit 20,000 milles carrés, avec une population d’un million et demi: comparé à Haïti, Saint-Domingue couvre vol.XXXII, n° 4.décembre 1944. 288 LE CANADA FRANÇAIS un territoire deux fois plus grand et nourrit une population deux fois moindre.Tout ce qu’on peut dire de l’aspect général du pays — plat sur les côtes, très accidenté dans l’intérieur, avec des sommets qui atteignent 10,000 pieds — vaudrait également pour Haïti.Les produits naturels des deux républiques sont sensiblement les mêmes: canne à sucre d’abord, puis café, tabac, fruits, acajou et autres bois précieux.En outre, Saint-Domingue est justement fier de ses bestiaux, fort appréciés aux Antilles.Les touristes canadiens vont peu à Saint-Domingue.Ceux qui y vont n’y séjournent guère.Ce qui pique davantage ma curiosité, c’est qu’on m’en a raconté de bonnes sur le pays.A en croire un philatéliste syrien, l’eau y serait tellement polluée qu’il dut lui-même user uniquement de soda (( Canada Dry », non seulement comme breuvage, mais encore .pour prendre des douches! A l’hôtel, paraît-il, sa femme passait ses nuits à lancer ses souliers contre des rats énormes (j’ai oublié de lui demander si elle employait toujours la même paire).Et puis, il y a l’Archevêque, qui, assure la légende, pour se garder contre des moustiques géants et voraces, a fait enfermer son bureau et son lit dans une vaste cage.En homme qui a joliment voyagé, je demeure sceptique.Nous verrons bien; car déjà l’avion se pose dans la lumière éclatante du champ d’aterrissage.Pendant que deux douaniers bouleversent à qui mieux mieux mes bagages, un troisième — un nègre blanc, en pékin, — dirige les opérations de ce côté-ci du comptoir: nul doute, c’est l’agent plus ou moins secret qui, suivant les habitudes des dictatures, va s’attacher à mes pas.Il sollicite justement la permission de monter avec le chauffeur dans mon taxi, et, comme par hasard, demeure, à la pension où je me retire! Disons tout de suite que, pendant mon séjour, il se montra bon enfant — et moi de même, puisqu’au moment du départ je lui fis cadeau d’un grand thermos (qui me gênait), grâce auquel il pourrait, lui dis-je sérieusement, faire à volonté le froid et le chaud! Un tour en ville suffit à me persuader que Ciudad Trujillo (55,000 âmes) est une des capitales antillaises où règne la Le Canada Français, Québec, COUPS d’ailes EN AMÉRIQUE LATINE 289 plus grande propreté, avec la plus stricte discipline.Dans les rues, pas de gens déguenillés, pas de flâneurs ni de vendeurs de billets d’aucune sorte.Pour économiser pneus et essence, on se partage les places de taxi, à raison de 10 sous par tête.Cette ville antillaise a aussi cette originalité d’avoir su conserver des monuments historiques : cathédrale du XVIe siècle, évidemment restaurée; ruines d’autres églises, de la maison de Diégo Colon, etc.Et puis, Ciudad Trujillo a l’insigne honneur de posséder les cendres de Christophe Colomb.Cela semble prouvé, quoi que prétendent La Havane et Séville.En 1795, il est vrai, quand cette partie de Pile passa aux Français, l’Espagne obtint de transporter dans sa colonie de Cuba des restes qu’on croyait être ceux du grand découvreur, et qu’on expédia finalement à Séville, en 1898, après la prise de La Havane.Or, en 1877, pendant qu’on effectuait des réparations à la cathédrale de Saint-Domingue, coup de théâtre! Des voûtes qu’on pensait vides, un cercueil de plomb est exhumé: celui de don Luis Colon, petit-fils de Christophe, décédé à Oran en 1572.On décide de pousser les fouilles plus avant, et, le 15 mai, en présence de plusieurs notables, on met à jour un autre coffre de plomb, recouvert de chaux.Un nettoyage sommaire révèle l’inscription: « D.de la A.Per aie.» interprétée ainsi: « descrubidor de la América.Primer Almirante ».A l’intérieur, on lit clairement les mots: « Illustre barén Cristobal Colon », Parmi les ossements humains, se trouvent deux petites vis métalliques (détachées d’une plaque) ainsi qu’une balle de plomb.On se rappellera plus tard que, dans une lettre datée du 7 juillet 1503, Colomb parlait de sa blessure: il avait dû recevoir un coup de feu.Les derniers doutes sérieux sur l’authenticité des cendres parurent se dissiper en 1890, après une enquête rigoureuse menée par l’érudit Rudolf Gronau.Le tombeau élevé dans la cathédrale sombre et fraîche de Ciudad Trujillo est un mausolée de style gothique, assez lourd, et surmonté de la statue de Quisqueya, incarnation indienne du pays.?ol.XXXII, n° 4, décembre 1944. 290 LE CANADA FRANÇAIS J’allai naturellement présenter mes hommages à l’archevêque, S.E.Mgr Pittini, salésien natif d’Italie mais ordonné prêtre au diocèse de Montevideo.De la légende de la cage, il n’y a de vrai que l’existence de moustiquaire métalliques dans le bureau et dans la chambre à coucher du prélat.Les Frères des Écoles Chrétiennes m’ont invité à dîner chez eux et à présider leur distribution de prix.Nous entrons au réfectoire au son de la Marseillaise, jouée par un phono, et, dans mon petit speech aux élèves — en espagnol, bien entendu, — je souligne la triple signification de cette date, 24 juin: fête patronale à la fois du directeur (frère Jean), du fondateur des Frères et de mes compatriotes Canadiens français.Le soir, de temps à autre, je vais m’asseoir dans le parc central pour écouter la musique militaire et observer la population.Jeunes garçons et jeunes filles défilent séparément, à la mode espagnole, par groupes de deux ou trois.Il y a peu de noirs véritables.L’influence du sang africain est souvent à peine perceptible, surtout chez les femmes.Les missionnaires me diront que, dans l’intérieur du pays, on rencontre des familles de blancs purs, qui se marient entre elles.En parlant avec celui-ci et celui-là, je conclus que les méfaits des sous-marins allemands causent dans l’île une terreur folle.Les deux derniers navires de l’État dominicain viennent d’être coulés.Mon voisin me confie mystérieusement que les États-Unis pourraient bien n’être pas étrangers à ces malheurs.C’est insensé! Autre constatation: il n’y a presque pas d’argent dominicain en circulation: environ 300,000 dollars à l’effigie du président.Tous les billets sont américains.25 juin.Il me tarde de pénétrer dans l’intérieur du pays.J’y trouverai des Canadiens, car, depuis 1936, les Missionnaires du Sacré-Cœur, appelés à Saint-Domingue par le vicaire général d’alors, exercent leur ministère dans cette région.Au moment où j’écris, 11 pères et 3 frères sont répartis en 5 districts.Le Canada Français, Québec, COUPS d’ailes EN AMÉRIQUE LATINE 291 Le but de ce voyage de cent milles en auto est Santiago, ou plus exactement Santiago de los Caballeros — Saint-Jacques des Chevaliers — au nord de l’île, à quelque quarante milles de la côte.Pour y parvenir, on traverse la province de la Vega.vaste plaine d'une fertilité prodigieuse, contenue entre les rivières Yaque et Yuna.Ce n’est partout que verdure et fleurs : palmistes, fougères géantes, « flamboyants », bougainvilléas vieux rose ou mauves, et déjà, sur les hauteurs, quelques pins parasols.Au loin se découpent les crêtes de montagnes imposantes.En arrivant à Santiago, je tombe juste sur l’ancien vicaire général, devenu curé de la principale paroisse et demeuré l’ami fidèle des Canadienses.Il a vite fait de me présenter à ces derniers.Les religieux m’empêchent, de descendre à l’hôtel et me prennent chez eux, dans une jolie villa entourée d’un jardin et à laquelle ils ont ajouté une vérandah à la canadienne.Il y a là une petite chapelle pour la sainte Réserve, mais je dirai ma messe en face, dans un magnifique pensionnat de demoiselles, dirigé par les Sœurs Mercédaires d’Espagne et desservi par les Pères: maison délicieuse, toute blanche, sertie dans un décor naturel vraiment merveilleux.Les élèves, au nombre de trois cents environ, appartiennent aux familles les plus aisées, leurs parents étant pour la plupart des propriétaires de l’intérieur.Elles sont très sociables et causent volontiers.En général, elles ont le teint à peine cuivré — tout juste la nuance rêvée par nos mondaines qui se font rôtir sur les plages! Une famille de Santiago, celle d’un riche marchand de tabac aujourd’hui décédé, a vécu plusieurs années à Outremont, alors que les enfants faisaient leur éducation à Loyola et à Villa-Maria.Je rencontre aussi un Dominicain ancien interne de l’hôpital Saint-Luc, à Montréal.Le monde n’est pas grand! Tantôt avec les Pères, tantôt avec le Vicaire général, je parcours les environs, qui sont d'un pittoresque achevé.La route de Santiago à Puerta Plata est l’une des plus intéressantes de l’île.De l’autre côté de la vallée du Yaque, gisent les ruines de l’ancienne Santiago, détruite par un vol.XXXII, n° 4, décembre 1944. 292 LE CANADA FKANÇAIS tremblement de terre en 1686, — des ruines toutes fleuries qu’eussent aimées les romantiques.Sur la vérandah de la résidence j’ai de bonnes causeries avec les Pères, qui m’entretiennent de leurs travaux apostoliques.Chez les gens du peuple, la situation morale et religieuse est sensiblement la même qu’aux Antilles françaises et anglaises (J’en dirai un mot à propos de la Dominique).Ciudad Trujillo, 29 juin.Il me faut bon gré mal gré quitter cette atmosphère si cordiale, et, moderne Juif errant, me remettre en route.A l’aéroport, je prends congé de mon « ange gardien », qui continue de bousculer consciencieusement les bagages des voyageurs.Les miens ne sont même pas ouverts.Enfin s’annonce l’avion pour Saint-Jean de Porto-Rico (terminus de l’hydravion qui me conduira à la Martinique).C’est un grand quadrimoteur à destination de Rio de Janeiro et de Buenos-Aires.Nous y sommes bien une vingtaine de voyageurs, avec beaucoup de colis.J’ai pour voisin un jeune Américain du Sud très disert.En train de faire des études à Paris au moment de l’invasion, il a réussi à s’échapper, après de multiples péripéties qu’il me narre par le menu, moitié en espagnol, moitié en français très approximatif.Il paraît extrêmement nerveux.Je m’amuse à parcourir les revues du bord, pendant que mon voisin regarde en bas.Soudain, il se lève et court vers la cabine des pilotes: il a cru apercevoir un sous-marin boche, assure-t-il! Sensation! tous veulent se rendre compte; mais, sur le petit écran lumineux qui nous donne les directives, apparaît cet ordre en quatre langues: « Gardez vos places; bouclez les ceintures .» Et, tout ce que nous gagnons au jeu, c’est qu’on met aux « hublots » les carreaux dépolis, qui nous resteront jusqu’à Saint-Jean.Et nous continuons de voler, comme si de rien n’était.Notre alarmiste prétend qu’on a dû jeter des charges de fond.Mais toute cette histoire n’est-elle pas l’effet d’une imagination surchauffée ?Le Canada Français, Québec. COUPS d’ailes EN AMÉRIQUE LATINE 293 A Porto-Ilico, je reviens sous les plis du drapeau étoilé, et je retrouve la déférence proverbiale des Américains envers les « Fathers )) Mais, en somme, Porto-Rico est bien resté une « île espagnole », malgré son changement d’allégeance.La grande majorité de la population ne sait pas l’anglais.Les journaux ont assez parlé de la misère et du peu d’hygiène qui régnent dans la classe pauvre, ainsi que du surpeuplement de l’île, pour que je n’aie pas à insister.On sait que beaucoup de Porto-Ricains plus aisés ont fui le pays pour aller s’installer à New-York et dans d’autres villes des États-Unis.C’est pour la Métropole un grave problème colonial, une épine au pied.Je ne dois d’ailleurs passer ici qu’une soirée et une nuit: le temps de parcourir la ville en tram, d’y dîner agréablement et d’assister à la projection de Fantasia.La nuit est très chaude.Même dans la jolie banlieue de Santurce, l’air ne bouge pas .d’une semmelle (pour parler comme Ponson du Terrail!) (à suivre) Abbé Armand Yon, D.Ph., L.ès-L.Jacques Chardonne.L'amour, c’est beaucoup plus que l’amour.Éditions Stock.Société des Éditions Pascal, Montréal.$1.25 l'exemplaire.Ce livre réunit un bon nombre de pensées aussi franches que subtiles sur la passion amoureuse.Le style de Chardonne est dans la tradition la plus pure des moralistes français de la belle époque.Le classicisme de Jacques Chardonne, son atticisme, est proche parent de celui de Vauvenargues.Tous les aspects de l’amour y sont étudiés ici avec infiniment de finesse et ce livre procure à l’esprit et au cœur un plaisir d’une qualité rare.Jacques Chardonne est un écrivain d’une pénétration singulière.Mais il s’adresse à ceux-là seuls que la vie a déjà éclairés et fait souffrir.Les enfants n’y comprendront rien ou n’y trouveront rien qui leur convienne.N.I.C.vol.XXXII, nc 4, décembre 1944.
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