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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
"Providentissimus Deux" (cinquantième anniversaire)
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1943-11, Collections de BAnQ.

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XXXI, n° 3 Québec, novembre 1943 LE CANADA FRANÇAIS Publication de l'Université Laval Le cinquantième anniversaire de T encyclique Providentissimus Deus de Léon XIII C’est le 18 novembre 1893 que Léon XIII publia l’encyclique Providentissimus sur l’interprétation des Saintes Écritures, document d’une rare importance, appelé à juste titre la Charta Magna des études bibliques.A cause de sa valeur intrinsèque et de l’opportunité de sa publication, Providentissimus doit être mise au rang des grandes encycliques de Léon XIII, telles Humanum Genus (20 avril 1884) ou sont démasquées les menées des francs-maçons, Rerum Novarum (15 mai 1891) qui donne à la question ouvrière sa véritable solution, Aeterni Patris (4 août 1879) sur l’enseignement de la philosophie, Immortale Dei (19 novembre 1885) sur les rapports de l’Église et de l’État.Au dire de Fernand Hayward, un historien récent de Léon XIII, Providentissimus Deus constitue un des plus purs joyaux contenus dans le riche écrin qui renferme les œuvres du grand pape 1.De nos jours, comme il y a cinquante ans, exégètes et théologiens recourent à Providentissimus comme à la source doctrinale la plus pure.Les principes que l’on y trouve énoncés dirigent toujours la pensée catholique.Il ne sera donc pas inutile, croyons-nous, de commémorer cette encyclique dont la doctrine fut si bienfaisante dans l’Église 1.Fernand Hayward, Léon XIII, préface du cardinal Baudrillart.1937, Paris, Grasset, p.304. 162 LE CANADA FRANÇAIS depuis un demi-siècle.Nous décrirons dans la première partie de notre étude la situation embarrassée des apologistes de la Bible au moment de la parution de Providentis-simus; dans la seconde nous analyserons les directions pleines de sagesse que Léon XIII, en cette occasion, donna au monde entier sur des problèmes bibliques d’une extrême délicatesse b I L’histoire appelle l’âge d’or de l’exégèse moderne la période qui s’étend de 1550 à 1650.À cette époque, en effet, des travaux remarquables par leur ampleur et leurs qualités intrinsèques ont rendu célèbres les noms de Sixte de Sienne (1520-1569), André Masius (1526-1573), Maldonat (15341583), Tolet (1532-1596), Salmeron (1515-1585), Ribéra (1514-1571), Arias Montanus (1527-1598), Estius (15421613), Luc de Bruges (1548-1619), Bellarmin (1547-1621), Cornelius a Lapide (1567-1637), Menochius (1576-1655), Gaspard Sanchez (1544-1628), Jacques Bonfrere (1573-1642), Richard Simon (1638-1712), etc.Malheureusement l’activité des catholiques se ralentit dans la suite, et la première partie du XIXe siècle, troublée par les guerres et l’agitation politique, eut peu d’importance.Les œuvres de cette époque sont souvent marquées par de graves défauts:exégèse byzantine qui se contente, à peu de frais, de compiler des citations patristiques; exégèse trop exclusivement défensive et trop confiante.« Quel est celui des systèmes dirigés 1.Bibl.: The Catholic Biblical Quarterly, avril 1943: trois articles sur Providentissimus, par les RR.PP.Anthony C.Cotter, S.J.(pp.117-124) Richard T.Murphy, O.P.(pp.125-140), Stephen Hartegen, O.F.M.(pp.141-160): Brucker, S.J., «L’apologie biblique d après 1 encyclique Providentissimus », dans Études, t.61, 1894, pp.545-565; t.62, 1894, pp.619-641; Questions actuelles d’Ecriture Sainte, Paris, 1895, pp.99 ss.; Lagrange, O.P., « A propos de l’encyclique Providentissimus », dans Revue Biblique, 1895, pp.48-64; Nisius, « Die encyclica Providentissimus .», dans Leitsch.fûr Kath.Theol., t.18, 1894, pp.627-686; Selbst « Das pâpstliche Rundschreiben Providentissimus Deus .», dans Uer Katholic, t.74 1894, I, pp.97-115; Knabenbauer, « Leone XIII e la Questione biblica », dans Citilta catholicà, 1894, I, pp.401-415; 657-665; S.Brandi, La Question biblique et l’encyclique Providentissimus, (trad.Mazoyer), Paris, 1904; « La Commemorazione del XXV anniversano del 1 encyclica Providentissimus nel Pontificio Instituto Biblico », dans La Scuola Cattohca, Milan jan.1919; Donat Poulet, O.M.I., Providentissimus üeus, dans Revue de l'Université d’Ottawa, 1943, pp.179-194, 304-329.Le Canada Fbançais, Québec, ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS DEUS 163 contre la Genèse, écrivait Mgr Gousset, qui n’ait été victorieusement réfuté ?» 1 Mais depuis 1850, la science biblique se développait considérablement.La géographie, l’archéologie, l’histoire, la philologie mettaient à son service d’abondantes ressources *.A la suite des excavations exécutées en Orient par des sociétés savantes, des villes entières sortaient de l’oubli, des civilisations disparues depuis des milliers d’années ressuscitaient, des monarques puissants reprenaient vie.Dans leurs annales on lisait leurs gestes un peu gonflés, il est vrai, par la naïveté puérile, mais parfaitement authentiqués par les monuments.Les dates de l’histoire du monde se précisaient.Une chronologie s’établissait.Malheureusement, elle ne concordait pas toujours avec les données de la Bible.En étudiant l’histoire des peuples, on constatait avec un certain étonnement pénible que les traditions jusqu’ici du domaine exclusif d’Israël avaient également cours ailleurs.L’examen par la critique interne des Livres Saints et de leur mode de composition, la connaissance plus approfondie du milieu intellectuel et moral où vécurent leurs auteurs soulevaient des difficultés dont la solution n’était pas facile.La critique indépendante ne fut pas lente à découvrir dans ces progrès une arme puissante pour attaquer l’Église et ruiner l’autorité des Saintes Écritures.Une nuée de docteurs et d’académiciens, la plupart allemands et hollandais, apportèrent à cette œuvre la contribution de leur lourde mais riche érudition.Strauss (1808-1874), Dillman (1823-1894), Hupfeld (1796-1866), Kuenen (1828-1891), Richm (1830-1888), Bruno Bauer (1809-1882), Reuss (18041891), Wellhausen ( f 1918), Christian Baur (1792-1860), etc., composèrent de gros ouvrages où s’affiche le vieux principe rationaliste: l’essence de la critique est la négation du surnaturel.En France, un pionnier de la théologie libérale, Renan, (1823-1892), vulgarisa la science allemande et s’appliqua à ridiculiser l’exégèse catholique.« La Bible peut-elle garder son autorité, demandait-il, si le monde est mille fois plus ancien qu’elle le dit, si l’ordre des apparitions des espèces ne coïncide pas avec ce qu’elle affirme, si l’uni- 1.Théologie dogmatique, 1848, p.104.2.Robert et Tricot, Initiation Biblique, Paris, 1939, pp.394-489.vol.XXXI, n° 3, novembre 1943. 164 LE CANADA FRANÇAIS versalité du déluge soulève des problèmes insolubles, si le système astronomique qu’elle suppose est contraire aux conclusions certaines de la science moderne?Le Penta-teuque n’est-il pas une compilation tardive, anonyme, en partie légendaire ?Tobie, Judith, Esther sont-ils de 1 histoire ou du roman pieux ?» Devant ces assauts de jour en jour plus pressants, les pires peut-être que l’Église ait subis depuis la Reforme, l’évêque de Châtons, Mgr Meignan, crut bon d’avouer le péril: « Nous crions au feu, écrit-il dans le Correspondant, le 25 février 1860, nous disons aux habitants endormis que la maison brûle, afin de les décider à venir avec nous éteindre l’incendie.» A lire sa supplique aux Pères du Concile du Vatican, on croirait entendre la voix des Apôtres désemparés sur le lac de Génésareth: « Ce n’est pas une petite difficulté, confesse-t-il, de mettre les conclusions de la science d’accord avec le texte sacré.Les laïques instruits, les prêtres savants se montrent inquiets.Doivent-ils interpréter les questions de chronologie comme celles qui regardent la foi et les mœurs ?Ne peut-on pas s’en rapporter aux dernières explications de la science plutôt qu’aux interprétations vieillies des Pères?De toutes parts on demande une règle fixe touchant les relations de la révélation biblique avec la science.Les réponses sont hésitantes et obscures » *.Deux autres circonstances ajoutent encore à la gravité de la situation: le manque d’organisation des études bibliques dans les séminaires et les universités, l’opposition réciproque des systèmes proposés par les catholiques.« Quand on songe, avoue courageusement Mgr Le Camus, que dans la plupart des séminaires on consacre à l’étude de la Bible une heure par semaine, et que le cours est d ordinaire confié à un maître pris au hasard dont on veut simplement compléter l’horaire, on demeure stupéfait » 2.Dans un mémoire confidentiel adressé à Léon XIII, en 1881, Mgr Meignan, bien au courant de ce qui se passe en France, s exprime ainsi.1.M.Boissonnet, Le Cardinal Meignan, p.294.2.Mgr Le Camus, Lettres diocésaines.Le Canada Fbançais, Québec, ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMU8 DEUS 165 « Il faut reconnaître que le clergé de France, dans la grande généralité, n’est pas suffisamment instruit pour combattre à armes égales les erreurs que nous avons signalées et que nous dénonçons.Les grands séminaires ne possèdent que rarement les professeurs capables de réfuter sérieusement les erreurs allemandes devenues françaises; ils sont insuffisants au point de vue de la philosophie, de l’histoire, de l’archéologie, des sciences naturelles.Ni les prédicateurs, ni les conférenciers, ni les catéchistes ne sont en état de parler avec compétence des questions qui préoccupent aujourd’hui les hommes instruits et troublent leur conscience » *.La création d’universités catholiques en Europe et en Amérique remédiera en partie à ce déplorable état de choses et l’on verra, dès le début du règne de Léon XIII, des prêtres s’adonner à l’étude des Écritures avec sérieux.Mais les savants catholiques n’offrent pas un front uni.Certains s’efforcent d’amortir les heurts en soulignant les nombreux points de contact entre les affirmations de la Bible et celles des sciences naturelles: tels les « Concordistes » dont l’effort porte de préférence sur le premier chapitre de la Genèse.« Moïse, affirme Cuvier, nous a laissé une cosmogonie qui se vérifie de jour en jour d’une façon remarquable.» Dans le même sens Ampère écrit: « Moïse avait des sciences une instruction aussi profonde que celle de notre siècle )) 2.D’autres, que l’on a rangés sous l’étiquette de « Conservateurs », maintiennent dans leur intégrité les positions traditionnelles au sujet de l’inspiration et de l’inerrance.Les plus modérés, Brucker, Mangenot, Meignan, esprits avertis, théologiens prudents, écrivent des ouvrages très appréciés où apparaît à l’endroit de la critique une sage réserve.Plus hardis sont les « Progressistes », qui s’engagent plus ou moins profondément dans la voie des concessions.Pour sauver la Bible, prétendent-ils, il faut limiter d’une façon ou d’une autre le champ de l’inspiration ou celui de l’inerrance.Tous admettent l’inspiration et l’inerrance absolues dans les questions de foi ou de mœurs, mais dans les questions profanes, qui n’ont aucun rapport direct avec la religion, 1.M.Boissonnet, op.cit., p.346.2.Citations empruntées à Lusseau-Collomb, Manuel d'Études bibliques• I, p.193.vol.XXXI, n° 3, novembre 1943. 166 LE CANADA FRANÇAIS il en va autrement: elles ne sont pas nécessairement exemptes d’erreur.Selon les uns, ces questions profanes seraient cependant inspirées, selon d’autres elles ne le seraient pas.Le Concile du Vatican, estiment-ils, ne serait pas opposé à cette manière de voir.Au chapitre Ile de la session Ille (Dz.B.1787), le Vaticanum précise, en effet, la nature de l’inspiration des Livres Saints, mais au sujet de l’extension de l’inspiration, il se contente de rappeler les décrets du Concile de Trente, qui prescrit de regarder comme sacrés et canoniques « les livres entiers de la Vulgate latine avec toutes leurs parties )) (Dz.B.783), sans déterminer en quoi consistent ces « parties ».* * * Parmi les principaux représentants de cette École, il faut citer Auguste Rohling, François Lenormant, le Cardinal Newman, Salvatore di Bartolo, Mgr d’Hulst.Chacun a sa façon de présenter la théorie progressiste, chacun aussi son côté intéressant dans l’histoire de l’exégèse catholique.En 1872, Auguste Rohling (1839-1931) était professeur d’exégèse à Munster en Westphalic l.Il publia alors dans Natur und Offenbarung2 un article sur l’inspiration des divines Écritures, où il affirmait que l’influx de Dieu ne saurait s’étendre aux matières scientifiques.L’article eut du retentissement et un gros débat s’établit au sujet des questions de sciences naturelles dans la Bible: comment sont-elles affirmées par les écrivains sacrés ?dans quelle mesure sont-elles garanties par l’infaillibilité, effet de l’inspiration ?¦— Rebbert répondit a Rohling dans la meme revue *.Mais comme la doctrine nouvelle se répandait même en dehors de l’Allemagne, le Cardinal Franzelin en fit une réfutation serrée dans un appendice à la seconde 1 Bibl.: Fonce, Der Kampf um die Warheit der H.Schrift, (Iunsbruck) 1905 p.63; A.E.Breen, Introd.to the Study of H.Script.(Rochester N.Y.), 1908, pp.113-114.2.« Die Inspiration der Bibel und ihre Bedentung fûr die frei Forschung* dans Natur und Offenbarung, XVIII, 1872, pp.97-108.3.Natur und Offenbarung, XVIII, 1872, pp.337 ss.Le Canada Français, Québec, ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS DEUS 167 édition de son traité: De Divinis Scripturis (1879) *, sans cependant mentionner le nom du professeur de Munster a.En France, François Lenormant (1837-1884) 3, un laïque, professeur d’archéologie à Paris, dans un grand ouvrage sur le proche Orient : Les Origines de l’Histoire d après la Bible et les traditions des peuples orientaux, (3 vol.18801884), précise que l’inspiration limite son effet « à ce qui intéresse la religion, touche à la foi et aux mœurs, c’est-à-dire aux enseignements surnaturels (révélés) contenus dans l’Écriture.Pour les autres choses (pour les questions scientifiques), le caractère humain des écrivains sacrés se retrouve tout entier )) (vol.I, p.VII ss.).Quant aux parties historiques de la Bible, elle sont toutes inspirées, au moins de cette inspiration qui ressortit à l’exaltation ou au souffle religieux 4, mais les affirmations qu’elles contiennent ne sont pas toutes révélées et partant se trouvent parfois mêlées au mythe et à la légende.Ainsi les onze premiers chapitres de la Genèse, de la création de l’univers à la vocation d’Abraham exclusivement, sont à placer dans ce genre de littérature inspirée ( ?), où le vrai et le faux sont indistinctement fondus (vol.I, p.XVI ss.).Plus hardie que celle que proposait Rohling, la théorie de Lenormant fut vivement attaquée par Lefebvre 6, Brucker ®, de Hummelauer 7, puis censurée par l’Index après la mort de son auteur, en 1887.En Angleterre, le Cardinal Newman (1801-18908, suivi par Mgr de Broglie, émit l’avis qu’il fallait tenir pour ins- 1.Cf.Dausch, Die Schrift inspiration, p.177.2.Rohling enseigna la théologie morale à Milwaukee, États-Unis (1874-76), et l’exégèse à Prague.En 1899, à cause d’une censure ecclésiastique, il quitta l’enseignement.II mourut pieusement en 1931, (cr.Cotter, S.J., The Catholic Biblical Quarterly, 1943, p.119, note 4).3.Bibl.: Fonce:, op.cit., pp.63-59; Pesch, de Inspiratione, pp.337-340; Van Laak, de S.Script.Inspiratione, pp.184-185; Manoenot, dans Diet, de Théol.cath., art.« Inspiration », col.2187; Breen, op.cit., pp.114-115.4.Cette inspiration n’a pas les caractères t(e l’inspiration au sens propre, cf.Merkelbach, L’Inspiration des Saintes Ecritures, p.12.5.Revue catholique, Louvain, 1880.6.La Controverse, 1881, 1882.7.Stimmen aus Maria Laak, 1881.8.Bibl.: Pesch, op.cit., pp.335-337; Fonce, op.cit., pp.59-66; Brebn, op.cit., pp.115-140; McNabb, O.P., Frontiers of Faith and Reason, Londres, 1937, c.8; I.Duggan, S.J., « Num Sententia Cardinalis Newman de inerrantia S.Scripturae defendi possit ?», dans Verbum Domini, 1938, pp.219-224; W.Ward, Life of Cardinal Newman, II, pp.502-504.vol.XXXI, n° 3, novembre 1943. 168 LE CANADA FRANÇAIS pirés, au sens strict, tous les énoncés importants de l’Écriture, même ceux qui concernent l’histoire et les sciences profanes, mais que les choses accessoires, dites en passant ou en marge du récit, les obiter dicta, ne le sont peut-être pas toutes, par exemple que Nabuchodonosor était roi de Ninive (Jud.1.1), que saint Paul laissa son manteau à Troas (2 Tim.4, 13), que le chien de Tobie manifesta sa joie en revoyant son maître (Tob.11, 9) 1.— Proposée sous cette forme dubitative, avec ces restrictions, la théorie de Newman, écho affaibli de l’opinion plus radicale de Lenormant, ne fit pas grand bruit.Elle était d’ailleurs fort peu utile à l’apologétique: l’admission de quelques obiter dicta mal définis ne pouvait résoudre les redoutables problèmes soulevés par la critique historique et littéraire des Livres saints.On crut bon cependant de demander des précisions 2.Le Cardinal anglais s’expliqua dans une brochure3.Même avec les explications, on ne sut jamais exactement, au témoignage de ses contemporains 4 5, ce que Newman entendait par les obiter dicta, dans quelle mesure on pouvait en faire application aux Écrits sacrés 6.Quelques années après Newman, en 1888, un théologien italien de renom, le chanoine Salvatore di Bartolo *, publia avec Y Imprimatur de l’archevêque de Turin: I Creteri teologi que l’on s’empressa de traduire en français, dès l’année suivante (1889).L’originalité de l’auteur fut de garder à l’inspiration son extension universelle: tout est inspiré, même les choses profanes.Cependant il y a des erreurs dans la Bible, erreurs permises et non voulues par Dieu, erreurs dont l'écrivain sacré est seul responsable.Le professeur di Bartolo explique leur présence en distinguant trois degrés d’inspiration.Le premier degré couvre toutes les parties 1.Newman, « The Nineteenth Century » (article traduit en français, par l’abbé Beurlier, dans le Correspondant, 25 mai 1884).2.Brucker (Etudes, déc.1884, janv.1885), Corluy (Science catholique, mai 1893, pp.481-407), Mgr John H.Healy (The Irish Eccl.Record, avril 1884)._ _ _ _ 3.Newman, « What is of obligation for a catholic to believe concerning the Inspiration of the canonical Scriptures (1884) ».4.Howlett, dans Dublin Review, 1893, vol.113, p.547.5.Healy réfuta Newman dans The Irish Eccl.Record, avril, 1884 — (cf.Breen, op.cit., pp.115-139); Walworth le défendit dans le Catholic World, de New York, 1884.6.Bibl.: Pesch, op.cit., pp.333-335; Cotter, dans The Catholic Biblical Quarterly, 1943, p.121; Renié, Manuel d’Ecriture Sainte, I, p.47.Lb Canada Français, Québec» ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS DEUS 109 doctrinales, le second les parties historiques connexes au dogme et à la morale, le troisième s’étend au reste de 1 Écriture: les sciences naturelles (géographie, astronomie, physique, etc.), l’histoire purement civile et peut-être aussi la philosophie.Les deux premiers degrés d’inspiration garantissent l’inerrance de leur objet, mais non le troisième l.Comme on le voit, le résultat est pratiquement le même que dans le système de Lenormant, même si le point de départ est différent.L’ouvrage fut mis à 1 Index le 14 mai 1891.On en fit bientôt une nouvelle édition revue et corrigée qui reçut l’approbation explicite de Rome.D’autres théories semblables pour le fond à celle que nous venons d’exposer furent élaborées par des apologistes italiens, français, allemands, anglais: Giovanni Semeria, Paoli Savi, Schaffer, Walworth, Clifford, le chanoine Didiot et Mgr d’Hulst.A cause de l’autorité dont il jouissait dans les milieux académiques, à cause aussi d’un article livré au Correspondant sur la « Question biblique », le 25 janvier 1893, quelques mois avant la parution de Providentissimus, le Recteur de l’Institut catholique de Paris, Mgr d Hulst (1841-1896), eut une influence considérable sur les esprits 2.Tout en se défendant de patronner « l’École large », l’éminent prélat s’en fit l’avocat habile ou tout au moins le rapporteur bienveillant.Il évita le reproche adressé à Newman et à Lenormant de restreindre l’inspiration, mais c’était pour donner dans l’écueil de l’inspiration mitigée de Salvatore di Bartolo: l’inspiration accompagne toujours l’écrivain sacré sans lui conférer toujours l’inerrance 3.« Autre chose est révéler, autre chose est inspirer, affirme Mgr d’Hulst.La révélation est un enseignement divin qui ne peut porter que sur la vérité.L’inspiration est une action motrice qui détermine l’écrivain à écrire, le guide, le surveille.Cette motion garantirait l’écrit de toute erreur dans les matières de foi et de morale, mais on admettrait que la préservation ne va pas au-delà .Si l’inspiration s’étend à tout, peut-être ne confère-t-elle pas l’infaillibilité à tous les dires de l’auteur inspiré; peut-être réserve-t-elle ce privilège aux dires 1.Salvatore di Bartolo, “I Creteri teologi éd.fr.pp.245-254.2.Bibl.: Fonck, op.cit., pp.63-68; Manqenot, op.cit., col.2188-89; Pesch, op.cit., pp.340-343; Breen, op.cit., pp.143-146.3.Prat, La Bible et l’histoire, pp.12-15.vol.XXXI, n° 3, novembre 1943. 170 LE CANADA FRANÇAIS qui intéressent la foi et les mœurs; peut-être les autres énoncés que l’inspiration ne garantirait pas, sont-ils là seulement pour servir de véhicules à un enseignement concernant la foi et les mœurs; peut-être le Dieu inspirateur, qui aurait pu redresser, même en pareil cas, les erreurs matérielles, a-t-il jugé inutile de le faire l.Présentée avec ces ménagements, sous le couvert d’un certain anonymat, — Mgr d’Hulst affirme en effet qu’il rapporte les opinions courantes —, la thèse du Recteur de l’Institut reçut l’approbation de tous les « Progressistes » modérés, mais ne laissa pas de provoquer pour autant une vive réaction chez les catholiques conservateurs.Le P.Brucker disséqua le mémoire de Mgr d’Hulst dans deux longs articles des Études, mars et avril 1893 2: En retour Mgr d’Hulst adressa au Révérend Père une lettre explicative qui fut publiée dans les Études, le mois suivant3.De son côté, M.Jaugey écrivit ses « Réflexions sur la Question biblique » dans Science catholique, février 1893 4.Quelques semaines plus tard, dans la même revue, parut un article du P.Savi en faveur de Mgr d'Hulst6, auquel M.Jaugey répondit aussitôt6.Rome suivait le débat avec attention.Jusqu’ici Léon XIII avait gardé le silence.Enfin, le 13 novembre 1893, le pontife souverain jugea que le temps était venu de donner au monde catholique des directions précises sur l’interprétation des Saintes Écritures.Ce fut l’objet de l’encyclique Providentissimus Deus.(à suivre) Arthème Tétrault, S.J.1.Mgr d'HüST, « La Question biblique », dans le Correspondant, 25 janv.1893, 2.Études, mars 1893, pp.361-387; avril 1893, pp.653-667.3.Études, mai 1893, pp.164-167.4.Science catholique, février 1893, pp.234-245.5.Science catholique, mars 1893, pp.283-3Q0.6.Science catholique, mars 1893, pp.301-309.Le Canada Français, Québec,
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