Le Canada-français /, 1 décembre 1942, La Pologne: II
1 La Pologne Leçons du passé et perspectives d’avenir II Cependant, le grand courant de la vie polonaise coulait paisible, pacifique, non pas sur les champs de bataille, mais dans une œuvre constructive ininterrompue économique d’abord, spirituelle, civilisatrice.En deux siècles, le pays, jadis marche perdue de l’Europe, est devenu l’un des centres les plus fertiles d’une culture harmonieuse, à base latine, mais d’une facture très autochtone.Tous les domaines de la création humaine participaient à cet essor.La Pologne s’est couverte d’églises et de châteaux, qui ne le cèdent pas aux modèles italiens et autres; elle se forge, tard, mais pas trop tard, une belle langue littéraire, qui se manifeste bientôt par des chefs-d’œuvre, les pièces lyriques de Jan Kochanowski, les sermons de Piotr Skarga, nullement inférieurs à Ronsard, ni à Bossuet.La pensée politique polonaise atteint, avec Oxtrorôg et Modrzewski, des sommets que l’Occident commence à percevoir.Le commerce de Cracovie, de Leopol, de Poznan et surtout de Gdnansk-Dantzig, qui est alors une ville entièrement polonaise de sentiments, prospère.Mais c’est surtout ce « Zywot czlowieka poczciwego », cette « vie de l’honnête homme » polonais, qui quête notre admiration et peut-être nos regrets et notre jalousie.Tout y était amalgamé dans une synthèse parfaite: le travail et les loisirs, la culture physique et les délassements de l’esprit, le sens économique et l’amour des beaux-arts, l’étude et l’expérience pratique, la galanterie et les vertus familiales, le courage et l’absence de forfanterie, le réalisme pour les choses terrestres et une profonde piété, toujours consciente des valeurs éternelles.Enfin, le culte de l’indépendance et de la liberté individuelles 1.V.le Canada français, novembre 1942.vol.XXX, n° 4, décembre 1942. 246 LE CANADA FRANÇAIS n’entravait aucunement un attachement passionné à la Patrie, suprême garantie et dernière source de tant de félicité personnelle.Ceux qui verraient dans ce tableau une utopie embellissante n’auraient qu’à consulter les inépuisables sources contemporaines de pareille description, à lire les poésies de Rey et de Kochanowski, de Waclaw Potocki et de Ko-chowski, de Szymonowic et d’Andrzej Morsztyn, les chroniques et les mémoires de l’époque, ou bien, ils n’auraient qu’à parcourir les statistiques, les travaux des économistes, pour constater la justesse de notre jugement.Ils feraient cependant bien de ne pas se fier aux brochures politiques, qui exagèrent et qui dénaturent comme partout.Ce sont elles qui, outil normal des propagandistes et des chefs de parti, ont servi ultérieurement comme pièces documentaires aux accusateurs de l’ancienne Pologne.Mais nous avons contre ces faux témoignages la déposition véridique et unanime des voyageurs contemporains qui tombaient tous d’accord pour vanter l’heureux tempérament et le haut niveau culturel des Sarmates.Et, dernière preuve, la Pologne était considérée comme un pays de cocagne, car de l’Europe entière les amoureux de 1 aventure y venaient chercher fortune, honneurs et tranquillité après une carrière mouvementée de soldat ou de négociant.L’hospitalité envers ces étrangers, parmi lesquels nous distinguerons côte à côte Anglais, Écossais, Français, Italiens, Scandinaves et Allemands, tous d’ailleurs assimilés dans un bref délai, met en relief la souvent citée tolérance polonaise.Elle ne s’est pas démentie ni par rapport aux Juifs, ni à l’égard des Musulmans, qui — fait unique — continuaient à exercer leur culte dans un État profondément chrétien.C’était trop beau pour durer.Depuis le milieu du XVIIe siècle, le calme et la prospérité de la Rzeczpospolita suscitèrent la convoitise et 1 envie des voisins; la structure politique de cet État qui n avait aucune visee impérialiste contre des tiers, mais qui attirait comme un aimant tous les peuples environnants, inspira aux despotes limitrophes le désir d’attaquer une proie jugée facile, riche et sûre.Ces deux éléments sont à considérer pour comprendre le « Déluge » qui inonde la Pologne depuis 1648.Le Canada Fbançais, Québec, LA POLOGNE 247 Cosaques, Moscovites, Turcs et Allemands se jettent sur une société que la garde de ses privilèges semble avoir détournée de celle des frontières.Mais les Sultans et les Tsars, les Électeurs-Ducs de Prusse et les Rois de Suède-Palatins du Rhin détestent dans les nobles-citoyens, détenteurs d’une liberté exemplaire, les spécimens d’une race curieuse, dangereuse qui peut faire des adeptes parmi les propres sujets ottomans, russes, brandebourgeois et suédois, et qui en a fait.La Pologne et ses privilèges nobiliaires incarnent l’idéal d’une existence heureuse pour les boïards que torture et extermine le tyran du Kremlin, pour les terriens de Moldavie et de Valachie, exploités par les princes fanariotes et pillés, humiliés, assassinés par les agents de la Sublime Porte, pour les hobereaux de la Prusse Orientale qui attendent le salut de Varsovie et sentent la dure main des Hohenzollern, comme pour les compatriotes des Wasas, auxquels commanderont tour à tour des principicules allemands, écervelés, absolus et dissolus.Le foyer de la liberté doit être « nettoyé », d’autant plus que cette opération promet du butin.Et voici que les vagues déferlent sur la malheureuse Rzeczpospolita.Cela dure près de quatre lustres.Lorsque les flots se seront retirés, la Pologne en émerge, on dirait comme jadis, mais elle est .à sec et elle ne retrouve plus ni son équilibre, ni son ancienne harmonie.Le choc subi par la société polonaise a produit ces effets que dénonce la psychologie pathologique: les victimes seront désormais méfiantes, pointilleuses, d’une sensibilité maladive, elles prendront les accessoires pour l’essentiel et elles abandonnent la juste mesure.Nous voici donc dans cette Pologne qui agonisera pendant un siècle et demi, secouée tantôt par des élans splendides, comme au début du règne de Jean Sobieski, prise par une sorte de « panique crépusculaire » régénératrice, comme sous Stanislas-Auguste Poniatowski, adonnée à une euphorie factice, comme sous les rois de Saxe, mais jamais plus revenue à la plénitude de son bonheur et de sa puissance.A l’intérieur, la liberté dégénère en des exagérations formalistes.Ce n’est pas le principe du « Liberum Veto » mais son application chicanière, rigoriste, qui marque le déclin d’une vie civique florissante.Il en est de même vol.XXX, n° 4, décembre 1942. 248 LE CANADA FRANÇAIS quant à l’interprétation plus stricte et plus dure des privilèges nobiliaires qui ne se transformeront qu’à ce moment en des armes dirigées contre les autres habitants non-citoyens.Tout en admettant ex post ce glissement sur la pente, nous ne devrons pas moins confesser que le malade s’ignorait, que, à de rares exceptions près, les Polonais restaient contents, heureux, convaincus de la perfection de leurs institutions et de leur façon de vivre.Et en soi, ils avaient raison.Les troubles dont le corps de leur nation se trouvait affecté ne furent mortels que par suite de complications venues du dehors.L’erreur sarmate résidait en ceci qu’ils ne voulaient pas sacrifier une partie de leurs belles libertés pour en conserver le reste et l’essence.Les réformateurs, qui n’ont jamais été autre chose qu’une minorité infime, détestée, et les fanatiques de la tradition pure et incorrompue menèrent pendant près de 150 ans une tragi-comique conversation de deux sourds.Les uns s’efforçaient de démontrer à leurs co-nationaux que les libertés polonaises étaient mauvaises et que l’on devrait les remplacer par le « Progrès », en occurence par l’absolutisme et le militarisme, par la philosophie « éclairée » et par l’économie illuminée de l’Occident.Ce qui était contraire à l’évidence même observée par la masse polonaise, réaliste et immunisée contre le virus idéologique.Les autres, à qui s’adressait le sermon des réformateurs, répondaient que tout était pour le mieux et qu’ils n’avaient que faire des exécrables inventions étrangères, d’une armée forte et permanente, d’impôts massifs et d’une administration coûteuse.En quoi ils péchaient, car la résistance efficace contre les agressions du dehors devenait ainsi impossible.L’État, la nation en eurent à souffrir lors de la débâcle finale, mais cinq générations de Polonais achetèrent au prix de la catastrophe de leurs descendants la continuation d’un bonheur (non pas d’une prospérité) qui ne fut nullement ébranlé jusqu’aux trois démembrements de 1772, de 1793 et de 1795.Alors, tout s’écroula: l’organisation politique séculaire, la liberté, les restes du bien-être matériel, la tranquillité; tout, sauf la société et, portée et supportée par elle, la civilisation polonaise.Le Canada Français, Québec, LA POLOGNE 249 Les despotes prussien, russe et autrichien n’eurent aucune peine à se partager la terre, à subjuguer les habitants de la Pologne.Aucune force égale.ou seulement gênante ne s’opposa à leur violence; ils étaient pourtant désarmés devant la résistance dans le domaine de la civilisation où une société élaborée par les traditions, les usages et la langue, se moquait de brutales mesures extérieures, qui ne touchaient pas l’âme.Voilà donc ce que la liberté décriée, le manque de tout caporalisme avaient d’utile: un Etat qui repose uniquement sur la discipline et l’engrenage tant militaire qu’administratif se défendra mieux, il se défendra peut-être bien et avec succès, mais une fois détruit, tout est fini, les sujets se soumettront docilement au nouveau maître.Une Société fondée sur le libre consentement de ses membres et sur leurs intérêt, disons même sur leur égoïsme, mais aussi sur leur amour, sera réfractaire à tous les coups assénés par ses ennemis.La Pologne a disparu de la carte, des protocoles diplomatiques et du langage officiel; la société polonaise, avec sa conception de la vie et avec cette vie même, distincte, caractéristique, n’a pas été anéantie par les trois bourreaux de la Rzeczpospolita.Au moment propice, un nouvel État a pu ressusciter comme héritier d’une tradition continue, tandis que l’on n’aurait pas rappelé à la vie une culture, une civilisation une fois morte.Les Polonais restent pareils à eux-mêmes, tout en endossant des uniformes russes, prussiens ou autrichiens, en fréquentant les écoles de leurs mauvais maîtres et en se servant de passeports où figure l’un des trois aigles rapaces.Et pendant que ceux-ci battent de leurs ailes une atmosphère plus ou moins irrespirable, un autre créature ailée s’élève fièrement jusque vers des cieux plus cléments: le Pégase polonais.En pleine servitude, malgré et grâce à la persécution, les Polonais offrent au monde leur grande poésie des Mickie-wicz, Slowacki et Krasinski, leur apport philosophique, mûri par la douleur et l’espoir, le messianisme chrétien de Cieszkowski, la musique de Chopin, l’historiographie de Lelewel et de Szujski et même le génie politique des Czar-toryski, des Wielopolski, des Dumajewski et des Bilinski.Ils construisent, sinon un État dans les États coparta- vol.XXX, n° 4, décembre 1942. 250 LE CANADA FRANÇAIS géants, une vaste réservation dont l’entrée demeure interdite à tout étranger.Ils développent, cultivent et défendent leur parler et leur littérature, leurs arts et leurs sciences et ils ne cessent pas de sentir, de penser, d’agir en Polonais.Au milieu d’un monde qui adule la force, les triomphes spectaculaires et les solutions extrêmes, ils seront pleins de mesure, de tact, d’équité et soucieux des valeurs intrinsèques.Conservateurs, ils ne soutiennent pas la réaction grossière; démocrates, ils ne s’inclient pas devant Caliban; tolérants, ils ne seront ni des agnostiques, ni des anticléricaux; catholiques croyants, ils ne donnent pas dans les bigoteries.Cette mesure et cette gaieté de cœur, qui sont de grandes qualités morales, avec un troisième trait du caractère polonais, un défaut indéniable, mais qui lui aussi est sympathique, le peu d’enthousiasme pour le travail assidu et méthodique, ont provoqué chez les sombres hommes-machines, séides du Kolossal et de l’État-fourmilière, la colère, l’indignation et le mépris du Polnischer Leichtsinn, de l’insouciance polonaise.La vérité est que le naturel sarmate a puissamment contribué à immuniser ses propriétaires contre la nécessité de plier sous le joug étranger, de désespérer ou d’adorer le succès hautement proclamé.Sans leur petite forte dose d’illusionnisme, d’indifférence envers les avantages matériels et de « fantazja », les Polonais auraient peut-être écouté la seule logique des chiffres, des moteurs, des ordonnances et des doctes théories scientifiques allemandes.Ils auraient déserté une cause apparemment vaincue et sans lendemain.Ils ont préféré espérer contre l’espérance, croire au prétendu Absurde.Ils ont écouté leurs Poètes-Prophètes et leur propre cœur.Et ils avaient raison.La Liberté n’abandonne que ceux qui l’abandonnent.Et l’Idée Jagel-lonienne, celle de l’union de peuples confédérés pour échapper aux grands Empires despotiques qui les enserrent à l’Ouest et à l’Est, n’a pas vieilli.Elle fut à l’origine du renouveau lithuanien et ukrainien, elle a empêché les Polonais de se confiner dans des conceptions étroitement nationalistes.Au cours du XIXe siècle, les Polonais se sont battus pour leur propre liberté et pour celle des autres peuples, dont ils Le Canada Fbançais, Québec, LA POLOGNE 251 avalent inscrit la fraternité sur les drapeaux des légions sar-mates.Honnis par les ennemis de la dignité et de la liberté humaines, ils ont payé de leur sang en Hongrie et en Suisse, à Vienne et au Portugal, en Italie et sous les murs de Paris, en Belgique et aux États-Unis, aux Antilles et en Égypte.Encore pendant la Guerre russo-nippone de 1904-5, ils ont offert leur aide aux Japonais, parce que de l’autre côté combattait l’un des trois meurtriers de la Rzeczpospolita, le Tsarisme.Alliés de toutes les bonnes causes, de tous les opprimés et, au pis-aller, adversaires des mauvaises causes, des tyrans, ils étaient à leur tour secourus par tous les gens de bien.En Pologne même, Lithuaniens, Ukrainiens, Juifs épousaient les revendications polonaises, pour la dernière fois en 1863-1865, pendant l’ultime insurrection contre les Russes.Venant après Kosciuszko, après l’épopée des Légions napoléoniennes, après la Guerre de 1830-1, le triste épisode de 1846 et l’intervention polonaise dans les événements de 1848-9 et dans la Guerre de Crimée, cette révolte termine les protestations armées contre les démembrements.Anglais, Français, Italiens, Belges, Suisses, Scandinaves et toutes les nations slaves n’ont jamais refusé aux Polonais ni la sympathie, ni une modeste aide morale et matérielle.M.Belloc a souligné fort pertinemment que le sort de la Pologne après cette présente guerre sera la pierre de touche de succès ou de la défaite de la Justice.Dans le passé, le degré jusqu’auquel la cause polonaise se confondait avec celle de l’humanité et de la liberté universelle nous indique si les Polonais restaient fidèles à leur grande idée, qui justifiait tout, leur existence nationale, leur résurrection et leur primauté parmi les peuples de la Zwischeneuropa.Hélas, à un moment infortuné, certains champions naturels de cette idée commencèrent à fléchir! La violence ne les avait pas intimidés, mais ils se laissèrent séduire par des systèmes incompatibles avec la tradition polonaise.Nous ne rangerons pas dans cette catégorie les adhérents du socialisme, car ceux-ci n’adoptaient point sincèrement le marxisme.Ils se servaient de la Deuxième Internationale à des fins d’une empreinte très nationale; ils ne restaient dans les rangs socialistes que jusqu’à l’heure où ils disposaient d’autres alliés contre le Tsarisme.L’évolu- vol.XXX, n ° 4, décembre 1942. 252 LE CANADA FRANÇAIS tion de « chefs du prolétariat », comme Pilsudski, Wojciechowski, Moscicki, Moraczewski et même des Daszynski et de Liebermann, qui n’ont jamais trahi l’« étendard rouge », démontre avec une netteté irréfutable combien l’héritage polonais prévaut sur toutes les influences qui tendent à l’entamer.Nous ne mettrons pas non plus en cause le principe même d’un néo-nationalisme vers lequel la raison demande que soient dirigés les instincts populaires.Les Dmowski, Balicki, Poplawski, fondateurs d’une sorte d’« Action Polonaise », n’ont pas imité mécaniquement leur modèle étranger; et tout en condamnant ce que le Romantisme sarmate avait, selon eux et aussi d’un point de vue impartial, commis d’excès sentimentaux, ils restaient aussi éloignés d’un nationalisme de brutes que les laudateurs d’un « travail positif » en Pologne étaient réfractaires au matérialisme de robots.Les hommes politiques de seconde zone et tout le « climat » étaient cependant bouleversés par les courants de la Real-politik sans cœur et sans vergogne, par l’idolâtrie du succès extérieur et de la violence.On ne constatera ces ravages qu’en Pologne ressuscitée.La Rzeczpospolita se relève de ses cendres; un rêve se mue en réalité, mais les esprits les meilleurs sont déçus.Norwid, l’un des grands poètes-prophètes polonais avait prédit cette résurrection: « tu seras une autre, mais tu seras pourtant la même ».Il s’était trompé, dans la seconde partie de son présage.La Pologne dans laquelle Pilsudski voulait remettre en honneur l’Idée Jagellonienne, ne sut pas appliquer franchement les deux principes de son existence, les deux piliers de sa grandeur, les deux moteurs de son expansion: le fédéralisme et son corollaire, une liberté et une tolérance inconditionnées.Nous n’avons pas à instruire le procès des tentatives totalitaires qui n’ont jamais réussi qu’en partie, mais qui ont contribué à préparer le cataclysme final.Nous ne pensons pas analyser en détail les ravages effrayants que les idées racistes, le sacré égoïsme national ont faites dans l’âme des élites et des masses, surtout de la jeunesse.Mais on en connaît les conséquences: la funeste mésintelligence qui s’est élevée entre le Pays et ses amis naturels d’Occident, le pacte avec M.Hitler, l’ébranlement de la cohésion inté- Le Canada Français, Québec, LA POLOGNE 253 rieure, l’hostilité des minorités ukrainienne, blanc-rus-sienne, lithuanienne et juive, qui toutes auraient pu trouver dans la Pologne non seulement l’État à qui l’on doit impôt et service militaire, sous peine d’avoir des démêlés avec la justice et le fisc, la gendarmerie et la police, mais aussi une véritable patrie chérie.Beaucoup de belles choses ont été accomplies dans la Rzeczpospolita de 1918, elle n’a pas manqué de dirigeants avisés, voire remarquables.Elle était sur la voie d’une nouvelle prospérité et elle n’a certes aucunement mérite d’être assaillie, détruite et insultée dans la tombe où pensent l’avoir enterrée pour toujours les mains qui l’ont achevée.La Pologne de Pilsudski a voulu continuer celle des Jagellons, de Sobieski et de Kosciuszko, mais on y a trop souvent tourné le regard, troublé de visions préhistoriques, vers les temps des Mieszko, des Boleslaw et des ancêtres légendaires, vers les tribus, au lieu de la nation.Aujourd’hui, les dirigeants de la République en exil comprennent les leçons d’un passé millénaire et ils rattacheront la troisième Pologne à cette glorieuse Rzeczpospolita, foyer de la liberté, du bonheur individuel et collectif, de la tolérance et de la collaboration fraternelle entre les peuples, qui n’avait qu’un grave défaut: ne pas pouvoir suspendre la liberté temporairement et dans des domaines restreints, pour mieux la protéger et la conserver.N’en doutons point: l’Idée Jagellonienne déploiera alors tout son attrait.Elle l’emportera sur cet autre système, de facture éternellement allemande, qu’on lui oppose, les États farouchement nationaux, tous hostiles l’un à l’autre, tous obséquieux envers leur Maître commun germanique.Elle évincera le concept soviétique d’une union d’« égaux avec les égaux, de serfs avec des serfs ».Que les forces militaires et policières coordonnées des deux Empires-géants ajournent le triomphe de la solution polonaise, de la Baltique à la Mer Noire: cela ne durera que le temps que durent les baïonnettes, l’espace d’une laide nuit de la conscience humaine, et l’Esprit en sortira vainqueur de la matière, fût-elle la plus dure.Roger de Craon-Poussy vol.XXX, n° 4, décembre 1942.
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