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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
La radiodiffusion agricole dans l'ancienne Tchécoslovaquie
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1942-04, Collections de BAnQ.

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LA AGRICOLE DANS L’ANCIENNE TCHÉCOSLOVAQUE Qui, parmi ses contemporains, aurait cru Longfellow lorsqu’il écrivait ces vers prophétiques: « Et l’ombre de la nuit s’emplira de musique « Et les sombres soucis qui hantent nos esprits « Comme les Arabes, sans bruit, plieront leurs tentes « Et silencieusement, comme eux, s’évanouiront.» Il y a deux ans, c’était déjà le cinquantenaire de cette merveilleuse découverte de la radiophonie par l’inventeur génial français Edouard Branly.En 1890, en effet, Branly réalisa le premier radio conducteur en plaçant dans un tube de la limaille de fer, corps à la fois isolant et conducteur d’électricité qu’il mit en circuit avec une pile et un galvanomètre.La découverte de Branly, Marconi l’a reprise.Le premier, il réussit la réception à distance d’un message irradié par les ondes aériennes d’un côté à l’autre de la Manche en mars 1899.Dès ce moment, la radiophonie était pratiquement née, et susceptible de progrès immenses qu’elle a réalisées de nos jours, tels que téléphonie sans fil, l’irradiation sur ondes courtes et ultra courtes, prévisions météorologiques, et enfin, la télévision encore à l’état expérimental.Dans cet aperçu sommaire de l’histoire de la radio, mentionnons que l’adaptation pratique et régulière de cette découverte revient aux États-Unis, qui, en 1920, organisèrent, les premiers, des émissions régulières et quotidiennes, telles qu’elles existent aujourd’hui.Cette invention toute récente — nous venons de le voir — peut-elle agir sur le peuple à l’instar de la parole, de l’écrit et de la cinématographie ?Peut-elle utilement travailler la gent rurale, une des classes de la société des plus difficiles à atteindre partout où elle se trouve?Enfin, quel est le Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 8, avril 1942.570511 LA RADIODIFFUSION AGRICOLE 613 pays en Europe qui servirait le mieux de modèle d’organisation de radiophonie rurale ?C’est à ces trois questions que nous proposons de répondre dans cet article.Inutile d’insister sur les deux premières.Des exemples concrets fournis dans la réponse à la troisième illustreront mieux que n’importe quel argument théorique notre réponse à ces questions.Il va de soi que la radiophonie peut exercer une action considérable sur les masses populaires, tant pour les orienter, les influencer que pour les récréer et les instruire, et cela, grâce à son universalité, les ondes de transmission étant internationales comme la mer.La gent rurale se trouve la plus difficile à atteindre par système radiophonique surtout à cause des distances entre voisins, de l’absence ou de la mauvaise distribution d’énergie électrique en campagne, des tarifs exorbitants des taux de l’électricité dans les centres ruraux, ainsi que des prix trop élevés des appareils de radio pour la bourse des cultivateurs.De ces faits, les relations mutuelles sont plus lentes à établir.Elle est, cependant, de toutes les classes de la société la plus importante et la plus apte à bénéficier de cette invention moderne.La radio s’avérera sous peu l’un des meilleurs moyens d’agir sur la mentalité rurale.S’en réjouissent aussi à bon droit tous ceux qui exercent leur action sur les agriculteurs, tels que les professeurs, les politiciens, les curés, les écrivains, les hommes d’affaires, les agronomes et les agents de toutes sortes.Enfin, « c’est un merveilleux et indispensable élément de culture en démocratie », disait M.Hector Char-lesworth, ancien président de Radio-Canada.Quel merveilleux moyen d’union entre Canadiens est appelée à devenir la radio ! Grâce à elle, les Canadiens commencent — tout comme les Chinois pour la Chine — à se rendre compte que le Canada, malgré l’immensité de son territoire, la diversité de ses populations et de sa mentalité, forme réellement un pays consistant et viable.Il est opportun qu’un patriotisme fort et éclairé nous fasse comprendre Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 8, avril 1942. 614 LE CANADA FRANÇAIS que nous devons faire concourir cette variété d’aspirations et d’éléments composants à lier, non à désagréger l’unité canadienne.Il est grand temps de donner une leçon dans ce sens à notre jeunesse.Mais, quel chemin à parcourir encore pour faire comprendre que le Canadien est chez lui au Canada, qu’il doit se perfectionner toujours, travailler ferme et avec persévérance pour devenir tout naturellement maître dans son pays, et, de plus, se sentir fier d’être Canadien ! Il y a bien des obstacles à surmonter, si l’on constate, par exemple, qu’à Winnipeg, dans la vitrine d’un estaminet se lit en douze langues différentes cette simple annonce: « Ici le plus grand verre de bière en ville pour cinq sous.» L’union, la compétence, la persévérance, voilà nos moyens d’action.Mais, pourquoi vous parlerai-je ici de l’ancienne Tchécoslovaquie, de ces Bohémiens qu’on a vus autrefois dans nos villages comme montreurs d’ours ?Si ceux-ci, dans notre esprit d’enfant, représentaient la race tchèque, ils n’étaient en réalité que des types de cette variété nomade de romanichels connus sous le nom de tziganes.Nous désirons parler ici de ce vaillant peuple tchèque, des leçons culturelles qu’il nous donne, des moyens de survivance qu’il emploie, et enfin, de son programme de radiodiffusion agricole.Ce programme, objet de cet article, nous tâcherons de le développer sous ses divers aspects et dans l’ordre suivant.Nous l’examinerons au point de vue logique, professionnel, ainsi qu’en rapport avec l’influence qu’il exerce sur les autres classes de la société.Nous verrons ensuite comment il se met à la portée de tous, pourquoi il est vivant, utilitaire, pourquoi il correspond bien à l’âme tchèque.Après cela, nous étudierons son aspect agronomique et ses moyens de prise de contact avec son auditoire.Avant tout, ce peuple s’occupe de sa survivance dans tous les champs d’action.C’est pourquoi la radio d’État y prend une large part.Dans ce but, elle s’intéresse à la jeunesse et cherche à créer la bonne entente indispensable aux diverses races de ce pays.Nous en parlerons donc ensuite.Enfin, quelques statistiques et développements connexes à la radiodiffusion rurale tchèque compléteront Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 8, avril 1942. LA RADIODIFFUSION AGRICOLE 615 cet aperçu plutôt sommaire des nombreuses initiatives de ces pionniers européens d’une radiophonie rurale efficace.Les Tchèques, ces représentants les plus occidentaux de la culture slave peuvent nous donner de grandes et salutaires leçons.Ils eurent à défendre leur culture contre les assauts du germanisme, et ils devront reprendre la lutte après le grand conflit.Essaims vigoureux de la culture slave, ils durent comme nous se faire une raison, un genre de vie capable de résister à l’influence enveloppante de leurs voisins.Slaves les plus à l’ouest, comme nous Français les plus à l’est, ils nous inspirent, par leur opiniâtreté à survivre, malgré l’éloignement du centre culturel d’origine, le goût et le devoir de rester Canadiens français.Dans ce dessein, les Tchèques prirent quatre moyens que nous n’avons pas encore exploités à fond.Et l’on peut dire, que n’eût été la force brutale, la Tchécoslovaquie était bien une entité ethnique capable de survivre.Malheureusement, elle n’avait qu’un défaut, celui d’avoir été découpée de façon arbitraire et ridicule dans la nouvelle Europe des beaux discoureurs du traité de Versailles.Ces moyens, dis-je, ce sont la langue, le folklore, le théâtre et la radio.En fin de compte, c’est l’expression du sentiment populaire sous ses formes les plus captivantes qui fut la cause de la survivance de ce vieux bastion avancé de civilisation slave au milieu d’une Europe lasse de son originalité avec sa mosaïque de vieux peuples qui ne veulent pas mourir.Les trois premiers moyens produiraient des développements intéressants et fourmilleraient de leçons pratiques pour nous, Canadiens français.Mais, ne traitons que le dernier, la radio, puisqu’il est le plus récent, le plus capable d’exercer une influence réelle pour la reconstruction d’une vraie Bohème, viable, cette fois.La radio, traversant aisément les frontières, déjoue sans peine les dictateurs, les canons, les avions ennemis, la Gestapo et la Guépéou.On peut s’en rendre compte même aujourd’hui par les mots d’ordre et appels de confiance, de ralliement, que la radio libre tchécoslovaque lance à travers les airs clandestinement.Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 8, avril 1942. 616 LE CANADA FRANÇAIS La radiophonie rurale devient un grand medium de propagande et d’instruction populaire.C’est pourquoi la fédération internationale des techniciens agronomes a cru bon d’instituer un centre international de radiophonie rurale pour faire profiter les divers pays des expériences pratiques des autres.C’est d’ailleurs à la Tchécoslovaquie que revient l’honneur d’avoir suggéré, la première, à des congrès la création d’un organisme de collaboration internationale sur la radiophonie agricole.De l’avis même de cette organisation internationale, en Europe, c’est la Tchécoslovaquie qui a fabriqué les meilleurs programmes de radiodiffusion rurale dès 1926.Il faut, cependant, reconnaître aux États-Unis par l’intermédiaire de son poste commercial de Pittsburg (KDKA) le mérite du premier programme régulier d’émissions spéciales pour les populations de la campagne, en 1922.Sur notre continent, ce sont, aussi sans conteste, nos voisins du sud qui possèdent la plus grande expérience en la matière.Pour établir son programme agricole radiophonique, la Tchécoslovaquie suit l’ordre le plus logique souhaitable ‘.Elle le calque sur l’année agricole, d’après l’ordre chronologique des travaux et événements agricoles régionaux.Elle s’évite ainsi des recherches laborieuses pour établir un programme artificiel.Ce dernier, nécessairement, ne pourrait jamais s’adapter aussi adéquatement à l’agriculture que ce programme tout à fait naturel et vivant d’expliquer et prévenir les événements agricoles dans l’ordre même où ils se passent.Après tout, c’est ce qu’il faut aux practiciens agricoles, et c’est ce que les techniciens de l’agriculture tchèque ont compris.Donc, la radio de ce pays est bien adaptée aux besoins de ses cultivateurs.Mais un.autre tâche incombe à ce merveilleux moyen de renseignements et d’instruction que doit être la radio.Elle doit être professionnelle et tendre, par conséquent, à la formation générale de l’agriculteur.L’homme des champs, chez nous comme ailleurs a le devoir de travailler.A ce devoir correspond aussi le droit de vivre sa vie de citoyen 1.Évidemment, les opérations de la radio nationale de ce pays, telles que décrites ici, cessèrent ou furent profondément modifiées après l'envahissement de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne, le 15 mars 1939.Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 8, avril 1942. LA RADIODIFFUSION AGRICOLE 617 dans son milieu propre: c’est-à-dire de s’instruire, de se récréer, de vivre en société.Vu qu’il n’existe pas en Tchécoslovaquie de différence marquante entre les besoins culturels des ruraux et ceux des centres urbains, la radio ordinaire y pourvoit.Si, cependant, un certain besoin se fait sentir de considérer des questions culturelles et sociales au point de vue du cultivateur, on inscrit aux programmes agricoles des considérations appropriées.De la sorte, on cherche en ce pays à créer chez le terrien ce sentiment qu’il est au même niveau intellectuel et social que son ami, l’ouvrier.De là résulte un sentiment national de compréhension et de solidarité mutuelle.Bien plus, la radio rurale tchèque présente les agriculteurs aux citadins en leur montrant sous leur vrai jour l’agriculteur, la vie rurale avec ses joies, ses peines, ses ambitions et ses conditions de vie économique, sociale, culturelle et professionnelle.Paradoxes, régionalisme et provincialisme outré, idées saugrenues et fausses, ignorance enfin, et autres causes de l’incompréhension du citadin pour le cultivateur, peu à peu disparaissent ainsi à l’avantage des deux, grâce à ce précieux instrument qu’est la radio.Et les dirigeants de la radio rurale tchèque prennent les moyens de fournir aux urbains des renseignements de toute première main.Les spécialistes de la radiophonie font comme Mahomet.La montagne n’étant pas venue à lui, il alla à la montagne.C’est un fait courant de voir ces messagers des ondes au village s’installer dans une cour de ferme, à la grange, à la maison au milieu de la famille et y interroger, dans son milieu coutumier, le maître de céans.Se sentant vraiement tel, il se révèle aussi tel qu’il est avec la même désinvolture et la même sûreté de lui-même que le contremaître d’usine expliquant à un étranger la marche de ses opérations.L’individualité, l’originalité du cultivateur se met alors en valeur aux yeux de tout Tchécoslovaque.Celui-ci comprend mieux, parce qu’il a par sa radio le moyen de mieux connaître l’importance de l’agriculteur, la collaboration qui lui est due.Afin de se rendre compte que cet effet est atteint, les auditeurs sont appelés à donner par lettre les raisons pour lesquelles telle émission leur a plu ou déplu tant par la forme que pour le fond.On ne se gêne Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 8, avril 1942. 618 LE CANADA FRANÇAIS pas pour demander aussi des suggestions ainsi que les réactions produites auprès des auditeurs, telles que discussions, intérêt apporté, résolutions, etc.Alême la radio nationale met à la disposition d’auditeurs pauvres des appareils récepteurs.En vue de garder l’intérêt du public, elle appelle des auditeurs pris dans divers coins du pays, et leur propose de manifester leurs désirs et poser des questions d’actualité.Lorsque de bons agriculteurs envoient ainsi d’intéressants communiqués, ces derniers sont irradiés avec les retouches nécessaires pour le profit des autres cultivateurs.Et la radio ne manque pas de mentionner leurs noms afin que les auditeurs agricoles sentent bien que ces radiodiffusions sont émises pour eux.C’est ainsi que la radiophonie rurale tchécoslovaque devient vivante à ses auditeurs.Ce mode de procéder a donné des résultats utiles.Ainsi, après un dialogue sur le sens pratique, sur l’habileté et l’esprit inventif des gens de la campagne, sur l’importance d’exploiter et de divulguer leurs trouvailles et moyens ingénieux de travailler, près de 200 inventeurs se sont adressés à la radio de l’État.Celle-ci transmit leurs lettres à l’institut pour le travail économique en agriculture.Plusieurs de leurs inventions furent jugées pratiques et brevetées dans la suite pour le plus grand bien de tous les agriculteurs.Bel exemple du rôle de la radio comme éveilleuse de talents épars et réels qui n’auraient jamais eu l’occasion de se mettre en valeur ! Voici un autre exemple de civisme bien compris, grâce à la radio.Après une discussion amorcée à l’émission rurale sur le sujet suivant: Que faire pour que ma commune soit jolie ?» à laquelle groupements agricoles et mairies prirent une part active, plusieurs communes et de nombreuses associations passèrent de la théorie à la pratique.L’embellissement des campagnes prit alors un caractère professionnel si bien lancé que la radio d’État n’eut rien de mieux à faire que de remettre au Alinistère de l’Agriculture la poursuite de cette propagande radiophonique vers l’exécution d’un programme concret d’amélioration et d’embelissement rural.Tout comme le théâtre, la presse et la cinématographie, la radio doit trouver sa formule, une expression qui lui soit Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 8, avril 1942. LA RADIODIFFUSION AGRICOLE 619 propre.La radio de ce pays croit l’avoir trouvée cette formule.Partie de la conférence, de la causerie à caractère professionnel, elle a évolué plutôt vers le dialogue avec création d’individualités fortement marquées possédant un caractère rural typique et très populaire.Ces dialogues, entremêlés de musique et de chansons de folklore ont grandement plu au public puisqu’en 1937 seulement, 144 scènes de ce genre furent irradiées.Reportages, entrevues gagnent aussi la faveur des radiophiles.Misant sur ces expériences passées, la radiophonie rurale de cet Etat croit avoir fait un pas de plus pour gagner la faveur populaire en essayant une nouvelle forme d’émission radiophonique appelée « Mélange ».Son nom l’indique, c’est une combinaison de musique, chant, dialogues, scè-nettes, adages, de nature très variée, enjouée, avec idée dominante, tel un roman à thèse.Ce genre fut de nature à lancer, divulguer et faire connaître, apprécier et assimiler divers sujets professionnels, culturels et sociaux.Enfin, cette formule spécifique tant cherchée d’irradiation parfaitement adaptée à la vie rurale tchèque, on venait de la trouver.La vie des divers groupes ethniques de ce pays slave étant fortement imprégnée de folklore, de musique et de gaieté, c’était tout naturel que la radio nationale cherchât son inspiration dans la vie, les mœurs, et l’orientation intellectuelle de son peuple.Car, c’est bien là le but de la radio nationale: rendre ses émissions naturelles et vivantes.Au point de vue agronomique, une grande lacune nuisait à l’agriculture tchèque, la radiophonie rurale se devait de chercher à la combler.C’était de fournir une prévision météorologique pratique.Bien que la radio privée donnât des prévisions de température, quatre fois par jour, celles-ci étaient d’un caractère trop général.Car, ce pays, au point de vue atmosphérique, comporte trois climats nettement distincts: celui de la Bohème, celui de la Moravie et de la Silésie, enfin celui de la Slovaquie et de la Russie subcarpa-thique.Des prévisions météorologiques régionales seraient plus à point, vu la grande variété de climats du pays.On entreprit le premier essai du genre pour deux régions caractéristiques: celle des étangs du sud de la Bohème et celle d’Opava- Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 8, avril 1942. 620 LE CANADA FRANÇAIS Ostrava.Quinze stations météorologiques firent des observations tous les jours à 5 heures du matin, et les transmirent à l’Institut météorologique de Prague avant six heures.A 6.35 heures, la radio pouvait transmettre les pronostics de température pour ces deux régions spéciales, grâce aux renseignements fournis avant six heures à l’institut météorologique de Prague.En utilisant des postes à ondes courtes, ce pays compte donner plus de précision encore et radiodiffuser ces prévisions pour toutes les régions de la Tchécoslovaquie.La radiophonie rurale a même atteint une probabilité de 75% dans ces prévisions atmosphériques hebdomadaires.Elle s’est enrichie, aussi, d’une section de sylviculture et de chasse.L’agriculteur étant, par tempérament autant que par goût, bon chasseur, la radio agricole sert ainsi d’appoint précieux à la conservation du gibier et de la forêt.Les ingénieurs agronomes de l’Union des Agriculteurs de Tchécoslovaquie fournissent des renseignements hebdomadaires sur l’état de la récolte, sur les travaux agricoles en cours, sur les prix des produits agricoles.Us irradient, en outre, les rapports des services de consultations agricoles du Ministère de l’Agriculture.En radiophonie, deux problèmes essentiels se complètent et doivent être abordés de pair.Ce sont des émissions intéressantes ; des gens intéressés à l’écoute.Trop de pays n’ont pas encore abordé de front le deuxième problème aussi important que le premier.Par son service de consultations techniques de la radio agricole, la Tchécoslovaquie prend tous les moyens pour vérifier si l’auditoire invisible au poste est bien visible et attentif sur place.A cet effet, les gens de ce service, nous l’avons vu précédemment, se rendent auprès des auditeurs et les transforment en agents d’émission.Ce double rôle accroît l’intérêt de l’auditeur et l’entraîne à trouver profit et plaisir à la radiophonie.De plus, ce service cherche à améliorer sans cesse la technique de la radio en faisant des essais sur les dernières inventions dans ce domaine.Elle organise même des concours à cette fin.Nous en avons donné un exemple précédemment.Ce service, de plus, fournit des consultations organise cours et conférences pour les amateurs.Il cherche Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 8, avril 1942. LA RADIODIFFUSION AGRICOLE 621 aussi à fournir des appareils de réception à bon marché, en les faisant acheter en coopération et à crédit.D’autres moyens concourrent à augmenter le nombre et l’intérêt des auditeurs à la radiophonie rurale.Ainsi, le professeur Adolphe Ernest, docteur ingénieur, applique les progrès radiophoniques connus aux ondes courtes et ultra-courtes, et à la télévision.Le docteur J.Safranek donnait encore, avant la domination de son pays par les hordes teutonnes, des cours radio-techniques à l’université de Prague pour la jeunesse agricole.C’est avec les jeunes agriculteurs que la radio tchèque a pu mettre à profit l’usage des ondes courtes en radiophonie.Car, pour obtenir ce deuxième point indispensable à toute radiophonie efficace, c’est-à-dire s’assurer des gens intéressés à l’écoute, il faut qu’un poste, non seulement puisse émettre facilement de son local des idées, nouvelles, renseignements et causeries, mais soit capable réciproquement d’irradier de la campagne à la ville des communications, des entrevues sur la manière de voir, de vivre, de gagner sa vie de la gent rurale.Les ondes courtes et ultra-courtes peuvent jouer ce rôle en servant de postes émetteurs régionaux.L’installation et le fonctionnement de ces petits postes, les jeunes l’ont appris aux cours du Dr.Safranek.Ils savent maintenant construire des postes portatifs à l’aide de batteries sèches.Ils ont appris aussi à organiser à portée de ces postes la source d'énergie électrique nécessaire à leur marche.Pour stimuler l’intérêt, la section technique de Radio-État forme des radio-clubs de jeunes agriculteurs.Même les communes éloignées des centres de distribution électrique peuvent, grâce à ces postes émetteurs, communiquer entre elles pour leur plus grand bien.La radiodiffusion internationale bien comprise peut faire plus pour la compréhension mutuelle des peuples qu’une utopique Société des Nations.Et l’agriculture mieux que l’espéranto devrait servir de trait d’union entre les groupes ethniques divers.C’est ce que la radiophonie rurale a particulièrement compris en s’essayant à créer un lien d’entente, de compréhension de bon aloi parmi les nationalités variées de la Tchécoslovaquie.A Melwilk, fut fondée dans ce but une station spéciale d’émissions allemandes des- Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 8, avril 1942. 622 LE CANADA FRANÇAIS tinées aux agriculteurs.Bratislava radiodiffusait en hongrois pour la minorité hongroise.Le Polonais, grandement sympathique aux Tchèques, parent d’ailleurs par son affinité raciale et la souffrance écoutait dans sa propre langue les émissions d Ostrava.Même les Russes de la région subcar-pathique, maintenant partie intégrante de la Hongrie, pouvaient capter, avant ce changement, les programmes ruraux russes de Kosice.M.Ragondet, ingénieur agronome belge, justifie ainsi cette louable entreprise d’union des peuples d’un pays: « La radio peut être une source précieuse de progrès général et un puissant élément d’entente nationale et internationale, à condition de s’intéresser aux besoins matériels et moraux de ceux auxquels elle s’adresse.Par contre, en négligeant de tenir compte des légitimes préoccupations professionnelles de certaines catégories de ses auditeurs, la radio peut troubler l’équilibre économique d’un pays et susciter l’envie et la mésentente.Elle rapproche les intérêts de la campagne des demandes de la population urbaine et elle sert aussi à rechercher les intérêts de la paix et de la collaboration internationale agricole paisible.» La vitalité rayonnante de la radiodiffusion rurale de ce pays enchaîné si attrayant s’est manifestée par les chiffres suivants s’appliquant à 1937.Nous les tenons du Dr Jaroslav Prokap ’, de la Radio Agricole Tchécoslovaque.Les dimanches, quinze minutes sont affectées à une conférence suivies d’une pièce sur un sujet agricole.Les émissions ont lieu deux fois par jour.La première partie est consacrée aux renseignements donnés simultanément par les postes émetteurs de l’État.Les postes locaux irradient le reste des programmes.La radio agricole a émis 528 renseignements météorologiques, 576 rapports de bourse et 580 rapports sur les marchés, 2000 communications agricoles diverses 280 exposés sur des questions déterminées, 993 con-lérences, 90 dialogues et 54 pièces de théâtre.Enfin, la radio proprement dite a mis à son service diverses inventions pratiques tant instructives que récréatives, telles que la photographie, la cinématographie et le phono- 1.Nous désirons remercier ici le Dr Prokap pour les renseignements fournis.Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 8, avril 1942. LA RADIODIFFUSION AGRICOLE 623 graphe.Les radio-techniciens organisèrent une discothèque.On y classe plusieurs centaines de disques.Ceux-ci prendront, à la longue, une grande valeur documentaire puisqu’ils comprennent des enregistrements de discours, d’enquêtes, et de manifestations de la vie agricole, politique, régionale et culturelle.Scènes rurales typiques de la paysannerie des diverses régions, reportages radiophoniques, sont enregistrés sur disques, conservés, classés, et même cinéma-tographiés.On monte de la sorte une cinémathèque précieuse.Photographies de tout genre que les correspondants radiophiles envoient serviront, un jour, de source d’inspiration surtout lorsque la télévision atteindra un degré de développement suffisant pour venir compléter, avec tout le reste, dans le studio de radiodiffusion rurale la documentation nécessaire pour instruire et distraire des auditeurs ruraux et autres.Car la radio de cet attachant pays s’est donnée pour mission de rappeler à la jeunesse tchèque de ne pas déchoir de sa vie propre, joyeuse, forte en couleurs, inspiratrice de survivance pour un vieux peuple qui veut se prolonger par la génération montante.La radiophonie tchécoslovaque est digne, n’est-ce pas, de notre étude, de notre admiration, et de notre imitation surtout, puisqu’elle rappelle dans un monde qui se meurt de haine, de formalisme et d’égoïsme, le chant du cor de Rolland à Ronceveaux, claironnant une lointaine quoiqu’im-perceptible victoire.Adrien Deuautels, agronome.Le Canada Français, Québec, vol.XXIX, n° 8, avril 1942.
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