Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
"Les enfants gâtés"
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (13)

Références

Le Canada-français /, 1941-01, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
«LES ENFANTS GÂTÉS» par Philippe Hériat En littérature comme dans les autres arts, la peinture du vice n’est pas nécessairement immorale.Il faut que 1 auteur s’abstienne de tout réalisme graveleux, pour ne pas verser dans une physiologie indiscrète ; il faut surtout qu’il ne paraisse pas donner son approbation aux égarements de ses personnages.Ce fut la règle observée au XVIIe siècle.Certains de nos grands classiques nous ont dépeint une humanité qui est loin d’être exclusivement vertueuse.Le théâtre de Racine est peuplé de criminels ; les comédies de Molière reflètent les défauts ou les vices de son temps et de tous les temps ; le fabuliste La Fontaine, derrière ses animaux, laisse voir une société où le mal et le bien se font souvent la guerre.Mais ces grands génies nous donnent indirectement une leçon : les coupables ne se livrent pas impunément à leurs mauvais instincts ; ils aboutissent aux pires catastrophes chez Racine, ils sombrent dans le ridicule avec Molière et La Fontaine.Le roman de Philippe Hériat peut être présenté aux lecteurs comme un échantillon contemporain de cette humanité défaillante.Les figures honnêtes y sont rares.L’ouvrage, qui a obtenu le Prix Goncourt, continue les traditions du Naturalisme ; c’est une survivance du dernier siècle.On sait en effet que les deux frères Edmond et Jules de Goncourt appartenaient à cette École naturaliste qui fut une réaction contre le Romantisme.Lanson les a jugés sévèrement dans son Histoire de la Littérature Française.Il leur reproche « l’usage du document tronqué, de la note prise au vol dans les rencontres de la vie c’est-à-dire la substitution du reportage à l’étude psychologique ».Ce qui est plus grave, c’est qu’une pareille information porte avant tout sur des détraqués, des déclassés, « formes d’âmes les plus factices qu’une civilisation trop raffinée fait éclore ».Nous sommes en pleine pathologie.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 5, janvier 1941 LES ENFANTS GÂTÉS 545 Voilà exactement la matière du livre composé par Philippe Hériat.Aussi pourrait-on trouver superflu de s’y attarder.Mais ce roman, qui nous transporte d’Europe en Amérique, énonce quelques idées répandues en France au sujet du Nouveau-Monde, idées toutes faites et passablement fausses.Il convient de les mettre au point.Il y aura lieu aussi de corriger l’impression pénible que laisse ce livre pour ce qui concerne la famille française.Voyons d’abord la trame du récit.En mettant à part les portraits et les tableaux, qui sont traités avec une particulière vigueur, les faits peuvent se condenser en une page.Agnès Boussardel, née à Paris dans un milieu bourgeois et fort riche, a ressenti de bonne heure une profonde répugnance pour cette société où triomphent les conventions et l’hypocrisie.Elle va nous faire elle-même sa confession, sans arrière-pensée.Remarquons d’ailleurs qu’elle ne prétend pas approuver tous les détails de ses aventures.Parvenue à sa majorité, elle part pour un voyage aux États-Unis.Mais son séjour se prolonge là-bas.Inscrite aux Cours d’une Université proche de San-Francisco, elle y passe deux ans sans trop renseigner sa famille.Elle sait que les siens l’aiment assez peu pour ne pas s’en soucier.Toutefois, sa mère craint qu’elle n’épouse quelque Yankee, ce qui serait une mésalliance.Non, il n’y aura pas de mariage officiel.Cette émancipée contracte une union libre avec un étudiant, Norman Kellog.Ce n’était qu’un caprice.Agnès se libère et revient à Paris où elle dissimule habilement ses frasques, jusqu’au moment où elle s’aperçoit qu’elle doit devenir mère.Alors, elle révèle tout à un cousin charitable, Xavier.Le brave garçon consent à l’épouser quand même.Tout s’arrangerait, si un enchaînement de circonstances fatales ne mettait toute la famille au courant de la vérité déguisée jusqu’ici.La situation devient tragique.Xavier se tue dans un accès de folie.Agnès restera dans la solitude avec son enfant.Comment expliquer les lubies déconcertantes de cette protagoniste du drame ?Certes, elle a les meilleurs raisons de ne pas s’attacher aux principaux membres de sa famille pour qui l’argent prime tout, à condition toutefois que la fortune soit embellie d’un certain décorum extérieur.La Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 5, janvier 1941 546 LE CANADA FRANÇAIS lignée des Boussardel symbolise bien cette bourgeoisie qui, depuis le XVIIIe siècle, avait perdu toute conviction religieuse et morale.Il n’était pas jusqu’au sens de l’honneur qui ne fût réduit à la fuite prudente des scandales par trop manifestes.La mère d’Agnès, avec une de ses sœurs, donne le ton à toute la maisonnée.C’est une homasse que l’on redoute, mais qui n’a jamais su se faire aimer.On comprend dès lors qu’Agnès, avec sa rude franchise, soit devenue l’enfant terrible et qu’elle ait fui cette atmosphère de duplicité et de mensonge.C’est un cerveau remarquablement doué, mais son éducation n’a été qu’intellectuelle.Toutes les autres facultés sont restées en friche.Ce que cette fille va chercher en Amérique, c’est une société affranchie des conventions du Vieux-Monde.La jeune païenne rêve de liberté sans contrainte morale.L’honnêteté se résume pour elle en une formule simpliste : suivre les tendances de son tempérament, se montrer telle qu’elle est.Norman Kellog pourrait devenir son héros, car il n’est pas moins loyal.Il ne connaît guère d’autre vertu.Admettons pourtant qu’il est laborieux et qu’il vise à une carrière lucrative.De part et d’autre, le bagage est maigre pour parcourir sans broncher les rudes étapes de la vie.Norman et Agnès veulent être heureux, ils croient l’être pendant les quelques mois de leur vie commune.Mais combien fragile est un amour stimulé uniquement par une attirance réciproque, où les sens ont plus de part que le cœur ! Agnès est vite désenchantée.Elle ne voit bientôt plus que des défauts dans les paroles et les actes de son partenaire.A force de réfléchir et de s’analyser elle-même, elle n’a plus de spontanéité.Norman se rend compte que cette Européenne est décidément trop compliquée pour lui.La rupture n’est pas violente, car un Américain positif ne s’émeut pas pour si peu.Il refera autrement sa vie, tandis que la fille voguera vers les pays anciens pour y être plus malheureuse que jamais.Norman est un garçon robuste, en pleine possession de ses forces.Agnès est une aventurière, sorte de pouliche nerveuse, indomptée.Quand on se fait une idée exacte et complète des mœurs aux États-Unis, on ne regrette pas l’échec de cette immigrée Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 5, janvier 1941 LES ENFANTS GÂTÉS 547 indésirable.Élargissons un peu les horizons du roman qui nous occupe.Il ne faudrait pas considérer la grande république américaine comme un dépotoir où tous les ratés de la vieille Europe peuvent se faire une place enviable.Les miroitements lointains de Miami, de Hollywood ou de Los Angeles ont attiré là-bas bon nombre de viveurs et d’artistes dramatiques plus ou moins qualifiés.Cette société interlope est loin de personnifier le véritable peuple qui travaille sérieusement « au pays de la vie intense ».Liberté d’agir, liberté de penser, voilà ce qui est à la base de cette constitution largement démocratique.Il n’y a presque aucune trace de sectarisme.On ignore trop en France que l’Américain moyen a le respect de toute confession religieuse acceptable, même s’il ne pratique personnellement aucune religion.Mais il y a plus et mieux.Ne perdons pas de vue les groupes considérables de croyants dont les convictions sont profondes.Si nous prenons la peine de consulter les statistiques, nous y verrons que le Catholicisme compte plus de vingt millions d’adeptes, dans une nation réputée impie, uniquement préoccupée du dollar et des plaisirs.Lorsque notre fameuse Agnès est de retour à Paris, sa famille ne veut entendre aucun jugement tant soit peu favorable aux Yankees : « Ramassis de gangsters », c’est par ces mots outrageants que les Boussardel désignent la société à laquelle s’était mêlée la voyageuse.Une de ses tantes va jusqu’à lui dire: « Tu sors d’un pays qui pactise avec les Soviets ! » Plût au Ciel, répondrons-nous, que l’Europe se fût aussi bien défendue que l’État américain contre le Bolchévisme.Nous n’aurions pas à subir l’horrible guerre actuelle.Par contre, le roman de Philippe Hériat pourrait faire croire aux lecteurs étrangers que la plupart des familles françaises sont décadentes.Les ennemis de la France ont répété que tout allait chez nous à la dérive.Mais, si les plages mondaines de Floride et de Californie ne donnent pas une idée, même approximative, du peuple qu’abrite le drapeau étoilé, de même les « boîtes de nuit » qui font la renommée de Montmartre n’empêchent pas les foules de venir prier au sanctuaire qui se dresse sur la même colline pari- Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 5, janvier 1941 548 LE CANADA FRANÇAIS sienne.S’il y a un quart de croyants à New-York et sur les immenses territoires situés au-delà, la proportion de fervents chrétiens n’est sans doute pas inférieure dans notre France contemporaine.Nos anciennes vertus ne sont pas complètement galvaudées.A l’heure actuelle, pour mieux connaître leurs aïeux, les Français se sont mis à étudier de près un autre peuple fixé également dans l’Amérique du Nord.Notre race fit souche jadis sur les bords du fleuve St-Laurent et s’y est merveilleusement développée.Bien dommage qu’Agnès Bous-sardel, à l’occasion de son voyage, n’ait pas pris contact avec les arrière-cousins de la Province de Québec.Elle y aurait trouvé des familles autrement honorables que la sienne, pénétrées d’esprit religieux.Mais l’Académie Goncourt et ses adeptes ne démordent pas du laïcisme intégral.Ce livre vaut donc surtout par la forme qui est d’une netteté, d’un relief frappants.On y sent l’effort déployé par l’écrivain pour éviter tout mot banal, tout terme incolore.C’est l’expression impeccable des sensations visuelles.Tout ce qui serait sentiment, émotion, est refoulé de parti-pris derrière ce film qui se déroule avec une précision scientifique.D’une telle lecture, on sort glacé, comme si l’on avait parcouru une galerie de personnages figés dans leur morne attitude.C’est triste, c’est désespérant, parce que le bonheur s’est enfui loin de ces pauvres âmes ; le bonheur requiert un minimum d’idéal ; or, les types qu’on vient de voir sont trop matérialisés pour prendre leur essor vers les cîmes où le spiritualisme ennoblit les moindres actions.Parmi les livres récemment parus, il en est un autre que nous recommandons beaucoup plus volontiers.Notre dernier article dans le Canada Français avait analysé Y Anthologie des poètes catholiques contemporains, par Louis Chaigne.Le volume consacré aux prosateurs vient d’être offert au public par les mêmes éditions Alsatia.Le besoin de variété nous a fait choisir cette fois une œuvre bien différente, ce qui n’infirme en rien la haute valeur du nouveau recueil où notre religion prouve sa vitalité.Là, du moins, ce n’est plus le terre-à-terre déprimant de l’Académie Goncourt, mais une école de grandeur d’âme, édifiée par nos écrivains catholiques.Abbé F.Charbonnier, Docteur ès-Lettres.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 5, janvier 1941
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.