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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Prospectus de la Gazette littéraire
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1939-09, Collections de BAnQ.

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LE PROSPECTUS DE LA GAZETTE LITTÉRAIRE Entre la Gazette de Québec et la Gazette littéraire de Montréal qui paraît en 1778, l’antinomie est complète» ou peu s’en faut : celle-là accordait dans ses colonnes la plus large hospitalité aux nouvelles provenant des quatre coins du monde, celle-ci s’en tiendra aux papotages et aux petites querelles académiques des grands esprits montréalais du temps ; celle-là exhibait force réclames et annonces, celle-ci en sera presque toujours dépourvue ; celle-là s’est gardée comme de la peste de toute discussion stérile ou interminable, celle-ci portera sur ses épaules les ailes cassées de tous les minuscules moulins à vent contre lesquels ses rédacteurs se sont battus ; celle-là est une entreprise commerciale, celle-ci ressortit exclusivement à la littérature.L’amateur non averti peut donc tout de suite augurer de ce rapprochement un résultat inévitable : celle-là aura une longue vie et celle-ci connaîtra une existence éphémère.C’est bien ce qui arriva, puisque la Gazette de Québec vécut cent ans et plus, alors que la Gazette littéraire de Montréal passa de vie à trépas après deux années seulement d’activité, pour renaître, il est vrai, en 1785, mais revêtue d’une forme bien différente et animée d’un esprit nouveau.En voilà donc plus qu’il n’en faut pour démontrer que les deux hebdomadaires canadiens ne sont pas logés aux mêmes enseignes.Mais la liste des oppositions n’est pas close : les plus importants contrastes n’ont pas encore été signalés.La Gazette de Québec était dirigée par des Anglo-Saxons ; ce sont deux Français de France qui présideront aux destinées précaires de la Gazette littéraire de Montréal.La première était bilingue ; la seconde sera intégralement française.Nous entrons donc dans la deuxième phase du journalisme au Canada : la phase française de 1778, trait d’union entre la phase bilingue de 1764 et la phase canadienne de 1806.Mais quels sont donc les animateurs du nouvel hebdomadaire de Montréal ?Ils répondent aux noms de Fleury Mes- LE PROSPECTUS DE LA GAZETTE LITTERAIRE 9 plet et de Valentin Jautard.Un mot sur la vie de l’un et l’autre de ces pauvres diables ne sera pas hors de propos.Né dans les environs de Lyon vers 1735, au moment où l’astre ascendant du voltairianisme et de l’Encyclopédie v attire nombre de regards, Fleury Mesplet ne tarde pas à devenir démocrate républicain et libéral ; petit bourgeois, ou plutôt bon ouvrier frotté de littérature et de libre pensée, il épouse une certaine Marie Mirabeau, excellente femme qui, semble-t-il, ne lui laissa pas d’enfants.Vers 1773 — Mesplet était donc âgé de trente-huit ans — la situation économique grosse de périls en France obliga le futur imprimeur du premier journal montréalais à s’exiler à Londres.Il y rencontra Benjamin Franklin.L’éminent Américain se rendit compte sur-le-champ du bon parti qu’il pourrait tirer de la présence d’un imprimeur français en terre américaine, à quelques centaines de milles du Canada français où certains mécontents ne demandaient pas mieux que de secouer le joug britannique.Après un accord intervenu entre l’Américain et le Français, Fleury Mesplet monta à bord d’un vaisseau devant cingler vers l’Amérique : en 1774, il foulait le sol de Philadelphie.Cette même année, il publia à Philadelphie la fameuse « Lettre adressée aux habitants de la province de Québec, ci-devant le Canada, de la part du Congrès général de l’Amérique septentrionnale tenu à Philadelphie ».On sait que cet appel à l’insurrection n’obtint pas, en terre québécoise, le succès que les Américains en avaient escompté.Dès 1775, il fit un premier voyage à Québec où il séjourna peu de temps ; il ne put, semble-t-il, y découvrir beaucoup de néophytes vouant à la révolution américaine et à l’indépendance canadienne un culte qui parvenait à les enfiévrer.Il rentra donc à Philadelphie en passant par Montréal.En février 1776, le Congrès américain vota une somme de $200 qui devait être affectée aux dépenses occasionnées par l’installation d’une presse au Canada.Fleury Mesplet fut chargé de cette mission et c’est à Montréal qu’il décida de tenter fortune.Mais, les événements défavorables aux Américains se précipitant, Mesplet se trouva un beau matin — exactement le 18 juin 1776 — incarcéré dans la prison de Montréal pour avoir pactisé avec les ennemis du Roi de la Grande-Bretagne et du Canada. 10 LE CANADA FRANÇAIS Bientôt relâché, Mesplet persista dans son dessein de s’établir à Montréal, non plus en sa qualité d’agent des Américains, mais à son propre compte.Et c’est ainsi que le mercredi, 3 juin 1778, paraissait sous le titre de Gazette du commerce et littéraire le premier hebdomadaire qui ait vu le jour à Montréal.Mesplet s’était adjoint un rédacteur en chef dans la personne de Valentin Jautard, avocat d’origine française lui aussi, qui passa en Amérique vers 1768.Si Mesplet était ce que nous appellerions aujourd’hui un primaire, Jautard au contraire se piquait d’une culture étendue : il aimait ferrailler contre les juristes, lancer des brocards aux savants, marcher sur les plates-bandes des féministes avant la lettre, alors peu nombreux mais remuants ; il ne lui déplaisait pas de se constituer critique littéraire — le premier sans doute qui, pendant quelques mois, ait tenu école au Canada français — et de donner des férules aux poéteraux ainsi qu’aux prosateurs poussifs du temps.En outre, il maniait la plume avec un rare bonheur.Bref, il deviendra l’Éminence grise du cénacle.et l’âme damnée de l’innocent et bonasse Fleury Mesplet.Ce Jautard était passé maître dans l’art de faire sa cour.Qu’on en juge plutôt par cette ode qu’il composa à l’occasion de l’arrivée du gouverneur Haldimand à Québec, le 8 août 1778.Lorsque je vois une Province entière Faire éclater un zèle aussi vif que sincère, Sur un événement qui remplit tous ses vœux, Moi seul je garderois un coupable silence ?Dusse-je être sifflé, non, à mon tour je veux Signaler ma réjouissance.Apollon, je le sçais, m’a refusé ses dons ; Mais quoi ?sans que sur le Parnasse J’aille mendier une place Qu’il n’accorde jamais qu’à ses chers nourrissons ; Ne pourrai-je me faire entendre.Non, je ne peux plus me défendre Et résister à mon penchant ; Reçois généreux Haldimand Ce témoignage de mon zèle, Ce n’est qu’une faible étincelle Des doux transports dont mon cœur est épris.Que d’autres dans de longs écrits T’exaltent, & même sur la lyre, LE PROSPECTUS DE LA GAZETTE LITTÉRAIRE 11 Exercent à l’envi leur esprit, leurs talents ; Pour moi je n’ai qu’un cœur, si l’on me voit écrire Peu curieux d’Eloges & d’encens, Ce n’est point pour que l’on m’admire, Mais pour montrer ce que je sens.1 Et dire que quelques mois plus tard le flatteur se verra écroué et inculpé, par l’idole, d’outrages à la magistrature montréalaise ainsi que de propos irrespectueux et déloyaux tenus à l’égard des autorités civiles et religieuses du pays.Çà ne valait pas la peine, vraiment, de montrer ce qu’il sentait ! Mesplet et Jautard, qui vécurent aux crochets de leurs amis, s’adonnèrent-ils à la boisson ?Allèrent-ils eux aussi, hélas ! demander à la dive bouteille le remède à tous leurs maux, l’oubli des déconvenues, la trêve de petits complots qu’avaient ourdis d’anciens amis mués, par suite d’un article ou d’une lettre, en d’irréconciliables adversaires ?Il nous est loisible de le croire après avoir lu les Mémoires de Pierre de Sales Laterriêre, et notamment le chapitre sixième de ce passionnant récit, où sont relatés avec sel et pittoresque les événements mélodramatiques survenus dans la vie de l’auteur vers la fin du XVIIIe siècle.Jetés en prison en 1779 sur l’ordre de Haldimand, alors gouverneur du Canada, les deux compères se trouvèrent nez à nez avec un autre détenu : Pierre de Sales Laterriêre lui-même.De ces deux nouveaux compagnons d’infortune, l’auteur des Mémoires brosse quelques tableaux hauts en couleur qui en disent long sur le tempérament et les habitudes de M.l’imprimeur et de M.le rédacteur de la Gazette littéraire.On nous saura gré, sans doute, de reproduire ces lignes savoureuses.L’éducation de ce Jautard était solide sans être accomplie.Il était satirique et sophistique comme un avocat, avec un front d’airain que rien n’étonnait, ivrogne, faux et menteur comme le diable et grand épicurien ; il haïssait tout ce qui était anglais, pour quelle raison P je ne l’ai jamais pu savoir.En outre, il était plein de préjugés, jésuite surtout et fort mauvais ami.Mesplet différait de Jautard par l’éducation : son talent, c’était d’être ouvrier imprimeur ; il avait des connaissances pourtant ; mais il s’en faisait accroire et ne parlait que d’après son rédacteur ; d’ailleurs fourbe et menteur presque autant que celui-ci, et d’un génie méchant ; si son épouse, qui était très respectable, ne l’avait 1.La Gazette littéraire, numéro du 12 août 1778. 12 LE CANADA FRANÇAIS adouci, il aurait été coupable de bien des choses indignes d’un honnête homme.Des disputes s’ensuivirent, et à la fin, des coups.J’étais jeune et vigoureux.J’avais affaire à Jautard et à Mesplet ensemble, l’un ne m’attaquait pas sans l’autre, ou sans appeler l’autre à son secours ; heureusement que je les rossais tous les deux à mon aise : ils ne m’insultaient d’ailleurs que quand ils étaient ivres, c’est-à-dire presque toutes les après-midis, tirant sur le soir.Voilà donc deux portraits bien campés même si, pour obtenir ce résultat, l’auteur a cru bon de décocher un trait aux Jésuites et aux avocats ! De ce témoignage qu’il serait imprudent de récuser, puisqu’il est confirmé par maints événements ultérieurs, retenons deux points : Mesplet et Jautard, qui s’entendent comme larrons en foire, paraissent être tout de même de mauvais coucheurs ; le premier obéit au doigt et à l’œil aux consignes du second.Ce sont eux qui, pendant deux années, imprégneront de leur esprit la Gazette littéraire de Montréal.Cette pauvre Gazette ne fait pas trop vilaine figure dans l’armorial du journalisme français au Canada.Tout d’abord, elle ne comporte que deux petits volumes, deux incunables très portatifs et faciles à feuilleter.Ils sont bourrés de littérature ; ce fait si peu fréquent dans le Canada du XVIIIe siècle mérite de retenir l’attention des amateurs comme des spécialistes.Dès 1909, l’un des pionniers canadiens de la critique littéraire n’a pas manqué de tracer là-dessus une ligne de démarcation opportune.« On pourrait à la rigueur, dit-il, classer en deux catégories ces premiers journaux.Il y eut les journaux surtout politiques, ou d’information politique, comme la Gazette de Québec.et il y eut les papiers périodiques surtout littéraires, comme la Gazette littéraire de Montréal.» ' Périodiques surtout littéraires ; c’est dire que leur creuset deviendra quelquefois le rendez-vous d’étranges mixtures et produira d’amusants alliages.Exemples ?Entre deux débats littéraires figurera, avec une parfaite désinvolture, une petite dissertation sur un
de

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