Le Canada-français /, 1 avril 1937, Un livre tout plein d'idées
UN LIVRE TOUT PLEIN D’IDÉES Un nouveau volume de l’Académie Saint-Thomas d’Aquin vient de paraître.Il contient les travaux présentés aux séances solennelles d’automne 1934.L’élite pensante de notre peuple saura gré à Mgr Paquet, qui préside à la publication de ces ouvrages, d’avoir livré au public le fruit du labeur persévérant des hommes qui sont chez nous les ouvriers de l’intelligence.En diffusant ainsi les grands principes à la lumière desquels doivent être résolus les problèmes de l’heure, cette illustre Association continue de faire véritablement en notre pays œuvre « d’irradiation ».Le livre dont nous parlons renferme des études de la plus haute inspiration sur la moralité, le communisme, l’enseignement de la théologie non-catholique, l’essence de la perfection chrétienne, la paix internationale.Ces questions si importantes et si complexes sont traitées par des maîtres en théologie, en philosophie et en sociologie qui, depuis longtemps soumis aux fortes disciplines scolastiques, nous apportent, comme le faisait remarquer Son Excellence Mgr Lamarche en clôturant cette cinquième Session académique, le résultat du travail de toute une vie.Qu’il nous soit permis de mettre brièvement en relief les idées principales développées au cours de ces pages.Dans une magnifique allocution d’ouverture, Mgr le Président de l’Académie évoque en termes saisissants la mémoire de Mgr Salvatore Talamo, qui prit une part si prépondérante au mouvement de renaissance thomiste inauguré par Léon XIII à la fin du siècle dernier.Premier secrétaire général de l’Académie romaine Saint-Thomas d’Aquin, directeur de la Revue internationale des Sciences sociales, philosophe, sociologue, publiciste, Mgr Talamo est pour tous les Académiciens et les penseurs de notre race un modèle à imiter.Ami personnel de cet homme de doctrine, Mgr Pâquet n’a-t-il pas glorieusement marché sur les traces de celui dont il vient de faire un émouvant 1 L’Académie canadienne Saint-Thomas d’Aquin.(Cinquième Session, 17 et 18 octobre 1934), Québec, Action catholique, 1936. UN LIVRE TOUT PLEIN D’IDÉES 775 éloge ?Champion du thomisme au Canada, inspirateur et animateur de notre propre Académie canadienne, ne fut-il pas et ne continue-t-il pas d’être l’un des apôtres intellectuels les plus vigilants et les plus éclairés qui depuis un demi-siècle ne cesse de répandre dans notre société canadienne les éternelles vérités qui éclairent et qui sauvent ?Deux vies enveloppées de silence et d’oraison, mais combien fécondes pour l’Église et les âmes ! On parle beaucoup aujourd’hui de la philosophie d’Émile Durkheim, qui prétendit trouver dans la sociologie l’explication de la connaissance intellectuelle, le fondement de la morale et de la religion.Cette théorie, à base nettement positiviste, a trouvé bon accueil en France, et elle est enseignée dans plusieurs écoles normales.Le Révérend Père M.-A.Lamarche, O.P., n’a pas de peine à démontrer la fragilité d’un pareil système qui « risque de conduire à la sauvagerie ».Durkheim, ce « mégalomane de la pensée », croit à la primauté du social, et pour lui le fait moral s’explique en dehors de toute métaphysique, de tout surnaturel.C’est toujours la même rengaine rationaliste.Morale sans critère et sans obligation, voilà en deux mots la morale sociologique d’Émile Durkheim.Il ne suffit plus de dire que le communisme est l’ennemi le plus redoutable des temps modernes.Il importe bien davantage de savoir le plus exactement possible ce qu’il est, de découvrir les faux principes sur lesquels il s’appuie, de connaître « sa structure doctrinale ».Un bon moyen d’avoir des idées nettes et précises sur ce grave sujet qui, il faut l’avouer, est d’une trop poignante actualité pour s’en désintéresser, c’est de lire la très remarquable analyse de M.le chanoine Arthur Robert sur la philosophie du communisme.On apprendra alors que le communisme a pour fondement la conception matérialiste de l’histoire ou le matérialisme dialectique, qu’il a lui aussi, chose tout à fait étrange, sa mystique, qu’il est ennemi de tout État et que par essence il est anti-religieux.La meilleure façon de le combattre est encore d’exposer la philosophie thomiste, fidèle gardienne des valeurs spirituelles.Un éminent professeur du Grand Séminaire de Toronto, M.l’abbé Louis-A.Markle, docteur en théologie, a fait une sérieuse enquête sur la valeur de l’enseignement de la théologie non-catholique.Entreprise ardue, à la vérité, 776 LE CANADA FRANÇAIS puisque bon nombre de séminaires non-catholiques n’ont pas de manuels.Dans un exposé clair et bien documenté, le docte conférencier nous prouve que l’enseignement non-catholique glisse fatalement vers le paganisme.Il est curieux aussi de noter que la théologie allemande exerce une extraordinaire influence sur le protestantisme américain, théologie qui tend de plus en plus vers une religion nationale.La perfection individuelle des âmes reste pour le Révérend Père A.Desnoyers, O.M.I., le plus vital de tous les problèmes.Comme il a raison et comme on est encore plus convaincu de la chose lorsqu’on a terminé la lecture de la thèse qu’il expose sur l’essence de la perfection chrétienne selon saint Thomas ! Le distingué religieux affirme que l’élément principal de la perfection est la charité qui nous unit à Dieu, fin ultime de l’âme humaine.Il envisage ensuite les éléments secondaires de cette même perfection : vertus de foi, d’espérance et de religion, préceptes et conseils évangéliques, divine contemplation.Il termine en étudiant tout spécialement la charité ainsi que ses diverses activités.Enfin il est réconfortant d’apprendre d’un sociologue averti et d’une compétence reconnue quel fut le rôle de tout premier plan joué par l’Église et les universités catholiques sur le terrain de la pacification des peuples.Mgr Wilfrid Lebon, P.D., avec la clarté qui caractérise tous ses écrits, a ramassé dans deux propositions concises les idées qu’il développe avec conviction : « Les doctrines d’aujourd’hui sur la paix internationale ne sont que le développement des idées prêchées jadis par les fondateurs du droit international, qui furent François Vittoria et François Suarez.Ces deux professeurs d’universités catholiques tenaient leur doctrine directement de saint Thomas lui-même, l’universitaire par excellence».—
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.