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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Travaux du Père Pacifique, capucin, sur la langue micmaque
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1935-09, Collections de BAnQ.

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Linguistique TRAVAUX DU PÈRE PACIFIQUE, , SUR LÀ LANGUE MICMAQUE La langue des sauvages Micmacs ne ressemble à aucune autre du Nouveau-Monde, si ce n’est dans le procédé général et le développement presque illimité de ses formes, surtout dans les conjugaisons des verbes.La langue des Malécites, les anciens Etchemins, seule lui ressemble dans ses racines.Nous avons une grammaire de l’abbé Maillard, dont une partie a été publiée d’après un manuscrit d’un ancien missionnaire, M.Jos.Bellenger.Quoiqu’elle soit loin d’être complète, elle rend de grands services à ceux qui entreprennent cette étude.Il en est de même de nombreuses remarques grammaticales et d’analyses manuscrites.L’abbé Maillard, qu’on a surnommé l’apôtre des Micmacs, a aussi composé un catéchisme et une série complète d’offices liturgiques.Il a écrit beaucoup d’instructions religieuses et semble avoir fait un dictionnaire, qu’on n’a malheureusement jamais pu retrouver.Un ministre baptiste, le Dr Rand, qui a fréquenté les Micmacs pendant près de 50 ans (sans résultat d’ailleurs au point de vue religieux), a recueilli beaucoup de mots (il dit 40,000) et composé deux vocabulaires, anglais-micmac et micmac-anglais.Celui-ci, publié après sa mort par quelqu’un qui ne savait pas la langue, est de peu d’utilité; l’autre est bien fait, mais il est loin de contenir le nombre de mots que l’auteur prétend avoir recueillis.M.Rand a laissé beaucoup de manuscrits, qui pour la plupart ont péri dans un incendie du collège Wolsley au Massachussett, où ils se trouvaient réunis.lia aussi publié plusieurs livres de la Sainte Écriture, qu’il a traduits avec l’aide d’un ou deux sauvages instruits.Il semble avoir renoncé à composer une grammaire tant soit peu complète.Il dit avoir entrepris une fois d’écrire la conjugaison d’un verbe in extenso ; ayant dépassé le nombre de D$B TRAVAUX SUR LA LANGUE MICMAQUE 61 mille formes et croyant n’en avoir pas un dixième sur sa liste, il y renonça comme à une entreprise impossible.(Préface du Diet, micmac-anglais, p.VI.) Pour moi, tout en étant bien sûr de laisser de nombreuses lacunes, je n’ai pas voulu m’arrêter en chemin, et j’ai donné un tableau méthodique de tout ce que j’ai pu apprendre.D’abord il faut distinguer soigneusement les conjugaisons de genre inanimé et de genre animé.Pour la première, j’ai mis 11 formes fondamentales, 11 personnes, parce que, en micmac, il y a un duel, comme en grec ; puis la première personne du pluriel est toujours double, selon qu’elle inclut ou exclut la personne ou les personnes à qui l’on parle : nous (vous et moi ou nous) et nous (lui et moi ou eux et nous).Il y a donc trois personnes au singulier, quatre au duel et quatre au pluriel.D’ailleurs, le duel s’emploie aussi pour plus de deux personnes, de la même classe.De plus, si le sujet d’un verbe (à la 3e pers.) est inanimé, comme il (le chemin) est beau, la terminaison est différente, ce qui fait 3 formes de plus à chaque temps.En outre, le verbe à la 3e personne est différent s’il est complément d’un autre aussi à la troisième personne (encore 3) ; quand on parle des morts ou des absents, la terminaison varie (6 formes) ; s’il y a un rapport à un pluriel, soit de personnes, soit de choses, la terminaison varie encore à toutes les personnes ; enfin il faut tout redoubler à la forme négative.Bref le présent de l’indicatif seul peut avoir 92 formes ou personnes.Le passé en a beaucoup plus, parce qu’il y a, à presque toutes les formes, une ou deux variations de lettres, qui semble facultative, mais donne quelque nuance dans le sens ; j’en ai compté 282, nombre qu’il faudrait tripler si on voulait employer une particule préfixe qui sert pour le parfait et le plus-que-parfait sans modifier la terminaison, c’est pourquoi je ne les compte pas.Au futur, il y a seulement 34 formes, à l’impératif, 16, au subjonctif, 17, à l’infinitif (qui est une vraie conjugaison impersonnelle avec on, à tous les temps et à tous les modes), 48.J’ai dû ajouter deux modes: le circons-tantiel et le subordonné, qui ne sont que l’indicatif avec lorsque et si, mais influent sur toutes les personnes au présent, passé et plus-que-parfait ; cela fait respectivement 72 et 78 formes ; au conditionnel, 60 ; en tout, 700.Pour les verbes animés, c’est-à-dire conjugués avec un régime de genre animé, il y en a le double, parce que toutes 62 LE CANADA FRANÇAIS les personnes, sujets et régimes, influent sur le verbe.Ainsi la 3e personne (par exemple : je le vois, tu le vois, il le voit, nous le voyons, etc.) singulier et pluriel a 22 formes fondamentales et 21 supplémentaires, soit 43 ; la 2e (je te, il te, etc.), 8 seulement ; la 1ère (tu me, il me, etc.), 10, et 2 supplémentaires ; mais toutes peuvent s’employer au négatif et avec des rapports à d’autres régimes pluriels, animés ou inanimés, ce qui fait au présent 186 formes, au passé 438, au futur 59, à l’impératif 27, au subjonctif 27, au circonstantiel 182, au subordonné 273, au conditionnel 86, à l’infinitif 60.Total : 1340.Quant aux conjugaisons, on en compte sept, mais qui ont besoin de plusieurs modèles secondaires.Toutes les racines de mots peuvent donner toutes les formes et constituer des conjugaisons différentes.Ainsi nemitegei veut dire voir, avoir la vue, ou plutôt, je vois.Ce verbe, comme les autres neutres, n’a pas de régime direct, mais les compléments indirects ou circonstantiels du pluriel ont la même influence sur lui que des régimes directs ; ils en modifient et multiplient la terminaison.Par exemple, si on disait : je vois -plus clair que d'autres, il faudrait non seulement exprimer plus et autres, mais le verbe je vois prendrait une désinence plurielle de genre animé; de sorte que ce verbe prendrait toutes les formes indiquées ci-dessus.Ensuite si on dit je vois une chose, ou des choses (verbe actif), ce n’est plus nemitegei qu’il faut dire, mais nemito, autre conjugaison ; je vois une personne, nemig (conjugaison animée, fournissant nos 1340 formes, plus ou moins, sûrement plus) ; nemisi, je me vois, verbe pronominal, distinct de tous les autres ; nemitigo, nous nous voyons l'un l’autre, nemitolligo, nous nous voyons les uns les autres, verbes réciproques (sans singulier évidemment, ce qui leur supprime quelques formes, en leur en laissant néanmoins un nombre fort respectable) ; nemitasi, je suis vu, nemigosi (verbes passifs) ; nemitag, je vois une chose qui appartient à quelqu’un, nemitatigo, je vois des choses qui nous appartiennent aux uns et aux autres : voilà bien des idées dans un seul mot !.et ce n’est pas tout : les mots et les conjugaisons se multiplient à l’infini.Mais il n’est pas nécessaire de tout savoir pour parler micmac, pour l’écrire et publier des livres et même des journaux.Voici une liste des ouvrages que j’ai publiés ou écrit dans le cours de ma mission : TRAVAUX SUR LA LANGUE MICMAQUE 63 1.Le Paroissien micmac ; joli petit volume de 666 pages in-32, contenant l’office paroissial ordinaire, les prières usuelles, le chapelet avec les mystères, le chemin de la croix, toutes les litanies approuvées, les prières pour les malades et les morts, etc.Un Extrait du Paroissien (348 p.) contenant tout 1 office du Dimanche, depuis matines jusqu’à complies, avec les réponses de la messe en latin, le prône et la bénédiction.Le Paroissien noté.Deux fascicules seulement ont paru (64 p.)., 2.Le Catéchisme ; bel ouvrage copieusement illustre, avec tous les titres des chapitres en français, ceux des prières en latin ou en français.Le Catéchisme de persévérance, historique et liturgique, également illustré.Il contient un chapitre spécial sur l’histoire de la conversion des Micmacs en 1610.L’histoire de l’Église va jusqu’à Pie X, dont le buste est reproduit dans l’ouvrage, avec ceux de Pie IX et de Léon XIII.L’Histoire Sainte, suivie de YHistoire de l’Église ; édition spéciale extraite du précédent.Pendant plusieurs années, le Département des Affaires sauvages à Ottawa a fourni cet ouvrage à ses écoles, ainsi que le Catéchisme.Un Petit recueil de Cantiques ou chants populaires.Ces quatre ouvrages se trouvent aussi réunis en un seul beau volume de 340 pages, sous le titre de Manuel d Instruction religieuse, relié, tranche rouge ou dorée.3.Le Manuel hiéroglyphique ; beau volume in-12 de 466 pages, relié, contenant des prières, des inductions, des chants sacrés en signes hiéroglyphiques ; réédition d’un volume publié en 1866 par le Père Kauder, rédemptoriste autrichien, avec une savante introduction en anglais, par notre confrère le Père John Lenhart, de Washington.Mentionnons en passant deux autres petits ouvrages de moindre importance : un Almanach de 1902 et les Règles de la Balle-au-camp, en micmac.Ne riez pas.Si vous saviez que l’auteur ne connaît pas plus le jeu en français ou en anglais qu’en micmac, vous auriez peut-être envie de lui accorder une larme de compassion.4.Voici maintenant un journal : le Messager micmac, petit journal mensuel, qui a vécu 22J4 ans, reconnu officiellement comme un des journaux du Canada et jouissant de tous les privilèges attachés à ce titre, à part celui de l’immortalité. 64 LE CANADA FRANÇAIS Il donnait les nouvelles de la tribu et les nouvelles générales, avec des articles de fond sur des sujets religieux et profanes, écrits souvent par les sauvages eux-mêmes.A ces ouvrages qui ont vu le jour, ajoutons ceux-ci qui probablement ne le verront jamais : 5.Un long traité théorique et pratique de la langue, sous le titre de Leçons micmaques, écrites d’abord pour un certain nombre d’élèves que j’ai eus, mais dont peu ont persévéré.Il y a, en effet, dans l’étude de la langue micmaque, un moment pénible, que j’ai senti plus que personne, un moment de découragement, qui ne peut être surmonté autrement que par la conviction du devoir de conscience.Mais, ce moment passé, l’étude devient très agréable, et on serait tenté de croire (tentation à laquelle on résiste aisément) ce que disait un ancien missionnaire, que si on connaissait les beautés de cette langue, on établirait des collèges pour l’enseigner A ceux qui ne voudraient pas le croire, je conseille d’essayer.Pour les autres, ça restera, sans doute, du.micmac ! Un autre manuscrit, moins avancé que le précédent, mais non moins précieux, contient un embryon de dictionnaire micmac-français.Il en est de même de l’histoire projetée de la tribu et de ses missionnaires.Un long chapitre préliminaire a en été publié par mon confrère, le Père Candide, dans ses Pages glorieuses de l’épopée canadienne, avec un commencement de conjugaison.Enfin, j’ai trois cahiers d’instruction religieuse.Je possède aussi plusieurs manuscrits que j’ai seulement transcrits sur les originaux de l’Archevêché de Québec, de l’Université Laval et d’ailleurs (archives fédérales, Collège Sainte-Marie des Pères Jésuites, Séminaire de Nicolet, Sainte-Anne de la Pocatière, etc.).Père Pacifique, o.m.cap.
de

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