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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Vacances en Gascogne
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1935-03, Collections de BAnQ.

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Histoire VACANCES EN GASCOGNE On hésite à entreprendre le récit d’un voyage court et rapide à travers une partie de l’Aquitaine.Tant de lieux historiques, de faits mémorables, de souvenirs émouvants vous assaillent qu’on se sent accablé du poids de l’Histoire.J’étais moins embarrassé au retour du Roussillon si riche pourtant de merveilleux spectacles et de vénérables monuments.D’une façon générale, l’histoire de l’Aquitaine, et en particulier celle de Gascogne n’est qu’une longue série d’histoires merveilleuses.Si on me dit qu’on prête beaucoup aux Gascons, je répondrai : d’accord, mais convenez aussi qu’on ne prête qu’aux riches et que dans le cas présent le proverbe est d’une application légitime.Comment évoquer convenablement les impressions qu’ici vous offre la prestigieuse histoire du Béarn, de la Navarre, de la Vasconie, de la Gothie, de la Novempopulanie, du Limousin ?Toutes les villes de cette province ont eu, à différentes époques, des résidences ducales ou royales.Les peuples de cette contrée ont eu constamment dans leur esprit public, comme dans leurs communautés villageoises, une conscience plus généreuse, plus fine et plus pleinement humaine que partout ailleurs.Je n’entreprendrai pas même d’esquisser, ici, une théorie des valeurs morales, ethniques ou sociales afin d’asseoir cette assertion générale sur un critère philosophique.Il y a dans toute échelle des types humains, comme en musicologie, des clefs ou des points de départ lesquels donnent le ton à toute la symphonie.Il y a des peuples qui vivent, luttent, aiment et chantent en ton majeur ; d’autres en ton mineur.Les uns ont une activité diatonique, d’autres chromatique.Ici, le soleil et le climat affinent la sensibilité et amenuisent les âmes.C’est la terre sacrée des Troubadours.Le tonus général de la vibration humaine est plus subtil et plus doux que sous les latitudes du Nord.Il y a eu, comme on l’a dit, et il y a encore une civilisation méridionale. 646 LE CANADA FRANÇAIS Pau Pau renferme un château, le plus bel dou monde, au dire du Sire de Caumont.Il fait penser au Palais de Versailles.Là ont passé Gaston Phébus, Henri IV, Marguerite de Valois, François 1er, les rois de Navarre, Jeanne d’Albret, — ces d’Albret qui mariaient leurs héritiers présomptifs à l’âge de cinq ans ; Froissard y a connu Gaston Phébus.On connaît la page célèbre où il raconte le souper de Noël du vaillant Comte de Foix : Quand de sa chambre, à minuit, il venait pour souper en la salle, devant lui avoit douze torches allumées que douze valets portoient et icelles douze torches étoient tenues devant la table, qui donnoient grande clarté en la salle, laquelle étoit pleine de chevaliers et écuyers.Il faisoit volontiers chanter chansons, rondeaux et virelets.Gaston Phébus est l’auteur de cette chanson encore célèbre dans le pays et qu’on chantait devant moi, à Perpignan, en 1929 : Aqueros Mountagnos.Au XVIIe siècle, les Palois désiraient élever une statue à Henri IV, leur grande idole.Louis XIV consulté s’y opposa, mais leur permit d’ériger une des nombreuses statues que les artistes vouaient à sa gloire.Les Béarnais s’inclinèrent; mais ils se vengèrent en gravant sur la statue une inscription à double sens.Dans leur esprit cette inscription disait la gloire de leur « grand Henri » bien plutôt que celle de Louis : Aci qu’ey l’arrehilh de nouste gran Henric.Ici est le petit-fils de notre grand Henri : Le ciel qui l’avait donné pour le bien de la terre, L’a fait le père des bons, des méchants l’ennemi, Un Salomon en paix, un vrai César en guerre ; Plaise à Dieu qu’à jamais le marbre et le métal Fassent vivre sa gloire aussi bien qu’à Pau ! Orthez Jeanne d’Albret avait à Orthez sa résidence préférée.Elle rêvait d’en faire une nouvelle Athènes ; elle y avait fondé un collège et sur la porte de cet établissement on lisait cette inscription : Johanna Orthesii novas Athenas instituit, decusque avorum auget.(Jeanne a fondé une nouvelle VACANCES EN GASCOGNE 647 Athènes, et la gloire des ancêtres y brille d’un éclat accru.) Gaston Phébus fit de fréquents séjours en son château de Moncade.Comment ne pas dire un mot, en parlant d’Orthez, des impressionnantes pompes funèbres qui s’y déroulèrent à la mort du Comte de Foix Archambaud, souverain du Béarn, mort en mai 1414 ?Un curieux document, trouvé au siècle dernier dans les archives des Basses-Pyrénées, nous décrit en une vingtaine de pages, tout le cérémonial de cette somptueuse cérémonie qu’on exécuta au château de Moncade et à l’église des Frères Prêcheurs.Pour sa part, la Comtesse de Foix avait donné 200 torches de trois livres et 200 petites torches pour l’illumination du dais.Au total, il y avait 2251 torches, 221 draps d’or.Le document nous a conservé les noms des donateurs de torches et de draps d’or» Huit ou dix évêques prenaient part aux obsèques.L’évêque d’Aire officiait ; celui d’Oléron prononça l’oraison funèbre ; 800 prêtres, 400 clercs et nobles et une multitude de bourgeois et de paysans s’y étaient rassemblés.Il fut ordonné qu’il y aurait des pleureuses, que les femmes se dévoileraient et qu’elles pousseraient des cris en faisant des démonstrations de douleur.Après l’offrande, les barons et autres gentilshommes venaient faire le tour du catafalque en criant Biaffore de Monseigneur, c’est-à-dire Au secours ! Puis on fit entrer les chevaux du Comte, qui firent le tour du catafalque : l’un portait le pennon du Prince ; un autre portait son deuil ; un autre portait l’écuyer chargé des armes du tournoi; un autre, la bannière, un autre, la devise d’Archambaud.Après avoir rendu ainsi les honneurs, les chevaux allèrent dans le cloître où, ajoute le chroniqueur, on leur donna à boire.Il y a une coutume qui s’est perpétuée presque partout, en France, de faire un repas après les obsèques.Pour le repas de ce jour, on avait rassemblé une quantité prodigieuse de vivres et d’ustensiles.Je transcris quelques lignes du mémorialiste : Item, il faut 25 ou 30 bœufs, 100 moutons, 50 chevreaux, 3 charges de sel pour le jour des honneurs ; en pareil jour on ne sert pas beaucoup de volailles.Item, il faut 25 pipes de vin dont 7 seront de blanc 1.1.La pipe équivaut en Béarn à six hectolitres.On demandait donc 15,000 litres de vin.M.Lespy, l’éditeur de ce document, remarque, à propos de l'oraison funèbre de l’évêque d’Oléron, qu’aux funérailles de Gaston Phébus c’étaient des hommes et des femmes qui tour à tour avaient proclamé les louanges et les hauts faits du défunt. 648 LE CANADA FRANÇAIS Item, il faut 20 cruches, 100 gros pichets de terre, une charge de gobelets de verre ; en ce jour, on ne doit point se servir de vaisselle d’argent.Item, il faut trois charges d’assiettes de bois.et certaine quantité d’assiettes d’étain pour les évêques et les grands seigneurs.Item, 100 charretées de bois.plus 3 charges de charbon.Oléron C’est dans cette ville qu’Aliénor de Guyenne fit promulguer le fameux Code de la navigation connu sous le nom de Rôle des jugements d’Oléron, qui fut la charte du droit maritime laquelle servit de base aux codes maritimes de l’Angleterre et de la Hanse teutonique.On connaît la merveilleuse histoire d’Aliénor (ou Eléonore) de Guyenne.Son père Guillaume X, Duc d’Aquitaine, régnait sur un territoire compris entre les monts Pyrénéens et la Loire.En 1130, deux papes venaient d’être élus simultanément ; Guillaume avait pris le parti d’Anaclet, tandis que Louis le Gros et tout le royaume s’étaient rangés à l’obédience d’innocent II.Grand scandale ! Il fallut qu’à deux reprises saint Bernard, abbé de Clairvaux, intervînt pour ramener Guillaume à l’orthodoxie.Armand de Bonneval en a fait un dramatique récit dans sa Vie de saint Bernard.Dans sa deuxième démarche, qui eut lieu à Parthenay, saint Bernard, après avoir chanté la messe, sortit de l’église portant l’hostie consacrée.Il vint trouver Guillaume, qui, du dehors, avait assisté à l’offiee et l’apostropha ainsi devant les fidèles : Déjà, dans une autre conférence que nous avons eue avec toi, la foule réunie des serviteurs de Dieu t’a supplié et tu l’as dédaignée.Voici maintenant que le Fils de la Vierge, le Chef et le Maître de F Église que tu persécutes, vient à toi.Oseras-tu bien le dédaigner Lui-même comme tu as fait de ses serviteurs ?Tous les assistants fondaient en larmes.Le Duc, voyant l’abbé s’avancer animé par l’esprit de force et portant le corps de N.-S.dans ses mains, devient raide de frayeur, sent trembler ses membres brisés par la crainte et se roule par terre comme s’il avait perdu l’esprit.Cette fois, il est vaincu, dominé par la terreur que lui inspire le saint de Clairvaux. VACANCES EN GASCOGNE 649 Il mourut au cours d’un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, en laissant deux filles : Aliénor et Alix.Il avait confié la tutelle d’Aliénor, héritière du duché, à Louis le Gros, à condition qu’elle épouserait son fils aîné Louis le Jeune.Le calcul était d’une suprême adresse, car justement Louis le Gros venait d’associer son fils aîné à la Couronne.Effectivement le mariage eut lieu en présence et avec le consentement de tous les Grands d’Aquitaine et du Poitou.Aliénor avait 15 ans.Louis le Gros mourut bientôt et elle devint Reine de France.Saint Bernard ralliait toute la chrétienté, en 1147, pour une croisade.Le sage Suger déconseillait à son maître cette expédition ; il savait le jeune Roi assez faible de caractère et, connaissant les difficultés où était le royaume, il ne pouvait pas approuver le déplacement du Roi.Néanmoins Louis VII se croisa à Vézelai, et comme plusieurs princes et grands seigneurs avaient décidé d’emmener leurs femmes par delà la mer, Aliénor se fit une joie de s’embarquer.Comme elle était belle, cultivée et fort enjouée, elle traînait derrière elle une nuée de pages, de bouffons, de jongleurs et de troubadours.Les chroniqueurs s’expriment avec tristesse dans leurs récits des magnificences de la Cour ; ils s’apitoient sur les indécences et sur le relâchement des mœurs qui se manifestaient dans l’armée des croisés.Aliénor brilla partout, dans toutes les étapes.S’il faut en croire certains historiens, elle aurait même, un jour de grande bataille, décidé le chef d’armée Geoffroy de Rançon à quitter une position trop exposée au soleil et à reporter le camp dans une vallée plus fraîche, ce qui permit à l’ennemi d’écraser l’armée des chrétiens et de l’acculer au désastre.On a reproché à Aliénor d’autres légèretés plus graves ; on l’a soupçonnée d’entretenir quelque intrigue avec son oncle Raymond, prince d’Antioche ; on l’a même accusée d’avoir eu de secrètes rencontres avec le Sultan Saladin, — ce que des historiens contestent, attendu que Saladin ne pouvait avoir alors qu’une dizaine d’années.Mais la légèreté, l’esprit moqueur et la vivacité du caractère de la Reine indisposèrent le Roi.Elle avait coutume de dire irrévérencieusement qu’on l’avait mariée à un moine plutôt qu’à un Roi ; et, dans la chronique d’Odon de Deuil (coll.Guizot, XXIV, 384) on lit qu’Aliénor était mal à l’aise « avec un mari qui ne concevait pas de plaisir plus grand que celui 650 LE CANADA FRANÇAIS d’orner ses chapelles, d’assister à la messe et de chanter au lutrin ».Bref, Louis, enflammé de jalousie, voulut répudier Aliénor en jurant qu’elle était sa cousine.Suger désapprouva son Roi.La Reine ne se plaisait plus que dans la compagnie de ceux qui formaient sa Cour personnelle.Elle vivait la plupart du temps à Oléron, entourée de poètes, de beaux esprits et de courtisans.Enfin le divorce fut prononcé en 1152 pour raison de parenté.Cet acte fut impolitique au premier chef.Louis VII s’en aperçut plus tard.Redevenue libre, la Duchesse, extrêmement populaire dans ses États, fut aussitôt recherchée en mariage.De grands seigneurs, apparemment repoussés, auraient tenté de l’enlever ; c’est ce qu’on a dit de Thibaut de Blois et de Geoffroy Plantagenet, seigneur de Loudun, Chinon et Mire-beau.Enfin elle fit bon accueil au fils aîné du Comte d’Anjou, Henri Plantagenet.Louis le Jeune défendit à ce dernier, qui était son vassal, d’épouser Aliénor.Le prétendant passa outre et convola en justes noces, à Poitiers, le 18 mai 1152.Elle avait 30 ans, lui, 19.Deux ans plus tard, le Roi d’Angleterre, Étienne de Blois, duc de Normandie, mourut.Henri Plantagenet lui succéda, et voici Aliénor, duchesse des Aquitains, duchesse des Normands, comtesse des Angevins et, par la grâce de Dieu, Reine des Anglais.C’est ainsi que le Midi de la France passa sous la domination des Léopards et y resta trois cents ans.La magnifique église de Bayonne, construite à cette époque, porte encore sur sa clef de voûte l’emblème de la Couronne anglaise.Aliénor avait eu deux filles de Louis le Jeune.Elle eut six enfants d’Henri Plantagenet, dont Richard Cœur de lion et Jean sans Terre.Il s’établit dès lors un commerce considérable en Gascogne.Ainsi que je l’ai rappelé plus haut, c est Alienor qui a donné à la navigation son premier Code de droit.Très attachée à son duché, elle l’administra avec diligence.Sa Cour était le rendez-vous des seigneurs, des troubadours et des chevaliers les plus brillants : c était Bernard de Ventadour, qui finit ses jours à l’abbaye de Dalon en Limousin ; Arnaud Daniel, que Dante et Pétrarque honoraient de leur amitié ; Geoffroy Rudel.Ah ! celui-là passe pour un martyr de l’amour.Ne s’avisa-t-il pas, un jour que des croisés lui avaient parlé de la Comtesse de Tripoli,—une VACANCES EN GASCOGNE 651 merveille de beauté, d’esprit, une fleur d’élection,— ne s’avisa t-il pas de concevoir aussitôt pour elle une étrange passion ?Transporté d’amour pour cette beauté lointaine, il ne songea plus qu’à l’aller voir au-delà de la mer.Notre troubadour en perdit le boire et le manger.Il finit par s’embarquer pour l’Afrique.La traversée fut-elle trop longue à son gré ?On ne sait.Toujours est-il qu’il mourut d’amour en arrivant au port.La belle Africaine, avertie de cette catastrophe, accourut au navire pour apprendre que le cœur du poète ne battait même plus.Etiam periere ruince ! Aliénor institua les Cours d’amour, juridiction de haute courtoisie, pour laquelle un chapelain de Louis le Gros, nommé André, écrivit un traité théorique de l’art d’aimer, à la façon d’Ovide.Une des filles d’Aliénor, Marie, Comtesse de Champagne, contribua puissamment à la diffusion des mœurs raffinées de la cour d’Aquitaine.Elle s’est immortalisée par un jugement célèbre qu’elle avait prononcé dans une de ses gracieuses assises.Sa mère le rappela un jour qu’elle était appelée à rendre une sentence dans une dispute amoureuse : « Nous n’osons contredire l’arrêt de la Comtesse de Champagne qui, par un jugement solennel, a prononcé que le véritable amour ne peut exister entre époux.Nous approuvons donc que la Dame sus-mentionnée accorde l’amour qu’elle a promis.» Il s’agissait d’un Chevalier qui avait eu la promesse de l’amour d’une Dame, laquelle s’y était engagée à condition qu’elle vînt à perdre celui qui la tenait présentement.La Dame en question ayant épousé le courtisan qu’elle aimait alors, fut considérée comme ayant perdu cet amour en vertu du principe de Marie de Champagne.Mauléon.Nérac Marguerite de Valois, la « Marguerite des Marguerites », sœur de François 1er, ¦— à qui Angoulème a élevé un beau monument,— tenait à Nérac une Cour brillante de lettrés et de poètes ; Shakespeare serait venu y faire un séjour.J’ai vu, aux archives de Pau, un inventaire du mobilier du château de Nérac.Parmi une quantité de tapisseries, il en était une dite « aux sauvages ».Je ne crois pas que le terme de sauvage ait eu une autre origine que d’Amérique.Comment Marguerite n’aurait-elle pas eu connaissance des 652 LE CANADA FRANÇAIS navigations gasconnes aux Terresneuves et aux îles de Canada, puisque Rabelais et Montaigne en ont parlé ?Au fait, n’a-t-elle pas parlé dans un de ses contes de cette nièce de Roberval qui avait été reléguée avec son enfant dans une île du golfe Saint-Laurent pour la punir d’un amour illégitime ?D’autre part, l’inventaire en question note que dans le garde-manger il y avait 508 morues.Celles-ci ne sortaient certainement pas de la Garonne.Puisque je parle d’archives, voici une autre trouvaille que j’ai faite aux Archives communales de Bayonne : c’est une délibération du Conseil échevinal de cette ville, en gascon, du 6 février 1526, autorisant Barthélemy de Montauser à emporter aux Terresneuves, (( 24 pipes de pommade » (traduisez 14,400 litres de cidre) pour en faire le commerce.Donc, huit ans avant le voyage de Jacques Cartier, il y avait assez de pêcheurs sur le banc de Terreneuve pour consommer près de 15,000 litres de cidre dans une saison de pêche ! Je ne poursuivrai pas mes déductions plus loin craignant d’être accusé de rapporter une gasconnade.La délibération signée du Baile (maire) se trouve dans le régistre B.B.6, page 641.Lourdes Louis XIV avait un château et une garnison dans cette ville.La Souveraine qui y trône aujourd hui a une autre majesté et un autre pouvoir que le Roi-Soleil.« Allez dire aux prêtres qu’d faut bâtir ici une chapelle.» Ainsi parla cette Souveraine à la petite Soubirous.Où est la palissade que le Préfet de 1858 fit placer pour fermer l’accès de la grotte aux bonnes gens ?Il y avait, le soir où j y fus, une animation impressionnante.Des milliers de personnes parlant toutes sortes de langues, vêtues de costumes variés cheminaient en cohue dans les rues.Des hommes, portant des enseignes au bout d’une perche, opéraient le rassemblement de groupes nombreux.Ces enseignes disaient le nom du diocèse auquel appartenaient les pèlerins : Amiens, Cambrai, Toulouse, Strasbourg, Maline, Munich, Londres, Paris, etc.On eût dit le rassemblement d’une multitude de Croisés partant pour la Terre Sainte.Quelle oasis au milieu de notre mondain désert ! VACANCES EN GASCOGNE 653 Navarrenx C’est là que les d’Albret furent proclamés Rois de Navarre.Dans son bel ouvrage sur le château de Pau, M.Raymond Ritter a fait un très juste rapprochement entre Jean d’Albret, roi de Navarre, et Albert 1er, roi des Belges : en 1512, la guerre éclata entre Louis XII et Ferdinand le Catholique, allié aux Anglais.Celui-ci somma le jeune roi Jean de le laisser passer à travers son royaume pour aller attaquer le Roi de France et de lui donner les clefs de Maya, d’Estella et de St-Jean-Pied-de-Port.Le Roi et la Reine s’y refusèrent, préférant la perte de leur royaume à celle de l’honneur.La Navarre fut envahie, mais l’honneur était sauf.* * * Je n’ai qu’entrevu la route des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle, qui, passant par Bordeaux, conduit à Astorga.St-Jean-Pied-de-Port a vu passer de tout temps les flots humains qui, issus de tous les pays de la chrétienté,— Angleterre, Flandre, France, Allemagne, Scandinavie, Pologne, Italie, etc.,— se dirigeaient vers le célèbre sanctuaire.Des rois, des chevaliers, des marins, des moines, des marchands, des trouvères, des routiers, des truands ont, pendant des siècles, passé par là.Ils allaient accomplir des vœux fervents ou faire les pénitences que d’austères confesseurs leur imposaient.C’est à quelques kilomètres de là que se trouve Roncevaux, où périt l’arrière-garde de Charlemagne.Le grand Empereur revenait d’une expédition en Espagne où il avait chassé les Sarrasins.Son arrière-garde, composée de 20,000 Francs, commandés par Roland, comte de la Marche de Bretagne, fut, à la suite d’une trahison, surprise dans le défilé de Roncevaux par l’armée sarrasine plus de dix fois supérieure en nombre et écrasée.Seuls survivent Roland et l’archevêque Turpin blessé mortellement.Roland sonne en vain de son olifant pour appeler à son aide le gros de l’armée, qui est entré en France.Il meurt le 15 août 778 dans les circonstances émouvantes qu’a chantées l’auteur anonyme de la Chanson de Roland.Durant mon séjour en Gascogne, les journaux ont annoncé une trouvaille merveilleuse qu’on venait de faire au Pas de 654 LE CANADA FRANÇAIS Roland, c’est-à-dire dans la vallée de Roncevaux, au cours defouillesentreprisessur l’initiative de deux savants chanoines, l’abbé Dubarrat, de Pau, et l’abbé Daranatz, de Bayonne.Avec l’autorisation des Religieux de l’abbaye de Roncevaux, trois terrassiers se mirent à explorer les ruines de la chapelle que Charlemagne avait fait construire à la mémoire des morts de cet épisode de la grande geste de l’Empereur des Francs.Je cite la Presse du Sud-Ouest du 2 septembre 1934 : Ce qui n’aurait pas été tenté depuis des siècles, par un phénomène de distraction effarant, permettait en 1934 de découvrir à 60 centimètres de profondeur, douze ou treize squelettes dont quelques-uns en parfait état de conservation.Le matin du 15 août, la terre enlevée avec soin, comme un linceul, laissait voir à la face du ciel, dans une fosse plate, ensevelis à la même hauteur, rangés pieusement — on dirait hiérarchiquement — douze squelettes ou treize.La nouvelle est descendue jusqu’au val Confient où, en pleine saison, Saint-Jean-Pied-de-Port reçoit son lot habituel de touristes.Saint-Jean-Pied-de-Port s’émeut.Son maire est parmi les ardents que le nouveau mystère intrigue.Vite ! que les savants viennent ! D’ailleurs, si les savants s’avisent d’être incrédules, les Basques, qu’ils soient d’Espagne ou de France, trouveront que la découverte est trop belle pour ne pas y croire.Pour protéger les squelettes, sans les changer de place, les ecclésiastiques de Roncevaux et les autorités espagnoles les ont fait recouvrir d’un nouveau linceul de tôle ondulée.Je fis délibérément enlever cette armure et les squelettes apparurent.Deux d’entre eux, les plus beaux, se sont patinés : ils ont pris la couleur brune de la terre profonde.Ils sont côte à côte.— Voici Roland et Olivier, m’a dit un berger basque.— Vous remarquerez, m’avait dit l’animateur des fêtes, un écrivain espagnol, M.Huarte, que quelques-uns sont amputés d’un bras, d’autres ont été décapités 1.— Est-ce la preuve que ce sont-là, non pas des ecclésiastiques, mais des militaires, de grands blessés d’une guerre ancienne ?J’avoue que dans ce décor immense et pathétique, le regard découvrant en plongée le vaste col qui mène vers la doulce France, je fus, à mon tour, saisi d’une certaine émotion.Si c’était vrai !.3 Hélas ! un rédacteur de la Gazette de Biarritz interrogeait, le lendemain, quelques savants, dont le chanoine Daranatz lui-même ; ils se montrèrent sceptiques.Je serais, pour ma 1.En effet, des fêtes étaient organisées, cet été, pour célébrer le centenaire de la découverte faite à Oxford en 1832, d’une partie du manuscrit de la Chanson de Roland.2.L’auteur de ce reportage est M.Stéphane Manier. VACANCES EN GASCOGNE 655 part, assez enclin au doute, et voici pourquoi : il y a eu des sépultures faites en ce lieu longtemps après la mort de Roland.Je connais, par le poème de Guillaume Anelier, de Toulouse, sur la guerre de Navarre, de 1276-1277, (poème que Francisque Michel, qui l’avait trouvé à Pampelune, édita avec grand soin en 1856), une assertion formelle : l’an 1234, dit le poète, le Roi de Navarre, Sancho, fut enterré dans le / (( saint hôpital de Roncevaux, près de la hauteur de Roland ».Il a dû y en avoir d’autres.N’importe ! Pour les touristes de cette année, il y eut de douces émotions.J’ai, plus haut, parlé de gasconnade.Puis-je en conter une, très authentique et peu connue ?Je la tire de cette histoire de la guerre de Navarre du poète Anelier ; elle est en dialecte navarrais, autant dire en gascon, puisque la Navarre était alors en plein pays gascon.En 1270, Thibaut II, Comte de Champagne, se trouvait à la croisade où saint Louis mourut.On était devant Tunis.Anelier raconte que comme l’armée des chrétiens fléchissait sous les attaques sarrasines, Thibaut, attristé de ce spectacle, cria Navarre! et alla aussitôt se harnacher.Ayant éperonné son cheval, il se lança parmi l’ennemi.Alors ses Navarrais partirent à sa suite, sans cuirasse ni hauts de chausses, n’ayant sur le dos que leur chemise, afin de mieux tirer de l’arbalète et jouer de la lance et des javelots.Ainsi légèrement vêtus, ils pouvaient courir plus vite.Les Turcs en furent épouvantés.Je cite Anelier : Et les Sarrasins, quand ils les virent nus ainsi se démener Dirent : Ce ne sont pas des hommes, par Mahomet! mais il parait Qu’ils soient des diables vivants puisqu’ ainsi nous les voyons sauter ; Car ils ne redoutent pas la mort, ni ne craignent d'être blessés, Et certes, avec de telles gens il ne fait bon batailles.Et alors ils commencèrent vers Tunis à tourner Et le preux Roi de Navarre avec ses gens de poursuivre Tellement que par les portes ils les firent entrer.L’armée des Croisés était sauvée.Néanmoins saint Louis à ce spectacle s’indigna et il en fit des reproches à Thibaut : 656 LE CANADA FRANÇAIS Et sachez [dit-il] que vous fîtes faute et enfantillage, Et si vous fussiez vaincus, vôtre fût l’erreur.Toutefois, honoré vous avez pour toujours votre lance : C’est pourquoi il semble bien que tout bien nous avance.Et désormais ne mettez pas toute l’armée en danger.Et le Roi Thibaut répond, allègre, sans hésitation : Seigneur, en Jésus-Christ est notre espérance, Et si, en le servant nous mourons, c’est mon avis Et ma foi que nous viendrons au bras droit de la balance.Et nous ne sommes pas ici pour dormir ni pour donner commodité, Mais pour exalter la foi de Celui qui est notre salut ! — Alors le Roi français, en signe d’amitié, Le baisa sur la bouche avec beaucoup de joie : De quoi tous eurent plaisir.Plus loin, le chroniqueur, faisant allusion à la mort de saint Louis et à celle du roi Thibaut, qui mourut aussi dans cette expédition, dit : Mari lo rei Frances e’1 rei Navarr amsdos Dont tôt christianisme baisset II escalos.(Le Roi français et le Roi navarrais moururent tous les deux ; De quoi toute la chrétienté baissa de deux échelons.) * * * Comme tous les voyageurs, j’ai été ému devant l’ambiance de grâce et de sérénité qui enveloppe ce pays.On a l’impression qu’une atmosphère de béatitude plane en tout temps au pied de ces imposantes montagnes.Des hameaux se sont accrochés partout au flanc des Pyrénées.Les hommes y sont doux et affables.Les époques tourmentées, qui ont jadis été si dures à ces populations, paraissent s’être apaisées, et les âmes sont comme ces métaux qui, après avoir été longtemps en fusion dans le creuset, ont désormais pris une placidité et un éclat inaltérables.Les Basques qui peuplent les bords de la mer ont, sur leurs traits, une note de gravité ; ils gardent un reflet de nostalgie que n’ont pas les Gascons.On sait le mystère qui enveloppe leur origine : ni leur langue, ni leurs traditions n’ont pu éclairer les ethnologues à cet égard.Les uns les font venir d’Asie, d’autres de Hongrie, de la Slavonie, de la Phénicie, de l’Afrique.L’enthousiaste et vaillant fondateur de la Revue d’Aquitaine, J.Noulens, au style grandiloquent, écrivait en 1857 : VACANCES EN GASCOGNE 657 Le plus beau titre original des Aquitains n’est pas leur promiscuité avec les peuples cités plus haut (Kimri, Phéniciens, Grecs, Carthaginois, Cimbres, Romains, Vandales, Visigoths, Arabes, c’est d’être les rejetons de la noble famille Euskarienne qui se fixa en Espagne deux mille ans avant l'apparition des Celtes.Les Basques furent deux fois nos pères.Leur organisation sociale (en républiques fédératives, qui durent encore) fut antérieure à toutes celles de l’Europe ; leur vie patriarcale leur mérita, bien avant les Hébreux, le surnom de peuple de Dieu.Les Basques sont les plus anciens nomades de l’Océan ; ils ont initié par leur hardiesse nautique, la Hollande, l’Angleterre et le Portugal à la vie maritime ; les premiers ils sont allés au fond de la mer du Nord harponner la baleine, les premiers ils ont débarqué à Terreneuve et pêché la morue., les premiers ils ont connu l’Amérique et ce fut un des leurs, Jean de Biscaye, qui révéla à Colomb l’existence du Nouveau Monde.Les plus anciens nomades de l’Océan.Ce n’est pas le lieu de refaire l’histoire de la navigation.Gabriel Gravier nous a fort édifié déjà par sa savante thèse sur ce sujet.Au surplus, il existe quantité d’ouvrages qui traitent de l’histoire maritime des Basques et les dépôts d’archives sont remplis d’une documentation encore inexplorée sur la matière.Il n’y a pas eu, à la vérité, de peuples plus navigants que les Basques.Il est possible qu’ils aient été plus aventuriers que les Normands, au moins aux époques anciennes.Attendons là-dessus le témoignage de la science historique.Mais il est un fait historique qui doit être rappelé, à savoir que de tout temps les populations maritimes de l’Aquitaine ont reçu des Souverains des privilèges spéciaux parce qu’ils vivaient uniquement de la navigation et que leurs voyages contribuaient à l’enrichissement du royaume.Dans son Histoire du Commerce de Bordeaux, L.Bachelier rappelle que l’empereur Constance s’était déclaré « protecteur » des gens de mer.Il existe dans les archives communales de Saint-Jean de Luz un volumineux dossier des « privilèges » accordés depuis Louis XI aux habitants de la Gascogne.Quand, à la cession du Canada (1763), les Gascons et les Basques virent leurs industries maritimes à peu près détruites et en particulier la pêche de Terreneuve et Gaspé, ils réclamèrent des compensations, alléguant qu’ayant toujours tiré leur subsistance de la navigation, ils ne sauraient subvenir à leurs besoins si on ne leur donnait de nouveaux moyens de vivre.La terre des côtes est, en effet, infertile et peu propre à la culture.Ils ont dressé 658 LE CANADA FRANÇAIS des Mémoires où il est établi qu’ils ont bénéficié de tout temps de privilèges spéciaux, tels que l’exemption des « droits d’assise, d’issue et d’entrée » pour leur commerce maritime, et que ces privilèges leur ont été renouvelés périodiquement par tous les rois, de 1463 à 1569.Les Bailes et Jurats (Maires et Échevins) avaient, en raison de leurs mérites, rang de nobles.Ils prétendaient être allés aux Terresneuves dès le XlIIe siècle.Après que la baleine eut déserté le golfe de Gascogne, ils la chassèrent en Groenland, en Islande et se rendirent à Terreneuve, où, ayant trouvé la morue, ils créèrent cette grande industrie que par la suite d’autres nations vinrent partager avec eux.Il est certain que de 1152 à 1452, soit dans l’espace de 300 ans que les Anglais furent maîtres de ce pays, la navigation des Basques devint très florissante par l’extension des échanges avec l’Angleterre, les Flandres et la mer Baltique.C’est alors que le commerce bordelais prit son essor.L’Angleterre consommait des quantités prodigieuses de vin ; on signale pour le seul port de Londres, l’entrée en 1299 de 173 navires chargés de vin de Bordeaux ; d’autres se rendaient à Douvres, à Sandwich, à Hastings, etc.La plupart des troupes anglaises qui allaient aux Croisades, passaient par les ports de Gascogne.La Gascogne a exporté beaucoup de chevaux en Angleterre ; d’autre part, cette province paraît avoir servi d’entrepôt et de voie de passage aux soieries, épices et tapis importés d’Orient.Il y aurait une étude fort intéressante à faire sur l’influence qu’a eue l’Aquitaine sur les mœurs de l’Angleterre.L’influence normande fut profonde et durable ; elle s’est exercée dans la poésie anglo-normande et dans le droit coutumier.Mais il est constant que la civilisation méridionale a laissé dans le caractère anglais des traces persistantes.Quand Richard Cœur de lion était prisonnier de l’Empereur en Autriche, en 1192, il adressait des lettres à ses barons d’Aquitaine et même il composa, à l’exemple des troubadours, une complainte en gascon, pour les presser de hâter sa délivrance en recueillant les 150,000 marcs d’argent exigés pour sa rançon.Il est resté dans le caractère anglais des traits chevaleresques qu’ils ont acquis dans les cours du Midi et dans la fréquentation des seigneurs gascons, poitevins et angevins et dans les tournois.Jusqu’au temps d’Édouard III, la VACANCES EN GASCOGNE 659 littérature française florissait en Angleterre ; avec la création du héros Robin Hood, sous ce monarque, la langue anglo-saxonne commença de réagir sur les cultures normande et méridionale.Le goût qu’ils ont eu pour les mœurs courtoises, leur attachement à ce qu’ils appelaient l’étiquette et le sens de l’honneur leur sont venus avec la langue héraldique importée des châteaux de France.* * * Au Canada, on dit volontiers que la population française est d’origine normande, picarde et vendéenne ou sainton-geaise.Il doit y avoir aussi une forte proportion d’éléments méridionaux.M.Ernest Martin, qui écrivait naguère, dans le Canada français, une défense et illustration du français canadien, ne me contredira pas.Quand on dit, au Canada : Je reste dans la rue St-Roch, on parle gascon.De même parle gascon celui qui dit : peu s’en a fallu, ou encore : je ne peux pas sortir avec le temps qu’il fait, ou, nous sommes partis à bonne heure.Il paraît que les vocables suivants sont gascons : picotte (petite vérole), alluette (luette), barbot (insecte), de quoi?(quoi.?), errhes (arrhes), gigier (gésier), bombe (bouilloire), écoupeaux (copeaux), êgrafigner (égratigner), ripes (planures), arrive qui plante (arrive ce qui pourra).Les communications de la France avec le Canada se faisaient principalement par La Rochelle et Bordeaux, deux ports de l’Aquitaine, sans parler de Bayonne et de St-Jean de Luz.L’abbé Cassiet, qui fut missionnaire chez les Micmacs et chez les Acadiens, au XVIIIe siècle, disait dans ses lettres à sa famille de Montant (Landes) qu’il était facile de lui envoyer des nouvelles plus fréquemment, attendu, dit-il, qu’à Bayonne « vous aviez des occasions sans nombre » *.1.Le collège de Bétharram à Lestelle (Basses-Pyr.) possède un dossier d’archives de la famille Cassiet.Je l’ai eu entre les mains.Dans une lettre à son frère, du 2 août 1753, — lettre écrite de l’Ile Saint-Jean (Ile du Prince Édouard),-— l’abbé Cassiet disait : « Je vous avouerai que je suis certainement dans la dernière surprise de ce que vous n’avez pas daigné vous donner la peine de m’escrire depuis que je suis dans ce païs, vous ayant déjà demandé cette satisfaction, et ce qui aurait été pour moy un grand sujet de consolation dans ces vastes et affreux déserts.Vous ne pouvez, je pense, alléguer d’excuse, vous ayant indiqué qu’à Bayonne vous aviez des occasions sans nombre.J’ay même fait connoissance avec plusieurs Bayonnois qui sont venus au devant de moy sachant que j’étois 660 LE CANADA FBANÇAIS Il doit entrer dans la population canadienne un apport considérable de Gascogne.Deux voies ont alimenté ce contingent gascon : les voyages que depuis des siècles, Basques, Gascons et Limousins ont faits aux côtes de Gaspé, à Louisbourg, à Terreneuve, à Tadoussac peut-être et, d’autre part, les licenciements ou désertions de soldats des régiments importés.Ces régiments étaient remplis de cadets du Midi.Les régiments eux-mêmes et leurs colonels étaient le plus souvent du Midi* l.On sait combien les Basques aiment à chercher fortune à l’étranger.Il y a un phénomène démographique bien connu qui se répète chaque année dans le Sud-Ouest : des centaines de Basques émigrent aux États-Unis et surtout en Amérique du Sud.Ces émigrants s’expatrient avec l’idée de revenir dans leur pays avec leurs économies.Il n’est peut-être pas une commune du pied des Pyrénées qui ne possède quelques jolies bastides ou élégantes villas habitées par un ancien émigré qui, après fortune faite, est revenu vivre en rentier dans son pays.La Sœur Duplessis de Sainte-Hélène (de Québec) dit dans une de ses lettres à Mme Hecquet, que des Basques avaient des postes établis au Labrador pour la pêche du loup marin.L’assertion de Noulens au sujet des Basques, qu’il qualifiait de grands nomades de l’Océan, me paraît pleine de sens.Il y a un fait, dans l’histoire des peuples de l’Aquitaine, que je veux rapporter.Il s’apparente si bien avec un épisode — épisode est un euphémisme — de l’histoire des Acadiens, qu’un rapprochement s’impose.On sait les difficultés que les Acadiens ont eues à garder leur langue, leur religion et leur fidélité au Roi, dans les années qui vont de 1713 à 1756.Les conquérants anglais exigeaient d’eux un serment de fidélité à la Couronne anglaise, qui impliquait un tel renoncement à leur nationalité, à leur religion et à leur du païs .Donnez-moy, je vous prie, de vos nouvelles, vous le pouvez aisément par Bayonne au printemps prochain .J’ay procuré le passage en France à un jeune homme qui est du mas d’Ayre, qui me surprit bien un jour qu’il venait se confesser à moy en gascon.M.Dasque qui devait partir du Grand Séminaire d’Ayre avec moy est arrivé icy.» Dans une autre lettre du 22 juin 1753, il dit : « Les Bayonnois qui font icy un grand commerce.» 1.Les six régiments qui se trouvaient au Canada, en 1756, sont : le régiment de la Reine (Colonel de Roquemaure, un nom bien méridional) ; le régiment de Béarn (colonel de l’Hôpital ; aide-major de Malartic) ; le régiment de Guienne (colonel de Fontbonne) ; le régiment de Languedoc (colonel de Privas) ; le régiment de la Sarre (colonel de Sénezergue de la Rode) ; le régiment Royal-Roussillon (colonel de Bernetz). VACANCES EN GASCOGNE 661 Roi qu’ils refusèrent obstinément de le prêter, ce qui leur attira finalement un châtiment, qui est resté dans l’Histoire comme une exécrable infamie.Durant la guerre de Cent ans, Charles VI dut céder aux Anglais, par le traité de Brétigny (1360), presque tout le territoire d’outre-Loire, y compris le Limousin, le Périgord et le Quercy.En 1361, les habitants de Beaulieu (en Limousin) prêtèrent, le 6 février, aux délégués du Roi Édouard, le serment d’hommage et d’obéissance qu’on exigeait d’eux ; mais en le faisant ils déclarèrent ne pas vouloir déroger aux droits de leurs seigneurs naturels « et par exprès, n’être tenus audit hommage que sur le commandement du roy de France et qu’ils rendoient iceluy sans s’obliger d’armer pour le Roi d’Angleterre ny passer la mer avec luy ».Ainsi, comme dit Maxime Deloche, l’éditeur du Cartulaire de l’abbaye de Beaulieu, jusque dans sa soumission et dans l’acte même qui la constatait, la ville affirmait fièrement et sa nationalité et les droits de son légitime souverain.Ces Limousins furent également punis de leur témérité: Beaulieu, qui était chef-lieu d’un Bailliage dépendant de la Sénéchaussée de Quercy et Périgord, fut privé de ce titre.Enfin je couronnerai ma thèse sur l’importance du rôle des Gascons et des Basques dans le peuplement du Canada, en rappelant un trait de mœurs que la Sœur Duplessis de Sainte-Hélène, déjà citée, rapporte en parlant des sauvages.Elle dit avec beaucoup de grâce comment les jeunes sauvages se comportent en amour.Je n’ai pas sous la main le texte exact de son récit, mais il se résume à peu près ainsi : les garçons qui font la cour aux sauvagesses s’asseoient devant leur Dame et, sans s’embarrasser de longues phrases, lui sourient et lui lancent de petits cailloux en manière de taquinerie.Si la Dame a quelque amitié pour son amoureux, elle le lui signifie en lui relançant ses cailloux.Ce qui est une preuve de bon accord.C’est ce qu’on appelle, au Canada, faire l’amour en sauvage.Je veux bien croire que ce petit manège est d’invention sauvage.Pourtant, s’il en était de même en Gascogne, diriez-vous que cette coutume est d’importation gasconne ?Ce serait peut-être exagéré.Quoi qu’il en soit, il y a un ancien proverbe béarnais qui dit : Qui pey-routeye, amoureye (Qui lance de petites pierres, fait l’amour).Edmond Buron.
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